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terreur

  • MASSACRER AU NOM DE LA FOI

    4511303_6_7e00_des-recrues-de-l-etat-islamique-image-extraite_d7ae90cb2646dadf6d2993d805c88091Des recrues de l'Etat islamique. Image extraite d'une vidéo postée sur YouTube, le 23 septembre. | HO / AFP

    NEWS NEWS NEWS Depuis juillet, la liste des massacres, des viols, des exécutions sommaires, des tortures, des brutalités associées à l’imposition de la charia (mains coupées, flagellations publiques) que commettent les combattants du groupe armé Etat islamique (EI), que ce soit à Tikrit, à Rakka, à Mossoul, ne cesse de s’allonger. Ses partisans tournent et diffusent eux-mêmes les vidéos de leurs exactions : égorgements, crucifixions, têtes plantées sur des grilles, balles dans la tête, charniers. A quoi pensent-ils quand ils commettent ces crimes, comment les justifient-ils ? Ils se réclament de Dieu, mais cela explique-t-il qu'ils violent, rackettent, exécutent des civils, enlèvent des femmes et des enfants ? Enquête.

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    Sur certains des films de l'E.I, on voit de jeunes hommes frapper, humilier et tuer des civils par dizaines, à l’arme blanche ou d’une rafale de mitraillette. Sans hésiter, avec détermination. Ces photos de meurtriers de masse en rappellent d’autres, de terrible mémoire et de tous les temps : celles de la Shoah, celles du génocide des Tutsi au Rwanda, et tant d’images de guerres civiles, de guerres de religion où des tueurs dressés devant des fosses achèvent en souriant une victime désarmée – non coupable, non combattante.

    Comment des hommes en arrivent-ils à tuer des vieillards, à enlever des enfants, à torturer des gens qui parfois sont d’anciens voisins ? A quoi pensent-ils à cet instant ? Où est passée leur humanité ? Qu’en disent les historiens, les psychosociologues, les théoriciens des idéologies, les philosophes et les anthropologues qui travaillent sur ces questions de la barbarie, du meurtre de masse et du passage à l’acte ?

    L’éclipse de la compassion serait la cause première. Le philosophe Marc Crépon, auteur d’un essai sur Le Consentement meurtrier (Cerf, 2012), avance qu’« il n’y a pas de guerre, pas de génocide, pas d’abandon de populations entières à leur errance entre des frontières meurtrières qui ne soit possible sans une “suspension” de la relation à la mort d’autrui, un déni des gestes de secours, des paroles de réconfort, du partage qu’elle appelle». Pour décapiter au couteau des hommes attachés, pour violer des femmes, il faut que soit étouffé le savoir que chaque humain possède sur la souffrance de l’autre, sur sa fragilité et sa mortalité. Et la première explication à cette « suspension » est autant psychologique qu’idéologique : seule une force supérieure, et donc un Dieu, pourrait l’autoriser.

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  • LA PEUR NUCLÉAIRE POUR L'ÉTERNITÉ

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    NEWS NEWS NEWS. À Bure, dans la Meuse, la France pourrait construire un sanctuaire pour les déchets nucléaires qui, assurent les experts, doit durer 500 000 ans. Est-ce raisonnable ? Comment prévenir les générations futures de la boite de Pandore enterrée là ? Enquête (publiée en partie dans Le Monde Culture&Idées)

    Grinçant, le monte-charge commence sa descente. Casqués, bottés, nous portons une lourde ceinture où brinqueballent un masque à gaz et un talkie-walkie. «La chaleur devrait être de 25° au fond» prévient le jeune géologue qui nous accompagne. Nous traversons les sous-sols de la Meuse, trois cents mètres de calcaire, cent de marne argileuse, avant d’atteindre la couche d’argilite dure où a été établi le laboratoire souterrain - moins 490 mètres. Une large galerie bardée de soutènements s’étire devant nous. Lumière chiche, odeur âcre de terre, violents bruits de travaux. Noyés dans la poussière, une équipe d’ouvriers masqués, visage maculé, attaquent au marteau-piqueur un mur de roche grise. Le géologue doit presque crier : «Vous voyez, c’est une roche très sèche, compacte. Cette couche s’est déposée dans le Bassin parisien il y a 160 millions d’années. Depuis, elle est très stable. Elle fait 130 mètres d’épaisseur. » 

