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philosophie

  • SURVEILLER ET PUNIR LES CLIENTS DES PROSTITUÉ(E)S... ET LES PROSTITUÉ(E)S ELLES-MÊMES

    Le samedi 26 octobre 2013, plusieurs centaines de travailleurs du sexe manifestaient à Paris contre le projet de pénalisation des clients. DR

    NEWS NEWS NEWS. Après un nouvel aller-retour entre les deux chambres, l'Assemblée nationale a adopté  définitivement la loi sur la prostitution mercredi 6 avril. La pénalisation des clients est maintenue avec la création d'une amende de 1 500 euros pour l'achat d'actes sexuels et de 3750 euros en cas de récidive, tandis que le délit de «racolage passif» instauré sous la présidence de Nicolas Sarkozy est supprimé pour les prostituées. Retour sur l'histoire et les présupposés juridiques, policiers, philosophiques et humains d'un texte très contesté.

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    Six mois de prison, 7 500 euros d’amende, c’est la sanctionque réclamaient fin septembre 2013 les députés socialistes Maud Olivier (Essonne) et Catherine Coutelle (Vienne) pour tout client «récidiviste» d’une prostituée adulte et consentante.

    Six mois de prison, c’est une sanction forte dans un pays qui ne se dit pas prohibitionniste de la prostitution. C’est la peine à laquelle a été condamné un habitant alcoolisé de La Flèche (Maine) après avoir gravement blessé de quatre coups de couteau un autre homme, puis avoir menacé une femme en lui mettant l’arme sous la gorge.

    C’est la condamnation qu’a infligée le tribunal de Montbéliard au propriétaire d’une mitraillette Kalachnikov qui avait montré l’arme sur Facebook.

    C’est le tarif dont a écopé un ancien boxeur qui a roué de coups à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) un voisin inconnu, lui causant plusieurs traumatismes crâniens.

    Au terme d’un débat rapide, le texte de Maud Olivier et Catherine Coutel avait reçu le mardi 1er octobre 2013, sur le fond, le soutien du groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Cependant, si principe de lapénalisation des clients était conservé, la peine-phare – l’emprisonnement de six mois – était finalement retirée : des députés avaient fait valoir qu’à une époque où les prisons sont surpeuplées et les peines de probation conseillées, aller remplir les cellules avec les clients des prostituées serait malvenu.

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  • ALAIN FINKIELKRAUT, L'ANTIMODERNE

    Alain finkielkraut. Photo Fred Kihn

     NEWS NEWS NEWS La seule exactitude d’Alain Finkielkraut (Stock) vient de sortir en librairie. C'est un recueil de chroniques écrites au fil de l’actualité, entre janvier 2013 et juin 2015, à l'origine présentées à RCJ (la Radio de la Communauté Juive) et sur le magazine Causeur. Déjà très médiatisées, elles traitent de sujets sensibles, sur un ton volontiers polémique, tel que le mariage pour tous, le nouveau Front national, les manifestations du 11 janvier 2015, l’affaire Leonarda, mais aussi des révélations du magazine Closer sur les amours de François hollande ou de Django Unchained, le film de Quentin Tarentino - « une mixture d’Auschwitz et du Goulag passée au broyeur de l’industrie du divertissement » écrit-il : Finkielkraut ou la formule osée.

    Quels sont les grands axes de la pensée de l'académicien, qui se présente désormais comme l’une des grandes voix de la lutte contre la « bien-pensance », ce qui pourra sembler paradoxal au regard des thèmes qu'il aborde, depuis longtemps, dans ses ouvrages ?  Retour aux sources (Cet article a été publié en partie dans le Monde Culture&Idées

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    I - La défaite de la « haute culture »

