samedi, 03 octobre 2009

L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DE L'ECRIVAIN CHINOIS MO YAN - CE QUI SIGNIFIE "NE PAS PARLER"

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NEWS NEWS NEWS. Alors que la Chine fête avec une pompe grandiose le soixantième anniversaire de la révolution chinoise, voici le récit d'une rencontre avec Mo Yan, un des écrivains les plus talentueux et les plus prolifiques de Chine, l'auteur du vertigineux "Beaux seins, belles fesses" - où défilent les 6O années d'histoire chinoise aujourd'hui à la fête à Pekin. Mo Yan nous livre sa vision à la fois très critique, et haute en colère et en couleur, de l'histoire chinoise récente. Son dernier roman, tout juste sorti aux editions du Seuil, "La dure loi du karma" raconte dans le détail la vie d'un gros bourg pendant les exactions et les délires collectivistes du "Grand Bond en Avant", puis de la "Grande Révolution Culturelle".

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« Mo Yan » signifie « Ne pas parler ». Un paradoxe quand on connaît ses romans torrentiels. De son véritable nom, Moye Guan, l’écrivain a conservé les deux caractères chinois de son prénom, la négation « Mo ! » et « Yan », la parole. Pourquoi ce surnom ? Il s’en explique dans un petit hôtel du sixième arrondissement, impassible, un visage rond comme la lune. En Chine communiste, pendant toute la période maoïste, il fallait mieux ne pas s’exprimer en public. Ses parents lui répétaient : Moye, proteste à la maison, mais ment en public. En changeant de nom, le jeune écrivain s’adressait un avertissement : retiens ta langue. De dramatiques événements d’enfance ont beaucoup joué dans ce choix. À dix ans, né dans une famille de huit enfants, le petit Moye fut renvoyé de l’école comme « mauvais élément » au début de la « grande révolution culturelle prolétarienne » (1965-1976). Ses grands parents et un de ses oncles étaient considérés comme des « droitiers » et des « paysans aisés » - « mon grand père possédait quelques acres et quelques vaches, cela suffisait pour être dénoncé comme ennemi de classe à l’époque » - mais aussi, ajoute-t-il, imperturbable : « J’avais mon franc-parler. C’est ce qui m’a valu d’être chassé.» Difficile de douter du franc-parler de « Mo Yan - Ne parle pas ». Depuis, l’écrivain a libéré une langue sarcastique, iconoclaste, rabelaisienne, haute en verve, dans dix gros romans, vingt courts et plusieurs dizaines de nouvelles - si bien qu’aujourd’hui, après qu’il ait obtenu en 1997 le China's Annual Writer's Award, beaucoup d’écrivains et critiques lui prédisent le prix Nobel.

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lundi, 07 septembre 2009

BENJAMIN BARBER, PHILOSOPHE POLITIQUE AMERICAIN : "NOUS VIVONS UNE INFANTILISATION GENERALE"

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NEWS NEWS NEWS. Le philosophe politique Benjamin Barber, ancien conseiller du présdent  Clinton, auteur d'une critique du "fondamentalisme néolibéral américain" (Mc World versus Jihad, Fayard) qui participe au grand projet de  Wikipedia de construire un riche corpus encyclopédique consacrée à la « Politique », vient de publier dans la revue radicale Nation un bel article  sur « l’espace public » à New York ( barber ) où il appelle à la création d’espaces sans voitures et piétonniers, à la manière des Ramblas de Barcelone, où les new yorkais pourraient se promener et dériver, les artistes se montrer, les enfants jouer, etc – bref à une accaparation de la ville par le public en divers lieux de la Grosse Pomme. Benjamin Barber a fait beaucoup parler de lui au moment de la grande crise financière de l’automne 2008 dans plusieurs articles retentissants. En pleine débâcle du système financier, quand nous avons vu chavirer un monde que nos maîtres-penseurs et grands politiques célébraient comme le « meilleur système possible » - que certains philosophes naïfs annonçaient même la « fin de l’histoire » -, le philosophe politique américain Benjamin Barber riait noir. C’était dans The Guardian du 20 octobre 2008. Il riait de l’effondrement du stupide dogme néolibéral selon lequel l’Etat et le bien public sont « le problème » - « the villain » - et le capitalisme consumériste et financier « la solution »  à tous nos problèmes. Il riait noir Benjamin Barber, parce que cela fait trente ans que cette chape de plomb pèse sur nos sociétés. Trente ans que cette pensée unique sert à cacher « l’horrible petit secret », « the dirty little secret » de notre époque. Lequel ? Hé bien… « non, ce ne sont pas seulement les crédits pourris, les financiers, traders et banquiers cupides, les investisseurs pressés et ignorants qui ont généré cette crise mondiale. Ce sont ces décades d’affaiblissement de la démocratie et du capital social ». Le capital social ?

