mardi, 22 avril 2008

BANKSY GRAFFEUR FEROCE, RICHE ET CLANDESTIN

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Un graphe effacé

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News News News. Le 14 avril, le célèbre graffeur inconnu Banksy a réalisé son oeuvre urbaine la plus monumentale, "ONE NATION UNDER CCTV", "Une nation sous vidéo-surveillance" (Ci-dessus), où il dénonce l'inquiétante généralisation des caméras de surveillance dans toute l'Angleterre. Du 29 février au 29 mars, Banksy exposait ses sérigraphies et peintures, inspirées de ses graphes et pochoirs, dans l'antique galerie londonienne Andipa. Comment le graffeur anarchiste et provocateur, le vandale attaché à critiquer en pleine rue une société injuste et violente envers les démunis, concilie-t-il ce grand écart : de l'art de rue aux peintures pour les galeries chic ? Il en parle peu, puisqu'il ne répond pas aux interviews. Il a cependant envoyé un mail à Lauren Collins du prestigieux magazine New Yorker, où il explique qu'il est fasciné par la capacité du système capitaliste à récupérer les critiques les plus féroces, ses "ennemis" : à les entendre, en faire un buzz, une mode, à les présenter comme des artistes - puis à en faire des célébrités et des marchandises. Cela dit, Banksy reconnait dans ce mail que cela lui pose problème : " I don’t think it’s possible, écrit-il, to make art about world poverty and then trouser all the cash, that’s an irony too far, even for me.” : "Je ne crois pas possible de faire de l'art sur la pauvreté du monde, et puis puis ramasser tout le cash. C'est pousser l'ironie trop loin, même pour moi". Ce dilemne, cette tension entre le vandalisme, la provocation et la récupération, beaucoup d'artistes et de mouvements sacrilèges et férocest l'ont connu, des surréalistes aux lettristes, des situationnistes aux affichistes de Mai 68, des entarteurs et autres saboteurs aux graffeurs d'aujourd'hui. Comment échapper à l'affadissement, à la peoplemania - à la négation de la révolte qui a vu naître l'artiste ? L'histoire de l'art comme de la constestation donnent à réfléchir. Se renouveler, ne pas céder sur l'esprit critique, aller plus loin encore - de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, jusqu'à l'auto-dissolution revendiquée, quand l'élan retombe.
Banksy a su à ce jour rester anonyme malgré le succès incontestable de ses peintures de rue, toutes moqueuses et provocatrices, toujours poétiques - comme celle de cet homme cagoulé qui lance un bouquet de fleurs au lieu d'un pavé.

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L'artiste, selon la rumeur, pourrait être un peintre en bâtiment de Bristol. À chaque fois que les services de nettoiemement de Londres veulent lessiver ses pochoirs, cela déchaîne des protestations de rue - à ce jour, peu ont été effacés. Banksy s'est aussi fait remarquer en construisant septembre 2006 une fausse cellule de Gunatanamo à Dysneyland (Los Angeles), et en 2005 pour avoir installé des fausses toiles (dont un Warhol) dans plusieurs grands musées new yorkais - elles n'ont été découvertes que le surlendemain ou trois jours plus tard après avoir été vues par un public interloqué. Nous voyons Banksy ci-dessous en action au Metropolitan Museum of Art (MoMA), au Museum of Modern Art puis au Brooklin Museum.On peut voir les films de ses interventions sur You Tube (Banksy).

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Pendant ce temps, les sérigraphies et peintures de Banksy connaissent depuis quelques années une envolée de prix phénoménale (Angelina Jolie, Brad Pitt, Christine Aguilera figurent parmi ses collectionneurs). Un graphe intitulée "Riot green" acquis pour 300 livres il y a huit ans par un étudiant a été mis en vente 150.000 livres pendant l'exposition londonienne. Durant l'exposition présentée à la gaelrie Andipa, la cote de Banksy a encore monté - le stencil ci-dessus se serait vendu 100.000 livres. Rien n'arrête le marché. Bientôt les rue graffitées par Banksy deviendront sans doute les plus chères de Londres.

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 BANKSY EN ACTION

Banksy accrochant une de ses oeuvres au MOMA, New York 

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Ci-dessous, l'oeuvre exposée

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Banksy intervenant au Brooklyn Museum

Dessous, l'oeuvre accrochée 

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BANKSY, QUELQUES CELEBRES GRAPHES

 

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vendredi, 04 avril 2008

LA PROTESTATION MASSIVE DES MILIEUX JUDICIAIRES CONTRE LA LOI SUR LA "RETENTION DE SURETE" ET L'INQUIETANTE DERIVE GENETIQUE DE M. SARKOZY

