samedi, 15 décembre 2012

AU PLAISIR DES FEMMES

Photos : Sasha KURMAZ

« Mon coeur bat la chamade, et sous son regard scrutateur, j’ai viré au rouge pivoine. Non seulement, il est beau, mais il représente le summum de la beauté masculine. Et il est là, devant moi. ». « Cinquante nuances de Grey » de la britannique E.L James commence comme un roman à l’eau de rose. Il en a le style. L’histoire aussi. Anastasia Steelle, étudiante en littérature naïve et désargentée, toujours vierge à 22 ans, interviewe pour le journal de la fac Christian Grey, un chef d’entreprise milliardaire de 27 ans. Coup de foudre entre l’oie blanche et le jeune « dieu grec ». Il la raccompagne en hélicoptère, puis l’emmène dans son immense appartement. Là, « O mon Dieu », Anastasia découvre une grande croix de bois bardée de menottes de cuir, tandis que le golden boy lui propose de devenir sa « Soumise ». Anastasia rechigne un peu, puis accepte : « « Faire plaisir à Christian. Tout d’un coup, je me rends compte, que, oui, c’est exactement ce que je veux. C’est une révélation ». Plusieurs séances de fouettage plus tard, assortis d’innombrables clichés - «Cette douleur exquise me coupe le souffle. Je gémis et mes mains se crispent dans ses cheveux » - l’héroïne connaît les affres du doute amoureux : « M’a-t-il déjà fait l’amour ? Pour lui, ça n’a toujours été que de la baise. » Déçue, elle décide de le quitter. La suite au tome deux.

« Cinquante nuances de Grey » est une romance façon Harlequin truffée de scènes érotiques. C’est un nouveau genre littéraire. Publié en juin 2011, le livre connaît en 2012 un extraordinaire succès. Vingt-cinq millions d’exemplaires sont vendus au Royaume-Unis. Cinquante millions autour du monde. En France, les éditions Jean-Claude Lattès en écoulent 175000 exemplaires la première semaine d’octobre. Comment expliquer cet engouement planétaire ? Les romans d’amour à la manière de Barbara Cartland ou Nora Roberts, les nombreuses collections « Passions » ou « Promesses » ont toujours attiré un nombre considérable de lectrices - Barbara Cartland a vendu un milliard d’ouvrages. Cette fois, avec « Cinquante nuances de Grey », on entre dans le lit princier avec Cendrillon. Nous changeons  d’époque. On constate que lectorat féminin sentimental ne craint plus d’entendre parler de sexualité. Au contraire. Sa mise en scène (« Et maintenant, je vais vous baiser, Melle Steele » dit Christian le premier soir), sa crudité (le mot « sexe » revient 44 fois, le plaisir « anal » est évoqué 10 fois, l’usage de « menottes » 12 fois), ses élans physiques (« mouillée » revient souvent,  « excitée » 21 fois, « O mon Dieu » 28 fois) plaisent.

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mardi, 08 mai 2012

LES ADOS, LE PORNO ET LA PANIQUE MORALE DES PARENTS

 

NEW NEWS NEWS. Depuis qu’avec Internet le porno est entré dans la vie des mineurs, il ne se passe pas un jour sans qu’un colloque de psychologie, une convention scolaire, un service gouvernemental, des féministes ou des politiques en débattent. Inquiets. Parfois indignés. Souvent dépassés. En ce début d’année, deux grandes controverses impliquant la pornographie et les jeunes ont fait la Une. D’abord, le rapport de la sénatrice UMP Chantal Jouanno pour le Ministère des Solidarités a dénoncé « l’hypersexualisation » grandissante des filles de 8-12 ans, parlant de « pornification ». Ensuite, l’enquête sur la contraception des adolescentes du Dr. Israël Nisand pour le secrétaire d’Etat à la Jeunesse s’en prend violemment à l’impact de la pornographie sur les mineurs. Chantal Jouanno écrit : «Nous n’avions pas conscience que les codes de la pornographie ont envahi notre quotidien. (…) S’agissant des enfants, elle renvoie à l’hyperérotisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires». Exagère-t-elle ?
Tapez « Femme » sur Google. Sur la colonne centrale, on lit : «Femme Wikipédia», «Femme Evène », «Femme Actuelle » À droite, colonne des annonces : «Femmes canon en cam», «Elles couchent», «Femmes célibataires» (Meetic). Clic sur «Elles couchent. Batifolage.com». Un couple à moitié nu apparaît . Dessous : «Fellation, sodomie, amateur, partouze, gros seins, éjac faciale. C’est un site porno. Avec «Galerie Vidéo». Clic. Des centaines de photos défilent. Beaucoup de hardcore. Triple pénétration, poing dans l’anus, bouteille dans le sexe. Souvent, on souffre pour les actrices qui encaissent (dans le karaté, c'est du cinéma, pas dans le X-trem).

Tapez maintenant «Amour». On lit à droite. «Meilleurs films sensuels. La brocante». Clic. Nouveau site porno déguisé. Asiatiques. Beurettes. Blondes. Gang Bang. Sado Maso. Ma voisine de 11 ans qui surfait sur le Net pour sa rédaction sur la Saint Valentin a-t-elle regardé ? Possible. Les films X sont en accès libre sur Internet. Souvent gratuits. Les mineurs regardent massivement. Le "réservé aux adultes" est révolu. L' "Interdit au moins de 18 ans" une galéjade. En 2004, le CSA révélait que 80% des garçons, 45% des filles de 14-18 ans ont vu un X dans l’année. Un garçon sur quatre, une fille sur cinq en a visionné 10 (au moins). Selon l’enquête du Dr Rozier en Île-de-France (2004), 90% des jeunes apprennent l’existence du porno entre 8 et 13 ans. À 11 ans, un sur deux en a vu. En CM2 (9-10 ans), 50% des garçons, 25% des filles. Selon des études canadiennes, 25% des 10-17 ans l’ont découvert par hasard, 25% volontairement. Comment réagissent-ils au premier visionnage, à 10-11 ans, ou plus jeunes ? Une enquête américaine précise : ils «sont surpris et ont peur», ou « sont embarrassés», ou «coupables et confus». La moitié des filles se disent «dégoûtées», un quart «choquées», un quart «surprises». Mais dès 13 ans, leur attitude change. Le porno «distrait» 50% des garçons, «plait» à 30%, 20% le classe en «favoris», une fille sur quatre se dit « curieuse ».

(Faute de place, une version courte de cet article a été publié dans Le Monde Culture&Idées. Un entretien avec le sociologue Michel Bozon sur "la panique morale des parents" vient à la fin. )

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vendredi, 06 janvier 2012

SYRIE. VOYAGE AU BOUT DE LA PEUR. RENCONTRE AVEC LA ROMANCIÈRE SAMAR YAZBEK, REFUGIÉE À PARIS

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NEWS NEWW NEWS En dépit des observateurs envoyés par les pays arabes fin décembre, la répression sanglante continue en Syrie. Les manifestations aussi. La peur n'a pas brisé les opposants. Réfugiée à Paris, l’écrivaine Samar Yazbek nous parle de la peur et du courage.

