vendredi, 14 octobre 2011
LA PEUR NUCLÉAIRE POUR L'ÉTERNITÉ
NEWS NEWS NEWS. À Bure, dans la Meuse, la France pourrait construire un sanctuaire pour les déchets nucléaires qui, assurent les experts, doit durer 500 000 ans. Est-ce raisonnable ? Comment prévenir les générations futures de la boite de Pandore enterrée là ? Enquête (publiée en partie dans Le Monde Culture&Idées)
Grinçant, le monte-charge commence sa descente. Casqués, bottés, nous portons une lourde ceinture où brinqueballent un masque à gaz et un talkie-walkie. «La chaleur devrait être de 25° au fond» prévient le jeune géologue qui nous accompagne. Nous traversons les sous-sols de la Meuse, trois cents mètres de calcaire, cent de marne argileuse, avant d’atteindre la couche d’argilite dure où a été établi le laboratoire souterrain - moins 490 mètres. Une large galerie bardée de soutènements s’étire devant nous. Lumière chiche, odeur âcre de terre, violents bruits de travaux. Noyés dans la poussière, une équipe d’ouvriers masqués, visage maculé, attaquent au marteau-piqueur un mur de roche grise. Le géologue doit presque crier : «Vous voyez, c’est une roche très sèche, compacte. Cette couche s’est déposée dans le Bassin parisien il y a 160 millions d’années. Depuis, elle est très stable. Elle fait 130 mètres d’épaisseur. »
C’est au cœur de cet épais manteau d’argile jurassique, sous le village de Bure, que la France pourrait enfouir d’ici 15 ans les déchets les plus dangereux de son industrie nucléaire. Des résidus indestructibles, contenant des produits de fission mortels, césium 134 et 137, strontium 90 et des actinides radioactifs, curium 244, américium 241. Des produits dits à « haute activité » (HA) et « vie longue » (HAVL). Mortels, pour au moins 500 000 ans. Ces substances constituent 0,2% du volume des déchets nucléaires français - 2293 m3 en 2007 - mais émettent 94,98% de leur radioactivité totale. Si le programme nucléaire continue, ils représenteront 5060 m3 en 2030. Pour l’instant, ces poisons mortels sont entreposés, vitrifiés et refroidis, dans des caissons en inox, sur les sites de production de la Hague (Areva), Cadarache (CEA) et Marcoule (CEA, Areva). Mais, tous les experts le disent, ce stockage est à haut risque. Après quelques centaines d’années, peut-être moins, le verre se fendille, l’inox s’oxyde. Voilà pourquoi depuis 1991, l’Agence Nationale pour la gestion de Déchets Radiocatifs (Andra), un établissement public « à caractère industriel et commercial » - ce que certains écologistes lui reprochent - cherche un lieu imperméable au radiations, un sanctuaire sûr où déposer ce legs létal pour l’homme, les animaux et la biosphère.
22:03 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, piège abscons, terreur |
mercredi, 20 juillet 2011
CANNABIS STORY. DE L'APPEL DU 18 JOINT 1976 AUX AFFRONTEMENTS À L'ARME LOURDRE ENTRE DEALERS À SEVRAN (SEINE SAINT-DENIS) CET ÉTÉ 2011
NEWS NEWS NEWS Avant l’été, le maire de Sevran (Seine Saint-Denis) a demandé l’intervention de « casques bleus » dans les cités pour empêcher les dealers de haschich de s’entretuer. Pourtant, la prohibition du cannabis existe en France depuis 1970, au contraire de la plupart des pays européens. Faut-il parler de l’échec de la « guerre à la drogue » ? Quelles solutions préconiser ? Enquête.
1 - L’Appel du 18 joint 1976
Ce fut une cérémonie à la fois politique et botanique. Dressé à l’entrée du Jardin des Plantes devant la statue de Lamarck, brandissant un joint grand comme le cor de Roland, cheveu au vent, le philosophe François Chatelet a lu l’appel. « Cigarettes, pastis, aspirine, café, gros rouge, calmants font partie de notre vie quotidienne. En revanche, un simple joint de cannabis (sous ses différentes formes : marijuana, haschich, kif, huile…) peut vous conduire en prison ou chez un psychiatre… »
Applaudi, par une centaine de manifestants, il a entraîné la petite foule vers un terre-plein où un pied de cannabis fut planté avec solennité, malgré les protestations d’un jardinier qui assura que la serre en contenait déjà un. Puis, la police n’ayant rien repéré de ce manège, nous nous sommes attardés sous les frondaisons, fumant quelques cigarettes odorantes...