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L'inquiétante loi sur "la rétention de sureté", votée par l'Assemblée Nationale le 6 février 2007, adoptée par le Sénat, remise en cause par le Conseil Constitutionnel - que le président de la République, pourtant gardien de la constitution, a tenté de contourner - soulève une opposition de plus en plus déterminée dans les milieux judiciaires. Rappelons que cette loi, telle qu'elle apparaît dans le projet de loi du 28 novembre 2007 constitue selon l'ancien ministre la justice Robert Badinter « un changement profond d’orientation de notre justice (...) Après un siècle, nous voyons réapparaître le spectre de « l’homme dangereux » des positivistes italiens Lombroso et Ferri, et la conception d’un appareil judiciaire voué à diagnostiquer et traiter la dangerosité pénale. On sait à quelles dérives funestes cette approche a conduit le système répressif des Etats totalitaires. » ( La prison après la peine, Le Monde du 27/11/2007).
Cette loi, défendue avec hargne pour de tristes raisons électoralistes - flatter le vote d'extrême-droite et l'opinion ultra-sécruritaire (les personnes âgées, fond de commerce du vote sarkozyste) avant les élections régionales - revient sur le principe même de "non rétro-activité" du droit français : ce qui explique la censure du Conseil Constitutionnel. Elle permet d'élargir les pouvoirs discrétionnaires de la police - déjà très importants -, de durcir les sanctions et renforcer les moyens de contrainte, mais encore de procéder à "des enfermements préventifs" sur la base d’une présomption d’infraction future. Ce faisant, elle installe une logique d’élimination permanente des décrétés "délinquants", les condamnant à une véritable mort sociale : le fichage à vie, l'impossibilité du rachat, autant dire le déni de Jean Valjean. L’appréciation de la "dangerosité" n’est elle-même fondée sur aucune évaluation solide, faisant appel à la seule expertise psychiatrique, entretenant une grave confusion entre délinquance et maladie mentale : l'évaluation de la dangerosité d'une personne relève désormais du "diagnostic". Avec ce texte de loi, la France de M. Nicolas Sarkozy s'est dotée d’un dispositif sans équivalent dans nos démocraties (aucune loi comparable existe en Europe, quoiqu'en dise le gouvernement) - aux Pays Bas et en Belgique, ce type d’enfermement n’intervient qu’en substitution à la peine. Aujourd’hui, c'est la Russie de M. Poutine qui enferme des journalistes dans des établissements psychiatriques, prétextant de leur "dangerosité sociale".
Indignés par cette "loi de rétention" - à ajouter aux annales de ce régime -, le Syndicat National de l'ensemble des personnels de l'Administration (SNEPAP-FSU), le Syndicat de la Magistrature et quarante associations médicales, judiciaires et humanitaires (dont La Ligue des droits de l'Homme, le Syndicat de la Medecine Générale, l'Union Syndicale de la psychiatrie, etc) lançaient le 20 mars 2008 un appel demandant son abolition. 15.500 personnes l'ont signé en une semaine (pour signer : www.contrelaretentiondesurete.fr/). Que dit ce texte ?

" Malgré l’opposition de très nombreux professionnels et citoyens, la loi instaurant une « rétention de sureté" qui permet, après l’exécution de la peine de prison, de prolonger - sans limitation de duŕee et sans infraction - l’enfermement des personnes considéŕees comme d’une «particulière dangerosité" est entŕee en vigueur.
La mise en place d’un tel dispositif relève d’une philosophie de l’enfermement qui dénie à l’homme toute possibilité d’amendement.
La présomption d'innocence devient secondaire et la justice de sureté prend le pas sur la justice de responsabilité.

NOUS NE POUVONS ACCEPTER UN TEL MODELE DE SOCIETE

- parce que la rétention de sureté, comparable dans sa philosophie à la peine de mort, est une peine d’élimination préventive susceptible de graves dérives ;
- parce que la rétention de sureté ajoute de l’enfermement à la peine de prison, déjà anormalement longue en France au regard des standards européens, et constitue en conséquence un traitement inhumain et dégradant ;
- parce que la rétention de sureté implique un pronostic arbitraire de la «dangerosité», dont les contours ne peuvent être clairement définis, ni par les psychiatres, ni par les juristes ;
- parce que la rétention de sureté crée l’illusion du « risque zéro » de récidive par l’exploitation démagogique de la douleur des victimes ;
- parce que la rétention de sureté témoigne du renoncement des pouvoirs publics à faire de la prison un temps utile à la prévention de la récidive et à la réinsertion ;
- parce que la rétention de sureté, malgré l’accomplissement de la peine, n’autorise plus l’oubli du crime, réduisant ainsi la personne à son acte criminel passé avec le risque de l’y enfermer à jamais ;
- parce que la rétention de sureté est une violence institutionnelle inacceptable qui prive les détenus de tout espoir de liberté;
Pour toutes ces raisons, la rétention de sureté n’est en aucun cas un instrument
de prévention de la récidive et de protection des citoyens."

