Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mauvais esprit

  • "LA CHIENLIT", HISTOIRE D'UN MOT ET D'UNE AFFICHE

    Charles de Gaulle à la télévision, le 16  mai  1968. Trois jours plus tard, il troussera une formule emblématique de Mai-68 au conseil des ministres  : «  La réforme oui, la  chienlit non  !  » Sipa

    News News News Il est parfois sage de se méfier des mots au passé chargé, et surtout des images moqueuses qu’ils ont suscitées. En dénonçant, le mardi 6 octobre, « la chienlit » qui régnerait dans le pays, après l’agression de deux responsables d’Air France par des syndicalistes en colère, Nicolas Sarkozy a pris des risque

    ----------------------------

    Le mot « chienlit » est entré dans l’histoire politique grâce au général de Gaulle, qui l’a prononcé pendant les événements de Mai-68. Il aurait, selon le chef du gouvernement d’alors, Georges Pompidou, ouvert le conseil des ministres du 19 mai avec cette formule forte : « La réforme oui, la chienlit non ! »

    A peine médiatisée, cette expression inconnue du grand public va être raillée. Car «chienlit » est un idiotisme composé du verbe « chier » et du mot « lit ». A l’époque où de Gaulle le remet en circulation, le mot a disparu du vocabulaire courant. Sa première apparition recensée remonte au Gargantua (1534) de Rabelais : il s’agit d’une injure qui désigne les fouaciers (les fabriquant de fouaces, des pains cuits sous la cendre), qui seraient des « chienlicts », aussi appelés « boyers detrons » et « bergiers de merde ».

    Lire la suite

  • SADE NOUS CONCERNE TOUS. ENTRETIEN AVEC ANNIE LE BRUN

     Man Ray,  Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade 1938 Oil on canvas with painted wood panel 24 1/4 x 18 3/8 in. The Menil Collection, Houston, Texas Portrait imaginaire de Sade par Man Ray © 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris Man Ray, Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade (1938) The Menil Collection, Houston, Texas© 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris

    NEWS NEWS NEWS L’exposition « Sade. Attaquer le soleil », présentée au Musée d’Orsay de Paris - 500 pièces présentées, 14 films - ouvre ses portes. Elle sera visible jusque fin janvier. La commissaire générale de l'exposition est Annie Le Brun, auteur de "Sade, soudain un bloc d'abîme, Sade" (Folio, 2014, réédition).  Les relations de Sade (1740-1814) et d’Annie Le Brun forment une longue histoire passionnelle. En 1977, elle préfaçait déjà la première édition des œuvres complètes du « divin marquis » par Jean-Jacques Pauvert – en 1945, la publication d’Histoire de Juliette avait valu dix ans de poursuites judiciaires à l’éditeur.  Cet entretien a été réalisé pendant l'accrochage de l'exposition (publié dans Le Monde Culture&Idées).

    _______________________________

    On fête le marquis de Sade comme un classique, on l'expose, on le publie, on le commente, on l'analyse, lui qui a été si longtemps interdit, considéré comme un maudit. Cherche-t-on à le neutraliser?

    Sade résistera à toute neutralisation, je crois qu’avec lui on peut être rassuré. On ne lit sans doute pas plus Sade aujourd’hui qu’hier, mais on l’enveloppe des plus diverses analyses historiques, psychologiques, médicales, linguistiques, comme pour nous protéger de l’abîme auquel il nous confronte. Une grande entreprise de normalisation a commencé. La forme moderne de la censure n’est plus d’interdire, mais de désamorcer, par excès de commentaires, d’interprétations, par une sorte de gavage qui finit par tout rendre équivalent. Mais l’œuvre demeure, irréductible.

    Qu’est-ce qui résiste chez Sade, qui nous concerne aujourd’hui ?

    L’extraordinaire chez Sade est qu’avant Nietzsche, avant la psychanalyse, il mette la pensée à l’épreuve du corps. Il met vraiment la philosophie dans le boudoir, à l’inverse de tous les autres qui, dans le meilleur des cas, font de l’érotique une dépendance de leur système. Lui, au contraire, nous révèle que l’exercice de la pensée n’est pas une activité abstraite, mais qu’elle est déterminée par les mouvements des désirs et que sa source est avant tout pulsionnelle. C’est la phrase fameuse dans Histoire de Juliette : «On déclame contre les passions sans songer que c’est à son flambeau que la philosophie allume le sien.»

