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féminisme

  • SURVEILLER ET PUNIR LES CLIENTS DES PROSTITUÉ(E)S... ET LES PROSTITUÉ(E)S ELLES-MÊMES

    Le samedi 26 octobre 2013, plusieurs centaines de travailleurs du sexe manifestaient à Paris contre le projet de pénalisation des clients. DR

    NEWS NEWS NEWS. Après un nouvel aller-retour entre les deux chambres, l'Assemblée nationale a adopté  définitivement la loi sur la prostitution mercredi 6 avril. La pénalisation des clients est maintenue avec la création d'une amende de 1 500 euros pour l'achat d'actes sexuels et de 3750 euros en cas de récidive, tandis que le délit de «racolage passif» instauré sous la présidence de Nicolas Sarkozy est supprimé pour les prostituées. Retour sur l'histoire et les présupposés juridiques, policiers, philosophiques et humains d'un texte très contesté.

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    Six mois de prison, 7 500 euros d’amende, c’est la sanctionque réclamaient fin septembre 2013 les députés socialistes Maud Olivier (Essonne) et Catherine Coutelle (Vienne) pour tout client «récidiviste» d’une prostituée adulte et consentante.

    Six mois de prison, c’est une sanction forte dans un pays qui ne se dit pas prohibitionniste de la prostitution. C’est la peine à laquelle a été condamné un habitant alcoolisé de La Flèche (Maine) après avoir gravement blessé de quatre coups de couteau un autre homme, puis avoir menacé une femme en lui mettant l’arme sous la gorge.

    C’est la condamnation qu’a infligée le tribunal de Montbéliard au propriétaire d’une mitraillette Kalachnikov qui avait montré l’arme sur Facebook.

    C’est le tarif dont a écopé un ancien boxeur qui a roué de coups à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) un voisin inconnu, lui causant plusieurs traumatismes crâniens.

    Au terme d’un débat rapide, le texte de Maud Olivier et Catherine Coutel avait reçu le mardi 1er octobre 2013, sur le fond, le soutien du groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Cependant, si principe de lapénalisation des clients était conservé, la peine-phare – l’emprisonnement de six mois – était finalement retirée : des députés avaient fait valoir qu’à une époque où les prisons sont surpeuplées et les peines de probation conseillées, aller remplir les cellules avec les clients des prostituées serait malvenu.

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  • SQUAWS, FIGURES OUBLIEES

    Jeune mariée wishram de l’Oregon. Photographie de Edward S. Curtis, 1910. | Library of Congress En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2014/11/13/figures-de-squaws_4523275_3476.html#kBKktkXTrKcH8yX8.99
    Jeune mariée wishram de l’Oregon. Photographie de Edward S. Curtis, 1910. | Library of Congress

    NEWS NEWS NEWS  Une ouvrage de l'ethnocinéaste Patrick Deval sorti début novembre, Squaws. La mémoire oubliée (Hoëbeke) tente de mieux comprendre la place des femmes dans les sociétés amérindiennes, mais aussi de décrypter comment les colons venus d'Europe ont utilisé et interprété l'image de la "squaw", à Hollywood pour commencer. Un travail salutaire, pionnier en France - un des beaux livres de cette fin d'année.

    Les squaws sont les grandes oubliées de l’histoire américaine. Si nous connaissons les destins tragiques des chefs apaches Cochise et Geronimo, si les sombres épopées des peuples sioux ou iroquois ont frappé notre imagination, si les grands romanciers et les westerns d’Hollywood se sont passionnés pour les guerriers, nous savons peu de chose des Indiennes. Les études historiques et ethnologiques les concernant sont récentes. Et les images que nous restituent le cinéma et la peinture se cantonnent souvent à des clichés.

    Au cinéma, les véritables Indiennes sont longtemps demeurées invisibles. « Dans les westerns, les squaws étaient jouées par des Américaines grimées », explique l’ethnocinéaste Patrick Deval, auteur du livre très documenté Squaws. La mémoire oubliée. En 1944, l’Américaine Linda Darnell interprète ainsi une Cheyenne rusée dans le Buffalo Bill de William A. Wellman. En 1960, Audrey Hepburn est une Kiowa adoptée par des colons dans Le Vent de la plaine, de John Huston. Des stars comme Debra Paget, Cyd Charisse et Elsa Martinelli seront, elles aussi, des squaws de cinéma, bronzées pour l’occasion.