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lundi, 17 mars 2008

GUERRE d'IRAK, CINQ ANS APRèS. GEORGES BUSH EST PRIS DANS UN PIEGE ABSCONS

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NEWS NEWS NEWS Le voyage éclair du vice-président américain en Irak, Dick Cheney, qui se félicite de "l'amélioration de la sécurité dans le pays" suite à l'arrivée de renforts américains a été accompagné d'une puissante explosion en plein Bagdad, et d'un tir de mortier sur la "zone verte" qui protège l'ambassade des Etats-Unis. S'il s'avère que l'enrolement de combattants sunnites comme "auxiliaires de sécurité" tout comme la "trêve des combats" de la principale milice chiite ont conduit à une baisse significative de la violence à Bagdad et dans l'ouest du pays, une série de récents attentats meurtriers fait craindre une reprise des attaques dans la capitale - rappelons que les violences politiques et interconfessionnelles ont fait des dizaines de milliers de morts parmi les civils depuis l'invasion américaine de mars 2003. Sans compter les dizaines de milliers de morts - soldats et civils - du fait de la guerre elle-même.
A l'heure de son bilan après 5 années de cet affrontement, le gouvernement Bush assure depuis plusieurs semaines que la présence de 160.000 soldats américains en Irak a permis de créer les conditions sociales nécessaires à une entente politique entre Irakiens. Dans les faits, rien n'est assuré. Le processus traîne en longueur, émaillé d'une guerre des chefs, tandis que les attentats n'ont jamais cessé. Dick Cheney vient d'ailleurs à Bagdad, selon les observateurs américains, pour exhorter les responsables irakiens à s'entendre.
A ce jour, le conflit a coûté la vie à quelques 4000 soldats américains. Plusieurs analystes sérieux parlent aux Etats-Unis d'un coût de 500 milliards de dollars. Le montant total (en tenant compte des suites du conflit, le retour des soldats blessés, l'aide aux familles, etc) pourrait atteindre voire dépasser les 1.000 milliards. Cette guerre ruineuse, alors que l'Amérique entre en récession, ressort comme un des sujets les plus controversés de la campagne pour la présidentielle de novembre. Le bilan global est terrifiant. Ces cinq années de guerre laissent un pays entièrement dévasté, en proie à la guerre civile et la misère, où l'emprise religieuse des shiites n'a jamais été aussi forte. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) estime, dans un rapport de six pages publié le 17 mars, que la situation humanitaire en Irak est «l'une des plus critiques au monde ». Selon cette enquête, le système de santé du pays se délite tragiquement. 2200 médecins et infirmières ont été tués, plus de 250 ont été enlevés. Sur les 34.000 médecins que comptait le pays en 1990 - parmi lesquels des femmes, dévoilées et poussées vers les universités sous Saddam - 20.000 ont quitté le pays. Les hôpitaux manquent de médicaments. Les blocs opératoires ne suffisent plus pour faire face à l'afflux de blessés graves. Il y a actuellement 30.000 lits disponibles. Il en faudrait 80.000.Le problème de l'eau est critique. Des millions d'Irakiens n'ont pas accès à l'eau. Les infrastructures de distribution sont dans un état de délabrement avancé.
L'avenir ? Les responsables du CICR ne cachent pas leur scepticisme : «En Irak, dit le rapport de la Croix Rouge, on a atteint des niveaux de cruauté et de perversion jamais égalés dans l'usage de la violence.»
Georges W Bush, en dépit des protestations de son entourage proche et de plusieurs généraux, de la démission de ses anciens conseillers militaires et d'une opposition démocrate résolue, a cependant décidé la semaine dernière de maintenir le cap. Il a une nouvelle fois  démandé au peuple américain de "faire preuve de patience", tout en mettant son véto personnel à l'interdiction de la pratique de la torture du "waterboarding" (noyade) par les services de renseignement.
Il devient patent que le président américain est pris dans un "piège abscons", comme ses prédécesseurs le furent au Vietnam, engagés comme lui dans une surenchère guerrière folle. Qu'est-ce qu'un piège abscons ? Une chausse-trappe psychologique où l'on tombe souvent par ignorance ou orgueil, s'enferre par fierté borné et l'incapacité à se dédire, menant à une répétition névrotique de la même erreur - un phénomène bien connu des chercheurs en psychosociologie expérimentale.
Voici expliqué, à travers quelques anecdotes parlantes empruntées à la vie quotidienne, comment se referment les mâchoires du pièges abcons. Sur un quidam, les conséquences restent mesurées. Chez le président de la première puissance mondiale, il mène parfois le monde à la catastrophe...

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QU'EST CE QU'UN PIEGE ABSCONS ?

Le piège abscons vous guette à tout moment, même le plus anodin. Il est minuit, vous attendez un bus pour Paris... Un taxi passe. Ha non ! Vous n’allez pas payer 30 euros, quand un ticket de métro suffit. Minuit quinze, pas de bus à l'horizon, la rue est déserte. Un nouveau taxi rode. Non d'un clebs, vous n’avez pas attendu le bus pour rien !
Minuit trente, il pleut des cordes. Aucun bus en vue, et plus aucun taxi. Vous rentrez à pied, trempé. Vous venez d’être pris dans un piège abscons.
Un autre exemple ? Toute jeune, vous avez décidée de devenir une danseuse de l’Opéra. Une vocation. Vous adorez la danse, l’ambiance des salles vous travaillez dur. Mais vous échouez au conservatoire national de Paris. Vous peinez à apprendre le répertoire classique. Vous n'arrivez pas à plier votre corps à la discipline de fer des grands danseurs. Mais vous vous entêtez. Vous négligez votre scolarité, vous affrontez vos parents, vos professeurs. Vous voulez y arriver. En vain. Vous n’arriverez pas à entrer à la prestigieuse Ecole de Danse. Pendant toutes ces années, vous refusez l’évidence. Vous n’avez pas l’étoffe d’une danseuse étoile. Vous êtez prise dans le piège abscons de la fausse vocation. Il en existe d’autres... Voyez ce bon journaliste qui néglige son travail de presse à vouloir devenir un « grand écrivain », et s'acharne sur des manuscrits médiocres. Cet excellent cadre supérieur qui s’obstine à devenir « le pdg », le grand vizir, ourdit, manipule, se gache la vie et celles des autres  - et finit, quand il réussit, à atteindre son niveau d’incompétence : il n'est pas fait pour diriger, trop autoritaire, pas assez visionnaire, difficile à expliquer. Mais c'est ainsi. Il finit par tout perdre.
 
EFFET DE GEL
« L’effet de gel » permet d’expliquer en partie le piège abscons. Il a été découvert en 1947 par le psychologue Kurt Lewin, le théoricien de « la dynamique de groupe ». Que nous soyons un individu actif, un jeune couple, ou un groupe de travail, nous persévèrons généralement dans une action entreprise. Nous continuons dans la même voie, nous insistons, car nous pensons – seul ou à plusieurs - que nos premiers actes nous engagent. Devant nous-même, face aux autres, par le processus enclenché. Au besoin, nous rationalisons au fur et à mesure de nos activités, nous justifions « après coup » nos décisions et nos inititatives. Bien vite, après s'être engagé dans telle direction semblée bonne, même si quelques mauvais signes apparaissent, nous refusons de nous dédire. L'important n'est-il pas d'avancer ? De faire preuve d'esprit d'initiative.
Les cinq mâchoires du piège abscons, ou de « l’escalade d’engagement », ont été bien décrites par deux psychologues expérimentaux français, messieurs Joule et Beauvois, dans leur « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » (1987). Pour commencer, la personne s’engage dans un processus qui lui coûte du temps, de l’énergie et des moyens pour atteindre un objectif (prise 1). Cependant, comme souvent, la réussite n’est pas certaine (prise 2). Mais la personne pense que chacun de ses actes l’approche du but, et qu’il doit de rester cohérent (prise 3). Le processus en cours se poursuit tant que l’initiateur ne l’arrête pas (prise 4). La personne n’a pas déterminé au départ de limite à son investissement (prise 5).

