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chine

  • L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DU PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2012, L'ÉCRIVAIN CHINOIS MO YAN - CE QUI SIGNIFIE "NE PAS PARLER"

     mo yan.jpg(DR)
    NEWS NEWS NEWS. Alors qu'il vient de recevoir le prix Nobel de littérature, voici le récit de deux rencontres avec Mo Yan, un des écrivains les plus talentueux et les plus prolifiques de Chine, l'auteur du vertigineux "Beaux seins, belles fesses"- où défilent les 60 dernières années de l'histoire chinoise. Au cours de ces entretiens, Mo Yan nous livre sa vision à la fois très critique, et haute en colère et en couleurs, du communisme, presque toujours décrit à partir des campagnes. Déjà, dans  "La dure loi du karma" (Seuil, 2009),  il racontait dans le détail la vie d'un gros bourg de la région de Gaomi pendant les exactions et les délires collectivistes du "Grand Bond en Avant", puis de la "Grande Révolution Culturelle" - cela du point de vue d'un "paysan moyen" se réincarnant  en âne, en bœuf, en cochon, en chien ou en singe à chaque changement politique. Un roman animalier désopilant, doublé d'une satire politique féroce...

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    « Mo Yan » signifie « Ne pas parler ». Un paradoxe quand on connaît ses romans torrentiels. De son véritable nom, Moye Guan, l’écrivain a conservé les deux caractères chinois de son prénom, la négation « Mo ! » et « Yan », la parole. Pourquoi ce surnom ? Il s’en explique dans un petit hôtel du sixième arrondissement, impassible, un visage rond comme la lune. En Chine communiste, pendant toute la période maoïste, il fallait mieux ne pas s’exprimer en public. Ses parents lui répétaient : Moye, proteste à la maison, mais ment en public. En changeant de nom, le jeune écrivain s’adressait un avertissement : retiens ta langue. De dramatiques événements d’enfance ont beaucoup joué dans ce choix. À dix ans, né dans une famille de huit enfants, le petit Moye fut renvoyé de l’école comme « mauvais élément » au début de la « grande révolution culturelle prolétarienne » (1965-1976). Ses grands parents et un de ses oncles étaient considérés comme des « droitiers » et des « paysans aisés » - « mon grand père possédait quelques acres et quelques vaches, cela suffisait pour être dénoncé comme ennemi de classe à l’époque » - mais aussi, ajoute-t-il, imperturbable : « J’avais mon franc-parler. C’est ce qui m’a valu d’être chassé.» Difficile de douter du franc-parler de « Mo Yan - Ne parle pas ». Depuis, l’écrivain a libéré une langue sarcastique, iconoclaste, rabelaisienne, haute en verve, dans dix gros romans, vingt courts et plusieurs dizaines de nouvelles - si bien qu’aujourd’hui, après qu’il ait obtenu en 1997 le China's Annual Writer's Award, on vient de lui attribuer le prix Nobel de liitérature.

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  • FRANCOIS JULLIEN, SINOLOGUE. ENTRETIEN SUR LES FONDEMENTS PHILOSOPHIQUES DE L'EFFICACITE CHINOISE

    NEWS NEWS NEWS. L'étude fera date. Elle annonce un bouleversement géopolitique mondial que beaucoup pressentaient. Albert Keidel, ancien économiste de la Banque Mondiale et du Département américain au Trésor, aujourd'hui membre du fameux Carnegie Endowment for International Peace de Washington, prédit dans une étude détaillée que la Chine sera la première puissance mondiale en 2035.
    En effet, si la Chine conserve un taux de croissance économique à deux chiffres pendant les trois prochaines décennies, elle dépassera effectivement les Etats-Unis comme puissance économique d’ici moins de trente ans. Or, d'après Albert Keidel, un tel taux de croissance se maintiendra, s'appuyant essentiellement sur les exportations chinoises aujourd'hui en pleine expansion. L'économiste ne voit pas pourquoi elles s'arréteraient, vu le faible coût de la main d'oeuvre dans un pays encore largement paysan, et l'apparition de grandes marques chinoises - textile, technologies, jouets, mobilier, construction, etc - qui vont bientôt rivaliser avec les occidentales. (le rapport)

