mercredi, 30 avril 2008
ALBERT HOFMANN. LE PÈRE DU LSD DISPARAIT À 102 ANS, APRES AVOIR ETE FETE AU WORLD PSYCHEDELIC FORUM (BÂLE)
NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. LE CHIMISTE ALBERT HOFMANN, L'INVENTEUR DU LSD EST DECEDE LE 29 AVRIL D'UNE CRISE CARDIAQUE À BÂLE (SUISSE). IL AVAIT FAIT UNE BREVE APPARITION AU WORLD PYSCHEDELIC FORUM LE 21 MARS 2008 (BÂLE), Où SE RETROUVAIENT L'AVANT-GARDE DES CHERCHEURS SUR LES PSYCHOTROPES, QU'ILS SOIENT ANTHROPOLOGUES (RELIGIONS, CHAMANISME), MYTHOLOGUES, BOTANISTES, CHIMISTES, PSYCHOLOGUES OU PHILOSOPHES. En écho à cette disparition, voici un reportage au "LSD Symposium" de février 2006 à Bâle, où Albert Hofmann avait fêté ses 100 ans entouré de plusieurs miliers d'amateurs de psychotropes, jeunes de la génération techno comme anciennes figures du mouvements psychédélique, mais aussi de chercheurs en sciences humaines, de musiciens et d'artistes, ou de chimistes spécialisés dans les "design drugs". Une cérémonie émouvante, haute en personnages allumés. Albert Hofmann nous a raconté ce jour là comment il avait pris une dernière fois du LSD à 97 ans - et pourquoi. (publié dans Le Monde 2, mai 2006)
BIBLIOGRAPHIE HOFMANN
(Portrait de Albert Hofmann sur le site MAPS, l'association des études psychédéliques)
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REPORTAGE AU LSD SYMPOSIUM, BÂLE, SUISSE...
-J’ai repris du LSD il y a trois ans. Une petite quantité… Albert Hofman parle, du haut de ses 100 ans, la voix claire.
-Il a bien dit " il y a trois ans " ? Il a pris du LSD à 97 ans ? C’est bien cela ?" La jeune journaliste de TF1 s'étonne, rieuse. Nous sommes avec Albert Hofmann dans la salle de presse du symposium " LSD. Problem child and wonder drug " (LSD. Enfant terrible et drogue prodige).
Albert Hofmann, continue en allemand, le plus sérieusement du monde, : " Je voulais tester une faible dose, elle pourrait donner un antidépresseur à base de LSD. Je pense qu’à notre époque où l’humanité devient toute urbaine, l’homme perd le contact avec la nature. Il ne ressent plus qu’il fait partie du monde, il n’éprouve plus son unité avec le vivant, il ne voit plus la splendeur de l’univers, alors il désespère..."
À 100 ans, Albert Hofmann réfléchit encore à un usage bénéfique du diéthylamide de l’acide lysergique, un alcaloïde tiré de l’ergot du seigle, le fameux "acide" de l’époque psychédélique chanté par les Beatles (Lucy in the Sky with Diamonds), aujourd’hui consommé pendant les "raves " et les festivals de musique techno - toujours complètement illégal. Le LSD qui vous emmène pour plusieurs heures " en voyage " dans votre psyché. En " trip ". Et parfois en " horror trip ", comme le rappelle à chaque fois Albert Hofmann - qui a raconté le sien dans son libre LSD, mon enfant terrible (éditions du Lézard, 1997).
En son honneur, ce 14 janvier 2006, quatre-vingts intervenants se succèdent dans les salles du palais des congrès de Bâle, des neuropsychiatres, des psychologues, des ethnobotanistes, des chimistes, des mythologues, des pharmacologistes, tous les chercheurs es-psychotropes de la planète, mais aussi des musiciens, des peintres, des éditeurs et quelques anciennes figures du mouvement psychédélique comme John Dunbar, le galeriste londonien chez qui Yoko Ono et John Lennon se sont rencontrés, ou Ralph Metzner, le pionnier de la recherche sur le LSD à Harvard avec Timothy Leary. Ils sont tous venus fêter le centième anniversaire d’Albert Hofmann, et discuter trois jours durant des dernières découvertes sur les plantes psycho-actives, les " drogues de synthèse", les " états modifiés de conscience " et les nouveaux médicaments anti-dépresseurs.