Le 26 décembre, la Syrie a connu une de ses journées les plus meurtrières. Soixante à soixante-dix soldats de l'armée ont été abattus alors qu'ils tentaient de s’enfuir des garnisons de Kansafra et Kafr Awid, au nord-ouest du pays. Treize personnes ont péri dans la province de Homs, onze a Deraa, neuf dans l'Idleb, trois autour de Deir Ezzor, un prisonnier est mort sous la torture à Hama. À Damas, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants dans le quartier de Midane. Le jeudi 29 décembre, alors qu’une mission de la Ligue arabe se rendait dans les régions soulevées, elles ont encore tué vingt-cinq personnes. À Douma, au nord de Damas, elles ont tiré sur l’immense foule qui manifestait place de la Grande Mosquée, au moment même où un groupe d'observateurs arabes arrivait à la mairie. Ce massacre fait douter ceux qui espéraient un cesser le feu avec l’arrivée d’intercesseurs internationaux. À ce jour, selon une estimation de l'ONU, renseignée par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), la répression en Syrie a fait au moins 5000 morts. Il faut ajouter des milliers de disparus, plus de 10.000 arrestations arbitraires, 15.000 à 20.000 réfugiés, des assassinats ciblés d’opposants, la torture en masse, des viols, des mutilations pour l'exemple.

Ce 30 décembre, des dizaines de milliers de manifestants ont encore défié la police dans la province d’Idleb. Tous savent ce qu’ils risquent. Pourtant, ils continuent...  Il faut voir les manifestants crier et bondir tous ensemble face aux soldats armés sur les films amateurs d’Internet. Il faut lire les témoignages de leur bravoure sur les blogs, alors que leur sang coule. À quel moment le courage l’emporte-t-il sur la peur ? Quand décide-t-on d’affronter la mort ? De se sacrifier pour une révolution qui avance les mains nues ?

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samedi, 01 janvier 2011

DU CONTRAT SEXUEL. L'OUVRAGE DE LA FÉMINISTE CAROLE PATEMAN ENFIN TRADUIT

la-revolution-francaise.1234120192.jpgNEWS NEWS NEWS Après quinze ans d'attente, le livre de référence de la philosophe féministe Carole Pateman sur le "contrat sexuel" est enfin traduit (La Découverte). Elle y montre comment le contrat social passé en politique, afin de garantir la liberté de tous, s'accompagne aussitôt d'un "contrat sexuel" qui subordonne le droit des femmes aux hommes. Si la patriarcat est aboli dans la vie sociale, il ne l'est pas dans la sphère privée.

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » écrit magnifiquement Jean-Jacques Rousseau au chapitre 1 du « Contrat social. » (1762). À la suite de Thomas Hobbes, qui veut faire cesser « la guerre de tous contre tous », et de John Locke décidé à protéger les « droits naturels » des humains que sont la liberté individuelle et la propriété privée - notamment celle de son propre corps -, Jean Jacques Rousseau montre comment le peuple, en passant un contrat avec lui-même et élisant une démocratie, va défendre les libertés individuelles comme « l’intérêt général ». Chacun sait aujourd’hui l’importance des théories du contrat social dans la fondation des républiques américaines et françaises, quand il a fallu rompre avec la monarchie patriarcale et instituer les principes de liberté, égalité, fraternité. Pourtant, à l’exact même moment, un autre contrat est mis en place, le « contrat sexuel » qui subordonne la femme à l’homme, qui demeure un monarque familial. En effet, que ce soit dans la jeune Amérique ou la France républicaine, la femme n’acquière aucun des droits accordé aux mâles libres et égaux. Elle n’a pas le droit de vote - elle ne l’aura en France qu’en 1944 -, dépend économiquement de son mari, n’a aucun pouvoir sur ses enfants - qui dépendent du « droit paternel » - et l’homme, par le « contrat de mariage », a le droit de jouir d’un accès sexuel à son épouse. Si le patriarcat est aboli en politique, il demeure dans la sphère privée, où le « statut » de l’homme l’emporte - ce qui interroge sur les limites du contrat social. C’est à cette démonstration que se livre la philosophe politique américaine Carole Pateman, dans « Le contrat sexuel » (La Découverte) enfin traduit après douze ans d’attente. Cet essai montre comment aujourd’hui encore le « contrat sexuel » permettant aux hommes d’avoir un libre accès au corps des femmes perdure. Ainsi, il n’existe aucune reconnaissance légale du viol entre époux, la bienveillance devant le « crime passionnel » étonne, le choix de ne pas se marier génère toutes sortes de complications, la législation de plusieurs pays sur les « mères porteuses » génère des abus de faiblesse, les associations de prostituées indépendantes dérangent. La fraternité n’est pas encore pour les « sisters », les « sœurs », ce beau mot de 1968. (publié dans Le Monde Magazine)

lundi, 25 octobre 2010

BONJOUR LES NIQABITCH, LES ALLUMEUSES EN NIQAB.

Niqabitch secoue Paris

NEWS NEWS NEWS Depuis début octobre la vidéo des Niquabitch - les allumeuses en niqab - circule sur le Net où elle a été visionnée des dizaines de milliers de fois. Explication.

Elles s’appellent les Niqabitch (« les allumeuses en niqab »), leur vidéo fait le buzz sur You Tube. Ces deux jeunes musulmanes se sont promenés en niqab, mnishort noir et talons hauts dans le quartier des ministères à Paris. On le voit prendre la pose, cuisse nues et visage masqué, devant le ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale. Les policiers leur disent de déguerpir, elles expliquent « On veut dédramatiser la question du voile ». « C’est génial » dit une policière, qui les prend en photo. Les niqabitch ont publié un manifeste : « Autant le dire franchement, prendre l’apparence de Dark Vador au nom de l’islam et de ses préceptes, on ne comprend pas vraiment ! (Mais) nous avons ouï dire que la République était un espace de libre expression dans lequel chacun pouvait choisir de s’habiller et de pratiquer sa religion comme il l’entend. » En mêlant une tenue sexy au voile intégral les Niqabich font valser beaucoup d’idées reçues. Elles interrogent la liberté  d’aller dans les rues de France dans n’importe quelle tenue. Va-t-on leur interdire de sortir ainsi nippée à cause du niqab - et si elles se livraient à une fantaisie S.M ? N’a-t-on pas le droit de jouer avec les codes de genre, ou religieux, de se travestir ? Ensuite, elles montrent l’affreuse volonté du niqab d’emprisonner les charmes des femmes. Alors nous ne verrions plus ces jolies jambes, si bien mises en valeur sous ce haut noir ? Ce contraste rappelle tout l’érotisme du voile, dont Malek Chebel a montré les raffinements dans son épais "Kama Sutra arabe" (Pauvert 2006). Nous l’avions l’oublié, en nous polarisant sur le « voile islamique ». "Le Jardin Parfumé", un des chefs d’œuvre de la littérature sensuelle née en terre d’Islam, si riche jusqu’au XVe siècle, en loue les danses - même si aujourd’hui les théologiens du Caire en ont interdit la lecture comme des "Mille et Une Nuits". Le voile, nous disent joyeusement  les Niqabitch, n’est pas toujours associé à la pudeur. Même si dans le désir, comme l’analyse paradoxalement l’historien Jean-Claude Bologne dans "Pudeur féminine" (tout juste sorti au Seuil), « un voile naturel et invisible révèle la femme », fut-elle nue... (publié dans Le Monde Magazine)