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mercredi, 02 septembre 2009

L'HISTOIRE DE TEHELKA, JOURNAL INDEPENDANT INDIEN, QUI FAILLIT FAIRE TOMBER DEUX FOIS LE GOUVERNEMENT, RACONTEE PAR SON REDACTEUR EN CHEF, TARUN S.TEJPAL

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(Tarun Tejpan en pleine campagne pour relancer Tehelka son journal à New Delhi)

NEWS NEWS NEWS "L'histoire de mes assassins" (Buchet Chastel) le second roman de Tarun J. Tejpal, rédacteur en chef de l'hebdomadaire d'investigation indien TEHELKA, sort en France cette semaine. Un livre fascinant, qui raconte la vie de cinq hommes de main payés pour assassiner un journaliste. À travers eux, on découvre l'Inde des basses castes et des bidonvilles, l'Inde de "Slumdog Millionaire"  et des misérables,  d'hommes qui tentent de sortir de la pauvreté par tous les moyens, même le crime. Rencontré au festival des Etonnants Voyageurs, Tarun Tejpal raconte ici sa vie de journaliste et l'histoire de la chute et la renaissance de TEHELKA, un des rares journaux indépendants indiens, qui par deux fois a failli faire tomber le gouvernement  par ses enquêtes sur la corruption politique. Récit de première main (paru dans Le Monde 2, août 2009).
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(Bangaru Laxman, le président du Parti du Peuple Indien (BJP, nationaliste hindou) reçoit un pot de vin en direct, filmé par une caméra espion de Tehelka)
L’image est un peu floue, le son brouillé. Mais on entend distinctement « Un cadeau pour le nouvel an ». Une main tend une épaisse liasse de roupies à Bangaru Laxman, on le reconnaît bien, le président du Parti du Peuple Indien au pouvoir (BJP, nationaliste hindou).
Il s’empare des billets et les range dans un tiroir sans dire un mot. Cette courte séquence vidéo, filmée par une caméra espion, a failli faire tomber le gouvernement indien cette année 2001. Elle n’est pas la seule, ce qui explique l’énorme scandale qui a suivi : 34 autres personnalités politiques et militaires, plusieurs hauts fonctionnaires, ont encore été filmés acceptant des pots-de-vin. Pour la première fois, la terrible corruption indienne était montrée. En direct. En flagrant délit. Dans ses gestes simples : les billets qui changent de main, les petites phrases cyniques, les silences. Comment ces images ont-elles pu être filmées, rendues publiques ? Elles ont été prises par une équipe de jeunes journalistes d’un site d’information Tehelka.com (Sensation.com) consacré à l’investigation et au grand reportage, qui s’était fait connaître en révélant les pots de vin en usage dans les matchs de cricket, le sport national indien. Il leur a fallu sept mois d’enquête, beaucoup de courage, pour aborder les militaires, les officiels, pénétrer les bureaux où tout se décide. Pour ce faire, les reporters ont créé une entreprise fictive d’armement, Westend International, prétendument spécialisée dans les jumelles thermiques. Ensuite, ils se sont présentés auprès des membres du gouvernement chargés des affaires militaires, pour leur proposer leurs services. Leur vendre des armes. Une fois en contact, après des discussions sur les contrats, ils ont vite compris qu’il fallait graisser des pattes. Au plus haut niveau. Ils ont joué le jeu - avec une caméra cachée.

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jeudi, 27 août 2009

L'AMERIQUE A TORTURE METHODIQUEMENT PENDANT LA GUERRE ANTI-TERRORISTE SOUS LE GOUVERNEMENT BUSH. L'EX GENERALE AMERICAINE JANIS KARPINSKI, RESPONSABLE DE LA PRISON D'ABU GHRAIB, RACONTE...