    C’est au cœur de cet épais manteau d’argile jurassique, sous le village de Bure, que la France pourrait enfouir d’ici 15 ans les déchets les plus dangereux de son industrie nucléaire. Des résidus indestructibles, contenant des produits de fission mortels, césium 134 et 137, strontium 90 et des actinides radioactifs, curium 244, américium 241. Des produits dits à « haute activité » (HA) et « vie longue » (HAVL). Mortels, pour au moins 500 000 ans. Ces substances constituent 0,2% du volume des déchets nucléaires français - 2293 m3 en 2007 - mais émettent 94,98% de leur radioactivité totale. Si le programme nucléaire continue, ils représenteront 5060 m3 en 2030. Pour l’instant, ces poisons mortels sont entreposés, vitrifiés et refroidis, dans des caissons en inox, sur les sites de production de la Hague (Areva), Cadarache (CEA) et Marcoule (CEA, Areva). Mais, tous les experts le disent, ce stockage est à haut risque. Après quelques centaines d’années, peut-être moins, le verre se fendille, l’inox s’oxyde. Voilà pourquoi depuis 1991, l’Agence Nationale pour la gestion de Déchets Radiocatifs (Andra), un établissement public « à caractère industriel et commercial » - ce que certains écologistes lui reprochent - cherche un lieu imperméable au radiations, un sanctuaire sûr où déposer ce legs létal pour l’homme, les animaux et la biosphère.

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  • L'ECRIVAIN ARGENTIN ERNESTO SABATO DISPARAIT À 99 ANS. IL S'INTERROGEAIT : COMMENT EN FINIR AVEC UNE DICTATURE ?

     

     

     NEWS NEWS NEWS. Il  devait avoir 100 ans le 24 juin prochain, Ernesto Sabato, s’il n’avait attrapé un sale rhume. En annonçant sa mort à la presse, sa femme a dit :  «Il a eu une bronchite il y a quinze jours, et à son âge, c’est terrible.» Ernesto Sabato était le dernier grand écrivain vivant de l’époque sombre de l’Argentine, au côté de Julio Cortazar, Adolfo Bioy Casares et Jorges Luis Borges. Physicien de formation, politiquement engagé dans sa jeunesse, il rompt dès les années 1930 avec les staliniens, alors qu'il vit à Paris. Il travaillait ces années-là avec Irène Joliot Curie au centre Marie Curie, tout en fréquentant les cercles surréalistes, et devenu l'ami de Tristan Tzara.

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    Il est l'auteur de l’extraordinaire roman « Sobre heroes y tumbas » (Héros et tombes, Seuil, 1962), livre puissant et lyrique qui met en scène Buenos Aires comme aucun autre écrivain argentin. Après la dictature militaire de1976-1983, Ernesto Sabato a présidé la Commission nationale qui a mené l'enquête sur les crimes commis par la junte. Dans lapréface du rapport « Nunca Mas » (Jamais plus), il a tenu, par souci de justice, a rappelé les attentats et les meurtres commis par les guérillas d'extrême gauche comme par les milices d'extrême droite des gouvernements de Juan Peron et d'Isabel Peron (1973-1976). 

    Je l'avais rencontré au terme d'un reportage réalisé à Buenos Aires en janvier 1985 pour le magazine Actuel.Nous étions trois ans après la chute de la dictature, sous le régime du président Raul Ricardo Alfonsin, largement élu. Après deux années d’état de grâce, parfois de liesse, lié à la liberté retrouvée, l'Argentine déchantait. L’inflation galopait dans un pays trop longtemps pillé et étouffé par la junte, les groupes d’extrême-droite complotent, et le président Alfonsin venait de faire passer la loi dite du “Punto final” qui devait mettre un coup d’arrêt au procès des militaires impliqué dans les assassinats d’opposants et des anciens tortionnaires. Cette décision indignait la gauche, comme les familles des 30.000 victimes de la dictatures - Ernesto Sabato, lui, pensait que les militaires étaient déconsidérés, et qu'après avoir goûté à la démocratie les Argentins n'accepteraient plus jamais de vivre sous la botte de l'armée. À ce jour, l'histoire lui adonné raison.