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  • SADE NOUS CONCERNE TOUS. ENTRETIEN AVEC ANNIE LE BRUN

     Man Ray,  Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade 1938 Oil on canvas with painted wood panel 24 1/4 x 18 3/8 in. The Menil Collection, Houston, Texas Portrait imaginaire de Sade par Man Ray © 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris Man Ray, Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade (1938) The Menil Collection, Houston, Texas© 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris

    NEWS NEWS NEWS L’exposition « Sade. Attaquer le soleil », présentée au Musée d’Orsay de Paris - 500 pièces présentées, 14 films - ouvre ses portes. Elle sera visible jusque fin janvier. La commissaire générale de l'exposition est Annie Le Brun, auteur de "Sade, soudain un bloc d'abîme, Sade" (Folio, 2014, réédition).  Les relations de Sade (1740-1814) et d’Annie Le Brun forment une longue histoire passionnelle. En 1977, elle préfaçait déjà la première édition des œuvres complètes du « divin marquis » par Jean-Jacques Pauvert – en 1945, la publication d’Histoire de Juliette avait valu dix ans de poursuites judiciaires à l’éditeur.  Cet entretien a été réalisé pendant l'accrochage de l'exposition (publié dans Le Monde Culture&Idées).

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    On fête le marquis de Sade comme un classique, on l'expose, on le publie, on le commente, on l'analyse, lui qui a été si longtemps interdit, considéré comme un maudit. Cherche-t-on à le neutraliser?

    Sade résistera à toute neutralisation, je crois qu’avec lui on peut être rassuré. On ne lit sans doute pas plus Sade aujourd’hui qu’hier, mais on l’enveloppe des plus diverses analyses historiques, psychologiques, médicales, linguistiques, comme pour nous protéger de l’abîme auquel il nous confronte. Une grande entreprise de normalisation a commencé. La forme moderne de la censure n’est plus d’interdire, mais de désamorcer, par excès de commentaires, d’interprétations, par une sorte de gavage qui finit par tout rendre équivalent. Mais l’œuvre demeure, irréductible.

    Qu’est-ce qui résiste chez Sade, qui nous concerne aujourd’hui ?

    L’extraordinaire chez Sade est qu’avant Nietzsche, avant la psychanalyse, il mette la pensée à l’épreuve du corps. Il met vraiment la philosophie dans le boudoir, à l’inverse de tous les autres qui, dans le meilleur des cas, font de l’érotique une dépendance de leur système. Lui, au contraire, nous révèle que l’exercice de la pensée n’est pas une activité abstraite, mais qu’elle est déterminée par les mouvements des désirs et que sa source est avant tout pulsionnelle. C’est la phrase fameuse dans Histoire de Juliette : «On déclame contre les passions sans songer que c’est à son flambeau que la philosophie allume le sien.»

    Tel est ce qui caractérise la pensée sadienne. Ses héros ne pensent jamais à froid, ils dialoguent, ils prennent du plaisir, il y a chez eux un perpétuel « échauffement » de l’esprit, une continuelle surenchère de l’imagination érotique sur le raisonnement, qui en est troublé. Et ce trouble se communique au lecteur, subjugué à son tour. D’ailleurs Juliette, l’héroïne favorite de Sade, le dit bien : « Ma pensée est prompte à s’échauffer », révélant comment la pensée se met en mouvement. Sade est le premier à nous dire cela, et, plus encore, à nous le faire ressentir…

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  • QUAND L'ART SE JOUE DES GENRES

    4378926_5_e081_pilule-garantissant-l-heterosexualite-de_1cb9e46cde473161548e4c4c96e82f3f-1La Canadienne Dana Wyse, installée en France, propose une pharmacie imaginaire jouant sur nos clichés et nos souhaits standardisés (1998)

    NEWS NEWS NEWS Depuis plusieurs mois, "les études sur le genre", des enquêtes pluridisciplinaires relevant des sciences humaines très développées dans les universités américaines, se voient vilipendées par la droite catholique et l'extrême droite françaises - focalisées dans leur opposition au mariage homosexuel. Elles formeraient, selon ces critiques, une "théorie" très discutable, qui remet dangereusement en cause le fondement même de la différence biologique entre les hommes et les femmes - et par là l'anthropologie et les bases mêmes de toute société.