    L’essai séminal d'Alain Finkielkraut est La ­Défaite de la pensée (1987), conclu par un retentissant : « La barbarie a donc fini par s’emparer de la culture », qui a beaucoup frappé à l'époque, alors en pleine ébullition culturelle : les radios étaient libres et émettaient dans tout le pays, sept chaînes de télévision naissaient (TV 5, Canal +, TMC, la Cinq, TV 5, TV6, la Sept, la future Arte), le prix unique du livre consolidait quelque peu l'édition, Internet fusionnait avec l'ordinateur individuel, architecture, design, cinéma, mode, photographie, presse renaissaient avec d'importants créateurs français. Qu’entend le philosophe par cette défaite ? Il l’explique dès la première page : « Le terme de culture a aujourd’hui deux significations. La première affirme l’éminence de la vie avec la pensée ; la seconde la récuse. » Hélas, ajoute-t-il, « on constate aujourd’hui qu’il est courant de baptiser culturelles des activités où la pensée n’a aucune part ». Or, celles-ci, assure-t-il, dominent désormais notre monde, partout présentées dans les médias, chez les intellectuels, les critiques, jusque par les ministres comme étant la véritable ­culture. Un affreux « relativisme » règne, si bien qu'aujourd'hui, s’indigne-t-il, « une bande dessinée (…) vaut un roman de Nabokov; un slogan publicitaire efficace vaut un poème d'Apollinaire (...); un rythme de rock vaut une mélodie de Duke Ellington (...) ».

    Quelle est-elle, cette culture qui ne pense pas,  étouffant la «haute culture» ? C’est «la culture de masse» et de «divertissement», c'est-à-dire Hollywood, mais aussi l’avant-garde « post-moderne » et les sous-cultures : «ce n’est plus seulement Hollywood qui édulcore Le docteur Jivago, écrit-il, ce sont les metteurs en scène d’avant-garde qui introduisent au théâtre l’esthétique du music-hall ou celle de la télévision et nul, ou presque, ne s'émeut». Ce sont les mille nouvelles radios qui «chantent, presque toutes sur le même air de guitare, le bonheur d’en finir avec la conversation» (il les a donc toutes écoutées). C'est le rock ou «la régression dans le simplisme absolu d’un rythme universel». Ce sont encore le reggae et toutes les musiques «pour qui le feeling l’emporte sur les mots» (rien n'est dit sur les mots à feeling). Ce sont les séries télévisées des nouvelles télévisions. C’est la chanson populaire façon Renaud. Le rap, régulièrement honni. La bande dessinée. Le graf, le street art, tous ces arts «mineurs». La mode et ses faux « créateurs ». Ce sont les comiques à la Coluche -«Coluche et Renaud font-ils partie de la culture ?». Autrement dit : pour le philosophe inquiet, une bonne part de la culture de son temps ne pense pas, elle est mineure - c'est de la basse culture. 

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  • OLIVER SACKS EST DÉCÉDÉ, PIONNIER DE LA NEUROPSYCHOLOGIE ET ÉCRIVAIN ROMANTIQUE

    (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Le 19 février 2015, l’écrivain et neurologue Oliver Sacks, qui a fait connaître au monde entier les plus singulières affections du cerveau, avait prévenu le New York Times. Il était condamné. «Je vois la mort en face, écrivait-il. Le cancer occupe un tiers de mon foie, et bien que son avance puisse être ralentie, ce type de cancer ne peut-être arrêté.» La maladie a eu raison de lui dimanche. Il avait 82 ans.

    Depuis le début des années 1980, avec son témoignage Sur une jambe (Seuil, 1987), Sacks s’est attaché à décrire avec précision et empathie les troubles neuropsychologiques liés aux lésions et aux accidents cérébraux. Influencé par ce qu’il appelait «la psychiatrie littéraire» de la fin du XIXe – Jean-Martin Charcot, Jacques-Joseph Moreau de Tours, Gaëtan Gatian de Clérambault – comme par les récits de l’école russe de neurologie – notamment ceux d’Alexandre Romanovich Louria (1902-1977) - il a fait revivre dans ses ouvrages «l’expérience intérieure» des malades. Voilà pourquoi, plutôt que d’études de cas, il préférait parler de «contes cliniques». Certains d’entre eux, comme L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau (Seuil - 1985), ont été des best-sellers mondiaux.

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    Dans  l'article qui suit, publié en partie en janvier 2009 dans le Monde Magazine, j'ai tenté de dresser le portrait de l'aventure intellectuelle d'Oliver Sacks et de ce qu'il appelle "la neurologie existentielle". J'ai mené ce travail avec son aide directe, au cours d'"échanges de mails et suite à deux entretiens.