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  • POLITIQUE DE LA PEUR EN EUROPE. UN FILM COMIQUE ANGLAIS LA DÉDRAMATISE. UN ESSAI DE LA ROMANCIÈRE ALLEMANDE JULI ZEH LA CRITIQUE

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    (DR)

    NEWS NEWS NEWS  Le cinéaste anglais Chris Morris a présenté au festival de Sundance 2010 un film comique se moquant des terroristes islamistes. Le héros s'appelle Omar, c'est un illuminé doublé d'un crétin gratiné qui veut devenir un grand moudjahidine, mériter les Cent Mille Vierges du paradis d'Allah et réussir un attentat  bien sanglant en Grande-Bretagne. Le problème, Omar et ses trois associés se révèlent particulièrement stupides et maladroits, croient tous les discours obtus des mollahs fondamentalistes et échouent dans toutes leurs entreprises - ils rappellent assez, en plus idéologisés, les casseurs amateurs du "Pigeon" de Mario Monicelli.

    Le film s'appelle "We Are Four Lions", et cela fait du bien de rire sur le terrorisme,  de présenter ses militants sous l'angle de la farce et du grotesque - n'est-ce pas beaucoup plus proche de la vérité ? Surtout, cela nous change de la surenchère permanente dans l'alarmisme et de la politique de la peur auxquelles nous assistons depuis des années, toutes deux menées tant par nos gouvernements que dans la plupart des médias, entretenant une ambiance permanente de "guerre au terrorisme" - quand nous y serons pour de bon, nous le saurons : la guerre, hélas, nous la connaissons en Europe...

    Un essai intéressant décryptant cette ambiance de peur, sciemment menée depuis dix ans en Europe comme aux Etats-Unis en vue de faire passer des lois anti-terroristes sévères, vient de sortir chez Actes Sud "Atteinte à la liberté", signé par deux écrivains de langue allemande, Juli Zeh et Ilija Trojanov. Entretien et décryptage ci-dessous (publié dans le Monde Magazine, novembre 2010).

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  • NEANDERTHAL, L'AUTRE HUMANITÉ. ELLE AURAIT ETE ANEANTIE PAR HOMO SAPIENS VOICI 40 000 ANS

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    NEWS NEWS NEWS NEWS C'est un conte de Noël assez sombre qu'une équipe multidisciplinaire franco-américaine (CNRS Bordeaux, Université du Kansas), réunissant archéologues, modélisateurs du climat du passé, paléoclimatologues et écologues, a publié ce 24 décembre. Elle montre qu'une détérioration climatique brutale ne serait pas responsable de l'extinction des hommes de Neanderthal, mais bien l'affrontement avec les homos Sapiens. Pour le montrer, les chercheurs ont utilisé un algorithme réservé jusqu'à présent à la prévision de l'impact des changements climatiques sur la biodiversité. Selon ces travaux, quand Homo Sapiens arrive en Europeil y a quelques 40 000 ans ,  Homo Neanderthalensis y prospère depuis des milliers d'années - enterrant ses morts, connaissant le feu. Les deux populations se partagent alors ces territoires.  En quelques milliers d'années Néanderthal disparaît.  Définitivement. Une des hypothèses envisagées jusqu'alors l'expliquait par l'inadaptation de Néanderthal aux détériorations climatiques survenues à cette époque - un refroidissement de toute l'Europe appelé "événement Heinrich 4" ou "H4". Les résultats de l'équipe multidisciplinaire l'écartent... Les néanderthaliens était tout à fait capables, physiquement, de résister à cette vague de grand froid, mais pas à l'envahisseur Homo Sapiens. Une preuve avancée par l'étude : Néanderthal résiste seulement dans les territoires, refroidis, où Homo sapiens ne prend pas pied, notamment le Sud de l'Espagne. La probabilité d'une compétition mortelle entre les deux espèces humaines - les deux civilisations - en sort renforcée.

