mercredi, 16 septembre 2009

LOI HADOPI... OU COMMENT EVITER LE GRAND DEBAT INTELLIGENT SUR LE DEPLOIEMENT ECONOMIQUE D'INTERNET ET LA GRATUITE

NEWS NEWS NEWS La loi Hadopi a été adoptée une seconde fois, modifiée dans ses plus criantes atteintes à la liberté d'expression - bien décrites par le Conseil Constitutionnel. Et si on peut s'en féliciter avec les artistes, auteurs, cinéastes et autres compositeurs, tout esprit un tant soit peu engagé dans Internet et son immense champ d'action, regrettra que le débat se soit enfermé dans un absurde "pour ou contre", sans entrer dans le véritable débat de fond. Nous en voulons pour preuve ce vidéo-reportage réalisé par l'excellent site Backchich auprès de nos députés. La question posée, juste avant le vote de la loi Hadopi, est  : "Pouvez-vous me dire ce que siginife le "peer to peer". Oulala. La terrible question. On s'attendait au pire, c'est pire. Pas un seul député UMP ne sait - "mais mon fils sait lui, sûrement". Le gars du P.S flotte comme dans un calbute trop grand. Seul Yves Cochet des Verts sauve l'honneur.
Au-delà de ce spectacle affligeant, comment ne pas continuer à réfléchir sur l'irrésistible apparition des nouveaux modèles économiques adaptés au Net (notamment l'économie du don, de l'entraide, de la confiance, déjà très développée dans certains réseaux  sociaux), mais encore aux business models possible associés au développement de la "longue traîne", mais aussi de la dynamique économique associés à la gratuité, bien analysée par Chris Anderson, le réacteur-en-chef de Wired, dans son célébre essai, enfin traduit en France : Free (Pearson). En voici les grands principes, qui soulèvent tous de passionnants débats, notamment sur les questions des business-models.
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GRACE AU GRATUIT, DEVELOPPEZ LIBREMENT VOS CREATIONS NUMERIQUES...

ET GAGNEZ DE L'ARGENT

(par Chris ANDERSON, rédacteur-en-chef de Wired, sur Eco 89)

1 : Si c’est numérique, tôt ou tard cela sera gratuit.
Sur un marché concurrentiel, les prix chutent jusqu’au coût marginal. L’Internet est le marché le plus concurrentiel que le monde ait jamais vu, et le coût marginal des technologies qu’il utilise -traitement, bande passante, stockage- se rapproche constamment de zéro. Le gratuit devient, non seulement une option, mais un aboutissement inévitable. Les bits veulent être gratuits.

2 : Les atomes aimeraient bien être gratuits aussi, mais ils n’y mettent pas autant du leur.

Hors du domaine numérique, les coûts marginaux tombent rarement à zéro. Mais la gratuité est si attirante psychologiquement que les spécialistes du marketing trouveront toujours des moyens pour l’exploiter en rendant certaines choses gratuites tout en en vendant d’autres. Ce n’est pas vraiment du gratuit -vous payez probablement un jour ou l’autre-, mais c’est souvent tout aussi irrésistible.
Aujourd’hui, en faisant œuvre d’imagination pour élargir la définition de leur industrie, des entreprises, depuis les compagnies aériennes jusqu’aux constructeurs automobiles, trouvent des moyens de rendre leur produit principal gratuit tout en vendant autre chose.

3 : Vous n’arrêterez pas le gratuit.
Dans le domaine numérique, vous pouvez essayer de bloquer le gratuit par des lois et des verrous, mais en fin de compte, la force de gravité économique l’emportera. Ce qui signifie que si la seule chose qui empêche votre produit d’être gratuit est un code secret ou une menace, vous pouvez être sûr que quelqu’un, quelque part, trouvera la parade. Reprenez la gratuité aux pirates et vendez des options d’amélioration.

