jeudi, 22 mars 2012
OLIVER SACKS RACONTE LA NEUROPSYCHOLOGIE QU'IL APPELLE LA "NEUROLOGIE EXISTENTIELLE"
NEWS NEWS NEWS. Le docteur Oliver Sacks, neuropsychologue, l’auteur de « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », « Un anthropologue sur Mars » et de « Musicophilia » (Seuil 2009), publie un nouveau livre de "contes cliniques" consacré aux pathologies de la vision : "L'oeil de l'esprit" (Seuil 2012).
Dans l'article qui suit, publié en partie en janvier 2009 dans le Monde Magazine, j'ai tenté de dresser le portrait de l'aventure intellectuelle d'Oliver Sacks et de ce qu'il appelle "la neurologie existentielle". J'ai mené ce travail avec son aide directe, au cours d'"échanges de mails et suite à deux entretiens.
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Un taureau en colère a changé la vie du docteur Oliver Sacks. C’était en Norvège, en montagne. Il se retrouve face à un énorme animal « aux yeux globuleux ». Pris de panique, il s’enfuit, tombe. Genou traumatisé, rupture du tendon du quadriceps, un muscle de la cuisse. Oliver Sacks le médecin se retrouve un patient hospitalisé. « C’était la première fois. Ce fut pour moi une révélation, écrit-il au Monde, se prêtant au jeu de reconstituer l’itinéraire intellectuel de sa vie. Cet accident m’a fait violemment ressentir l’épreuve que traversent des patients impuissants et désespérés. »
Recousu par un excellent chirurgien, Oliver Sacks devrait guérir vite. Il connaît une descente aux enfers. Il ne ressent plus sa cuisse. Elle est devenue un « poids mort », flasque, inerte - il en a fait le récit dans « Sur une jambe » (Seuil, 1986). Deux kinés font sa rééducation. Sacks n’arrive plus à marcher. Chaque pas lui procure vertiges et hallucinations. Il en parle, fou d’angoisse, à son médecin traitant. Qui répond : « Votre jambe est guérie. Vous n’avez rien ». Rien ? Il n’arrive plus à marcher. Chaque mouvement lui procure vertiges et hallucinations. Il fait des cauchemars, rêve qu’une « bombe à déréaliser » a explosé, fait des crevasses dans le réel, troue son corps, sa pensée. Les gens de l’hôpital pensent qu’il fait des crises d’hystérie. «C’est alors que j’ai compris l’extrême difficulté que les patients rencontrent à faire comprendre l’expérience intérieure, psychologique, nerveuse de la maladie » nous écrit-il.
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vendredi, 27 mai 2011
C'EST UNE FILLE OU UN GARÇON ?
NEWS NEWS NEWS Alors que les "marches de la fierté" de juin se préparent dans dix -sept villes de France à l'appel de l'Interassociative LGBT (Lesbienne, Gaie, Bi, Trans), n'oublions pas que les "intersexués" ou hermaphrodites manifestent aussi. Ils veulent que cessent les pratiques médicales d'assignation sexuelle en fille ou en garçon, souvent pratiquées sur des enfants de 3 mois à 2 ans. Ils demandent qu'on arrête une "politique du bistouri" encore trop fréquente, afin de pouvoir attendre un âge plus avancé pour décider de leur sexe et leur genre en connaissance de cause. Derrière leur histoire, on découvre comment la violence des normes sexuelles s'exerce encore aujourd'hui. Enquête (parue dans Le Monde Magazine, mars)

1 – Où on découvre la triste histoire de l’hermaphrodite Herculine Barbin.
« Le lendemain de cette nuit trouva Sara anéantie ! Ses yeux, rougis par les larmes, portaient l’empreinte d’une insomnie cruellement tourmentée (…) Je n’avais pas la force de lever les yeux sur Madame P, pauvre femme qui ne voyait en moi que l’amie de sa fille, tandis que j’étais son amant. » Nous sommes l’été 1858, Axelina Barbin, vingt ans, institutrice, a passé la nuit avec sa jeune collègue Sara dans un pensionnat de La Rochelle. Elle raconte sa passion dans son journal intime, en proie au plus grand déchirement. Car Axelina, née Adélaïde Herculine le 8 novembre 1838 à Saint Jean d’Angély, déclarée comme fille par ses parents, présente une morphologie rare. Née avec un vagin, elle présente un court pénis, pas de sein, et doit se raser pour vivre au milieu des femmes. Elle est hermaphrodite...