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    Un taureau en colère a changé la vie du docteur Oliver Sacks. C’était en Norvège, en montagne. Il se retrouve face à un énorme animal « aux yeux globuleux ». Pris de panique, il s’enfuit, tombe. Genou traumatisé, rupture du tendon du quadriceps, un muscle de la cuisse. Oliver Sacks le médecin se retrouve un patient hospitalisé. « C’était la première fois. Ce fut pour moi une révélation, écrit-il au Monde,  se prêtant au jeu de reconstituer l’itinéraire intellectuel de sa vie. Cet accident m’a fait violemment ressentir l’épreuve que traversent des patients impuissants et désespérés. »

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  • SADE NOUS CONCERNE TOUS. ENTRETIEN AVEC ANNIE LE BRUN

     Man Ray,  Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade 1938 Oil on canvas with painted wood panel 24 1/4 x 18 3/8 in. The Menil Collection, Houston, Texas Portrait imaginaire de Sade par Man Ray © 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris Man Ray, Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade (1938) The Menil Collection, Houston, Texas© 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris

    NEWS NEWS NEWS L’exposition « Sade. Attaquer le soleil », présentée au Musée d’Orsay de Paris - 500 pièces présentées, 14 films - ouvre ses portes. Elle sera visible jusque fin janvier. La commissaire générale de l'exposition est Annie Le Brun, auteur de "Sade, soudain un bloc d'abîme, Sade" (Folio, 2014, réédition).  Les relations de Sade (1740-1814) et d’Annie Le Brun forment une longue histoire passionnelle. En 1977, elle préfaçait déjà la première édition des œuvres complètes du « divin marquis » par Jean-Jacques Pauvert – en 1945, la publication d’Histoire de Juliette avait valu dix ans de poursuites judiciaires à l’éditeur.  Cet entretien a été réalisé pendant l'accrochage de l'exposition (publié dans Le Monde Culture&Idées).

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    On fête le marquis de Sade comme un classique, on l'expose, on le publie, on le commente, on l'analyse, lui qui a été si longtemps interdit, considéré comme un maudit. Cherche-t-on à le neutraliser?

    Sade résistera à toute neutralisation, je crois qu’avec lui on peut être rassuré. On ne lit sans doute pas plus Sade aujourd’hui qu’hier, mais on l’enveloppe des plus diverses analyses historiques, psychologiques, médicales, linguistiques, comme pour nous protéger de l’abîme auquel il nous confronte. Une grande entreprise de normalisation a commencé. La forme moderne de la censure n’est plus d’interdire, mais de désamorcer, par excès de commentaires, d’interprétations, par une sorte de gavage qui finit par tout rendre équivalent. Mais l’œuvre demeure, irréductible.

    Qu’est-ce qui résiste chez Sade, qui nous concerne aujourd’hui ?

    L’extraordinaire chez Sade est qu’avant Nietzsche, avant la psychanalyse, il mette la pensée à l’épreuve du corps. Il met vraiment la philosophie dans le boudoir, à l’inverse de tous les autres qui, dans le meilleur des cas, font de l’érotique une dépendance de leur système. Lui, au contraire, nous révèle que l’exercice de la pensée n’est pas une activité abstraite, mais qu’elle est déterminée par les mouvements des désirs et que sa source est avant tout pulsionnelle. C’est la phrase fameuse dans Histoire de Juliette : «On déclame contre les passions sans songer que c’est à son flambeau que la philosophie allume le sien.»

    Tel est ce qui caractérise la pensée sadienne. Ses héros ne pensent jamais à froid, ils dialoguent, ils prennent du plaisir, il y a chez eux un perpétuel « échauffement » de l’esprit, une continuelle surenchère de l’imagination érotique sur le raisonnement, qui en est troublé. Et ce trouble se communique au lecteur, subjugué à son tour. D’ailleurs Juliette, l’héroïne favorite de Sade, le dit bien : « Ma pensée est prompte à s’échauffer », révélant comment la pensée se met en mouvement. Sade est le premier à nous dire cela, et, plus encore, à nous le faire ressentir…

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  • ALAIN FINKIELKRAUT, UN ANTIMODERNE À L'ACADÉMIE

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    Alain Finkielkraut chez lui, en 2007. | AFP/LOÏC VENANCE

    NEWS NEWS NEWS Le philosophe Alain Finkielkraut a été élu jeudi 10 avril à l'Académie française, au premier tour, par 16 voix sur 28 – 3 voix sont allées à Gérard de Cortanze, une à Athanase Vantchev de Thracy. Huit bulletins ont été barrés d'une croix en signe de désaveu, après une polémique qui a échauffé les esprits.

