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MOEURS

  • MES 100 AMIS SUR FACEBOOK SONT-ILS MES AMIS ?

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    NEWS NEWS NEWS. Le réseau social Facebook atteint désormais 1,15 milliards d’adhérents actifs en quête d’échanges avec leurs « amis ». Mais s’agit-il vraiment d’amitié, les philosophes s’interrogent… Enquête.

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     Quand on demande au philosophe André Comte-Sponville, qui a beaucoup écrit sur l’amitié, s’il possède un cercle d’amis en ligne, il répond vivement : « Mes enfants avaient créé, sans me consulter, une page Facebook à mon intention. Dans les heures qui ont suivi, j’ai reçu trois messages de gens que je ne connaissais pas me demandant si je voulais être leur ami. Cela m’a paru une invasion insupportable et un contresens sur l’amitié. J’ai supprimé ma page aussitôt ! » Selon lui, les relations qui se tissent sur le réseau social sont «superficielles ». « Elles n’ont guère à voir avec « la souveraine et parfaite amitié » dont parle Montaigne, celle qu’il a vécu avec La Boétie, et dont il disait : « Cette amitié de quoi je parle est indivisible, chacun se donne si entier à son ami qu’il ne reste rien à départir ailleurs ». »

    Au regard de cette amitié rare et passionnée, les réseaux de cent « amis » et plus qu’affichent les utilisateurs de Facebook lui semblent pléthoriques et inabouties. « Une réelle amitié ne peut pas se répandre indéfiniment, poursuit-il. Aristote disait: «Ce n’est pas un ami celui qui est l’ami de tous», ni même, j’ajouterai, qui est l’ami d’une multitude. L’amitié suppose trop de confiance, de sincérité, d’intimité - et de temps ! - pour qu’elle soit partagée avec des dizaines de personnes. Un ami, ce n’est pas seulement quelqu’un avec qui je parle ou j’écris, mais une personne avec qui je pratique certaines activités communes, une promenade, un sport, un jeu, un repas. Comment imaginer qu’un écran puisse y suffire, ou en tenir lieu ? »

    André Comte-Sponville conclut par un questionnement inquiet : « Il vaut certes mieux avoir des amis virtuels que pas d’amis du tout, mais il serait dangereux et triste de s’en contenter. Mieux vaut avoir quelques amis réels que des centaines d’amis virtuels sur Facebook… » André Comte-Sponville résume bien la méfiance que suscite encore chez beaucoup de parents, de pédiatres et de philosophes le succès massif des réseaux sociaux comme Facebook, Google+, Tweeter, Tumblr, Instagram ou Linkedin – d’après le rapport Meeker 2013, Facebook réunit aujourd’hui plus d’1,15 milliard d’usagers actifs.

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  • POURQUOI LE MARIAGE GAY MÈNE À LA ZOOPHILIE

    Philippe Barbarin, archevêque de Lyon : « Après, ça a des quantités de conséquences qui sont innombrables. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera » (DR)

    NEWS NEWS NEWS Les opposants au "mariage gay" manifestaient cet après-midi pour nous éviter la décadence morale. Merci à eux.

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    On ne dira jamais assez les dangers des pentes glissantes, leur engrenage fatal, leur logique létale. Ainsi, nous savons bien que manger des bananes en public sans surveillance policière est un acte irresponsable. En effet, leurs peaux sont si visqueuses que vous risquez de faire déraper un agent en poste devant une école, et par là provoquer un accident mortel mettant en péril la vie de nombreux enfants. De la même manière, vendre des bacs Riviera et des engrais vous transforme malgré vous en complice des caïds de banlieue qui font pousser du cannabis dans les cités sans droit. Voyez encore comment jouer loin des professeurs et des assistants d'éducation sous un préau sombre avec des jeunes garçons ou des jeunes filles, ou pire, fréquenter les mêmes douches et vestiaires, vous met en danger de croiser un pervers polymorphe qui dévoiera votre sexualité naturelle. Alors, vous commettrez l’odieux acte de sodomie, récusé par la Bible elle-même. Et bientôt, ce sera l’infâme mariage gay voulu par les socialistes athées, qui non seulement, comme nous allons voir, entraîne aux pires égarements, mais contribue à la dépopulation de la nation France, et par là à son invasion sournoise par des ethnies africaines sorties de l'Histoire universelle.

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  • ENFANTS D'HOMOSEXUELS, ENFANTS INVISIBLES

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     (Claire Breton a 27 ans : "Je n'existe pas pour la société" . Photo Le Monde)

    NEWS NEWS NEWS Après François Fillon, qui a déclaré être contre le mariage homosexuel dans l'émission "Des paroles et des actes" sur France 2,  Nicolas Sarkozy a pris à son tour position contre dans un entretien accordé samedi 11 février au Figaro Magazine, où il défend ses "valeurs"."En ces temps troublés, a-t-il expliqué, où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu'il faille brouiller l'image de cette institution sociale essentielle qu'est le mariage". Il s'est aussi déclaré défavorable à l'homoparentalité. Cette prise de position très droitière traduit un net recul avec ses propositions de 2007, où il proposait un "contrat civil" qui n'a jamais vu le jour. Elle constitue un inquiétant déni de réalité. Des centaines de milliers d'homosexuels vivent maritalement en France ou sous le régime du PACS. Au moins 100000 enfants sont élévés par des couples homosexuels.

    En éclairage, une enquête publiée pour Le Monde Magazine au printemps 2005, où des enfants élevés dans des familles homosexuelles témoignent.

    BIBLIOGRAPHIE HOMO

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  • NOUS ADULONS LES CHATS DEPUIS 9500 ANS - ET MASSACRONS LES AUTRES ANIMAUX

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    NEWS NEWS NEWS NEWS Les études faites pendant l'année 2007 le confirment, 9,9  millions de chats domestiques ont été recensés en France pour 8,5 millions de chiens. Cet énorme engouement pour les félins s'expliquerait par l'urbanisation (le chat d'appartement est plus facile à  élever que le chien d'appartement), ou encore par un intérêt nouveau pour la personnalité du chat (plus autonome, moins servile), ou bien par notre fascination grandissante pour les animaux à l'heure où de plus en plus d'espèces disparaissent - il nous reste cette élite domestiquée (et privilégiée) pour conserver une relation riche avec des êtres vivants non-humains (nous massacrons et mangeons les autres).