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jeudi, 21 octobre 2010

SCIENCES PO, UNIVERSITE MAUVAIS GENRE

 

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NEWS NEWS NEWS En cette rentrée universitaire, l'université Sciences Po commence  à mettre en place son programme PRESAGE (Programme de REcherche et d'Enseignement des SAvoirs sur le GEnre). La prestigieuse université, après des années d'hésitation et de coups d'essai, lance enfin un solide programme d'étude - soutenu par des figures de l'histoire et l'économie comme Elizabeth Badinter, Nancy Fraser ou Amartya Sen - sur les questions de la discrimination et la fabrication du genre et des différences sexuelles. En Amérique et au Canada, ces "gender studies"  sont  à l'honneur depuis 30 ans, c'est dire le retard pris en France.

Le programme PRESAGE a débuté ce 20 octobre par une conférence de la philosophe Geneviève Fraysse, quelques cours ont débuté, mais l'année prochaine toutes les disciplines vont être affectées par le questionnement sexuel : comment le fait d'être d'un genre ou d'un autre vous disqualifie ou vous requalifie dans votre travail ? vos retraites ? influence vos manières d'être traité à l'école ? à l'université ? comment le droit est-il travaillé par ces questions mais encore les manières d'habiter la ville, se promener les rues, jusque dans le détail des habillements ? etc, etc ?

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samedi, 02 octobre 2010

PROSTITUEES CONTRE MAISONS CLOSES

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NEWS NEWS NEWS Canal +sort cette semaine son feuilleton « Maison closes » qui montre la vie quotidienne d’un bordel de luxe à la fin du XIXe siècle. Pendant ce temps, un groupe de travail du gouvernement réfléchit à la proposition de la député UMP Chantal Brunel de rouvrir « les maisons ». Mais qu’en pensent les associations de prostituées ?

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« Le Chabanais », 12 rue Chabanais, Paris IIe. « Un ministre des Affaires Etrangères de la IIIe République fréquentait assidûment cette maison close. Il se mettait nu et se laissait passer un collier à pointes autour du cou. À quatre pattes, promené en laisse, il présentait son postérieur à une ronde de filles nues, qui lui assénaient chacune des coups de fouet." Aujourd’hui, on trouve ce collier et ces fiches - les « blancs » - de la Brigade des Mœurs exposés dans la salle des archives de l’actuelle brigade « de répression du proxénétisme » (BRP). Le Chabanais, ouvert en 1878, fut un des bordels les plus luxueux de la fin du XIXe et la Belle Époque, on y trouvait une chambre « persane », « égyptienne », « mauresque », « russe », « nippone », et le prince Edouard VII y prenait avec les dames des bains de champagne dans une grande baignoire en cuivre. Un blanc daté du 28 mars 1899 rapporte que 25 femmes travaillaient là et que le « cabinet médical » comportait 15 spéculum, des « pommades prophylactiques » et du permanganate. Il concluait : « Le Chabanais est un des établissements les plus réputés de Paris. Il est fréquenté par une clientèle de marque. La tenancière peut-être consultée utilement. » C’est cet établissement, ainsi que les quelques autres bordels parisiens haut de gamme des « années folles » Le Sphinx, Le One Two Two, le Colbert, le Cardinet, le Montyon, véritables palais de la débauche, qui ont servi de modèle au feuilleton qui débute sur Canal + ce mois-ci, « Maisons Closes », huit épisodes.

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vendredi, 08 mai 2009

"NOUS SOMMES TOUS DES VOYAGEURS MASQUéS". CINQUIEME ROMAN D'ISABELLE SORENTE (GRASSET), SA PIECE "HARD COPY" (ACTES SUD) JOUEE A PARIS, LA REVUE "RAVAGES" EN LIBRAIRIE FIN MAI

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(Photo Patrice Flora Praxo)

NEWS NEWS NEWS C'est une amie, certains me reprocheront de n'être pas objectif, et pourtant. Isabelle Sorente, 36 ans, revient dans l'actualité avec un cinquième roman dérangeant "Transformations d'une femme" (Grasset, mars 2009), une reprise de "Hard Copy" (Actes Sud) sa pièce dérangeante - et drôle - sur le harcélement moral (au Lucernaire fin mai, après deux mois salle comble au Lumen à Bruxelles - 250 places ), et une nouvelle dérangeante - "Infanticide" - dans le prochain numéro dérangeant de la revue RAVAGES (qu'elle co-dirige, thème "Infantilisation générale", sortie le 20 mai, éditions Descartes&Cnie, 01.42.22.29.02 ) autour de laquelle se prépare un spectacle avec le théâtre du Rond Point. Avec Isabelle Sorente, la littérature n'est jamais tiède. J'ai lu "Transformations d'une femme" deux fois, voici pourquoi.

(Interview télévisée d'Isabelle Sorente et d'autres écrivains par J.P Elkabach sur Bibliothèque Médicis : target="_blank">iframe> )

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Au débat sur le féminisme organisé par le magazine Elle au Salon du livre, où participait une Benoise Groult en grande forme - « Les hommes n’ont pas assez changé ! » a-t-elle lancé, faisant crouler la salle -, Isabelle Sorente a raconté qu’elle prenait des cours de self-défense. Nous savions déjà que cette polytechnicienne avait fait de la voltige aérienne, et que son bi-moteur était tombé dans le golfe de Gènes. Mais pourquoi de la self-défense ? Pour se défendre des hommes ? « D’abord pour éviter de se penser en victime pendant une agression ». Plusieurs fois suivie, embêtée, au cours d’un voyage solitaire en Grèce, elle a voulu rompre avec la peur qu’elle sentait déposée en elle. « Ces cours ont agi comme une sorte de psychanalyse physique, D’un seul coup, je me suis souvenu qu’à l’école, on me disait « Ne te bas pas ! », « Une fille ne se bagarre pas ! ».