JE VAIS ME REFAIRE AU POKER
Joules et Beauvois ont multiplié les exemples de situations où l’on retrouve les cinq règles du piège abscons. C’est l’histoire du couple qui n’en finit pas de rompre. De l’éternel étudiant qui s’est trompé de discipline, mais veut obtenir à tout prix son diplôme. De celui qui investit une fortune pour faire réparer sa vieille voiture plutôt que d’en changer. Du joueur qui tente de se refaire au poker. De l’individu qui attend une guérison complète d’une psychanalyse longue durée. Du patron qui rachète une filiale, fameux « canard boîteux », pour confirmer du bien-fondé d’un premier investissement. Du pigeon qui se fait fourguer une encyclopédie en 30 volumes après avoir acheté le sommaire.

GOD ON MY SIDE
Ou encore, écrivent nos psychologues, en 1987 : du président américain engagé dans la guerre du Viêt-Nam. Nous ajouterions aujourd'hui : de Georges W Bush emporté dans le conflit irakien, décidé à le solutionner de façon militaire en investissant toujours plus d'armes, de soldats et d'argent. Le président américain en effet, ficelé par le piège abscons, persévère dans son « escalade d’engagement » comme hier les présidents Johnson (500.000 envoyés soldats au Viêt Nam), puis Nixon (invasion du Cambodge, ce qui va renforcer l'influence des Khmers rouges sur les campagnes). Il refuse de fixer une dâte d’arrêt de la guerre et des dépenses militaires. Il construit la rationalité - et la morale justifiante - de ses actions désastreuses au fur et à mesure, en dépit des critiques de ses généraux et ses conseillers. Il se montre intimement, sinon névrotiquement, persuadé de la justesse de ses choix, allant jusqu’à affirmer récemment que Dieu était de son côté - ce qui fera sourire Bob Dylan. Bref, il est pris dans un piège abscons - et le monde entier avec lui, qui assiste effaré à l'ensanglantement de la région, la montée du fondamentalisme musulman à travers le monde, au renforcement sans précédent des shiites, au déploiement d'une haine profonde contre l'Occident au coeur des pays arabes - sans oublier la légalisation de la torture par un pays démocratique. 

medium_story.bush.wave.pool.jpgRobert-Vincent Joule, Jean-Léon Beauvois. Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens. Presses Universitaires de Grenoble (1987). Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois. La soumission librement consentie. (PUF, 1998).

mercredi, 12 mars 2008

JURER EST FORTIFIANT, MILLIARD !

NEWS. NEWS.NEWS. "Vingt de diousse !", "Quelle boubousse", "C'est un babache", " Tu cherches des carabistouilles", "Heiiiiiiiin !", on aura redécouvert les formidables jurons du Nord dans le film de Dany Boon " Bienvenue chez les Ch'tis" - un hommage à l'ambiance chaleureuse des rades sous la drache et des matchs du RC-Lens, aux bonheurs de la camaraderie. Grâce aux jurons, à la langue déliée et railleuse, il fait beau dans le Nord. Eloge du juron, de l'injure et des joutes langagières. 

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La vache ! Sainte Vierge ! Vingt de diousse ! Macarelle ! "Du brun !", Milladiou !  Du Nord au Sud, nous avons tous nos jurons préférés. Ou personnels. Souvent spontanés. Ou bien placés. Ce ne sont pas toujours des gros mots. Mince ! Non d'un petit bonhomme ! Flûte ! sont de gentils jurons. D'autres fleurent le sacrilège. Sacristi ! Pute borgne ! D'autres manifestent l'admiration, Dingue ! Merde alors ! Les jurons expriment des sentiments immédiats et puissants, très variés, allant de la colère - Misère ! Les salops ! - à l'incompréhension - Putain !, Milliard ! De la surprise à l'indifférence - Bof ! Mouais ! Nous sommes parfois comme saisis par le juron, parfois grâce à lui le corps parle, se libère, se défoule, d'où ses vertus stomachiques et fortifiantes : C'est à dégueuler ! Fais chier ! Plein le dos ! Quelquefois la mystique et le sens tragique se manifestent - Dieu de merde ! Misère ! Rimbaud, Flaubert, Céline, Pennac adorent les jurons. La presse aussi s'y adonne. Belzebuth ! a osé Le Figaro. Boljemoî ! risque le Progrès. Caca boudin ! dit La Croix. Caramba ! fait Libération. Le juron, parfois, accompagne l'injure.
I
njurier n'est pas jurer, encore moins insulter. Injurier est un une joute, un duel moucheté. L'insulte veut détruire, l'injure et le juron s'amusent… Ils provoquent la rencontre désopilante d'un personnage - hey grand dadais !- et d'une formule - Et ça veut péter plus haut que son cul ! L'injure et ses tombereaux, les jurons sur tous les tons méritent un "traité d'injurologie", comme en a réalisé le linguiste Robert Edouard - tout l'esprit de Michel Audiard, San Antonio, Cavanna est dans le dictionnaire des injures de Robert Edouard. Cet art d'injurier, riche en registres ( animaliers - putois ! cochon ! , physiques - mat de misaine, grand serin !, médicaux - taré, dingo, phychotique !, etc), associe l'expression verbale à des mimiques et gestes moqueurs - se vriller la tempe de l'index, secouer fort sa main sous son menton, etc. Il pratique l'interjection - Va donc espède de…, Tu t'es vu… - et la répartie qui fait mouche. L'injure est un art sans violence physique, un théâtre verbal, un révélateur de personnalité. L'injure fait partie du registre de l'éros, elle se retourne, se transforme alors en salissure tendre, en juron salace : Ha, ma salope... etc. Un injure savoureuse déclenche souvent en retour des cascades de jurons incontrôlés et d'insultes incontrôlées, trop souvent empruntés à la petite enfance scatologique. Enculé ! Spèce de merde ! Le vernis craque damned.