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NEWS NEWS NEWS. Les tortures, les détentions illégales, les retentions et les déplacements forcées d'un pays à l'autre, tous les comportements indignes commis par les forcées armées et la CIA sous le gouvernement de Georges W. Bush, de par sa volonté affichée, commencent à sortir de l'ombre. Un rapport du Sénat américain, rendu public le 11 décembre 2008, affirme que la torture a été délibérément développée à Guantanamo puis dans plusieurs camps d'internement de l'armée américaine, notamment en Irak dans la prison d'Abu Ghraib. Le rapport explique et détaille comment, contrairement aux dénégations de l’administration Bush, les sévices subis par les prisonniers à Abou Graib «n’étaient pas simplement le fait de quelques soldats agissants de leurs propre initiative», mais relevaient de directives fixées par la direction militaire, le Secrétaire d'Etat à la Défense Donald Rumsfeld pour commencer - c'est lui, précise le rapport, qui "a transmis le message selon lequel les détenus devaient être soumis à des pressions physiques et des humiliations". Ce rapport du Sénat américain fait suite à une enquête de 18 mois, initiée par le sénateur démocrate du Michigan Carl Levin et le sénateur républicain, ancien candidat à la présidence John McCain - ancien prisonnier de guerre au Vietnam, torturé, il s’est toujours élevé contre les méthodes préconisées par Donald Rumsfeld et le président Bush. Rappellons que le 8 mars 2008, George W. Bush lui-même a opposé son veto présidentiel - personnel - à un texte de loi, voté par le Congrès, interdisant aux agents des services de renseignement de recourir au "waterboarding", le supplice de la noyade, et plusieurs autres méthodes d'interrogatoire assimiliées à la torture. "Le danger persiste, il faut nous assurer que les responsables de nos services de renseignement puissent disposer de tous les instruments nécessaires pour arrêter les terroristes", avait alors expliqué le président américain lors d'une allocution à la radio - prenant acte devant l'histoire.

Ces affaires de torture ont été dénoncé par le nouveau  président américain, Barack Obama, juste après son élection. Il a solennellement déclaré qu'il y mettrait fin, et qu'il allait fermer le camp de Guantanamo. Depuis le mois de juillet 2009, le reproche d'avoir encouragé la torture  a été officiellement adressé par une commission d'enquête à la direction de la CIA et d'anciens membres du gouvernement Bush, dont son vice-président, Dick Cheney. Si Barack Obama a annoncé qu'il préférait "aller de l'avant", estimant que "regarder en arrière n'est pas dans le meilleur intérêt" des Etats-Unis, le "Bureau de responsabilité personnelle" du département de la justice américain a recommandé la semaine dernière la réouverture de nombreux dossiers consacrés aux mauvais traitements des prsonniers, notamment le simulacre d'exécution et le "waterboarding". Cette décision pourrait mener à la mise en examen de certains responsables de la CIA.

En complément du rapport du Sénat américain, voici un enquête réalisée en janvier 2008 sur les tortures infligées sur plusieurs dizaines de prisonniers à la prison d'Abu Graib en Irak. Elle faisait suite à la plainte pour "crime contre l'humanité" déposée - à l'appui d'un dossier solide ( et effrayant) - par plusieurs associations des Droits de l'Homme contre Donald Rumsfeld, alors qu'il se préparait à se rendre à Paris pour participer à un débat public. Elle m'a mené à rencontrer l'ancienne générale de l'armée américaine Janis Karpinski, dégradée au rang de colonelle par son administration quand l'affaire des tortures d'Abu Ghraib avait été rendue publique  - suite à la publication des photos de sévices sur Internet. Janis Karpinski, comme d'autres officiers, a servi de bouc émissaire dans ce drame.  Ses supérieurs lui ont reproché  de n'avoir pas été avertie que des soldats et des officiers torturaient des prisonniers dans cellules 1A et 1B de la prison d'Abu Ghraib - dont elle avait la responsabilité administrative.

Aujourd'hui, témoin de premier plan, Janis Karpinski porte plainte contre l'ancien Secrétaire d'Etat à la Défense américain, Donald Rumsfeld pour avoir promulgué en Irak des méthodes d'interrogatoires contraires aux règles de l'armée américaine et à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre. Elle l'accuse d'avoir généralisé au Moyen-Orient, en dépéchant le général Miller à Bagdad puis à Bagram en Afghanistan, des techniques de renseignement s'apparentant à la torture mises au point au camp de détention de Guantanamo - consignées dans des "mémorandums" aujourd'hui connus (publiés ci-dessous). Elle refuse la thèse officielle des quelques soldats irresponsables s'adonnant à des actes sadiques dans la prison d'Abu Ghraib. La torture, affirme-t-elle, a été méthodiquement employée contre des prisonniers accusés d'être des "terroristes" - souvent des  Bagdadis ramassés dans la rue la veille, qui avaient le tort de se trouver là, explique-t-elle. (enquête publiée en partie dans Le Monde 2, janvier 08)

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(Janis Karpinski avec Donald Rumsfeld en tournée d'inspection en Irak, hiver 2003)

REPORTAGE...