06:15 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Envoyer cette note
lundi, 11 février 2008
PROCRASTINATION, MAL D'EPOQUE.

NEWS NEWS NEWS NEWS Aujourd'hui encore et comme hier, alors que nous devons rendre un travail urgent, nous avons étés des centaines de milliers de par le monde à procrastiner ardemment. Procrastiner ?
Vous remettez tout au lendemain.
Vous retardez chaque matin une tâche urgente - avant de l'achever comme un cinglé en trois nuits blanches hallucinées.
Vous remettez à chaque fois un rendez-vous capital, une entrevue décisive - avant de vous y rendre en état panique avancé.
L'échéance vous rend malade, le "dead line" vous semble mortel, vous mutipliez les ruses pour éviter de rendre à l'heure.
Vous êtes un procrastinateur de nos temps pressés.
Un maniaque de la panique.
Vous êtes un PANIAQUE.
Dites "PANIAC", ce fera plus court.
Ci dessous une tentative d'auto-analyse de la procrastination par un procrastinateur invétéré, votre serviteur
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Le procrastinateur repousse tout au dernier moment : boulot, rupture sentimentale, impôts, décisions graves. Tenez pour ce texte. Il est 16 heures. Je dois le rendre ce soir à 22 heures. C’est le dernier papier du numéro du journal ou je travaille (cet article a été publié dans Actuel, l'été 1992). L’imprimerie, la maquette, la compo m’attendent. Si je n’ai pas fini, ça va être un drame. La sortie du journal en retard. Cette fois, je ne peux plus reculer. Je vais une fois de plus éprouver l’angoissante sensation : est-ce que je vais tomber ou traverser ? Je n’ai pas mangé. Je ne me suis pas lavé. J’ai mal à la tête. Je suis d’une humeur de chien. Ma fiancée, qui me connaît bien, a quitté prudemment la maison. Hier, j’ai fait la foire au lieu de bosser. Je n’y arrivais pas. Je m’inventais tous les arguments pour reculer. Impossible de savoir par où je vais commencer. De faire un plan qui me permette de me lancer...
Maintenant, je suis nu, pas rasé, je me suis remis à fumer, je jette des notes sur une feuille dans un état halluciné. J’ai ressorti le paquet de notes que j’ai ramassées sur la question depuis dix jours. J’y suis ?
08:40 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Envoyer cette note
CATHERINE MILLET NOUS PARLE DU VOILE
NEWS NEWS NEWS. 100 000 personnes ont manifesté samedi dernier à Ankara contre le projet de loi du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan qui vise à réautoriser le voile islamique dans les universités. Le port du foulard est aujourd'hui interdit dans les administrations et les écoles turques. Scandant « La Turquie est laïque, elle le restera », « Nous sommes tous des soldats d'Atatürk », les manifestants se sont rassemblés au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, le père fondateur de la Turquie moderne et laïque, qui interdît le port de symboles religieux dans la vie quotidienne... en 1923. Des dâtes qui rappellent combien les batailles d'idées sur le voile et la liberté des femmes ne sont pas l'apanage des odieux athées et républicains occidentaux - comme disent les fondamentalistes - mais qu'il secoue le monde musulman depuis le début du siècle. En Tunisie dans les années 1960, Habib Bourguiba dévoila lui-même des centaines de femmes au cours de grandes cérémonies, les encourageant à travailler et prendre des responsabilités publiques. En Algérie, le FLN a ouvert les universités et l'administration aux femmes.
En France, la loi promulguée par le gouvernement Chirac interdisant le port de signes religieux ostensibles dans les écoles a confirmé l'engagement républicain et laïc du pays - hélas remis en cause par les récents et multiples signes de soutien au confessionalisme du président Sarkozy.
