lundi, 12 octobre 2009

ALAIN CORBIN, "HISTORIEN DU SENSIBLE", AUX RENDEZ-VOUS DE BLOIS. "LE XVIIIe FUT LE GRAND SIECLE DU CORPS"

NEWS NEWS NEWS Dès la première conférence des douzièmes "Rendez-Vous de l'histoire", réunis dans le magnifique chateau de Blois et consacrés au « Corps dans tous ses états », il a fallu refuser du monde. Le public s'est bousculé, parfois à corps éperdu, pour écouter plusieurs dizaines d'historiens et personnalités des sciences humaines sur des sujets différents que "les anormaux", le sport spectacle, le bronzage ou la chirurgie esthétique.  On y croisait ... Sylviane Agacinski, Fabrice d’Almeida, Jean-Pierre Azéma,  Georges Balandier, Antoine de Baecque, Pascal Blanchard, Pascal Boniface, Alain Corbin, Joël Cornette, Arlette Farge, Antoinette Fouque, Françoise Héritier, Jean-Noël Jeanneney, Claude Lanzmann, Henry Laurens, Bruno Laurioux, David Le Breton, Amin Maalouf, Adelwahab Meddeb, Pascal Ory, Mona Ozouf, Michelle Perrot, Pascal Picq, Yves Pouliguen, Anne Rasmussen, Daniel Roche,  Michel Winock, et d'autres encore…« Tous ces corps pour voir le corps, c'est formidable », a lancé Jean-Jacques Courtine, professeur à la Sorbonne, tandis que la philosophe Françoise Gaillard et l'historien Georges Vigarello présentaient "100 000 ans de beauté", un pavé en cinq tomes publiés par les éditions Gallimard, à l'initiative de la fondation L'oréal. Une somme colossale, commanditée par Béatrice Dautresme, la directrice, qui a voulu lancé une sorte de recherche à ciel ouvert sur la beauté, à laquelle ont contribué 300 chercheurs, beaucoup d'historiens du corps, des crtiiques d'art, des philosophes, des écrivains de S.F, des couturiers,  pour écrire 355 articles, trop courts souvent tant on aimerait aprendre plus, ajoutez autant d'images fortes,  photographes, plasticiens - le tome 5 sur "le corps du futur" passionnera  (125 € en souscription).  En regard de cet événement, qui fait la part belle à l'histoire des moeurs, voici un entretien avec Alain Corbin, fameux historien présent à Blois, l'auteur du "Miasme et la jonquille", l'historien de la fascination pour les bords de mer, qui a par ailleurs co-dirigé et publié en 2005-2006 la monumentale "Histoire du Corps" des éditions du Seuil - où les textes sont très étoffés.

 

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L'historien des mentalités Alain Corbin s'en penché, dans l'ouvrage publié au Seuil, sur l'histoire et les évolutions de notre conception de la sexualité entre 1770 et 1960 - qui se révèle passionnate, et riche de surprises. Alain Corbin a été surnommé par ceux qui apprécient ses travaux, "l'historien du sensible" car il s'est intéressé à l'histoire des représentations et du vécu de la sensibilité physique, que ce soit l'évolution de l'odorat et du dégoût olfactif depuis le Moyen Age - dans "Les miasme et la jonquille" -,  ou  encore à la fascination des Européens pour les bords de mer. Cet observateur d'une histoire sensitive et vécue de nos moeurs raconte ici pourquoi la période qui s’étend entre le milieu du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe fut " le grand siècle " du corps (entretien publié dans le Monde 2, avril 2005)

BIBLIOGRAPHIE ALAIN CORBIN

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dimanche, 23 août 2009

IMPUISSANCE MASCULINE. C'EST FINI.

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NEWS NEWS NEWS Un sujet d'été pour conserver la bonne humeur avant une rentrée difficile : cette enquête pour Le Monde où l'on apprend que la panne virile, passagère ou répétée, comme l'impuissance chronique, se voient désormais guéries. Entre médicaments érectiles, psychothérapie et prothèses, il est possible de rendre leur tonus aux homme les plus affaiblis. C'est une date historique. Enquête au tréfonds de la physiologie et de la psychologie masculines (paru dans Le Monde 2, 22 août 2009)

1- Où nous apprenons combien l’homme craint de « manquer de voix » depuis toujours.