    Un laboratoire de l'ENS de Lyon confirmait  juin 2006, après l'étude d'une mâchoire de Néanderthalien vieille de 50.000 ans, que Neanderthal et Sapiens appartiennent à deux espèces "homo" très proches, quoique différentes - ne pouvant se reproduire entre elles. La plupart des découvertes récentes de la génétique racontent la même histoire : Homo Neanderthalensis est bien un autre "homme". Il a vécu sur Terre pendant 300.000 ans -  vivrons nous autant  ? Il construisait des tombes, maîtrisait le feu, travaillait la pierre, le bois et l’os. célébrait les ours et les animaux sauvages, portait des parures. Plus les recherches avancent, plus nous découvrons son intelligence - sa civilisation. C'est une découverte d'importance - dérangeante. Homo Sapiens n’est plus le seul " humain ", l'exception, le fils unique de Dieu. Il faut désormais imaginer une humanité plurielle.. Voici une enquête sur cet homme longtemps méprisé, traité en sous-homme, réalisée avec l'aide de Marylène Pathou-Mathis, docteur d’état en préhistoire, qui a consacré vingt ans à étudier "Néanderthal" (publié dans LE MONDE 2, O7/06)

     

    BIBLIOGRAPHIE NEANDERTHAL Hominides_-_Homme_en_evol_2.url

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    ET VOICI NOTRE FRERE, "HOMO NEANDERTHALENSIS"...

    ... C’est un drôle de bonhomme. Sa tête oblongue jaillit d’un puissant cou de taureau. Ses muscles saillent, noueux, autour d’une poitrine large, un véritable tonneau. Il a les hanches larges, de fortes épaules, des bras longs et épais, capables de gestes plus amples que nous, les autres hommes. Il possède des mains fortes, à la prise du pouce solide. Ses jambes courtes, ses cuisses arquées, ses grosses rotules, ses orteils imposants et musclés sont taillés pour les longues marches. Une solide musculature l’enveloppe, plus puissante que celle d’un homme, une charpente adaptée à tous les terrains, tous les climats. C’est un râblé, costaud, un endurant, qui a supporté une glaciation et conquis des terres froides. Il vous dévisage avec une sacrée gueule. La face large, aux pommettes saillantes, au grand nez surmonté, au front traversé d’un long bourrelet, aux yeux intelligents s’agitant au creux d’orbites profondes se projette vers vous comme un museau. Car le front est aplati, les arêtes du nez tirées à l’horizontale, le menton fuyant, la tête allongée vers l’arrière. Dedans, un gros cerveau pense, plus développé que le nôtre, atteignant jusqu’à 1750 cm3. Sa peau est blanche. Il est peu velu. L’homme pèse facilement quatre-vingts kilos. La femme, soixante-dix. Lui mesure entre 1,60 et 1,70 mètre ; elle, entre 1,56 et 1,60 mètre...

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  • ATTENTAT À LA GODASSE CONTRE GEORGE W BUSH A BAGDAD. LA GUERRE d'IRAK, CINQ ANS APRES, EST DEVENUE UN VERITABLE "PIEGE ABSCONS"

    (Le film de l'attentat à la godasse pendant la conférence de presse de George W Bush à Bagdad)

