dimanche, 28 juin 2009
JE TE SALUE, VIEIL OCEAN
NEWS NEWS NEWS C'EST L'ETE, IRRESISTIBLEMENT LES HOMMES COURENT VERS LES MERS ET LES OCEANS, "LE GRAND BLEU COLLé A LA SURFACE DE LA TERRE" (LAUTREAMONT), POUR S'Y BAIGNER ET S'Y RAFRAICHIR, RÊVER FACE A LA HOULE, PLONGER DANS SES EAUX ELASTIQUES, EXPLORER SES FONDS EXTRAORDINAIRES, SURFER SUR SES ROULEAUX ECUMANTS, REGARDER UN SOLEIL MYSTIQUE S'Y NOYER.
"ELLE EST RETROUVEE, QUOI ? L'ETERNITE... ECRIVAIT RIMBAUD. C'EST LA MER ALLEE AVEC LE SOLEIL." L'ETERNITE ? EN VERITE LES OCEANS, LES MERS SONT MENACEES COMME JAMAIS, LEURS EAUX PROFONDES COMMES LES CREATURES QUI Y VIVENT. UN SUJET A MEDITER CET ETE, ASSIS SUR UN ROCHER ESCARPE OU ALLONGE NU SUR UNE PLAGE. A MEDITER EN CONNAISSANCE DE CAUSE. En novembre 2006, quatorze chercheurs internationaux réputés, des biologistes marins, des océanographes, des économistes, ont publié dans la très sérieuse revue "Science" les résultats de quatre années d’enquête sur la situation de la biodiversité marine autour du monde. C'est à ce jour le plus grand bulletin de santé des mers et des océans jamais entrepris. Ses résultats sonnent l'alarme, et le tocsin : zones côtières chaques jours plus polluées, envahies par les méduses, écosystèmes marins en danger partout, destruction massive des récifs et des mangroves (les nurseries des poissons), menaces sur de nombreuses espèces comestibles, risques de disparition de la totalité des grandes espèces d'ici 2050 si aucune mesure n'est prise pour limiter la péche industrielle et décréter des sanctuaires marins.
Un jour, nous léverons-nous pour écrire : "Ce matin, ma mer est morte" ? Voici un long entretien avec Boris Worm, biologiste marin, un des initiateurs de l'enquête publiée dans Science. Un homme encore sous le choc de ses découvertes (publié dans le Monde 2, 10/02/07)
----------------------------------------------------------------------------------
"JE TE SALUE VIEIL OCEAN"
par Lautréamont
"Vieil océan,ta grandeur morale, image de l’infini, est immense comme la réflexion du philosophe, comme l’amour de la femme, comme la beauté divine de l’oiseau, comme les méditations du poète. Tu es plus beau que la nuit. Réponds-moi, océan, veux-tu être mon frère? Remue-toi avec impétuosité… plus… plus encore, si tu veux que je te compare à la vengeance de Dieu ; allonge tes griffes livides, en te frayant un chemin sur ton propre sein… c’est bien. Déroule tes vagues épouvantables, océan hideux, compris par moi seul, et devant lequel je tombe, prosterné à tes genoux. La majesté de l’homme est empruntée; il ne m’imposera point: toi, oui. Oh! quand tu t’avances, la crête haute et terrible, entouré de tes replis tortueux comme d’une cour, magnétiseur et farouche, roulant tes ondes les unes sur les autres, avec la conscience de ce que tu es, pendant que tu pousses, des profondeurs de ta poitrine, comme accablé d’un remords intense que je ne puis pas découvrir, ce sourd mugissement perpétuel que les hommes redoutent tant, même quand ils te contemplent, en sûreté, tremblants sur le rivage, alors, je vois qu’il ne m’appartient pas, le droit insigne de me dire ton égal"
14:48 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, animal, piège abscons, science fiction
dimanche, 30 mars 2008
ECOLOGIE INDUSTRIELLE. LA NATURE COMME PATRON
NEWS NEWS NEWS Fin mars, tous les acteurs français de l'écologie industrielle se réunissaient pour faire des propositions concrètes à l'Agence Nationale pour la Recherche (ANR). L'écologie industrielle ? Une contradiction dans les termes ? Non, sans doute un des grands défis du XXIe siècle : reconcilier les activités industrielles, une croissance contrôlée, la vie de populations de plus en plus nombreuses et la biosphère. Enquête auprès des pionniers, théoriciens et hommes de terrain de cet apparent oxymore, l'E.I, l'écologie industrielle (article publié dans Le Monde 2/ mars 2008)
-------------------------------------------------------------------------------------
1 - Cessons de nous comporter et nous penser comme un parasite terrestre, une espèce maudite qui épuise irrémédiablement la planète.