(Cet article a été publé en partie sur Le Monde Magazine fin août)
11:14 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : audace, écologie, nouvelle gaucge |
mardi, 25 janvier 2011
QUAND UN PHILOSOPHE INDIEN CRITIQUE DESCARTES ET NOS DANGEREUX RÊVES DE LIBERTÉ ET D' INDÉPENDANCE
NEWS NEWS NEWS. Satish Kumar a été moine jaïn, il a marché avec les proches de Gandhi pour redistribuer les terres, traversé le monde pour dénoncer les armes nucléaires, rencontrer Martin Luther King. Il vient de publier « Tu es donc je suis. Une déclaration de dépendance » (Belfond), un livre où il critique les fondements de la « philosophie égotique » des Occidentaux qui, selon lui, mène le monde à sa perte. Rencontre (article publié en partie dans Le Monde Magazine, janvier 2011)
Il semblait ravi de vouloir en découdre. Philosophiquement, bien sûr. D’exposer ses critiques à un journaliste du pays de Descartes, d’une capitale où « Liberté, Égalité, Fraternité » est écrit au fronton des mairies. Il espérait la contradiction, entendait bien discuter pied à pied les fondements mêmes de la pensée française, occidentale, que ce soit le « cogito » cartésien comme les principes de notre République. La veille déjà, au Café de l’Amour, invité à expliquer le titre de son livre « Tu es donc je suis » (Belfond), ses yeux noirs étincelaient, son visage taillé à la serpe s’animait. Tout de suite, m’offrant un thé, il a attaqué fort. « Vous remarquerez que Descartes dit deux fois « Je » dans son « Je pense donc, je suis », il fonde tout seul sa vérité. Tout ce qui vit autour de lui n’existe plus D’ailleurs, il a eu cette révélation en méditant enfermé dans une petite chambre, s’il avait réfléchi dans la nature, entouré d’arbres, d’animaux, caressé par le vent comme Bouddha, il n’aurait pas conclu à une prise de conscience solitaire.»
22:15 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philisophie, ego, écologie |
mercredi, 03 novembre 2010
CONFERENCE DE NAGOYA. ENTRETIEN AVEC PAVAN SUDKHEV, ECONOMISTE INDIEN, RAPPORTEUR SUR LA VALEUR ECONOMIQUE DE LA NATURE.
NEWS NEWS NEWS L'accord adopté ce vendredi 29 octobre à Nagoya (Japon) a été qualifié d’«historique» par de nombreux acteurs politiques et écologiques. Il comporte 20 objectifs majeurs visant à stopper la perte de biodiversité d'ici à 2020. À cette date, au moins 17% des aires terrestres et des eaux intérieures, ainsi que 10% des aires marines et côtières devront être protégées - contre respectivement 12,5% de la surface terrestre et moins de 1% des océans aujourd’hui. Par ailleurs, au moins 15% des écosystèmes dégradés devront être restaurés. Un autre objectif prévoit « de supprimer, de réduire progressivement ou de réformer » les subventions néfastes à la biodiversité d’ici à 2020 au plus tard. Le taux de perte de tous les habitats naturels, dont la forêt, devra être réduit d’au moins 50% voire annulé, lorsque c’est possible. Toutes les espèces connues et menacées d'extinction devront également être sauvées d'ici à 2020. Un dernier objectif concerne la protection des récifs coralliens.