Dans le débat ringard organisé par Elle - « Le féminisme est-il ringard ? » -, l’anecdote venait rappeler combien la fabrication du genre « femme », de l'idéologie "femme" continue aujourd’hui dès les cours de récréation. Aujoud'hui encore, un code invisible s’installe dans la manière de se défendre, se battre, utiliser ses poings, sa rage, éviter ou accepter la violence. Dans sa façon de se penser en fille, pas en garçon, physiquement. Un jeune mec apprend jeune la bagarre, elle fait profondément partie de sa vie, ses relations à ses copains, sa manière de se comporter, dès les premères années - de plus en plus aujourd’hui, en banlieue, dans les lycées surpeuplés. D’innombrables « études sur le genre » françaises ont analysé ces phénomènes. Ils ne se sont pas tant ringardisés. Le processus de fabrication des archétypes n'a pas cessé. Isabelle Sorente s’amusait, au Salon du livre : « On devrait proposer des cours de self-défense aux filles dans tous les lycées.

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lundi, 17 novembre 2008

JUDITH BUTLER. "LA CONFUSION DU GENRE"


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NEWS NEWS NEWS La philosophe américaine Judith Butler, considérée comme une figure de la "Queer theory", auteur du livre fondateur des "gender studies" américaines (les études sur le genre sexuel) avec "Trouble dans le genre" (La découverte), était de passage à Paris ce 13 novembre, invitée par l'Université Paris VIII. Judith Butler, qui occupe la chaire Maxine Elliot de rhétorique et littérature comparée à Berkeley (University of California), a donné une conférence sur le thème « Genre, Psychanalyse, Politique », qui fut suivie d'un débat passionné et passionnant auxquels participaient de nombreux(ses) étudiant(es) et professeur(e)s - notamment Anne E. Berger, professeur de littérature, études féminines et genre ( Paris VIII), Elsa Dorlin, maître de conférences de philosophie ( Paris I), Françoise Duroux, professeur de philosophie et d'études féminines (Paris VIII), Michèle Riot-Sarcey, professeur d'Histoire et d'études de genre (Paris VIII), Nadia Setti, Directrice de Recherches, Littérature comparée et études féminines (Paris VIII).

ESSAIS SUR LE FEMINISME

BIBLIOGRAPHIE

LE DERNIER ESSAI DE JUDITH BUTLER "DÉFAIRE LE GENRE" EST SORTI AUX EDITIONS AMSTERDAM EN JANVIER 2006. LA PHILOSOPHE AMÉRICAINE Y PARLE DU GENRE SEXUEL COMME UN "RITUEL QUOTIDIEN", S'INTERROGE SUR L'ÉTHIQUE DE CEUX QUI REJETTENT L'HOMOPARENTALITÉ, ET RÉFLÉCHIT À UNE SOCIÉTÉ PLUS "RESPIRABLE" POUR TOUS ET POUR TOUTES LES MINORITÉS. JE L'AI RENCONTRÉE À CETTE ÉPOQUE (article publié dans le monde magazine en mars 2006)

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RENCONTRE AVEC JUDITH BUTLER AU CAFE ROSTAND...

... Peut-être ce perpétuel sourire contenu, ce regard scrutateur viennent-ils de là ? Judith Butler voit les promeneurs des jardins du Luxembourg, les clients du café Rostand – et vous-même –, leur manière d’être féminins, masculins, comme aucun philosophe avant elle. Elle les voit comme des acteurs malgré eux. Les comédiens d’une performance répétée chaque jour, presque à leur insu. Des interprètes plus ou moins conscients d’un rôle écrit d’avance, plein de citations obligatoires : incarner une femme, paraître un homme. " Chacun d’entre nous fait l’homme, mime la femme, à sa manière, explique-t-elle. Voyez ces hommes, ils déclinent le "dress code" des employés mâles, le costume, la cravate, les cheveux courts. Ce garçon, plus loin, porte des bijoux, les cheveux plus longs, mais il reste habillé en homme. Il ne porte pas des hauts talons ou une perruque, comme un homme de cour au XVIIIe siècle. Ils sont en représentation sans le savoir, ils jouent l’homme contemporain, cela se répercute jusque dans les détails, leur parfum pour homme, la montre d’homme. Devenir un homme est une performance quotidienne, répétitive. Et une femme aussi."...

Judith Butler, 49 ans, spencer gris, pantalon noir, cheveux courts, un visage adolescent, ce sourire mystérieux, la philosophe américaine par qui le grand questionnement du genre sexuel est arrivé, tourne son regard vers la terrasse du café Rostand et reprend, souriante : " Nous perpétuons notre genre chaque jour, sans même y penser, presque malgré nous. Voyez ces jeunes filles, elles reprennent la "girl culture" à la mode, le ventre nu, les jeans serrés. Chacune apporte sa touche personnelle, travaille un style bien à elle. En même temps, devenir une jeune fille sexy est une entreprise qui les dépasse. Elles n’ont pas créé le rôle. Les codes de leur féminité, maquillage, chevelure, habillement, ont été fabriqués en dehors d’elles à l’intérieur d’une culture “fille”, avec des journaux “filles”, des “féminins”, toute une longue histoire."

"Défaire le genre" est le titre du nouvel ouvrage de Judith Butler, professeure de rhétorique et de littérature comparée à l’université de Berkeley, déjà auteure en 1990 de "Trouble dans le genre", (La Découverte, 2005), grand œuvre philosophique des nouvelles études américaines sur la sexualité : les gender studies, les " études sur le genre ", une nouvelle discipline au carrefour de l’anthropologie, la sociologie et la philosophie qui, en quinze ans, a secoué toute notre conception du sexe, du genre, de notre identité – mais aussi le féminisme. L'ouvrage a été pubié en France après quinze ans d’attente - ce qui révèle la véritable omerta sur ces questions au sein de la philosophie française officielle : menée par la vague des "nouveaux philosophes" qui a désespérément tenter d'éradiquer la philosophie du désir, les apports de la "pensée 68" (en commençant par Deleuze-Guattari), les oeuvres de Foucault, Baudrillard, Virilio et tant d'autres, comme celles du fémininisme radical (de Monique Wittig à M.H Bourcier, etc), méprisant la richesse des "gender", "sexual" et "cultural studies" américaines.

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"ON NE NAIT PAS FEMME..."

Les gender studies poursuivent le travail sacrilège commencé par les féministes du xxe siècle, récuser l’idée commune que la hiérarchie entre les genres, la définition d'une "condition féminine" et l’existence même de la notion de " la femme ", et tout ce qui l'accompagne - depuis les tenues féminines jusqu'à la prétendue différence d'intelligence entre les hommes et les femmes, leur statut social secondaire, leurs salaires moins élevés, leur place dans la hiérarchie sociale et politique, etc - qui seraient naturelles, biologiques, normales. Evidentes. Pourtant, à y regarder dans le détail, toutes ces descriptions de cette fameuse "Femme", considérée comme la femelle de l'homme, racontent une veritable légende, toute fantaisiste, autour d'une créature toujours imaginée comme une sorte d'autre espèce humaine, un autre être plus ou moins inférieur, pensant différemment, et vouée à l'enfantement et la séduction des hommes. Une "FEMME". Une créature, pas un créateur.

