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  • L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DU PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2012, L'ÉCRIVAIN CHINOIS MO YAN - CE QUI SIGNIFIE "NE PAS PARLER"

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    NEWS NEWS NEWS. Alors qu'il vient de recevoir le prix Nobel de littérature, voici le récit de deux rencontres avec Mo Yan, un des écrivains les plus talentueux et les plus prolifiques de Chine, l'auteur du vertigineux "Beaux seins, belles fesses"- où défilent les 60 dernières années de l'histoire chinoise. Au cours de ces entretiens, Mo Yan nous livre sa vision à la fois très critique, et haute en colère et en couleurs, du communisme, presque toujours décrit à partir des campagnes. Déjà, dans  "La dure loi du karma" (Seuil, 2009),  il racontait dans le détail la vie d'un gros bourg de la région de Gaomi pendant les exactions et les délires collectivistes du "Grand Bond en Avant", puis de la "Grande Révolution Culturelle" - cela du point de vue d'un "paysan moyen" se réincarnant  en âne, en bœuf, en cochon, en chien ou en singe à chaque changement politique. Un roman animalier désopilant, doublé d'une satire politique féroce...

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    « Mo Yan » signifie « Ne pas parler ». Un paradoxe quand on connaît ses romans torrentiels. De son véritable nom, Moye Guan, l’écrivain a conservé les deux caractères chinois de son prénom, la négation « Mo ! » et « Yan », la parole. Pourquoi ce surnom ? Il s’en explique dans un petit hôtel du sixième arrondissement, impassible, un visage rond comme la lune. En Chine communiste, pendant toute la période maoïste, il fallait mieux ne pas s’exprimer en public. Ses parents lui répétaient : Moye, proteste à la maison, mais ment en public. En changeant de nom, le jeune écrivain s’adressait un avertissement : retiens ta langue. De dramatiques événements d’enfance ont beaucoup joué dans ce choix. À dix ans, né dans une famille de huit enfants, le petit Moye fut renvoyé de l’école comme « mauvais élément » au début de la « grande révolution culturelle prolétarienne » (1965-1976). Ses grands parents et un de ses oncles étaient considérés comme des « droitiers » et des « paysans aisés » - « mon grand père possédait quelques acres et quelques vaches, cela suffisait pour être dénoncé comme ennemi de classe à l’époque » - mais aussi, ajoute-t-il, imperturbable : « J’avais mon franc-parler. C’est ce qui m’a valu d’être chassé.» Difficile de douter du franc-parler de « Mo Yan - Ne parle pas ». Depuis, l’écrivain a libéré une langue sarcastique, iconoclaste, rabelaisienne, haute en verve, dans dix gros romans, vingt courts et plusieurs dizaines de nouvelles - si bien qu’aujourd’hui, après qu’il ait obtenu en 1997 le China's Annual Writer's Award, on vient de lui attribuer le prix Nobel de liitérature.

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  • CANNABIS STORY. DE L'APPEL DU 18 JOINT 1976 AUX AFFRONTEMENTS À L'ARME LOURDRE ENTRE DEALERS À SEVRAN (SEINE SAINT-DENIS) CET ÉTÉ 2011

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    NEWS NEWS NEWS Avant l’été, le maire de Sevran (Seine Saint-Denis) a demandé l’intervention de « casques bleus » dans les cités pour empêcher les dealers de haschich de s’entretuer. Pourtant, la prohibition du cannabis existe en France depuis 1970, au contraire de la plupart des pays européens. Faut-il parler de l’échec de la « guerre à la drogue » ? Quelles solutions préconiser ? Enquête.

    1 - L’Appel du 18 joint 1976

    Ce fut une cérémonie à la fois politique et botanique. Dressé à l’entrée du Jardin des Plantes devant la statue de Lamarck, brandissant un joint grand comme le cor de Roland, cheveu au vent, le philosophe François Chatelet a lu l’appel. « Cigarettes, pastis, aspirine, café, gros rouge, calmants font partie de notre vie quotidienne. En revanche, un simple joint de cannabis (sous ses différentes formes : marijuana, haschich, kif, huile…) peut vous conduire en prison ou chez un psychiatre… »

    Applaudi, par une centaine de manifestants, il a entraîné la petite foule vers un terre-plein où un pied de cannabis fut planté avec solennité, malgré les protestations d’un jardinier qui assura que la serre en contenait déjà un. Puis, la police n’ayant rien repéré de ce manège, nous nous sommes attardés sous les frondaisons, fumant quelques cigarettes odorantes...

    (Cet article a été publé en partie sur Le Monde Magazine fin août)

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  • L'ECRIVAIN ARGENTIN ERNESTO SABATO DISPARAIT À 99 ANS. IL S'INTERROGEAIT : COMMENT EN FINIR AVEC UNE DICTATURE ?