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jeudi, 03 février 2011
LA DISPARITION D'EDOUARD GLISSANT, L'ECRIVAIN ANTILLAIS, QUI ÉCRIVAIT : " LA CREOLISATION DU MONDE EST IRREVERSIBLE "
News News News. Edouard Glissant est décédé ce matin, lui qui semblait indestructible, si grand, si solide, toujours grand vivant. Je l'avais rencontré en janvier 2005 pour le Monde Magazine alors qu'il venait d'achever son dernier ouvrage "La cohée du lamentin" pour les éditions Gallimard. À cette époque, la rumeur de sa nomination pour le prix Nobel enflait - ce qui l'inquiétait beaucoup : " Les gens du Nobel détestent les rumeurs ", disait-il.
Je republie ici cet entretien. Le philosophe et écrivain martiniquais, qui se pense comme "Caraïbe" et citoyen du "chaos-monde" y explique pourquoi la "créolisation généralisée" des sociétés est irréversible, l'Europe devrait se penser comme un "archipel" et les écrivains français cesser de décrire leur nombril.
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CHEZ EDOUARD GLISSANT, PARIS, SIXIEME ARRONDISSEMENT...
...C'est un colosse souriant. Large d'épaules, des mains de percussionniste, amical. Il vous reçoit dans un bel appartement du VIIe arrondissement de Paris la chemise mal fermée, sans cérémonie. À 73 ans, Edouard Glissant, écrivain français prolifique et nobélisable, Docteur Honoris Causa de l'Université de New York, ne montre aucune fatuité, ou pose, comme tous les grands. Content de discuter, détendu, tout de suite il s'emporte, il digresse, il rit. Edouard Glissant. Son nom annonce son œuvre. Il fut sans doute, selon lui, inventé après l'abolition de l'esclavage dans les Antilles, quand les Noirs s’attribuaient un nom d’homme libre : du nom du colon "Senglis", ils firent "Glissant", en l'inversant par jeu, comme aime à faire le créole. Car Edouard Glissant est à la fois le poète et le philosophe de la "créolisation irréversible du monde". Cette thématique traverse tous ses livres, ses romans, ses essais, ses poèmes. Elle vient de loin.
Né en 1928 à Sainte-Marie, en Martinique, Edouard Glissant a fait ses études au lycée Schoelcher -l’homme qui a aboli l’esclavage dans les colonies- de Fort-de-France. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il commence d'écrire plusieurs recueils de poèmes -Un champ d'îles, 1953, La terre inquiète, 1954 - qui le font aussitôt connaître. Il participe de tous les mouvements d'idées qui agitent les écrivains et les intellectuels africains et antillais de l'époque, et s'illustre pendant le congrès des artistes noirs de Paris (1956). Il s'approche d'Aimé Césaire, chez qui il critiquera la revendication de la "négritude" - comme aujourd'hui il se méfie de l'"afrocentrisme" des Noirs américains, "ce retour à des racines irrémédiablement perdues"-, et devient l'ami de Franz Fanon, qui vient de décrire les ravages psychiques de l'assimilation forcée dans les Antilles. Il signe en 1960 le Manifeste des 121 emmené par Sartre, qui soutient le droit à l'insoumission en Algérie. En 1961, il fonde avec Paul Niger le Front Antillo-Guyanais pour l'Autonomie, aussitôt interdit. Edouard Glissant se voit alors expulsé de Guadeloupe et assigné à résidence en France.
