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  • ON NE PRETE PAS QU'AUX RICHES. ENQUÊTE SUR LE MICRO-CREDIT ET MOULTES HISTOIRES DE CREATION D'ENTREPRISES INDIVIDUELLES EN FRANCE PAR DES LICENCIES ET DES CHÔMEURS

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    NEWS NEWS NEWS Avant la récession, quand on parlait de micro-crédit, beaucoup pensaient aux associations du Bengladesh, d'Inde, ou encore au prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, la banque des pauvres. Que l'on se détrompe. L’Association pour le Droit à l’Initiative Economique (ADIE), propose des microcrédits en France depuis vingt ans, et a déjà sorti 60 000 personnes de la précarité. A l’heure de la débâcle des institutions financières, elle développe une stratégie permettant à des chômeurs, des rmistes, des gens en fin de droit, des jeunes sans travail, des qualifiés sans emploi à leur mesure, des licenciés, des femmes seules de créer leur propre actiivité, et leur "auto-entreprise". Enquête auprès de celles et ceux, précaires de tous âges et tous milieux, à qui l’ADIE a permis de rebondir dans toute la France (publié dans le Monde 2, 28/02)

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    Tant va la croyance à  la vie qu'à la fin elle se gagne. Lorsque Fatiha quitte l’Algérie pour Marseille, en 1998, avec sa famille, elle a 15 ans. Son père, naturalisé français, est coiffeur. Elle passe un BEP de comptabilité. A 18 ans, menue, jolie, des yeux noisette, elle multiplie les stages. Elle fait ensuite une formation de secrétaire médicale. Encore des stages. « Je faisais l’accueil, répondais au téléphone. » Fatiha commence alors à faire le tour des entreprises marseillaises. Petits boulots, stages à nouveau. Elle a 21 ans. Avec sa famille, quatre sœurs, deux frères, elle vit dans un petit appartement des quartiers Nord. Le père a longtemps exercé en Algérie mais, n’ayant pas le brevet professionnel français, il ne peut se mettre à son compte. Il fait des remplacements dans un salon. Fatiha décide d’apprendre à coiffer, espérant profiter des contacts de son père. Elle suit un apprentissage, 4 000 € pour l’année. Papa paye la moitié, le conseil général l’aide. La voilà avec un CAP. La course à l’emploi recommence. « Je faisais les shampoings, je balayais. » Fatiha a 23 ans...

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  • CRISE ECONOMIQUE. HERNANDO DE SOTO, ECONOMISTE PERUVIEN, AUTEUR DU CLASSIQUE "LE MYSTERE DU CAPITAL" (2000) : "LES PAUVRES NE SONT PAS LE PROBLEME, ILS SONT LA SOLUTION"

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    NEWS NEWS NEWS "Les conséquences économiques de la crise financière seront beaucoup plus graves pour les pays en développement que pour les pays riches", déclarait au Monde fin octobre Kemal Dervis, le dirigeant du Programme des Nations unis pour le développement (PNUD). Ancien ministre des finances du gouvernement turc, defenseur du multilatéralisme, il plaidait jusqu'à ce jour - "dans le désert" selon Le Monde - pour que les pays du G7 tiennent enfin leur promesse d'augmenter leurs aides.  Ce qui semblerait juste, la récession en cours de l'économie mondiale provenant de la vie à crédit des Etats-Unis et des égarements financiers des pays riches. Quelques jours plus tard, j'interrogeais l'économiste péruvien Hernando de Soto, spécialiste de la question de la pauvreté et des droits économiques des pauvres, en vue  d'un "grand entretien" sur la crise actuelle. Il s'étonnait à son tour de la "coupure d'avec la réalité" de l'Occcident et plaidait pour la reconnaisance juridique des biens des pauvres - un combat qu'il mène à l'ONU avec l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright (paru dans Le Monde 2, le 8 nov 2008)