En regard de tous ces événements, que nous dit Catherine Millet, critique d'art et directrice de la revue Art Press, auteur d'un livre best-seller témoignant d'une liberté amoureuse et sexuelle revendiquée et gourmande ? Une rencontre faite à l'époque où les polémiques sur le voile faisaient rage en France.
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08:40 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 03 février 2008
QUAND JOE JACKSON CRITIQUE LA ROCK CULTURE
NEWS. NEWS NEWS NEWS JOE JACKSON, UNE DES FIGURES DE LA NEW WAVE, ANNONCé LE 4 MARS A LA CIGALE (PARIS)
"Le rock est fait par des paresseux pour des paresseux. Le rock ne change jamais. Le rock rend imbécile. Le rock est infantile." Joe Jackson le rocker élégant et inventif des années 1980, avec son "look sharp" et son désespoir, ne s’est jamais gêné pour balancer ses quatre vérités à sa génération, comme dans l'article ci-dessous. Dans les années 1980, énervé par l'énorme machinerie marchande qu'est devenu le rock, ses concerts géants où l'on entend à peine le chanteur, sa mythologie "abrutissante", son inventivité en berne, il devient une des figures de la "new wave" - plus raffinée, plus éclectique, moins "hard rock". Joe Jackson essaie de nouvelles couleurs, sensuelles, intimistes, tout en restant groove et roll, se réappropriant la salsa et le jump. Il concocte courant 1982 un des meilleurs disques de l'année, "Night and Day" avec ses deux faces "sol" et "sombra".
Voici un entretien d'époque avec un jeune rocker en colère, au plus haut de sa créativité, très remonté contre la mercantilisation de la culture rock (paru dans le magazine Actuel, janvier 1983).
11:30 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Envoyer cette note
vendredi, 25 janvier 2008
ENFANTS D'HOMOSEXUELS, ENFANTS INVISIBLES
(Claire Breton, 28 ans, revendique son statut illégal d’”enfant d’homosexuel” et défend ses parents)
NEWS. NEWS NEWS Le 24 janvier, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné la France pour avoir refusé l’agrément d’adoption à une femme pour le seul motif de son orientation sexuelle. Ce jugement devrait faire jurisprudence et ouvrir la voie à la suppression, dans la France sarkozienne, de la discrimination en raison de l’orientation sexuelle sur les questions d’adoption par les départements. Une date historique. L’Europe joue enfin un rôle actif pour le respect des droits des minorités sexuelles. Rappelons qu’en France pourtant plus de 100.000 enfants, sans doute 200.000 ou plus, vivent avec des parents homosexuels - leur non-reconnaissance soulève de lourds problèmes à la fois juridiques et humains.
En regard, cette enquête publiée dans Le Monde 2 (juin 2005) qui présente les témoignages de trois enfants élevés par des parents homosexuels, et les enquêtes de chercheurs et sociologues travaillant depuis des années sur ces questions sensibles.
19:15 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Envoyer cette note
jeudi, 17 janvier 2008
NOUS ADULONS LES CHATS DEPUIS 9500 ANS -ET MANGEONS ET MASSACRONS LES AUTRES
NEWS NEWS NEWS NEWS Les études faites pendant l'année 2007 le confirment, 9,9 millions de chats domestiques ont été recensés en France pour 8,5 millions de chiens. Cet énorme engouement pour les félins s'expliquerait par l'urbanisation (le chat d'appartement est plus facile à élever que le chien d'appartement), ou encore par un intérêt nouveau pour la personnalité du chat (plus autonome, moins servile), ou bien par notre fascination grandissante pour les animaux à l'heure où de plus en plus d'espèces disparaissent - il nous reste cette élite domestiquée (et privilégiée) pour conserver une relation riche avec des êtres vivants non-humains (nous massacrons et mangeons les autres).
Cela constaté, notre passion pour les petits félins que sont les chats ne dâte pas d'aujourd'hui. La revue Science nous apprenait en avril 2004 qu'un chat "felis silvestris", proche du chat sauvage oriental actuel, a été retrouvé dans la sépulture d'un personnage important, entouré de haches polies, de silex taillés, d'une pierre ponce, et d'une parure comprenant 24 coquillages et une pyrolite verte. Cela à Shilourokambos, Chypre. Cette découverte révèle que le chat serait vassalisé, voire adulé depuis... 9500 ans.

