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  • TONI MORRISON, UN NOUVEAU ROMAN. LA REVOLTE DES NOIRS ET DES PAUVRES BLANCS CONTRE L'ESCLAVAGE ET LE TRAVAIL FORCE A MENé AU RACISME AMERICAIN

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    News News News. Toni Morrison, prix Nobel de littérature, publie un nouveau roman aux Etats-Unis, "A mercy", à paraître en avril 2009 aux éditions Christian Bourgois. Le livre raconte comment l'esclavage a mené au racisme - et comment il s'en différencie. Elle y rappelle l'événement historique qui sert detoile de fond au livre, appelé "la révolte de Bacon" - 1676, Virginie - quand un groupe de cinq cents, serviteurs blancs, esclaves noirs, Noirs affranchis, renversèrent le gouvernement de la cette colonie.  Ils furent bientôt chassés, puis capturés. Toni Morrison a raconté la suite dans un entretien publié sur le site du Nouvel Observateur. "Les propriétaires, se jurant de ne jamais laisser une chose pareille se reproduire, établirent des lois, parmi lesquelles celle-ci : tout homme blanc pouvait mutiler ou tuer n'importe quelle personne noire, pour quelque raison que ce soit, à quelque moment que ce soit. ? (...) Voilà de quoi nous avons hérité : on a transformé les pauvres en antagonistes. Cela donne un sens à la couleur de peau; cela permet à des Blancs pauvres comme Job d'éprouver un petit sentiment de supériorité tout simplement parce qu'ils sont blancs et pas noirs."
    Toni Morrison a apporté son soutien au sénateur de l'Illinois Barack Obama, qund il était encore un outsider. Dans une lettre ouverte datée du 29 janvier dernier, elle faisait un portrait enthousiaste du jeune candidat : "En plus d'une intelligence aiguë,de l'intégrité et d'une authenticité rare, vous faites preuve de quelque chose qui n'a rien à voir avec l'âge, l'expérience, la race ou le sexe, et quelque chose que je ne vois pas chez les autres candidats. Ce quelque chose est une imagination créatrice associée à la sagesse". Nous allons bientôt savoir si l'écrivain se trompait, ou faisait preuve de prescience.
    En sept romans magnifiques, Toni Morrison a obtenu le prix Nobel de littérature. Son huitième, "Love" (Christian Bourgois), a séduit le public, tant en Amérique qu'en France. Pendant l'entretien qui suit, fait chez elle à New York l'hiver 2005, elle parle des magiciens qui s'envolaient des champs de coton pour échapper à l'esclavage, de Fats Waller et la naissance du jazz, "la musique du diable", et du "lamentable régime de Georges W Bush" (publié dans Le Monde 2)
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    A NEW YORK, QUARTIER DE SOHO...

    "Ma grand-mère jouait au loto avec mes rêves. Elle me demandait de les raconter, puis elle les traduisait en chiffres qu'elle allait jouer dans les loteries clandestines. Je lui racontais un rêve de mariage, elle consultait un livre d'interprétation, et elle composait des numéros du loto. Un mariage, c'était deux plus un, trois. La mort de quelqu'un c'était zéro. Des fois, j'inventais des rêves extraordinaires, pour lui plaire. Elle adorait que nous brodions des histoires, ma sœur et moi, toute la famille. Le soir, nous improvisions, des aventures de dragons, des blagues, des intrigues amoureuses, nous rivalisions. Grand-mère nous mettait des notes. Parfois, à une bonne histoire, tout le monde applaudissait..."
    Elle ressemble à une chanteuse de gospel. Coffre, charisme, puissance. La voix impressionne. Profonde, basse. Elle fait sonner chaque phrase, elle la détache, comme si elle lisait un texte. Non qu'elle s'écoute, elle aime les mots. Elle aime le langage. Elle vous envoûte. "Mes rêves pour le loto de grand mère… Ce furent peut-être mes premiers récits d'imagination. Je les fabriquais de toutes pièces, des histoires magiques, des personnages fantastiques, l'enfance baigne dans la magie... Mes premiers, tout premiers écrits ? C'était à la craie, dans la rue, j'avais quatre, cinq ans, avec ma sœur, nous recopions sur le trottoir les phrases obscènes écrites sur les murs, dans les toilettes, nous les réécrivions par terre, ça nous faisait rire ! "

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  • OBAMA EN AMÉRIQUE. EN FRANCE, LE GHETTO ANTILLAIS

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    (Barack Obama en campagne, ici à Portland. DR)
     