A lire
Le dictionnaire des jurons. 750 entrées. Pierre Enckel. Puf. Nov 2004. 800 p. 30 e. Traité d'injurologie. Robert Edouard. 10/18. 334 pages. Réédition oct 2004.

vendredi, 15 février 2008

CONCOURS INTERNATIONAL DES AFFREUX MICKEY SARKOZY, TF1 ET LA PUBLICITE

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NEWS NEWS NEWS La grève de France Télévision a été très fortement suivie - une première depuis 1974 - suite à l'annonce surprise de Nicolas Sarkozy de supprimer la publicité sur le service public. Résultat net : une perte de 1, 2 milliards d'euros, selon son président Patrick de Carolis - qui est apparu anéanti, tout comme le d'habitude si souriant Michel Drucker. À ce jour, aucun plan de financement sérieux n'a été annoncé, et les annonces floues et contradictoires se multiplient - ce qui est devenu la méthode Sarkozy. Beaucoup de commentateurs pointent que TF1, la grande chaîne privée, qui accapare déjà 55 % du marché publicitaire télévisuel, va surtout profiter de la situation - et pas du tout la presse écrite, comme certains idéalistes en rêvaient. En retirant la publicité aux chaînes publiques, TF1 obtiendrait automatiquement à 70 % d part du gâteau. Sans compter la disparition immédiate et absurde de tout une petite publicité de petites marques, très attachée au tarifs doux du service public à certaines heures (selon Libération, le p.d.g. d'Universal aurait été trouvé la ministre de la Culture pour lui demander où il va désormais pouvoir annoncer les disques de Cecilia Bartoli?).

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Un groupe d'étude a été diligenté par le président de la République - une autre de ses méthodes favorites, frapper avant, beaucoup de blabla après - après une intervention télévisée qui est restée dans le vague, agrémentée de généralités culturelles "gauchisées" - une autre paillette de la poudre-aux-yeux sarkoziste. Déjà, plusieurs analystes soupçonnent le président de vouloir venir en aide à ses amis du secteur privé, qui auraient bien besoin d'un afflux de nouveaux capitaux, à voir l'effritement de son influence. L'audience de TF1 était de 41 % en 1989. Sa part de marché est tombée aujourd'hui à 29 %, selon les chiffres de "Complément d'enquête". Cette nouvelle manne publicitaire serait un cadeau des dieux pour la chaîne.
On comprendra pourquoi sur le NET les "jammers" multiplient les images détournées raillant une collusion TF1-Nicolas Sarkozy. Quelques perles trouvées sur les sites "sarkostique" et "Résistance"...

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lundi, 28 janvier 2008

CONCOURS INTERNATIONAL DES AFFREUX CHE GUEVARA

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(Tia Govarela) 

NEWS NEW NEWS Alors que le régime cubain continue son durcissement, et que Fidel Castro, 82 ans, parle de son retour aux affaires, voici quelques "affreux Che Guevara" publiés dans le cadre du concours international en ligne des "Che feio" initié par un collectif de jammers portugais. Il est intéressant de voir comment ces images du "Che" sont aussi bien utilisées pour se moquer de Fidel Castro et du système cubain, que de ceux qui friment en jouant au "Che". A voir aussi sur ce blog, le concours des "Horribles Mickey" (Mickey feio). Lien : http://mickeyfeio.wordpress.com/http://chefeio.wordpress.com/

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 (Juliana Leal)
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 (Natalia Cavaleiro)
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(Bruno Pagani)
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 (Henrique Koblitz)
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 (Ovidio Fereira)

vendredi, 28 décembre 2007

UN ENTRETIEN AVEC VICTOR HUGO SUR NICOLAS SARKOZY : "QUELLE MISERE QUE CETTE JOIE DES INTERÊTS ET DES CUPIDITES"

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News News News « C’est un homme qui a cultivé au plus haut point la distinction et la discrétion » a déclaré avec aplomb Nicolas Sarkozy, commentant la disparition de l’écrivain Julien Gracq. Cela, au moment même où il rendait visite au Pape en compagnie du comique Jean-Marie Bigard (l’auteur spirituel du « Lâcher de salope » et de « Elle a chié sur ma brosse à dents »), et organisait la mise en scène publique de son idylle avec la chanteuse Carla Bruni (« Quelqu’un m’a dit que tu m’aimais encore »), mobilisant les médias people et les paparazzis - achevant de transformer l’histoire officielle de la Ve République en un grande telenovela pleines d’images clinquantes, où vie privée, crises sentimentales, vacances de milliardaires se mêlent aux voyages diplomatiques cadrés serrés, à la politique des petites phrases et aux promesses sociales.
Avec l’aide de l’équipe de la Revue RAVAGES (à sortir en février) avons demandé à un autre grand écrivain, Victor Hugo – lui aussi souvent loué par notre président dans ses discours touche-à-tout – ce qu’il pensait de cette dérive spectaculaire du pouvoir politique, et ce qu’elle révélait sur le fond. Peu de gens savent que Victor Hugo, depuis ses expériences médiumniques pendant son exil dans l’île de Jersey, reste très facile à contacter. Il suffit de faire tourner les tables et de l’appeler. Dès qu’il s’agit d’un sujet touchant à l’avenir de la République, il répond volontiers. Interrogé sur la politique actuelle du nouveau président, il se montre véhément *.

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ENTRETIEN AVEC VICTOR HUGO

Vous semblez vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?

Victor Hugo : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême ?

Victor Hugo : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.

Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Et de cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?

Victor Hugo : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme… C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d’industrie.

Et la liberté de la presse dans tout çà ?

Victor Hugo (pouffant de rire): Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

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*Toutes les réponses de Victor Hugo proviennent de son ouvrage « Napoléon le Petit », le pamphlet républicain contre Napoléon III. L’interview complète sera publiée dans la revue RAVAGES.