    Cela constaté, notre passion pour les petits félins que sont les chats ne dâte pas d'aujourd'hui. La revue Science nous apprenait en avril 2004 qu'un chat "felis silvestris", proche du chat sauvage oriental actuel, a été retrouvé dans la sépulture d'un personnage important, entouré de haches polies, de silex taillés, d'une pierre ponce, et d'une parure comprenant 24 coquillages et une pyrolite verte. Cela à Shilourokambos, Chypre. Cette découverte révèle que le chat serait vassalisé, voire adulé depuis... 9500 ans. Ci dessous, un reportage auprès d'un des "inventeurs" du chat chypriote - Jean-Denis Vigne, archéozoologue du CNRS-Muséum - et plusieurs sociologues travaillant sur la passionnante "domestication" dont Jean Pierre Digard.

    On retrouve cet article dans la revue RAVAGES, dont le numéro 3, "ADIEU BEL ANIMAL", vient de sortir dans les bonnes librairies.

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    (Photo DR : la sépulture du chat retrouvée à Chypre, 9500 ans d'âge)
    ... Mon dernier chat m'attendait sous l'escalier. Un vrai gouttière parisien, rayures grises et ventre jaune, un jeunot efflanqué. Aussitôt, il m'a couru dessus, miaulant à fendre cœur, me fixant de ses gros yeux verts. Il m'a suivi jusqu'à l'étage, sans cesser de couiner. Quand j'ai ouvert la porte, il a filé à l'intérieur de la maison. J'étais fait. Un mois plus tard, j'habitais chez lui. Je préparais ses repas, nettoyais sa litière et son bol. Il participait à chaque dîner. Il dormait sur le lit conjugal. Il épongeait mes états d'âme et mes élans d'affection.
    Aujourd'hui, j'éprouve la confuse sensation de travailler pour que Chat se la coule toute la journée, traînant de son panier au radiateur, avant de filer courir la femelle.
    Comment expliquer cette rapidité à s'installer ensemble sous un même toit, nous et les felis catus ? Les hommes et les chats et la domestication des uns par les autres, cette histoire vient de loin, nous savons bien. Mais de quand ? De 7500 ans avant J.C au moins, soit 9500 ans. C'est ce qu'établirait une découverte publiée au printemps 2004 dans la revue Science faite par une équipe de chercheurs français sur le site néolithique de Shilourokambos à Chypre. Un chat felis silvestris, proche du chat sauvage oriental actuel, a été retrouvé dans la sépulture d'un personnage entouré de haches polies, de silex taillés, d'une pierre ponce, et d'une parure comprenant 24 coquillages et une pyrolite verte. Comment être sûr que le chat n'est pas venu mourir là, quelques siècles après, avant d'être retrouvé enterré au même endroit 9000 ans plus tard ?

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  • ALAIN CORBIN, HISTORIEN, AUX RENDEZ-VOUS DE L'HISTOIRE A BLOIS : "LE CORPS DANS TOUS SES ETATS". ENTRETIEN : "LE XVIIIe FUT LE GRAND SIECLE DE LA RECONNAISSANCE DU CORPS"

    NEWS NEWS NEWS Dès la première conférence des douzièmes "Rendez-Vous de l'histoire", réunis dans le magnifique chateau de Blois et consacrés au « Corps dans tous ses états », il a fallu refuser du monde. Le public s'est bousculé, parfois à corps éperdu, pour écouter plusieurs dizaines d'historiens et personnalités des sciences humaines sur des sujets différents que "les anormaux", le sport spectacle, le bronzage ou la chirurgie esthétique.  On y croisait ... Sylviane Agacinski, Fabrice d’Almeida, Jean-Pierre Azéma,  Georges Balandier, Antoine de Baecque, Pascal Blanchard, Pascal Boniface, Alain Corbin, Joël Cornette, Arlette Farge, Antoinette Fouque, Françoise Héritier, Jean-Noël Jeanneney, Claude Lanzmann, Henry Laurens, Bruno Laurioux, David Le Breton, Amin Maalouf, Adelwahab Meddeb, Pascal Ory, Mona Ozouf, Michelle Perrot, Pascal Picq, Yves Pouliguen, Anne Rasmussen, Daniel Roche,  Michel Winock, et d'autres encore…« Tous ces corps pour voir le corps, c'est formidable », a lancé Jean-Jacques Courtine, professeur à la Sorbonne, tandis que la philosophe Françoise Gaillard et l'historien Georges Vigarello présentaient "100 000 ans de beauté", un pavé en cinq tomes publiés par les éditions Gallimard, à l'initiative de la fondation L'oréal. Une somme colossale, commanditée par Béatrice Dautresme, la directrice, qui a voulu lancé une sorte de recherche à ciel ouvert sur la beauté, à laquelle ont contribué 300 chercheurs, beaucoup d'historiens du corps, des crtiiques d'art, des philosophes, des écrivains de S.F, des couturiers,  pour écrire 355 articles, trop courts souvent tant on aimerait aprendre plus, ajoutez autant d'images fortes,  photographes, plasticiens - le tome 5 sur "le corps du futur" passionnera  (125 € en souscription).  En regard de cet événement, qui fait la part belle à l'histoire des moeurs, voici un entretien avec Alain Corbin, fameux historien présent à Blois, l'auteur du "Miasme et la jonquille", l'historien de la fascination pour les bords de mer, qui a par ailleurs co-dirigé et publié en 2005-2006 la monumentale "Histoire du Corps" des éditions du Seuil - où les textes sont très étoffés.

     

     

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    , dans l'ouvrage publié au Seuil, sur l'histoire et les évolutions de notre conception de la sexualité entre 1770 et 1960 - qui se révèle passionnate, et riche de surprises. Alain Corbin a été surnommé par ceux qui apprécient ses travaux, "l'historien du sensible" car il s'est intéressé à l'histoire des représentations et du vécu de la sensibilité physique, que ce soit l'évolution de l'odorat et du dégoût olfactif depuis le Moyen Age - dans "Les miasme et la jonquille" -,  ou  encore à la fascination des Européens pour les bords de mer. Cet observateur d'une histoire sensitive et vécue de nos moeurs raconte ici pourquoi la période qui s’étend entre le milieu du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe fut " le grand siècle " du corps (entretien publié dans le Monde 2, avril 2005)

    BIBLIOGRAPHIE ALAIN CORBIN

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  • JUDITH BUTLER. "LA CONFUSION DU GENRE"

     
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    NEWS NEWS NEWS La philosophe américaine Judith Butler, considérée comme une figure de la "Queer theory", auteur du livre fondateur des "gender studies" américaines (les études sur le genre sexuel) avec "Trouble dans le genre" (La découverte), était de passage à Paris ce 13 novembre, invitée par l'Université Paris VIII. Judith Butler, qui occupe la chaire Maxine Elliot de rhétorique et littérature comparée à Berkeley (University of California), a donné une conférence sur le thème « Genre, Psychanalyse, Politique », qui fut suivie d'un débat passionné et passionnant auxquels participaient de nombreux(ses) étudiant(es) et professeur(e)s - notamment Anne E. Berger, professeur de littérature, études féminines et genre ( Paris VIII), Elsa Dorlin, maître de conférences de philosophie ( Paris I), Françoise Duroux, professeur de philosophie et d'études féminines (Paris VIII), Michèle Riot-Sarcey, professeur d'Histoire et d'études de genre (Paris VIII), Nadia Setti, Directrice de Recherches, Littérature comparée et études féminines (Paris VIII).