    Avant l'élection d'Alain Finkielkraut à l'Académie française, il y a eu, a-t-on appris, quelques « éclats ». Plusieurs académiciens, dont une académicienne, ont fait savoir le 3 avril qu'ils désapprouvaient sa candidature, jugeant le philosophe trop « réactionnaire », parlant d'une personnalité « clivante » – un adjectif pourtant absent du dictionnaire de l'Académie. L'un d'entre eux est allé jusqu'à dire que c'était le lepénisme qui entrait sous la Coupole.

    Aussitôt, plusieurs des « Immortels » réagissaient avec force. L'écrivain Jean d'Ormesson, selon Le Figaro du 3 avril, faisait savoir son sentiment : « Si Finkielkraut n'est pas élu jeudi, je ne mettrai plus les pieds à l'Académie. » Une déclaration aussitôt démentie par l'intéressé.

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  • MES 100 AMIS SUR FACEBOOK SONT-ILS MES AMIS ?

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    NEWS NEWS NEWS. Le réseau social Facebook atteint désormais 1,15 milliards d’adhérents actifs en quête d’échanges avec leurs « amis ». Mais s’agit-il vraiment d’amitié, les philosophes s’interrogent… Enquête.

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     Quand on demande au philosophe André Comte-Sponville, qui a beaucoup écrit sur l’amitié, s’il possède un cercle d’amis en ligne, il répond vivement : « Mes enfants avaient créé, sans me consulter, une page Facebook à mon intention. Dans les heures qui ont suivi, j’ai reçu trois messages de gens que je ne connaissais pas me demandant si je voulais être leur ami. Cela m’a paru une invasion insupportable et un contresens sur l’amitié. J’ai supprimé ma page aussitôt ! » Selon lui, les relations qui se tissent sur le réseau social sont «superficielles ». « Elles n’ont guère à voir avec « la souveraine et parfaite amitié » dont parle Montaigne, celle qu’il a vécu avec La Boétie, et dont il disait : « Cette amitié de quoi je parle est indivisible, chacun se donne si entier à son ami qu’il ne reste rien à départir ailleurs ». »

    Au regard de cette amitié rare et passionnée, les réseaux de cent « amis » et plus qu’affichent les utilisateurs de Facebook lui semblent pléthoriques et inabouties. « Une réelle amitié ne peut pas se répandre indéfiniment, poursuit-il. Aristote disait: «Ce n’est pas un ami celui qui est l’ami de tous», ni même, j’ajouterai, qui est l’ami d’une multitude. L’amitié suppose trop de confiance, de sincérité, d’intimité - et de temps ! - pour qu’elle soit partagée avec des dizaines de personnes. Un ami, ce n’est pas seulement quelqu’un avec qui je parle ou j’écris, mais une personne avec qui je pratique certaines activités communes, une promenade, un sport, un jeu, un repas. Comment imaginer qu’un écran puisse y suffire, ou en tenir lieu ? »

    André Comte-Sponville conclut par un questionnement inquiet : « Il vaut certes mieux avoir des amis virtuels que pas d’amis du tout, mais il serait dangereux et triste de s’en contenter. Mieux vaut avoir quelques amis réels que des centaines d’amis virtuels sur Facebook… » André Comte-Sponville résume bien la méfiance que suscite encore chez beaucoup de parents, de pédiatres et de philosophes le succès massif des réseaux sociaux comme Facebook, Google+, Tweeter, Tumblr, Instagram ou Linkedin – d’après le rapport Meeker 2013, Facebook réunit aujourd’hui plus d’1,15 milliard d’usagers actifs.