La panne sexuelle et l’impuissance tourmentent l’homme depuis toujours. À Babylone déjà, en Mésopotamie, il y a 3700 ans, des plaquettes gravées trouvées dans le temple de la déesse Ishtar consistent en des incantations à la virilité : « Que le vent souffle, que frémisse la futaie ! Que ma puissance s’écoule comme l’eau de la rivière, que mon pénis soit bandé comme la corde d’une harpe ». Dans la mythologie égyptienne, le dieu destructeur Seth noie son frère Osiris, découpe son corps en quatorze morceaux et fait disparaître son sexe. Aidé par le dieu Anubis, sa femme Isis reconstitue le corps, lui façonne un pénis d’argile, et lui prodigue une fellation pour lui rendre vie. En souvenir, les femmes égyptiennes portaient chaque année un phallus géant dans les temples d’Isis afin qu’elle conserve la virilité de leur époux. Dans le « Satiricon », écrit sous Néron, le poète Pétrone décrit « la honte » d’Encolpe quand son désir « trahit » la jeune Circé. « Indignée », celle-ci revient avec une magicienne qui passe un fil coloré autour du défaillant, s’écriant « Ô Priape, aide nous de toute ta puissance ! ». Le dieu Priape affublé d’un phallus toujours en érection, nous le connaissons toujours : le terme médical « priapisme » vient de lui. Seulement, nous n’avons plus besoin de l’invoquer et porter des amulettes pour conjurer une panne sexuelle, ou l’impuissance. Aujourd’hui, à écouter les médecins spécialistes de la sexualité masculine, qu’ils soient psychiatres, urologues, andrologues ou sexologues, toutes les faiblesses viriles ou presque peuvent être soignées. L’antique malédiction des hommes est levée. Nous disposons désormais d’une palette de traitements permettant de soigner presque toutes les formes d’affection virile, de l’éjaculation rapide qui affectait Cesare Pavese à celle du paraplégique. Et les recherches continuent. Nous ne mourrons plus, comme dit l’argot, au cul de la princesse.

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vendredi, 08 mai 2009

"NOUS SOMMES TOUS DES VOYAGEURS MASQUéS". CINQUIEME ROMAN D'ISABELLE SORENTE (GRASSET), SA PIECE "HARD COPY" (ACTES SUD) JOUEE A PARIS, LA REVUE "RAVAGES" EN LIBRAIRIE FIN MAI

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(Photo Patrice Flora Praxo)

NEWS NEWS NEWS C'est une amie, certains me reprocheront de n'être pas objectif, et pourtant. Isabelle Sorente, 36 ans, revient dans l'actualité avec un cinquième roman dérangeant "Transformations d'une femme" (Grasset, mars 2009), une reprise de "Hard Copy" (Actes Sud) sa pièce dérangeante - et drôle - sur le harcélement moral (au Lucernaire fin mai, après deux mois salle comble au Lumen à Bruxelles - 250 places ), et une nouvelle dérangeante - "Infanticide" - dans le prochain numéro dérangeant de la revue RAVAGES (qu'elle co-dirige, thème "Infantilisation générale", sortie le 20 mai, éditions Descartes&Cnie, 01.42.22.29.02 ) autour de laquelle se prépare un spectacle avec le théâtre du Rond Point. Avec Isabelle Sorente, la littérature n'est jamais tiède. J'ai lu "Transformations d'une femme" deux fois, voici pourquoi.

(Interview télévisée d'Isabelle Sorente et d'autres écrivains par J.P Elkabach sur Bibliothèque Médicis : target="_blank">iframe> )

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Au débat sur le féminisme organisé par le magazine Elle au Salon du livre, où participait une Benoise Groult en grande forme - « Les hommes n’ont pas assez changé ! » a-t-elle lancé, faisant crouler la salle -, Isabelle Sorente a raconté qu’elle prenait des cours de self-défense. Nous savions déjà que cette polytechnicienne avait fait de la voltige aérienne, et que son bi-moteur était tombé dans le golfe de Gènes. Mais pourquoi de la self-défense ? Pour se défendre des hommes ? « D’abord pour éviter de se penser en victime pendant une agression ». Plusieurs fois suivie, embêtée, au cours d’un voyage solitaire en Grèce, elle a voulu rompre avec la peur qu’elle sentait déposée en elle. « Ces cours ont agi comme une sorte de psychanalyse physique, D’un seul coup, je me suis souvenu qu’à l’école, on me disait « Ne te bas pas ! », « Une fille ne se bagarre pas ! ».