     

     

     NEWS NEWS NEWS. Il  devait avoir 100 ans le 24 juin prochain, Ernesto Sabato, s’il n’avait attrapé un sale rhume. En annonçant sa mort à la presse, sa femme a dit :  «Il a eu une bronchite il y a quinze jours, et à son âge, c’est terrible.» Ernesto Sabato était le dernier grand écrivain vivant de l’époque sombre de l’Argentine, au côté de Julio Cortazar, Adolfo Bioy Casares et Jorges Luis Borges. Physicien de formation, politiquement engagé dans sa jeunesse, il rompt dès les années 1930 avec les staliniens, alors qu'il vit à Paris. Il travaillait ces années-là avec Irène Joliot Curie au centre Marie Curie, tout en fréquentant les cercles surréalistes, et devenu l'ami de Tristan Tzara.

    (DR) terreur,audace

    Il est l'auteur de l’extraordinaire roman « Sobre heroes y tumbas » (Héros et tombes, Seuil, 1962), livre puissant et lyrique qui met en scène Buenos Aires comme aucun autre écrivain argentin. Après la dictature militaire de1976-1983, Ernesto Sabato a présidé la Commission nationale qui a mené l'enquête sur les crimes commis par la junte. Dans lapréface du rapport « Nunca Mas » (Jamais plus), il a tenu, par souci de justice, a rappelé les attentats et les meurtres commis par les guérillas d'extrême gauche comme par les milices d'extrême droite des gouvernements de Juan Peron et d'Isabel Peron (1973-1976). 

    Je l'avais rencontré au terme d'un reportage réalisé à Buenos Aires en janvier 1985 pour le magazine Actuel.Nous étions trois ans après la chute de la dictature, sous le régime du président Raul Ricardo Alfonsin, largement élu. Après deux années d’état de grâce, parfois de liesse, lié à la liberté retrouvée, l'Argentine déchantait. L’inflation galopait dans un pays trop longtemps pillé et étouffé par la junte, les groupes d’extrême-droite complotent, et le président Alfonsin venait de faire passer la loi dite du “Punto final” qui devait mettre un coup d’arrêt au procès des militaires impliqué dans les assassinats d’opposants et des anciens tortionnaires. Cette décision indignait la gauche, comme les familles des 30.000 victimes de la dictatures - Ernesto Sabato, lui, pensait que les militaires étaient déconsidérés, et qu'après avoir goûté à la démocratie les Argentins n'accepteraient plus jamais de vivre sous la botte de l'armée. À ce jour, l'histoire lui adonné raison.

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  • LA DISPARITION D'EDOUARD GLISSANT, L'ECRIVAIN ANTILLAIS, QUI ÉCRIVAIT : " LA CREOLISATION DU MONDE EST IRREVERSIBLE "

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    News. Edouard Glissant est décédé ce matin, lui qui semblait indestructible, si grand, si solide, toujours grand vivant. Je l'avais  rencontré en janvier 2005 pour le Monde Magazine alors qu'il venait d'achever son dernier ouvrage "La cohée du lamentin" pour les éditions Gallimard. À cette époque, la rumeur de sa nomination pour le prix Nobel enflait - ce qui l'inquiétait beaucoup  : " Les gens du Nobel détestent les rumeurs ", disait-il. 

    Je republie ici cet entretien. Le philosophe et écrivain martiniquais, qui se pense comme "Caraïbe" et citoyen du "chaos-monde" y explique pourquoi la "créolisation généralisée" des sociétés est irréversible, l'Europe devrait se penser comme un "archipel" et les écrivains français cesser de décrire leur nombril.

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    CHEZ EDOUARD GLISSANT, PARIS, SIXIEME ARRONDISSEMENT...
    ...C'est un colosse souriant. Large d'épaules, des mains de percussionniste, amical. Il vous reçoit dans un bel appartement du VIIe arrondissement de Paris la chemise mal fermée, sans cérémonie. À 73 ans, Edouard Glissant, écrivain français prolifique et nobélisable, Docteur Honoris Causa de l'Université de New York, ne montre aucune fatuité, ou pose, comme tous les grands. Content de discuter, détendu, tout de suite il s'emporte, il digresse, il rit. Edouard Glissant. Son nom annonce son œuvre. Il fut sans doute, selon lui, inventé après l'abolition de l'esclavage dans les Antilles, quand les Noirs s’attribuaient un nom d’homme libre : du nom du colon "Senglis", ils firent "Glissant", en l'inversant par jeu, comme aime à faire le créole. Car Edouard Glissant est à la fois le poète et le philosophe de la "créolisation irréversible du monde". Cette thématique traverse tous ses livres, ses romans, ses essais, ses poèmes. Elle vient de loin.