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  • ENTRETIEN AVEC LE DIABLE. LA PHILOSOPHE JUDITH BUTLER CIBLE DES ATTAQUES DES DÉPUTÉS DE DROITE ET DES CATHOLIQUES CONSERVATEURS

    (DR)judith butler first session by luca del baldo.jpg

    NEWS NEWS NEWS Le 1er septembre, 80 députés UMP ont demandé que plusieurs manuels scolaires soient retirés des librairies, estimant qu’ils faisaient la part trop belle à « la théorie du genre sexuel », décrite comme « non scientifique ». À regarder de près, les extraits incriminés des ouvrages reprenaient succintement la distinction classique, faite par Simone de Beauvoir dans le "Deuxième sexe", entre le genre comme biologie et le genre comme contruction sociale. Mais cela a suffi à soulever l'ire de la frange la plus réactionnaire de la "droite populaire" et de l'école catholique. Plusieurs fois, la philosophe de l'université de Berkeley, Judith Butler, auteur de "Trouble dans le genre" (La Découverte) y a été citée, et attaquée, comme étant une des figures majeure de "la théorie du genre". Elle répond ici à ces critiques (une version réduite de cet entretien a été publiée dans Le Monde Culure&Idées)

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  • C'EST UNE FILLE OU UN GARÇON ?

     
    L' "Hermaphrodite endormi" du Musée du Louvres(DR)

    NEWS NEWS NEWS Alors que les "marches de la fierté" de juin se préparent dans dix -sept villes de France à l'appel de l'Interassociative LGBT (Lesbienne, Gaie, Bi, Trans), n'oublions pas que les "intersexués" ou hermaphrodites manifestent aussi. Ils veulent que cessent les pratiques médicales d'assignation sexuelle en fille ou en garçon, souvent pratiquées sur des enfants de 3 mois à 2 ans. Ils demandent qu'on arrête une "politique du bistouri" encore trop fréquente, afin de pouvoir attendre un âge plus avancé pour décider de leur sexe et leur genre en connaissance de cause. Derrière leur histoire, on découvre comment la violence des normes sexuelles s'exerce encore aujourd'hui. Enquête (parue dans Le Monde Magazine, mars)

    1 – Où on découvre la triste histoire de l’hermaphrodite Herculine Barbin.

    « Le lendemain de cette nuit trouva Sara anéantie ! Ses yeux, rougis par les larmes, portaient l’empreinte d’une insomnie cruellement tourmentée (…) Je n’avais pas la force de lever les yeux sur Madame P, pauvre femme qui ne voyait en moi que l’amie de sa fille, tandis que j’étais son amant. » Nous sommes l’été 1858, Axelina Barbin, vingt ans, institutrice, a passé la nuit avec sa jeune collègue Sara dans un pensionnat de La Rochelle. Elle raconte sa passion dans son journal intime, en proie au plus grand déchirement. Car Axelina, née Adélaïde Herculine le 8 novembre 1838 à Saint Jean d’Angély, déclarée comme fille par ses parents, présente une morphologie rare. Née avec un vagin, elle présente un court pénis, pas de sein, et doit se raser pour vivre au milieu des femmes. Elle est hermaphrodite...

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  • LA DISPARITION D'EDOUARD GLISSANT, L'ECRIVAIN ANTILLAIS, QUI ÉCRIVAIT : " LA CREOLISATION DU MONDE EST IRREVERSIBLE "

    (DR)

    News. Edouard Glissant est décédé ce matin, lui qui semblait indestructible, si grand, si solide, toujours grand vivant. Je l'avais  rencontré en janvier 2005 pour le Monde Magazine alors qu'il venait d'achever son dernier ouvrage "La cohée du lamentin" pour les éditions Gallimard. À cette époque, la rumeur de sa nomination pour le prix Nobel enflait - ce qui l'inquiétait beaucoup  : " Les gens du Nobel détestent les rumeurs ", disait-il. 

    Je republie ici cet entretien. Le philosophe et écrivain martiniquais, qui se pense comme "Caraïbe" et citoyen du "chaos-monde" y explique pourquoi la "créolisation généralisée" des sociétés est irréversible, l'Europe devrait se penser comme un "archipel" et les écrivains français cesser de décrire leur nombril.