Dans le débat ringard organisé par Elle - « Le féminisme est-il ringard ? » -, l’anecdote venait rappeler combien la fabrication du genre « femme », de l'idéologie "femme" continue aujourd’hui dès les cours de récréation. Aujoud'hui encore, un code invisible s’installe dans la manière de se défendre, se battre, utiliser ses poings, sa rage, éviter ou accepter la violence. Dans sa façon de se penser en fille, pas en garçon, physiquement. Un jeune mec apprend jeune la bagarre, elle fait profondément partie de sa vie, ses relations à ses copains, sa manière de se comporter, dès les premères années - de plus en plus aujourd’hui, en banlieue, dans les lycées surpeuplés. D’innombrables « études sur le genre » françaises ont analysé ces phénomènes. Ils ne se sont pas tant ringardisés. Le processus de fabrication des archétypes n'a pas cessé. Isabelle Sorente s’amusait, au Salon du livre : « On devrait proposer des cours de self-défense aux filles dans tous les lycées.

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lundi, 17 novembre 2008

JUDITH BUTLER. "LA CONFUSION DU GENRE"

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NEWS NEWS NEWS La philosophe américaine Judith Butler, considérée comme une figure de la "Queer theory", auteur du livre fondateur des "gender studies" américaines (les études sur le genre sexuel) avec "Trouble dans le genre " (La découverte), était de passage à Paris ce 13 novembre, invitée par l'Université Paris VIII. Judith Butler, qui occupe la chaire Maxine Elliot de rhétorique et littérature comparée à Berkeley (University of California), a donné une conférence sur le thème “Genre, Psychanalyse, Politique”, qui fut suivie d'un débat passionné et passionnant auxquels participaient de nombreux(ses) étudiant(es) et professeur(e)s - notamment Anne E. Berger, professeur de littérature, études féminines et genre ( Paris VIII), Elsa Dorlin, maître de conférences de philosophie ( Paris I), Françoise Duroux, professeur de philosophie et d'études féminines (Paris VIII), Michèle Riot-Sarcey, professeur d'Histoire et d'études de genre (Paris VIII), Nadia Setti, Directrice de Recherches, Littérature comparée et études féminines (Paris VIII). LE DERNIER ESSAI DE JUDITH BUTLER "DÉFAIRE LE GENRE" EST SORTI AUX EDITIONS AMSTERDAM EN JANVIER 2006. LA PHILOSOPHE AMÉRICAINE Y PARLE DU GENRE SEXUEL COMME UN "RITUEL QUOTIDIEN", S'INTERROGE SUR L'ÉTHIQUE DE CEUX QUI REJETTENT L'HOMOPARENTALITÉ, ET RÉFLÉCHIT À UNE SOCIÉTÉ PLUS "RESPIRABLE" POUR TOUS ET POUR TOUTES LES MINORITÉS. Je l'ai rencontrée à cette époque pour un portrait paru dans Le Monde 2 en mars 2006.

ESSAIS SUR LE FEMINISME

BIBLIOGRAPHIE

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RENCONTRE AVEC JUDITH BUTLER AU CAFE ROSTAND...

...Peut-être ce perpétuel sourire contenu, ce regard scrutateur viennent-ils de là ? Judith Butler voit les promeneurs des jardins du Luxembourg, les clients du café Rostand – et vous-même –, leur manière d’être féminins, masculins, comme aucun philosophe avant elle. Elle les voit comme des acteurs malgré eux. Les comédiens d’une performance répétée chaque jour, presque à leur insu. Des interprètes plus ou moins conscients d’un rôle écrit d’avance, plein de citations obligatoires : incarner une femme, paraître un homme. " Chacun d’entre nous fait l’homme, mime la femme, à sa manière, explique-t-elle. Voyez ces hommes, ils déclinent le "dress code" des employés mâles, le costume, la cravate, les cheveux courts. Ce garçon, plus loin, porte des bijoux, les cheveux plus longs, mais il reste habillé en homme. Il ne porte pas des hauts talons ou une perruque, comme un homme de cour au xviiie siècle. Ils sont en représentation sans le savoir, ils jouent l’homme contemporain, cela se répercute jusque dans les détails, leur parfum pour homme, la montre d’homme. Devenir un homme est une performance quotidienne, répétitive. Et une femme aussi."...

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jeudi, 08 mai 2008

MINCE POUR TOUJOURS.