Aujourd'hui, j'éprouve la confuse sensation de travailler pour que Chat se la coule toute la journée, traînant de son panier au radiateur, avant de filer courir la femelle.
Comment expliquer cette rapidité à s'installer ensemble sous un même toit, nous et les felis catus ? Les hommes et les chats et la domestication des uns par les autres, cette histoire vient de loin, nous savons bien. Mais de quand ? De 7500 ans avant J.C au moins, soit 9500 ans. C'est ce qu'établirait une découverte publiée au printemps 2004 dans la revue Science faite par une équipe de chercheurs français sur le site néolithique de Shilourokambos à Chypre. Un chat felis silvestris, proche du chat sauvage oriental actuel, a été retrouvé dans la sépulture d'un personnage entouré de haches polies, de silex taillés, d'une pierre ponce, et d'une parure comprenant 24 coquillages et une pyrolite verte. Comment être sûr que le chat n'est pas venu mourir là, quelques siècles après, avant d'être retrouvé enterré au même endroit 9000 ans plus tard ?
08:50 Publié dans MOEURS | Lien permanent | Envoyer cette note
mardi, 01 janvier 2008
2008. NOUS VIVONS EN PLEINE SCIENCE FICTION !
NEWS NEWS NEWS C'est la nouvelle année. 2008 ou 2028 ? Sera-t-elle celle de notre entrée dans un monde qui ressemble aux romans de science-fiction apocalyptiques du XXe siècle ? Un exemple : ces derniers jours, le site web du Nouvel Observateur racontait comment la marque de cosmétiques Loréal recrute des employés virtuels dans le monde parrallèle "Second Life", désormais investi par les industriels et les publicitaires. "..." Asseyez-vous", dit aimablement à la candidate à l'emploi le recruteur : il est affublé d'une souriante tête de renard, grandes dents et grandes oreilles".
Nous sommes très proches d'une scène d'un roman de science-fiction imaginée par l'écrivain Neal Stephenson dans "Le Samouraï virtuel" en 1992, où l'on trouve un monde parallèle, le Metavers, qui ressemble tout a fait a Second Life : les doubles virtuels des hommes vont y faire des rencontres, chercher du travail et courir les cyber-bordels.
Question sur notre futur immédiat : la science-fiction du siécle dernier a-t-elle imaginé notre monde d'aujourd'hui ? Les avis font polémique. Si la science actuelle n’a toujours pas permis de créer l'homme invisible, la drogue du Docteur Jekyll (quoique... le LSD ne permet-il pas d'accéder à notre multipersonnalite ?), la machine à remonter le temps, si aucun extra-terrestre n’a encore débarqué, les romans de H.G Wells, Aldous Huxley et Robert Louis Stevenson restent de grands livres sur les apprentis sorciers et les généticiens qui veulent bouleverser les lois de la nature - ça tourne mal. Quant aux prédictions plus socétales, à lire « Paranofictions. Traité de savoir vivre pour une époque de science fiction » (Climats) d’Ariel Kyrou, spécialiste de musique techno et érudit de S.F, nous aurions tort de ne pas relire la « speculative fiction » du siècle dernier - celle ouvragée par Philip K. Dick, John Brunner, J.G Ballard, sous oublier Georges Orwell et Aldous Huxley. Elle nous raconte tout simplement aujourd’hui : le réchauffement planétaire, les mégapoles cinglées, la pollution envahissante, la haute technologie sophistiquée, les univers virtuels, la surpopulation, les ratés du clonage et l’hédonisme résistant. Quelques exemples frappants. _____________________________________________________________
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mardi, 25 décembre 2007
J’AIME LES CAFARDS. REPORTAGE DANS LES CAVES VELUES.