Dans le "Deuxième Sexe" Simone de Beauvoir inaugurait ces recherches en écrivant sa célèbre phrase-manifeste "On ne nait pas femme, on le devient", qui séparait avec fracas le sexe biologique du sexe social et culturel : le genre. Elle démontre en 1000 pages combien la construction de " la femme ", plus bête mais plus " intuitive ", moins " spatiale " mais douée d’"instinct" , nulle en math mais douée pour les travaux manuels, facilement amoureuse et moins portée sur le sexe que l'homme, emportée par l'instinct maternel et par la même plus pacifique, etc, toutes ces fadaises partout présentées commes acquises, passe toujours par des apprentissages, des contraintes, des initiations, un dressage – dans ses rapports aux hommes, à la loi, au pouvoir, au travail, jusqu’à sa manière d’enfanter "dans la douleur". Toutes ces mises en scène, ces obligations, ces symboliques - sans oublier les violences conjugales et l'infériorité sociale - varient, évoluent selon l’histoire, les religions, les civilisations - et les luttes des femmes. Bref, la construction du "genre femme" ne saurait s'expliquer, ni se justifier, par la différence biologique des sexes. En effet, pourquoi avoir un vagin interdirait-il de voter ? – comme en France jusqu’en 1945. D'être payée comme un homme à travail égal ? comme aujourd’hui encore dans toute l’Europe. Ou vous obligerait à sortir voilée, ou déguisée en bimbo dans les rues ? Le sexe et le genre sont séparés, voilà ce que nous ont appris Simone de Beauvoir, puis les gender studies. Tout comme sont séparés la sexualité et le sexe biologique : d'avoir un pénis, par exemple, vous obligerait à ne pas être pénétré, à ne jamais être "passif", etc ? Tout comme le sont le genre et la sexualité : de vous habiller, vous présenter en femme ne vous interdit d'aimer des femmes, des hommes, ou de porter la nuit une ceinture-godemiché ? La sexualité nous disent les gender studies, tout comme Judith butler et Michel Foucault , est un art - tout comme le genre est une forme de théâtralisation.

On ne naît pas femme, mais on naît la femme d'une certaine société, que chaque femme met en scène tous les jours, presque malgré elle... Car pour devenir et maintenir son genre, cet homme ou cette femme, il faut montre Judith Butler s'engager dans une sorte d’"activité incessante et répétitive ", devenir femme, la jouer, se rendre séduisante, s'habiller comme il se doit, se socialiser comme il se doit : en jupe, maquillée, chaussée haut, à la mode, parfumée, etc. Nous nous fabriquons masculin ou féminine chaque matin, " en partie sans en avoir conscience et sans le vouloir ", dit Butler, mais "sans que cela soit pour autant automatique et mécanique ". Nous perpétuons notre genre et tout l'apparât du genre, sans cesser, face aux autres, en entrant dans un système exigeant, obligatoire, plus ou moins souple ou coercitif, associé à des apparences attendues, des normes sévères, des codes de séduction. "C’est une pratique d’improvisation qui se déploie à l’intérieur d’une scène de contrainte ", écrit Judith Butler dans "Défaire le genre".

COMEDIANTE !

Le genre, n'est-ce pas flagrant, aveuglant, le diable présent dans les détails, est notre première cérémonie sociale, la grande parade quotidienne - toute une discipline, une esthétique du corps. Cette cérémonie, nous la jouons avec plus ou moins de passion, nous en sommes à la fois l’auteur et le second rôle - d'un premier rôle archétypal, social. Nous le composons et le recomposons avec zèle et insistance, chaque jour, nous l'habitons, nous l'interpétons, nous nous en amusons autant que nous le subissons. " On voit bien toute cette mise en scène, analyse Judith Butler, dans les efforts des travestis et des transsexuels pour ressembler à des femmes. Ils nous en révèlent à leur manière les artifices, les déguisements…" On le retrouve dans tout ce rituel exacerbé, cette parodie, ce théâtre pour paraître “féminine”, que déploie ceux qui veulent ressembler aux femmes - des travestis aux actrices -; un phénomène qu'elle a décrit avec soin dans son premier livre "Trouble dans le genre".

A l’écouter, on se dit que le travesti n’est pas seul à nous révéler cet intense travail d’apparences. Nous observons chaque jour cette " performance " dans certaines outrances d’allure, un exacerbation de son genre, une féminisation outrée et parodique visible tant chez certaines femmes, qu'au cinéma. Prenez l’extravagante Jayne Mansfield dans "La Blonde et moi", quand elle exagère son personnage de bombe sexuelle et de "ravissonte idiote", se dandinant toute la journée et poussant des petits cris fous. En vérité – elle le dit tout au long du film –, elle rêve de vivre tranquillement à la campagne, sans toute cette séduction terroriste, avec un mari et quatre enfants. Mais elle sacrifie à son rôle de bimbo. Combien de femmes se sont demandé la même chose : que feraient-elles si elles n’étaient pas enfermées dans le rôle sexy, apprêté, décolleté, monté sur talons aiguilles qu’on attend d’elles - d'ailleurs, qui ne connait des femmes qui ne mettent leurs escarpins qu'en chambre, juste pour le trouble : c'est trop pénible pour se tordre les chevilles dans les rues.

Tout ce jeu du paraître pose une série de questions pièges : qu’exige mon genre ? Jusqu’où dois-je l’interpréter ? Femme, dois-je montrer mes jambes en ville ? Jusqu’au genou, à mi cuisse, plus haut ? Dois-je répondre aux hommes qui regardent mes jambes, puisque je les allume ? Homme, dois-je m’énerver et me battre à la première querelle grave pour montrer ma virilité ? Refuser certaines caresses non " masculines ", certains plaisirs... ? Jusqu’où vais-je assumer mon personnage de " macho " – de " vrai " homme ? S’apercevoir que tout cela ne va pas de soi engendre ce " trouble dans le genre " dont parle Judith Butler – et parfois cette " mélancolie " d’être constitué malgré soi, hors de soi, comme sujet achalandé de désirs, ou prisonnier d'eux, d’être fabriqué en dehors de soi, sur une autre scène. Autrement dit d'être enfermé chaque jour dans des normes viriles et féminines, parfois figées et drastiques, imposées, jusqu'à ressentir une forme d'aliénation. "Je suis persuadée qu’au café Rostand, sourit Judith Butler, promenant son regard acéré, chaque client a ressenti un jour ce type de malaise. "