La peur est mauvaise conseillère. Nos industries chimiques, automobiles, pétrolières, énergétiques, urbaines, agricoles, forestières, maritimes, touristiques ne pollueront pas toujours. Industries et environnement ne sont pas voués à s’autodétruire. Nous devons sortir de cette impasse intellectuelle. Ecologie et industrie, environnement et business vont et doivent s’associer - s’harmoniser. Le grand défi de ce siècle sera l’«écologie industrielle». D’accord, cela sonne comme une contradiction dans les termes « écologie industrielle ». Mais une nouvelle manière de pensée apparaît souvent impensable au début. L’écologie industrielle (E.I) est un « paradigme neuf » comme disent ses théoriciens - un mouvement international d’idées, d’entrepreneurs et d’acteurs de terrain. Ecoutons l’un d’entre eux, Suren Erkman. Nous sommes à Genève, dans les locaux de sa société d’étude de projets industriels et technologiques. Ce biologiste suisse de 50 ans, ancien journaliste scientifique, a formalisé plusieurs des concepts importants de l’écologie industrielle dès 1994, avant de donner des cours à l’Université de Technologie de Troyes, puis à Genève.
« L’écologie industrielle repose sur trois idées force. La première, c’est d’imaginer le tissu industriel et urbain comme un cas particulier d’écosystème, qu’il faudrait faire fonctionner comme tel. De fait, tout ensemble d’industries fait circuler certaines quantités de matières, d’énergie, d’information, de déchets, de gaz, d’espèces vivantes, d’intelligence, comme tout système naturel. Nous pouvons en analyser le « métabolisme », c’est-à-dire les flux, les stocks, les dépenses, les pertes, les dégradations comme pour un ensemble vivant. Deuxième idée force, nous pourrions tendre à optimiser et « boucler » ce système pour qu’il récupère au mieux ses dépenses d’énergie, recycle ses déperditions, réutilise ses déchets et réduise son « empreinte écologique » à l’image d’un écosystème naturel ou d’« une chaîne alimentaire ». »
Des exemples frappants ? « Le traitement des déchets fournit des exemples classiques, mais limités, d’écologie industrielle. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises utilisent les détritus des décharges urbaines comme nouvelle matière première, ou comme combustible. Le cimentier français Lafarge les brûle dans ses fours, à 2000°, ce qui réduit son usage de produits fossiles, tout en détruisant tous les composés organiques polluants, même les pneus. Mais nous voyons bien qu’il faut aller plus loin, car l’incinération pose un problème de pollution d’air. »
La troisième idée force ? « Mettre en place des technologies propres et des « symbioses » qui permettent la réintégration des produits et des matériaux à l’intérieur même des chaînes de recyclage la biosphère. Au final, l’E.I se propose de repenser toute notre activité de production sur le modèle des écosystèmes…»
Suren Erkman n’est pas juste un des théoriciens importants de l’E.I. Il a mené des opérations de recyclage de déchets électroniques en Inde. Il a contribué à l’adoption par la ville de Genève d’une loi adoptant plusieurs principes de l’écologie industrielle. Il dit des choses dérangeantes.