4 : Vous pouvez gagner de l’argent avec le gratuit.
On paie pour gagner du temps. On paie pour courir moins de risques. On paie les choses qu’on adore. On paie pour améliorer son statut. On paie quand on y est obligé (une fois harponné).
Il y a d’innombrables moyens de gagner de l’argent autour du gratuit (…). Le gratuit ouvre les portes, touche de nouveaux consommateurs. Cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas faire payer certains d’entre eux.
5 : Redéfinissez votre marché.
Ses concurrents vendaient des sièges dans des avions. Ryanair a décidé de vendre plutôt des « voyages ». La différence est qu’il y a des dizaines de moyens pour gagner de l’argent avec les voyages, de la location d’automobile aux subventions versées par les destinations en mal de touristes. Cette compagnie aérienne vend ses sièges peu cher, voire gratuitement, pour gagner plus d’argent « autour » d’eux.

6 : Arrondissez vers le bas.
Si le coût de quelque chose va vers zéro, le gratuit est juste une affaire de temps. Pourquoi ne pas y arriver avant tout le monde ? Le premier qui parvient au gratuit attire l’attention et il y a toujours des moyens de transformer celle-ci en argent. Que pourriez-vous rendre gratuit aujourd’hui ?

7 : Tôt ou tard, vous serez en concurrence avec le gratuit.

Que ce soit par des subventions croisées ou des logiciels l’un de vos confrères va trouver comment donner ce que vous faites payer. Ce ne sera peut-être pas exactement la même chose, mais la baisse de prix de 100% risque d’avoir plus d’importance. Vous aurez le choix entre en faire autant et vendre autre chose, ou veiller à ce que la différence de qualité comble la différence de prix.

8 : Adoptez le gaspillage.
Si une chose devient trop peu coûteuse pour qu’on la compte, cessez de la compter. Du forfait modique au zéro absolu, les entreprises les plus innovantes sont celles qui voient dans quel sens les prix évoluent et qui prennent les devants. « Votre boîte vocale est pleine » est le dernier râle d’une industrie figée dans un modèle de rareté au milieu d’un monde d’abondance.

9 : Le gratuit rend d’autres choses plus précieuses.
Toute abondance crée une nouvelle rareté. Voilà une centaine d’années, les loisirs étaient rares et l’on avait beaucoup de temps ; à présent, c’est l’inverse. Quand un produit ou service devient gratuit, la valeur migre vers la couche supérieure. Allez-y aussi.

10 : Gérez l’abondance, pas la rareté.
Quand des ressources sont rares, elles sont également coûteuses -il faut les utiliser parcimonieusement. D’où le management « top-down » [de haut en bas, ndrl] traditionnel, qui privilégie le contrôle afin d’éviter des erreurs coûteuses. Mais quand les ressources sont bon marché, vous n’avez pas besoin de les gérer de cette manière.
En devenant numériques, les branches d’activité peuvent aussi devenir plus indépendantes sans risquer de mettre à bas tout l’édifice. La culture d’entreprise peut passer du « Ne fais pas de bêtises » à « Echoue vite ».

dimanche, 28 juin 2009

JE TE SALUE, VIEIL OCEAN

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NEWS NEWS NEWS  C'EST L'ETE, IRRESISTIBLEMENT LES HOMMES COURENT VERS LES MERS ET LES OCEANS, "LE GRAND BLEU COLLé A LA SURFACE DE LA TERRE" (LAUTREAMONT), POUR S'Y BAIGNER ET S'Y RAFRAICHIR, RÊVER FACE A LA HOULE, PLONGER DANS SES EAUX ELASTIQUES, EXPLORER SES FONDS EXTRAORDINAIRES, SURFER SUR SES ROULEAUX ECUMANTS, REGARDER UN SOLEIL MYSTIQUE S'Y NOYER.

"ELLE EST RETROUVEE, QUOI ? L'ETERNITE... ECRIVAIT RIMBAUD. C'EST LA MER ALLEE AVEC LE SOLEIL." L'ETERNITE ? EN VERITE LES OCEANS, LES MERS SONT MENACEES COMME JAMAIS, LEURS EAUX PROFONDES COMMES LES CREATURES QUI Y VIVENT. UN SUJET A MEDITER CET ETE, ASSIS SUR UN ROCHER ESCARPE OU ALLONGE NU SUR UNE PLAGE. A MEDITER EN CONNAISSANCE DE CAUSE. En novembre 2006, quatorze chercheurs internationaux réputés, des biologistes marins, des océanographes, des économistes, ont publié dans la très sérieuse revue "Science" les résultats de quatre années d’enquête sur la situation de la biodiversité marine autour du monde. C'est à ce jour le plus grand bulletin de santé des mers et des océans jamais entrepris. Ses résultats sonnent l'alarme, et le tocsin : zones côtières chaques jours plus polluées, envahies par les méduses, écosystèmes marins en danger partout, destruction massive des récifs et des mangroves (les nurseries  des poissons), menaces sur de nombreuses espèces comestibles, risques de disparition de la totalité des grandes espèces d'ici 2050 si aucune mesure n'est prise pour limiter la péche industrielle et décréter des sanctuaires marins.