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    « Les pauvres ne sont pas le problème, ils sont la solution » écrit l’économiste péruvien Hernando de Soto dans son ouvrage devenu un classique « Le mystère du capital » (Champs, Flammarion, 2005). « Pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs ? » interroge-t-il en ouverture de l’ouvrage. Les habitants des pays du Sud sont donc arriérés et stupides, comme le proclament les racistes ? Ils n’ont pas développé une culture appropriée, comme le prétend le conservateur Samuel Huntington, professeur en sciences politiques à Harvard ? La pauvreté les étouffe et les handicape ? Alors, demande l’économiste, pourquoi les pays du Sud regorgent-ils de commerçants, de vendeurs, d’entrepreneurs ? Qu’est-ce qui les empêche de se développer, faire fructifier leur capital, leurs talents ? Après des années d’études de terrain dans les pays pauvres, Hernando de Soto croit connaître une partie de la réponse. Dans les pays pauvres, les trois quarts des habitants n’existent pas légalement. Ils ne possèdent pas d’extraits de naissance, leurs maisons et leurs bidonvilles n’ont aucun titre de propriété, leurs entreprises, leurs commerces tournent sans responsabilité juridique, sans vraie comptabilité, les contrats se font à l’amiable. Les pauvres sont illégaux dans notre monde, voilà le problème. Plus exactement « extralégaux ». Ils ne peuvent passer contrat avec le centre ville, encore moins entrer dans l’économie mondialisée. Toutes leurs richesses constituent un immense « capital mort » : par exemple le capital immobilier extralégal des pays émergents et l’ancien bloc communiste représenterait deux fois la masse monétaire en circulation Etats-Unis, soit 9300 milliards de dollars.
    « Les pauvres sont plus riches qu’on ne le pense » affirme Hernando de Soto. Voilà pourquoi il se démène depuis des années pour lancer la « révolution juridique » qui donne droits et titres de propriétés aux extralégaux des villes, aux paysans pauvres - ce qui lui a voulu d’être condamné à mort par les guérilleros du Sentier Lumineux au Pérou. Il commence d’être entendu. L’ONU soutient désormais la « commission de démarginalisation des pauvres par le droit » qu’il a fondé avec l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright. Entretien sur la crise actuelle avec un économiste du Sud, étonné que l’Occident ait pu à ce point oublier la réalité, et renier les fondements juridiques et réalistes du capitalisme.

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  • OBAMA EN AMÉRIQUE. EN FRANCE, LE GHETTO ANTILLAIS

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    (Barack Obama en campagne, ici à Portland. DR)
     
    NEWS NEWS NEWS. Devant une foule immense venue acclamer sa victoire à Chicago, le président Barack Obama a déclaré : "Le changement est arrivé en Amérique".  EEn effet, on compte 338 grands électeurs pro-Obama à cette heure (majorité à 270), doublée d'une majorité démocrate au Sénat, à la Chambre des Représentants, au Congrès - cela avec une participation historique,  65%, jamais vue depuis 1908. Le peuple américain, sous l'oeil de l'Histoire et du monde, a fait le choix net  d'un changement historique : élire un président jeune, "colored" et démocrate après 8 années d'une présidence liberticide, économiquement désastreuse et agressive au niveau international. En Angleterre, l'austère quotidien de centre-droit Times (centre-droit), réputées pour ses analyses mesurées, parle d'une "démocratie américaine rajeunie" : "Ce pays considéré par de nombreux Européens comme désespérément raciste et inéluctablement de droite, a élu un homme noir, à la tête d'un parti favorable à la redistribution économique et à une politique étrangère enracinée dans l'engagement diplomatique pacifique". On s'étonnera qu'au même moment, dans la vieille France des Droits de l'Homme, M. Kofi Yamgnane, Français né au Togo, secrétaire d'Etat sous François Mitterrand, déclare  dans Le Monde du 29/10/08 : "Sur ces questions ( de couleur de peau, ndlr), la France fait du surplace depuis vingt ans." Il ajoutait, rappelant que les partis politiques rechigent toujours à désigner des candidats venus de l'immigration ou des Antilles, alors que l'Antillaise Georges-Pau-Langevin, ancienne présidente du MRAP, a été élue dans le XXe arrondissement avec 62% des voix : "Le peuple français est largement en avance sur son élite politique. Les dirigeants des partis anticipent un rejet des électeurs alors que c'est faux."
     