LA POÉTIQUE DE LA RELATION
En même temps, le jeune écrivain commence son œuvre romanesque. En 1958, "La Lézarde" obtient le prix Renaudot. Ce livre, à la fois roman d'amour, récit d'une lutte politique contre les colons, conte poétique et quête initiatique d'une identité caraïbe révèle d'emblée toutes les préoccupations d'Edouard Glissant. Il débute une longue saga martiniquaise en quatre volumes, continuée pendant vingt ans : Le quatrième siècle (1965, prix du meilleur roman de langue française), Malemort (1975), La case du commandeur (1981). De retour aux Antilles en 1965, l'écrivain, qui vient de publier Monsieur Toussaint, une pièce de théâtre consacrée à Toussaint-Louverture le mythique libérateur noir des esclaves de Haïti, fonde bientôt l'Institut Martiniquais d'Etudes et la revue de sciences humaines Acoma. Edouard Glissant reprend alors son œuvre poétique avec Boises (1979), et publie ses premiers essais consacrés à la créolisation du monde : L'intention poétique (1969), Le discours Antillais (1981). Sa renommée intellectuelle lui vaut d'être nommé directeur du Courrier de l'Unesco en 1982, puis vice-président du Parlement international des écrivains.
Depuis, Edouard Glissant continue d'écrire romans, poèmes et essais à un rythme fourni. Dans ses essais Poétique de la relation (1990) et Le Traité du Tout Monde (1997), il développe ses idées sur la nécessité de quitter les "pensées ataviques et enracinées" pour se créer une nouvelle manière d’être, ouverte aux autres : "une identité-relation". Dans ses romans Sartorius (1999) et Ormerod (2003), il entreprend de raconter l'histoire extraordinaire des Batoutos, le peuple invisible symbolique de tous les peuples africains persécutés. Son écriture, un français poétique nourri de créole antillais et de mythes africains -"la langue créole m'est naturelle, dit-il, elle vient à tout moment irriguer ma pratique écrite du français, et mon langage provient de cette symbiose"- devient plus originale et baroque, sans jamais céder au pittoresque, et sans se perdre, même si elle reste parfois opaque. Elle rappelle les poèmes de Saint John Perse ou même d’André Breton, les monologues hantés des personnages de Toni Morrison, ou certains textes caraïbes d’Alejo Carpentier. La grande quête d’une écriture exploratrice, s’essayant à tous les genres, donnée par Italo Calvino dans "La machine littérature", semble faite pour lui : "(L'écriture) mue par un désir de connaissance qui est tantôt théologique, tantôt spéculatif, tantôt magique, tantôt encyclopédique, tantôt attaché à la philosophie naturelle, tantôt à une observation transfigurante de visionnaire." L’œuvre d’Edouard Glissant, un des rares auteurs francophones à espérer le prix Nobel, n’a pas fini de surprendre par ses explorations philosophiques, politiques et littéraires.
Tous les livres d'Edouard Glissant ont été publiés ou republiés aux éditions Gallimard
10:42 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : audace, philosophie |
samedi, 01 janvier 2011
DU CONTRAT SEXUEL. L'OUVRAGE DE LA FÉMINISTE CAROLE PATEMAN ENFIN TRADUIT
NEWS NEWS NEWS Après quinze ans d'attente, le livre de référence de la philosophe féministe Carole Pateman sur le "contrat sexuel" est enfin traduit (La Découverte). Elle y montre comment le contrat social passé en politique, afin de garantir la liberté de tous, s'accompagne aussitôt d'un "contrat sexuel" qui subordonne le droit des femmes aux hommes. Si la patriarcat est aboli dans la vie sociale, il ne l'est pas dans la sphère privée.
« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » écrit magnifiquement Jean-Jacques Rousseau au chapitre 1 du « Contrat social. » (1762). À la suite de Thomas Hobbes, qui veut faire cesser « la guerre de tous contre tous », et de John Locke décidé à protéger les « droits naturels » des humains que sont la liberté individuelle et la propriété privée - notamment celle de son propre corps -, Jean Jacques Rousseau montre comment le peuple, en passant un contrat avec lui-même et élisant une démocratie, va défendre les libertés individuelles comme « l’intérêt général ». Chacun sait aujourd’hui l’importance des théories du contrat social dans la fondation des républiques américaines et françaises, quand il a fallu rompre avec la monarchie patriarcale et instituer les principes de liberté, égalité, fraternité. Pourtant, à l’exact même moment, un autre contrat est mis en place, le « contrat sexuel » qui subordonne la femme à l’homme, qui demeure un monarque familial. En effet, que ce soit dans la jeune Amérique ou la France républicaine, la femme n’acquière aucun des droits accordé aux mâles libres et égaux. Elle n’a pas le droit de vote - elle ne l’aura en France qu’en 1944 -, dépend économiquement de son mari, n’a aucun pouvoir sur ses enfants - qui dépendent du « droit paternel » - et l’homme, par le « contrat de mariage », a le droit de jouir d’un accès sexuel à son épouse. Si le patriarcat est aboli en politique, il demeure dans la sphère privée, où le « statut » de l’homme l’emporte - ce qui interroge sur les limites du contrat social. C’est à cette démonstration que se livre la philosophe politique américaine Carole Pateman, dans « Le contrat sexuel » (La Découverte) enfin traduit après douze ans d’attente. Cet essai montre comment aujourd’hui encore le « contrat sexuel » permettant aux hommes d’avoir un libre accès au corps des femmes perdure. Ainsi, il n’existe aucune reconnaissance légale du viol entre époux, la bienveillance devant le « crime passionnel » étonne, le choix de ne pas se marier génère toutes sortes de complications, la législation de plusieurs pays sur les « mères porteuses » génère des abus de faiblesse, les associations de prostituées indépendantes dérangent. La fraternité n’est pas encore pour les « sisters », les « sœurs », ce beau mot de 1968. (publié dans Le Monde Magazine)
09:46 Publié dans JE NE PENSE QU'À ÇA | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sexe, féminisme, philosophie |
jeudi, 30 décembre 2010
"LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITE" DE JOSEPH. E. STIGLITZ, PRIX NOBEL D'ECONOMIE PUBLIÉ EN FRANCE EN POCHE. UNE LEÇON DE CHOSES
(On voit ici le président-directeur-général de la banque Lehman, Dick Fuld - surnommé "le gorille" par le New York Times pour sa brutalité envers le petit personnel - à la sortie du tribunal de New York en octobre 2008. Il était alors poursuivi pour ses émoluments de 2007, juste avant la faillite de la banque , estimés à 100 millions de dollars. Ajoutez 460 millions de dollars pour les années précédentes. Sa prime de départ d'après faillite intéressait aussi le tribunal : 62 millions de dollars. Des manifestants l'attendaient à la sortie du Palais de Justice, on lit sur les panneaux "Escroc", "Capitaine Cupide")
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NEWS NEWS NEWS. "Le triomphe de la cupidité" ("Freefall" en anglais, "Chute libre") de Joseph Stiglitz, est publié en poche (BABEL) début janvier chez Actes Sud. Prix Nobel d'économie 2001, ancien conseiller économique de Bill Clinton (les années prospères de l'Amérique), ancien vice-président de la Banque Mondiale (dont il a démissionné, dénonçant déjà ceux qu'il appelait les "fondamentalistes du marché"), il s'est montré un des économistes les plus clairvoyants de la décennie en annonçant dès 2003 les dangers des crises chroniques du capitalisme financier - il publiait alors "Quand le capitalisme perd la tête" (Fayard). Je l'avais rencontré en février 2004 pour Le Monde Magazine, alors qu'il revenait du "Forum Social" de Bombay (altermondialiste) après avoir été invité par le "Forum Economique Mondial" de Davos - où se retrouvent les plus grands dirigeants d'entreprise et les leaders politiques. À l'époque déjà, il tenait des propos qui allaient s'avérer prophétiques au regard du tsunami qui a dévasté la planète financière et ébranlé gravement l'économie mondiale (voir ci-dessous l'entretien de 2004 pour Le Monde Magazine)
Quatre ans plus tard, interrogé le 18 septembre 2008 par le site d'idées américain Big Think, le lendemain de la faillite de la banque d'investissements Lehman Brothers, considérée comme un des fleurons de Wall Street et des banques d'affaires, Joseph Stiglitz donnait son analyse de la crise des subprimes. Il ne cachait pas sa colère contre les dirigeants incompétents et cupides de la planète financière espérant avant sauver leurs parachutes dorées et leurs bonus après l'annonce du plan de sauvetage de l'Etat américain, financé par les particuliers, estimé à 1000 milliards de dollars - voir ci-dessous l'entretien donné à Big Think, publié dans la Revue RAVAGES en mai 2009.