Un jour, nous léverons-nous pour écrire : "Ce matin, ma mer est morte" ? Voici un long entretien avec Boris Worm, biologiste marin, un des initiateurs de l'enquête publiée dans Science. Un homme encore sous le choc de ses découvertes (publié dans le Monde 2, 10/02/07)

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Boris Worm à Halifax (Canada)

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"JE TE SALUE VIEIL OCEAN"

par Lautréamont

"Vieil océan,ta grandeur morale, image de l’infini, est immense comme la réflexion du philosophe, comme l’amour de la femme, comme la beauté divine de l’oiseau, comme les méditations du poète. Tu es plus beau que la nuit. Réponds-moi, océan, veux-tu être mon frère? Remue-toi avec impétuosité… plus… plus encore, si tu veux que je te compare à la vengeance de Dieu ; allonge tes griffes livides, en te frayant un chemin sur ton propre sein… c’est bien. Déroule tes vagues épouvantables, océan hideux, compris par moi seul, et devant lequel je tombe, prosterné à tes genoux. La majesté de l’homme est empruntée; il ne m’imposera point: toi, oui. Oh! quand tu t’avances, la crête haute et terrible, entouré de tes replis tortueux comme d’une cour, magnétiseur et farouche, roulant tes ondes les unes sur les autres, avec la conscience de ce que tu es, pendant que tu pousses, des profondeurs de ta poitrine, comme accablé d’un remords intense que je ne puis pas découvrir, ce sourd mugissement perpétuel que les hommes redoutent tant, même quand ils te contemplent, en sûreté, tremblants sur le rivage, alors, je vois qu’il ne m’appartient pas, le droit insigne de me dire ton égal"

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lundi, 16 mars 2009

LE BIOGEOGRAPHE AMERICAIN JARED DIAMOND ETUDIE LE COLLAPSUS DES GRANDES CIVILISATIONS - ET S'INTERROGE SUR L'AVENIR DE LA NOTRE

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NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS. " Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie " (Gallimard), l'ouvrage du biogéographe américain Jared Diamond, historien de l'environnement, prix Pulitzer 1998, sort en collection de poche Nrf. Dans cette longue étude, Diamond étudie dans le détail le " collapsus " écologique des civilisations Mayas, Vikings, de l’Île de Pâques et des sociétés indiennes américaines  - après avoir rappelé les raisons évoquées dans l'effondrement des civilisations du "Croissant fertile", de Rome et de l'Union Soviétique. Il  rejette les analyses classiques attribuant l'écroulement rapide des quatre sociétés qu'il observe à des "catastrophes" naturelles ou militaires, des situation exceptionnelles, pour révèler un processus d'auto-destruction à la fois politique et  écologique - il parle parfois d'"écocide". Dégageant peu à peu une grille d'analyse serrée des "collapsus", il l'applique sur notre époque. Perturbant. J'ai rencontré le professeur Jared Diamond à Los Angeles en avril 2006 lors de la sortie de l'édition américaine de son ouvrage - "Collapse" (article publié en partie dans Le Monde 2 - mai 2006)
BIBLIOGRAPHIE JARED DIAMOND