NEWS NEWS NEWS
Les cafards font preuve d’une actualité perpétuelle. Ils triomphent dans les vide-ordures, envahissent chroniquement nos hôpitaux, rapetissent en quelques générations pour se blottir dans nos téléviseurs et se multiplient dans les gaines de chauffage. Un spécialiste des insectes comme Karl Von Fritsch, un des fondateurs de l’éthologie, pensent qu’ils nous succéderont sur cette terre. A Tel Aviv, ce mois de décembre, le neurobiologiste de l'Université Ben Gourion Frederic Libersat cherche à comprendre comment agissent les neurotoxines présentes dans les venins. Il avait récemment découvert que le venin des guêpes Amputex faisait baisser l'activité de certains neurones de la blatte spécialisés dans la production du neurotransmetteur nommé octopamine. Pour vérifier, il a injecté de l'octopamine dans le cerveau de blattes paralysées par les gupères. Lesquelles ont aussitôt retrouvé l'usage de leurs pattes. L'arcticle vient d'être publié dans The Journal of Experimental Biology : grâce aux blattes nous progressons ainsi dans la compréhension des venins et du sytème nerveux.
Pendant ce temps, au Centre de recherches pour la cognition animale de Toulouse (CNRS), une équipe travaille depuis 2005 à des petits robots qui s’auto-organisent en troupe comme des cafards, et sur un “leurre” capable de vivre au milieu des blattes et d’influencer leurs comportements. Selon Jean-Louis Deneubourg de l’Université Libre de Bruxelles, "l'objectif à long terme de ces leurres serait de réaliser des sociétés d'animaux et de machines dont les interactions doteraient ce système de nouvelles fonctionnalités" - par exemple pour développer la pollinisation de la flore (aujourd’hui menacée par le réchauffement).
En regard de cette omniprésence de la blatte dans nos vies modernes, un reportage dans les caves parisiennes publié dans un des premiers numéros du magazine Actuel (1980-1995).
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TOUT COMMENCE PARCE QUE LES CAFARDS RONGENT L'AEROPORT DE TOKYO...
...Lundi, je rentre de nuit chez moi, j'allume machinalement la lumière de la cuisine, une marée velue court sur les murs, flaque vivante qui ruisselle dans toutes les directions et disparaît en quelques secondes derrière les meubles. Des cafards, des milliers de cafards ont envahi l'appartement. Je vaporise un épais nuage d'insecticide, la moitié de la horde agonise les pattes en l'air tandis que l'autre se terre sous le lino et file chez le voisin le long des canalisations. Mardi, je passe à Actuel. À peine arrivé au comité de rédaction, on me tend une dépêche AFP: "Les cafards attaquent l'aéroport de Tokyo. Après avoir constaté la gravité de la situation dans les restaurants et les magazins du bâtiment d'embarquement, les responsables ont décidé de les fermer. Selon les spécialistes, il leur faudra une quarantaine de jours pour s'en débarrasser."
Je demande: "Alors, je pars pour Tokyo?"
-Non, tu trouves une société spécialisée dans le massacre des cafards et tu t'engages. Tu pars pour les caves parisiennes."
Mercredi, me voici rue Saint-Honoré, au siège parisien de la société Attila. Cette société détruit tous les insectes parasites, elle traque les rats et les souris, elle chasse les pigeons et éloigne les chats, elle empêche les chiens de lever la patte sur les trottoirs. J'ai rendez-vous avec la direction, Mlle W. Au mur, une affiche publicitaire, un Mongol armé d'un sabre de Samouraï décapite des rats et éventre des cafards. Il crie: "BANZAÏ ! FAITES CONFIANCE A ATTILA, LE FLEAU DU CANCRELAS ». Sur un casier métallique s'aligne une série d'éprouvettes pleines de poudres bleues, de cristaux blancs - des redoutables pesticides.
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lundi, 25 juin 2007
TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER MOINS. A QUEL JEU JOUE UN LOSER ?