    NEWS NEWS NEWS Avant de quitter la Maison Blanche, laissant derrière lui un pays en pleine récession, une crise économique majeure, le droit de torturer, un pays enlisé dans une guerre sans fin, le camp illégal de Guantanamo, l'Amérique déconsidérée, un parti républicain défait comme jamais, George W. Bush espérait  retourner une dernière fois en Irak, pour laisser croire que le pays allait mieux après cinq années d'occupation américaine. Une sorte de dernier tour de piste honorable, pour montrer que le pays était sécurisé, et l'accueillait. Au lieu de cela, il a reçu deux chaussures, évitées de justesse par un bond sous le pupitre de la conférence de presse. Elle lui ont été lancées à la figure par un journaliste irakien, Muntadar al-Zaïdi. "Tiens, voilà ton cadeau d'adieu, espèce de chien !", a hurlé l'homme, dont une partie de la famille a été tuée pendant la guerre. "De la part des veuves, des orphelins et de tous ceux qui sont morts en Irak !", a -t-il eu le temps de crier, avant d'être terrassé par la sécurité et tabassé. Cette image restera comme une humiliation de plus pour Georges W Bush, après la victoire écrasante de Barack Obama aux élections américaines. Elle restera comme le symbole de ce que d'innombrables Irakiens pensent du président américain, mais aussi que ce pays ne sera jamais sécurisé par les forces armées américaines, qu'il y aura toujours, même dans les endroits les plus protégés, des résistants, de l'indignation, de la haine, et des attentats... fut-ce à la godasse.

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    Rappelons qu'en mars dernier, le dernier voyage éclair du vice-président américain en Irak, Dick Cheney, qui se félicitait de "l'amélioration de la sécurité dans le pays" suite à l'arrivée de renforts américains, a été accompagné d'une puissante explosion en plein Bagdad et d'un tir de mortier sur la "zone verte" et l'ambassade des Etats-Unis. N'oublions pas que les violences politiques et interconfessionnelles ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts parmi les civils depuis l'invasion américaine de mars 2003. Auxquels il faut ajouter les dizaines de milliers de morts - soldats et civils - du fait de la guerre elle-même.
    A l'heure de son bilan après 5 années de cet affrontement, le gouvernement Bush assure depuis plusieurs semaines que la présence de 160.000 soldats américains en Irak a permis de créer les conditions sociales nécessaires à une entente politique entre Irakiens. Dans les faits, rien n'est assuré. Le processus traîne en longueur, émaillé d'une guerre des chefs, tandis que les attentats n'ont jamais cessé. Dick Cheney vient d'ailleurs à Bagdad, selon les observateurs américains, pour exhorter les responsables irakiens à s'entendre.
    A ce jour, le conflit a coûté la vie à quelques 4000 soldats américains. Plusieurs analystes économistes sérieux, comme Joeseph Stiglitz, parlent aux Etats-Unis d'un coût de 1000 milliards de dollars. Le montant total (en tenant compte des suites du conflit, le retour des soldats blessés, l'aide aux familles, etc) pourrait dépasser cette somme - ce, alors que l'Amérique entre en récession suite à la désastreuse politique économique de Georges W Bush, qui a laissé filer le crédit toutes ces années. Le bilan global est terrifiant. Ces cinq années de guerre laissent un pays entièrement dévasté, en proie à la guerre civile et la misère, où l'emprise religieuse des shiites n'a jamais été aussi forte.  sans compter ses conséquences  ruineuses pour l'Amérique et le camp occidental et ses prétentions à se présenter comme  le "monde libre", défendant partout la démocratie. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) estime, dans un rapport de six pages publié le 17 mars, que la situation humanitaire en Irak est «l'une des plus critiques au monde ». Selon cette enquête, le système de santé du pays se délite tragiquement. 2200 médecins et infirmières ont été tués, plus de 250 ont été enlevés. Sur les 34.000 médecins que comptait le pays en 1990 - parmi lesquels des femmes, dévoilées et poussées vers les universités sous Saddam - 20.000 ont quitté le pays. Les hôpitaux manquent de médicaments. Les blocs opératoires ne suffisent plus pour faire face à l'afflux de blessés graves. Il y a actuellement 30.000 lits disponibles. Il en faudrait 80.000.Le problème de l'eau est critique. Des millions d'Irakiens n'ont pas accès à l'eau. Les infrastructures de distribution sont dans un état de délabrement avancé. L'avenir ? Les responsables du CICR ne cachent pas leur scepticisme : «En Irak, dit le rapport de la Croix Rouge, on a atteint des niveaux de cruauté et de perversion jamais égalés dans l'usage de la violence.»

