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racisme

  • UNE RÉFLEXION SUR LA THÉORIE DU REMPLACEMENT DÉMOGRAPHIQUE DU PEUPLE FRANÇAIS THÉORISÉ PAR L'EXTRÊME-DROITE

     (Peinture de Guillaume Bresson. Sans Titre (2008). Galerie Nathalie Obadia)

    NEWS NEWS NEWS « Le Grand Remplacement est le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre. » C’est en ces termes alarmistes que l’écrivain Renaud Camus, proche du Front National, a lancé en septembre 2013 un manifeste intitulé : « Non au changement de peuple et de civilisation ».

    Depuis deux ans, cette « théorie du remplacement » du peuple français « de souche» par d’autres peuples, principalement venus du Maghreb et d’Afrique, connaît une popularité grandissante dans les milieux d’extrême droite, voire de droite. Cet écho mérite qu’on s’y arrête car cette théorie cristallise des peurs profondes et des discours de plus en plus radicaux.

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    Dans son livre autoédité Le Changement de peuple, paru en 2013, l'écrivain Renaud Camus détaille cette « théorie du remplacement ». Attristé par la mondialisation, l’écrivain affiche une grande mélancolie pour le passé : il affirme que les « maîtres du commerce international » et les « chevaliers de l'industrie globalisée » ont transformé chaque Français en un « pion désoriginé échangeable à merci, sans aspérités d’appartenance, délocalisable ». Ce faisant, ajoute-t-il, ils ont façonné un« homme remplaçable, débarrassé de toute spécificité nationale, ethnique et culturelle ».

    Selon Renaud Camus, cet « économisme pur », relayé par le patronat français et par des hommes politiques inconscients, nous a fait perdre le sens de la patrie et de « l’épaisseur des siècles » : il a dissous la mémoire de notre histoire et de notre littérature, diluant les individus dans une « Grande Déculturation ». C’est cette « hébétude » généralisée qui a permis aux élites corrompues d’orchestrer sans résistance une véritable « colonisation de peuplement » du pays par l’immigration maghrébo-africaine. A la fin du texte, Renaud Camus affirme qu’en France « la proportion d’indigènes est encore assez haute parmi les personnes les plus âgées, mais elle va s’amenuisant spectaculairement à mesure qu’on descend dans l’échelle des âges. Tendantiellement (…), les nourrissons sont arabes ou noirs, et volontiers musulmans ».

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  • LAÏCITÉ : COMMENT S'ACCOMMODER DE LA RELIGION, ET JUSQU'OÙ ? L'EXEMPLE CANADIEN.

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    Caricature parue dans Le Cornichon, journal satirique québécois moquant le premier ministre et les "accommodements raisonnables" : faudra-t-il interdire la fête de Noël pour satisfaire toutes les religions ?

    NEWS NEWS NEWS Avant les fêtes, par deux fois, les médias se sont enflammés. Des responsables publics auraient cédé aux pressions de musulmans. A Montargis (Loiret), une directrice d'école maternelle aurait refusé de faire venir le Père Noël pour ne pas heurter leurs croyances. Au Havre, la ville aurait fait jeter des mousses au chocolat confectionnées dans les 67 cantines scolaires, parce qu'elles contenaient de la gélatine de porc. Ces cas auraient remis en cause nos traditions, bafoué la laïcité.

    A Montargis, finalement, la directrice d'école et l'inspecteur d'académie ont parlé d'un budget de réveillon en baisse et nié avoir subi « des pressions » des familles musulmanes. C'est un mail anonyme, extérieur à l’école, dénonçant « les adeptes du politiquement correct », qui a dramatisé l'histoire sur les réseaux sociaux et déclanché l'affaire.

    Après les articles alarmistes traitant de l'« affaire du Havre », exagérément grossie, la page de commentaires du site Internet de BFM-TV a été fermée « pour cause de dérapages et d'appels à la haine ». Cela n'a pas empêché la mairie de rappeler que la ville adapte depuis longtemps les repas des cantines scolaires. « Nous offrons un produit de substitution pour le plat principal quand il est à base de porc, a déclaré le directeur adjoint en charge du développement social, de la famille et du sport, Philippe Brunel. Les familles en sont informées dès leur inscription à l'école. »

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  • ISLAMOPHOBIE. RÉALISME, IDÉOLOGIE OU PARANOÏA ?