« Aujourd’hui, la politique écologique arrive à une impasse. En nous focalisant sur la pollution, les déchets, le traitement « en fin de processus » (end of the pipe), nous ne réglons rien. La « dépollution » ne fait souvent que déplacer la pollution. Le traitement des eaux usées produit de l’eau propre, mais aussi des boues d’épuration pleines de métaux lourds. Si vous les épandez sur les sols, vous contaminez. L’incinération des déchets urbains permet de réduire les stocks, mais pollue l’atmosphère. Il faut filtrer les fumées, mais il restera encore des cendres, des eaux de rinçage. Nous voyons bien qu’une action cloisonnée, que ce soit la « dépollution » ou « la réduction des émissions» ne propose que des solutions partielles. Elle procède par petites améliorations, avec des technologies adaptées mais limitées. À la longue, cette méthode renforce le système industriel actuel. »
09:15 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, science fiction
samedi, 01 décembre 2007
JARED DIAMOND, LE GEOGRAPHE AMERICAIN VEUT COMPRENDRE : POURQUOI GERONIMO N'A-T-IL PAS INVENTE LE FUSIL ET CONQUIS L'EUROPE ?
(Jared Diamond à Bornéo)
NEWS NEWS NEWS. Pourquoi ce ne sont pas les Amérindiens qui ont inventé le fusil, la caravelle et conquis l’Europe ? Les Aborigènes qui ont dominé l’Asie du Sud-Est ? Pourquoi l’humanité s’est-elle développé de façon inégale d'un point de vue technique, scientifique, politique, à des rythmes si différents ? Rares sont les essais historiques qui éclairent les grandes problèmatiques d'époque, offrant une interprétation consistante les mettant en perspective. Ainsi en est-il de l'essai "De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire" du géographe et historien de l'environnement Jared Diamond. Il vient d'être publié en poche, chez Folio Gallimard.
En Juillet 1972, Jared Diamond est en mission en Nouvelle-Guinée. Un soir, il croise un homme politique nommé " Yali ", avec qui il fait un bout de chemin. M. Yali est hanté par une question : pourquoi ce sont les " Blancs ", et pas eux " les Noirs ", qui ont inventé tous ces instruments précieux, les haches en métal, les fusils, les étoffes, les médicaments, les bateaux à vapeur, ce qu’en Nouvelle-Guinée la population appelle le " cargo " ? Pourquoi les Néo-guinéens vivent-ils dans des villages de huttes, tandis que les Américains et les Européens habitent dans d’immenses villes électrifiées ? M. Yali ne comprend pas. Il lui semble pourtant être aussi intelligent que les colons qu’il fréquente, et qui le méprisent. Jared Diamond ne comprend pas non plus, même s’il pense que la civilisation forestière des Néo-Guinéens mérite le respect, et que ces hommes sont ses égaux.
À l’époque, Jared Diamond réfléchit à un vaste " Traité de l’Homme ", une histoire générale de l’espèce humaine dans ses relations à l’environnement. Il prépare le premier tome, " Le troisième chimpanzé " (Harper 1992, Gallimard 2000), consacré à l’étude comparée des comportements écologiques des grands singes hominidés et des homo sapiens - la seule espèce capable de massacrer une autre, et de ruiner son environnement. Écoutant M. Yali, il s’interroge sur les suites de l’évolution humaine, son essor vertigineux, ses disparités extrêmes - et ses effondrements rapides. D’où provient cet incroyable contraste dans le développement entre les sociétés ? Pourquoi ce ne sont pas les Indiens d’Amérique qui ont inventé le fusil et l’acier et conquis l’Europe ? Les Africains de l’Ouest qui ont colonisé le Brésil ? Les Aborigènes d’Australie qui ont dominé l’Indonésie et l’Asie du Sud-Est ? Pourquoi l’humanité ne s’est-elle pas développée au même rythme ?