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Stone Canyon Road s’enfonce entre les villas de luxe de Bel Air, la riche enclave protégée de West Los Angeles, où habitent producteurs de cinéma, industriels et stars d'Hollywood. Le professeur Jared Diamond habite là, dans une maison de bois pleine de gravures animalières, acquise trente ans plus tôt. Désignant l’épaisse végétation alentour, il vous confie en lissant son collier de barbe à la Amish : " Cela ressemble au maquis méditerranéen n’est-ce pas ? ". Puis il ajoute avec mélancolie : " Dans les années 1960, on pouvait boire l’eau des rivières dans les montagnes proches. Les décennies à venir, on peut s’attendre à une guerre de l’eau à Los Angeles " Avec Jared Diamond, professeur de géographie à la faculté de Los Angeles (UCLA), biogéographe, " historien de l’environnement " l’analyse de " l’impact humain sur le milieu " ne cesse jamais. " En ville, les embouteillages deviennent chaque année de plus en plus inextricables et l’été, le smog s’épaissit… poursuit-il, tandis qu’une horloge rompt le silence du cottage. Un habitant de L.A passe en moyenne 368 heures par an en voiture rien que pour venir à son travail. Ajoutez une heure de conduite pour le moindre déplacement, acheter du pain, chercher ses enfants... Bientôt nous allons devoir équiper nos voitures de toilettes chimiques, comme à Bangkok ! ".
Le dernier essai de Jared Diamond ressemble à un mauvais présage : " Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie " ( " Collapse " en édition américaine, un essai best-seller). L’ouvrage traite de l’écroulement de plusieurs civilisations célèbres, petites ou grandes, où le désastre écologique semble avoir joué un rôle majeur. Pour bien se faire comprendre, Jared Diamond aborde rapidement la chute de Rome puis de l’Union soviétique, où l’effondrement relève avant tout de l’implosion politique. Ensuite, il rappelle l’importance des crises environnementales dans l'effondrement de l’empire Khmer d’Ankor Vat, la Grèce mycénienne des Achéens, la Crète minoenne, des Harrapan de la vallée de l’Indus et des sociétés du Croissant Fertile (le premier Moyen-Orient et la Mésopotamie, l'actuel Syrie-Liban-Irak, déforesté jusqu'à changer de climat, et se désertifier rapidement). Ensuite, il se concentre sur quelques collapsus - de " lapsus ", la chute - qui lui semblent exemplaires par leur rapidité : le désastre de l’Île de Pâques, l’anéantissement de la civilisation Maya, la ruine des Vikings du grand Nord, la disparition des sociétés indiennes Anasazi du sud-ouest des Etat Unis.
Enfin, il s’intéresse à l’époque contemporaine. Cela secoue. Contredisant les analyses classiques, Jared Diamond s’attache à montrer que ces désastres célèbres ne furent jamais des " catastrophes ", c’est-à-dire des crises venues de l’extérieur : invasion armée, pestes, bouleversements écologiques exceptionnels, changement climatique. Il s’agit, affirme-t-il, de processus d’autodestruction, nés à l’intérieur même des civilisations. Il parle parfois d’ " écocide " : pour l’Ile de Pâques, les Indiens Anasazis du Sud -Ouest américain, et les Mayas.

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vendredi, 09 janvier 2009

SOMMES-NOUS TROP NOMBREUX POUR CETTE TERRE QUI S'EPUISE ?

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NEWS NEWS NEWS Notre démographie n’est-elle pas la cause de nos malheurs écologiques, mais aussi politiques, sociaux, militaires, comme l’affirmait déjà l’austère Thomas Malthus… en 1798 ? Les « émeutes de la faim » qui ont secoué en avril 2008 des pays très peuplés – Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Egypte, Haïti, Indonésie, Maroc, Philippines, Nigeria, Sénégal… – ne lui donnent-ils pas raison ? Enquête sur les grands clichés malthusiens d’aujourd’hui (publiée dans Le Monde2 - 01/09).

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Mardi 23 septembre 2008, retenez cette date.