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LES CORPS PARLENT

Bien sûr, Judith Butler ne pense pas qu'on change de genre en se travestissant - les sexes biologiques, les désirs demeurent. Elle sait combien les corps parlent, s'attirent, se troublent entre hommes et femmes - mais aussi femmes et femmes, hommes et hommes -, combien l'envie sexuelle joue, s'investit et se cherche à l'intérieur des rituels du genre, leur cinéma, leurs codes, leurs répétitions - elle est revenue sur tout cela dans son livre "Bodies that matter ("Les corps cela compte", toujours pas traduit). Le genre, y écrit-elle, est d'abord "performatif" - il induit une réalité individuelle pour les autres, il nous réalise comme homme ou femme dans une société bien catégorisée en hommes et femmes, socialement, mais aussi au niveau des attirances, sinon des pulsions sexuelles. Le genre n'est donc pas seulement une "performance", du théâtre, il exprime des désirs pour un autre corps, il se manifeste par des élans, des troubles. On ne change pas ses désirs, ni de genre sexuel, juste en changeant de tenue - seulement, comment ne pas voir aussi combien les répresentations classiques du genre, leur mise en scène, leurs rituels de différenciation dès l'enfance, toute la médiatisation et l'esthétique qui les accompagnent opérent en retour sur les désirs, les limitent, les réifient - telle est la question ." La logique hétérosexuelle, écrit Judith Butler, qui exige que l’identification et le désir soient mutuellement exclusifs est l’un des instruments psychologiques les plus réducteurs de l’hétéroxexisme : si l’on s’identifie à un genre donné, on doit désirer un genre différent. D’une part, il n’y a pas de féminité unique à laquelle on pourrait s’identifier, au sens où la féminité offre elle-même toute une série de sites d’identification, comme l’atteste la prolifération des possibilités occupées part les lesbiennes féminines. D’autre part, c’est mal décrire les échanges dynamiques complexes des relations gays et lesbiennes que de supposer que les identifications homosexuelles sont le reflet ou la copie les unes des autres.” VIOLENCE DE GENRE

Quand elle était adolescente, les parents de Judith Butler l’ont envoyée chez un psychiatre pour la guérir de son attirance pour les femmes. Elle a raconté sa visite au journal Têtu en juillet 2005 : " Le médecin m’a demandé de parler de moi, il m’a posé des questions sur ma petite amie, sur mon père et ma mère, comment j’ai grandi (…). A la fin, il m’a dit : “Vous avez beaucoup de chance de pouvoir aimer qui vous voulez. Je ne crois pas que vous ayez le moindre problème. C’est plutôt votre mère qui devrait venir me voir…” "

Depuis, Judith Butler a rejoint les associations qui militent contre l’homophobie et le conformisme - en effet, à la coupure radicale entre les genres, il faut ajouter celle, tout aussi forte, et normative, entre les hétérosexuels et les homosexuels. Dans "Défaire le genre", elle s’intéresse aux dossiers sensibles liés à l’évolution des mœurs contemporaines qui ont fait irruption dans le débat politique aux Etats-Unis comme en France : mariage homosexuel, homoparentalité, légalité et minorités, ostracisme. A la suite de Michel Foucault, elle réfléchit à ce que pourrait être un droit tolérant – une éthique non répressive. Pour se faire bien comprendre, elle prend pour exemple les enfants nés " intersexués ", c’est-à-dire les hermaphrodites vrais, les pseudo-hermaphrodites masculins et les pseudo-hermaphrodites féminins. Ces cas représentent au moins 1,7 % des nouveau-nés. Pourtant, ces êtres humains, souvent considérés comme des " monstres ", n’existent pas pour nos sociétés. Ils sont généralement opérés à la naissance, transformés en femme ou en homme sur décision des parents et des médecins. Judith Butler y décèle l’intolérance sociale sur la question du genre : " Ici, écrit-elle, un modèle de l'humain” requiert des morphologies idéales, impose des contraintes de normes corporelles (…). Elles font une différenciation entre ce qui est humain et ce qui ne l’est pas, entre les vies jugées vivables et celles qui ne le sont pas." Judith Butler demande pourquoi un hermaphrodite – cet idéal des Grecs anciens – ne pourrait-il connaître pas une existence " vivable ", sinon épanouie ? "

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LES HERMAPHRODITES OUBLIES

"Les intersexués remettent radicalement en question le principe qui règne dans nos sociétés, selon lequel la différence sexuelle entre les genres doit être établie ou maintenue à n’importe quel prix". Aux Etats-Unis, des mouvements d’opinion ont fait pression pour convaincre les médecins de cesser d’opérer systématiquement les nourrissons. : les transformer en homme ou en femme. Attendons, demandent les militants, que les enfants atteignent l’âge adulte pour choisir leur genre, ou, s’ils le souhaitent, demeurer hermaphrodites.

Judith Butler affirme que la " violence de genre " qui s’exerce aux marges de la société sur les minorités sexuelles et les transgenres nous concerne tous. Pour des raisons d’éthique. Mais aussi parce qu’elle s’exerce en secret sur tous les êtres humains, confrontés d’une manière ou d’une autre à la tentation des glissements hors des normes, vers plus de singularité sexuelle, plus de bi-sexualité, plus de jeu, qu’ils se pensent " normaux " ou pas. Elle s'exerce aussi ouvertement dans d'innombrables situations dites de "violence conjugale", où les hommes se montrent toujours - aujourd'hui en Europe - agresseurs à 90%. Ces violences tournent parfois très mal, allant jusqu'à l'assassinat (100 femmes battues meurent chaque année en France, une tous les trois jours). Aujourd'hui encore, la législation française appelle souvent hypocritement ces violences des "crimes passionnels" (4700 en France l'année dernière, toujours le fait d'homme jaloux, quittés ou craignant d'être quittés), leur accordant parfois les "circonstances atténuantes" du crime d'amour. Ce qui devrait inquiéter le législateur : la notion de " crime passionnel" des hommes étant ici assimilé à la folie et à l'irresponsabilité de ses actes. Aujourd'hui en Espagne, suite aux études menées par les associations de femmes battues, le "crime passionnel" n'existe plus comme catégorie pénale : il a été remplacé par celui de "violence de genre".

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UNE SOCIÉTÉ RESPIRABLE

La résistance au mariage homosexuel et à l’adoption homoparentale, que ce soit en France ou aux Etats-Unis, révélerait, selon Judith Butler, une autre forme de la domination des normes hétérosexuelles et de genre. Sur ces questions, elle s’est d’ailleurs retrouvée mêlée à notre débat hexagonal sur le PACS, la parité et l’homoparentalité. En février 1999, la philosophe Sylviane Agacinski écrivait dans Le Monde un article (" Contre l’effacement des sexes ", 6 février 1999) où elle prenait ouvertement parti contre Judith Butler et la "gender theory" : elle défendait " la différence des sexes " et le couple hétérosexuel comme un des fondements de notre vie psychique - de notre humanité elle-même. Elle y rejetait avec force l’idée que des homosexuels puissent former des liens de parenté reconnus par l’Etat – une position reprise depuis par nombre de dirigeants socialistes français, notamment Ségolène Royal.

