Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

multiculturalisme

  • J-M G LE CLÉZIO : "JE N'AI PAS UNE IDENTITÉ MALHEUREUSE MAIS MULTIPLE, COMME ÉNORMÉMENT DE GENS"

    Jean-Marie Gustave Le Clézio, en 2013. | LEA CRESPI/PASCO

    NEWS NEWS NEWS. Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, né à Nice en 1940, est de nationalité française et mauricienne, de père anglais, et parfaitement bilingue. Il beaucoup voyagé, s’est intéressé aux cultures amérindiennes et a raconté à sa manière la colonisation du Sahara occidental dans Désert (Gallimard, 1980). Dans cet entretien, réalisé en juin au festival des Etonnants Voyageurs de Saint Malo,  il prend la défense du multiculturalisme, aujourd’hui tant décrié dans la classe politique, et très débattu au cours de ces rencontres littéraires .

    Par votre histoire personnelle, vous vous dites multiculturel de naissance, pourriez-vous nous en parler ?

    Je suis né en France en 1940 dans une famille d’origine bretonne émigrée à l’île Maurice, en ce sens je suis français, mais sous influence. Mon père, lui, était mauricien, donc britannique à l’époque. Il faut comprendre que l’île Maurice connaissait un curieux état de schizophrénie, du fait qu’elle a été colonisée par la France de 1715 jusqu’en 1810, puis par les Anglais. Nombre de familles mauriciennes furent scindées entre ceux qui soutenaient l’Angleterre et ceux qui faisaient de la résistance, le plus souvent des femmes, qui ne suivaient pas toujours des études, et rechignaient à adopter la langue anglaise. Cela a produit des familles bizarres, avec des hommes plutôt anglophiles et des femmes francophiles. Ma famille n’a pas échappé à cette situation. Ni moi…

    Vous étiez donc britannique, mauricien, bilingue tout en vivant en France…

    En effet, j’avais la nationalité britannique, tandis que ma mère cultivait l’amour de la France et accusait l’Angleterre des pires méfaits : d’avoir brûlé Jeanne d’Arc, bombardé la flotte française à Mers El-Kébir en 1940, j’en passe. Quand j’ai fait la connaissance de mon père, à 10 ans, il a voulu qu’on lui parle en anglais. Il n’arrêtait pas de critiquer la France, il défendait le colonialisme anglais, qu’il disait plus respectueux des populations que les Français. Il exerçait une discipline de fer à la manière de l’armée britannique, nous dressant mon frère et moi avec sa canne en bois. En même temps, il avait une bonne bibliothèque anglaise où l’on trouvait Shakespeare, Conrad, Dickens. Ma mère, elle, avait hérité de la bibliothèque classique française de ses parents, qui allait de Chateaubriand à Alphonse Daudet. J’ai beaucoup lu dans les deux langues. Le résultat, c’est que j’étais très partagé, avec une identité composite, nourrie de plusieurs cultures…

    Cette identité était-elle « malheureuse », pour reprendre le titre d’un essai récent d’Alain Finkielkraut ?

    Il me semble que ce livre est l’un des plus inquiétants publiés ces dernières années. Il défend une pensée uniculturelle. A la différence de son auteur, je me suis posé la question d’écrire en français ou en anglais, alors que je vivais en France. Pour plaire à mon père, j’ai commencé par produire des textes en anglais mais, heureusement ou malheureusement, je ne sais pas, ils ont été refusés par les éditeurs anglais. Je suis passé au français, une très belle langue, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier l’anglais. Etudiant, j’ai même pensé à devenir un citoyen britannique à part entière, sans doute encore pour satisfaire mon père. C’était facile, j’avais un passeport britannique, même s’il portait la lettre infamante C, « Consular », qui signifiait que ma naissance avait été déclarée au consulat. Je me suis installé à Bristol, puis à Londres, où j’ai passé quelques années. Puis, j’ai eu envie de revenir en France. En fin de compte, mon identité n’est pas malheureuse mais multiple, comme celle d’énormément de gens…

    Lire la suite

  • LAÏCITÉ : COMMENT S'ACCOMMODER DE LA RELIGION, ET JUSQU'OÙ ? L'EXEMPLE CANADIEN.

    jean-charest-17.jpeg

    Caricature parue dans Le Cornichon, journal satirique québécois moquant le premier ministre et les "accommodements raisonnables" : faudra-t-il interdire la fête de Noël pour satisfaire toutes les religions ?

    NEWS NEWS NEWS Avant les fêtes, par deux fois, les médias se sont enflammés. Des responsables publics auraient cédé aux pressions de musulmans. A Montargis (Loiret), une directrice d'école maternelle aurait refusé de faire venir le Père Noël pour ne pas heurter leurs croyances. Au Havre, la ville aurait fait jeter des mousses au chocolat confectionnées dans les 67 cantines scolaires, parce qu'elles contenaient de la gélatine de porc. Ces cas auraient remis en cause nos traditions, bafoué la laïcité.

    A Montargis, finalement, la directrice d'école et l'inspecteur d'académie ont parlé d'un budget de réveillon en baisse et nié avoir subi « des pressions » des familles musulmanes. C'est un mail anonyme, extérieur à l’école, dénonçant « les adeptes du politiquement correct », qui a dramatisé l'histoire sur les réseaux sociaux et déclanché l'affaire.

    Après les articles alarmistes traitant de l'« affaire du Havre », exagérément grossie, la page de commentaires du site Internet de BFM-TV a été fermée « pour cause de dérapages et d'appels à la haine ». Cela n'a pas empêché la mairie de rappeler que la ville adapte depuis longtemps les repas des cantines scolaires. « Nous offrons un produit de substitution pour le plat principal quand il est à base de porc, a déclaré le directeur adjoint en charge du développement social, de la famille et du sport, Philippe Brunel. Les familles en sont informées dès leur inscription à l'école. »

    Lire la suite