Ce fut « le jour du dépassement », le "earth overshoot day" de l’année. La date où la population humaine a épuisé les ressources produites en un an par le mince manteau vivant qui enveloppe la Terre, la biosphère ou écosphère. Depuis, nous allons au-delà de ce que la planète nous offre – de sa biocapacité.
Comment identifions-nous ce mardi fatal si précisément ? Grâce à l’organisation non gouvernementale canadienne Global Footprint Network, fondée en 2003, qui travaille à quantifier l’« empreinte écologique » des activités humaines. Cet outil d’analyse, sorte de « panier de la ménagère » global, ou de PIB à l’envers, a été mis au point dans la foulée du Sommet de la terre de Rio, en 1992, par les universitaires William Rees et Mathis Wackernagel. Il est aujourd’hui reconnu par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – quoique sans cesse critiqué, réévalué. Pour le calculer, Global Footprint Network compare le rythme auquel, chaque année, la nature produit des ressources – aliments, combustibles, etc. – et assimile les déchets, et le rythme auquel l’humanité consomme ces ressources et produit des déchets. Quand nous excédons les possibilités terrestres, nous atteignons « le jour du dépassement ». Le premier, selon l’ONG, est tombé le 31 décembre 1986. En 1996, il se situait début novembre. En 2007, le 6 octobre. Aujourd’hui, le 23 septembre. Et dans dix ans ? Notre crédit terrestre s’épuise – après le crédit bancaire. Notre avenir sera-t-il le souvenir d’un désastre qui a déjà eu lieu ?

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mardi, 16 décembre 2008

ATTENTAT À LA GODASSE CONTRE GEORGE W BUSH A BAGDAD. LA GUERRE d'IRAK, CINQ ANS APRES, EST DEVENUE UN VERITABLE "PIEGE ABSCONS"

(Le film de l'attentat à la godasse pendant la conférence de presse de George W Bush à Bagdad)

NEWS NEWS NEWS Avant de quitter la Maison Blanche, laissant derrière lui un pays en pleine récession, une crise économique majeure, le droit de torturer, un pays enlisé dans une guerre sans fin, le camp illégal de Guantanamo, l'Amérique déconsidérée, un parti républicain défait comme jamais, George W. Bush espérait  retourner une dernière fois en Irak, pour laisser croire que le pays allait mieux après cinq années d'occupation américaine. Une sorte de dernier tour de piste honorable, pour montrer que le pays était sécurisé, et l'accueillait. Au lieu de cela, il a reçu deux chaussures, évitées de justesse par un bond sous le pupitre de la conférence de presse. Elle lui ont été lancées à la figure par un journaliste irakien, Muntadar al-Zaïdi. "Tiens, voilà ton cadeau d'adieu, espèce de chien !", a hurlé l'homme, dont une partie de la famille a été tuée pendant la guerre. "De la part des veuves, des orphelins et de tous ceux qui sont morts en Irak !", a -t-il eu le temps de crier, avant d'être terrassé par la sécurité et tabassé. Cette image restera comme une humiliation de plus pour Georges W Bush, après la victoire écrasante de Barack Obama aux élections américaines. Elle restera comme le symbole de ce que d'innombrables Irakiens pensent du président américain, mais aussi que ce pays ne sera jamais sécurisé par les forces armées américaines, qu'il y aura toujours, même dans les endroits les plus protégés, des résistants, de l'indignation, de la haine, et des attentats... fut-ce à la godasse.