Sur ces questions, Judith Butler répond sur le fond dans " La parenté est-elle toujours déjà hétérosexuelle ? " (Défaire le genre), mais aussi dans son essai "Antigone" (éd. Epel, 2003). S’appuyant sur les nouveaux travaux des anthropologues sur " les structures élémentaires de la parenté ", elle soutient que le rôle primordial de la parenté hétérosexuelle dans l’apparition de la culture n’a jamais été démontré - des études sur "la mascarade des sexes", les changement de rôle sexuel dans de nombreuses sociétés "premières" le révèlent assez. Tout comme d’ailleurs l’universalité du complexe d’Œdipe chère aux freudiens, et de l’" ordre symbolique " défendu par l’école lacanienne, pour qui le " phallus " reste le " symbole majeur de l’inconscient " - et comme tel fondateur de notre équilibre psychique. Sur ce dernier thème, Judith Butler ironise : " Ce fameux “ordre symbolique”, qui interdirait aux lesbiennes de devenir des parents et de former des couples, et structurerait toute notre vie psychique, me semble avoir une grande autorité en France. Mais nulle part ailleurs ! Aussi, on peut sérieusement se demander s’il ne s’agit pas d’une notion culturelle très contingente, et historiquement variable.

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BLESSURE SOCIALE

Interrogée sur les conséquences néfastes de la légalisation de l’homoparentalité telles qu’annoncées par la philosophe française Sylviane Agacinski (et le monde politique français en général, excepté une frange du parti socialiste), Judith Butler, qui élève un enfant avec sa compagne, s’énerve : " L’idée commune et conformiste qu’un enfant souffrira nécessairement sans père biologique, ou avec deux parents gays, circule parmi ceux qui vivent très éloignés des nouvelles structures sociales et familiales développées depuis des années. Aujourd’hui, riches de toute cette expérience, on peut affirmer sans risque que des enfants élevés dans des conditions non conventionnelles s’épanouissent exactement comme les autres, aussi bien et aussi mal, tout dépend de l’attention et de la protection que leur donnent leurs parents ! "

Judith Butler voit dans le rejet du mariage homosexuel et de l’homoparentalité une dangereuse tentative de " déréaliser " toute forme d’amour non hétérosexuelle : " L’idée que seules les relations hétérosexuelles sanctionnées par l’Etat sont légitimes entraîne des conséquences qui vont bien au-delà de la blessure affective ou de l’offense. Elle signifie des choses très concrètes. Si votre amant ou amante est hospitalisé, vous ne pourrez peut-être pas lui rendre visite. S’il ou elle meurt, son corps ne vous sera peut-être pas confié. Cette absence de légitimation étatique peut susciter dans le psychisme l’émergence d’un doute de soi, envahissant, voire fatal. Si vous perdez réellement votre amant ou votre amante, alors qu’il n’a jamais été reconnu comme tel, est-il possible d’en faire le deuil public ? Ce problème est devenu très aigu dans les communautés homosexuelles en raison des morts du sida. "

Mais Judith Butler pose aussitôt une autre question. La reconnaissance légale du mariage et de l’adoption homosexuels ne va-t-elle pas légitimer un nouvel ostracisme envers tous ceux qui refusent de se marier, développent des relations sexuelles hors mariage, refusent la monogamie entendue comme fidélité obligatoire et norme conjugale, et ne choisissent pas de s’assagir selon les nouvelles normes – ceux qui, selon Michel Foucault, séparent l’" alliance amoureuse " et la recherche du plaisir, pensées comme indépendante et non contradictoire ?

"Comment se fait-il que nous abandonnions tout le pouvoir de reconnaissance à l’Etat, demande Judith Butler dans "Défaire le genre", au moment même où nous insistons pour dire que nous sommes irréels et sans reconnaissance du fait de l’Etat ? N’y a-t-il pas d’autres manières de nous mobiliser pour défier les régimes existants ? " L’enjeu politique, selon Judith Butler, est de rendre notre société " respirable " pour tous.

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QUEER NATION

Presque malgré elle, Judith Butler est devenue une icône du courant "queer", le nouveau mouvement homosexuel apparu dans les années 1990 aux Etats-Unis. "Queer" est au départ une injure lancée par des "straights" - des gens qui méprisent toute forme de sexualité non hétérosexuelle - contre des homosexuels, au même titre que " tapette ", "pédé", etc. En 1990, un groupement d’activistes féministes, lesbiennes et gays américains liés à Act Up reprend le mot, le détourne pour en faire une revendication. Etre "queer", au sens strict "bizarre", "tordu", c’est d'abord être différent, dans sa manière d'aimer, de faire l'amour, de vivre sa sexualité - et l’affirmer devant le monde entier. Aux Etats-Unis, la " Queer Nation " se présente aujourd'hui comme la communauté de ceux qui se revendiquent " étranges ", " déviants " au regard des normes hétérosexuelles. Ses militants sont implantés dans les universités, où ils développent les " gays and lesbians studies " et autres "queer sutides", tout en lançant des actions spectaculaires. Pendant les " queer nights out ", ils s’embrassent en public, se déguisent, se montrent dans leur originalité.

Il s’agit pour eux de " sortir du placard, sans entrer dans le ghetto ". En Europe, le mouvement se développe, participe aux carnavalesques " gays parades " ; en France, les " études sur le genre " gagnent l’Université grâce à des sociologues comme Marie-Hélène Bourcier ou Eric Fassin. La visibilité des queers s’accroît. Des romans gays connaissent de vrais succès d’édition, comme les Chroniques de San Francisco, d’Armistead Maupin. Des icônes queer apparaissent, et pas seulement dans les marges et l’avant-garde, mais dans les oeuvres d'artistes célèbres : Madonna et son " Girlie Show ", les travestis des films d’Almodovar, Jennifer Beals, l’héroïne de " L World ", le premier feuilleton lesbien grand public, les noctambules de la série télé " Queer as Folks ", sorte de " Sex and the City " version gay. En France, même TF1, chaîne grand public très conventionnelle, a lancé avec succès une émission queer où des homos chics et séduisants relookent des hétéros plutôt frustes. Et sur France 2, la bizarre " Samantha " fait son cirque chaque soir...

Quelles relations la professeure Judith Butler entretient-elle avec les mouvements militants dont certains se revendiquent de sa pensée ? " J’ai travaillé très tôt avec Queer Nation et Act Up, dans le cadre de la Commission internationale gay et lesbienne pour les droits de l’homme. Je leur ai conseillé de constituer un grand mouvement non identitaire, d’éviter le communautarisme, de rassembler tous ceux qui soutiennent une plate-forme politique claire contre l’homophobie. Je leur ai proposé d’organiser des manifestations dramatiques et théâtrales, mettant en scène la vie et la mort, révélant au public toutes ces vies gâchées. De manifester sans en avoir honte, sans les renier, même si ce sont des vies minoritaires. "

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CITOYENNE PARADOXALE

En 1988, une autre figure des gender studies, l’Anglaise Denise Riley, réfléchissant sur les enjeux des luttes féministes, écrivait " Suis-je ce nom ? " (Am I that Name ?, éd. MacMillan). Elle s’interrogeait : dire " Je suis une femme " – ou " un homme " – suffit-il à fonder un sujet ? Non, répondait-elle, je ne suis pas mon genre, d’être une femme ne me définit pas entuiérement, ou mal, ou s peu. Et s’interrogeait alors : le féminisme ne fait-il pas fausse route à vouloir défendre " la Femme ", la prendre comme sujet de son combat ? Quel féminisme promulguer dès lors qu’on pense " la Femme " comme une construction sociale à l’intérieur d’une histoire dominée par les hommes ? Quelle est cette " citoyenne paradoxale ", comme l’appelle la philosophe Joan W. Scott, qui revendique en tant que femme de ne plus être traitée comme une " femme " ? A cette question, Judith Butler répond qu’elle reste féministe. Pourquoi ?