    Au-delà de l'incompréhension manifeste sur le contenu de ces études - aujourd'hui internationales - et sur le concept même de "genre" que montrent ces critiques, constatons que quelques un des plus grands artistes contemporains, surtout des femmes, ont interrogé, déconstruit ou subverti les normes et les comportements qui régissent nos vies selon notre sexe : ce qu'on appelle le genre. Enquête...

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    Il est en colère ce 14 février, l’illustrateur Marc Daniau, après que le nouveau patron - contesté - de l'UMP Jean-François Copé ait fustigé sur RTL son ouvrage «Tous à poil» (Le Rouergue, 2009), plusieurs fois primé, affirmant que ce livre selon lui dérangeant « fait partie des livres recommandés aux enseignants (par le gouvernement) pour faire la classe aux enfants du primaire». Ce n’est pas tant contre la fausse information avancée par Copé qu’il s’insurge (l’ouvrage figure en fait sur une "bibliographie indicative" pour la jeunesse, réalisée par des parents d’élèves ardéchois, reprise par le Centre régional de documentation pédagogique de Grenoble), mais parce que l'homme politique s’attaque au contenu d’un livre pour la jeunesse qui, selon lui, «défend des valeurs républicaines».

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  • AU PLAISIR DES FEMMES

    Photos : Sasha KURMAZ (DR)

    « Mon coeur bat la chamade, et sous son regard scrutateur, j’ai viré au rouge pivoine. Non seulement, il est beau, mais il représente le summum de la beauté masculine. Et il est là, devant moi. ». « Cinquante nuances de Grey » de la britannique E.L James commence comme un roman à l’eau de rose. Il en a le style. L’histoire aussi. Anastasia Steelle, étudiante en littérature naïve et désargentée, toujours vierge à 22 ans, interviewe pour le journal de la fac Christian Grey, un chef d’entreprise milliardaire de 27 ans. Coup de foudre entre l’oie blanche et le jeune « dieu grec ». Il la raccompagne en hélicoptère, puis l’emmène dans son immense appartement. Là, « O mon Dieu », Anastasia découvre une grande croix de bois bardée de menottes de cuir, tandis que le golden boy lui propose de devenir sa « Soumise ». Anastasia rechigne un peu, puis accepte : « « Faire plaisir à Christian. Tout d’un coup, je me rends compte, que, oui, c’est exactement ce que je veux. C’est une révélation ». Plusieurs séances de fouettage plus tard, assortis d’innombrables clichés - «Cette douleur exquise me coupe le souffle. Je gémis et mes mains se crispent dans ses cheveux » - l’héroïne connaît les affres du doute amoureux : « M’a-t-il déjà fait l’amour ? Pour lui, ça n’a toujours été que de la baise. » Déçue, elle décide de le quitter. La suite au tome deux.

    « Cinquante nuances de Grey » est une romance façon Harlequin truffée de scènes érotiques. C’est un nouveau genre littéraire. Publié en juin 2011, le livre connaît en 2012 un extraordinaire succès. Vingt-cinq millions d’exemplaires sont vendus au Royaume-Unis. Cinquante millions autour du monde. En France, les éditions Jean-Claude Lattès en écoulent 175000 exemplaires la première semaine d’octobre. Comment expliquer cet engouement planétaire ? Les romans d’amour à la manière de Barbara Cartland ou Nora Roberts, les nombreuses collections « Passions » ou « Promesses » ont toujours attiré un nombre considérable de lectrices - Barbara Cartland a vendu un milliard d’ouvrages. Cette fois, avec « Cinquante nuances de Grey », on entre dans le lit princier avec Cendrillon. Nous changeons  d’époque. On constate que lectorat féminin sentimental ne craint plus d’entendre parler de sexualité. Au contraire. Sa mise en scène (« Et maintenant, je vais vous baiser, Melle Steele » dit Christian le premier soir), sa crudité (le mot « sexe » revient 44 fois, le plaisir « anal » est évoqué 10 fois, l’usage de « menottes » 12 fois), ses élans physiques (« mouillée » revient souvent,  « excitée » 21 fois, « O mon Dieu » 28 fois) plaisent.