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NEWS NEWS NEWS L'Assemblée nationale a approuvé mardi 15 avril, en première lecture, une proposition de loi UMP réprimant l'incitation à l'anorexie, y compris sur internet, en fixant une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Le texte a été approuvé avec les seules voix UMP, auxquelles s'est jointe la députée PS de Gironde Michèle Delaunay. Les groupes PS et GDR (PCF-Verts) se sont abstenus sur ce texte qu'ils ont qualifié "d'affichage", dont la "seule approche est celle de la répression" - sans doute, mais ne fallait-il pas agir vite ?
Depuis la mort par anorexie de la top-modèle Ana Carolina Reston, en novembre 2006, à l'âge de 21 ans, suivie de plusieurs cas de malaises survenus pendant des défilés en Italie et aux Etats-Unis, suite à la décision du festival Moda Barcelona de refuser des mannequins trop maigres, le ministre de la santé Xavier Bertrand avait diligenté début 2007 un groupe de travail sur l'« image du corps » dans la mode et la publicité pour évaluer son impact - réel ou supposé - sur la population jeune. Celui-ci a tenu une première réunion en mars 2007 en présence de représentants d'agences de mannequins, des consommateurs, des professionnels de la mode, des associations de personnes obèses et anoréxiques, des médecins ainsi que des publicitaires, dont Hervé Brossard, président de l'Association des agences conseils en communication (AACC) et vice-président de DDB Worldwide. Présidé par le pédopsychiatre Marcel Rufo, le groupe d'étude devait proposer des propositions portant sur l'image du corps, jugée excessivement "mince" voire pathologiquement maigre. Suite aux travaux de cette commission, "une charte d'engagement volontaire sur l'image du corps et contre l'anorexie" a été signée, mercredi 9 avril 2008, par des professionnels de la mode, de la publicité et des médias, et la ministre de la santé, Roselyne Bachelot. Ainsi le Bureau de vérification de la publicité, la Fédération française de prêt-à-porter féminin ou encore le Syndicat des agences de mannequins s'engagent "à ne pas accepter la diffusion d'images de personnes, notamment si elles sont jeunes, pouvant contribuer à promouvoir un modèle d'extrême maigreur". Ils se proposent encore de "sensibiliser le public à l'acceptation de la diversité corporelle (...) en évitant toute forme de stéréotypie qui peut favoriser la constitution d'un archétype esthétique potentiellement dangereux pour les populations fragiles".

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(Campagne publicitaire d'Olivio Toscani contre l'anorexie)

En regard de ces tentatives pour réfléchir à la puissance des normes culturelles et alimentaire régentant l'actuelle "girl culture", comme à l'image univoque de la femme mis en avant par la vogue de l'extrême minceur, voici une enquête sur l'angoisse de grossir et la peur de manger telles qu'elle sont véhiculées par les innombrables ouvrages consacrés aux régimes et la diététique, certaines campagnes publicitaires vantant les vertus du "light" et l'allégé - sans oublier beaucoup de journaux féminins. (enquête publiée dans le Monde 2 - 18 mars 2007)

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CETTE ENQUÊTE  DEBUTE PAR LA LECTURE DES FEMININS...

Attention, avant chaque repas « On repère les faux amis ! » prévient l’article diététique d’été d’un grand féminin. Méfiez-vous du champagne doux, évitez les bulots (plus caloriques que les huîtres), et gare aux gaufrettes ! Suivent 35 injonctions à toute malheureuse qui s’abandonnerait aux douceurs des vacances : « On zappe le riz et les pâtes », « On désamorce l’apéro », « On mange et on boit froid », « On se méfie du light », « On allège la fracture fromagère ».  « On » c’est qui ? C’est toutes les femmes. « On traque le sucre », « On croque des carottes crues », « On s’entraîne au forking » : on mange à la fourchette en écartant … le pain, les saucissons, les biscuits, les fruits (pris avec les doigts), les laitages, la soupe, la compote (pris à la cuiller), le beurre, le pâté, les pizzas et les fruits à écorcer (traités au couteau).
Et surtout : « On ne se prive de rien."

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samedi, 26 avril 2008

MUHAMMAD YUNUS, PRIX NOBEL DE LA PAIX 2006 : "POURQUOI LA CRISE DES SUBPRIMES ? LES BANQUES ONT TROMPE LES GENS..."