LA GEOGRAPHIE ET L'ENVIRONNEMENT PRIMENT
Nous connaissons la réponse raciste : le bagage génétique, l’ADN de ces populations, leur génome plus primitif et leuir cerveau plus petit expliquent ces divergences dans le développement. Nous avons ensuite connu l'explication « culturaliste », toujours très en vogue, et bien développée pendant le « discours de Dakar » de Nicolas Sarkozy en juillet dernier (qui a fait scandale dans la presse là-bas) : les civilisations de ces pays, plus artistes, irrationnelles, magiques n’ont pas permis qu’ils élaborent une technologie avancée, encore moins l’Etat de droit - ou inventent même la roue, comme les Mayas (ce qui est faux, certains jouets mayas ont des roues, mais les porteurs sont plus utiles sur les sentiers de montagne). Jared Diamond mettra vingt-cinq ans à répondre à la question de " Yali ". Ce sera l’essai e second tome de son " Traité de l’Homme ", " De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire ", (prix Pulitzer 1998, Gallimard 2000, aujourd'hui en Folio). S’appuyant sur une riche documentation géographique, épidémiologique, biologique et archéologique, il ruine toute explication supposant une inégalité génétique ou " raciale " au sein des populations humaines.
Ce sont la géographie et l’environnement, montre-t-il, remontant 13.000 ans d’histoire, qui ont fabriqué les énormes dissemblances dans la croissance humaine. Une civilisation agricole, sédentaire, artisanale, technicienne a pu croître au Moyen-Orient, dans le Croissant Fertile, parce que le lin et ses fibres, le blé, l’orge, les pois chiches, les lentilles qui permettent d’emmagasiner des vivres y poussaient à l’état sauvage. Cinq espèces d’animaux décisives pour l’alimentation, le transport et le trait y vivaient : les chiens, les moutons, les porcs, les bovins, le cheval - qui a tant impressionné les Incas. Comparez avec l’Australie, écrit-il, elle n’abrite aucun mammifère domesticable, et une seule plante cultivable : une noix. L’agriculture sédentaire, une civilisation urbaine ne pouvait se développer là. Une civilisation de chasseur cueilleurs oui, déployant une intense culture du rêve, pleine d’arts magiques - car les hommes partout déploient leur intelligence, leur imagination et leurs talents, même dans les déserts et les îles isolées. Allez voir l’extraordinaire exposition virtuelle que vient d’ouvrir le musée du Quai Branly pour vous en convaincre : http://www.quaibranly.fr.
Remarquez qu’à l’époque de Babylone, du « miracle grec » ou de la république romaine, l’Europe du Nord était, rappelle Jared Diamond, un « trou perdu ». On ne lui connaît aucun apport significatif à la civilisation mondiale avant les années 1000. Alors pourquoi devient-elle le coeur de l’Occident ? La géographie a voulu qu’elle soit installée sur la route de communication directe est-ouest avec le Moyen-orient, via l’Espagne et la Méditerranée. L’Europe retardataire hérite alors de la métallurgie et des artisanats romains, la navigation à voile, des techniques militaires, du droit et de la centralisation politique sans les avoir inventés. Quand le Moyen-Orient périclite, déforesté par les armées romaines, les sols usés et desséchés, l’Europe aux précipitations abondantes et aux terres grasses, tournée vers l’Atlantique et les Indes Orientales, sait mettre à profit ces avantages. Peu de régions au monde ont hérité d’une une telle chance géographique : avec cet axe Sud-Nord si enrichissant.
Hélas, nos sénateurs ont décidé d’y dresser le mois dernier plein de nouveaux barrages et obstacles – d’y instituer une sorte de barrière génétique pour empécher les regroupements familiaux.
De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire. Jared Diamond. Folio. Gallimard. Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou leur survie. Jared Diamond. Gallimard . Nrf/Essais.
22:40 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, science fiction, philosophie, piège abscons