    Né en 1928 à Sainte-Marie, en Martinique, Edouard Glissant a fait ses études au lycée Schoelcher -l’homme qui a aboli l’esclavage dans les colonies- de Fort-de-France. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il commence d'écrire plusieurs recueils de poèmes -Un champ d'îles, 1953, La terre inquiète, 1954 - qui le font aussitôt connaître. Il participe de tous les mouvements d'idées qui agitent les écrivains et les intellectuels africains et antillais de l'époque, et s'illustre pendant le congrès des artistes noirs de Paris (1956). Il s'approche d'Aimé Césaire, chez qui il critiquera la revendication de la "négritude" - comme aujourd'hui il se méfie de l'"afrocentrisme" des Noirs américains, "ce retour à des racines irrémédiablement perdues"-, et devient l'ami de Franz Fanon, qui vient de décrire les ravages psychiques de l'assimilation forcée dans les Antilles. Il signe en 1960 le Manifeste des 121 emmené par Sartre, qui soutient le droit à l'insoumission en Algérie. En 1961, il fonde avec Paul Niger le Front Antillo-Guyanais pour l'Autonomie, aussitôt interdit. Edouard Glissant se voit alors expulsé de Guadeloupe et assigné à résidence en France.
    LA POÉTIQUE DE LA RELATION

    En même temps, le jeune écrivain commence son œuvre romanesque. En 1958, "La Lézarde" obtient le prix Renaudot. Ce livre, à la fois roman d'amour, récit d'une lutte politique contre les colons, conte poétique et quête initiatique d'une identité caraïbe révèle d'emblée toutes les préoccupations d'Edouard Glissant. Il débute une longue saga martiniquaise en quatre volumes, continuée pendant vingt ans : Le quatrième siècle (1965, prix du meilleur roman de langue française), Malemort (1975), La case du commandeur (1981). De retour aux Antilles en 1965, l'écrivain, qui vient de publier Monsieur Toussaint, une pièce de théâtre consacrée à Toussaint-Louverture le mythique libérateur noir des esclaves de Haïti, fonde bientôt l'Institut Martiniquais d'Etudes et la revue de sciences humaines Acoma. Edouard Glissant reprend alors son œuvre poétique avec Boises (1979), et publie ses premiers essais consacrés à la créolisation du monde : L'intention poétique (1969), Le discours Antillais (1981). Sa renommée intellectuelle lui vaut d'être nommé directeur du Courrier de l'Unesco en 1982, puis vice-président du Parlement international des écrivains.
    Depuis, Edouard Glissant continue d'écrire romans, poèmes et essais à un rythme fourni.
    Dans ses essais Poétique de la relation (1990) et Le Traité du Tout Monde (1997), il développe ses idées sur la nécessité de quitter les "pensées ataviques et enracinées" pour se créer une nouvelle manière d’être, ouverte aux autres : "une identité-relation". Dans ses romans Sartorius (1999) et Ormerod (2003), il entreprend de raconter l'histoire extraordinaire des Batoutos, le peuple invisible symbolique de tous les peuples africains persécutés. Son écriture, un français poétique nourri de créole antillais et de mythes africains -"la langue créole m'est naturelle, dit-il, elle vient à tout moment irriguer ma pratique écrite du français, et mon langage provient de cette symbiose"- devient plus originale et baroque, sans jamais céder au pittoresque, et sans se perdre, même si elle reste parfois opaque. Elle rappelle les poèmes de Saint John Perse ou même d’André Breton, les monologues hantés des personnages de Toni Morrison, ou certains textes caraïbes d’Alejo Carpentier. La grande quête d’une écriture exploratrice, s’essayant à tous les genres, donnée par Italo Calvino dans "La machine littérature", semble faite pour lui : "(L'écriture) mue par un désir de connaissance qui est tantôt théologique, tantôt spéculatif, tantôt magique, tantôt encyclopédique, tantôt attaché à la philosophie naturelle, tantôt à une observation transfigurante de visionnaire." L’œuvre d’Edouard Glissant, un des rares auteurs francophones à espérer le prix Nobel, n’a pas fini de surprendre par ses explorations philosophiques, politiques et littéraires.

    Tous les livres d'Edouard Glissant ont été publiés ou republiés aux éditions Gallimard

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  • MARIO VARGAS LLOSA, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2010. ENTRETIEN RÉALISÉ APRÈS LE "NON" À LA CONSTITUTION EUROPEENNE. "LA FRANCE, DISAIT-IL, CONNAÎT UN REPLI NATIONALISTE"

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    NEWS. NEWS NEWS Mario Vargas Llosa vient d'obtenir le prix Nobel de littérature. L'apprenant, il a déclaré, modestement qu'il s'agissait là d'un hommage à "la littérature latino-américaine".  Ses derniers écrits, "Le langage de la passion. Chronique de la fin du siècle" ont été publiés chez Gallimard en 2005. Il s'agit d'un recueil de textes politiques et polémiques, pour la plupart publiés dans le quotidien Espagnol  "El Pais ". Cet ancien engagé "sartrien", devenu un féroce critique des  thèse socialistes, et un défenseur du libéralisme et des libertés, nous parle du Non " conservateur " de la France à l’Europe, du blocage de la vie politique française, des maisons des jeunes et de la culture de Malraux, et du besoin de carnaval et d'extraordinaire qu’éprouve l’homme depuis toujours.