    NEWS NEWS NEWS. Devant une foule immense venue acclamer sa victoire à Chicago, le président Barack Obama a déclaré : "Le changement est arrivé en Amérique".  EEn effet, on compte 338 grands électeurs pro-Obama à cette heure (majorité à 270), doublée d'une majorité démocrate au Sénat, à la Chambre des Représentants, au Congrès - cela avec une participation historique,  65%, jamais vue depuis 1908. Le peuple américain, sous l'oeil de l'Histoire et du monde, a fait le choix net  d'un changement historique : élire un président jeune, "colored" et démocrate après 8 années d'une présidence liberticide, économiquement désastreuse et agressive au niveau international. En Angleterre, l'austère quotidien de centre-droit Times (centre-droit), réputées pour ses analyses mesurées, parle d'une "démocratie américaine rajeunie" : "Ce pays considéré par de nombreux Européens comme désespérément raciste et inéluctablement de droite, a élu un homme noir, à la tête d'un parti favorable à la redistribution économique et à une politique étrangère enracinée dans l'engagement diplomatique pacifique". On s'étonnera qu'au même moment, dans la vieille France des Droits de l'Homme, M. Kofi Yamgnane, Français né au Togo, secrétaire d'Etat sous François Mitterrand, déclare  dans Le Monde du 29/10/08 : "Sur ces questions ( de couleur de peau, ndlr), la France fait du surplace depuis vingt ans." Il ajoutait, rappelant que les partis politiques rechigent toujours à désigner des candidats venus de l'immigration ou des Antilles, alors que l'Antillaise Georges-Pau-Langevin, ancienne présidente du MRAP, a été élue dans le XXe arrondissement avec 62% des voix : "Le peuple français est largement en avance sur son élite politique. Les dirigeants des partis anticipent un rejet des électeurs alors que c'est faux."
     
    Sur la mise à l'écart des "gens de couleur" de l'univers politique, culturel et médiatique en France - où un présentateur noir sur TF1 fait encore scoop, où il  a fallu attendre le 6 avril 2005 pour que la Comédie Française ose une «SEMAINE DE LA CARAÏBE » avec des lectures des écrivains Derek Walcott, Jean-René Lemoine, Simone Schwarz-Bart, Ina et Aimé Césaire - voici un reportage fait pour Actuel, il y a vingt ans, sur la place faite aux Antillais dans notre grand pays républicain. On verra que Kofi Yamgnane a raison de parler d'un long "surplace" 

    11062304350738588369604France Zobda (DR)

    On doit à la France le plus étonnant des regards, cette eau si pure qui fait baisser les yeux, et cette pierre de lune brillante dans l’œil gauche, qui vous trouble. Et nous l’ignorons. Avant d'être repérée par Hollywood pour jouer "Sheena, reine de la jungle", son premier long métrage avec le premier rôle - dont elle ne s'enorgueillit pas et pour cause - France Zobda a beaucoup joué de théâtre classique.  Elle a aussi tourné un film inconnu en métropole où tous les acteurs étaient Antillais. Et c'est tout. Le cinéma français n'a pas vu cette beauté habituée aux planches, qui par ailleurs à fait ses études supérieures en France. Dans le film américain, elle s’exprimait directement en anglais - elle a une maitrise. Alors, demande-t-elle, pour quoi me confiner dans un ghetto ?

    Son arrière-grand-père portait bien un nom de chez nous, il était capitaine et il s’appelait Henri Gayemont Joliment de Marolles.

    Attention, nuance : nous allions être malhonnêtes. Il n’est pas vrai que la télévision n’ait jamais parlé de France Zobda. Une émission médicale a longuement cherché à expliquer par quel miracle génétique un regard aussi unique avait pu apparaître. Sinon ? Rien d'autre. C’est la honte. Nous sommes en 1985, deux siècles après les grandes révoltes noires contre l'esclavage. Depuis dix ans, les Antillais affluent en France, et c’est comme s’ils étaient invisibles. Je ne parle pas seulement du cinéma, de la télévision, dont ils sont absents, ou des comètes - on se souviendra de l'actrice Patrice Flora Praxo dans "L'Atlantide", "Vanille Fraise", "Le bal des casse-pieds", puis aux côté de Nicolas Cage dans "Le raccourci" ("Time to kill") . Je parle dans la manière dont on traite les Antillais dans les journaux télévisés, les médias, les partis politiques. On parle des Antilles quand une bombe fait boom, quand on juge des indépendantistes, alors on commence à s’inquiéter de ce qui pourrait se passer là-bas. Mais, c’est tout.

    Qui parlent longuement des plus fameux écrivains antillais, Maryse Condé, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Simone Schwarz-Bart qui publient toujours, attendant souvent une reconnaissance tardive ? Comment oublier Aimé Césaire, l'ami d'André Breton, un des plus grands poêtes de langue française ? Qui se souvient qu’Alexandre Dumas était Antillais ? Ou Laurent Voulzy ? Que le grand-père de Julien Clerc était de là-bas, ou la grand-mère de Chantal Goya et peu importe de quelle couleur ? Voilà le paradoxe, ils sont Français nous dit-on, donc rien à ajouter - ce serait du racisme. Mais non, ils sont aussi Antillais. Ils chevauchent, ils partagent, ils réunissent plusieurs civilisations, traditions, langues, origines, à nos cotés, certains créateurs inventent une mixture unique, des oeuvres de brassage, créolisées, qui nous enrichissent tous - cette originalité qui devrait nous interpeller.