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NEWS NEWS NEWS. Muhammad YUNUS, le fondateur de la Grameen Bank, la banque internationale consacrée au micro-crédit - qui a sorti de la pauvreté chronique plusieurs dizaines de millions de gens - était de passage à Paris pour présenter son essai consacré au "capitalisme social" (Vers un nouveau capitalisme. Lattès, 2008). Une occasion de s'entretenir avec cet économiste et banquier atypique, alors que le système mondial du crédit connaît une faillite historique, que plusieurs grandes banques américaines et anglaises se sont effondrées, la peur de la récession gagne l’Amérique, et des dizaines de milliers d’Américains se retrouvent poussés à la rue par les organismes prêteurs.
Que pense Muhammad Yunus de cette crise financière qui affecte durablement l'économie mondiale, et risque d'agraver encore l'appauvrissement général - les "émeutes de la faim" ont touché trente pays pauvres ces trois dernières semaines ? Comment analyse-t-il cet effondrement du système bancaire depuis la Grameen Bank, la banque des pauvres à laquelle aucun financier, aucune banque ne voulait croire - ni aider -, la Grameen Bank où les taux de remboursement dépassent les 95% depuis plus de 15 ans ?
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Elle s’appelait Sufiya Begum. Elle vivait dans une maison de terre, à la campagne, au Bangladesh. Elle fabriquait de jolis tabourets de bambou. Son mari, journalier, gagnait l’équivalent de quelques centimes d’euros par jour. N’ayant pas d’argent, Sufiya Begum vendait tous ses tabourets à un commerçant, qui lui échangeait contre un peu de bambou - c’était son prix. Un jour Muhammad Yunus vient la trouver, étonné qu’elle gagne si peu...
À cette époque, début 1980, après des études économiques aux Etats-Unis, le professeur Yunus doute. En 1974 et 1975, le Bangladesh a été ravagé par une terrible famine, et, raconte-t-il, il trouve alors «de plus en plus difficile d’enseigner d’élégantes théories économiques sur le fonctionnement supposé parfait des marchés libres, tandis que la mort ravageait mon pays ». Il passe à l’action, décidé endiguer la pauvreté dans la région de Jobra. Il ne comprend pas pourquoi elle est endémique. En discutant avec Sufiya Begum, il a une révélation. « Cette femme était étranglée par son prêteur. Il la condamnait à une sorte d’esclavage. Elle lui donnait toute sa collection de tabourets pour 25 cents, juste parce qu’elle ne pouvait acheter le bambou. Il lui manquait un crédit. J’ai mené une enquête. Quarante-deux villageois dépendaient des prêteurs. Tous auraient pu vivre de leur activité, avec un petit investissement. Il leur fallait, en tout, 27 dollars. Je les avais en poche… » L’idée de la Grameen Bank et du micro-crédit est née de ces rencontres.
Aujourd’hui, après 25 ans d’existence, la Grameen Bank et les organismes de micro-crédit ony aidé à sortir de la pauvreté 150 millions de personnes à travers le monde. Le professeur Yunus a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2006. Depuis plusieurs années, il développe une nouvelle initiative à destination des exclus du monde économique : « l’entreprise sociale ». Il s’agit de lancer des business qui s’équilibrent, font vivre leurs employés, mais dont l’objectif est d’apporter un « bénéfice social ». Ainsi, il a créé au Bangladesh avec Franck Riboud, le p.d.g de Danone, la société Grameen Danone Foods. Elle vend aux habitants de Bogra des yaourts frais à bas prix, présentés dans des coques comestibles - et vitaminées. Elle permet de lutter contre la malnutrition et les carences alimentaires, et d’offrir des emplois locaux. Si l’initiative fonctionne, elle sera développée dans tout le pays. « Ce genre de petite entreprise sociale pourrait se généraliser, explique le professeur Yunus. Elle ouvre un nouveau type de marché, attentif à la pauvreté et aux besoins réels, qui va peut-être changer nos fondamentaux économiques."