On regrettera que ces choix stratégiques ne constituent qu’un engagement « moral » et ne soient pas contraignant juridiquement, mais c’est là un premier pas décisif dans la reconnaissance de l’urgence de protéger les écosystèmes – le fondement même de notre survie terrestre... Quelque jours avant l’ouverture de la conférence de Nagoya, j’ai interviewé l’économiste indien Pavan Sudkhev, qui a été le rapporteur attendu d’une enquête de trois années sur les valeurs économiques des écosystèmes – l’équivalent du "rapport Stern", mais pour la biodiversité. Selon Pavan Sudkhev, il nous faut d’urgence, partout, comme il l’a déjà fait en Inde, évaluer le « capital naturel » pour mieux en faire comprendre les enjeux au monde capitaliste ? Sans reconsidérer la "valeur ", jusqu'ici reniée et invisible, des services rendus par la nature et les coûts colossaux de sa dégradation, comment la protéger et fonder une nouvelle économie - un developpement fondé sur le renforcement de la biodiversité et son obligatoire durabilité. Une question se pose aussitôt : n’y-a-t-il pas dans ces "éconoimcs of biodiversity" un risque d'une financiarisation de la nature, se faisant au détriment des pays pauvres, et plus généralement de l’humanité entière et la biodiversité elle-même. ? Le capital de la nature n’est-il pas inestimable, et toute évaluation dangereuse ? Entretien (publié dans le Monde Magazine, octobre 2010)
10:10 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, planète, philosophie |
jeudi, 23 septembre 2010
UNE PLANÈTE TOUT EN PLASTIQUE
NEWS NEWS NEWS En cinquante ans, le plastique a envahi le monde depuis nos cuisines jusqu’au fond des océans. Un documentaire à sortir en salle en février prochain, un grand reportage publié ce mois-ci chez Actes Sud, nous racontent cette extraordinaire invasion : « Plastic Planet ». Tous deux signés par le journaliste Werner Boote, surnommé le « Michael Moore autrichien ». Après avoir fait analyser le taux de plastique contenu dans son sang, il nous raconte comment le plastique a fini par l’obséder et les effrayantes découvertes faites sur l’indestructible « man made material » (article paru dans Le Monde Magazine, septembre 2010)
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« -Je voudrais te dire juste un mot. Plastique !
-Comment dois-je comprendre ça ?
-Le plastique, c’est l’avenir. Penses-y !
-Je le ferai.
-Chut. Assez parlé. »
Cette brève scène comique se passe dans The Graduate, le film de 1967 avec Dustin Hoffman qui annonce la révolution des mœurs… et l’arrivée du plastique dans nos vies. Car en ces années 1960, le plastique est pop, à la mode, conquérant, il représente autant l’avenir que la modernité. Les bas nylon étincelants, les dentelles en perlon, les brillantes robes de polyester embellissent les femmes. Dans les cuisines, une vaisselle en plastique multicolore remplace la fragile et coûteuse porcelaine, le formica rivalise avec le bois et la pierre, dans les salons les réunions Tupperware font fureur et le téléphone en bakélite nous relie avec le monde entier. Avec la popularisation du plastique, événement tant industriel que métaphysique, l’homme transcende la matière connue, invente une substance chimique qui ne doit rien à la nature, un « man made material » plus résistant que le bois, léger que l’acier, résistant que le caoutchouc, et qu’il peut, tel un démiurge, modeler à sa guise. Dans ses Mythologies de 1957, Roland Barthes s’enthousiasme pour la nouvelle « substance alchimique » qui permet de créer mille objets, sans être coûteux. « Pour la première fois, écrit-il, l’artifice vise au commun, non au rare (…) Le monde entier peut-être plastifié ».
19:04 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, plastique, planète |
lundi, 08 février 2010
LE COFFRE-FORT DE L'APOCALYPSE

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Avec son entrée lumineuse visible la nuit à plusieurs kilomètres, enchâssée dans la roche dure de l’archipel du Spitzberg, en Norvège arctique, à 1120 kms du Pôle Nord, la chambre forte se veut une sentinelle qui défie le temps. Elle a été construite à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, pour éviter une éventuelle montée des eaux, à l’écart de la zone sismique arctique, sous une montagne. Après la première porte blindée, un tunnel bétonné long de 120 mètres s’enfonce dans le grès. Il a été conçu pour renvoyer l’onde de choc d’une roquette. Au bout, deux épaisses portes d’acier. Derrière, une grande salle, trois nouvelles portes blindées. Elles protègent trois caves glacées, réfrigérées à -20°, où s’empilent des caisses noires...