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    Lien permanent Catégories : ENQUÊTES
  • ELECTION AMERICAINES. AL GORE : " GEORGE W BUSH NOUS A APPORTE UNE CALAMITE APRES L'AUTRE "

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    NEWS NEWS NEWS À deux semaines des élections américaines tous les sondages donnent le démocrate Barack Obama gagnant, même si beaucoup d'analystes s'interrogent sur les non-dits d'un "vote raciste" qui pourrait ressurgir dans le secret de l'isoloir. Pendant cette campagne, si Barack Obama est resté prudent dans ces jugements publics sur le bilan du gouvernement Bush, ce n'est pas le cas de l'ancien candidat à la présidence, Al Gore, co-prix Nobel de la Paix 2007. Dans son essai "La raison assiégée" (Seuil), tout juste sorti en France, il soutient que le gouvernement Bush a développé aux Etats-Unis des pratiques politiques qui mettaient en danger la démocratie américaine, doublé d'une politique internationale catastrophique qui a ruiné l'image de l'Occident et des Etats-Unis autour du monde - notamment en perpétrant l'invasion de l'Irak (décidée sur un mensonge), en encourageant l'usage de la torture et des camps de détention illégaux comme celui de Guantanamo.

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    Nous sommes à la convention démocrate de Denver, le 29 août dernier. Al Gore a pris la parole devant des milliers de sympathisants. Il explique, lui l’icône verte de l’Amérique, comment John McCain, le candidat républicain, va continuer la politique de George W. Bush  - qui selon lui a apporté au monde « une calamité après l’autre ». Il s’écrie « Oui, je crois au recyclage. Mais là, c’est franchement ridicule !» La salle explose de rire. Ici beaucoup pense qu’Al Gore s’est fait voler sa victoire aux dernières élections suite à des manœuvres électorales douteuses du parti républicain.

    Depuis son prix Nobel de la Paix, Al Gore est devenu une grande figure morale aux Etats-Unis. Des militants du parti démocrate ont même milité pour que Barak Obama le prenne comme vice-président. Mais l’Amérique n’aime pas les perdants. Alors Al Gore continue sa croisade pour l’écologie. Le 23 septembre, il a rallié la « Clinton Global Initiative » à New York avec plusieurs autres célébrités engagées - la reine Rania de Jordanie, la présidente du Liberia, ou le chanteur Bono. Les fonds récoltés doivent servir à soutenir des « solutions innovantes » dans les domaines de l’écologie, l’éducation et l’éradication de la faim. Al Gore a solennellement déclaré : « Depuis notre rencontre l’an dernier, le monde a encore perdu du terrain face au changement climatique. » Puis il s’en est pris avec force au front des entreprises qui minimisent le réchauffement planétaire par seul intérêt. « Une compagnie qui dépense beaucoup d’argent pour convaincre le public que les risques pesant sur climat mondial sont négligeables développent une forme de fraude. J’espère que les procureurs généraux agiront pour l’éviter». Ensuite, il a appelé au développement des centrales électriques au charbon équipées d’un système de confinement du dioxyde de carbone, rappelant que ces centrales – 28 doivent être construites aux Etats Unis ces prochaines années, des centaines en Inde et en Chine - contribuent beaucoup au changement climatique. Pour Al Gore le juste, l’Amérique doit désormais montrer la voie.

    Al_Gore_rgb_Ausschnitt_-_image_net.jpgL’autre actualité d’Al Gore pendant cette campagne électorale américaine, c’est la sortie mondiale de son essai « The assault on reason » (« La raison assiégée », Seuil), et sa publication en édition brochée aux Etats-Unis (Bloomsbury). Il faut lire ce livre pour comprendre l’ampleur du malaise politique suscité par le gouvernement républicain de George Bush aux Etats-Unis. En huit chapitres présentés comme programmatiques - La politique de la peur. Aveugler les fidèles. La commodité du mensonge. L’atteinte à l’individu. Insécurité nationale. La crise du carbone. La démocratie en danger - Al Gore lui reproche d’avoir bafoué les principes mêmes des « pères fondateurs » de la démocratie américaine : citant abondamment Thomas Jefferson, Abraham, Abraham Lincoln, Thomas Paine. Pour Al Gore, les républicains ont abandonné le terrain rationnel et le débat d’idées pour promouvoir une politique de l’affect, du lyrisme nationaliste et de l’invocation religieuse. Il montre aussi le rôle décérébrant de la télévision dans ce processus – quitte à être parfois caricatural -, inquiet que les campagnes électorales se réduisent désormais à des spots de trente secondes dignes des televolas. Avec ce livre étayé et féroce, Al Gore le prix Nobel « vert » revient comme un homme politique national décidé à réformer la démocratie américaine. Ci dessous, des extraits du livre publiés dans Le Monde 2 le 18 octobre 2008.

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