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  • SALMAN RUSHDIE SANS GARDE DU CORPS

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    NEWS NEWS NEWS. De passage à Paris fin octobre à l'occasion de la parution de son nouveau roman, "L'Enchanteresse de Florence" (Plon), Salman Rushdie se déplace désormais sans garde du corps. Invité par France-info, il a dénoncé les menaces qui pèsent sur l'écrivain italien Roberto Saviano, l'auteur de "Gomorra" (Gallimard), une longue enquête sur les méfaits de la mafia napolitaine. Selon Salman Rushdie, « Saviano court un danger terrible et devra choisir très prudemment son lieu de destination » s'il quitte l'Italie. « J'ai rencontré Roberto Saviano à New York au mois d'avril, a-t-il ajouté. C'est un homme extrêmement agréable, très intelligent, mais il court un danger terrible. En avril à New York, le FBI estimait qu'il était déjà en danger... La mafia pose un problème bien plus grave que celui que j'ai rencontré moi-même...". Salman Rushdie lui-même n'est plus inquiété aux Etats-Unis depuis plusieurs années, aux dires même du FBI - même si, en février 2005,  Jomhouri Eslami, le quotidien des ultra-conservateurs iraniens a réaffirmé "l'ordre divin" de mort contre lui.

     

    BIBLIOGRAPHIE SALMAN RUSHDIE
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    PORTRAIT-ENTRETIEN, SALMAN RUSHDIE

    "Qui est blonde, a des gros seins, et vit en Tasmanie ?

    -Salman Rushdie.

    Cette blague, inventée par Rushdie lui-même, n'est jamais devenue réelle. Depuis 1989, l'année de la fatwa lancée contre lui, l'écrivain a toujours refusé de recourir à la chirurgie esthétique. Il ne s'est jamais exilé au bout du monde. Il n'a pas changé de nom. En février 1993, en dépit des menaces, il écrivait depuis une de ses caches en Angleterre : "C'est la seule solution que je n'ai jamais envisagée. Ce serait pire que la mort. Je ne veux pas la vie d'un autre. Je veux la mienne." Quand je le rencontre pour Le Monde le 20 avril 2004, Salman Rushdie vit librement à New York, presque. Il ne change plus d'appartement tous les mois. Il se promène sans garde du corps. Il va aux vernissages et aux premières. Il rentre d'Inde, où il a circulé sans être inquiété. Il va épouser le mois prochain Padma Lakshmi, une actrice de Bollywood. Au cours de notre entretien, en dépit des attentats d'Al Qaida autour du monde, il affirmera que le fondamentalisme islamiste connaît désormais sa dernière "poussée de fièvre". Selon lui, dans 20 ans il sera défait, et le "grand corps de l'humanité" s'en remettra.

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  • JOSEPH FRITZL: "UN HOMME ABOMINABLEMENT NORMAL"

    8bc710b76427687f429e4cfddfbc2d56.jpg Joseph Fritzl (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Deux mois après la découverte d’Elizabeth Fritzl, séquestrée et incestuée pendant 24 ans par son père à Amstetten (Autriche), avec qui elle a eu sept enfants – eux-mêmes incestués - le psychiatre expert judiciaire chargé d’enquêté sur la personnalité de Joseph Fritzl le décrit comme un « despote régnant par le terreur sur plusieurs générations de sa famille ». Il se refuse à parler d’un psychotique, comme plaide son avocat et lui-même, mais d'un homme très bien organisé, construisant des mensonges crédibles, menant une double vie discrète, ayant construit lui-même le studio où il enfermait ses victimes : « Il ne s’agit pas d’un malade, explique le psychiatre, car s’il l’était il n’aurait jamais pu imaginer et réaliser des plans aussi sophistiqués ». Il arrive assez souvent que les affaires d’inceste révèlent des personnalités masculines autoritaires et violentes, des pères puissants faisant ployer leur entourage, comme l'a montré "Festen" (1998), le cruel film du danois Thomas Vinterberg. Ces hommes se prennent pour des chefs de famille, ou de tribu, à qui tout est dû, l’obéissance des femmes, des enfants, et le droit de cuissage – en quelque sorte l’archétype de l’homme dominateur poussé à l’extrême, du "maître" forçant les autres à le servir, jusqu’à remettre en cause un tabou social primordial, l’inceste.