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vendredi, 07 décembre 2007

AUTOSABOTAGE. COMMENT LE REUSSIR

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COMMENT D'HABITUDE, JE ME FAIS DU MAL, JE M'AUTO-SABOTE ============================================

Quelques techniques efficaces d'auto-sabotage éprouvées par l'auteur

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Lecteur, si comme moi tu écoutes aux portes pour entendre dire du bien de toi, si tu allumes les désirs pour mieux les éteindre, si tu tues ton amour pour t'en guérir, si ta santé te rends malade, si tu joues au casino pour te refaire, si tu crois qu'il n'existe que des gagnants et des perdants dont toi, tu te sabotes tout seul. L'auto-sabotage utilise diverse variétes d'explosifs et bombes à mèche courte. J'en connais plusieurs, très destructeurs, et toi aussi.

Attirer les galères qui n'existent pas.

Quand tu t'agites bêtement pour chasser une guêpe, ne t'étonnes pas de te faire piquer. À force d'écouter tes peurs vertes, de croire à tes sombres pronostics, d'enfler des faux problèmes, tes solutions disproportionnées pour les éviter constituent ton problème. Je ne peux pas sortir avec cette coupe de douille ratée, pense l'adolescent sortant de chez le coiffeur, alors il rase les murs - et les filles charrient ce nigaud complexé. Ma copine ne va supporter que je rentre tard, je vois d'ici la scène, et mon air faux cul l'exaspère - et la scène arrive. Sonnez chez cette fille, lui proposer l'affaire, l'emmener au concert, l'attaquer back stage, non, non, elle va me jeter. Alors je laisse tomber. Voilà une des grandes règles de l'auto-sabotage : à fuir sans arrêt des périls non vérifiés, tu finis par les provoquer. À toujours repousser la confrontation, tu la fantasmes, et elle t'écrase. Quand tu te démènes pour ne pas te gâcher l'existence, tu commences de te la gâcher. Ton problème, c'est ta solution.

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Accuser l'autre qui n'a rien fait.
Quoiqu'en disent les athlètes du positive-thinking, le présent se tisse toujours d'impondérables, d'emmerdes, de ratés. Alors le saboteur a trouvé la parade : il te rend responsable du temps détraqué qui le dévore. C'est l'autre, c'est toi la cause première des embouteillages maudits, des lits d'hôtels qui grincent, des bronchites d'hiver, des digestions difficiles, des bas qui filent, de la droite au pouvoir, du dentiste sadique, toi le bouc émissaire définitif, toi l'autre, l'ami, l'amour, qui va payer.
Toi que le saboteur accuse de tous les aléas du présent, les redoublant de ses imprécations, finissant par les rendre insupportables pour tout le monde.
-Quelle belle journée, dites-vous au saboteur
-Ah oui, on peut savoir en quoi ?
-J'espère qu'il ne va pas pleuvoir, vous insistez
-Je dois prévoir le temps en plus.
Une Grande règle : la généralisation du détail assassin. Tu oublies d'acheter du pain le vendredi soir, le saboteur - c'est peut-être toi, c'est moi- t'accuse d'avoir gaspillé son dîner, abîmer son samedi, donc gâcher son week-end, bref de lui gâcher l'existence. Sabotage.
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Casser systématiquement la bonne ambiance
Le saboteur talentueux est un rabat-joie têtu. Il n'est jamais content. Le bonheur l'inquiète. Il dit non à tout. Il peste toujours contre les mêmes histoires. Il rationalise à toute allure ses colères. Il se braque puis se drape. Il ne discute pas, il assène. Il tempête par calme plat. Il ergote. Il radote. Il critique le dernier film, le prochain disque, le menu, le chat, le jeu, la règle, le match, le café, le copain. Vous discutez son avis, il s'enrage. Vous riez, il part au galop à l'assaut d'un rien. Vous vous amusez, il prend la mouche, puis un essaim. Vous le blaguez ? Vous jetez du pétrole sur le feu.
Hier, Molière appelait le saboteur un Fâcheux. Voici Dorante, qui vous abasourdit de ses histoires de chasse. Alcandre qui ne pense qu'à venger son honneur. Philinte, lui, tonitrue contre le monde entier. Ce sont des cervelles à idées fixes. Des esprits mécaniques. Plus vous cherchez à les dérider, plus ils ressassent. Vous changez de sujet, ils retournent à la case sabotage. Un crétin, remarquez, peut être agréable à vivre. Se montrer sympathique. Un saboteur, non. Son grand secret : il s'enrage toujours quand s'installe la bonne ambiance.
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 Exiger la spontanéité
"Ne sois pas si timide" dit le saboteur. "Sois sincère", "Désire-moi", "Sois naturel", "Réveille-toi". Il exige la spontanéité. Voilà un autre grande principe d'auto-sabotage. Si vous n'étiez pas décidé, ou convaincu, ou joyeux, ou en forme, ou voluptueux la seconde précédente, comment le sériez-vous spontanément ?
Sois spontané, l'exigence impossible.
Le naturel, la liberté, le désir ne se commandent pas. Le saboteur le sait. Vous ayant rendu coupable de n'être pas spontané, le saboteur exige alors des excuses sincères. Elles ne le seront jamais. Si vos désirs cafouillent, si votre sincérité s'effondre, si vos cadeaux n'en sont pas, vos signez alors vos aveux : vous ne l'aimez pas.
Vous l'avez trahi. Il a réussi : tout est saboté.
-Dis-moi que tu m'aimes.
-Je t'aime.
-Tu vois, tu ne m'aimes pas, il faut toujours que je te le demande.
Exiger la spontanéité est une technique bien connue de lavage de cerveau. Elle est à l'œuvre dans la conversion religieuse sincère, extorquée par l'Inquisition sous la Question. Dans l'auto-critique politique, obtenue en empêchant de dormir à force de questions, en imposant l'autre à répéter passionnément le dogme.
La passion obtenue sous la torture n'étant jamais authentique, il faut recommencer, pour laver la tête malade.