    Rencontre avec le grand écrivain péruvien de passage à Paris, où il a vécu 7 ans. (publié dans Le Monde 2, 08/2005)


    BIBLIOGRAPHIE VARGAS LLOSA

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    UN ECRIVAIN ENGAGÉ DEVENU UN HOMME POLITIQUE MALHEUREUX

    Mario Vargas Llosa, un des plus célèbres écrivains latino-américains, candidat malheureux du mouvement Libertad (centre droit) aux élections présidentielles du Pérou de 1990, tient depuis 15 ans une chronique polémique dans le grand quotidien espagnol El Pais (centre gauche). Les éditions Gallimard viennent de publier celles écrites entre 1992 et 2000 sous le titre " Piedra de toque ", " Pierre de touche ". On y retrouve la plume féroce et les prises de positions tranchées - libérales, humanistes - déjà montrées dans son recueil d’essais Les Enjeux de la liberté (Gallimard, 1997), où il pourfendait tour à tour l’islamisme pur, la corruption en Amérique Latine, les opposants à la mondialisation, et prenait la défense des libéraux anglais dans leur lutte contre le corporatisme syndical et la bureaucratisation des services publics - ce qui lui coûta l’amitié de son vieil ami, et rival en littérature, Gabriel Garcia Marquez, qui n'a jamais rompu avec Fidel Castro. Dans " Piedra de Toque ", Vargas Llosa continue de critiquer, au nom de sa philosophie libérale, mais faits à l’appui, quelques-uns des mythes de la gauche latino-américaine : la guerilla zapatiste du " sous-commandant " Marcos, dont il rappelle certaines exactions auprès des Indiens du Chiapas; ou Hugo Chavez, qu’il traite de caudillo incompétent, ruinant l’économie du pays le plus riche d’Amérique Latine, le Venezuela. Mais l’écrivain s’en prend aussi aux excès de notre société de médias et de " divertissement ", où la " banalisation ludique " devient " la culture dominante ", où les journaux tabloïds et people, traquant les faux-pas privés des politiciens et des personnalités, se comportent comme de " nouvelles inquisitions ".

    LA FÊTE AU BOUC

    C’est dire que l’auteur de l’inquiétant et irrésistible roman "La fête au bouc" (Gallimard, 2002), qui raconte les derniers jours sanglants du dictateur de Saint Domingue, Trujillo -" J’ai voulu faire le portrait du satrape " dit-il- résiste aux classifications faciles. Quand il m'accueille chez lui, dans un vieil appartement du quartier Saint Germain, il défend avec enthousiasme la loi tout juste votée par les socialistes espagnols qui autorise le mariage homosexuel et l’adoption par des couples gays - mais n’a-t-il pas écrit " Les Cahiers de Don Rigoberto ", un roman défendant la liberté érotique ? L’homme n’a rien d’un conservateur. Au contraire, il se dit " moderne et internationaliste ", reprochant aux pays riches du Nord de fermer l’accès à leur territoire des produits du pays du Sud, et de paralyser ainsi la " véritable mondialisation " du marché. Quant au terme " libéralisme ", cette philosophie politique qu’il a adoptée après avoir été longtemps " marxiste " et " engagé ", il tient à le préciser : "Quand au Pérou on se disait libéral, pendant ma jeunesse, cela signifiait de gauche, contre l'Eglise. Ce courant de pensée a été dénaturé par la gauche totalitaire. Le libéralisme est devenu synonyme de capitalisme sauvage, exploitation, néocolonialisme. Alors qu’il rejette toute forme de monopole, défend la liberté de concurrence." Par contre, si vous lui parlez de l’extrême gauche, ou de Cuba, il rappelle qu’une guérilla sanglante, responsable de quelques 30.000 morts, Le Sentier Lumineux, sévit dans son pays depuis trente ans. Et qu’il a tenté d’analyser et de décrire les rouages de la folie meurtrière des utopies sociales dans son roman " L’histoire de Mayta "

    Mario Vargas Llosa, 71 ans, a longtemps vécu à Paris comme Pablo Neruda, Octavio Paz, Julio Cortazar ou Miguel Angel Asturias, il suit de près les rebondissements de la vie artistique et politique française. Nous l’avons rencontré peu de temps après le " Non " au referendum sur la constitution européenne.

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  • LE SAVOIR PARADOXAL DE JEAN BAUDRILLARD. ENTRETIEN SUR LE RÊVE EUROPEEN

    (Guillem Cifré - in Fronteres)

    NEWS NEWS NEWS. La revue Lignes, dirigée par Michel Surya, consacre son dernier numéro au "gai savoir" de Jean Baudrillard. Dans sa présentation, la revue  rappelle que "les rapports de Jean Baudrillard avec la classe philosophante française n’ont pas toujours été cléments, non plus qu’avec la classe académique (universitaire) (même si) sa célébrité à l’étranger a pourtant été considérable (...) La vitesse et la désinvolture (apparente) de sa pensée ont souvent irrité. Sa radicalité (ses coups d’éclat) aussi  : ne se représentait-il pas ses interventions comme des délits  ?"

    En regard de cet hommage, voici réalisé avec Jean Baudrillard pour Le Monde Magazine en mai 2005, à la veille du réferendum sur la constitution européenne, quand la plupart des intellectuels français et des directeurs de médias appelaient à la victoire du OUI. On verra, qu'une fois encore, avec son humour si caustique, Jean Baudrillard entendait commettre un délit contre la classe philosophante : il prédisait, avec raison, la victoire du NON, qu'il analysait comme le retour du négatif face à une forme du dictature du bien. 