    Tel est ce qui caractérise la pensée sadienne. Ses héros ne pensent jamais à froid, ils dialoguent, ils prennent du plaisir, il y a chez eux un perpétuel « échauffement » de l’esprit, une continuelle surenchère de l’imagination érotique sur le raisonnement, qui en est troublé. Et ce trouble se communique au lecteur, subjugué à son tour. D’ailleurs Juliette, l’héroïne favorite de Sade, le dit bien : « Ma pensée est prompte à s’échauffer », révélant comment la pensée se met en mouvement. Sade est le premier à nous dire cela, et, plus encore, à nous le faire ressentir…

    Lire la suite

  • L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DU PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2012, L'ÉCRIVAIN CHINOIS MO YAN - CE QUI SIGNIFIE "NE PAS PARLER"

     mo yan.jpg(DR)
    NEWS NEWS NEWS. Alors qu'il vient de recevoir le prix Nobel de littérature, voici le récit de deux rencontres avec Mo Yan, un des écrivains les plus talentueux et les plus prolifiques de Chine, l'auteur du vertigineux "Beaux seins, belles fesses"- où défilent les 60 dernières années de l'histoire chinoise. Au cours de ces entretiens, Mo Yan nous livre sa vision à la fois très critique, et haute en colère et en couleurs, du communisme, presque toujours décrit à partir des campagnes. Déjà, dans  "La dure loi du karma" (Seuil, 2009),  il racontait dans le détail la vie d'un gros bourg de la région de Gaomi pendant les exactions et les délires collectivistes du "Grand Bond en Avant", puis de la "Grande Révolution Culturelle" - cela du point de vue d'un "paysan moyen" se réincarnant  en âne, en bœuf, en cochon, en chien ou en singe à chaque changement politique. Un roman animalier désopilant, doublé d'une satire politique féroce...

    --------------------------------------------------------------------------------

    « Mo Yan » signifie « Ne pas parler ». Un paradoxe quand on connaît ses romans torrentiels. De son véritable nom, Moye Guan, l’écrivain a conservé les deux caractères chinois de son prénom, la négation « Mo ! » et « Yan », la parole. Pourquoi ce surnom ? Il s’en explique dans un petit hôtel du sixième arrondissement, impassible, un visage rond comme la lune. En Chine communiste, pendant toute la période maoïste, il fallait mieux ne pas s’exprimer en public. Ses parents lui répétaient : Moye, proteste à la maison, mais ment en public. En changeant de nom, le jeune écrivain s’adressait un avertissement : retiens ta langue. De dramatiques événements d’enfance ont beaucoup joué dans ce choix. À dix ans, né dans une famille de huit enfants, le petit Moye fut renvoyé de l’école comme « mauvais élément » au début de la « grande révolution culturelle prolétarienne » (1965-1976). Ses grands parents et un de ses oncles étaient considérés comme des « droitiers » et des « paysans aisés » - « mon grand père possédait quelques acres et quelques vaches, cela suffisait pour être dénoncé comme ennemi de classe à l’époque » - mais aussi, ajoute-t-il, imperturbable : « J’avais mon franc-parler. C’est ce qui m’a valu d’être chassé.» Difficile de douter du franc-parler de « Mo Yan - Ne parle pas ». Depuis, l’écrivain a libéré une langue sarcastique, iconoclaste, rabelaisienne, haute en verve, dans dix gros romans, vingt courts et plusieurs dizaines de nouvelles - si bien qu’aujourd’hui, après qu’il ait obtenu en 1997 le China's Annual Writer's Award, on vient de lui attribuer le prix Nobel de liitérature.

    Lire la suite

  • PORNO POUR AVEUGLES

    arton11610-28cb7.jpeg

    NEWS NEWS NEWS Un site à but non lucratif propose des audiodescrisptions de films pornographiques à destination des mal et non voyants. Chacun d'entre-nous peut participer à cette mission humaniste. Attention cependant à respecter l'oeuvre.

