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humour

  • LE SAVOIR PARADOXAL DE JEAN BAUDRILLARD. ENTRETIEN SUR LE RÊVE EUROPEEN

    (Guillem Cifré - in Fronteres)

    NEWS NEWS NEWS. La revue Lignes, dirigée par Michel Surya, consacre son dernier numéro au "gai savoir" de Jean Baudrillard. Dans sa présentation, la revue  rappelle que "les rapports de Jean Baudrillard avec la classe philosophante française n’ont pas toujours été cléments, non plus qu’avec la classe académique (universitaire) (même si) sa célébrité à l’étranger a pourtant été considérable (...) La vitesse et la désinvolture (apparente) de sa pensée ont souvent irrité. Sa radicalité (ses coups d’éclat) aussi  : ne se représentait-il pas ses interventions comme des délits  ?"

    En regard de cet hommage, voici réalisé avec Jean Baudrillard pour Le Monde Magazine en mai 2005, à la veille du réferendum sur la constitution européenne, quand la plupart des intellectuels français et des directeurs de médias appelaient à la victoire du OUI. On verra, qu'une fois encore, avec son humour si caustique, Jean Baudrillard entendait commettre un délit contre la classe philosophante : il prédisait, avec raison, la victoire du NON, qu'il analysait comme le retour du négatif face à une forme du dictature du bien. 

    BIBLIOGRAPHIE JEAN BAUDRILLARD

    LIGNES 31. Avec des contributions de Jean-Paul Curnier, Michel Surya, Olivier Penot-Lacassagne, Ludovic Leonelli, Véronique Bergen, Boyan Manchev, Frédéric Neyrat, Olivier Jacquemond, Gérard Briche, René Capovin, Marine Baudrillard. 192 P. 19 €. Editions Lignes.

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    ENTRETIEN AVEC JEAN BAUDRILLARD
    LE MONDE MAGAZINE (MAI 2005)
     
    -Nous sommes à la veille du référendum sur l’Europe, comment analysez-vous l’affrontement incertain du Non et du Oui ?

    -Les forces du Bien – du oui – n’ont pas tenu compte des effets pervers de cette évidence incontestable du oui. Elles ont voulu ignorer cette lucidité inconsciente qui nous dit qu’il ne faut jamais donner raison à ceux qui l’ont déjà. Bel exemple de réponse à l’hégémonie du Bien, des forces du Bien, de l’axe du Bien. Mais ce retour du non n’est pas l’effet d’une pensée critique (les raisons politiques du non ne sont pas des raisons politiques). Il s’agit d’une réponse en forme de défi pur et simple à la saturation d’un système, la mise en œuvre (automatique ?) d’un principe de réversion, de réversibilité, contre un principe hégémonique. D’ailleurs, le balancier peut fort bien revenir au oui pour les mêmes raisons, et nous ramener dans l’axe du Bien.
    Ce non nous donne le profil du nouveau type d’affrontement qui caractérise notre ère de l’hégémonie. Non plus celui d’une lutte de classes ou de libération au niveau mondial, mais celui d’une irréductibilité, d’un antagonisme irréductible au principe mondial de l’échange généralisé. C’est-à-dire un affrontement qui n’est même plus exactement politique, mais métaphysique et symbolique au sens fort, une fracture qui passe au cœur même de la puissance occidentale et de nos existences individuelles. Au cœur de cette hégémonie consensuelle, une dualité se réinstalle presque automatiquement. Elle peut prendre des formes terrifiantes, comme le 11 septembre 2001, ou des formes plus anodines, mais cependant significatives, comme le non au référendum. Sa montée soudaine est le plus bel exemple d’une réaction vitale ou viscérale de défense contre le chantage consensuel au oui – à cet ultimatum à peine déguisé qu’est devenu le référendum. Il n’y a même pas besoin de conscience politique pour avoir ce réflexe : c’est le retour de flamme automatique de la négativité à l’excès de positivité, à cette coalition de l’Europe " divine ", celle de la bonne conscience, celle qui est du bon côté de l’universel, les autres étant renvoyées dans les ténèbres de l’Histoire, sur lesquelles plane l’ombre de Le Pen

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  • BENJAMIN BARBER, PHILOSOPHE POLITIQUE AMERICAIN : "NOUS VIVONS UNE INFANTILISATION GENERALE"

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    NEWS NEWS NEWS. Le philosophe politique Benjamin Barber, ancien conseiller du présdent  Clinton, auteur d'une critique du "fondamentalisme néolibéral américain" (Mc World versus Jihad, Fayard) qui participe au grand projet de  Wikipedia de construire un riche corpus encyclopédique consacrée à la « Politique », vient de publier dans la revue radicale Nation un bel article  sur « l’espace public » à New York (ici : barber ) où il appelle à la création d’espaces sans voitures et piétonniers, à la manière des Ramblas de Barcelone, où les new yorkais pourraient se promener et dériver, les artistes se montrer, les enfants jouer, etc – bref à une accaparation de la ville par le public en divers lieux de la Grosse Pomme. Benjamin Barber a fait beaucoup parler de lui au moment de la grande crise financière de l’automne 2008 dans plusieurs articles retentissants.