    BIBLIOGRAPHIE JEAN BAUDRILLARD

    LIGNES 31. Avec des contributions de Jean-Paul Curnier, Michel Surya, Olivier Penot-Lacassagne, Ludovic Leonelli, Véronique Bergen, Boyan Manchev, Frédéric Neyrat, Olivier Jacquemond, Gérard Briche, René Capovin, Marine Baudrillard. 192 P. 19 €. Editions Lignes.

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    ENTRETIEN AVEC JEAN BAUDRILLARD
    LE MONDE MAGAZINE (MAI 2005)
     
    -Nous sommes à la veille du référendum sur l’Europe, comment analysez-vous l’affrontement incertain du Non et du Oui ?

    -Les forces du Bien – du oui – n’ont pas tenu compte des effets pervers de cette évidence incontestable du oui. Elles ont voulu ignorer cette lucidité inconsciente qui nous dit qu’il ne faut jamais donner raison à ceux qui l’ont déjà. Bel exemple de réponse à l’hégémonie du Bien, des forces du Bien, de l’axe du Bien. Mais ce retour du non n’est pas l’effet d’une pensée critique (les raisons politiques du non ne sont pas des raisons politiques). Il s’agit d’une réponse en forme de défi pur et simple à la saturation d’un système, la mise en œuvre (automatique ?) d’un principe de réversion, de réversibilité, contre un principe hégémonique. D’ailleurs, le balancier peut fort bien revenir au oui pour les mêmes raisons, et nous ramener dans l’axe du Bien.
    Ce non nous donne le profil du nouveau type d’affrontement qui caractérise notre ère de l’hégémonie. Non plus celui d’une lutte de classes ou de libération au niveau mondial, mais celui d’une irréductibilité, d’un antagonisme irréductible au principe mondial de l’échange généralisé. C’est-à-dire un affrontement qui n’est même plus exactement politique, mais métaphysique et symbolique au sens fort, une fracture qui passe au cœur même de la puissance occidentale et de nos existences individuelles. Au cœur de cette hégémonie consensuelle, une dualité se réinstalle presque automatiquement. Elle peut prendre des formes terrifiantes, comme le 11 septembre 2001, ou des formes plus anodines, mais cependant significatives, comme le non au référendum. Sa montée soudaine est le plus bel exemple d’une réaction vitale ou viscérale de défense contre le chantage consensuel au oui – à cet ultimatum à peine déguisé qu’est devenu le référendum. Il n’y a même pas besoin de conscience politique pour avoir ce réflexe : c’est le retour de flamme automatique de la négativité à l’excès de positivité, à cette coalition de l’Europe " divine ", celle de la bonne conscience, celle qui est du bon côté de l’universel, les autres étant renvoyées dans les ténèbres de l’Histoire, sur lesquelles plane l’ombre de Le Pen

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  • BENJAMIN BARBER, PHILOSOPHE POLITIQUE AMERICAIN : "NOUS VIVONS UNE INFANTILISATION GENERALE"

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    NEWS NEWS NEWS. Le philosophe politique Benjamin Barber, ancien conseiller du présdent  Clinton, auteur d'une critique du "fondamentalisme néolibéral américain" (Mc World versus Jihad, Fayard) qui participe au grand projet de  Wikipedia de construire un riche corpus encyclopédique consacrée à la « Politique », vient de publier dans la revue radicale Nation un bel article  sur « l’espace public » à New York (ici : barber ) où il appelle à la création d’espaces sans voitures et piétonniers, à la manière des Ramblas de Barcelone, où les new yorkais pourraient se promener et dériver, les artistes se montrer, les enfants jouer, etc – bref à une accaparation de la ville par le public en divers lieux de la Grosse Pomme. Benjamin Barber a fait beaucoup parler de lui au moment de la grande crise financière de l’automne 2008 dans plusieurs articles retentissants.

    En pleine débâcle du système financier, quand nous avons vu chavirer un monde que nos maîtres-penseurs et grands politiques célébraient comme le « meilleur système possible » - que certains philosophes naïfs annonçaient même la « fin de l’histoire » -, le philosophe politique américain Benjamin Barber riait noir. C’était dans The Guardian du 20 octobre 2008. Il riait de l’effondrement du stupide dogme néolibéral selon lequel l’Etat et le bien public sont « le problème » - « the villain » - et le capitalisme consumériste et financier « la solution »  à tous nos problèmes. Il riait noir Benjamin Barber, parce que cela fait trente ans que cette chape de plomb pèse sur nos sociétés. Trente ans que cette pensée unique sert à cacher « l’horrible petit secret », « the dirty little secret » de notre époque. Lequel ? Hé bien… « non, ce ne sont pas seulement les crédits pourris, les financiers, traders et banquiers cupides, les investisseurs pressés et ignorants qui ont généré cette crise mondiale. Ce sont ces décades d’affaiblissement de la démocratie et du capital social ». Le capital social ?