    Voici en éclairage, un reportage sur un fait divers incestueux survenu en France profonde, qui enrichira cette analyse sur la dimension « machiste » et « phallocratique » - pour parler comme les premières féministes – des personnalités masculines au coeur de ces affaires. À l’époque, au magazine Actuel, nous l’avions titré « Un monstre absolument normal ». Cette malheureuse histoire s’était déroulée dans un petit village de la Sarthe, au début de l’été 1986.

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  • TASLIMA NASREEN. NI DIEU, NI MAÎTRE

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    NEWS NEWS NEWS. Taslima Nasreen, écrivaine bengladeshi, a reçu le 9 janvier le premier prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes. À cette occasion, elle a présenté un texte où elle décrit la situation d'isolement et de mépris où elle est maintenue aujourd'hui en Inde, où elle s'est refugiée (Le Monde du 11 janvier). À la fin novembre 2005, déjà en exil, condamnée à mort dans son pays par une fatwa, Taslima Nasreen recevait à Paris le Prix Madenjeet Sing consacré à une personnalité luttant pour la tolérance (attribué aussi à l'opposante birmane Aung San Suu Kyi).
    Voici un entretien avec Taslima Nasreen, médecin et écrivaine se revendiquant "athée", matérialiste, refusant tout compromis avec ceux qui l'ont attaquée, défendant envers et contre tous les plaisirs et la liberté des femmes, comme la liberté de critiquer toute religion et tout prophète (publié dans Le Monde 2, mars 2005)

    BIBLIOGRAPHIE TASLIMA NASREEN
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    "ATHÉE, ATHÉE, ATHÉE !"

    -Le dernier volet de votre biographie, "Dwikhandita", "Coupée en deux", a été interdit en Inde, après le Bangladesh. Quelles sont les raisons invoquées par le gouvernement indien ?

    -Ils disent que les pages 39 et 40 heurteraient la sensibilité religieuse des minorités musulmanes. Qu'il y aurait des émeutes chez les musulmans indiens, et que cela dérangerait l'ordre public. Je ne peux pas croire que les Musulmans se sentent assez faibles, ou alors ne soient pas assez puissants, cultivés et civilisés pour que deux pages d'un livre écrit par une femme les menacent !

    -Qu'écrivez-vous dans ces deux pages ?

    -Je reprends quelques idées que j'avais déjà avancées lorsque le gouvernement bengladeshi a fait de l’islam la religion d’Etat. J'affirme qu'il n'a aucun besoin d’une religion d’Etat dans notre pays, et nulle part, car la religion est une affaire personnelle. Ensuite, je rappelais quelques histoires assez drôles, et très connues, concernant le prophète Muhammed. Cet homme était viril, il a épousé de nombreuses vierges, et il avait l’habitude d'avoir une femme différente chaque nuit. Or un jour que sa cinquième épouse, Hassa, était chez ses parents, Muhammed entraîna une servante dans sa chambre. Mais Hassa rentra chez elle, et constata l'inconduite de Muhammed. Elle rameuta alors les autres femmes pour leur dire que Muhammed avait mal agi. Mécontent, le prophète lui dit que si elle continuait à se comporter ainsi, il allait la répudier et prendre une épouse plus dévouée. Puis il ajouta qu’il n'allait pas voir la servante pour lui-même, mais parce que Allah lui demandait d’agir ainsi. Autrement dit, à chaque fois que Muhammed a des problèmes, Allah le commande. Voilà comment se comporte le messager de dieu ! J’ai juste rappelé cette histoire, je ne l’ai pas inventée, vous pouvez la retrouver dans tout livre sur le prophète. C'est trop facile d'agir mal en se réclamant de dieu ! Le gouvernement indien a interdit le livre à cause de cette histoire, craignant que les fondamentalistes musulmans attaquent les librairies, comme ils l'ont déjà fait quand j'ai publié "La Honte".