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    CHEZ EDOUARD GLISSANT, PARIS, SIXIEME ARRONDISSEMENT...
    ...C'est un colosse souriant. Large d'épaules, des mains de percussionniste, amical. Il vous reçoit dans un bel appartement du VIIe arrondissement de Paris la chemise mal fermée, sans cérémonie. À 73 ans, Edouard Glissant, écrivain français prolifique et nobélisable, Docteur Honoris Causa de l'Université de New York, ne montre aucune fatuité, ou pose, comme tous les grands. Content de discuter, détendu, tout de suite il s'emporte, il digresse, il rit. Edouard Glissant. Son nom annonce son œuvre. Il fut sans doute, selon lui, inventé après l'abolition de l'esclavage dans les Antilles, quand les Noirs s’attribuaient un nom d’homme libre : du nom du colon "Senglis", ils firent "Glissant", en l'inversant par jeu, comme aime à faire le créole. Car Edouard Glissant est à la fois le poète et le philosophe de la "créolisation irréversible du monde". Cette thématique traverse tous ses livres, ses romans, ses essais, ses poèmes. Elle vient de loin.

    Né en 1928 à Sainte-Marie, en Martinique, Edouard Glissant a fait ses études au lycée Schoelcher -l’homme qui a aboli l’esclavage dans les colonies- de Fort-de-France. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il commence d'écrire plusieurs recueils de poèmes -Un champ d'îles, 1953, La terre inquiète, 1954 - qui le font aussitôt connaître. Il participe de tous les mouvements d'idées qui agitent les écrivains et les intellectuels africains et antillais de l'époque, et s'illustre pendant le congrès des artistes noirs de Paris (1956). Il s'approche d'Aimé Césaire, chez qui il critiquera la revendication de la "négritude" - comme aujourd'hui il se méfie de l'"afrocentrisme" des Noirs américains, "ce retour à des racines irrémédiablement perdues"-, et devient l'ami de Franz Fanon, qui vient de décrire les ravages psychiques de l'assimilation forcée dans les Antilles. Il signe en 1960 le Manifeste des 121 emmené par Sartre, qui soutient le droit à l'insoumission en Algérie. En 1961, il fonde avec Paul Niger le Front Antillo-Guyanais pour l'Autonomie, aussitôt interdit. Edouard Glissant se voit alors expulsé de Guadeloupe et assigné à résidence en France.
    LA POÉTIQUE DE LA RELATION

    En même temps, le jeune écrivain commence son œuvre romanesque. En 1958, "La Lézarde" obtient le prix Renaudot. Ce livre, à la fois roman d'amour, récit d'une lutte politique contre les colons, conte poétique et quête initiatique d'une identité caraïbe révèle d'emblée toutes les préoccupations d'Edouard Glissant. Il débute une longue saga martiniquaise en quatre volumes, continuée pendant vingt ans : Le quatrième siècle (1965, prix du meilleur roman de langue française), Malemort (1975), La case du commandeur (1981). De retour aux Antilles en 1965, l'écrivain, qui vient de publier Monsieur Toussaint, une pièce de théâtre consacrée à Toussaint-Louverture le mythique libérateur noir des esclaves de Haïti, fonde bientôt l'Institut Martiniquais d'Etudes et la revue de sciences humaines Acoma. Edouard Glissant reprend alors son œuvre poétique avec Boises (1979), et publie ses premiers essais consacrés à la créolisation du monde : L'intention poétique (1969), Le discours Antillais (1981). Sa renommée intellectuelle lui vaut d'être nommé directeur du Courrier de l'Unesco en 1982, puis vice-président du Parlement international des écrivains.
    Depuis, Edouard Glissant continue d'écrire romans, poèmes et essais à un rythme fourni.
    Dans ses essais Poétique de la relation (1990) et Le Traité du Tout Monde (1997), il développe ses idées sur la nécessité de quitter les "pensées ataviques et enracinées" pour se créer une nouvelle manière d’être, ouverte aux autres : "une identité-relation". Dans ses romans Sartorius (1999) et Ormerod (2003), il entreprend de raconter l'histoire extraordinaire des Batoutos, le peuple invisible symbolique de tous les peuples africains persécutés. Son écriture, un français poétique nourri de créole antillais et de mythes africains -"la langue créole m'est naturelle, dit-il, elle vient à tout moment irriguer ma pratique écrite du français, et mon langage provient de cette symbiose"- devient plus originale et baroque, sans jamais céder au pittoresque, et sans se perdre, même si elle reste parfois opaque. Elle rappelle les poèmes de Saint John Perse ou même d’André Breton, les monologues hantés des personnages de Toni Morrison, ou certains textes caraïbes d’Alejo Carpentier. La grande quête d’une écriture exploratrice, s’essayant à tous les genres, donnée par Italo Calvino dans "La machine littérature", semble faite pour lui : "(L'écriture) mue par un désir de connaissance qui est tantôt théologique, tantôt spéculatif, tantôt magique, tantôt encyclopédique, tantôt attaché à la philosophie naturelle, tantôt à une observation transfigurante de visionnaire." L’œuvre d’Edouard Glissant, un des rares auteurs francophones à espérer le prix Nobel, n’a pas fini de surprendre par ses explorations philosophiques, politiques et littéraires.