    Sur la mise à l'écart des "gens de couleur" de l'univers politique, culturel et médiatique en France - où un présentateur noir sur TF1 fait encore scoop, où il  a fallu attendre le 6 avril 2005 pour que la Comédie Française ose une «SEMAINE DE LA CARAÏBE » avec des lectures des écrivains Derek Walcott, Jean-René Lemoine, Simone Schwarz-Bart, Ina et Aimé Césaire - voici un reportage fait pour Actuel, il y a vingt ans, sur la place faite aux Antillais dans notre grand pays républicain. On verra que Kofi Yamgnane a raison de parler d'un long "surplace" 

    11062304350738588369604France Zobda (DR)

    On doit à la France le plus étonnant des regards, cette eau si pure qui fait baisser les yeux, et cette pierre de lune brillante dans l’œil gauche, qui vous trouble. Et nous l’ignorons. Avant d'être repérée par Hollywood pour jouer "Sheena, reine de la jungle", son premier long métrage avec le premier rôle - dont elle ne s'enorgueillit pas et pour cause - France Zobda a beaucoup joué de théâtre classique.  Elle a aussi tourné un film inconnu en métropole où tous les acteurs étaient Antillais. Et c'est tout. Le cinéma français n'a pas vu cette beauté habituée aux planches, qui par ailleurs à fait ses études supérieures en France. Dans le film américain, elle s’exprimait directement en anglais - elle a une maitrise. Alors, demande-t-elle, pour quoi me confiner dans un ghetto ?

    Son arrière-grand-père portait bien un nom de chez nous, il était capitaine et il s’appelait Henri Gayemont Joliment de Marolles.

    Attention, nuance : nous allions être malhonnêtes. Il n’est pas vrai que la télévision n’ait jamais parlé de France Zobda. Une émission médicale a longuement cherché à expliquer par quel miracle génétique un regard aussi unique avait pu apparaître. Sinon ? Rien d'autre. C’est la honte. Nous sommes en 1985, deux siècles après les grandes révoltes noires contre l'esclavage. Depuis dix ans, les Antillais affluent en France, et c’est comme s’ils étaient invisibles. Je ne parle pas seulement du cinéma, de la télévision, dont ils sont absents, ou des comètes - on se souviendra de l'actrice Patrice Flora Praxo dans "L'Atlantide", "Vanille Fraise", "Le bal des casse-pieds", puis aux côté de Nicolas Cage dans "Le raccourci" ("Time to kill") . Je parle dans la manière dont on traite les Antillais dans les journaux télévisés, les médias, les partis politiques. On parle des Antilles quand une bombe fait boom, quand on juge des indépendantistes, alors on commence à s’inquiéter de ce qui pourrait se passer là-bas. Mais, c’est tout.

    Qui parlent longuement des plus fameux écrivains antillais, Maryse Condé, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Simone Schwarz-Bart qui publient toujours, attendant souvent une reconnaissance tardive ? Comment oublier Aimé Césaire, l'ami d'André Breton, un des plus grands poêtes de langue française ? Qui se souvient qu’Alexandre Dumas était Antillais ? Ou Laurent Voulzy ? Que le grand-père de Julien Clerc était de là-bas, ou la grand-mère de Chantal Goya et peu importe de quelle couleur ? Voilà le paradoxe, ils sont Français nous dit-on, donc rien à ajouter - ce serait du racisme. Mais non, ils sont aussi Antillais. Ils chevauchent, ils partagent, ils réunissent plusieurs civilisations, traditions, langues, origines, à nos cotés, certains créateurs inventent une mixture unique, des oeuvres de brassage, créolisées, qui nous enrichissent tous - cette originalité qui devrait nous interpeller.

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    Lien permanent Catégories : ENQUÊTES
  • MUHAMMAD YUNUS, PRIX NOBEL DE LA PAIX 2006 : "POURQUOI LA CRISE DES SUBPRIMES ? LES BANQUES ONT TROMPE LES GENS..."