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  • CARLOS LISCANO PARLE DE L'IMPUNITE DES BOURREAUX

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    NEWS NEWS NEWS Difficile pour un pouvoir politique, dans un pays longtemps soumis par une dictature, de se déshabituer des habitudes autoritaires quand la démocratie revient. Il y a quatre mois, le militant urugayen anti-mondialiste FERNANDO MASSEILOT, sans casier judiciaire ni antécédent judiciaire, était arrêté chez lui, dans sa maison, comme un assassin, et accusé de "sédition", pour avoir manifesté contre la venue du président américain Georges Bush en Uruguay. Aujourd'hui, le jeune homme est toujours emprisonné, ce qui étonne beaucoup tous ceux qui soutiennent le nouveau gouvernement de l'Uruguay, le "Front Elargi" de la gauche. Assiste-t-on a un durcissement du régime, qui peine à mener des réformes sociales dans un pays où les traditions démocratiques restent fragiles ? Pour mieux comprendre la situation de l'Uruguay aujourd'hui, son passé dictatorial, et les difficultés à mettre en place des usages et des institutions démocratiques dans une Amérique Latine habituée aux "caudillos", aux classes dirigeantes avides et aux "golpes" à répétition, écoutez l'histoire noire et magnifique racontée par le grand écrivain urugayen Carlos Liscano dans son dernier livre "L'impunité des bourreaux" (Bourin Editeurs, mai 2007).

    Rencontré à Barcelone, où il présentait son livre, il nous a raconté la vie de Maria Macarena, l'enfant enlevée à sa naissance par des soldats de la dictature argentine qui ont tué ses parents, puis l'ont exilée à Montevideo, capitale de l'Uruguay, où elle a été élevée par un chef de la police urugayenne - avant de découvrir, à 20 ans, qu'elle était la petite fille du plus grand poète argentin vivant, Juan Gelman, une des voix libres de la gauche argentine persécutée, dont le fils et la belle fille avaient été assassinés. Juan Gelman, qui n'a jamais renoncé, vingt ans durant, à la retrouver - et dont voici l'histoire...

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    De Buenos-Aires à Montevideo :
    Maria Macarena, l’enfant volée
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    « Lettre à mon petit-fils ou à ma petite-fille »
    « Dans six mois, tu auras 19 ans.
    Tu as du naître un jour d’octobre 1976 dans une prison. Peu avant, ou peu après ta naissance, le même mois de la même année, ton père a été tué d’une balle dans la nuque tirée à bout portant. Ton père était prisonnier et sans défense, un commando militaire l’a assassiné. Peut-être est-ce le même commando qui l’a enlevé avec ta mère le 24 août à Buenos-Aires, et les ont conduits dans le camp de détention du « Garage Orletti », en plein quartier Floresta, que les militaires avaient baptisé « Le jardin ». Ton père s’appelait Marcelo. Ta mère, Maria Claudia.
    Ils avaient tous deux 20 ans. Et toi, dans le ventre maternel, tu avais sept mois.
    Je ne sais pas si tu es un garçon ou une fille. Je sais seulement que tu es né(e) (…) Maintenant tu as presque l’âge de tes parents quand ils les ont tués. »

    Le grand poète argentin Juan Gelman fait publier cette lettre le 12 avril 1995 dans Pagina 12, un quotidien de Buenos-Aires. Vingt ans après l’assassinat de son fils et de sa belle fille, arrêtée enceinte par des soldats de la dictature, il ignore le sort réservé à l’enfant, et s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon. Il a juste appris en février 1978, que les militaires argentins avait fait passer un message succin au Vatican : « The child was born ». Sans préciser son sexe, ni où il vivait...

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    (Photo de Juan Gelman)

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