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  • LES ADOS, LE PORNO ET LA PANIQUE MORALE DES PARENTS

     

    NEW NEWS NEWS. Depuis qu’avec Internet le porno est entré dans la vie des mineurs, il ne se passe pas un jour sans qu’un colloque de psychologie, une convention scolaire, un service gouvernemental, des féministes ou des politiques en débattent. Inquiets. Parfois indignés. Souvent dépassés. En ce début d’année, deux grandes controverses impliquant la pornographie et les jeunes ont fait la Une. D’abord, le rapport de la sénatrice UMP Chantal Jouanno pour le Ministère des Solidarités a dénoncé « l’hypersexualisation » grandissante des filles de 8-12 ans, parlant de « pornification ». Ensuite, l’enquête sur la contraception des adolescentes du Dr. Israël Nisand pour le secrétaire d’Etat à la Jeunesse s’en prend violemment à l’impact de la pornographie sur les mineurs. Chantal Jouanno écrit : «Nous n’avions pas conscience que les codes de la pornographie ont envahi notre quotidien. (…) S’agissant des enfants, elle renvoie à l’hyperérotisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires». Exagère-t-elle ?
    Tapez « Femme » sur Google. Sur la colonne centrale, on lit : «Femme Wikipédia», «Femme Evène », «Femme Actuelle » À droite, colonne des annonces : «Femmes canon en cam», «Elles couchent», «Femmes célibataires» (Meetic). Clic sur «Elles couchent. Batifolage.com». Un couple à moitié nu apparaît . Dessous : «Fellation, sodomie, amateur, partouze, gros seins, éjac faciale. C’est un site porno. Avec «Galerie Vidéo». Clic. Des centaines de photos défilent. Beaucoup de hardcore. Triple pénétration, poing dans l’anus, bouteille dans le sexe. Souvent, on souffre pour les actrices qui encaissent (dans le karaté, c'est du cinéma, pas dans le X-trem).

    Tapez maintenant «Amour». On lit à droite. «Meilleurs films sensuels. La brocante». Clic. Nouveau site porno déguisé. Asiatiques. Beurettes. Blondes. Gang Bang. Sado Maso. Ma voisine de 11 ans qui surfait sur le Net pour sa rédaction sur la Saint Valentin a-t-elle regardé ? Possible. Les films X sont en accès libre sur Internet. Souvent gratuits. Les mineurs regardent massivement. Le "réservé aux adultes" est révolu. L' "Interdit au moins de 18 ans" une galéjade. En 2004, le CSA révélait que 80% des garçons, 45% des filles de 14-18 ans ont vu un X dans l’année. Un garçon sur quatre, une fille sur cinq en a visionné 10 (au moins). Selon l’enquête du Dr Rozier en Île-de-France (2004), 90% des jeunes apprennent l’existence du porno entre 8 et 13 ans. À 11 ans, un sur deux en a vu. En CM2 (9-10 ans), 50% des garçons, 25% des filles. Selon des études canadiennes, 25% des 10-17 ans l’ont découvert par hasard, 25% volontairement. Comment réagissent-ils au premier visionnage, à 10-11 ans, ou plus jeunes ? Une enquête américaine précise : ils «sont surpris et ont peur», ou « sont embarrassés», ou «coupables et confus». La moitié des filles se disent «dégoûtées», un quart «choquées», un quart «surprises». Mais dès 13 ans, leur attitude change. Le porno «distrait» 50% des garçons, «plait» à 30%, 20% le classe en «favoris», une fille sur quatre se dit « curieuse ».

    (Faute de place, une version courte de cet article a été publié dans Le Monde Culture&Idées. Un entretien avec le sociologue Michel Bozon sur "la panique morale des parents" vient à la fin. )

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  • SYRIE. VOYAGE AU BOUT DE LA PEUR. RENCONTRE AVEC LA ROMANCIÈRE SAMAR YAZBEK, REFUGIÉE À PARIS

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    NEWS NEWW NEWS En dépit des observateurs envoyés par les pays arabes fin décembre, la répression sanglante continue en Syrie. Les manifestations aussi. La peur n'a pas brisé les opposants. Réfugiée à Paris, l’écrivaine Samar Yazbek nous parle de la peur et du courage.