11:07 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : wall street, nouvelle gauche, philosophie |
samedi, 20 novembre 2010
BILL ET MELINDA GATES SE DÉCLARENT DES "OPTIMISTES IMPATIENTS" ET DONNENT 90% DE LEUR FORTUNE À LEURS OEUVRES CARITATIVES
NEWS NEWS NEWS. Bill et Melinda Gates étaient de passage à Londres le 17 ocotbre pour lancer la nouvelle campagne de leur fondation caritative : "Living proof", "Preuve vivante". Ils entendaient montrer comment l'aide humanitaire et médicale arrive à destination, qu'elle sauve des vies par milliers, tous les jours, et qu'il faut en finir avec le cynisme et le scepticisme , aider les associations à continuer à agir. Des films présentant des témoignages d'actions réussies, des "preuves vivantes" ont été présentées à cette soirée, tandis que les Gates appelait l'Etat anglais à investir 0,5% de son budget dans l'entraide internationale. Reportage et entretien
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« Quelle est pour moi la plus belle image du monde ? » demande Bill Gates au public, avec ses lunettes rondes, son gentil sourire et son allure, il faut le dire, très Grand Duduche. Le tableau de Van Gogh « Les tournesols » apparaît derrière lui. «Est-ce celle-là ?». L’Homme de Vitruve, le dessin de Léonard de Vinci, suit. «Ou celle-ci ?» Voici maintenant le logo de Microsoft « Ou bien celle-là ? » La salle rit, un cliché power point s’affiche aussitôt : la courbe de la mortalité infantile depuis un siècle. Bill Gates s'exclame : « Voilà la plus belle des images ». La courbe passe de 20 millions en 1960 à 9 millions en 2010.
Nous sommes à la soirée « Living Proof », « Preuve vivante » organisée par la fondation Bill et Melinda Gates au Musée des Sciences de Londres. Quatre cents personnes venues des ONG, la presse, la recherche et du monde artistique et politique anglais ont été conviées. Preuve vivante ? C’est une campagne mondiale lancée par la fondation Gates et l’association ONE - celle de Bono, récemment très critiquée pour ses dépenses somptuaires - destinée à montrer aux opinions des pays riches, à travers des histoires concrètes et des témoignages filmés, que l’aide aux pays pauvres arrive à destination, s’avère utile. Melinda Gates, chaussures, plates, tailleur marine, à peine maquillée, rejoint son mari sur la scène du petit cinéma du musée : « Vous connaissez les arguments… « Ça ne sert à rien ». « L’argent finance des régimes corrompus ». « C’est un emplâtre sur une jambe de bois »... Nous voulons les détromper. » Elle prendra son temps, didactique, enthousiaste, pour décrire les effets pratiques des grandes actions humanitaires en cours financées par les Etats et les fondations. À chaque exemple, un court film « Preuve vivante» vient illustrer ses propos. Une famille de paysans du Nicaragua raconte les effets bénéfiques de la vaccination contre le rotavirus. Une doctoresse d’Addis-Abeba défend l’ouverture de petites salles d’accouchement dans les villages. Une paysanne de Tanzanie décrit comment la plantation de graines de patate douce l’a sauvé de la faim.
23:27 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, don |
mercredi, 03 novembre 2010
CONFERENCE DE NAGOYA. ENTRETIEN AVEC PAVAN SUDKHEV, ECONOMISTE INDIEN, RAPPORTEUR SUR LA VALEUR ECONOMIQUE DE LA NATURE.
