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  • MOZART, SADE, BAUDELAIRE, GOETHE A LA FONDATION BODMER, LE MUSEE DES MANUSCRITS EXTRAORDINAIRES

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    Le manuscrit des "120 journées de Sodome" perdu à la prison de la Bastille par le Marquis de Sade. Fondation Bodmer

    NEWS NEWS NEWS. À Coligny, en Suisse, à 5 minutes de Genève, une des plus belles collections au monde de manuscrits, d’incunables et de livres anciens vous attend. Elle est conservée dans le Musée de la fondation Bodmer, qui a eu la bonne idée de s’associer avec les Presses Universitaires de France (PUF) pour lancer avant Noël une collection de beaux livres en fac similé. Visite guidée (faite pour Le Monde 2 en  novembre 2007).

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    « Surtout ne le touchez pas ! Ne l’effleurez pas ! » La responsable des vitrines me surveille comme je me tords vers le précieux bandeau de papier. J’essaye désespérément de décrypter quelques mots, tracés d’une écriture torturée, à l’encre noire. Il faudrait une loupe, tant Donatien Alphonse François de Sade s’est appliqué à écrire en lettres minuscules son chef d’œuvre, « Les cent vingt journées de Sodome ». L’histoire de ces pages vaudrait un roman.

    Enfermé à la prison de la Bastille en 1784 – pour empoisonnement, parce qu’il avait partagé des « mouches cantharides » aphrodisiaques avec des prostituées -, le marquis utilisait des feuilles de 12,5 centimètres de large, collées les unes aux autres, écrites recto verso, jusqu’à former un rouleau de 12 mètres qu’il cachait entre des pierres. Mais voilà que le 2 juillet 1789, des manifestants vocifèrent autour des murs : aussitôt Sade se met à hurler à travers les barreaux « Ici on égorge les prisonniers ! ». Ces cris affreux contribuèrent pour beaucoup, dit la légende, à la prise de la Bastille. Pendant ce temps, Sade est emporté nu comme un ver vers l’hospice d’aliénés de Charenton. Son manuscrit, croit-il, est irrémédiablement perdu.

    Quelle émotion de le retrouver là, dans cette armoire de verre ouverte pour les besoins de la photo. Je crois discerner les mots « Curval », le nom du libertin criminel héros du livre, et « cul » bien sûr, plusieurs fois. On tremble de penser à la terrible paternité intellectuelle de ce fragile rouleau retrouvé par hasard dans la Bastille incendiée, qui raconte avec verve pas moins de 604 passions sexuelles – selon le peintre Vincent Corpet, qui les a toutes dessinées. N’annonce-t-il pas la pensée psychiatrique et psychanalytique du XXe siècle, l’encyclopédie de la « psychopathia sexualis » du docteur Krafft-Ebing, les écrits de Freud sur les fantasmes et les perversions de la libido ? Ne se réjouit-il de la mort de Dieu, un siècle avant Nietzsche ?
    Contempler de près ce noir chef-d’œuvre fait battre le cœur.

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