Le sabotage continue

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Chercher l'ultra-solution
L'ultra-solution se débarrasse non seulement du problème mais du reste, l'auto-saboteur l'utilise avec méthode. L'autre, l'ami, l'amour ne pense pas comme toi ? Alors penses à sa place, et tout ira mieux. Avec un saboteur qui sait mieux que vous même ce que vous préparez contre lui, vous étes sur de ne jamais avoir le dernier mot pendant la discussion éreintante qui suit. Elle se résume toujours à un "Je sais à quoi tu penses. C'est horrible, nous ne sommes jamais au diapason." Impossible de détromper un saboteur qui pratique l'ultra-solution. Il a deviné ce que vous pensez. Il connaît vos réponses à l'avance. C'est là son coup de génie. Abolissant votre pensée, il sabotera toute solution amoureuse au malaise.

-Tu n'as pas envie de sortir, je le sais. Mais moi oui !

-J'ai très envie de sortir.

-Menteur.

L'ultra-solution en médecine a un proverbe : opération réussie, patient décédé". En matière de lutte contre l'alcoolisme, elle s'appelle la prohibition - c'est à dire la distribution des produits frelatés, les mafias, la censure, l'ordre moral. Au niveau politique, elle règle définitivement la question en se débarrassant de ceux qui font question : les immigrés, les opposants, les dissidents. L'ultra-solution sabote toujours la bonne solution. Appliquée à soi, c'est la galère garantie, ce que vous préférez.

F.J

(publié dans BLAST 12, printemps 2002)


samedi, 01 décembre 2007

JARED DIAMOND, LE GEOGRAPHE AMERICAIN VEUT COMPRENDRE : POURQUOI GERONIMO N'A-T-IL PAS INVENTE LE FUSIL ET CONQUIS L'EUROPE ?

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(Jared Diamond à Bornéo)

NEWS NEWS NEWS. Pourquoi ce ne sont pas les Amérindiens qui ont inventé le fusil, la caravelle et conquis l’Europe ? Les Aborigènes qui ont dominé l’Asie du Sud-Est ? Pourquoi l’humanité s’est-elle développé de façon inégale d'un point de vue technique, scientifique, politique, à des rythmes si différents ? Rares sont les essais historiques qui éclairent les grandes problèmatiques d'époque, offrant une interprétation consistante les mettant en perspective. Ainsi en est-il de l'essai "De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire" du géographe et historien de l'environnement Jared Diamond. Il vient d'être publié en poche, chez Folio Gallimard.

En Juillet 1972, Jared Diamond est en mission en Nouvelle-Guinée. Un soir, il croise un homme politique nommé " Yali ", avec qui il fait un bout de chemin. M. Yali est hanté par une question : pourquoi ce sont les " Blancs ", et pas eux " les Noirs ", qui ont inventé tous ces instruments précieux, les haches en métal, les fusils, les étoffes, les médicaments, les bateaux à vapeur, ce qu’en Nouvelle-Guinée la population appelle le " cargo " ? Pourquoi les Néo-guinéens vivent-ils dans des villages de huttes, tandis que les Américains et les Européens habitent dans d’immenses villes électrifiées ? M. Yali ne comprend pas. Il lui semble pourtant être aussi intelligent que les colons qu’il fréquente, et qui le méprisent. Jared Diamond ne comprend pas non plus, même s’il pense que la civilisation forestière des Néo-Guinéens mérite le respect, et que ces hommes sont ses égaux.
À l’époque, Jared Diamond réfléchit à un vaste " Traité de l’Homme ", une histoire générale de l’espèce humaine dans ses relations à l’environnement. Il prépare le premier tome, " Le troisième chimpanzé " (Harper 1992, Gallimard 2000), consacré à l’étude comparée des comportements écologiques des grands singes hominidés et des homo sapiens - la seule espèce capable de massacrer une autre, et de ruiner son environnement. Écoutant M. Yali, il s’interroge sur les suites de l’évolution humaine, son essor vertigineux, ses disparités extrêmes - et ses effondrements rapides. D’où provient cet incroyable contraste dans le développement entre les sociétés ? Pourquoi ce ne sont pas les Indiens d’Amérique qui ont inventé le fusil et l’acier et conquis l’Europe ? Les Africains de l’Ouest qui ont colonisé le Brésil ? Les Aborigènes d’Australie qui ont dominé l’Indonésie et l’Asie du Sud-Est ? Pourquoi l’humanité ne s’est-elle pas développée au même rythme ?

LA GEOGRAPHIE ET L'ENVIRONNEMENT PRIMENT
Nous connaissons la réponse raciste : le bagage génétique, l’ADN de ces populations, leur génome plus primitif et leuir cerveau plus petit expliquent ces divergences dans le développement. Nous avons ensuite connu l'explication  « culturaliste », toujours très en vogue, et bien développée pendant le « discours de Dakar » de Nicolas Sarkozy en juillet dernier (qui a fait scandale dans la presse là-bas) : les civilisations de ces pays, plus artistes, irrationnelles, magiques n’ont pas permis qu’ils élaborent une technologie avancée, encore moins l’Etat de droit - ou inventent même la roue, comme les Mayas (ce qui est faux, certains jouets mayas ont des roues, mais les porteurs sont plus utiles sur les sentiers de montagne). Jared Diamond mettra vingt-cinq ans à répondre à la question de " Yali ". Ce sera l’essai e second tome de son " Traité de l’Homme ", " De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire ", (prix Pulitzer 1998, Gallimard 2000, aujourd'hui en Folio). S’appuyant sur une riche documentation géographique, épidémiologique, biologique et archéologique, il ruine toute explication supposant une inégalité génétique ou " raciale " au sein des populations humaines.