NEWS NEWS NEWS. "Travaiiler plus, pour gagner plus", le fameux slogan de Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale, repris ces derniers jours comme un leit-motiv par la garde des sceaux Rashida Data, a été commenté dans la plupard des médias comme étant le symbole des nouvelles valeurs du gouvernement : le travail contre l'assistanat, le travail comme mérite, etc... Ce slogan est pourtant une parfaite tautologie. En effet, quoi de plus normal de gagner plus quand on travaille plus ? Ce serait assez absurde, et fort de café, de travailler plus, faire des heures supplementaires, y passer ses week-ends, pour gagner moins... Si M. Nicolas Sarkozy, nous avait promis de travailler plus pour gagne encore plus, avec un salaire étoffé, une prime à l'effort, alors là nous aurions obtenu une véritable avantage. Mais gagner plus en travaillant plus, où est le gain ? Tout le monde fait cela tous les jours, depuis toujours, de travailler plus pour arrondir une fin de mois. Personne n'a attendu qu'un homme politique lui serine cette évidence, que certains veulent nous faire passer aujourd'hui comme l'extraordinaire découverte du nouveau président.
Ce qui dérange ici, c'est d'être pris pour un imbécile par un slogan creux et tape-à-l'oeil, mais surtout la conception sous-jacente du travail qu'il suggère : pour gagner sa vie aujourd'hui, il faudrait en vérité travailler encore plus. Un travail n'est plus considéré comme un savoir-faire, un apport concret, une ressource apportée par un employé , mais comme une sorte de sacerdoce, d'activité qui se mérite, d'effort en plus à offrir à l'employeur. Si vous ne travaillez pas plus, vous ne gagnerez pas, vous resterez un perdant, un "loser".
Sur ces histoires de gagner plus, de crainte de perdre, et ces conceptions pardoxales du travail, une reflexion sur l'étrange relation qu'entretiennent les notions de "gagnant et de perdant" - de "winner" et de "loser" (paru dans Philosophie Magazine, juin 2007)
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... Dans « L’Arnaqueur » le film de Robert Rossen, Paul Newman incarne Eddie Felson un jeune prodige du billard qui vient défier Minnesota Fats, le champion. Le duel commence. Soudain, l’agent de Minesota lui dit « Tu vas gagner, ce mec est un loser ». Réplique célèbre du cinéma et de notre modernité. « Loser », « perdant » le jugement semble sans appel. Sur terre américaine, deux sortes d’hommes, les losers et les winners. Dans le film, la sentence concerne toute la personnalité d’Eddie, pas seulement son jeu. La « lose » lui colle à la peau. C’est un raté relégué dans l’immense foule des seconds couteaux, des trimards, des gagne-petits.
Aujourd’hui, la séparation impitoyable des gagnants et des perdants a conquis les esprits occidentaux. Suite à la crise post-moderne des idéaux de justice et d’égalité bien décrit par le philosophe Michael Walzer dans Sphères of justice (1986), à la rupture entre les élites et le monde du travail analysée le sociologue Christopher Lasch dans « La révolte des élites » (1995), la majorité des personnes actives de nos sociétés se pense en "perdants".
Ils trouvent qu’ils gagnent trop peu au regard des réussites extraordinaires vantées par les médias : parachutes dorés des grands patrons, salaires mirobolants des stars de la télé, contrats en or des mannequins et des joueurs de football. Sûr qu’avec un CDD, un salaire d’infirmière ou de cadre, on pourrait se sentir un « perdant».
Pourtant, quelle vision réductrice et à côté de la vie. Chacun sait que 95% des couples français touchent ensemble moins de 60.000 euros (Observatoire des inégalités 2006), et que la qualité d’une vie comme d’un jeu ne dépend pas seulement de questions d’argent. Des tas de gens connaissent une existence riche en rencontres et vie de famille, voyages et engagement politique, réseaux d’amitié et hobbies, qui vaut celle avec un gros chèque en fin de mois. Et puis, à croire la « théorie des jeux » initiée dans les années 1940-1950 par Von Neumann et John Nash, tous les jeux ne créent pas des "gagnants » et des « perdants ».