    ESSAIS SUR LE FEMINISME

    BIBLIOGRAPHIE

    LE DERNIER ESSAI DE JUDITH BUTLER "DÉFAIRE LE GENRE" EST SORTI AUX EDITIONS AMSTERDAM EN JANVIER 2006. LA PHILOSOPHE AMÉRICAINE Y PARLE DU GENRE SEXUEL COMME UN "RITUEL QUOTIDIEN", S'INTERROGE SUR L'ÉTHIQUE DE CEUX QUI REJETTENT L'HOMOPARENTALITÉ, ET RÉFLÉCHIT À UNE SOCIÉTÉ PLUS "RESPIRABLE" POUR TOUS ET POUR TOUTES LES MINORITÉS. JE L'AI RENCONTRÉE À CETTE ÉPOQUE (article publié dans le monde magazine en mars 2006)

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    RENCONTRE AVEC JUDITH BUTLER AU CAFE ROSTAND...

    ... Peut-être ce perpétuel sourire contenu, ce regard scrutateur viennent-ils de là ? Judith Butler voit les promeneurs des jardins du Luxembourg, les clients du café Rostand – et vous-même –, leur manière d’être féminins, masculins, comme aucun philosophe avant elle. Elle les voit comme des acteurs malgré eux. Les comédiens d’une performance répétée chaque jour, presque à leur insu. Des interprètes plus ou moins conscients d’un rôle écrit d’avance, plein de citations obligatoires : incarner une femme, paraître un homme. " Chacun d’entre nous fait l’homme, mime la femme, à sa manière, explique-t-elle. Voyez ces hommes, ils déclinent le "dress code" des employés mâles, le costume, la cravate, les cheveux courts. Ce garçon, plus loin, porte des bijoux, les cheveux plus longs, mais il reste habillé en homme. Il ne porte pas des hauts talons ou une perruque, comme un homme de cour au XVIIIe siècle. Ils sont en représentation sans le savoir, ils jouent l’homme contemporain, cela se répercute jusque dans les détails, leur parfum pour homme, la montre d’homme. Devenir un homme est une performance quotidienne, répétitive. Et une femme aussi."...

    Judith Butler, 49 ans, spencer gris, pantalon noir, cheveux courts, un visage adolescent, ce sourire mystérieux, la philosophe américaine par qui le grand questionnement du genre sexuel est arrivé, tourne son regard vers la terrasse du café Rostand et reprend, souriante : " Nous perpétuons notre genre chaque jour, sans même y penser, presque malgré nous. Voyez ces jeunes filles, elles reprennent la "girl culture" à la mode, le ventre nu, les jeans serrés. Chacune apporte sa touche personnelle, travaille un style bien à elle. En même temps, devenir une jeune fille sexy est une entreprise qui les dépasse. Elles n’ont pas créé le rôle. Les codes de leur féminité, maquillage, chevelure, habillement, ont été fabriqués en dehors d’elles à l’intérieur d’une culture “fille”, avec des journaux “filles”, des “féminins”, toute une longue histoire."

    "Défaire le genre" est le titre du nouvel ouvrage de Judith Butler, professeure de rhétorique et de littérature comparée à l’université de Berkeley, déjà auteure en 1990 de "Trouble dans le genre", (La Découverte, 2005), grand œuvre philosophique des nouvelles études américaines sur la sexualité : les gender studies, les " études sur le genre ", une nouvelle discipline au carrefour de l’anthropologie, la sociologie et la philosophie qui, en quinze ans, a secoué toute notre conception du sexe, du genre, de notre identité – mais aussi le féminisme. L'ouvrage a été pubié en France après quinze ans d’attente - ce qui révèle la véritable omerta sur ces questions au sein de la philosophie française officielle : menée par la vague des "nouveaux philosophes" qui a désespérément tenter d'éradiquer la philosophie du désir, les apports de la "pensée 68" (en commençant par Deleuze-Guattari), les oeuvres de Foucault, Baudrillard, Virilio et tant d'autres, comme celles du fémininisme radical (de Monique Wittig à M.H Bourcier, etc), méprisant la richesse des "gender", "sexual" et "cultural studies" américaines.

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    "ON NE NAIT PAS FEMME..."

    Les gender studies poursuivent le travail sacrilège commencé par les féministes du xxe siècle, récuser l’idée commune que la hiérarchie entre les genres, la définition d'une "condition féminine" et l’existence même de la notion de " la femme ", et tout ce qui l'accompagne - depuis les tenues féminines jusqu'à la prétendue différence d'intelligence entre les hommes et les femmes, leur statut social secondaire, leurs salaires moins élevés, leur place dans la hiérarchie sociale et politique, etc - qui seraient naturelles, biologiques, normales. Evidentes. Pourtant, à y regarder dans le détail, toutes ces descriptions de cette fameuse "Femme", considérée comme la femelle de l'homme, racontent une veritable légende, toute fantaisiste, autour d'une créature toujours imaginée comme une sorte d'autre espèce humaine, un autre être plus ou moins inférieur, pensant différemment, et vouée à l'enfantement et la séduction des hommes. Une "FEMME". Une créature, pas un créateur.