... Cette enquête a commençé comme ça. Le 25 octobre 2007 Donald Rumsfeld arrive à Paris sans se douter de rien. L’ancien Secrétaire américain à la Défense doit prendre la parole à une conférence du Club Interallié. À peine sa présence sur le territoire français est-elle confirmée, quatre associations humanitaires réclament l’ouverture d’une information judiciaire contre lui auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris - la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), la Ligue française des Droits de l’Homme (LDH), le Center for Constitutional Rights (CCR, New York), le European Center For Constitutional and Human Rights (ECCHR, Berlin). J'en suis prévenu. À quel titre Donald Rumsfeld est- il poursuivi ? De l’article 6 de la Convention internationale contre « la torture, et autres traitements cruels, inhumains et dégradants ». Ses dispositions, intégrées au droit interne français, autorisent de prendre « toutes mesures conservatoires au fin d’assurer la détention » de toute personne responsable de tels traitements présente sur le territoire Français. S’appuyant sur la « compétence universelle » d’un tribunal français, les associations de Droits de l’homme veulent réitérer contre Donald Rumsfeld une action juridique semblable à celle lancée par le juge espagnol Garzòn, qui avait fait assigner à résidence en Angleterre le dictateur chilien Augusto Pinochet – pour torture encore. Pourquoi les associations des Droits de l’Homme lancent-elle cette procédure depuis la France, non des Etats-Unis ? Ce n’est pas faute d’avoir essayer. Human Rights First, l’American Civil Liberties Union (ACLU) le CCR ont attaqué Donald Rumsfeld au civil. Pour « abus de détenus ». Pour avoir bafoué la Convention de Genève sur les droits des prisonniers. A chaque fois, l’affaire a été rejeté pour « immunité » du Secrétaire à la Défense.
Au pénal, même échec. Pourquoi ? Aux Etats-Unis les procureurs seuls décident d’ouvrir une procédure, et les dossiers sensibles dépendent de la volonté du Procureur Général, l’équivalent du Garde des Sceaux, nommé par le président Georges Bush.Voilà pourquoi les associations humanitaires tentent début octobre de faire ouvrir une information judiciaire depuis la France. La même démarche avait permis de faire arrêter en juillet 1999, à Montpellier, l’officier mauritanien Ely Ould Dah suspecté d’avoir été un des tortionnaires du « camp de la mort » de Jreïda.
Sur quels griefs repose la plainte pour torture contre Donald Rumsfeld ?

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lundi, 08 juin 2009

" NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES..." RENCONTRE AVEC PAUL WATZLAWICK, FIGURE DE "L'ECOLE DE PALO ALTO", FONDEE IL Y A 50 ANS AU "MENTAL RESEARCH INSTITUTE", CALIFORNIE

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(Portrait psychédélique de Paul Watzlavick)

NEWS NEWS NEWS Cet été, le "Mental Research Insitute" de Palo Alto fêtera ses 50 ans d'existence, et avec lui un des courants d'idées majeurs de la seconde moitié du XXe siècle, qui a renouvelé aussi bien la psychologie sociale, la psychotérapie (avec la thérapie familiale), la théorie générale des systèmes, la microsociologie et les théories de la communication : la célèbre "école de Palo Alto" - aussi appelée, dans sa conception élargie à toute la communication sociale : "le collège invisible" -  et sa constellation travaux originaux, études éclectiques, découvertes renversantes, chercheurs connus et moins connus tels Gregory Bateson, Jay Haley, Don Jackson, John Weakland,  Margaret Mead, Paul Watzlavick mais aussi Ervin Goffman, Edward T. Hall, Ray Birdwhistel (l'inventeur de la kinésique), Francisco Varela (un des fondateurs des approches cognitives) et d'autres.

Pour mieux comprendre les apports décisifs de cette école, longtemps méconnue en France, qui a initié la thérapie familiale, réhabilité l'hypnose,  décrypté les communications pathologiques (la théorie de la "double contrainte" ou "double bind"), enrichi la sociologie culturelle, développé la systèmique et la philosophie dite "constructiviste", voici un portrait d'une des figures de "Palo Alto", PAUL WATZLAWICK, disparu en 2007, l'auteur du célébre "Comment faire son propre malheur" que j'avais rencontré au Mental Resarch Institute au printemps 1988 pour le magazine Actuel.