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mardi, 15 janvier 2008

TASLIMA NASREEN. NI DIEU, NI MAÎTRE

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NEWS NEWS NEWS. Taslima Nasreen, écrivaine bengladeshi, a reçu le 9 janvier le premier prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes. À cette occasion, elle a présenté un texte où elle décrit la situation d'isolement et de mépris où elle est maintenue aujourd'hui en Inde, où elle s'est refugiée (Le Monde du 11 janvier). À la fin novembre 2005, déjà en exil, condamnée à mort dans son pays par une fatwa, Taslima Nasreen recevait à Paris le Prix Madenjeet Sing consacré à une personnalité luttant pour la tolérance (attribué aussi à l'opposante birmane Aung San Suu Kyi).
Voici un entretien avec Taslima Nasreen, médecin et écrivaine se revendiquant "athée", matérialiste, refusant tout compromis avec ceux qui l'ont attaquée, défendant envers et contre tous les plaisirs et la liberté des femmes, comme la liberté de critiquer toute religion et tout prophète (publié dans Le Monde 2, mars 2005)

BIBLIOGRAPHIE TASLIMA NASREEN
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"ATHÉE, ATHÉE, ATHÉE !"

-Le dernier volet de votre biographie, "Dwikhandita", "Coupée en deux", a été interdit en Inde, après le Bangladesh. Quelles sont les raisons invoquées par le gouvernement indien ?

-Ils disent que les pages 39 et 40 heurteraient la sensibilité religieuse des minorités musulmanes. Qu'il y aurait des émeutes chez les musulmans indiens, et que cela dérangerait l'ordre public. Je ne peux pas croire que les Musulmans se sentent assez faibles, ou alors ne soient pas assez puissants, cultivés et civilisés pour que deux pages d'un livre écrit par une femme les menacent !

-Qu'écrivez-vous dans ces deux pages ?

-Je reprends quelques idées que j'avais déjà avancées lorsque le gouvernement bengladeshi a fait de l’islam la religion d’Etat. J'affirme qu'il n'a aucun besoin d’une religion d’Etat dans notre pays, et nulle part, car la religion est une affaire personnelle. Ensuite, je rappelais quelques histoires assez drôles, et très connues, concernant le prophète Muhammed. Cet homme était viril, il a épousé de nombreuses vierges, et il avait l’habitude d'avoir une femme différente chaque nuit. Or un jour que sa cinquième épouse, Hassa, était chez ses parents, Muhammed entraîna une servante dans sa chambre. Mais Hassa rentra chez elle, et constata l'inconduite de Muhammed. Elle rameuta alors les autres femmes pour leur dire que Muhammed avait mal agi. Mécontent, le prophète lui dit que si elle continuait à se comporter ainsi, il allait la répudier et prendre une épouse plus dévouée. Puis il ajouta qu’il n'allait pas voir la servante pour lui-même, mais parce que Allah lui demandait d’agir ainsi. Autrement dit, à chaque fois que Muhammed a des problèmes, Allah le commande. Voilà comment se comporte le messager de dieu ! J’ai juste rappelé cette histoire, je ne l’ai pas inventée, vous pouvez la retrouver dans tout livre sur le prophète. C'est trop facile d'agir mal en se réclamant de dieu ! Le gouvernement indien a interdit le livre à cause de cette histoire, craignant que les fondamentalistes musulmans attaquent les librairies, comme ils l'ont déjà fait quand j'ai publié "La Honte".

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vendredi, 23 novembre 2007

MARIE-FRANCE HIRIGOYEN. "LA SOLITUDE N'EST PLUS CE QU'ELLE ETAIT"

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(Toutes les photos : Gaelic photographe / gaelic@rugama.co)

News News News. L'essayiste et psychanalyste Marie-france Hirigoyen, qui s'est faite connaître en analysant les effets dévastateurs du "harcélement moral" dans les couples et en entreprise (Ed Syros), publie une intéressante enquête consacrée aux "nouvelles solitudes" (Ed La Découverte). L'ouvrage révèle comment la solitude est devenue beaucoup plus commune et mieux acceptée qu'au siècle dernier (même si elle reste douloureuse et parfois décriée ou moquée), comment la figure de la "vieille fille" et du "vieux garçon" disparait au profit d'une solitude vécue comme une étape, un passage obligé, parfois un choix, sinon un moment de retrouvailles avec soi et d'initiation, dans nos vies amoureuses beaucoup plus longues et agitées qu'au cours du XIXe sicèle, ou de la première moitié du XXe siècle.