NEWS NEWS NEWS L'accord adopté ce vendredi 29 octobre à Nagoya (Japon) a été qualifié d’«historique» par de nombreux acteurs politiques et écologiques. Il comporte 20 objectifs majeurs visant à stopper la perte de biodiversité d'ici à 2020. À cette date, au moins 17% des aires terrestres et des eaux intérieures, ainsi que 10% des aires marines et côtières devront être protégées - contre respectivement 12,5% de la surface terrestre et moins de 1% des océans aujourd’hui. Par ailleurs, au moins 15% des écosystèmes dégradés devront être restaurés. Un autre objectif prévoit « de supprimer, de réduire progressivement ou de réformer » les subventions néfastes à la biodiversité d’ici à 2020 au plus tard. Le taux de perte de tous les habitats naturels, dont la forêt, devra être réduit d’au moins 50% voire annulé, lorsque c’est possible. Toutes les espèces connues et menacées d'extinction devront également être sauvées d'ici à 2020. Un dernier objectif concerne la protection des récifs coralliens.
On regrettera que ces choix stratégiques ne constituent qu’un engagement « moral » et ne soient pas contraignant juridiquement, mais c’est là un premier pas décisif dans la reconnaissance de l’urgence de protéger les écosystèmes – le fondement même de notre survie terrestre... Quelque jours avant l’ouverture de la conférence de Nagoya, j’ai interviewé l’économiste indien Pavan Sudkhev, qui a été le rapporteur attendu d’une enquête de trois années sur les valeurs économiques des écosystèmes – l’équivalent du "rapport Stern", mais pour la biodiversité. Selon Pavan Sudkhev, il nous faut d’urgence, partout, comme il l’a déjà fait en Inde, évaluer le « capital naturel » pour mieux en faire comprendre les enjeux au monde capitaliste ? Sans reconsidérer la "valeur ", jusqu'ici reniée et invisible, des services rendus par la nature et les coûts colossaux de sa dégradation, comment la protéger et fonder une nouvelle économie - un developpement fondé sur le renforcement de la biodiversité et son obligatoire durabilité. Une question se pose aussitôt : n’y-a-t-il pas dans ces "éconoimcs of biodiversity" un risque d'une financiarisation de la nature, se faisant au détriment des pays pauvres, et plus généralement de l’humanité entière et la biodiversité elle-même. ? Le capital de la nature n’est-il pas inestimable, et toute évaluation dangereuse ? Entretien (publié dans le Monde Magazine, octobre 2010)
10:10 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, planète, philosophie |
lundi, 25 octobre 2010
BONJOUR LES NIQABITCH, LES ALLUMEUSES EN NIQAB.
NEWS NEWS NEWS Depuis début octobre la vidéo des Niquabitch - les allumeuses en niqab - circule sur le Net où elle a été visionnée des dizaines de milliers de fois. Explication.