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NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES

Vous connaissez les "allumeuses", ce genre de femme, ou d'adolescente, qui vous vampe, vous laisse entendre qu'elle résiste à grand peine à votre charme, suggère une complicité érotique à peine vous l'abordez ... et s’empresse d’appeler les pompiers dès que vous répondez à ses avances. L'allumeuse. À la fois créature affolante et vraie mijaurée. Ces paradoxes en minijupe ont un gros problème avec les hommes. Elles pensent qu'ils ne viendront vers elles que si elles font mine de s'offrir toute entière, tout de suite. Ou alors trop timides, ou trop creuses pour provoquer une discussion intéressante, une rencontre pétillante, elles se rabattent sur la provocation sexuelle. Elles s'empressent  donc d'émoustiller ces gros balourds pulsionnels que seraient les hommes pour les attirer, et, vite, cherchent à profiter de leur compagnie avant qu’ils ne leur sautent dessus. Evidemment, cette tragédie enflammée échoue toujours. Car les garçons aimantés par tant d'appels de phare se montrent fort pressés de conclure ce qui semble si precipitamment commencé. Alors la belle, affolée, refuse. Dépité, le mec s’énerve. S’agace. Ne comprend pas. S’écrie " Allumeuse ! " Quant à elle, elle désespère un peu plus des hommes.

Voici un cas amusant où la recherche de la solution – vaincre sa timidité et sa peur des garçons par l’allumage outré - crée le problème : les garçons s’excitent puis s’en vont, et on retourne à la case départ. Le problème, de l'allumeuse, c’est sa solution. Si elle n’allumait pas, si elle se contentait, par exemple, de rougir, de bégayer, d'accepter sa timidité, ou d’attendre le moment propice, ou toute autre stratégie moins érotisée - je me souviens de cette timide qui faisait mine de se tordre la cheville, et qui s'étonnait toujours del'empressement des hommes à la sécourir - ses relations avec l'autre sexe en seraient sans doute facilitées. Les situations où nos mauvaises solutions créent nos problèmes, ou encore où les problèmes viennent de nos solutions, sont légion. Voilà le type de paradoxe de communication  ou de comportement que Paul Watzlawick se régale à décoder, et avec lui le courant théorique appellé “l’Ecole de Palo Alto” : les grands analystes des points aveugles, des paradoxes et des codes secrets de l’interaction amoureuse et sociale.

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dimanche, 24 mai 2009

LA REVUE "RAVAGES" EST DE RETOUR

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NEWS NEWS NEWS Le numéro 2 de la revue RAVAGES, dont le numéro 1 a été épuisé en quelques jours, fondée par votre serviteur et l'écrivaine Isabelle Sorente, est en vente dans toutes les bonnes librairies depuis hier. Thème du numéro : "INFANTILISATION GENERALE". Un petit cut up du numéro vous en dira un peu plus :

«L'infantilisation des adultes est en marche dans un monde… où, pendant 20 ans, politiques et économistes nous ont fait croire que le capitalisme financier, le banquier enchaînant le pauvre à crédit et le trader de Wall Street représentaient le summum de l’humain…
… où les philosophes et les penseurs serviles ont vendu la soupe de la fin de l’Histoire et du renoncement…
… où on glorifie le corps teenager pour tous et à tout âge, la « girl culture » pour les femmes adultes, la culture « ado » dans toute la culture, le positive thinking et la psychologie de bazar comme philosophie de vie
… où la gauche a capitulé sur le terrain des luttes, des droits, du projet social et républicain, de la défense des libertés individuelles
… où la consommation est devenue le seul mode de vie, la superficialité l’idéal, la révolte une folie…
Un monde qui préfère…… le simplisme à la réflexion … le sentimentalisme à la raison … les certitudes à l’incertitude … la pensée unique à la recherche … le paternalisme à la liberté … le voir au penser… le désir au plaisir … le narcissisme à l’amour … l’instantané au durable… l’ignorance à la connaissance … l’enfant-roi à l’adulte … le salariat au travail indépendant
."

On rencontre dans RAVAGES 2 :
• FRÉDÉRIC NIETZSCHE, dont l’œuvre est interviewée ;
• Les philosophes BENJAMIN BARBER, (auteur de « Comment le capitalisme nous infantilise »), RUWEN OGIEN (sur le paternalisme), BERNARD STIEGLER (sur l’infantilisation des enfants), PAUL VIRILIO (sur la virtualisation du monde), MICHAELA MARZANO (sur le coaching des moutons)...
• Les économistes MUHAMMAD YUNUS (prix Nobel), JOSEPH STIGLITZ (prix nobel)...
• Les chercheurs CATHERINE VIDAL (neurobiologiste) et JEAN-FRANÇOIS TERNAY (éthicien) ;
• Les écrivains ARAVIND ADIGA, WENDY DELORME, DOROTA MASLOVSKA, ISABELLE SORENTE. PATRICK PIET