    NEWS NEWS NEWS. Nous sommes sur le plateau de France 2, le 22 avril, au soir du premier tour de la présidentielle. Les résultats tombent. Les Français ont crédité Marine Le Pen de 17,9 %. Exalté, le porte-parole du Front national, Gilbert Collard, annonce la couleur : « On est la nouvelle droite ! C'est vrai que Nicolas Sarkozy, ça paraît bien fini. » Justifié dans ses prises de position par la surenchère du président sortant sur l'immigration et l'islam, réunissant 6,4 millions de voix, le FN se pose en parti d'alternance. Il se prépare à affronter l'UMP en multipliant les triangulaires aux législatives. Il en a les forces. Marine Le Pen est arrivée première ou deuxième dans 116 circonscriptions sur 577, dépassant les 25 % dans 59 d'entre elles.

    Ce succès de l'extrême droite, sa conversion en une « droite nationale » rejetant, au moins en paroles, « les formes de xénophobie, de racisme et d'antisémitisme », tout en faisant de la lutte contre l'immigration musulmane son cheval de bataille, fait écho à la percée dans toute l'Europe de formations politiques similaires. Citons le Parti du peuple danois, le Parti pour la liberté néerlandais, le FPÖ et le BZÖ autrichiens, les Vrais Finlandais, le Parti du progrès norvégien, le flamand Vlaams Belang, Droit et Justice en Pologne, Ataka en Bulgarie, la Ligue du Nord en Italie, les Démocrates en Suède, l'Union démocratique du centre (UDC) en Suisse. Tous ces partis dépassent aujourd'hui les 5 % des suffrages, quand ils n'atteignent pas 25 %.
    Selon le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, ces formations incarnent l'émergence d'une « nouvelle droite radicalisée ». Leurs programmes oscillent entre deux philosophies très différentes qui s'opposent sur l'économie et les moeurs. Certains, comme le FN, prônent un "nationalisme social" explique Dominique Reynié, de la Fondation pour l'innovation politique. Ils sont eurosceptiques, contre la monnaie unique, ils critiquent la mondialisation, s'en prennent au capital, disent défendre les sans-grade. D'autres, comme le Parti pour la liberté de Geert Wilders, aux Pays-Bas, défendent un « libéral populisme », constate Jean-Yves Camus. Ils défendent l'Europe, le libéralisme, la laïcité et la liberté des moeurs.

    Tous ces partis, cependant, comme le constate le politologue autrichien Anton Pelinka, se retrouvent sur un point : une critique virulente de la pratique de l'islam sur le continent et une dénonciation systématique de l'immigration venant des pays musulmans, associée à une "invasion" menaçant les modes de vie européen - et visant selon eux au remplacement de sa population, en vue d'établir la "charia" de la Méditerranée à la Norvège. Les partis républicains classiques parlent d'une dérive "islamophobe" pour signifier que ces courants politiques exagèrent le danger de l'islam en Europe, se polarisent sur les mouvements salafistes extrémistes, oublient les principes et la solidité de la laïcité républicaine, quand ne font pas preuve de démagogie électoraliste. Ils « jouent démagogiquement la carte qui consiste à dénoncer l'immigration musulmane pour rallier les perdants de la mondialisation » avance Anton Pelinka. Mais est-ce aussi simple ? N'y-a-t-il pas un réel danger a laisser toutes les composantes de l'islam prendre ses quartiers dans la communauté européenne ?

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  • DES STATISTIQUES ETHNIQUES, POUR MESURER QUOI, POUR QUOI FAIRE ?

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    NEWS NEWS NEWS Au moment où le président Nicolas Sarkozy déclare à la télévision qu' "il y a trop d'étrangers en France", une phrase à fort impact émotionnel et sans véritable contenu - de quel "étranger" parle-t-il, des immigrés venus travailler, des millions de Français d'origine immigrée, des Européens qui passent leur retraite en France, des travailleurs clandestins, de personnes de couleur, des bi-nationaux ? -, on oublié qu'en septembre 2008, le même Nicolas Sarkozy lançait un Commissariat à la diversité et à l'égalité des chances. Il en nommait président une des figures de la réussite pour un enfant d'immigré, Yazid Sabeg, fils d'un docker algérien, dirigeant d'une société d'informatique employant 4000 personnes, qui milite depuis des années pour une "discrimination positive" à la française et des "statistiques éthniques" capables de mesurer la diversité de la société française. Nous l'avons rencontré, alors que la campagne électorale s'enlise dans de douteux débats sur la viande halal et la dénonciation obsessionnelle de l'immigration.