    Le 26 décembre, la Syrie a connu une de ses journées les plus meurtrières. Soixante à soixante-dix soldats de l'armée ont été abattus alors qu'ils tentaient de s’enfuir des garnisons de Kansafra et Kafr Awid, au nord-ouest du pays. Treize personnes ont péri dans la province de Homs, onze a Deraa, neuf dans l'Idleb, trois autour de Deir Ezzor, un prisonnier est mort sous la torture à Hama. À Damas, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants dans le quartier de Midane. Le jeudi 29 décembre, alors qu’une mission de la Ligue arabe se rendait dans les régions soulevées, elles ont encore tué vingt-cinq personnes. À Douma, au nord de Damas, elles ont tiré sur l’immense foule qui manifestait place de la Grande Mosquée, au moment même où un groupe d'observateurs arabes arrivait à la mairie. Ce massacre fait douter ceux qui espéraient un cesser le feu avec l’arrivée d’intercesseurs internationaux. À ce jour, selon une estimation de l'ONU, renseignée par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), la répression en Syrie a fait au moins 5000 morts. Il faut ajouter des milliers de disparus, plus de 10.000 arrestations arbitraires, 15.000 à 20.000 réfugiés, des assassinats ciblés d’opposants, la torture en masse, des viols, des mutilations pour l'exemple.

    Ce 30 décembre, des dizaines de milliers de manifestants ont encore défié la police dans la province d’Idleb. Tous savent ce qu’ils risquent. Pourtant, ils continuent...  Il faut voir les manifestants crier et bondir tous ensemble face aux soldats armés sur les films amateurs d’Internet. Il faut lire les témoignages de leur bravoure sur les blogs, alors que leur sang coule. À quel moment le courage l’emporte-t-il sur la peur ? Quand décide-t-on d’affronter la mort ? De se sacrifier pour une révolution qui avance les mains nues ?

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  • ENTRETIEN AVEC LE DIABLE. LA PHILOSOPHE JUDITH BUTLER CIBLE DES ATTAQUES DES DÉPUTÉS DE DROITE ET DES CATHOLIQUES CONSERVATEURS

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    NEWS NEWS NEWS Le 1er septembre, 80 députés UMP ont demandé que plusieurs manuels scolaires soient retirés des librairies, estimant qu’ils faisaient la part trop belle à « la théorie du genre sexuel », décrite comme « non scientifique ». À regarder de près, les extraits incriminés des ouvrages reprenaient succintement la distinction classique, faite par Simone de Beauvoir dans le "Deuxième sexe", entre le genre comme biologie et le genre comme contruction sociale. Mais cela a suffi à soulever l'ire de la frange la plus réactionnaire de la "droite populaire" et de l'école catholique. Plusieurs fois, la philosophe de l'université de Berkeley, Judith Butler, auteur de "Trouble dans le genre" (La Découverte) y a été citée, et attaquée, comme étant une des figures majeure de "la théorie du genre". Elle répond ici à ces critiques (une version réduite de cet entretien a été publiée dans Le Monde Culure&Idées)

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  • PARTOUT, LES SLUT WALKS OU "MARCHES DES SALOPES" CONTRE LE VIOL...

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     NEWS NEWS NEWS Ce premier octobre, après 70 villes autour du monde, un collectif de féministes de New York va organiser sa première Slutwalk, ou "marche des salopes". C'est-à-dire ?  Pourquoi toutes ces marches de femmes décolletées, en minijupe, partout, pour dénoncer le viol ? Enquête.