Par ailleurs, la revue RAVAGES et le FORUM D'ACTION MODERNITE organisent le 3 juin, de 19 H à 21 H, avec le théâtre du Rond Point une soirée ravageuse, où les auteurs de la revue viendront s'expliquer, Frederic Nietzsche (joué par Jean-Michel Ribbes) sera interviewé en direct, et plusieurs spectacles et humoristes seront présentés

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mardi, 03 mars 2009

ON NE PRETE PAS QU'AUX RICHES. ENQUÊTE SUR LE MICRO-CREDIT ET MOULTES HISTOIRES DE CREATION D'ENTREPRISES INDIVIDUELLES EN FRANCE PAR DES LICENCIES ET DES CHÔMEURS

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NEWS NEWS NEWS Avant la récession, quand on parlait de micro-crédit, beaucoup pensaient aux associations du Bengladesh, d'Inde, ou encore au prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, la banque des pauvres. Que l'on se détrompe. L’Association pour le Droit à l’Initiative Economique (ADIE), propose des microcrédits en France depuis vingt ans, et a déjà sorti 60 000 personnes de la précarité. A l’heure de la débâcle des institutions financières, elle développe une stratégie permettant à des chômeurs, des rmistes, des gens en fin de droit, des jeunes sans travail, des qualifiés sans emploi à leur mesure, des licenciés, des femmes seules de créer leur propre actiivité, et leur "auto-entreprise". Enquête auprès de celles et ceux, précaires de tous âges et tous milieux, à qui l’ADIE a permis de rebondir dans toute la France (publié dans le Monde 2, 28/02)

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Tant va la croyance à  la vie qu'à la fin elle se gagne. Lorsque Fatiha quitte l’Algérie pour Marseille, en 1998, avec sa famille, elle a 15 ans. Son père, naturalisé français, est coiffeur. Elle passe un BEP de comptabilité. A 18 ans, menue, jolie, des yeux noisette, elle multiplie les stages. Elle fait ensuite une formation de secrétaire médicale. Encore des stages. « Je faisais l’accueil, répondais au téléphone. » Fatiha commence alors à faire le tour des entreprises marseillaises. Petits boulots, stages à nouveau. Elle a 21 ans. Avec sa famille, quatre sœurs, deux frères, elle vit dans un petit appartement des quartiers Nord. Le père a longtemps exercé en Algérie mais, n’ayant pas le brevet professionnel français, il ne peut se mettre à son compte. Il fait des remplacements dans un salon. Fatiha décide d’apprendre à coiffer, espérant profiter des contacts de son père. Elle suit un apprentissage, 4 000 € pour l’année. Papa paye la moitié, le conseil général l’aide. La voilà avec un CAP. La course à l’emploi recommence. « Je faisais les shampoings, je balayais. » Fatiha a 23 ans...

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mercredi, 26 novembre 2008

ROMAN NOIR. QUAND NORMAN MAILER DEFENDAIT JACK ABBOTT, ASSASSIN ET ECRIVAIN

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(Juillet 1981. Norman Mailer se défend. La presse l'attaque pour avoir fait libérer le prisonnier Jack Abbott. Ici le New York Post lui fait dire "J'aiderai encore un assassin")


NEWS NEWS NEWS Les éditions du Cherche Midi publient la correspondance de deux écrivains new-yorkais, grand figures des colères et des éclats des seventies, dont l’œuvre résonne encore puissamment aujourd’hui : Norman Mailer et Jean Malaquais (Le Cherche-Midi, 284p). Rage bien réelle, révolte trempée, critique de la mollesse et du cynisme, amitié profonde et critique, c’est tout l’envers des provocations à un centime de la correspondance fabriquée des amis publics BHL et HBL.
Pour comprendre un peu mieux la personnalité des deux personnages, voici un enquête faite à New York fin 1981 quand Norman Mailer et Jean Malaquais défendaient un écrivain indéfendable, l’assassin Jack Abbott. En 1980, après 25 années de prison, Jack Abbott envoie l’histoire de sa vie à Norman Mailer. L’écrivain trouve le récit fort, aide à le faire publier et préface le livre : son titre « Dans le ventre la bête ». Du jour au lendemain, Jack Abbott le paria devient un auteur à succès. Norman Mailer, Jean Malaquais et d’autres  se mobilisent, l'aident à sortir de prison. Un mois après sa libération Jack Abbott poignarde un jeune patron de restaurant au cours d’une altercation. L’affaire Abbott commence. Norman Mailer se rend au procès de Jack Abbott – injurié par tous, il le défend encore. (publié dans Actuel, mars1982)
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JACK ABBOTT. RECHERCHé POUR MEURTRE…