Ce sont la géographie et l’environnement, montre-t-il, remontant 13.000 ans d’histoire, qui ont fabriqué les énormes dissemblances dans la croissance humaine. Une civilisation agricole, sédentaire, artisanale, technicienne a pu croître au Moyen-Orient, dans le Croissant Fertile, parce que le lin et ses fibres, le blé, l’orge, les pois chiches, les lentilles qui permettent d’emmagasiner des vivres y poussaient à l’état sauvage. Cinq espèces d’animaux décisives pour l’alimentation, le transport et le trait y vivaient : les chiens, les moutons, les porcs, les bovins, le cheval - qui a tant impressionné les Incas. Comparez avec l’Australie, écrit-il, elle n’abrite aucun mammifère domesticable, et une seule plante cultivable : une noix. L’agriculture sédentaire, une civilisation urbaine ne pouvait se développer là. Une civilisation de chasseur cueilleurs oui, déployant une intense culture du rêve, pleine d’arts magiques - car les hommes partout déploient leur intelligence, leur imagination et leurs talents, même dans les déserts et les îles isolées. Allez voir l’extraordinaire exposition virtuelle que vient d’ouvrir le musée du Quai Branly pour vous en convaincre : http://www.quaibranly.fr.
 Remarquez qu’à l’époque de Babylone, du « miracle grec » ou de la république romaine, l’Europe du Nord était, rappelle Jared Diamond, un « trou perdu ». On ne lui connaît aucun apport significatif à la civilisation mondiale avant les années 1000. Alors pourquoi devient-elle le coeur de l’Occident ? La géographie a voulu qu’elle soit installée sur la route de communication directe est-ouest avec le Moyen-orient, via l’Espagne et la Méditerranée. L’Europe retardataire hérite alors de la métallurgie et des artisanats romains, la navigation à voile, des techniques militaires, du droit et de la centralisation politique sans les avoir inventés. Quand le Moyen-Orient périclite, déforesté par les armées romaines, les sols usés et desséchés, l’Europe aux précipitations abondantes et aux terres grasses, tournée vers l’Atlantique et les Indes Orientales, sait mettre à profit ces avantages. Peu de régions au monde ont hérité d’une une telle chance géographique : avec cet axe Sud-Nord si enrichissant. 
 Hélas, nos sénateurs ont décidé d’y dresser le mois dernier plein de nouveaux barrages et obstacles – d’y instituer une sorte de barrière génétique pour empécher les regroupements familiaux.


De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire.
Jared Diamond. Folio. Gallimard. Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou leur survie. Jared Diamond. Gallimard . Nrf/Essais.

dimanche, 25 novembre 2007

NICOLAS SARKOZY, l'EGOCRATE

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NEWS NEWS NEWS. Les répétés «Moi je n’ai pas peur de dire que je…», les continus «Je veux… » («la rupture», « la croissance à 3%», «les test ADN », "la fin des régimes spéciaux"), les récurrents «J’ai dit la vérité» ou les « J’irais les chercher moi-même » (les six responsables de l’Arche de Zoë emprisonnés au Tchad), cela frappe, la première personne du singulier envahit la parole présidentielle depuis les élections.

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Cette omniprésence de l'ego présidentiel étonne dès la première « allocution aux parlementaires de la majorité » (juin 2007), où le « Je » apparaît pas moins de ... 126 fois. M. Nicolas Sarkozy prévient « Tout ce que je ferai, je le ferai avec…», s’indigne « Je ferme la porte au reniement », rassure « Quand je dis "nous réussirons", je ne veux pas dire que mon but… ». Dans le discours devant le Medef (fin août), on trouve 134 « Je » et, martelés, 55 « Je veux.. ». Le Roi lui-même pourtant disait "Nous voulons". On repère ce « Je » héroïque tout au long des discours importants et des apparitions télévisées : 224 en quatre mois selon l’Ina (Institut National de l’Audiovisuel). À Dakar (fin juillet) : « J’aime l’Afrique, je respecte et j’aime les Africains », « Je ne suis pas venu, Jeune d’Afrique… » (« pour pleurer… m’apitoyer… effacer… nier »). Pendant le discours à la mémoire des victimes du terrorisme (mi-septembre) : « Et je n'ai pas attendu d'être Président de la République pour dire que la priorité c'était pour moi les victimes ». A propos de la lecture de la « Lettre de Guy Moquet » dans les écoles : « Je veux que chacun comprenne que pour moi, cette lecture, c’est un grand symbole. » Concernant  tests ADN pour les familles immigrées : « Si vous me posez la question de savoir si ça me choque, la réponse est « Non ». » (sur TF1).

"L'ETAT C'EST MOI !" 
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Au journal Le Monde, le dessinateur Pessin n’a pu s’empêcher de représenter Nicolas Sarkozy disant «Moi, Moi, Moi», tandis que Courrier International barrait sa Une d’un grand « MOI JE » attribué au président, renvoyant à un dossier où plusieurs journaux (New York Times, Newsweek) moquaient l’ego présidentiel. Comment s’expliquer une telle entropie de l’ego présidentiel, au delà même de l'action prsidentielle ? S’agit-il juste d’egomanie ? D’une nouvelle forme d’« histrionisme politique », comme le suggère la philosophe Cynthia Fleury, auteur de l'essai "Pathologies de la démocratie "(Fayard) : l’homme d’état se confondant avec un acteur sur scène, toujours en représentation, sorte de faiseur politique doté d'un "intarissable moi" ? Ou faut-il parler, plous gravement, d’egocratie : un président monarchique décidant de tout, passant par dessus le gouvernement, au gré de ses manies et ses éclats – une forme inédite de « l’Etat c’est Moi », conforté par la toute puissante fonction présidentielle ? Ou alors sommes-nous en présence, une analyse plus cynique, d’une grande télénovela politique où le « JE » élyséen joue le premier rôle, mettant en scène un grand feuilleton quotidien - que les médias s’empressent de commenter et faire fructifier ?

Nous avons interrogé trois spécialistes du discours, le linguiste Alain Rey (des dictionnaires le Robert), le médialogue Christian Salmon (auteur de « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et formater les esprits » - Ed La Découverte), un psychanalyste et philosophe de l’esprit (Pierre Henri Castel, auteur de « À quoi résiste la psychnalyse », PUF), pour analyser trois allocutions programmatiques du président (discours au Medef, au parlementaires de la majorité, aux étudiants de Dakar) ainsi que quelques unes de ses apparitions innombrables télévisées.

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