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cinÉma

  • FAUT-IL INTERDIRE LES ROBOTS TUEURS (OU ARMES LETALES AUTONOMES) ?

    (Manifestation à Londres, en avril 2013, pour le lancement de la campagne « Stop Killer Robots ». COURT / AFP)

    NEWS NEWS NEWS Depuis 2012, les Armes Létales Autonomes (SALA en français), capables de faire feu et tuer d'elles-mêmes, sans intervention d'un commandement humain, sont régulièrement dénoncées par une coalition de 51 organisations non gouvernementales (ONG) coordonnée par Human Rights Watch, dans le ­cadre de la campagne internationale «  Stop Killer Robots  » («  Arrêtez les robots tueurs  »). 

    Le mouvement de protestation a été relancé à grand bruit cet été grâce à une lettre ouverte signée par près de 3  000 personnalités, dont des chercheurs en robotique et en intelligence artificielle, des scientifiques comme le physicien Stephen Hawking et des figures de l’industrie high-tech, tels Elon Musk, PDG de Tesla Motors, ou Steve Wozniak, cofondateur d’Apple. Si danger de voir des robots militarisés remplacer les hommes sur le champs de bataille inquiète les chercheurs et les roboticiens, les militaires y voient une opportunité pour éviter les pertes humaines. Enquête (publiée dans Le Monde Culture&Idées, sept 1015)

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    On l’appelle SGR-A1. De jour comme de nuit, sur un rayon de 4 kilomètres, ce robot militaire décèle, grâce à son logiciel de «  tracking  », les mouvements d’un intrus. Mis en marche à distance, cet automate pour poste-frontière tire de lui-même, de façon indépendante, sur toute personne ou véhicule qui s’approche. Conçu par Samsung, il est équipé d’une mitrailleuse, d’un lance-grenades, de capteurs de chaleur, de caméras de détection infrarouge et d’une intelligence électronique. En septembre 2014, la Corée du Sud a installé plusieurs de ces engins le long de la zone démilitarisée qui la sépare de la Corée du Nord, afin d’éviter d’envoyer des soldats dans des endroits isolés.

    C’est peu dire qu’une telle arme, «  intelligente  » et autonome, inquiète. Depuis 2012, elle est ­régulièrement dénoncée par une coalition de 51 organisations non gouvernementales (ONG) coordonnée par Human Rights Watch, dans le ­cadre de la campagne internationale «  Stop Killer Robots  » («  Arrêtez les robots tueurs  »). Le mouvement de protestation a été relancé à grand bruit, le 28 juillet, grâce à une lettre ouverte signée par près de 3  000 personnalités, dont des chercheurs en robotique, des scientifiques comme le physicien Stephen Hawking et des figures de l’industrie high-tech, comme Elon Musk, PDG de Tesla Motors, ou Steve Wozniak, cofondateur d’Apple. Pour eux, un tel robot militaire, et tous ceux qui risquent de suivre du fait des avancées rapides de l’intelligence artificielle, soulève de graves questions éthiques et juridiques qui remettent en cause le droit de la guerre.

    Droit moral

    La nouveauté la plus radicale est de donner à une machine autonome la possibilité de tuer. C’est un droit moral qui a toujours été réservé aux humains sur le champ de bataille. Comme le rappelle un responsable d’Human Rights Watch, «  il faut un homme pour décider d’arrêter le tir et faire des prisonniers, pour reconnaître un soldat portant un drapeau blanc, pour évaluer si la riposte est équilibrée  ». Or, le robot sentinelle SGR-A1 est incapable de faire ces choix  : il tire automatiquement sur tout ce qui bouge. Ce faisant, il risque à tout ­moment de violer deux principes du droit international humanitaire (DIH) qui régit les conflits armés depuis les conventions de Genève de 1949 et leurs protocoles additionnels  : d’une part, la règle cardinale de la «  distinction  » entre les civils et les militaires ; ensuite, la nécessité d’éviter des violences «  disproportionnées  » par rapport aux menaces, et donc de procéder à une évaluation. 

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  • CINÉMA D'ANIMATION (1) : LA TOUCHE FRANÇAISE

    « Astérix. Le Domaine des dieux »,  film d’animation de Louis Clichy  et Alexandre Astier

    NEWS NEWS NEWS Dans sa campagne de novembre « Fiers de la France », où le gouvernement applaudit les réussites françaises, le ­ciné­ma d’animation a été oublié. Cette industrie est pourtant la troisième productrice de films au monde, derrière le Japon et les Etats-Unis, et la première d’Europe – elle assure 40 % de la production du continent, a réalisé entre cinq et dix films par an depuis dix ans et produit 355 heures annuelles de programmes de télévision en 2011 et 2012.

    « Assez de French bashing, s’émeut Yves Portelli, le directeur de l’école des Gobelins. La France dispose d’un tissu serré de formations de haut niveau en animation, réputées dans le monde entier. » On compte en effet, d’après un rapport du magazine L’Etudiant daté de mai, 67 écoles de cinéma d’animation dans le pays, dont 24 se sont regroupées dans un ­réseau d’excellence soutenu par le Centre national du cinéma (CNC). Elles ont formé une vague de réalisateurs qui ont donné ces quinze dernières années de grands succès hexagonaux, parfois même internationaux.