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Rappelons qu'en mars dernier, le dernier voyage éclair du vice-président américain en Irak, Dick Cheney, qui se félicitait de "l'amélioration de la sécurité dans le pays" suite à l'arrivée de renforts américains, a été accompagné d'une puissante explosion en plein Bagdad et d'un tir de mortier sur la "zone verte" et l'ambassade des Etats-Unis. N'oublions pas que les violences politiques et interconfessionnelles ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts parmi les civils depuis l'invasion américaine de mars 2003. Auxquels il faut ajouter les dizaines de milliers de morts - soldats et civils - du fait de la guerre elle-même.
A l'heure de son bilan après 5 années de cet affrontement, le gouvernement Bush assure depuis plusieurs semaines que la présence de 160.000 soldats américains en Irak a permis de créer les conditions sociales nécessaires à une entente politique entre Irakiens. Dans les faits, rien n'est assuré. Le processus traîne en longueur, émaillé d'une guerre des chefs, tandis que les attentats n'ont jamais cessé. Dick Cheney vient d'ailleurs à Bagdad, selon les observateurs américains, pour exhorter les responsables irakiens à s'entendre.
A ce jour, le conflit a coûté la vie à quelques 4000 soldats américains. Plusieurs analystes économistes sérieux, comme Joeseph Stiglitz, parlent aux Etats-Unis d'un coût de 1000 milliards de dollars. Le montant total (en tenant compte des suites du conflit, le retour des soldats blessés, l'aide aux familles, etc) pourrait dépasser cette somme - ce, alors que l'Amérique entre en récession suite à la désastreuse politique économique de Georges W Bush, qui a laissé filer le crédit toutes ces années. Le bilan global est terrifiant. Ces cinq années de guerre laissent un pays entièrement dévasté, en proie à la guerre civile et la misère, où l'emprise religieuse des shiites n'a jamais été aussi forte.  sans compter ses conséquences  ruineuses pour l'Amérique et le camp occidental et ses prétentions à se présenter comme  le "monde libre", défendant partout la démocratie. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) estime, dans un rapport de six pages publié le 17 mars, que la situation humanitaire en Irak est «l'une des plus critiques au monde ». Selon cette enquête, le système de santé du pays se délite tragiquement. 2200 médecins et infirmières ont été tués, plus de 250 ont été enlevés. Sur les 34.000 médecins que comptait le pays en 1990 - parmi lesquels des femmes, dévoilées et poussées vers les universités sous Saddam - 20.000 ont quitté le pays. Les hôpitaux manquent de médicaments. Les blocs opératoires ne suffisent plus pour faire face à l'afflux de blessés graves. Il y a actuellement 30.000 lits disponibles. Il en faudrait 80.000.Le problème de l'eau est critique. Des millions d'Irakiens n'ont pas accès à l'eau. Les infrastructures de distribution sont dans un état de délabrement avancé. L'avenir ? Les responsables du CICR ne cachent pas leur scepticisme : «En Irak, dit le rapport de la Croix Rouge, on a atteint des niveaux de cruauté et de perversion jamais égalés dans l'usage de la violence.»

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samedi, 01 décembre 2007

JARED DIAMOND, LE GEOGRAPHE AMERICAIN VEUT COMPRENDRE : POURQUOI GERONIMO N'A-T-IL PAS INVENTE LE FUSIL ET CONQUIS L'EUROPE ?

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(Jared Diamond à Bornéo)

NEWS NEWS NEWS. Pourquoi ce ne sont pas les Amérindiens qui ont inventé le fusil, la caravelle et conquis l’Europe ? Les Aborigènes qui ont dominé l’Asie du Sud-Est ? Pourquoi l’humanité s’est-elle développé de façon inégale d'un point de vue technique, scientifique, politique, à des rythmes si différents ? Rares sont les essais historiques qui éclairent les grandes problèmatiques d'époque, offrant une interprétation consistante les mettant en perspective. Ainsi en est-il de l'essai "De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire" du géographe et historien de l'environnement Jared Diamond. Il vient d'être publié en poche, chez Folio Gallimard.

En Juillet 1972, Jared Diamond est en mission en Nouvelle-Guinée. Un soir, il croise un homme politique nommé " Yali ", avec qui il fait un bout de chemin. M. Yali est hanté par une question : pourquoi ce sont les " Blancs ", et pas eux " les Noirs ", qui ont inventé tous ces instruments précieux, les haches en métal, les fusils, les étoffes, les médicaments, les bateaux à vapeur, ce qu’en Nouvelle-Guinée la population appelle le " cargo " ? Pourquoi les Néo-guinéens vivent-ils dans des villages de huttes, tandis que les Américains et les Européens habitent dans d’immenses villes électrifiées ? M. Yali ne comprend pas. Il lui semble pourtant être aussi intelligent que les colons qu’il fréquente, et qui le méprisent. Jared Diamond ne comprend pas non plus, même s’il pense que la civilisation forestière des Néo-Guinéens mérite le respect, et que ces hommes sont ses égaux.
À l’époque, Jared Diamond réfléchit à un vaste " Traité de l’Homme ", une histoire générale de l’espèce humaine dans ses relations à l’environnement. Il prépare le premier tome, " Le troisième chimpanzé " (Harper 1992, Gallimard 2000), consacré à l’étude comparée des comportements écologiques des grands singes hominidés et des homo sapiens - la seule espèce capable de massacrer une autre, et de ruiner son environnement. Écoutant M. Yali, il s’interroge sur les suites de l’évolution humaine, son essor vertigineux, ses disparités extrêmes - et ses effondrements rapides. D’où provient cet incroyable contraste dans le développement entre les sociétés ? Pourquoi ce ne sont pas les Indiens d’Amérique qui ont inventé le fusil et l’acier et conquis l’Europe ? Les Africains de l’Ouest qui ont colonisé le Brésil ? Les Aborigènes d’Australie qui ont dominé l’Indonésie et l’Asie du Sud-Est ? Pourquoi l’humanité ne s’est-elle pas développée au même rythme ?