    Dans le "Deuxième Sexe" Simone de Beauvoir inaugurait ces recherches en écrivant sa célèbre phrase-manifeste "On ne nait pas femme, on le devient", qui séparait avec fracas le sexe biologique du sexe social et culturel : le genre. Elle démontre en 1000 pages combien la construction de " la femme ", plus bête mais plus " intuitive ", moins " spatiale " mais douée d’"instinct" , nulle en math mais douée pour les travaux manuels, facilement amoureuse et moins portée sur le sexe que l'homme, emportée par l'instinct maternel et par la même plus pacifique, etc, toutes ces fadaises partout présentées commes acquises, passe toujours par des apprentissages, des contraintes, des initiations, un dressage – dans ses rapports aux hommes, à la loi, au pouvoir, au travail, jusqu’à sa manière d’enfanter "dans la douleur". Toutes ces mises en scène, ces obligations, ces symboliques - sans oublier les violences conjugales et l'infériorité sociale - varient, évoluent selon l’histoire, les religions, les civilisations - et les luttes des femmes. Bref, la construction du "genre femme" ne saurait s'expliquer, ni se justifier, par la différence biologique des sexes. En effet, pourquoi avoir un vagin interdirait-il de voter ? – comme en France jusqu’en 1945. D'être payée comme un homme à travail égal ? comme aujourd’hui encore dans toute l’Europe. Ou vous obligerait à sortir voilée, ou déguisée en bimbo dans les rues ? Le sexe et le genre sont séparés, voilà ce que nous ont appris Simone de Beauvoir, puis les gender studies. Tout comme sont séparés la sexualité et le sexe biologique : d'avoir un pénis, par exemple, vous obligerait à ne pas être pénétré, à ne jamais être "passif", etc ? Tout comme le sont le genre et la sexualité : de vous habiller, vous présenter en femme ne vous interdit d'aimer des femmes, des hommes, ou de porter la nuit une ceinture-godemiché ? La sexualité nous disent les gender studies, tout comme Judith butler et Michel Foucault , est un art - tout comme le genre est une forme de théâtralisation.

    On ne naît pas femme, mais on naît la femme d'une certaine société, que chaque femme met en scène tous les jours, presque malgré elle... Car pour devenir et maintenir son genre, cet homme ou cette femme, il faut montre Judith Butler s'engager dans une sorte d’"activité incessante et répétitive ", devenir femme, la jouer, se rendre séduisante, s'habiller comme il se doit, se socialiser comme il se doit : en jupe, maquillée, chaussée haut, à la mode, parfumée, etc. Nous nous fabriquons masculin ou féminine chaque matin, " en partie sans en avoir conscience et sans le vouloir ", dit Butler, mais "sans que cela soit pour autant automatique et mécanique ". Nous perpétuons notre genre et tout l'apparât du genre, sans cesser, face aux autres, en entrant dans un système exigeant, obligatoire, plus ou moins souple ou coercitif, associé à des apparences attendues, des normes sévères, des codes de séduction. "C’est une pratique d’improvisation qui se déploie à l’intérieur d’une scène de contrainte ", écrit Judith Butler dans "Défaire le genre".

    COMEDIANTE !

    Le genre, n'est-ce pas flagrant, aveuglant, le diable présent dans les détails, est notre première cérémonie sociale, la grande parade quotidienne - toute une discipline, une esthétique du corps. Cette cérémonie, nous la jouons avec plus ou moins de passion, nous en sommes à la fois l’auteur et le second rôle - d'un premier rôle archétypal, social. Nous le composons et le recomposons avec zèle et insistance, chaque jour, nous l'habitons, nous l'interpétons, nous nous en amusons autant que nous le subissons. " On voit bien toute cette mise en scène, analyse Judith Butler, dans les efforts des travestis et des transsexuels pour ressembler à des femmes. Ils nous en révèlent à leur manière les artifices, les déguisements…" On le retrouve dans tout ce rituel exacerbé, cette parodie, ce théâtre pour paraître “féminine”, que déploie ceux qui veulent ressembler aux femmes - des travestis aux actrices -; un phénomène qu'elle a décrit avec soin dans son premier livre "Trouble dans le genre".

    A l’écouter, on se dit que le travesti n’est pas seul à nous révéler cet intense travail d’apparences. Nous observons chaque jour cette " performance " dans certaines outrances d’allure, un exacerbation de son genre, une féminisation outrée et parodique visible tant chez certaines femmes, qu'au cinéma. Prenez l’extravagante Jayne Mansfield dans "La Blonde et moi", quand elle exagère son personnage de bombe sexuelle et de "ravissonte idiote", se dandinant toute la journée et poussant des petits cris fous. En vérité – elle le dit tout au long du film –, elle rêve de vivre tranquillement à la campagne, sans toute cette séduction terroriste, avec un mari et quatre enfants. Mais elle sacrifie à son rôle de bimbo. Combien de femmes se sont demandé la même chose : que feraient-elles si elles n’étaient pas enfermées dans le rôle sexy, apprêté, décolleté, monté sur talons aiguilles qu’on attend d’elles - d'ailleurs, qui ne connait des femmes qui ne mettent leurs escarpins qu'en chambre, juste pour le trouble : c'est trop pénible pour se tordre les chevilles dans les rues.

    Tout ce jeu du paraître pose une série de questions pièges : qu’exige mon genre ? Jusqu’où dois-je l’interpréter ? Femme, dois-je montrer mes jambes en ville ? Jusqu’au genou, à mi cuisse, plus haut ? Dois-je répondre aux hommes qui regardent mes jambes, puisque je les allume ? Homme, dois-je m’énerver et me battre à la première querelle grave pour montrer ma virilité ? Refuser certaines caresses non " masculines ", certains plaisirs... ? Jusqu’où vais-je assumer mon personnage de " macho " – de " vrai " homme ? S’apercevoir que tout cela ne va pas de soi engendre ce " trouble dans le genre " dont parle Judith Butler – et parfois cette " mélancolie " d’être constitué malgré soi, hors de soi, comme sujet achalandé de désirs, ou prisonnier d'eux, d’être fabriqué en dehors de soi, sur une autre scène. Autrement dit d'être enfermé chaque jour dans des normes viriles et féminines, parfois figées et drastiques, imposées, jusqu'à ressentir une forme d'aliénation. "Je suis persuadée qu’au café Rostand, sourit Judith Butler, promenant son regard acéré, chaque client a ressenti un jour ce type de malaise. "