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  • L'HISTOIRE DE TEHELKA, JOURNAL INDEPENDANT INDIEN, QUI FAILLIT FAIRE TOMBER DEUX FOIS LE GOUVERNEMENT, RACONTEE PAR SON REDACTEUR EN CHEF, TARUN S.TEJPAL

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    (Tarun Tejpan en pleine campagne pour relancer Tehelka son journal à New Delhi. DR)

    NEWS NEWS NEWS "L'histoire de mes assassins" (Buchet Chastel) le second roman de Tarun J. Tejpal, rédacteur en chef de l'hebdomadaire d'investigation indien TEHELKA, sort en France cette semaine. Un livre fascinant, qui raconte la vie de cinq hommes de main payés pour assassiner un journaliste. À travers eux, on découvre l'Inde des basses castes et des bidonvilles, l'Inde de "Slumdog Millionaire"  et des misérables,  d'hommes qui tentent de sortir de la pauvreté par tous les moyens, même le crime. Rencontré au festival des Etonnants Voyageurs, Tarun Tejpal raconte ici sa vie de journaliste et l'histoire de la chute et la renaissance de TEHELKA, un des rares journaux indépendants indiens, qui par deux fois a failli faire tomber le gouvernement  par ses enquêtes sur la corruption politique (paru dans Le Monde 2, août 2009).

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    (Bangaru Laxman, le président du Parti du Peuple Indien (BJP, nationaliste hindou) reçoit un pot de vin en direct, filmé par une caméra espion de Tehelka. DR)


    L’image est un peu floue, le son brouillé. Mais on entend distinctement « Un cadeau pour le nouvel an ». Une main tend une épaisse liasse de roupies à Bangaru Laxman, on le reconnaît bien, le président du Parti du Peuple Indien au pouvoir (BJP, nationaliste hindou).
    Il s’empare des billets et les range dans un tiroir sans dire un mot. Cette courte séquence vidéo, filmée par une caméra espion, a failli faire tomber le gouvernement indien cette année 2001. Elle n’est pas la seule, ce qui explique l’énorme scandale qui a suivi : 34 autres personnalités politiques et militaires, plusieurs hauts fonctionnaires, ont encore été filmés acceptant des pots-de-vin. Pour la première fois, la terrible corruption indienne était montrée. En direct. En flagrant délit. Dans ses gestes simples : les billets qui changent de main, les petites phrases cyniques, les silences. Comment ces images ont-elles pu être filmées, rendues publiques ? Elles ont été prises par une équipe de jeunes journalistes d’un site d’information Tehelka.com (Sensation.com) consacré à l’investigation et au grand reportage, qui s’était fait connaître en révélant les pots de vin en usage dans les matchs de cricket, le sport national indien. Il leur a fallu sept mois d’enquête, beaucoup de courage, pour aborder les militaires, les officiels, pénétrer les bureaux où tout se décide. Pour ce faire, les reporters ont créé une entreprise fictive d’armement, Westend International, prétendument spécialisée dans les jumelles thermiques. Ensuite, ils se sont présentés auprès des membres du gouvernement chargés des affaires militaires, pour leur proposer leurs services. Leur vendre des armes. Une fois en contact, après des discussions sur les contrats, ils ont vite compris qu’il fallait graisser des pattes. Au plus haut niveau. Ils ont joué le jeu - avec une caméra cachée.

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  • L'AMERIQUE A TORTURE METHODIQUEMENT PENDANT LA GUERRE ANTI-TERRORISTE SOUS LE GOUVERNEMENT BUSH. L'EX GENERALE AMERICAINE JANIS KARPINSKI, RESPONSABLE DE LA PRISON D'ABU GHRAIB, RACONTE...

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    NEWS NEWS NEWS. Les tortures, les détentions illégales, les retentions et les déplacements forcées d'un pays à l'autre, tous les comportements indignes commis par les forcées armées et la CIA sous le gouvernement de Georges W. Bush, de par sa volonté affichée, commencent à sortir de l'ombre. Un rapport du Sénat américain, rendu public le 11 décembre 2008, affirme que la torture a été délibérément développée à Guantanamo puis dans plusieurs camps d'internement de l'armée américaine, notamment en Irak dans la prison d'Abu Ghraib. Le rapport explique et détaille comment, contrairement aux dénégations de l’administration Bush, les sévices subis par les prisonniers à Abou Graib «n’étaient pas simplement le fait de quelques soldats agissants de leurs propre initiative», mais relevaient de directives fixées par la direction militaire, le Secrétaire d'Etat à la Défense Donald Rumsfeld pour commencer - c'est lui, précise le rapport, qui "a transmis le message selon lequel les détenus devaient être soumis à des pressions physiques et des humiliations".

    Ce rapport du Sénat américain fait suite à une enquête de 18 mois, initiée par le sénateur démocrate du Michigan Carl Levin et le sénateur républicain, ancien candidat à la présidence John McCain - ancien prisonnier de guerre au Vietnam, torturé, il s’est toujours élevé contre les méthodes préconisées par Donald Rumsfeld et le président Bush. Rappellons que le 8 mars 2008, George W. Bush lui-même a opposé son veto présidentiel - personnel - à un texte de loi, voté par le Congrès, interdisant aux agents des services de renseignement de recourir au "waterboarding", le supplice de la noyade, et plusieurs autres méthodes d'interrogatoire assimiliées à la torture. "Le danger persiste, il faut nous assurer que les responsables de nos services de renseignement puissent disposer de tous les instruments nécessaires pour arrêter les terroristes", avait alors expliqué le président américain lors d'une allocution à la radio - prenant acte devant l'histoire.