Enquête auprès de ces "nouveaux solitaires" et entretien avec Marie-france Hirigoyen

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Grande, rousse, teint de porcelaine, appelons la Cécile.  Elle défend sa solitude becs et ongles.
A-t-elle vingt-cinq ans - chez elle, démaquillée ? Trente-cinq - au retour d’une réunion de direction ? Difficile aujourd’hui d’évaluer l’âge des personnes tant les corps et les visages rajeunissent, la vie s’allonge – cela a un rapport à notre sujet. En fait, Cécile vient d’avoir 30 ans. Elle est ingénieur financier, spécialisée dans la communication d’une banque européenne. Elle vit seule, et sait pourquoi. Cécile : « Pendant mes études à Toulouse, déjà j’adorais être seule. J’avais une « turne » d’étudiant. Je travaillais la nuit, vivais dans un capharnaüm, sortais beaucoup, concerts, expos. Les mecs ne restaient pas plus d’une nuit. J’en garde un très bon souvenir.» À 25 ans, employée par une grande banque française, Cécile tombe amoureuse d’un collègue de 30 ans. Ils s’installent à Levallois, aux portes de Paris.
Deux ans plus tard, ils rompent d’« un commun accord » - enfin, c’est ce qu’elle dit. Pourquoi ? Cécile : « J’ai vite compris que la vie en couple n’était pas faite pour moi. Il travaillait énormément, rentrait tard. Normal que je m’occupe des repas, des courses, je ne lui reproche rien. Mais je ne pouvais jamais m’isoler, souffler. » Elle a besoin de s’isoler, d’avoir du temps à elle, hors tout horaire. Louer une chambre en plus coûte trop cher.  Cécile : « Que m’apportait la vie à deux ? Je ne voyais plus mes amies, je ne profitais même pas de Paris, des musées, des spectacles. Le soir, j’étais enfermée chez moi à l’attendre, ou à regarder la télé avec lui, fatigué. Moi qui déteste la télévision ! » Elle avoue encore : « J’étais beaucoup plus heureuse quand nous étions amants."

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samedi, 19 mai 2007

LA FEMME N'EXISTE PAS - LES FEMMES, BIEN SÛR

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NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS

Mai 2004. Grande exposition "Masculin - Féminin" à la Cité des Sciences de Paris, avec des débats animés sur la question des genres sexuels.

Mai 2005. "Queer zone 2" : un essai radical de la sociologue Marie-Hélène Bourcier, où elle explique notamment comment la virilité comme la féminité glisse d'une personne à l'autre, quelque soit son sexe.

Mai 2006. L'émission "Queer : Cinq experts dans le vent", où des homosexuels et des individus ambigüs relookents des hétérosexuels "straight" attire 4,2 millions de téléspectateurs. Sortie de "Pour en finir avec la Femme", essai chez Grasset, signé par la directrice de Elle.

Mai 2007. Le talk show polémique et cultivé "Ce soir où jamais " sur FR3, emméné par Frédéric Taddéi, consacré mardi dernier au mouvement "queer" - le courant d'idées et d'activisme qui bouscule le féminisme et notre conception du genre sexuel. Etaient présents le sociologue Eric Fassin, Marie Hélène Bourcier, l'écrivaine Isabelle Sorente ( "La femme qui rit" Ed. descartes et Cnie), l'actrice Wendy (et son double : l'acteur Klaus), le performer Alberto Sorbelli. Une enquête mauvais genre sur ces questions.

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Le dimanche 8 mai 2004, sur FR3, le publicitaire toujours bronzé Jacques Séguéla chantait les vertus de la "féminisation de la planète", à l'émission "On ne peut pas plaire à tout le monde". Partout, affirmait-il avec un bon sourire, les femmes développent des valeurs de compassion et de fraternité qui sauveront l'humanité de la guerre, la violence chronique et l'agressivité des hommes. Une heure plus tard, les terribles photos de la prison d'Abu Ghraib en Irak faisaient la une des journaux télévisés du soir. On y voit une femme, Lynndie England, humiliant des prisonniers, au cours d'une séance de torture. Le lendemain, sur I-télévision, la journaliste de Télérama Marie Colmant commente ces images d'Abu Ghraib. "Une femme peut torturer, voilà ce qui la choque une seconde fois, en plus de l'acte lui-même". Les jours suivant, plusieurs journaux féminins font le même commentaire accablé. Derrière ces réactions, cette idée : les femmes répugnent à la violence. L'agressivité serait le fait des hommes - ha la testostérone ! N'est-ce pas encore un de ces sexistes clichés dont on affuble les femmes - et les hommes -, comme leur incapacité à devenir championne d'échec, reine des sports d'endurance - et Florence Artaud au fait ? -  ou leur extraordinaire "intuition féminine" ?

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