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    LES CORPS PARLENT

    Bien sûr, Judith Butler ne pense pas qu'on change de genre en se travestissant - les sexes biologiques, les désirs demeurent. Elle sait combien les corps parlent, s'attirent, se troublent entre hommes et femmes - mais aussi femmes et femmes, hommes et hommes -, combien l'envie sexuelle joue, s'investit et se cherche à l'intérieur des rituels du genre, leur cinéma, leurs codes, leurs répétitions - elle est revenue sur tout cela dans son livre "Bodies that matter ("Les corps cela compte", toujours pas traduit). Le genre, y écrit-elle, est d'abord "performatif" - il induit une réalité individuelle pour les autres, il nous réalise comme homme ou femme dans une société bien catégorisée en hommes et femmes, socialement, mais aussi au niveau des attirances, sinon des pulsions sexuelles. Le genre n'est donc pas seulement une "performance", du théâtre, il exprime des désirs pour un autre corps, il se manifeste par des élans, des troubles. On ne change pas ses désirs, ni de genre sexuel, juste en changeant de tenue - seulement, comment ne pas voir aussi combien les répresentations classiques du genre, leur mise en scène, leurs rituels de différenciation dès l'enfance, toute la médiatisation et l'esthétique qui les accompagnent opérent en retour sur les désirs, les limitent, les réifient - telle est la question ." La logique hétérosexuelle, écrit Judith Butler, qui exige que l’identification et le désir soient mutuellement exclusifs est l’un des instruments psychologiques les plus réducteurs de l’hétéroxexisme : si l’on s’identifie à un genre donné, on doit désirer un genre différent. D’une part, il n’y a pas de féminité unique à laquelle on pourrait s’identifier, au sens où la féminité offre elle-même toute une série de sites d’identification, comme l’atteste la prolifération des possibilités occupées part les lesbiennes féminines. D’autre part, c’est mal décrire les échanges dynamiques complexes des relations gays et lesbiennes que de supposer que les identifications homosexuelles sont le reflet ou la copie les unes des autres.” VIOLENCE DE GENRE

    Quand elle était adolescente, les parents de Judith Butler l’ont envoyée chez un psychiatre pour la guérir de son attirance pour les femmes. Elle a raconté sa visite au journal Têtu en juillet 2005 : " Le médecin m’a demandé de parler de moi, il m’a posé des questions sur ma petite amie, sur mon père et ma mère, comment j’ai grandi (…). A la fin, il m’a dit : “Vous avez beaucoup de chance de pouvoir aimer qui vous voulez. Je ne crois pas que vous ayez le moindre problème. C’est plutôt votre mère qui devrait venir me voir…” "

    Depuis, Judith Butler a rejoint les associations qui militent contre l’homophobie et le conformisme - en effet, à la coupure radicale entre les genres, il faut ajouter celle, tout aussi forte, et normative, entre les hétérosexuels et les homosexuels. Dans "Défaire le genre", elle s’intéresse aux dossiers sensibles liés à l’évolution des mœurs contemporaines qui ont fait irruption dans le débat politique aux Etats-Unis comme en France : mariage homosexuel, homoparentalité, légalité et minorités, ostracisme. A la suite de Michel Foucault, elle réfléchit à ce que pourrait être un droit tolérant – une éthique non répressive. Pour se faire bien comprendre, elle prend pour exemple les enfants nés " intersexués ", c’est-à-dire les hermaphrodites vrais, les pseudo-hermaphrodites masculins et les pseudo-hermaphrodites féminins. Ces cas représentent au moins 1,7 % des nouveau-nés. Pourtant, ces êtres humains, souvent considérés comme des " monstres ", n’existent pas pour nos sociétés. Ils sont généralement opérés à la naissance, transformés en femme ou en homme sur décision des parents et des médecins. Judith Butler y décèle l’intolérance sociale sur la question du genre : " Ici, écrit-elle, un modèle de l'humain” requiert des morphologies idéales, impose des contraintes de normes corporelles (…). Elles font une différenciation entre ce qui est humain et ce qui ne l’est pas, entre les vies jugées vivables et celles qui ne le sont pas." Judith Butler demande pourquoi un hermaphrodite – cet idéal des Grecs anciens – ne pourrait-il connaître pas une existence " vivable ", sinon épanouie ? "

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    LES HERMAPHRODITES OUBLIES

    "Les intersexués remettent radicalement en question le principe qui règne dans nos sociétés, selon lequel la différence sexuelle entre les genres doit être établie ou maintenue à n’importe quel prix". Aux Etats-Unis, des mouvements d’opinion ont fait pression pour convaincre les médecins de cesser d’opérer systématiquement les nourrissons. : les transformer en homme ou en femme. Attendons, demandent les militants, que les enfants atteignent l’âge adulte pour choisir leur genre, ou, s’ils le souhaitent, demeurer hermaphrodites.

    Judith Butler affirme que la " violence de genre " qui s’exerce aux marges de la société sur les minorités sexuelles et les transgenres nous concerne tous. Pour des raisons d’éthique. Mais aussi parce qu’elle s’exerce en secret sur tous les êtres humains, confrontés d’une manière ou d’une autre à la tentation des glissements hors des normes, vers plus de singularité sexuelle, plus de bi-sexualité, plus de jeu, qu’ils se pensent " normaux " ou pas. Elle s'exerce aussi ouvertement dans d'innombrables situations dites de "violence conjugale", où les hommes se montrent toujours - aujourd'hui en Europe - agresseurs à 90%. Ces violences tournent parfois très mal, allant jusqu'à l'assassinat (100 femmes battues meurent chaque année en France, une tous les trois jours). Aujourd'hui encore, la législation française appelle souvent hypocritement ces violences des "crimes passionnels" (4700 en France l'année dernière, toujours le fait d'homme jaloux, quittés ou craignant d'être quittés), leur accordant parfois les "circonstances atténuantes" du crime d'amour. Ce qui devrait inquiéter le législateur : la notion de " crime passionnel" des hommes étant ici assimilé à la folie et à l'irresponsabilité de ses actes. Aujourd'hui en Espagne, suite aux études menées par les associations de femmes battues, le "crime passionnel" n'existe plus comme catégorie pénale : il a été remplacé par celui de "violence de genre".

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    UNE SOCIÉTÉ RESPIRABLE

    La résistance au mariage homosexuel et à l’adoption homoparentale, que ce soit en France ou aux Etats-Unis, révélerait, selon Judith Butler, une autre forme de la domination des normes hétérosexuelles et de genre. Sur ces questions, elle s’est d’ailleurs retrouvée mêlée à notre débat hexagonal sur le PACS, la parité et l’homoparentalité. En février 1999, la philosophe Sylviane Agacinski écrivait dans Le Monde un article (" Contre l’effacement des sexes ", 6 février 1999) où elle prenait ouvertement parti contre Judith Butler et la "gender theory" : elle défendait " la différence des sexes " et le couple hétérosexuel comme un des fondements de notre vie psychique - de notre humanité elle-même. Elle y rejetait avec force l’idée que des homosexuels puissent former des liens de parenté reconnus par l’Etat – une position reprise depuis par nombre de dirigeants socialistes français, notamment Ségolène Royal.

