mercredi, 31 décembre 2008

INSOMNIE, MAL DORMIR, OUBLIER SES RÊVES. NOS SOCIETES MEPRISENT LE SOMMEIL, LE REPOS ET LES MONDES INTERIEURS.

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NEWS NEWS NEWS. Dormez mieux, vous vivrez vieux. Ce sont les conclusions d'une enquête publiée la veille de Noël, le mardi 23 décembre, dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), qui conclut que dormir une heure de plus réduit  notablement le risque de maladies cardiovasculaires. Les auteurs insistent sur les bienfaits du sommeil et soulignent que des études récentes montrent que le manque de repos nocturne apporte d’autres risques comme la prise de poids, le diabète ou l’hypertension.

Pendant ce temps, l'insomnie gagne. En effet, la Société Française de Recherche et de Médecine du Sommeil, associé à la faculté de médecine de Lyon, réunie en congrès à Albi fin novembre 2006, avançait des chiffres saisissants - qui défraient toujours les chroniques médicales. 6 millions de personnes souffrent d’insomnie en France. Or le mauvais sommeil continue à être considéré comme un désagrément plus qu'une maladie par le grand public - voire une partie du corps médical. Beaucoup le voient comme la rançon de notre époque pressée, l'embêtement de gens stressés, travaillant trop, qui plus est fascinés par la télévision, ou alors tombés en apnée dans les écrans d'Internet. Or le mauvais sommeil EST une maladie. Parfois grave. Aux effets secondaires dangereux. Il nous faut réapprendre à dormir... et plus encore, à rêver. Enquête et grand entretien.

 

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... Nous, les humains, ne sommes pas seulement des activistes lucides et rationnels.

... Nous passons un tiers de notre vie à dormir, entre 25 et 30 années en moyenne, dont 5 à 6 ans à rêver, c’est dire l’importance physiologique du sommeil, la place qu’il occupe dans notre existence...

... Pourtant, notre société dort mal, trop peu, et surtout, ne s’en préoccupe pas. Selon les enquêtes de santé, les troubles du sommeil et ses effets adjacents ne sont pas considérés par les Français comme des maladies sérieuses, tant et si bien que le gouvernement prépare un « plan sommeil ». Des études montrent que 30% des personnes atteintes d’affections du sommeil ne donnent pas suite à l’avis médical. La plupart d’entre elles attendent 50 jours avant de consulter. Les phénomènes de somnolence et de baisse de vigilance touche, selon les enquêtes, de plus en plus d’adolescents et de scolaires. La Société Française de Recherche et de Médecine du Sommeil, associé à la faculté de médecine de Lyon, réunie en congrès à Albi fin novembre, avance des chiffres saisissants. 6 millions de personnes souffrent d’insomnies en France. Cela va de l’endormissement difficile à la nuit blanche, avec une forme sévère – 3 insomnies par semaines – chez 10% d’entre elles. Les conséquences sont nombreuses, souvent inattendues. Il y a la somnolence diurne, forme de « rattrapage » du sommeil. Elle affecte la vigilance au travail, la réussite scolaire, les accidents de la route. Dans les secteurs à responsabilité – le contrôle aérien, les vols longs courriers, la surveillance des travaux, etc. -, dans les transports routiers, ou encore aux commandes de machines dangereuses, elle peut mener à des fautes d’attention mortelles. La somnolence multiplie par 8 le risque de catastrophe : 30% des accidents sur autoroute, 20% sur route ont été attribués à des assoupissements. Une revue (Sommeil Vigilance), un institut, de nombreux sites médicaux se consacrent aujourd’hui à la chute de la vigilance, maladie moderne.