Elles s’appellent les Niqabitch (« les allumeuses en niqab »), leur vidéo fait le buzz sur You Tube. Ces deux jeunes musulmanes se sont promenés en niqab, mnishort noir et talons hauts dans le quartier des ministères à Paris. On le voit prendre la pose, cuisse nues et visage masqué, devant le ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale. Les policiers leur disent de déguerpir, elles expliquent « On veut dédramatiser la question du voile ». « C’est génial » dit une policière, qui les prend en photo. Les niqabitch ont publié un manifeste : « Autant le dire franchement, prendre l’apparence de Dark Vador au nom de l’islam et de ses préceptes, on ne comprend pas vraiment ! (Mais) nous avons ouï dire que la République était un espace de libre expression dans lequel chacun pouvait choisir de s’habiller et de pratiquer sa religion comme il l’entend. » En mêlant une tenue sexy au voile intégral les Niqabich font valser beaucoup d’idées reçues. Elles interrogent la liberté d’aller dans les rues de France dans n’importe quelle tenue. Va-t-on leur interdire de sortir ainsi nippée à cause du niqab - et si elles se livraient à une fantaisie S.M ? N’a-t-on pas le droit de jouer avec les codes de genre, ou religieux, de se travestir ? Ensuite, elles montrent l’affreuse volonté du niqab d’emprisonner les charmes des femmes. Alors nous ne verrions plus ces jolies jambes, si bien mises en valeur sous ce haut noir ? Ce contraste rappelle tout l’érotisme du voile, dont Malek Chebel a montré les raffinements dans son épais "Kama Sutra arabe" (Pauvert 2006). Nous l’avions l’oublié, en nous polarisant sur le « voile islamique ». "Le Jardin Parfumé", un des chefs d’œuvre de la littérature sensuelle née en terre d’Islam, si riche jusqu’au XVe siècle, en loue les danses - même si aujourd’hui les théologiens du Caire en ont interdit la lecture comme des "Mille et Une Nuits". Le voile, nous disent joyeusement les Niqabitch, n’est pas toujours associé à la pudeur. Même si dans le désir, comme l’analyse paradoxalement l’historien Jean-Claude Bologne dans "Pudeur féminine" (tout juste sorti au Seuil), « un voile naturel et invisible révèle la femme », fut-elle nue... (publié dans Le Monde Magazine)
22:50 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, sexe, philosophie |
jeudi, 21 octobre 2010
SCIENCES PO, UNIVERSITE MAUVAIS GENRE
NEWS NEWS NEWS En cette rentrée universitaire, l'université Sciences Po commence à mettre en place son programme PRESAGE (Programme de REcherche et d'Enseignement des SAvoirs sur le GEnre). La prestigieuse université, après des années d'hésitation et de coups d'essai, lance enfin un solide programme d'étude - soutenu par des figures de l'histoire et l'économie comme Elizabeth Badinter, Nancy Fraser ou Amartya Sen - sur les questions de la discrimination et la fabrication du genre et des différences sexuelles. En Amérique et au Canada, ces "gender studies" sont à l'honneur depuis 30 ans, c'est dire le retard pris en France.
Le programme PRESAGE a débuté ce 20 octobre par une conférence de la philosophe Geneviève Fraysse, quelques cours ont débuté, mais l'année prochaine toutes les disciplines vont être affectées par le questionnement sexuel : comment le fait d'être d'un genre ou d'un autre vous disqualifie ou vous requalifie dans votre travail ? vos retraites ? influence vos manières d'être traité à l'école ? à l'université ? comment le droit est-il travaillé par ces questions mais encore les manières d'habiter la ville, se promener les rues, jusque dans le détail des habillements ? etc, etc ?
12:00 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : féminisme, sexe, philosophie, queer |
jeudi, 07 octobre 2010
MARIO VARGAS LLOSA, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2010. ENTRETIEN RÉALISÉ APRÈS LE "NON" À LA CONSTITUTION EUROPEENNE. "LA FRANCE, DISAIT-IL, CONNAÎT UN REPLI NATIONALISTE"
NEWS. NEWS NEWS Mario Vargas Llosa vient d'obtenir le prix Nobel de littérature. L'apprenant, il a déclaré, modestement qu'il s'agissait là d'un hommage à "la littérature latino-américaine". Ses derniers écrits, "Le langage de la passion. Chronique de la fin du siècle" ont été publiés chez Gallimard en 2005. Il s'agit d'un recueil de textes politiques et polémiques, pour la plupart publiés dans le quotidien Espagnol "El Pais ". Cet ancien engagé "sartrien", devenu un féroce critique des thèse socialistes, et un défenseur du libéralisme et des libertés, nous parle du Non " conservateur " de la France à l’Europe, du blocage de la vie politique française, des maisons des jeunes et de la culture de Malraux, et du besoin de carnaval et d'extraordinaire qu’éprouve l’homme depuis toujours.