    Yazid Sabeg, le commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances nommé par Nicolas Sarkozy, n’a pas le moral en cette période électorale. La course de la droite après l’extrême droite est « un crève-cœur » pour lui. Son engagement mérite d’être raconté. En 2004, il publie avec l’Institut Montaigne « Les oubliés de l’égalité des chances », puis « La discrimination positive. Pourquoi la France ne peut y échapper » (Calmann-Lévy) où il réclame l’usage de « statistiques ethniques » pour mesurer les discriminations subies par les enfants de l’immigration. En 2005, il rejoint l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine, travaille sur la déshérence des banlieues, qui vont s’enflammer en novembre. Patron d’une société informatique cotée en bourse, employant 4000 personnes, ce fils d’un docker algérien venu en France incarne l’exception de la règle qu’il dénonce. « Cinq millions de Français sont issus de l'immigration maghrébine, explique-t-il. Pour quelques centaines qui réussissent, l’immense majorité vit en banlieue, en marge de la République, renvoyés à leur origine, désespérant de jamais devenir des Français comme les autres. Pierre Bourdieu a raison. Dès l’école, tout est joué. 150,000 enfants en sortent chaque année sans qualification, souvent des enfants d’immigrés. » Quand décrochent-ils ? Combien passent le bac, font des études supérieures, se retrouvent chômeurs, ou délinquants ? Quelles matières scolaires sont sélectives ? Pour le savoir, il faut des mesures statistiques. Il sourit d’un air las (qui tranche avec la force que dégage cet homme de 60 ans, épais, solide et sûr de lui) : «On ne pouvait plus continuer à s’aveugler. »

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  • LA PEUR DE L'AUTRE. ENTRETIEN AVEC L'HISTORIEN PAP NDIAYE SUR LA MONTÉE DE LA DROITE POPULISTE ET LE MULTICULTURALISME

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    NEWS NEWS NEWS Les musulmans sans mosquée assimilés à une armée d’« occupants », une progression des idées du Front National chez les militants UMP, les « apéros saucissons pinard » pour défendre la culture française, la loi Loppsi 2 autorisant tout démantèlement de campements de Roms, une ambiance délétère de défiance envers les étrangers se développe en France tandis qu’une extrême-droite islamophobe progresse dans toute l’Europe.

    Nous avons demandé à l’historien Pap Ndiaye, maître de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, auteur de « La condition noire » (Calmann-Levy) comment il analysait ces phénomènes de rejet de l'Autre et de l'étranger. Cet entretien a été réalisé quelques jours avant le démarrage des révolutions  tunisiennes et égyptiennes qui ont apporté un démenti cinglant à toute conception enfermant les habitants des pays du Moyen-Orient  - selon la théorie du "choc des civilisations" - dans une culture figée, qui serait à jamais anti-démocratique, intolérante et liberticide (publié dans Le Monde Magazine, janvier 2011).

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    ENTRETIEN

    Tous les jours le débat politique s’envenime sur la question de l’immigration. Cela ne va pas sans actes racistes …

    "En effet, le rapport 2009 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme se dit préoccupé par l’ « augmentation alarmante » des faits à caractère raciste, xénophobe et antisémite en France, un phénomène également observable à un titre ou un autre dans la plupart des autres pays européens depuis quelques années. En outre, bien que depuis un demi-siècle, les idées et comportements tolérants et accueillants à la diversité aient progressé dans notre société, on entend trop souvent des propos racistes décomplexés, assumés sans fard et présentés comme relevant du « bon sens » et du « réalisme ». Le gouvernement français est d’une discrétion rare sur le sujet du racisme. Il est vrai que le ministre de l’intérieur a été condamné en première instance pour injure raciale, ce qui le disqualifie sur la question.

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