    Sur ces questions, Judith Butler répond sur le fond dans " La parenté est-elle toujours déjà hétérosexuelle ? " (Défaire le genre), mais aussi dans son essai "Antigone" (éd. Epel, 2003). S’appuyant sur les nouveaux travaux des anthropologues sur " les structures élémentaires de la parenté ", elle soutient que le rôle primordial de la parenté hétérosexuelle dans l’apparition de la culture n’a jamais été démontré - des études sur "la mascarade des sexes", les changement de rôle sexuel dans de nombreuses sociétés "premières" le révèlent assez. Tout comme d’ailleurs l’universalité du complexe d’Œdipe chère aux freudiens, et de l’" ordre symbolique " défendu par l’école lacanienne, pour qui le " phallus " reste le " symbole majeur de l’inconscient " - et comme tel fondateur de notre équilibre psychique. Sur ce dernier thème, Judith Butler ironise : " Ce fameux “ordre symbolique”, qui interdirait aux lesbiennes de devenir des parents et de former des couples, et structurerait toute notre vie psychique, me semble avoir une grande autorité en France. Mais nulle part ailleurs ! Aussi, on peut sérieusement se demander s’il ne s’agit pas d’une notion culturelle très contingente, et historiquement variable.

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    BLESSURE SOCIALE

    Interrogée sur les conséquences néfastes de la légalisation de l’homoparentalité telles qu’annoncées par la philosophe française Sylviane Agacinski (et le monde politique français en général, excepté une frange du parti socialiste), Judith Butler, qui élève un enfant avec sa compagne, s’énerve : " L’idée commune et conformiste qu’un enfant souffrira nécessairement sans père biologique, ou avec deux parents gays, circule parmi ceux qui vivent très éloignés des nouvelles structures sociales et familiales développées depuis des années. Aujourd’hui, riches de toute cette expérience, on peut affirmer sans risque que des enfants élevés dans des conditions non conventionnelles s’épanouissent exactement comme les autres, aussi bien et aussi mal, tout dépend de l’attention et de la protection que leur donnent leurs parents ! "

    Judith Butler voit dans le rejet du mariage homosexuel et de l’homoparentalité une dangereuse tentative de " déréaliser " toute forme d’amour non hétérosexuelle : " L’idée que seules les relations hétérosexuelles sanctionnées par l’Etat sont légitimes entraîne des conséquences qui vont bien au-delà de la blessure affective ou de l’offense. Elle signifie des choses très concrètes. Si votre amant ou amante est hospitalisé, vous ne pourrez peut-être pas lui rendre visite. S’il ou elle meurt, son corps ne vous sera peut-être pas confié. Cette absence de légitimation étatique peut susciter dans le psychisme l’émergence d’un doute de soi, envahissant, voire fatal. Si vous perdez réellement votre amant ou votre amante, alors qu’il n’a jamais été reconnu comme tel, est-il possible d’en faire le deuil public ? Ce problème est devenu très aigu dans les communautés homosexuelles en raison des morts du sida. "

    Mais Judith Butler pose aussitôt une autre question. La reconnaissance légale du mariage et de l’adoption homosexuels ne va-t-elle pas légitimer un nouvel ostracisme envers tous ceux qui refusent de se marier, développent des relations sexuelles hors mariage, refusent la monogamie entendue comme fidélité obligatoire et norme conjugale, et ne choisissent pas de s’assagir selon les nouvelles normes – ceux qui, selon Michel Foucault, séparent l’" alliance amoureuse " et la recherche du plaisir, pensées comme indépendante et non contradictoire ?

    "Comment se fait-il que nous abandonnions tout le pouvoir de reconnaissance à l’Etat, demande Judith Butler dans "Défaire le genre", au moment même où nous insistons pour dire que nous sommes irréels et sans reconnaissance du fait de l’Etat ? N’y a-t-il pas d’autres manières de nous mobiliser pour défier les régimes existants ? " L’enjeu politique, selon Judith Butler, est de rendre notre société " respirable " pour tous.

     

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    CITOYENNE PARADOXALE

    En 1988, une autre figure des gender studies, l’Anglaise Denise Riley, réfléchissant sur les enjeux des luttes féministes, écrivait " Suis-je ce nom ? " (Am I that Name ?, éd. MacMillan). Elle s’interrogeait : dire " Je suis une femme " – ou " un homme " – suffit-il à fonder un sujet ? Non, répondait-elle, je ne suis pas mon genre, d’être une femme ne me définit pas entiérement, ou mal, ou s peu. Et s’interrogeait alors : le féminisme ne fait-il pas fausse route à vouloir défendre " la Femme ", la prendre comme sujet de son combat ? Quel féminisme promulguer dès lors qu’on pense " la Femme " comme une construction sociale à l’intérieur d’une histoire dominée par les hommes ? Quelle est cette " citoyenne paradoxale ", comme l’appelle la philosophe Joan W. Scott, qui revendique en tant que femme de ne plus être traitée comme une " femme " ? A cette question, Judith Butler répond qu’elle reste féministe. Pourquoi ?

    "Dans les années 1970, Monique Wittig, philosophe française, écrivait de façon provocante : “Une lesbienne n’est pas une femme.” Elle pensait qu’une lesbienne, en refusant tous les signes officiels de la féminité, crée sa propre identité. S’invente elle-même. Je crois que Wittig se trompe. Je ne crois pas que nous soyons capables de nous recréer librement à chaque instant. Il n’existe pas de sujet libre, ayant un désir pur, totalement dégagé des relations sociales. des conflits de pouvoir et des normes du genre. Aujourd’hui, les femmes sont toujours assujetties. Voilà pourquoi je ne me dis pas “post-féministe”. Je suis féministe. Il me paraît tout à fait possible de se dire féministe tout en affirmant qu’il n’existe pas une “nature” ou une “essence” de la femme. Selon moi, les termes de “femme” et d’“homme” restent des catégories politiques importantes. Nous les utilisons comme des expressions instables, toujours en cours d’élaboration, tout en continuant à les employer pour dénoncer les inégalités et se battre pour leur abolition. "

    Judith Butler citoyenne et féministe paradoxale

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    >BIBLIOGRAPHIE

    Défaire le genre. Ed Amsterdam. 220 pages. 20 €. Sur l’homoparentalité, les combats pour le droit.

    Trouble dans le genre. La découverte 2005. 280 pages. 23 €. Le grand oeuvre, un classique universitaire avec une préface éclairante du sociologue Eric Fassin.