11:53 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : ecologie, planete |
mardi, 26 janvier 2010
ANNEE 2010 SACREE ANNEE DE LA BIODIVERSITE. LE PHILOSOPHE DOMINIQUE LESTEL NOUS PARLE DES MACHINATIONS CONTRE L'ANIMAL DANS LA REVUE RAVAGES (DANS TOUTES LES BONNES LIBRAIRIES)
NEWS NEWS NEWS. L’année 2010 a été sacrée « année de la biodiversité » par l’ONU. Il était temps. Aujourd’hui nous vivons la « sixième extinction » terrestre. Nous voyons disparaître des dizaines d’espèces chaque jour, à un taux 100 à 1000 fois supérieur qu’il y a 3000 ans, alors que 6000 espèces sont menacés de disparition rapide - parmi lesquelles les grands poissons et les grands singes mais aussi les insectes pollinisateurs. Cette fois, ce n'est pas la conséquence d'un accident cosmique, ou une explosion tellurique. Elle provient des comportements massivement agressifs pour la biosphère terrestre d'une seule espèce animale arrogante et conquérante, l’Homo sapiens sapiens, le troisième chimpanzé. La biodiversité ? Ecosystèmes menacés, espèces en voie de disparition, boulimie de viande, élevage de masse dans des conditions affreuses, massacres routiniers des abattoirs industriels, abattages des troupeaux suite à la crise de la vache folle, destruction en série de grandes espèces décrétées « nuisibles »… ainsi nous machinons les bêtes. Nous commençons à comprendre les convergences inquiétantes entre une hyper-rationalité occidentale dévoyée et les sacrifices antiques.
En regard de cette actualité, un entretien avec le philosophe Dominique Lestel, auteur du livre de référence « Les origines animales de la culture » (Champs/Flammarion), maître de conférences à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm où il enseigne l’éthologie cognitive dans le Département d’Etudes Cognitives et l’anthropologie philosophique dans le Département de philosophie. Il a été publié dans la revue RAVAGES - n% 3, "ADIEU BEL ANIMAL"-, à côté d'entretiens et de textes de Jared Diamond (auteur de "Effondrement", Nrf), Franz de Waal (éthologue, spécialiste des bonobos), Elzabeth de Fontenay (auteur du "Silence des bêtes"), Fabrice Nicolino(auteur de "Bidoche"), Joeclyn Porcher (sociologue, spécialiste de l'élevage), le Capitaine Watson (co-fondateur de Greenpeace, eco-pirate). RAVAGES (éditions Descartes&Cnie) est en vente dans toules les bonnes librairies.
13:17 Publié dans MAUVAIS ESPRIT | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : animal, philosophie, ecologie |
samedi, 05 décembre 2009
UN GRAND ENTRETIEN AVEC DANIEL COHN-BENDIT SUR L'ECOLOGIE POLITIQUE ET LA SITUATION FRANCAISE. "SORTONS DU NUCLEAIRE, N'ATTENDONS PAS TOUT DE L'ETAT NI DU MARCHE, OSONS LE GREEN DEAL"
NEWS NEWS NEWS Une semaine avant le sommet de Copenhague, une rencontre avec le leader d'Europe Ecologie, fort de son succès aux élections européennes - 16,28% des voix pour 16,48% pour le PS - et le théoricien de l'intelligence collective et des réseaux Yann Moulier-Boutang (paru dans le Monde Magazine, 5 décembre 2009)
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Etait-ce la répétition, sur les planchers de l’Assemblée Nationale, de ce qui se passera au sommet international de Copenhague sur le climat ? Les partis politiques français, conviés par Europe Ecologie et Daniel Cohn-Bendit à venir débattre de la position française ont traîné les pieds. Les partis de gauche ont déclaré ne pas « vouloir débattre avec la droite ». Seul Michel Rocard s’est déplacé, Jacqueline Fraysse du PCF aussi, mais à titre personnel, ainsi que deux députés de l’UMP et du Nouveau centre. Le seul grand rallié fut le patron du Modem, François Bayrou, qui s’est réconcilié avec Daniel Cohn-Bendit pour déclarer : «Pour faire quelque chose de sérieux sur ce sujet (du climat), il faut se rassembler. » Une alliance qui fait des remous chez les Verts, et inquiète le parti socialiste à la veille des élections régionales : une nouvelle force politique Vert-Centre gauche se dessinerait-elle en France, qui bouleverserait le paysage politique ?