    Ces affaires de torture ont été dénoncé par le nouveau  président américain, Barack Obama, juste après son élection. Il a solennellement déclaré qu'il y mettrait fin, et qu'il allait fermer le camp de Guantanamo. Depuis le mois de juillet 2009, le reproche d'avoir encouragé la torture  a été officiellement adressé par une commission d'enquête à la direction de la CIA et d'anciens membres du gouvernement Bush, dont son vice-président, Dick Cheney. Si Barack Obama a annoncé qu'il préférait "aller de l'avant", estimant que "regarder en arrière n'est pas dans le meilleur intérêt" des Etats-Unis, le "Bureau de responsabilité personnelle" du département de la justice américain a recommandé la semaine dernière la réouverture de nombreux dossiers consacrés aux mauvais traitements des prsonniers, notamment le simulacre d'exécution et le "waterboarding". Cette décision pourrait mener à la mise en examen de certains responsables de la CIA.

    En complément du rapport du Sénat américain, voici un enquête réalisée en janvier 2008 sur les tortures infligées sur plusieurs dizaines de prisonniers à la prison d'Abu Graib en Irak. Elle faisait suite à la plainte pour "crime contre l'humanité" déposée - à l'appui d'un dossier solide ( et effrayant) - par plusieurs associations des Droits de l'Homme contre Donald Rumsfeld, alors qu'il se préparait à se rendre à Paris pour participer à un débat public. Elle m'a mené à rencontrer l'ancienne générale de l'armée américaine Janis Karpinski, dégradée au rang de colonelle par son administration quand l'affaire des tortures d'Abu Ghraib avait été rendue publique  - suite à la publication des photos de sévices sur Internet. Janis Karpinski, comme d'autres officiers, a servi de bouc émissaire dans ce drame.  Ses supérieurs lui ont reproché  de n'avoir pas été avertie que des soldats et des officiers torturaient des prisonniers dans cellules 1A et 1B de la prison d'Abu Ghraib - dont elle avait la responsabilité administrative.

    Aujourd'hui, témoin de premier plan, Janis Karpinski porte plainte contre l'ancien Secrétaire d'Etat à la Défense américain, Donald Rumsfeld pour avoir promulgué en Irak des méthodes d'interrogatoires contraires aux règles de l'armée américaine et à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre. Elle l'accuse d'avoir généralisé au Moyen-Orient, en dépéchant le général Miller à Bagdad puis à Bagram en Afghanistan, des techniques de renseignement s'apparentant à la torture mises au point au camp de détention de Guantanamo - consignées dans des "mémorandums" aujourd'hui connus (publiés ci-dessous). Elle refuse la thèse officielle des quelques soldats irresponsables s'adonnant à des actes sadiques dans la prison d'Abu Ghraib. La torture, affirme-t-elle, a été méthodiquement employée contre des prisonniers accusés d'être des "terroristes" - souvent des  Bagdadis ramassés dans la rue la veille, qui avaient le tort de se trouver là, explique-t-elle. (enquête publiée partiellement dans Le Monde Magazine, janvier 2008)

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    (Janis Karpinski avec Donald Rumsfeld en tournée d'inspection en Irak, hiver 2003. DR)

    REPORTAGE...

    ... Cette enquête a commençé comme ça. Le 25 octobre 2007 Donald Rumsfeld arrive à Paris sans se douter de rien. L’ancien Secrétaire américain à la Défense doit prendre la parole à une conférence du Club Interallié. À peine sa présence sur le territoire français est-elle confirmée, quatre associations humanitaires réclament l’ouverture d’une information judiciaire contre lui auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris - la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), la Ligue française des Droits de l’Homme (LDH), le Center for Constitutional Rights (CCR, New York), le European Center For Constitutional and Human Rights (ECCHR, Berlin). J'en suis prévenu. À quel titre Donald Rumsfeld est- il poursuivi ? De l’article 6 de la Convention internationale contre « la torture, et autres traitements cruels, inhumains et dégradants ». Ses dispositions, intégrées au droit interne français, autorisent de prendre « toutes mesures conservatoires au fin d’assurer la détention » de toute personne responsable de tels traitements présente sur le territoire Français.

    S’appuyant sur la « compétence universelle » d’un tribunal français, les associations de Droits de l’homme veulent réitérer contre Donald Rumsfeld une action juridique semblable à celle lancée par le juge espagnol Garzòn, qui avait fait assigner à résidence en Angleterre le dictateur chilien Augusto Pinochet – pour torture encore. Pourquoi les associations des Droits de l’Homme lancent-elle cette procédure depuis la France, non des Etats-Unis ? Ce n’est pas faute d’avoir essayer. Human Rights First, l’American Civil Liberties Union (ACLU) le CCR ont attaqué Donald Rumsfeld au civil. Pour « abus de détenus ». Pour avoir bafoué la Convention de Genève sur les droits des prisonniers. A chaque fois, l’affaire a été rejeté pour « immunité » du Secrétaire à la Défense.