    On se souvient de Kirikou et la sorcière, de Michel Ocelot, produit en 1998 par Les Armateurs : le film fait 1 million d’entrées à sa sortie en France, puis séduit un public étranger. C’est le déclic. Cette réussite décide de nombreux producteurs ­nationaux à investir dans l’animation, et contribue à la création de nombreux studios et start-up. Les Armateurs produisent ensuite Les Triplettes de Belleville, de Sylvain Chomet (prix Lumières 2004, 900 000 entrées), Ernest et Célestine, de Benjamin Renner (César en 2013, vendu dans 25 pays), et les deux suites de Kirikou, en 2005 et 2012.

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  • CINEMA D'ANIMATION (2) : LOUIS CLICHY ET LA POTION MAGIQUE

    Louis Clichy et Alexandre Dastier pendant le montage | T.C.D/VISUAL PRESS AGENCY
     
    Nous sommes aux studios Technicolor de Boulogne (Hauts-de-Seine), pendant la synchronisation audio de la scène finale du Domaine des Dieux, le premier film en 3D-relief adapté des aventures d’Astérix. Derrière la console, accompagné de deux techniciens, Louis Clichy, le réalisateur, supervise la scène. Avec ses lunettes rondes et son grand pull, il rappelle le Grand Duduche, de Cabu.

    Sur l’immense écran, les guerriers gaulois se ­délectent sous une pluie de « potion magique ». La seconde d’après, une énorme explosion retentit, les murs des maisons tremblent, les soldats ­romains couverts de coquards volent par les fenêtres. La scène de la célèbre BD prend vie en trois ­dimensions. Impressionnant. «On a oublié le bruit de l’avion avant l’explosion, non ? », demande Louis Clichy à l’ingénieur du son, en faisant référence à ce gag anachronique.

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  • SADE NOUS CONCERNE TOUS. ENTRETIEN AVEC ANNIE LE BRUN

     Man Ray,  Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade 1938 Oil on canvas with painted wood panel 24 1/4 x 18 3/8 in. The Menil Collection, Houston, Texas Portrait imaginaire de Sade par Man Ray © 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris Man Ray, Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade (1938) The Menil Collection, Houston, Texas© 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris

    NEWS NEWS NEWS L’exposition « Sade. Attaquer le soleil », présentée au Musée d’Orsay de Paris - 500 pièces présentées, 14 films - ouvre ses portes. Elle sera visible jusque fin janvier. La commissaire générale de l'exposition est Annie Le Brun, auteur de "Sade, soudain un bloc d'abîme, Sade" (Folio, 2014, réédition).  Les relations de Sade (1740-1814) et d’Annie Le Brun forment une longue histoire passionnelle. En 1977, elle préfaçait déjà la première édition des œuvres complètes du « divin marquis » par Jean-Jacques Pauvert – en 1945, la publication d’Histoire de Juliette avait valu dix ans de poursuites judiciaires à l’éditeur.  Cet entretien a été réalisé pendant l'accrochage de l'exposition (publié dans Le Monde Culture&Idées).

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    On fête le marquis de Sade comme un classique, on l'expose, on le publie, on le commente, on l'analyse, lui qui a été si longtemps interdit, considéré comme un maudit. Cherche-t-on à le neutraliser?

    Sade résistera à toute neutralisation, je crois qu’avec lui on peut être rassuré. On ne lit sans doute pas plus Sade aujourd’hui qu’hier, mais on l’enveloppe des plus diverses analyses historiques, psychologiques, médicales, linguistiques, comme pour nous protéger de l’abîme auquel il nous confronte. Une grande entreprise de normalisation a commencé. La forme moderne de la censure n’est plus d’interdire, mais de désamorcer, par excès de commentaires, d’interprétations, par une sorte de gavage qui finit par tout rendre équivalent. Mais l’œuvre demeure, irréductible.

    Qu’est-ce qui résiste chez Sade, qui nous concerne aujourd’hui ?

    L’extraordinaire chez Sade est qu’avant Nietzsche, avant la psychanalyse, il mette la pensée à l’épreuve du corps. Il met vraiment la philosophie dans le boudoir, à l’inverse de tous les autres qui, dans le meilleur des cas, font de l’érotique une dépendance de leur système. Lui, au contraire, nous révèle que l’exercice de la pensée n’est pas une activité abstraite, mais qu’elle est déterminée par les mouvements des désirs et que sa source est avant tout pulsionnelle. C’est la phrase fameuse dans Histoire de Juliette : «On déclame contre les passions sans songer que c’est à son flambeau que la philosophie allume le sien.»

    Tel est ce qui caractérise la pensée sadienne. Ses héros ne pensent jamais à froid, ils dialoguent, ils prennent du plaisir, il y a chez eux un perpétuel « échauffement » de l’esprit, une continuelle surenchère de l’imagination érotique sur le raisonnement, qui en est troublé. Et ce trouble se communique au lecteur, subjugué à son tour. D’ailleurs Juliette, l’héroïne favorite de Sade, le dit bien : « Ma pensée est prompte à s’échauffer », révélant comment la pensée se met en mouvement. Sade est le premier à nous dire cela, et, plus encore, à nous le faire ressentir…

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