    En pleine débâcle du système financier, quand nous avons vu chavirer un monde que nos maîtres-penseurs et grands politiques célébraient comme le « meilleur système possible » - que certains philosophes naïfs annonçaient même la « fin de l’histoire » -, le philosophe politique américain Benjamin Barber riait noir. C’était dans The Guardian du 20 octobre 2008. Il riait de l’effondrement du stupide dogme néolibéral selon lequel l’Etat et le bien public sont « le problème » - « the villain » - et le capitalisme consumériste et financier « la solution »  à tous nos problèmes. Il riait noir Benjamin Barber, parce que cela fait trente ans que cette chape de plomb pèse sur nos sociétés. Trente ans que cette pensée unique sert à cacher « l’horrible petit secret », « the dirty little secret » de notre époque. Lequel ? Hé bien… « non, ce ne sont pas seulement les crédits pourris, les financiers, traders et banquiers cupides, les investisseurs pressés et ignorants qui ont généré cette crise mondiale. Ce sont ces décades d’affaiblissement de la démocratie et du capital social ». Le capital social ?

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  • " NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES..." RENCONTRE AVEC PAUL WATZLAWICK, FIGURE DE "L'ECOLE DE PALO ALTO", FONDEE IL Y A 50 ANS AU "MENTAL RESEARCH INSTITUTE", CALIFORNIE

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    (Portrait psychédélique de Paul Watzlavick)

    NEWS NEWS NEWS Cet été, le "Mental Research Insitute" de Palo Alto fêtera ses 50 ans d'existence, et avec lui un des courants d'idées majeurs de la seconde moitié du XXe siècle, qui a renouvelé aussi bien la psychologie sociale, la psychotérapie (avec la thérapie familiale), la théorie générale des systèmes, la microsociologie et les théories de la communication : la célèbre "école de Palo Alto" - aussi appelée, dans sa conception élargie à toute la communication sociale : "le collège invisible" -  et sa constellation travaux originaux, études éclectiques, découvertes renversantes, chercheurs connus et moins connus tels Gregory Bateson, Jay Haley, Don Jackson, John Weakland,  Margaret Mead, Paul Watzlavick mais aussi Ervin Goffman, Edward T. Hall, Ray Birdwhistel (l'inventeur de la kinésique), Francisco Varela (un des fondateurs des approches cognitives) et d'autres.

    Pour mieux comprendre les apports décisifs de cette école, longtemps méconnue en France, qui a initié la thérapie familiale, réhabilité l'hypnose,  décrypté les communications pathologiques (la théorie de la "double contrainte" ou "double bind"), enrichi la sociologie culturelle, développé la systèmique et la philosophie dite "constructiviste", voici un portrait d'une des figures de "Palo Alto", PAUL WATZLAWICK, disparu en 2007, l'auteur du célébre "Comment faire son propre malheur" que j'avais rencontré au Mental Resarch Institute au printemps 1988 pour le magazine Actuel.

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    NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES

    Vous connaissez les "allumeuses", ce genre de femme, ou d'adolescente, qui vous vampe, vous laisse entendre qu'elle résiste à grand peine à votre charme, suggère une complicité érotique à peine vous l'abordez ... et s’empresse d’appeler les pompiers dès que vous répondez à ses avances. L'allumeuse. À la fois créature affolante et vraie mijaurée. Ces paradoxes en minijupe ont un gros problème avec les hommes. Elles pensent qu'ils ne viendront vers elles que si elles font mine de s'offrir toute entière, tout de suite. Ou alors trop timides, ou trop creuses pour provoquer une discussion intéressante, une rencontre pétillante, elles se rabattent sur la provocation sexuelle. Elles s'empressent  donc d'émoustiller ces gros balourds pulsionnels que seraient les hommes pour les attirer, et, vite, cherchent à profiter de leur compagnie avant qu’ils ne leur sautent dessus. Evidemment, cette tragédie enflammée échoue toujours. Car les garçons aimantés par tant d'appels de phare se montrent fort pressés de conclure ce qui semble si precipitamment commencé. Alors la belle, affolée, refuse. Dépité, le mec s’énerve. S’agace. Ne comprend pas. S’écrie " Allumeuse ! " Quant à elle, elle désespère un peu plus des hommes.

    Voici un cas amusant où la recherche de la solution – vaincre sa timidité et sa peur des garçons par l’allumage outré - crée le problème : les garçons s’excitent puis s’en vont, et on retourne à la case départ. Le problème, de l'allumeuse, c’est sa solution. Si elle n’allumait pas, si elle se contentait, par exemple, de rougir, de bégayer, d'accepter sa timidité, ou d’attendre le moment propice, ou toute autre stratégie moins érotisée - je me souviens de cette timide qui faisait mine de se tordre la cheville, et qui s'étonnait toujours del'empressement des hommes à la sécourir - ses relations avec l'autre sexe en seraient sans doute facilitées. Les situations où nos mauvaises solutions créent nos problèmes, ou encore où les problèmes viennent de nos solutions, sont légion. Voilà le type de paradoxe de communication  ou de comportement que Paul Watzlawick se régale à décoder, et avec lui le courant théorique appellé “l’Ecole de Palo Alto” : les grands analystes des points aveugles, des paradoxes et des codes secrets de l’interaction amoureuse et sociale.

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