Rencontre avec le grand écrivain péruvien de passage à Paris, où il a vécu 7 ans. (publié dans Le Monde 2, 08/2005)
BIBLIOGRAPHIE VARGAS LLOSA
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UN ECRIVAIN ENGAGÉ DEVENU UN HOMME POLITIQUE MALHEUREUX
Mario Vargas Llosa, un des plus célèbres écrivains latino-américains, candidat malheureux du mouvement Libertad (centre droit) aux élections présidentielles du Pérou de 1990, tient depuis 15 ans une chronique polémique dans le grand quotidien espagnol El Pais (centre gauche). Les éditions Gallimard viennent de publier celles écrites entre 1992 et 2000 sous le titre " Piedra de toque ", " Pierre de touche ". On y retrouve la plume féroce et les prises de positions tranchées - libérales, humanistes - déjà montrées dans son recueil d’essais Les Enjeux de la liberté (Gallimard, 1997), où il pourfendait tour à tour l’islamisme pur, la corruption en Amérique Latine, les opposants à la mondialisation, et prenait la défense des libéraux anglais dans leur lutte contre le corporatisme syndical et la bureaucratisation des services publics - ce qui lui coûta l’amitié de son vieil ami, et rival en littérature, Gabriel Garcia Marquez, qui n'a jamais rompu avec Fidel Castro. Dans " Piedra de Toque ", Vargas Llosa continue de critiquer, au nom de sa philosophie libérale, mais faits à l’appui, quelques-uns des mythes de la gauche latino-américaine : la guerilla zapatiste du " sous-commandant " Marcos, dont il rappelle certaines exactions auprès des Indiens du Chiapas; ou Hugo Chavez, qu’il traite de caudillo incompétent, ruinant l’économie du pays le plus riche d’Amérique Latine, le Venezuela. Mais l’écrivain s’en prend aussi aux excès de notre société de médias et de " divertissement ", où la " banalisation ludique " devient " la culture dominante ", où les journaux tabloïds et people, traquant les faux-pas privés des politiciens et des personnalités, se comportent comme de " nouvelles inquisitions ".
C’est dire que l’auteur de l’inquiétant et irrésistible roman "La fête au bouc" (Gallimard, 2002), qui raconte les derniers jours sanglants du dictateur de Saint Domingue, Trujillo -" J’ai voulu faire le portrait du satrape " dit-il- résiste aux classifications faciles. Quand il m'accueille chez lui, dans un vieil appartement du quartier Saint Germain, il défend avec enthousiasme la loi tout juste votée par les socialistes espagnols qui autorise le mariage homosexuel et l’adoption par des couples gays - mais n’a-t-il pas écrit " Les Cahiers de Don Rigoberto ", un roman défendant la liberté érotique ? L’homme n’a rien d’un conservateur. Au contraire, il se dit " moderne et internationaliste ", reprochant aux pays riches du Nord de fermer l’accès à leur territoire des produits du pays du Sud, et de paralyser ainsi la " véritable mondialisation " du marché. Quant au terme " libéralisme ", cette philosophie politique qu’il a adoptée après avoir été longtemps " marxiste " et " engagé ", il tient à le préciser : "Quand au Pérou on se disait libéral, pendant ma jeunesse, cela signifiait de gauche, contre l'Eglise. Ce courant de pensée a été dénaturé par la gauche totalitaire. Le libéralisme est devenu synonyme de capitalisme sauvage, exploitation, néocolonialisme. Alors qu’il rejette toute forme de monopole, défend la liberté de concurrence." Par contre, si vous lui parlez de l’extrême gauche, ou de Cuba, il rappelle qu’une guérilla sanglante, responsable de quelques 30.000 morts, Le Sentier Lumineux, sévit dans son pays depuis trente ans. Et qu’il a tenté d’analyser et de décrire les rouages de la folie meurtrière des utopies sociales dans son roman " L’histoire de Mayta "
Mario Vargas Llosa, 71 ans, a longtemps vécu à Paris comme Pablo Neruda, Octavio Paz, Julio Cortazar ou Miguel Angel Asturias, il suit de près les rebondissements de la vie artistique et politique française. Nous l’avons rencontré peu de temps après le " Non " au referendum sur la constitution européenne.
15:48 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : amérique latine, philosophie, audace |