Ainsi le billard est un jeu d’argent conçu comme un duel à outrance, un jeu « à somme nulle », où les gains de l’un annulent ceux de l’autre. Où un seul gagne. Un jeu à somme nulle est toujours compétitif. La conception de vie sous-jacente suppose une guerre de tous contre tous. On joue avec la peur permanente de perdre. Cette obligation sado-masochiste rend ces jeux très angoissants. Ce qui semblera paradoxal : car jouer comme l’a montré Roger Caillois signifie désirer une activité ouverte, ludique, pleine de rebondissements. Or les jeux à gagnant unique imposent leurs principes d’échec fatal à tous.
Imaginons que Fast Eddie joue à un des jeux "à somme non nulle" décrit par les théoriciens des jeux Wilfredo Pareto et Robert Axelrod. Ce sont des jeux dans lesquels les « gains » circulent, s’échangent, s’additionnent, comme par exemple dans les jeux d’apprentissage, ou à base d’informations. Ce peuvent être encore des « jeux de rôles » : une « murder party », affaire criminelle rejouée où l’on devient assassin et commissaire ; une course-poursuite urbaine style « Donjons et Dragons ». Dans tous ces jeux, il s’agit de déployer sa fantaisie, braver sa peur, rivaliser d’imagination. Les joueurs peuvent tous échouer. Plusieurs peuvent gagner. La partie peut reprendre le lendemain, scander une nouvelle aventure.
LA METAPHYSIQUE DU JOUEUR
James P. Carse, auteur du « Pari métaphysique du joueur » (Seuil 1994) définit lui deux sortes de jeux : le « jeu fini » qui se joue pour gagner, et le « jeu sans fin » : "Les joueurs du fini jouent à l’intérieur de limites. Les joueurs de l’infini jouent avec les limites. Le jeu fini pour la vie est sérieux. Le jeu infini de la vie est joyeux. Le jeu fini est contradictoire. Le jeu sans fin est paradoxal. C’est un rire avec les autres." De ce point de vue, on remarquera qu'un régime d’économie libérale se doit de fonctionner sur ce type de règles ouvertes, permettant un "jeu continu" : la liberté d’entreprendre s’y maintient grâce aux lois « anti-trust », à la « coopétition» et la coopération en affaires, au « capital venture » avec risques partagés, aux contrats « win win », « gagnant gagnant », toutes règles qui permettent d’éviter qu’un « winner » écrase toute concurrence, et arrête le jeu.
Revenons à notre match de billard. Tout au long de l’interminable match d’Eddie le loser, son coach le presse de partir quand il gagne, avec une somme coquette. Ni vainqueur ni vaincu. Mais « Fast Eddy » veut une victoire définitive. Il perd tout par jusqu’au-boutisme. Autrement dit pour devenir un perdant ou un loser, tout dépend de la sorte de jeu auquel vous acceptez de participer, des règles que vous vous laissez imposer, de la conception de la vie que vous défendez.
A lire. Les jeux et les hommes. Caillois. Gallimard. Le pari métaphysique du joueur. James Carse. Seuil. G. Giraud. La théorie des jeux, Champs Université. Flammarion, 2000.
