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ben ali

  • QUAND LA TUNISIE DE CE BON GENERAL BEN ALI SE VOYAIT FELICITEE PAR NICOLAS SARKOZY

    5e8348f258e6cc2e2d84498af53810c4.jpg Le président Ben Ali recevant le président Sarkozy en avril 2008 (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Le général Zine El-Abidine Ben Ali a été obligé de démissionner et de s'enfuir en Arabie Saoudite sous la pression conjuguée des manifestations populaires, de l'armée dépassée par les événements et l'ampleur de la colère de la rue, devenue insurrectionnelle - que certains observateurs comparent à l'embrasement de la révolution française.En effet, tous les symboles et les hauts lieux comme les officines du régime détesté ont été brûlés, les villas et les propriétés appartenant à la famille du général et de sa femme, enrichie  à faire trembler les montagnes quand les émeutes du pain se succédaient - et lui honteusement réélu avec soit disant 92 % des voix - ont été prises d'assaut. Le grave problème d'aujourd'hui réside dans la faiblesse de l'opposition démocratique, décimée par le pouvoir dictatorial, ce qui risque de laisser toute latitude à la seule opposition islamique, organisée autour des réseaux des mosquées et des religieux, même si celle-ci n'est pour rien dans l'embrasement actuel. La présence massive et la détermination des femmes dans l'insurrection tunisienne, des femmes habituées depuis le règne d'Habib Bourguiba à ne plus se voiler, occuper des places importantes dans l'administration et les écoles, laisse aussi présager d'un rejet d'une future récupération islamiste - les partis religieux ont d'ailleurs brillé par leur absence pendant l'insurrection, dépassés par une jeunesse ouverte sur la monde grâce à Internet, montrant sa détermination à conquérir la liberté et la démocratie, au coeur de tous leurs slogans et revendications.

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    N'oublions pas, alors que la haine de la dictature se manifeste dans tout le pays, tandis que les révélations sur la corruption, l'enrichissement personnel et les horreurs du régime se multiplient, que le président de la République a cautionné et soutenu sans aucun état d'âme ni réserve ce pouvoir, tout comme madame le ministre de l'intérieur - qui a proposé de livrer des armes anti-émeutes à la police tunisienne.

    Au cours de sa visite officielle en avril 2008 en Tunisie, Nicolas Sarkozy, très critiqué par les organisations des droits de l'Homme, a réitéré des propos de soutien au régime despotique de Ben Ali devant un parterre d'étudiants à l'université de Tunis (ceux-là mêmes qui donnent leur sang aujourd'hui dans les rues) : "Quel pays peut s'enorgueillir d'avoir autant avancé en un demi-siècle sur la voie du progrès, sur la voie de la tolérance et sur la voie de la raison ?". Il a ajouté, oubliant que le président tunisien avait été élu avec un score faramineux, digne d'une dictature soviétique, 95,49% des voix, aux élections de 2004 : "C'est le grand mérite du président Ben Ali d'avoir continué sur cette voie sans se laisser décourager par les obstacles de toute sorte (...), sans se laisser intimider par le fondamentalisme qui est notre ennemi commun, sans se laisser intimider par l'obscurantisme".

    M. Sarkozy a encore cité, comme pour dédouaner le président tunisien, l'histoire de ces fanatiques qui ont coupé la main d'une femme qui s'était mis du rouge à ongle. Or ce récit a déjà circulé en Afghanistan pendant les années Taliban. Il ressort régulièrement, comme une rumeur, alors qu'aucun journaliste ne l'a confirmée. Ce qui a été reconnu, c'est que des Talibans zélés ont sans doute coupé, à Kaboul, la phalange d'une femme aux ongles faits. Cet horrible détail est depuis devenue "l'histoire de la main coupée" que Nicolas Sarkozy a reprise sans sourciller, ni citer aucune source - juste pour justifier son soutien au régime de fer de ce bon général Ben Ali.

    Faut-il le croire, quand on sait qu'un journaliste de Libération a reçu début 2007 un coup de couteau en pleine rue alors qu'il cherchait à rencontrer des opposants ? On lisait d'ailleurs dans Libération, qui avait dépêché un correspondant dans la délégation de presse accompagnant M. Nicolas Sarkozy lors de son précédent voyage en juillet dernier, ce témoignage : " Un peu plus tôt (avant la rencontre Ben Ali-Sarkozy), l’avocate Ra­dhia Nasraoui, présidente de l’association (non reconnue) de lutte contre la torture en Tunisie, confiait dans un hôtel de Carthage que «le régime policier en place avait profité de la lutte contre le terrorisme pour réprimer davantage encore toute forme d’opposition». Elle faisait état de cas «de tortures abominables pratiquées sur les parties génitales de prisonniers», dont elle avait recueilli les témoignages et pu constater les séquelles.

    Selon elle, la visite de Nicolas Sarkozy «passe inaperçue (en Tunisie), n’apportera rien à la société civile tunisienne et conforte les pratiques du pouvoir». Elle jugeait par ailleurs «très significatif» que Rama Yade (la secrétaire d’Etat française aux droits de l’homme) n’ait eu aucun contact avec les défenseurs des libertés en Tunisie.

     

    En regard de cette actualité, voici un reportage réalisé pour la magazine Actuel en septembre 1987, quelques mois avant que le général Ben Ali destitue Habib Bourguiba, le héros de l’indépendance tunisienne, et s’empare du pouvoir avec l'appui de l’armée. Cette enquête sur une fin de règne tragique, publiée par la rédaction-en-chef d'Actuel avec un titre regrettable (« La cour du roi gaga »), a circulé à l’époque sous le manteau en Tunisie, photocopié, comme un «samizdat ». Il a valu à votre serviteur d’être arrêté à l’aéroport de Tunis 12 ans plus tard, au printemps 1999, d'être interrogé par la sécurité, gardé une journée entière, menacé, puis expulsé du pays - une fiche conservée pendant ces 12 ans par la police politique m’accusait d’être « un ennemi de la Tunisie ».

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