"Dans les années 1970, Monique Wittig, philosophe française, écrivait de façon provocante : “Une lesbienne n’est pas une femme.” Elle pensait qu’une lesbienne, en refusant tous les signes officiels de la féminité, crée sa propre identité. S’invente elle-même. Je crois que Wittig se trompe. Je ne crois pas que nous soyons capables de nous recréer librement à chaque instant. Il n’existe pas de sujet libre, ayant un désir pur, totalement dégagé des relations sociales. des conflits de pouvoir et des normes du genre. Aujourd’hui, les femmes sont toujours assujetties. Voilà pourquoi je ne me dis pas “post-féministe”. Je suis féministe. Il me paraît tout à fait possible de se dire féministe tout en affirmant qu’il n’existe pas une “nature” ou une “essence” de la femme. Selon moi, les termes de “femme” et d’“homme” restent des catégories politiques importantes. Nous les utilisons comme des expressions instables, toujours en cours d’élaboration, tout en continuant à les employer pour dénoncer les inégalités et se battre pour leur abolition. "

Judith Butler citoyenne et féministe paradoxale

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>BIBLIOGRAPHIE

Défaire le genre. Ed Amsterdam. 220 pages. 20 €. Sur l’homoparentalité, les combats pour le droit.

Trouble dans le genre. La découverte 2005. 280 pages. 23 €. Le grand oeuvre, un classique universitaire avec une préface éclairante du sociologue Eric Fassin.

Humain, inhumain. Le travail critique des normes. Ed Amsterdam. Entretiens. 200 pages. 15 €. Un tour de piste des grands thèmes butleriens.

Vie précaire. Le pouvoir du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001. Amsterdam 2005. 150 p. 15 €. Un ouvrage de réflexion politique : comment préserver un esprit critique dans l’Amérique de Bush ?

La vie psychique du pouvoir. Ed Léo Scheer 2002. 150 p. 15 €. Une réflexion sur comment le genre, les normes et le pouvoir nous constituent comme " sujet" - et comment nous conservons " une capacité d’agir "?

 

jeudi, 08 mai 2008

MINCE POUR TOUJOURS.

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NEWS NEWS NEWS L'Assemblée nationale a approuvé mardi 15 avril, en première lecture, une proposition de loi UMP réprimant l'incitation à l'anorexie, y compris sur internet, en fixant une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Le texte a été approuvé avec les seules voix UMP, auxquelles s'est jointe la députée PS de Gironde Michèle Delaunay. Les groupes PS et GDR (PCF-Verts) se sont abstenus sur ce texte qu'ils ont qualifié "d'affichage", dont la "seule approche est celle de la répression" - sans doute, mais ne fallait-il pas agir vite ?
Depuis la mort par anorexie de la top-modèle Ana Carolina Reston, en novembre 2006, à l'âge de 21 ans, suivie de plusieurs cas de malaises survenus pendant des défilés en Italie et aux Etats-Unis, suite à la décision du festival Moda Barcelona de refuser des mannequins trop maigres, le ministre de la santé Xavier Bertrand avait diligenté début 2007 un groupe de travail sur l'« image du corps » dans la mode et la publicité pour évaluer son impact - réel ou supposé - sur la population jeune. Celui-ci a tenu une première réunion en mars 2007 en présence de représentants d'agences de mannequins, des consommateurs, des professionnels de la mode, des associations de personnes obèses et anoréxiques, des médecins ainsi que des publicitaires, dont Hervé Brossard, président de l'Association des agences conseils en communication (AACC) et vice-président de DDB Worldwide. Présidé par le pédopsychiatre Marcel Rufo, le groupe d'étude devait proposer des propositions portant sur l'image du corps, jugée excessivement "mince" voire pathologiquement maigre. Suite aux travaux de cette commission, "une charte d'engagement volontaire sur l'image du corps et contre l'anorexie" a été signée, mercredi 9 avril 2008, par des professionnels de la mode, de la publicité et des médias, et la ministre de la santé, Roselyne Bachelot. Ainsi le Bureau de vérification de la publicité, la Fédération française de prêt-à-porter féminin ou encore le Syndicat des agences de mannequins s'engagent "à ne pas accepter la diffusion d'images de personnes, notamment si elles sont jeunes, pouvant contribuer à promouvoir un modèle d'extrême maigreur". Ils se proposent encore de "sensibiliser le public à l'acceptation de la diversité corporelle (...) en évitant toute forme de stéréotypie qui peut favoriser la constitution d'un archétype esthétique potentiellement dangereux pour les populations fragiles".

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(Campagne publicitaire d'Oliviero Toscani contre l'anorexie)

En regard de ces tentatives pour réfléchir à la puissance des normes culturelles et alimentaire régentant l'actuelle "girl culture", comme à l'image univoque de la femme mis en avant par la vogue de l'extrême minceur, voici une enquête sur l'angoisse de grossir et la peur de manger telles qu'elle sont véhiculées par les innombrables ouvrages consacrés aux régimes et la diététique, certaines campagnes publicitaires vantant les vertus du "light" et l'allégé - sans oublier beaucoup de journaux féminins. (enquête publiée dans le Monde 2 - 18 mars 2007)

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Le printemps approche, ouvrons un magazine féminin fameux aux pages «diététiques». Le régime de restriction est décrété d’emblée. D’autorité. Femme, il faut se méfier de tout plaisir, et même des plus anodins. « Attention, on repère les faux-amis ! » prévient l’article diététique du numéro. Les faux-amis ? Le champagne doux (sucré), les bulots (plus caloriques que les huîtres) et les petites gaufrettes (trop minces pour être honnètes). Suivent 35 injonctions à la méfiance alimentaire, assortis d’impératifs catégoriques : « On zappe le riz et les pâtes », « On désamorce l’apéro », « On mange et on boit froid », « On se méfie du light », « On allège la fracture fromagère ».

"ON" c'est qui ? C'est toutes les femmes.

« On traque le sucre », « On croque des carottes crues », « On s’entraîne au forking », c’est-à-dire qu’on mange à la fourchette en écartant … le pain, les saucissons, les biscuits, les fruits (pris avec les doigts), les laitages, la soupe, la compote (prise à la cuiller), le beurre, le pâté, les pizzas et les fruits à écorcer (traités au couteau).

Et surtout : « On ne se prive de rien.»

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