En l’absence de dirigeants de gauche et de droite, ce forum de l’Assemblée a laissé un sentiment désolant de division. On pourrait craindre qu’à l’image des leaders français, les dirigeants mondiaux n’arrivent pas à s’entendre à Copenhague, et que le sommet s’achève sur une série de vœux pieux, sans véritable engagement ferme des pays. Ce serait désastreux. Il semble pourtant que les gros pollueurs comme le Brésil, la Chine, l'Inde et les Etats-Unis soient décidés à prendre date devant l’opinion mondiale - les leaders parlent de se fixer des objectifs précis de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais faut-il les croire ? Le gouvernement indien annonçait hier qu'il refusera de se laisser dicter toute décision internationale.
« C’est l’intérêt commun qui nous pousse à faire ce genre de débat » déclarait, très remonté, Daniel Cohn-Bendit à l’Assemblée Nationale. L’homme a changé depuis les résultats d’Europe Ecologie aux élections européennes, où son parti a fait jeu égal avec les socialistes. Il défend un programme original, s’affirme comme un leader national. Mais quelle est sa philosophie politique ? Nous connaissons les écrits d’Alain Lipietz sur le dépassement de l’affrontement « droite-gauche », les positions d’Yves Cochet sur l’encouragement à la « sobriété », mais que pense Daniel Cohn-Bendit ? Se dit-il toujours « libéral-libertaire » ? De gauche ? Le Monde Magazine l’a rencontré chez lui, à Francfort. Au cours de cet entretien, auquel participait un de ses proches, l’économiste spécialiste des réseaux sociaux Yann Moulier-Boutang, il défend l’écologie politique, le seul « réformisme radical » selon lui. Daniel Cohn-Bendit retrace ici comment l’écologie politique est apparue, ses combats, ses penseurs, et comment elle s’est constituée à la fois contre l’étatisme « infantilisant » et le libéralisme « destructeur ». Il avance plusieurs idées stratégiques pour changer la société française : sortir du nucléaire, engager un « new deal » des énergies propres, encourager les industries vertes, démocratiser la veille France centralisatrice et autoritaire.
13:13 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : écologie, philosophie, utopie |
dimanche, 16 août 2009
POURQUOI LES ILES NOUS FASCINENT ?
(photo Erwan Bourcy)
NEWS NEWS NEWS. Chaque année, depuis 1999, l’île d’Ouessant accueille le « Salon du livre insulaire » (www.livre-insulaire.fr). Il se tiendra du mercredi 19 au 23 août, autour de plusieurs thèmes : « Le roman policier insulaire » - « La littérature des îles d’Atlantique Nord : Saint Pierre et Miquelon, les îles de la Madeleine » - « Ecrire et éditer en français dans les îles » - « Hommage à l’écrivain crétois, Nikos Kazantzakis, auteur de « Zorba le grec ». ». Plusieurs prix seront décernés : Grand prix du Ponant, Beaux livres, sciences, poésie, fiction, jeunesse. Le salon édite aussi la revue « L’archipel des Lettres ». On trouve une très riche « Bibliothèque insulaire virtuelle » sur le site « Vers les îles ». Pour parler, en cette chaude fin d’été, de la fascination que les îles exercent sur l’âle humaine, voici le récit d’une rencontre avec Louis Brigand, géographe à l’université de Brest et « nissonologue » c’est-à-dire spécialiste des îles. Il vient de publier un joli essai personnel intitulé « Besoin d’îles » (Stock, 2009) - article publié dans Le Monde 2 du 14 août.
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L’« Enez Eussa III » s’éloigne du port, les cuivres déchirants d’un orchestre - parmi la dizaine embarquée pour le festival « Fanfares ! » qui tourne entre Brest et les îles de Molène et Ouessant - saluent le départ. Sur les quais les mouchoirs, au bastingage les grands gestes d’adieu, nous sommes partis. La mer est tranquille, la journée belle, déjà sur le pont arrière la foule s’agite, les uns cherchent le bar, d’autres se penchent au-dessus du sillage, les amoureux s’embrassent, on ressent le frémissement de l’adieu à la Terre. En route pour Ouessant, la dernière île au-delà du Finistère, l’extrême pointe de l’Europe. Cent trente musiciens, autant de visiteurs et de gens des îles, la fanfare joue « Arizona Dream » dans le soleil, les bouteilles tournent. Très peu de roulis, pour une fois, dans cette mer d’Iroise. Imaginez la folie quand un grand dauphin luisant jaillit devant l’étrave, pour nous accompagner un bon kilomètre. La côte disparaît enfin, le vent souffle fort comme pour nettoyer les derniers liens qui nous relient à la terre. Nous allons vers les îles, où disent les légendes tout peut s’oublier.