    La pornographie peut-elle être un art abstrait ? La question reste ouverte, mais que penser alors du porno pour aveugle ? « Un jeune couple est au lit, 20 ans à peine, tout laisse croire que ce sont des lycéens. Elle a la peau brune, les cheveux noirs, très attractive. Elle a l’air effrayée, elle ne veut pas que sa belle-mère découvre le garçon dans son lit. Elle se redresse, on découvre ses seins, très mignons, ni trop lourds, ni trop petits, vraiment un joli corps (…) Le garçon passe dans la cuisine, ouvre le frigo tout en regardant un magazine, quand il aperçoit la belle-mère en sous-vêtements, une grande femme brune, à forte poitrine, avec des nattes… » On trouve cette audiodescription d’une parodie X du « Pacahontas » de Walt Disney sur le site pornfortheblind.org, une association à but-non-lucratif qui propose du porno pour aveugles. Des dizaines d’écrivains bénévoles y ont déjà enregistré des récits illustrant des clips aussi torrides que « Porno caseiro », «Groovy bus » ou « Girls fucking Barbie». On retrouve dans ces enregistrements les mêmes problèmes d’adaptation posés par l’audiodescription pour mal et non-voyants des films classiques, inventée en 1988 par l’universitaire August Coppola, le frère du cinéaste, et depuis largement diffusée : TF1 et Arte la proposent, l’association Accès Culture l’a popularisé au théâtre. Comment en effet traduire l’ambiance d’un film, faire ressentir le style du cinéaste tout en étant tenu de raconter l’histoire qui défile et décrire le décor ? Il y a là tout un travail d’adaptation littéraire - en France la société Titra film a fait appel à l’écrivaine Hélène Bleskine - mais encore des règles à respecter pour ne pas trahir l’œuvre : aux Etats-Unis, il existe une charte, les « guidelines ». Pour le cinéma porno, nous en sommes encore aux balbutiements. Même si le X est un art qui supporte mal  l'allégorie, s'il n'est pas par principe faux-cul, on regrettera que beaucoup d’audiodescriptions se contentent de décrire trivialement l’acte et les organes, ou ressemblent à des récits d’adolescents excités ponctués de « Oulala ! » ou « My goodness ! ». En même temps, ces récits rencontrent une réelle difficulté : difficile de sublimer l’extrême pauvreté du cinéma de cul actuel, tout génital, très peu inventif, qui vit encore sous la loi absurde du Ixage, c’est-à-dire du ghetto obligatoire dès qu’un sexe apparaît à l’écran. Si la littérature est un art total, où sexualité et vie s’entremêlent,  le cinéma pas encore.

  • L'HISTOIRE DE TEHELKA, JOURNAL INDEPENDANT INDIEN, QUI FAILLIT FAIRE TOMBER DEUX FOIS LE GOUVERNEMENT, RACONTEE PAR SON REDACTEUR EN CHEF, TARUN S.TEJPAL

    12579287-redirected.gif

    (Tarun Tejpan en pleine campagne pour relancer Tehelka son journal à New Delhi. DR)

    NEWS NEWS NEWS "L'histoire de mes assassins" (Buchet Chastel) le second roman de Tarun J. Tejpal, rédacteur en chef de l'hebdomadaire d'investigation indien TEHELKA, sort en France cette semaine. Un livre fascinant, qui raconte la vie de cinq hommes de main payés pour assassiner un journaliste. À travers eux, on découvre l'Inde des basses castes et des bidonvilles, l'Inde de "Slumdog Millionaire"  et des misérables,  d'hommes qui tentent de sortir de la pauvreté par tous les moyens, même le crime. Rencontré au festival des Etonnants Voyageurs, Tarun Tejpal raconte ici sa vie de journaliste et l'histoire de la chute et la renaissance de TEHELKA, un des rares journaux indépendants indiens, qui par deux fois a failli faire tomber le gouvernement  par ses enquêtes sur la corruption politique (paru dans Le Monde 2, août 2009).

    tehelka_sting_20090216.jpg

    (Bangaru Laxman, le président du Parti du Peuple Indien (BJP, nationaliste hindou) reçoit un pot de vin en direct, filmé par une caméra espion de Tehelka. DR)


    L’image est un peu floue, le son brouillé. Mais on entend distinctement « Un cadeau pour le nouvel an ». Une main tend une épaisse liasse de roupies à Bangaru Laxman, on le reconnaît bien, le président du Parti du Peuple Indien au pouvoir (BJP, nationaliste hindou).
    Il s’empare des billets et les range dans un tiroir sans dire un mot. Cette courte séquence vidéo, filmée par une caméra espion, a failli faire tomber le gouvernement indien cette année 2001. Elle n’est pas la seule, ce qui explique l’énorme scandale qui a suivi : 34 autres personnalités politiques et militaires, plusieurs hauts fonctionnaires, ont encore été filmés acceptant des pots-de-vin. Pour la première fois, la terrible corruption indienne était montrée. En direct. En flagrant délit. Dans ses gestes simples : les billets qui changent de main, les petites phrases cyniques, les silences. Comment ces images ont-elles pu être filmées, rendues publiques ? Elles ont été prises par une équipe de jeunes journalistes d’un site d’information Tehelka.com (Sensation.com) consacré à l’investigation et au grand reportage, qui s’était fait connaître en révélant les pots de vin en usage dans les matchs de cricket, le sport national indien. Il leur a fallu sept mois d’enquête, beaucoup de courage, pour aborder les militaires, les officiels, pénétrer les bureaux où tout se décide. Pour ce faire, les reporters ont créé une entreprise fictive d’armement, Westend International, prétendument spécialisée dans les jumelles thermiques. Ensuite, ils se sont présentés auprès des membres du gouvernement chargés des affaires militaires, pour leur proposer leurs services. Leur vendre des armes. Une fois en contact, après des discussions sur les contrats, ils ont vite compris qu’il fallait graisser des pattes. Au plus haut niveau. Ils ont joué le jeu - avec une caméra cachée.

    Lire la suite