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  • ALAIN FINKIELKRAUT, L'ANTIMODERNE

    Alain finkielkraut. Photo Fred Kihn

     NEWS NEWS NEWS La seule exactitude d’Alain Finkielkraut (Stock) vient de sortir en librairie. C'est un recueil de chroniques écrites au fil de l’actualité, entre janvier 2013 et juin 2015, à l'origine présentées à RCJ (la Radio de la Communauté Juive) et sur le magazine Causeur. Déjà très médiatisées, elles traitent de sujets sensibles, sur un ton volontiers polémique, tel que le mariage pour tous, le nouveau Front national, les manifestations du 11 janvier 2015, l’affaire Leonarda, mais aussi des révélations du magazine Closer sur les amours de François hollande ou de Django Unchained, le film de Quentin Tarentino - « une mixture d’Auschwitz et du Goulag passée au broyeur de l’industrie du divertissement » écrit-il : Finkielkraut ou la formule osée.

    Quels sont les grands axes de la pensée de l'académicien, qui se présente désormais comme l’une des grandes voix de la lutte contre la « bien-pensance », ce qui pourra sembler paradoxal au regard des thèmes qu'il aborde, depuis longtemps, dans ses ouvrages ?  Retour aux sources (Cet article a été publié en partie dans le Monde Culture&Idées

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    I - La défaite de la « haute culture »

    L’essai séminal d'Alain Finkielkraut est La ­Défaite de la pensée (1987), conclu par un retentissant : « La barbarie a donc fini par s’emparer de la culture », qui a beaucoup frappé à l'époque, alors en pleine ébullition culturelle : les radios étaient libres et émettaient dans tout le pays, sept chaînes de télévision naissaient (TV 5, Canal +, TMC, la Cinq, TV 5, TV6, la Sept, la future Arte), le prix unique du livre consolidait quelque peu l'édition, Internet fusionnait avec l'ordinateur individuel, architecture, design, cinéma, mode, photographie, presse renaissaient avec d'importants créateurs français. Qu’entend le philosophe par cette défaite ? Il l’explique dès la première page : « Le terme de culture a aujourd’hui deux significations. La première affirme l’éminence de la vie avec la pensée ; la seconde la récuse. » Hélas, ajoute-t-il, « on constate aujourd’hui qu’il est courant de baptiser culturelles des activités où la pensée n’a aucune part ». Or, celles-ci, assure-t-il, dominent désormais notre monde, partout présentées dans les médias, chez les intellectuels, les critiques, jusque par les ministres comme étant la véritable ­culture. Un affreux « relativisme » règne, si bien qu'aujourd'hui, s’indigne-t-il, « une bande dessinée (…) vaut un roman de Nabokov; un slogan publicitaire efficace vaut un poème d'Apollinaire (...); un rythme de rock vaut une mélodie de Duke Ellington (...) ».

    Quelle est-elle, cette culture qui ne pense pas,  étouffant la «haute culture» ? C’est «la culture de masse» et de «divertissement», c'est-à-dire Hollywood, mais aussi l’avant-garde « post-moderne » et les sous-cultures : «ce n’est plus seulement Hollywood qui édulcore Le docteur Jivago, écrit-il, ce sont les metteurs en scène d’avant-garde qui introduisent au théâtre l’esthétique du music-hall ou celle de la télévision et nul, ou presque, ne s'émeut». Ce sont les mille nouvelles radios qui «chantent, presque toutes sur le même air de guitare, le bonheur d’en finir avec la conversation» (il les a donc toutes écoutées). C'est le rock ou «la régression dans le simplisme absolu d’un rythme universel». Ce sont encore le reggae et toutes les musiques «pour qui le feeling l’emporte sur les mots» (rien n'est dit sur les mots à feeling). Ce sont les séries télévisées des nouvelles télévisions. C’est la chanson populaire façon Renaud. Le rap, régulièrement honni. La bande dessinée. Le graf, le street art, tous ces arts «mineurs». La mode et ses faux « créateurs ». Ce sont les comiques à la Coluche -«Coluche et Renaud font-ils partie de la culture ?». Autrement dit : pour le philosophe inquiet, une bonne part de la culture de son temps ne pense pas, elle est mineure - c'est de la basse culture. 

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  • "LE GRAND DÉSENCHANTEMENT". UN ENTRETIEN AVEC LE PHILOSOPHE BERNARD STIEGLER

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    NEWS NEWS NEWS Juste après l’échec des grandes manifestations d’octobre sur les retraites, avant la difficile conférence de Cancun sur le climat, que  beaucoup d'observateurs des désastres écologiques annoncent déjà, désespérés, vouée à l'échec comme le fut celle de Copenhague, alors que la crise économique n’en finit pas et les plans de rigueur se multiplient, voici un entretien à fois inquiet et tonique avec le philosophe Bernard Stiegler, fondateur du centre de réflexion Ars Industrialis, philosophe, auteur de l'essai « De la pharmacologie. Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue », (Flammarion,  octobre 2010).

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    Dans une cour des Halles, en face du centre Georges Pompidou, Bernard Stiegler reçoit dans une ruche de verre, toujours pleine d’étudiants, d’artistes numériques et de jeunes enseignants. C’est l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI), une association fondée à l’initiative du  philosophe par le Centre Pompidou, le Centre de Culture Contemporaine de Barcelone et Microsoft-France. L’enjeu est de croiser les recherches sur l’avenir des technologies de l’information et la communication - web 2.0, réseaux sociaux, etc – avec les problématiques des sciences humaines, l’éducation et l’apprentissage pour commencer. Bernard Stiegler a beaucoup étudié la dimension « cognitive » des nouveaux médias et d’Internet. Il a critiqué la télévision pour les enfants en bas âge, décrypté la manière dont la publicité joue sur l’affrontement entre les générations, ou encore le déficit d’attention des jeunes captés par les écrans. Parallèlement, Bernard Stiegler réfléchit encore aux questions d’économie politique et du « soin » dans nos sociétés. Dans son dernier essai, « De la pharmacologie » (Flammarion, oct 2010), il réfléchit à ce qui donne « le sentiment que la vie vaut d’être vécue », et constate qu’il se perd aujourd’hui, à un niveau massif. Face aux calamités qui frappent l’environnement, comme à la crise économique successive à l’effondrement financier de 2007, une sensation d’angoisse sur l’avenir se répand, doublé d’un sentiment d’impuissance. Ce sont les et les causes et les manifestations de cet état dépressif général que j'ai voulu discuter avec le philosophe... (entretien publié dans Le Monde Magazine)

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