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    NEWS NEWS NEWS. Muhammad YUNUS, le fondateur de la Grameen Bank, la banque internationale consacrée au micro-crédit - qui a sorti de la pauvreté chronique plusieurs dizaines de millions de gens - était de passage à Paris pour présenter son essai consacré au "capitalisme social" (Vers un nouveau capitalisme. Lattès, 2008). Une occasion de s'entretenir avec cet économiste et banquier atypique, alors que le système mondial du crédit connaît une faillite historique, que plusieurs grandes banques américaines et anglaises se sont effondrées, la peur de la récession gagne l’Amérique, et des dizaines de milliers d’Américains se retrouvent poussés à la rue par les organismes prêteurs.
    Que pense Muhammad Yunus de cette crise financière qui affecte durablement l'économie mondiale, et risque d'agraver encore l'appauvrissement général - les "émeutes de la faim" ont touché trente pays pauvres ces trois dernières semaines ? Comment analyse-t-il cet effondrement du système bancaire depuis la Grameen Bank, la banque des pauvres à laquelle aucun financier, aucune banque ne voulait croire - ni aider -, la Grameen Bank où les taux de remboursement dépassent les 95% depuis plus de 15 ans ?
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    Elle s’appelait Sufiya Begum. Elle vivait dans une maison de terre, à la campagne, au Bangladesh. Elle fabriquait de jolis tabourets de bambou. Son mari, journalier, gagnait l’équivalent de quelques centimes d’euros par jour. N’ayant pas d’argent, Sufiya Begum vendait tous ses tabourets à un commerçant, qui lui échangeait contre un peu de bambou - c’était son prix. Un jour Muhammad Yunus vient la trouver, étonné qu’elle gagne si peu...
    À cette époque, début 1980, après des études économiques aux Etats-Unis, le professeur Yunus doute. En 1974 et 1975, le Bangladesh a été ravagé par une terrible famine, et, raconte-t-il, il trouve alors «de plus en plus difficile d’enseigner d’élégantes théories économiques sur le fonctionnement supposé parfait des marchés libres, tandis que la mort ravageait mon pays ». Il passe à l’action, décidé endiguer la pauvreté dans la région de Jobra. Il ne comprend pas pourquoi elle est endémique. En discutant avec Sufiya Begum, il a une révélation. « Cette femme était étranglée par son prêteur. Il la condamnait à une sorte d’esclavage. Elle lui donnait toute sa collection de tabourets pour 25 cents, juste parce qu’elle ne pouvait acheter le bambou. Il lui manquait un crédit. J’ai mené une enquête. Quarante-deux villageois dépendaient des prêteurs. Tous auraient pu vivre de leur activité, avec un petit investissement. Il leur fallait, en tout, 27 dollars. Je les avais en poche… » L’idée de la Grameen Bank et du micro-crédit est née de ces rencontres.
    Aujourd’hui, après 25 ans d’existence, la Grameen Bank et les organismes de micro-crédit ony aidé à sortir de la pauvreté 150 millions de personnes à travers le monde. Le professeur Yunus a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2006. Depuis plusieurs années, il développe une nouvelle initiative à destination des exclus du monde économique : « l’entreprise sociale ». Il s’agit de lancer des business qui s’équilibrent, font vivre leurs employés, mais dont l’objectif est d’apporter un « bénéfice social ». Ainsi, il a créé au Bangladesh avec Franck Riboud, le p.d.g de Danone, la société Grameen Danone Foods. Elle vend aux habitants de Bogra des yaourts frais à bas prix, présentés dans des coques comestibles - et vitaminées. Elle permet de lutter contre la malnutrition et les carences alimentaires, et d’offrir des emplois locaux. Si l’initiative fonctionne, elle sera développée dans tout le pays. « Ce genre de petite entreprise sociale pourrait se généraliser, explique le professeur Yunus. Elle ouvre un nouveau type de marché, attentif à la pauvreté et aux besoins réels, qui va peut-être changer nos fondamentaux économiques."

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  • JANE GOODALL. "CHACUNE DE NOS BOUCHéES CHANGE LA FACE DU MONDE"