IMPACT DU MAUVAIS SOMMEIL

L’impact négatif de l’insomnie retentit dans beaucoup d’autres pathologies. Elle agit comme facteur aggravant dans l’hypertension artérielle. Dans l’accroissement des processus inflammatoires, et donc l’athérosclérose. Dans le diabète, en favorisant l’intolérance au glucose. Dans l’obésité, le manque de sommeil s’accompagnant souvent d’une majoration de l’appétit pour les sucres. Dans la dépression, dont « elle fait le lit » (Docteur Joëlle Adrien, La Pitié). L’insomnie est au cœur de nos maladies d’époque. Pourtant, l’insomnie se voit généralement traitée par la prise d’un somnifère, parfois sans même une consultation médicale.  
L’insomnie n’est pas la seule maladie du sommeil. Certaines sont très connues, comme le ronflement, qui touche 10 millions de personnes en France. C’est bénin, mais cela empêche l’autre de dormir. L’« apnée du sommeil », un trouble moins connu, touche officiellement 4% de la population (mais sans doute 10%, tous ronfleurs). Elle se traduit par des séries de courts arrêts respiratoires durant le sommeil. Certaines personnes en font des centaines par nuit, accompagnées d’un éveil très court. La journée, fatiguées, elles connaissent des somnolences. Ce sont des affections sérieuses. Non traitées, les apnées du sommeil mènent à des problèmes cardiorespiratoires.
Autre trouble méconnu du sommeil, le « syndrome des jambes sans repos » ou « impatience ». Il se manifeste à l’état chronique et intense chez 1 personne sur 10, de façon irrégulière, mais s’aggravant avec l’âge chez 3 personnes sur 10. « L’impatience » se traduit par des fourmillements, des tressaillements, des pincements, des envies d’extension irrépressibles dans les jambes, ce qui entraîne des insomnies pénibles. Il faut se lever, marcher, s’étirer pour combattre ces sensations, qui reprennent aussitôt vous êtes couché.  Ces pathologies sont sous-estimées, les patients ne donnant souvent pas suite aux consultations. Il y a encore la narcolepsie, qui affecte 1 personne sur 2000, soit autant que la sclérose en plaque. La personne est saisie dans la journée par d’irrépressibles envies de dormir, surtout après le repas, comme dans le film « Drugstore cowboy » de Gus Van Sant. Des crises de cataplexie – relâchement musculaire complet – l’accompagnent. La narcolepsie est sous-diagnostiquée.

SACRIFIER SES NUITS A UNE VIE DE STRESS

Nous les modernes considérons les troubles du sommeil comme une conséquence inévitable de la vie moderne. Nous sacrifions le sommeil au travail, nous sommes convaincus que travailler doit fatiguer, qu’il est normal de dormir peu. Le travail «  à feu continu », les services « 24H sur 24 H », la réduction des effectifs, la continuation des taches à domicile, le stress comme mode de gestion nous amènent à considérer le sommeil comme une sorte d’obligation improductive, un temps compressible. Nous ne savons plus nous reposer, nous trouvons le sommeil secondaire, presque du « temps perdu » (docteur Alain Muzet, CNRS Strasbourg). Ajoutez la télévision et les DVD, les jeux vidéos, le surf internet, le téléphone portable, autant d’activités ludiques qui achèvent de  mordre sur le sommeil.
A la faculté Laennec de Lyon, le laboratoire du CNRS consacré à « la physiopathologie du cycle éveil-sommeil », dirigé par le neurobiologiste Pierre-Hervé Luppi, poursuit des travaux de pointe sur l’apprentissage du cerveau pendant le sommeil et la mise au point de somnifères s’approchant au plus près du sommeil naturel. Créateur d’un des plus importants sites web mondiaux consacrés au rêve, les chercheurs poursuivent les travaux de Michel Jouvet, grand précurseur de la science du sommeil, découvreur du « sommeil paradoxal ». Que pense Pierre Hervé Luppi du mépris avec lequel on traite le sommeil dans nos sociétés ? Que nous apprend aujourd’hui la recherche sur l’importance du sommeil et des rêves pour l’homme ? Grand entretien.

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20:14 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ego, philosophie, sabotage, rêve |