Une affiche jaune pâle, administrative comme on en trouve dans tous les commissariats new-yorkais. Sous le gros titre noir « Recherché pour meurtre » un type vous regarde. Les yeux clairs, une moustache banale, la tête légèrement penchée. Il n’a pas la caboche dure, la « tête d’assassin » habituelle des placards policiers. Il est plutôt beau, un peu la gueule et les pommettes de Jack Palance. Quelques phrases imprimées précisent son âge, 37 ans. Un signe particulier : les lettres J.A.C.K. sont tatouées sur ses phalanges. Le motif d’accusation : l’homme a poignardé le 18 juillet 1981 un certain Richard Adam devant son restaurant de la deuxième avenue, dans l’East Village. Son nom : Jack Henry Abbott.Le 20 janvier dernier, on pouvait voir ce visage impassible imprimé en couverture de tous les journaux américains à côté de la bille ronde, volontaire et crispée de Norman Mailer. L’écrivain détesté autant qu'adulé de "Pourquoi nous sommes au Vietnam ?" et du « Chant du Bourreau » – son dernier roman, vendu à un million d’exemplaires en quelques mois - était venu témoigner au procès de Jack Abbott pour convaincre le jury de lui accorder les circonstances atténuantes. Toute la presse s’était déplacée pour écouter la plaidoirie de Norman Mailer. Les télévisions, les radios, une horde de reporters le guettaient chaque jour devant le Palais de Justice après chaque interruption de séance. Car cette fois l’écrivain à scandale du « Nègre Blanc » et de "Un rêve américain", l’ancien anarchiste qui avait lancé le mouvement « Hip » - « divorcer de la société, exister sans racine, explorer sans boussoles les exigences rebelles du moi. Voilà le Hip : on est hip ou on est bourgeois. » -, l’opposant farouche à la guerre du Vietnam, le contestataire, jouait une partie très difficile - Jack Abbott sa vie.

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mardi, 25 novembre 2008

TONI MORRISON, UN NOUVEAU ROMAN. LA REVOLTE DES NOIRS ET DES PAUVRES BLANCS CONTRE L'ESCLAVAGE ET LE TRAVAIL FORCE A MENé AU RACISME AMERICAIN

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News News News. Toni Morrison, prix Nobel de littérature, publie un nouveau roman aux Etats-Unis, "A mercy", à paraître en avril 2009 aux éditions Christian Bourgois. Le livre raconte comment l'esclavage a mené au racisme - et comment il s'en différencie. Elle y rappelle l'événement historique qui sert detoile de fond au livre, appelé "la révolte de Bacon" - 1676, Virginie - quand un groupe de cinq cents, serviteurs blancs, esclaves noirs, Noirs affranchis, renversèrent le gouvernement de la cette colonie.  Ils furent bientôt chassés, puis capturés. Toni Morrison a raconté la suite dans un entretien publié sur le site du Nouvel Observateur. "Les propriétaires, se jurant de ne jamais laisser une chose pareille se reproduire, établirent des lois, parmi lesquelles celle-ci : tout homme blanc pouvait mutiler ou tuer n'importe quelle personne noire, pour quelque raison que ce soit, à quelque moment que ce soit. ? (...) Voilà de quoi nous avons hérité : on a transformé les pauvres en antagonistes. Cela donne un sens à la couleur de peau; cela permet à des Blancs pauvres comme Job d'éprouver un petit sentiment de supériorité tout simplement parce qu'ils sont blancs et pas noirs."
Toni Morrison a apporté son soutien au sénateur de l'Illinois Barack Obama, qund il était encore un outsider. Dans une lettre ouverte datée du 29 janvier dernier, elle faisait un portrait enthousiaste du jeune candidat : "En plus d'une intelligence aiguë,de l'intégrité et d'une authenticité rare, vous faites preuve de quelque chose qui n'a rien à voir avec l'âge, l'expérience, la race ou le sexe, et quelque chose que je ne vois pas chez les autres candidats. Ce quelque chose est une imagination créatrice associée à la sagesse". Nous allons bientôt savoir si l'écrivain se trompait, ou faisait preuve de prescience.
En sept romans magnifiques, Toni Morrison a obtenu le prix Nobel de littérature. Son huitième, "Love" (Christian Bourgois), a séduit le public, tant en Amérique qu'en France. Pendant l'entretien qui suit, fait chez elle à New York l'hiver 2005, elle parle des magiciens qui s'envolaient des champs de coton pour échapper à l'esclavage, de Fats Waller et la naissance du jazz, "la musique du diable", et du "lamentable régime de Georges W Bush" (publié dans Le Monde 2)
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A NEW YORK, QUARTIER DE SOHO...