    Sonya Barnett ne s’attendait pas à ce que 3000 femmes rejoignent la « marche des salopes » - la « slutwalk » - dans les rues de Toronto, le 3 avril dernier. Puis que des milliers d’autres, tout l’été, défilent en minijupe, jeans déchiré, décolletées, à Londres, Melbourne, Denver, Sydney, Reykjavik mais aussi par centaines à Brasilia (« La Marcha das galderias »), New Delhi, Mexico, Séoul, Matagalpa (Guatemala, « La Marcha de las putas»), dans 70 villes autour du monde. Pourquoi toutes ces marches ? Sonya Barnett a été à l’origine de ce mouvement (que des manifestantes appelaient déjà, pendant la manifestation de Londres, 5000 personnes, « la quatrième vague féministe »). Directrice artistique à Toronto, elle se dit début février sur sa page Facebook, « dégoûtée » des propos d’un officier de police canadien, le constable Michel Sanguinetti. Au cours d’un atelier de réflexion sur la sécurité publique à l’université de Toronto, celui-ci a lancé aux responsables : « Une femme ne devrait pas s’habiller comme une salope si elle ne veut pas être victime d’abus sexuel ». Suite à son coup de colère, Sonya reçoit un post de son amie Heather Janis, très remontée elle aussi contre le policier. D’autres femmes s’en mêlent. Elles se disent qu’elles devraient réagir, mais comment ? Alors Sonya propose : « Nous pourrions faire… Quoi ?… une marche des salopes ou quelque chose comme ça. » (une version courte de cet article a été publiée dans Le Monde Culture&Idées du 24/09)

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  • DU CONTRAT SEXUEL. L'OUVRAGE DE LA FÉMINISTE CAROLE PATEMAN ENFIN TRADUIT

    la-revolution-francaise.1234120192.jpgNEWS NEWS NEWS Après quinze ans d'attente, le livre de référence de la philosophe féministe Carole Pateman sur le "contrat sexuel" est enfin traduit (La Découverte). Elle y montre comment le contrat social passé en politique, afin de garantir la liberté de tous, s'accompagne aussitôt d'un "contrat sexuel" qui subordonne le droit des femmes aux hommes. Si la patriarcat est aboli dans la vie sociale, il ne l'est pas dans la sphère privée.

    « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » écrit magnifiquement Jean-Jacques Rousseau au chapitre 1 du « Contrat social. » (1762). À la suite de Thomas Hobbes, qui veut faire cesser « la guerre de tous contre tous », et de John Locke décidé à protéger les « droits naturels » des humains que sont la liberté individuelle et la propriété privée - notamment celle de son propre corps -, Jean Jacques Rousseau montre comment le peuple, en passant un contrat avec lui-même et élisant une démocratie, va défendre les libertés individuelles comme « l’intérêt général ». Chacun sait aujourd’hui l’importance des théories du contrat social dans la fondation des républiques américaines et françaises, quand il a fallu rompre avec la monarchie patriarcale et instituer les principes de liberté, égalité, fraternité. Pourtant, à l’exact même moment, un autre contrat est mis en place, le « contrat sexuel » qui subordonne la femme à l’homme, qui demeure un monarque familial. En effet, que ce soit dans la jeune Amérique ou la France républicaine, la femme n’acquière aucun des droits accordé aux mâles libres et égaux. Elle n’a pas le droit de vote - elle ne l’aura en France qu’en 1944 -, dépend économiquement de son mari, n’a aucun pouvoir sur ses enfants - qui dépendent du « droit paternel » - et l’homme, par le « contrat de mariage », a le droit de jouir d’un accès sexuel à son épouse. Si le patriarcat est aboli en politique, il demeure dans la sphère privée, où le « statut » de l’homme l’emporte - ce qui interroge sur les limites du contrat social. C’est à cette démonstration que se livre la philosophe politique américaine Carole Pateman, dans « Le contrat sexuel » (La Découverte) enfin traduit après douze ans d’attente. Cet essai montre comment aujourd’hui encore le « contrat sexuel » permettant aux hommes d’avoir un libre accès au corps des femmes perdure. Ainsi, il n’existe aucune reconnaissance légale du viol entre époux, la bienveillance devant le « crime passionnel » étonne, le choix de ne pas se marier génère toutes sortes de complications, la législation de plusieurs pays sur les « mères porteuses » génère des abus de faiblesse, les associations de prostituées indépendantes dérangent. La fraternité n’est pas encore pour les « sisters », les « sœurs », ce beau mot de 1968. (publié dans Le Monde Magazine)