    Au pénal, même échec. Pourquoi ? Aux Etats-Unis les procureurs seuls décident d’ouvrir une procédure, et les dossiers sensibles dépendent de la volonté du Procureur Général, l’équivalent du Garde des Sceaux, nommé par le président Georges Bush.Voilà pourquoi les associations humanitaires tentent début octobre de faire ouvrir une information judiciaire depuis la France. La même démarche avait permis de faire arrêter en juillet 1999, à Montpellier, l’officier mauritanien Ely Ould Dah suspecté d’avoir été un des tortionnaires du « camp de la mort » de Jreïda.

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  • " NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES..." RENCONTRE AVEC PAUL WATZLAWICK, FIGURE DE "L'ECOLE DE PALO ALTO", FONDEE IL Y A 50 ANS AU "MENTAL RESEARCH INSTITUTE", CALIFORNIE

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    (Portrait psychédélique de Paul Watzlavick)

    NEWS NEWS NEWS Cet été, le "Mental Research Insitute" de Palo Alto fêtera ses 50 ans d'existence, et avec lui un des courants d'idées majeurs de la seconde moitié du XXe siècle, qui a renouvelé aussi bien la psychologie sociale, la psychotérapie (avec la thérapie familiale), la théorie générale des systèmes, la microsociologie et les théories de la communication : la célèbre "école de Palo Alto" - aussi appelée, dans sa conception élargie à toute la communication sociale : "le collège invisible" -  et sa constellation travaux originaux, études éclectiques, découvertes renversantes, chercheurs connus et moins connus tels Gregory Bateson, Jay Haley, Don Jackson, John Weakland,  Margaret Mead, Paul Watzlavick mais aussi Ervin Goffman, Edward T. Hall, Ray Birdwhistel (l'inventeur de la kinésique), Francisco Varela (un des fondateurs des approches cognitives) et d'autres.

    Pour mieux comprendre les apports décisifs de cette école, longtemps méconnue en France, qui a initié la thérapie familiale, réhabilité l'hypnose,  décrypté les communications pathologiques (la théorie de la "double contrainte" ou "double bind"), enrichi la sociologie culturelle, développé la systèmique et la philosophie dite "constructiviste", voici un portrait d'une des figures de "Palo Alto", PAUL WATZLAWICK, disparu en 2007, l'auteur du célébre "Comment faire son propre malheur" que j'avais rencontré au Mental Resarch Institute au printemps 1988 pour le magazine Actuel.

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    NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES

    Vous connaissez les "allumeuses", ce genre de femme, ou d'adolescente, qui vous vampe, vous laisse entendre qu'elle résiste à grand peine à votre charme, suggère une complicité érotique à peine vous l'abordez ... et s’empresse d’appeler les pompiers dès que vous répondez à ses avances. L'allumeuse. À la fois créature affolante et vraie mijaurée. Ces paradoxes en minijupe ont un gros problème avec les hommes. Elles pensent qu'ils ne viendront vers elles que si elles font mine de s'offrir toute entière, tout de suite. Ou alors trop timides, ou trop creuses pour provoquer une discussion intéressante, une rencontre pétillante, elles se rabattent sur la provocation sexuelle. Elles s'empressent  donc d'émoustiller ces gros balourds pulsionnels que seraient les hommes pour les attirer, et, vite, cherchent à profiter de leur compagnie avant qu’ils ne leur sautent dessus. Evidemment, cette tragédie enflammée échoue toujours. Car les garçons aimantés par tant d'appels de phare se montrent fort pressés de conclure ce qui semble si precipitamment commencé. Alors la belle, affolée, refuse. Dépité, le mec s’énerve. S’agace. Ne comprend pas. S’écrie " Allumeuse ! " Quant à elle, elle désespère un peu plus des hommes.

    Voici un cas amusant où la recherche de la solution – vaincre sa timidité et sa peur des garçons par l’allumage outré - crée le problème : les garçons s’excitent puis s’en vont, et on retourne à la case départ. Le problème, de l'allumeuse, c’est sa solution. Si elle n’allumait pas, si elle se contentait, par exemple, de rougir, de bégayer, d'accepter sa timidité, ou d’attendre le moment propice, ou toute autre stratégie moins érotisée - je me souviens de cette timide qui faisait mine de se tordre la cheville, et qui s'étonnait toujours del'empressement des hommes à la sécourir - ses relations avec l'autre sexe en seraient sans doute facilitées. Les situations où nos mauvaises solutions créent nos problèmes, ou encore où les problèmes viennent de nos solutions, sont légion. Voilà le type de paradoxe de communication  ou de comportement que Paul Watzlawick se régale à décoder, et avec lui le courant théorique appellé “l’Ecole de Palo Alto” : les grands analystes des points aveugles, des paradoxes et des codes secrets de l’interaction amoureuse et sociale.

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