    Tous les livres d'Edouard Glissant ont été publiés ou republiés aux éditions Gallimard

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  • DU CONTRAT SEXUEL. L'OUVRAGE DE LA FÉMINISTE CAROLE PATEMAN ENFIN TRADUIT

    la-revolution-francaise.1234120192.jpgNEWS NEWS NEWS Après quinze ans d'attente, le livre de référence de la philosophe féministe Carole Pateman sur le "contrat sexuel" est enfin traduit (La Découverte). Elle y montre comment le contrat social passé en politique, afin de garantir la liberté de tous, s'accompagne aussitôt d'un "contrat sexuel" qui subordonne le droit des femmes aux hommes. Si la patriarcat est aboli dans la vie sociale, il ne l'est pas dans la sphère privée.

    « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » écrit magnifiquement Jean-Jacques Rousseau au chapitre 1 du « Contrat social. » (1762). À la suite de Thomas Hobbes, qui veut faire cesser « la guerre de tous contre tous », et de John Locke décidé à protéger les « droits naturels » des humains que sont la liberté individuelle et la propriété privée - notamment celle de son propre corps -, Jean Jacques Rousseau montre comment le peuple, en passant un contrat avec lui-même et élisant une démocratie, va défendre les libertés individuelles comme « l’intérêt général ». Chacun sait aujourd’hui l’importance des théories du contrat social dans la fondation des républiques américaines et françaises, quand il a fallu rompre avec la monarchie patriarcale et instituer les principes de liberté, égalité, fraternité. Pourtant, à l’exact même moment, un autre contrat est mis en place, le « contrat sexuel » qui subordonne la femme à l’homme, qui demeure un monarque familial. En effet, que ce soit dans la jeune Amérique ou la France républicaine, la femme n’acquière aucun des droits accordé aux mâles libres et égaux. Elle n’a pas le droit de vote - elle ne l’aura en France qu’en 1944 -, dépend économiquement de son mari, n’a aucun pouvoir sur ses enfants - qui dépendent du « droit paternel » - et l’homme, par le « contrat de mariage », a le droit de jouir d’un accès sexuel à son épouse. Si le patriarcat est aboli en politique, il demeure dans la sphère privée, où le « statut » de l’homme l’emporte - ce qui interroge sur les limites du contrat social. C’est à cette démonstration que se livre la philosophe politique américaine Carole Pateman, dans « Le contrat sexuel » (La Découverte) enfin traduit après douze ans d’attente. Cet essai montre comment aujourd’hui encore le « contrat sexuel » permettant aux hommes d’avoir un libre accès au corps des femmes perdure. Ainsi, il n’existe aucune reconnaissance légale du viol entre époux, la bienveillance devant le « crime passionnel » étonne, le choix de ne pas se marier génère toutes sortes de complications, la législation de plusieurs pays sur les « mères porteuses » génère des abus de faiblesse, les associations de prostituées indépendantes dérangent. La fraternité n’est pas encore pour les « sisters », les « sœurs », ce beau mot de 1968. (publié dans Le Monde Magazine)