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  • SADE NOUS CONCERNE TOUS. ENTRETIEN AVEC ANNIE LE BRUN

     Man Ray,  Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade 1938 Oil on canvas with painted wood panel 24 1/4 x 18 3/8 in. The Menil Collection, Houston, Texas Portrait imaginaire de Sade par Man Ray © 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris Man Ray, Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade (1938) The Menil Collection, Houston, Texas© 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris

    NEWS NEWS NEWS L’exposition « Sade. Attaquer le soleil », présentée au Musée d’Orsay de Paris - 500 pièces présentées, 14 films - ouvre ses portes. Elle sera visible jusque fin janvier. La commissaire générale de l'exposition est Annie Le Brun, auteur de "Sade, soudain un bloc d'abîme, Sade" (Folio, 2014, réédition).  Les relations de Sade (1740-1814) et d’Annie Le Brun forment une longue histoire passionnelle. En 1977, elle préfaçait déjà la première édition des œuvres complètes du « divin marquis » par Jean-Jacques Pauvert – en 1945, la publication d’Histoire de Juliette avait valu dix ans de poursuites judiciaires à l’éditeur.  Cet entretien a été réalisé pendant l'accrochage de l'exposition (publié dans Le Monde Culture&Idées).

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    On fête le marquis de Sade comme un classique, on l'expose, on le publie, on le commente, on l'analyse, lui qui a été si longtemps interdit, considéré comme un maudit. Cherche-t-on à le neutraliser?

    Sade résistera à toute neutralisation, je crois qu’avec lui on peut être rassuré. On ne lit sans doute pas plus Sade aujourd’hui qu’hier, mais on l’enveloppe des plus diverses analyses historiques, psychologiques, médicales, linguistiques, comme pour nous protéger de l’abîme auquel il nous confronte. Une grande entreprise de normalisation a commencé. La forme moderne de la censure n’est plus d’interdire, mais de désamorcer, par excès de commentaires, d’interprétations, par une sorte de gavage qui finit par tout rendre équivalent. Mais l’œuvre demeure, irréductible.

    Qu’est-ce qui résiste chez Sade, qui nous concerne aujourd’hui ?

    L’extraordinaire chez Sade est qu’avant Nietzsche, avant la psychanalyse, il mette la pensée à l’épreuve du corps. Il met vraiment la philosophie dans le boudoir, à l’inverse de tous les autres qui, dans le meilleur des cas, font de l’érotique une dépendance de leur système. Lui, au contraire, nous révèle que l’exercice de la pensée n’est pas une activité abstraite, mais qu’elle est déterminée par les mouvements des désirs et que sa source est avant tout pulsionnelle. C’est la phrase fameuse dans Histoire de Juliette : «On déclame contre les passions sans songer que c’est à son flambeau que la philosophie allume le sien.»

    Tel est ce qui caractérise la pensée sadienne. Ses héros ne pensent jamais à froid, ils dialoguent, ils prennent du plaisir, il y a chez eux un perpétuel « échauffement » de l’esprit, une continuelle surenchère de l’imagination érotique sur le raisonnement, qui en est troublé. Et ce trouble se communique au lecteur, subjugué à son tour. D’ailleurs Juliette, l’héroïne favorite de Sade, le dit bien : « Ma pensée est prompte à s’échauffer », révélant comment la pensée se met en mouvement. Sade est le premier à nous dire cela, et, plus encore, à nous le faire ressentir…

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  • LA PEUR DE L'AUTRE. ENTRETIEN AVEC L'HISTORIEN PAP NDIAYE SUR LA MONTÉE DE LA DROITE POPULISTE ET LE MULTICULTURALISME

    (DR) immigration-europe-france.jpg

    NEWS NEWS NEWS Les musulmans sans mosquée assimilés à une armée d’« occupants », une progression des idées du Front National chez les militants UMP, les « apéros saucissons pinard » pour défendre la culture française, la loi Loppsi 2 autorisant tout démantèlement de campements de Roms, une ambiance délétère de défiance envers les étrangers se développe en France tandis qu’une extrême-droite islamophobe progresse dans toute l’Europe.

    Nous avons demandé à l’historien Pap Ndiaye, maître de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, auteur de « La condition noire » (Calmann-Levy) comment il analysait ces phénomènes de rejet de l'Autre et de l'étranger. Cet entretien a été réalisé quelques jours avant le démarrage des révolutions  tunisiennes et égyptiennes qui ont apporté un démenti cinglant à toute conception enfermant les habitants des pays du Moyen-Orient  - selon la théorie du "choc des civilisations" - dans une culture figée, qui serait à jamais anti-démocratique, intolérante et liberticide (publié dans Le Monde Magazine, janvier 2011).

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    ENTRETIEN

    Tous les jours le débat politique s’envenime sur la question de l’immigration. Cela ne va pas sans actes racistes …

    "En effet, le rapport 2009 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme se dit préoccupé par l’ « augmentation alarmante » des faits à caractère raciste, xénophobe et antisémite en France, un phénomène également observable à un titre ou un autre dans la plupart des autres pays européens depuis quelques années. En outre, bien que depuis un demi-siècle, les idées et comportements tolérants et accueillants à la diversité aient progressé dans notre société, on entend trop souvent des propos racistes décomplexés, assumés sans fard et présentés comme relevant du « bon sens » et du « réalisme ». Le gouvernement français est d’une discrétion rare sur le sujet du racisme. Il est vrai que le ministre de l’intérieur a été condamné en première instance pour injure raciale, ce qui le disqualifie sur la question.

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