19:17 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écologie, rêverie |
dimanche, 28 juin 2009
JE TE SALUE, VIEIL OCEAN
NEWS NEWS NEWS C'EST L'ETE, IRRESISTIBLEMENT LES HOMMES COURENT VERS LES MERS ET LES OCEANS, "LE GRAND BLEU COLLé A LA SURFACE DE LA TERRE" (LAUTREAMONT), POUR S'Y BAIGNER ET S'Y RAFRAICHIR, RÊVER FACE A LA HOULE, PLONGER DANS SES EAUX ELASTIQUES, EXPLORER SES FONDS EXTRAORDINAIRES, SURFER SUR SES ROULEAUX ECUMANTS, REGARDER UN SOLEIL MYSTIQUE S'Y NOYER.
"ELLE EST RETROUVEE, QUOI ? L'ETERNITE... ECRIVAIT RIMBAUD. C'EST LA MER ALLEE AVEC LE SOLEIL." L'ETERNITE ? EN VERITE LES OCEANS, LES MERS SONT MENACEES COMME JAMAIS, LEURS EAUX PROFONDES COMMES LES CREATURES QUI Y VIVENT. UN SUJET A MEDITER CET ETE, ASSIS SUR UN ROCHER ESCARPE OU ALLONGE NU SUR UNE PLAGE. A MEDITER EN CONNAISSANCE DE CAUSE. En novembre 2006, quatorze chercheurs internationaux réputés, des biologistes marins, des océanographes, des économistes, ont publié dans la très sérieuse revue "Science" les résultats de quatre années d’enquête sur la situation de la biodiversité marine autour du monde. C'est à ce jour le plus grand bulletin de santé des mers et des océans jamais entrepris. Ses résultats sonnent l'alarme, et le tocsin : zones côtières chaques jours plus polluées, envahies par les méduses, écosystèmes marins en danger partout, destruction massive des récifs et des mangroves (les nurseries des poissons), menaces sur de nombreuses espèces comestibles, risques de disparition de la totalité des grandes espèces d'ici 2050 si aucune mesure n'est prise pour limiter la péche industrielle et décréter des sanctuaires marins.
Un jour, nous léverons-nous pour écrire : "Ce matin, ma mer est morte" ? Voici un long entretien avec Boris Worm, biologiste marin, un des initiateurs de l'enquête publiée dans Science. Un homme encore sous le choc de ses découvertes (publié dans le Monde 2, 10/02/07)
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"JE TE SALUE VIEIL OCEAN"
par Lautréamont
"Vieil océan,ta grandeur morale, image de l’infini, est immense comme la réflexion du philosophe, comme l’amour de la femme, comme la beauté divine de l’oiseau, comme les méditations du poète. Tu es plus beau que la nuit. Réponds-moi, océan, veux-tu être mon frère? Remue-toi avec impétuosité… plus… plus encore, si tu veux que je te compare à la vengeance de Dieu ; allonge tes griffes livides, en te frayant un chemin sur ton propre sein… c’est bien. Déroule tes vagues épouvantables, océan hideux, compris par moi seul, et devant lequel je tombe, prosterné à tes genoux. La majesté de l’homme est empruntée; il ne m’imposera point: toi, oui. Oh! quand tu t’avances, la crête haute et terrible, entouré de tes replis tortueux comme d’une cour, magnétiseur et farouche, roulant tes ondes les unes sur les autres, avec la conscience de ce que tu es, pendant que tu pousses, des profondeurs de ta poitrine, comme accablé d’un remords intense que je ne puis pas découvrir, ce sourd mugissement perpétuel que les hommes redoutent tant, même quand ils te contemplent, en sûreté, tremblants sur le rivage, alors, je vois qu’il ne m’appartient pas, le droit insigne de me dire ton égal"
14:48 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, animal, piège abscons, science fiction |