"Ma grand-mère jouait au loto avec mes rêves. Elle me demandait de les raconter, puis elle les traduisait en chiffres qu'elle allait jouer dans les loteries clandestines. Je lui racontais un rêve de mariage, elle consultait un livre d'interprétation, et elle composait des numéros du loto. Un mariage, c'était deux plus un, trois. La mort de quelqu'un c'était zéro. Des fois, j'inventais des rêves extraordinaires, pour lui plaire. Elle adorait que nous brodions des histoires, ma sœur et moi, toute la famille. Le soir, nous improvisions, des aventures de dragons, des blagues, des intrigues amoureuses, nous rivalisions. Grand-mère nous mettait des notes. Parfois, à une bonne histoire, tout le monde applaudissait..."
Elle ressemble à une chanteuse de gospel. Coffre, charisme, puissance. La voix impressionne. Profonde, basse. Elle fait sonner chaque phrase, elle la détache, comme si elle lisait un texte. Non qu'elle s'écoute, elle aime les mots. Elle aime le langage. Elle vous envoûte. "Mes rêves pour le loto de grand mère… Ce furent peut-être mes premiers récits d'imagination. Je les fabriquais de toutes pièces, des histoires magiques, des personnages fantastiques, l'enfance baigne dans la magie... Mes premiers, tout premiers écrits ? C'était à la craie, dans la rue, j'avais quatre, cinq ans, avec ma sœur, nous recopions sur le trottoir les phrases obscènes écrites sur les murs, dans les toilettes, nous les réécrivions par terre, ça nous faisait rire ! "

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mercredi, 08 octobre 2008

FRANCOISE BARRE-SINOUSSI DE L'INSTITUT PASTEUR REÇOIT LE PRIX NOBEL DE MEDECINE. "UN PAYS QUI PERD SA RECHERCHE EST UN PAYS EN VOIE DE SOUS-DEVELOPPEMENT."

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( Luc Montagnier, Jean Claude Chermann - oublié par l'académie Nobel - et Françoise Barré-Sinoussi en 1983, Institut Pasteur, Paris)
NEWS NEWS NEWS. Le 20 mai 1983, paraissait dans l'hebdomadaire américain Science un article signé par plusieurs chercheurs français ( Barré-Sinoussi F, Chermann JC, Rey F, Nugeyre MT, Chamaret S, Gruest J, Dauguet C, Axler-Blin C, Vézinet-Brun F, Rouzioux C, Rozenbaum W, Montagnier L. : « Isolation of a T-lymphotropic retrovirus from a patient at risk for acquired immune deficiency syndrome (AIDS). », Science, no 220, 20 Mai 1983, 4599, p. 868-71) identifiant pour la première fois le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), responsable du sida. Vingt cinq ans après, le lundi 6 octobre 2008, le prix Nobel de médecine vient récompenser Françoise Barré-Sinoussi et le professeur Luc Montagnier, qui dirigeait l'équipe de l'Institut Pasteur - oubliant le troisième membre clef de l'équipe Jean-claude Chermann. Défiant les laboratoires américains et leurs budgets colossaux, Françoise Barré-Sinoussi et son équipe ont réussi cette prouesse en dehors de sentiers battus de la recherche, isolés, mal considérés par les politiques, avec les moyens du bord, attachés à suivre la démarche qui leur semblait la plus juste. Pour Le Monde 2, j'avais rencontré Me Françoise Barré-Sinoussi en mars 2004, à l'époque où le mouvement "Sauvons la Recherche" battait son plein, dénonçant la détérioration de la situation des chercheurs en France - ce même mouvement qui s'est opposé  au plan de restructuration de la ministre Valérie Pécresse en février 2008. A l'époque, Françoise Barré-Sinoussi déclarait : "Avec la politique actuelle, nos recherches n'auraient même pas été financées".
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INSTITUT PASTEUR, METRO RAGE...
...A l'entrée de l'Institut Pasteur, en ce 1er mars 2004, trois jeunes chercheurs distribuent un tract encadré de noir, un faire-part. Ils appellent le personnel et les passants à se retrouver le surlendemain à la station de métro Pasteur, qu'ils entendent rebaptiser «Rage». Ils prévoient aussi, par une action symbolique, "d'enterrer la recherche" en grande cérémonie. Une chercheuse en biologie, parka vert, énervée, 35 ans, interpelle les passants: «N'apportez ni fleurs ni couronnes. Venez avec un brassard noir. Pasteur en personne sera présent.» Métro "Rage". Aujourd'hui le mot court parmi les chercheurs français. Ils l'ont, la rage.

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