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    NEWS NEW NEWS JANE GOODALL publie chez Actes Sud un nouvel ouvrage "Nous sommes ce que nous mangeons". Née à Londres, en 1934, JANE GOODALL a bouleversé l'étude du comportement animal, en commençant par les chimpanzés dont elle a montré leur capacité à fabriquer et utiliser des outils. Son dernier livre est un cri d'effroi face à notre comportement alimentaire. Elle y révèle, suite à une enquête de plusieurs années, les grandes menaces qui pèsent sur les ressources naturelles à la base de l'alimentation de l'homme et des animaux : déforestation, surexploitation des sols, élevage intensif, pollution des océans tandis que la disparition des espèces s'accélère. Si le constat s'avère, hélas, connu, le mérite du livre du Dr Jane Goodall est de proposer des réponses immédiates. Une nouvelle politique agricole, une meilleure éducation alimentaire des enfants, un approvisionnement de proximité, la préservation des ressources en eau et en énergie, jusqu'au végétarisme
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    « WOU ! HOU ! HOU ! HOU ! WOU WOU ! ». Jane Goodall crie à la tribune. Frêle silhouette, cheveux blancs, visage illuminé.
    Les trois cents lycéens croulent de rire. «Elle vous a adressé un bonjour en chimpanzé» leur explique le traducteur. Les gamins, des tous jeunes, du CM2 à la troisième, repartent à pouffer. Ils viennent d’écouter sagement le discours de Monsieur le Ministre de l’éducation, Xavier Darcos, qui s’est excusé d’être si long. La tension se relâche. Bien vite un collégien demande la parole, Jane Goodall connaît-elle d’autres expressions en langage singe ? Elle se lève aussitôt, et lance. « Je vais vous raconter comment j’ai accueilli votre président au Gabon cet été. » Elle demande au traducteur de jouer le rôle de Nicolas Sarkozy. « Vous savez, explique-t-elle, marchant vers lui en se déhanchant, chez les chimpanzés, hélas, les femelles, hélas, doivent d’abord faire des signes de soumission pour aborder un mâle dominant… ». Elle avance baissant la tête, criaillant « HEU ! HEU ! HEU ! ». Puis elle se jette au cou du traducteur en poussant de joyeux gémissements.
    « Cela veut dire « Bonjour Monsieur Sarkozy » ! »
    Rigolade générale.

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  • HENRI ATLAN. LA GROSSESSE ARTIFICIELLE DEVIENT POSSIBLE...

    NEWS NEWS NEWS. PUBLICATION D'UN ESSAI DE HENRI ATLAN, BIOLOGISTE, LONGTEMPS MEMBRE DU COMITÉ NATIONAL D'ÉTHIQUE, TRAITANT DE LA POSSIBILITÉ DE LA GROSSESSE ARTIFICIELLE : " U.A, UTÉRUS ARTIFICIEL" (SEUIL). CETTE MEDITATION FUTURISTE - PROCHE - NOUS OBLIGE À REFLECHIR SUR LA DEFINITION DE L'HUMAIN, SUR SON ÉVOLUTION, ALORS QUE LE GÉNIE GÉNÉTIQUE BOULEVERSE TOUTE LA CONCEPTION NATURALISTE DE LA PROCRÉATION ET DE L'HUMANITÉ - UNE RÉFLEXION COMMENCÉE DEPUIS FORT LONGTEMPS SELON HENRI ATLAN. RENCONTRE (Article paru dans Le Monde 2)

    BIBLIOGRAPHIE HENRI ATLAN


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    Il est tordu sur un petit carnet, où il achève une page noircie d'une écriture serrée. Il lève le visage vers vous, il a le regard flottant, immense. Il a été interrompu.
    "Je notais quelques idées sur... comment vous dire ?... sur comment un robot pourrait agir de façon libre, vraiment indépendante. J'ai une piste curieuse. Heu bonjour…"
    Une voix gaie, le sourire tellement juvénile, lui, Henri Atlan, 70 ans, il n'arrête donc jamais. Il nous a déjà tellement appris, secoué, Henri Atlan l'esprit fertile, le médecin qui réfléchit à la disparition de la grossesse et l'accouchement dans son dernier ouvrage au titre de S.F, "U.A, utérus artificiel", le biophysicien passionné par l'éthique et la philosophie de Spinoza, le chercheur féru de la Kabbale, le matérialiste qui défend la dimension sacrée de l'être humain, l'esprit rationnel qui compte sur les mythes et les écrivains pour penser plus amplement. Il commande un café crème, un visage de chamane ou de vieux sage au cinéma.
    "-Les mythes nous aident à prendre de la distance. Ils nous montrent que nous réfléchissons à notre procréation, depuis au moins Dédale, vous savez l'inventeur de la technique qui a permis à Pasiphaé de faire l'amour avec un taureau. En résulte un enfant monstrueux, le Minotaure. C'est déjà l'histoire de la séparation de la sexualité et de la procréation, et des risques associés aux biotechnologies.