    En regard de cette étude, voici un entretien avec le philosophe et sinologue François Jullien. Son dernier ouvrage "Conférence sur l'efficacité", qui fait suite à un épais "Traité de l’efficacité", tente d’analyser dans le détail la pensée stratégique et économique chinoise, montrant que ses succès actuels et le développement exponentiel et international de sa puissance se comprennent mieux au regard de l'histoire de la civilisation chinoise et de ses traditions d'efficacité. De nombreux hommes d’affaires et entrepreneurs viennent aux conférences de François Jullien, très curieux de l’entendre.

     

    FRANCOIS JULLIEN. UNE PASSION CHINOISE

    " Après mes études de philosophie, je suis parti pour la Chine, passionné à l’idée de découvrir une autre pensée. J’ai appris le chinois et lu le célèbre Yi King, "le livre des changements", dans le texte". Quand on rencontre François Jullien, alors qu’un ouvrage collectif salue son travail consacré à la pensée chinoise (Chine, Europe. Percussions dans la pensée. Puf. Essais), on pense devant tant d’enthousiasme à une sorte d'Anquetil Dupperon d'aujourd'hui, ce jeune étudiant parti à 23 ans, en 1754, pour les Indes Orientales, décidé à trouver les livres sacrés de Zoroastre - il les ramena à Paris, les traduisit, et fonda l’école orientaliste française.

    Depuis dix ans, François Jullien nous initie à la philosophie chinoise, avec le savoir d’un sinologue féru de philosophie grecque. Convaincu que la pensée chinoise n’a rien d’exotique, qu’elle interpelle nos grandes conceptions de l’action, du temps, de la sagesse, du bonheur - nos grands " universaux " -, il revisite la pensée européenne à la lumière des grands penseurs chinois : depuis Laozi, le contemporain de Bouddha, jusqu’à Lu Xun, l’intellectuel révolutionnaire des années 1920. Cela donne une série d’essais à la fois savants et déroutants.

    Dans " Eloge de la fadeur ", François Jullien montre comment le " fade ", dévalorisé en Europe, intéresse les Chinois. Une personne " fade " sera appréciée pour son détachement, sa réserve, et en même temps sa disponibilité. Dans " Nourrir sa vie ", il révèle comment en Europe on nourrit son corps, ou son esprit, mais pas " sa vie " - son corps et son esprit en même temps. C’est la tradition chinoise de nourrir en même temps "son souffle et son énergie ", le corps tout entier, qui a irrigué la pratique de la méditation et la pensée zen. Au cours de ces études - dont on peut regretter parfois l'absence de récit vécu d'expérience personnelle de détachement, de "non-pensée" -, François Jullien nous apprend à interroger, à "déconstruire " ou repenser des pans entiers de notre conception boulimique du bonheur, de l’apparence, ou même du plaisir et la beauté. Il s’interroge par exemple, dans le " Nu impossible ", sur l’absence radicale de nu dans l’art chinois.

    François Jullien nous apprend encore à repenser la retraite de Mao Zedong pendant la Longue Marche à la lumière de l’"Art de la guerre " du premier stratège chinois, Senzi - lui qui réfléchissait en termes de " stratagèmes", notamment à l'intelligence de la victoire obtenue en évitant le combat : par la diplomatie, l'esquive ou la ruse. Ou bien, il digresse sur le pragmatisme de Deng Xiaoping, le successeur de Mao le dictateur, qui a su transformer le parti communiste chinois en une nouvelle version de la vieille "bureaucratie céleste" - omniprésente et morale - de Confucius. Autant d'analyses que les critiques du régime chinois ne manquent de trouver complaisantes. Ce à quoi François Jullien répond qu'il fait avant tout le "travail de comprendre" les grands personnages de la Chine moderne à l'intérieur de la civilisation chinoise, pas de l'extérieur, avec des clefs occidentales.

    BIBLIOGRAPHIE FRANCOIS JULLIEN

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