    Humain, inhumain. Le travail critique des normes. Ed Amsterdam. Entretiens. 200 pages. 15 €. Un tour de piste des grands thèmes butleriens.

    Vie précaire. Le pouvoir du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001. Amsterdam 2005. 150 p. 15 €. Un ouvrage de réflexion politique : comment préserver un esprit critique dans l’Amérique de Bush ?

    La vie psychique du pouvoir. Ed Léo Scheer 2002. 150 p. 15 €. Une réflexion sur comment le genre, les normes et le pouvoir nous constituent comme " sujet" - et comment nous conservons " une capacité d’agir "?

     
     
     
     

     

  • JOSEPH FRITZL: "UN HOMME ABOMINABLEMENT NORMAL"

    8bc710b76427687f429e4cfddfbc2d56.jpg Joseph Fritzl (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Deux mois après la découverte d’Elizabeth Fritzl, séquestrée et incestuée pendant 24 ans par son père à Amstetten (Autriche), avec qui elle a eu sept enfants – eux-mêmes incestués - le psychiatre expert judiciaire chargé d’enquêté sur la personnalité de Joseph Fritzl le décrit comme un « despote régnant par le terreur sur plusieurs générations de sa famille ». Il se refuse à parler d’un psychotique, comme plaide son avocat et lui-même, mais d'un homme très bien organisé, construisant des mensonges crédibles, menant une double vie discrète, ayant construit lui-même le studio où il enfermait ses victimes : « Il ne s’agit pas d’un malade, explique le psychiatre, car s’il l’était il n’aurait jamais pu imaginer et réaliser des plans aussi sophistiqués ». Il arrive assez souvent que les affaires d’inceste révèlent des personnalités masculines autoritaires et violentes, des pères puissants faisant ployer leur entourage, comme l'a montré "Festen" (1998), le cruel film du danois Thomas Vinterberg. Ces hommes se prennent pour des chefs de famille, ou de tribu, à qui tout est dû, l’obéissance des femmes, des enfants, et le droit de cuissage – en quelque sorte l’archétype de l’homme dominateur poussé à l’extrême, du "maître" forçant les autres à le servir, jusqu’à remettre en cause un tabou social primordial, l’inceste.

    Voici en éclairage, un reportage sur un fait divers incestueux survenu en France profonde, qui enrichira cette analyse sur la dimension « machiste » et « phallocratique » - pour parler comme les premières féministes – des personnalités masculines au coeur de ces affaires. À l’époque, au magazine Actuel, nous l’avions titré « Un monstre absolument normal ». Cette malheureuse histoire s’était déroulée dans un petit village de la Sarthe, au début de l’été 1986.

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  • L'HOMOPHOBIE CONDAMNEE PAR RAMA YADE, SECRETAIRE D'ETAT. LES AMBIGUITéS DE NICOLAS SARKOZY SUR CES QUESTIONS

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    NEWS NEWS NEWS. Ce samedi 17 mai, la secrétaire d'État aux droits de l'homme, Rama Yade, recevait plusieurs associations gays. Elle s'est engagée au nom de la France et du gouvernement à reconnaître la Journée internationale contre l'homophobie (Idaho) à laquelle appellent depuis des années la plupart des associations homosexuelles mondiales. Autre grande avancée de cette réunion avec les groupes LGBT (Lesbiennes-gays-bisexuelles-trans), la France luttera contre l'homophobie - toujours très répandue, (voir la carte ci-dessous) - sur la scène internationale. Autre promesse allant dans le même sens de tolérance : une déclaration pour la dépénalisation universelle de l'homosexualité devrait être rédigée rédigée par le gouvernement avec les associations.
    Rappelons qu'aujourd'hui encore, en France, l'homophobie n'est pas un mythe ou un fantasme victimaire d'associations gays. Souvenons-nous qu'en janvier 2007, la ville de Béziers a été pendant plusieurs mois le théâtre d'agressions homophobes très violentes. Dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 janvier, un homme de 45 ans fréquentant le lieu de drague du parking de la Poste a été attaqué dans son véhicule par un partenaire qu'il venait de rencontrer, un jeune homme de 21 ans. La victime souffre de traumatisme du genou droit, d blessures faciales d'une fracture du nez et de la main gauche - 21 jours d'incapacité temporaire de travail (ITT). L'agresseur a été formellement identifié par un homme de 41 ans chez qui il s'était rendu en automne, après l'avoir croisé sur le même lieu de rencontre. Bilan: sept points de suture et des brûlures sur le corps. Un complice l'a aidé.

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  • MINCE POUR TOUJOURS.

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    NEWS NEWS NEWS L'Assemblée nationale a approuvé mardi 15 avril, en première lecture, une proposition de loi UMP réprimant l'incitation à l'anorexie, y compris sur internet, en fixant une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Le texte a été approuvé avec les seules voix UMP, auxquelles s'est jointe la députée PS de Gironde Michèle Delaunay. Les groupes PS et GDR (PCF-Verts) se sont abstenus sur ce texte qu'ils ont qualifié "d'affichage", dont la "seule approche est celle de la répression" - sans doute, mais ne fallait-il pas agir vite ?
    Depuis la mort par anorexie de la top-modèle Ana Carolina Reston, en novembre 2006, à l'âge de 21 ans, suivie de plusieurs cas de malaises survenus pendant des défilés en Italie et aux Etats-Unis, suite à la décision du festival Moda Barcelona de refuser des mannequins trop maigres, le ministre de la santé Xavier Bertrand avait diligenté début 2007 un groupe de travail sur l'« image du corps » dans la mode et la publicité pour évaluer son impact - réel ou supposé - sur la population jeune. Celui-ci a tenu une première réunion en mars 2007 en présence de représentants d'agences de mannequins, des consommateurs, des professionnels de la mode, des associations de personnes obèses et anoréxiques, des médecins ainsi que des publicitaires, dont Hervé Brossard, président de l'Association des agences conseils en communication (AACC) et vice-président de DDB Worldwide. Présidé par le pédopsychiatre Marcel Rufo, le groupe d'étude devait proposer des propositions portant sur l'image du corps, jugée excessivement "mince" voire pathologiquement maigre. Suite aux travaux de cette commission, "une charte d'engagement volontaire sur l'image du corps et contre l'anorexie" a été signée, mercredi 9 avril 2008, par des professionnels de la mode, de la publicité et des médias, et la ministre de la santé, Roselyne Bachelot. Ainsi le Bureau de vérification de la publicité, la Fédération française de prêt-à-porter féminin ou encore le Syndicat des agences de mannequins s'engagent "à ne pas accepter la diffusion d'images de personnes, notamment si elles sont jeunes, pouvant contribuer à promouvoir un modèle d'extrême maigreur". Ils se proposent encore de "sensibiliser le public à l'acceptation de la diversité corporelle (...) en évitant toute forme de stéréotypie qui peut favoriser la constitution d'un archétype esthétique potentiellement dangereux pour les populations fragiles".