    Mythe et réalité… En 1982 naît Amandine, le premier enfant conçu par insémination in vitro. En 1983, Henri Atlan fait partie du premier Comité National d'Ethique, (avec les biologistes Axel Kahn et Jean-Pierre Changeux, l'anthropologue Françoise Héritier, le sociologue Dominique Wolton). Il devient urgent de débattre des conséquences de la maîtrise de la procréation par les techniques biologiques. Jusqu'où voulons-nous favoriser le désir d'enfant, faut-il satisfaire à "l'acharnement procréatif" de certaines mères ? Jusqu'où les biotechnologies vont-elles assouvir les désirs des humains de modifier le corps des femmes, ou celui de leurs enfants, sans risquer de les esclavagiser ? Que penser de l'insémination artificielle des mères porteuses ? Jusqu'où ira-t-on à fabriquer des couveuses ? Henri Atlan demeurera au Comité d'éthique jusqu'à l'an 2000. Il y déploiera un immense travail d'explication et de réflexion. Selon lui, il est dangereux d'attendre le bonheur de la maîtrise biotechonologique. Dangereux d'abandonner la réflexion publique, morale et politique sur les effets sociaux des découvertes. Toutes les nouvelles techniques de transformation du corps, hier la pilule, demain l'utérus artificiel -l'ectogenèse du Meilleur des Mondes- ou celles du clonage, soulèvent des problèmes moraux nouveaux. Majeurs. Ils concernent l'espèce humaine elle même. Jusqu'où voulons-nous la transformer ? Quels sont les risques ? S'opposer au clonage, n'est-ce pas comme interdire l'inceste, une loi de protection de la diversité humaine, retrouvée dans toutes les mythologies ? Quel bonheur cherchons-nous ? Irons-nous jusqu'à réaliser le mythe de Narcisse, aimant son clone à en mourir ? Toutes ces questions ne sauraient être résolues par les scientifiques, mais à travers de grands débats publics, éthiques.
    Henri Atlan fut un des précurseurs de la révolution scientifique et philosophique de ce que l'histoire des sciences appelle désormais de l'expression un peu fourre-tout : les "théories de la complexité". Difficile de résumer en quelques lignes… Disons que le temps irréversible, les effets d'engrenage, le désordre, l'aléatoire font leur entrée dans la réalité scientifique. Le monde mécaniste et horloger de la science classique se complique terriblement, en se découvrant plus instable, plus "chaotique" que prévu. Le climat, par exemple, oblige à modéliser une physique des turbulences. La biochimie découvre que le retour à l'équilibre d'une solution, passe par des moments de désordre intense de particules. L'économie se casse la tête avec les fluctuations du marché, etc.

    Henri Atlan, lui, fait entrer les théories de l'information et les lois de la cybernétique dans la biologie moléculaire. Ce faisant, il contribue à rendre encore un peu plus inquiétante, ou incompréhensible pour le profane, la conception scientifique de la nature et de la "vie". Henri Atlan le sait. Il a écrit "Entre le cristal et la fumée" pour expliquer au public quelques modèles qui régissent la matière, depuis les concrétions d'un volcan jusqu'aux volutes d'un feu. Dans "Tout, non, peut être", il combat toute réduction de l'humain, sa morale, sa liberté, au biologique, au génétique.

    " - Si nous arrivions un jour à expliquer l'ensemble de nos comportements, nos désirs, et même nos choix libres, ce ne sera en aucun cas la fin de la quête d'une vie heureuse, ni de la responsabilité. En le quittant, après cet entretien sur l'enfantement sans mère porteuse, sans accouchement, comment ne pas lui poser la question: doit-on transformer l'espèce humaine ? N'est-elle pas inaliénable, comme le défend aujourd'hui le philosophe allemand Habermas ? N'allons-nous pas instrumentaliser les corps des humains, à force d'en modifier la nature ? L'essence de l'homme, comme celle de toute créature vivante, de toute espèce évolue. Notre essence se modifie au fur et à mesure de notre histoire. C'est une idée qui est déjà chez Spinoza, pour qui Dieu est la nature, Dieu se transforme..."

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