LA GEOGRAPHIE ET L'ENVIRONNEMENT PRIMENT
Nous connaissons la réponse raciste : le bagage génétique, l’ADN de ces populations, leur génome plus primitif et leuir cerveau plus petit expliquent ces divergences dans le développement. Nous avons ensuite connu l'explication  « culturaliste », toujours très en vogue, et bien développée pendant le « discours de Dakar » de Nicolas Sarkozy en juillet dernier (qui a fait scandale dans la presse là-bas) : les civilisations de ces pays, plus artistes, irrationnelles, magiques n’ont pas permis qu’ils élaborent une technologie avancée, encore moins l’Etat de droit - ou inventent même la roue, comme les Mayas (ce qui est faux, certains jouets mayas ont des roues, mais les porteurs sont plus utiles sur les sentiers de montagne). Jared Diamond mettra vingt-cinq ans à répondre à la question de " Yali ". Ce sera l’essai e second tome de son " Traité de l’Homme ", " De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire ", (prix Pulitzer 1998, Gallimard 2000, aujourd'hui en Folio). S’appuyant sur une riche documentation géographique, épidémiologique, biologique et archéologique, il ruine toute explication supposant une inégalité génétique ou " raciale " au sein des populations humaines.

Ce sont la géographie et l’environnement, montre-t-il, remontant 13.000 ans d’histoire, qui ont fabriqué les énormes dissemblances dans la croissance humaine. Une civilisation agricole, sédentaire, artisanale, technicienne a pu croître au Moyen-Orient, dans le Croissant Fertile, parce que le lin et ses fibres, le blé, l’orge, les pois chiches, les lentilles qui permettent d’emmagasiner des vivres y poussaient à l’état sauvage. Cinq espèces d’animaux décisives pour l’alimentation, le transport et le trait y vivaient : les chiens, les moutons, les porcs, les bovins, le cheval - qui a tant impressionné les Incas. Comparez avec l’Australie, écrit-il, elle n’abrite aucun mammifère domesticable, et une seule plante cultivable : une noix. L’agriculture sédentaire, une civilisation urbaine ne pouvait se développer là. Une civilisation de chasseur cueilleurs oui, déployant une intense culture du rêve, pleine d’arts magiques - car les hommes partout déploient leur intelligence, leur imagination et leurs talents, même dans les déserts et les îles isolées. Allez voir l’extraordinaire exposition virtuelle que vient d’ouvrir le musée du Quai Branly pour vous en convaincre : http://www.quaibranly.fr.
Remarquez qu’à l’époque de Babylone, du « miracle grec » ou de la république romaine, l’Europe du Nord était, rappelle Jared Diamond, un « trou perdu ». On ne lui connaît aucun apport significatif à la civilisation mondiale avant les années 1000. Alors pourquoi devient-elle le coeur de l’Occident ? La géographie a voulu qu’elle soit installée sur la route de communication directe est-ouest avec le Moyen-orient, via l’Espagne et la Méditerranée. L’Europe retardataire hérite alors de la métallurgie et des artisanats romains, la navigation à voile, des techniques militaires, du droit et de la centralisation politique sans les avoir inventés. Quand le Moyen-Orient périclite, déforesté par les armées romaines, les sols usés et desséchés, l’Europe aux précipitations abondantes et aux terres grasses, tournée vers l’Atlantique et les Indes Orientales, sait mettre à profit ces avantages. Peu de régions au monde ont hérité d’une une telle chance géographique : avec cet axe Sud-Nord si enrichissant. 
Hélas, nos sénateurs ont décidé d’y dresser le mois dernier plein de nouveaux barrages et obstacles – d’y instituer une sorte de barrière génétique pour empécher les regroupements familiaux.


De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire.
Jared Diamond. Folio. Gallimard. Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou leur survie. Jared Diamond. Gallimard . Nrf/Essais.