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    (Campagne publicitaire d'Oliviero Toscani contre l'anorexie)

    En regard de ces tentatives pour réfléchir à la puissance des normes culturelles et alimentaire régentant l'actuelle "girl culture", comme à l'image univoque de la femme mis en avant par la vogue de l'extrême minceur, voici une enquête sur l'angoisse de grossir et la peur de manger telles qu'elle sont véhiculées par les innombrables ouvrages consacrés aux régimes et la diététique, certaines campagnes publicitaires vantant les vertus du "light" et l'allégé - sans oublier beaucoup de journaux féminins. (enquête publiée dans le Monde 2 - 18 mars 2007)

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    Le printemps approche, ouvrons un magazine féminin fameux aux pages «diététiques». Le régime de restriction est décrété d’emblée. D’autorité. Femme, il faut se méfier de tout plaisir, et même des plus anodins. « Attention, on repère les faux-amis ! » prévient l’article diététique du numéro. Les faux-amis ? Le champagne doux (sucré), les bulots (plus caloriques que les huîtres) et les petites gaufrettes (trop minces pour être honnètes). Suivent 35 injonctions à la méfiance alimentaire, assortis d’impératifs catégoriques : « On zappe le riz et les pâtes », « On désamorce l’apéro », « On mange et on boit froid », « On se méfie du light », « On allège la fracture fromagère ».

    "ON" c'est qui ? C'est toutes les femmes.

    « On traque le sucre », « On croque des carottes crues », « On s’entraîne au forking », c’est-à-dire qu’on mange à la fourchette en écartant … le pain, les saucissons, les biscuits, les fruits (pris avec les doigts), les laitages, la soupe, la compote (prise à la cuiller), le beurre, le pâté, les pizzas et les fruits à écorcer (traités au couteau).

    Et surtout : « On ne se prive de rien.»

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  • ALBERT HOFMANN. LE PÈRE DU LSD DISPARAIT À 102 ANS, APRES AVOIR ETE FETE AU WORLD PSYCHEDELIC FORUM (BÂLE)

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    NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. LE CHIMISTE ALBERT HOFMANN, L'INVENTEUR DU LSD EST DECEDE LE 29 AVRIL D'UNE CRISE CARDIAQUE À BÂLE (SUISSE). IL AVAIT FAIT UNE BREVE APPARITION AU WORLD PYSCHEDELIC FORUM LE 21 MARS 2008 (BÂLE), Où SE RETROUVAIENT L'AVANT-GARDE DES CHERCHEURS SUR LES PSYCHOTROPES, QU'ILS SOIENT ANTHROPOLOGUES (RELIGIONS, CHAMANISME), MYTHOLOGUES, BOTANISTES, CHIMISTES, PSYCHOLOGUES OU PHILOSOPHES. En écho à cette disparition, voici un reportage au "LSD Symposium" de février 2006 à Bâle, où Albert Hofmann avait fêté ses 100 ans entouré de plusieurs miliers d'amateurs de psychotropes, jeunes de la génération techno comme anciennes figures du mouvements psychédélique, mais aussi de chercheurs en sciences humaines, de musiciens et d'artistes, ou de chimistes spécialisés dans les "design drugs". Une cérémonie émouvante, haute en personnages allumés. Albert Hofmann nous a raconté ce jour là comment il avait pris une dernière fois du LSD à 97 ans - et pourquoi. (publié dans Le Monde 2, mai 2006)
    BIBLIOGRAPHIE HOFMANN

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    (Portrait de Albert Hofmann sur le site MAPS, l'association des études psychédéliques)

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    REPORTAGE AU LSD SYMPOSIUM, BÂLE, SUISSE...

    -J’ai repris du LSD il y a trois ans. Une petite quantité… Albert Hofman parle, du haut de ses 100 ans, la voix claire.
    -Il a bien dit " il y a trois ans " ? Il a pris du LSD à 97 ans ? C’est bien cela ?" La jeune journaliste de TF1 s'étonne, rieuse. Nous sommes avec Albert Hofmann dans la salle de presse du symposium " LSD. Problem child and wonder drug " (LSD. Enfant terrible et drogue prodige).
    Albert Hofmann, continue en allemand, le plus sérieusement du monde, : " Je voulais tester une faible dose, elle pourrait donner un antidépresseur à base de LSD. Je pense qu’à notre époque où l’humanité devient toute urbaine, l’homme perd le contact avec la nature. Il ne ressent plus qu’il fait partie du monde, il n’éprouve plus son unité avec le vivant, il ne voit plus la splendeur de l’univers, alors il désespère..."
    À 100 ans, Albert Hofmann réfléchit encore à un usage bénéfique du diéthylamide de l’acide lysergique, un alcaloïde tiré de l’ergot du seigle, le fameux "acide" de l’époque psychédélique chanté par les Beatles (Lucy in the Sky with Diamonds), aujourd’hui consommé pendant les "raves " et les festivals de musique techno - toujours complètement illégal. Le LSD qui vous emmène pour plusieurs heures " en voyage " dans votre psyché. En " trip ". Et parfois en " horror trip ", comme le rappelle à chaque fois Albert Hofmann - qui a raconté le sien dans son libre LSD, mon enfant terrible (éditions du Lézard, 1997).
    E
    n son honneur, ce 14 janvier 2006, quatre-vingts intervenants se succèdent dans les salles du palais des congrès de Bâle, des neuropsychiatres, des psychologues, des ethnobotanistes, des chimistes, des mythologues, des pharmacologistes, tous les chercheurs es-psychotropes de la planète, mais aussi des musiciens, des peintres, des éditeurs et quelques anciennes figures du mouvement psychédélique comme John Dunbar, le galeriste londonien chez qui Yoko Ono et John Lennon se sont rencontrés, ou Ralph Metzner, le pionnier de la recherche sur le LSD à Harvard avec Timothy Leary. Ils sont tous venus fêter le centième anniversaire d’Albert Hofmann, et discuter trois jours durant des dernières découvertes sur les plantes psycho-actives, les " drogues de synthèse", les " états modifiés de conscience " et les nouveaux médicaments anti-dépresseurs.

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