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dimanche, 11 mars 2007
DEFENSE DE LA PORNOGRAPHIE. CRITIQUE DE LA "DEMOLITION FILMEE"
News News News La critique de la pornographie très violente, la "démolition filmée", appelée parfois "gonzo", se développe dans certains milieux des défenseurs de la pornographie - une preuve de lucidité et de courage. Le magazine Technikart, amateur éclairé de pornographie, publie quatre pages sur le thème "Le porno va-t-il trop loin", donnant la parole à l'ancienne actrice X Nina Roberts, très remontée contre le "gonzo" - comme le sont les actrices françaises Rafaëlla Anderson, Priscila Sol, ou Adeline Lange. Le mensuel "Philosophie Magazine" publie ce mois-ci un dossier "Sexe et morale", où l'actrice et réalisatrice de cinéma X Ovidie déclare : "Ce que les féministes reprochaient au porno il y a dix ans, et qui à l'époque, n'était pas vrai, est en train d'arriver aujourd'hui. C'est surtout le porno américain (hardcore), qui va toujours plus loin. Les filles sortent des tournages avec des bleus et le sourire". Elle ajoute : "Moi je suis en sursis, comme tout ceux qui essaient de faire du porno un peu inventif." Sur le site ACT UP, qui publie la liste des dizaines de "travailleurs du sexe" décédés du sida sur des productions pas regardantes, on trouve un manifeste intitulé "Les génies du porno" (www.actup.paris) signé par douze actrices et acteurs connus, questionnant le cinéma "bareback" homosexuel, sans protection. Mais sans doute ces violences ne sont rien au vu de ce que certaines productions illégales s'autorisent dans les pays du Sud : les films X avec animaux en Afrique, ou des enfants au Cambodge (ci-joint un article du Cambodian Time : www.camnet.com.kh_.webloc /http://www.camnet.com.kh/cambodia.daily/selected_features/cd-Jan-10-2007.htm)
En regard de ce questionnement, voici l'article d’Isabelle Sorente publié dans la revue BLAST en 2002, qui a suscité un intense débat sur le Net. Amatrice occasionelle de cinéma X, le défendant contre les féministes prohibitionnistes, elle avait mené une des premières enquêtes sur la pornographie hardcore, très dure pour les actrices.
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LE PORNO A LA CHAÎNE.
Les témoignages non-officiels des coulisses de l'industrie du sexe sont rares. Ils m’ont toujours intéressée, sans doute car je suis amateur de cinéma X et d’art pornographique, et opposée à sa prohibition. J’ai toujours vouloir savoir ce que disaient les actrices de leurs prestations. J’ai toujours aussi pensé que ce devait être un rude métier, au vu de ce que les actrices encaissent pendant certains tournages « hardcore ». En 2002, pour un reportage dans le magazine Blast, j’ai visionné un film présenté au parlement suédois, rassemblant des confidences et des témoignages d'actrices, de policiers, de producteurs sur l’industrie de la pornographie : "Shocking Truth", « La vérité choquante », qui questionne la diffusion à la télévision de films pornos violents, où les actrices sont maltraitées. Ce film, réalisé par une ancienne actrice du X, montre comment certains tournages de l’industrie « hard core » tournent parfois à des scènes très brutales, humilantes, éprouvantes pour beaucoup de jeunes actrices mises sous pression, souvent livrées à de nombreux hommes pas tendres.
L’ancienne actrice du X Rafaëlla Anderson a déjà raconté cette vie rude et sans pitié dans son récit Hard (Grasset, 2001). Je l’ai interviewée dans le cadre de ce reportage (paru dans Blast en 2002) où je raconte l’histoire du film Shocking Truth, et décris certaines habitudes violentes prises dans un cinéma « ulra hard » tourné à la chaîne, par des sociétés sans aucun respect pour les actrices, décidées à fournir en quantité des DVD et des petits films Internet. Ces habitudes me semblent graves et périlleuses. Elles rappellent parfois les conditions de travail harassantes auxquelles on soumettait les femmes et les adolescentes dans les ateliers du XIXe, quand les jeunes ouvrières s’esquintaient dans les usines chimiques et textiles, n’avaient aucun droit, payaient de leur physique. Les actrices du X, et les « travailleuses du sexe » en général n’ont aucun droit aujourd’hui, peu d’associations les défendent en Europe, et beaucoup d’actrices X n’arrivent même pas à être considérées comme des intermittents du spectacle. Elles morflent. Elles baisent à la chaîne. Elles n’ont souvent aucun droit de suite. Aucun contrat valable.
Dans cette enquête, j’ai voulu interroger la pornographie de la pornographie. J’ai voulu montrer un certain dérapage d’un artisanat devenu une industrie, sans demander aucune interdiction de la pornographie, sinon la protection et le respect des actrices. Il a été publié quatre ans avant que le cinéma « hard core » - dit de la « démolition filmée », ou encore du « gonzo » - commence à être partout critiqué pour sa violence, tant par beaucoup d’actrices du X, des acteurs gay, des réalisateurs, des associations comme Act Up, que par des articles et des enquêtes publiés dans toute la presse.
Isabelle Sorente, janvier 2007
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