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Journalisme pensif - Page 6

  • AU PLAISIR DES FEMMES

    Photos : Sasha KURMAZ (DR)

    « Mon coeur bat la chamade, et sous son regard scrutateur, j’ai viré au rouge pivoine. Non seulement, il est beau, mais il représente le summum de la beauté masculine. Et il est là, devant moi. ». « Cinquante nuances de Grey » de la britannique E.L James commence comme un roman à l’eau de rose. Il en a le style. L’histoire aussi. Anastasia Steelle, étudiante en littérature naïve et désargentée, toujours vierge à 22 ans, interviewe pour le journal de la fac Christian Grey, un chef d’entreprise milliardaire de 27 ans. Coup de foudre entre l’oie blanche et le jeune « dieu grec ». Il la raccompagne en hélicoptère, puis l’emmène dans son immense appartement. Là, « O mon Dieu », Anastasia découvre une grande croix de bois bardée de menottes de cuir, tandis que le golden boy lui propose de devenir sa « Soumise ». Anastasia rechigne un peu, puis accepte : « « Faire plaisir à Christian. Tout d’un coup, je me rends compte, que, oui, c’est exactement ce que je veux. C’est une révélation ». Plusieurs séances de fouettage plus tard, assortis d’innombrables clichés - «Cette douleur exquise me coupe le souffle. Je gémis et mes mains se crispent dans ses cheveux » - l’héroïne connaît les affres du doute amoureux : « M’a-t-il déjà fait l’amour ? Pour lui, ça n’a toujours été que de la baise. » Déçue, elle décide de le quitter. La suite au tome deux.

    « Cinquante nuances de Grey » est une romance façon Harlequin truffée de scènes érotiques. C’est un nouveau genre littéraire. Publié en juin 2011, le livre connaît en 2012 un extraordinaire succès. Vingt-cinq millions d’exemplaires sont vendus au Royaume-Unis. Cinquante millions autour du monde. En France, les éditions Jean-Claude Lattès en écoulent 175000 exemplaires la première semaine d’octobre. Comment expliquer cet engouement planétaire ? Les romans d’amour à la manière de Barbara Cartland ou Nora Roberts, les nombreuses collections « Passions » ou « Promesses » ont toujours attiré un nombre considérable de lectrices - Barbara Cartland a vendu un milliard d’ouvrages. Cette fois, avec « Cinquante nuances de Grey », on entre dans le lit princier avec Cendrillon. Nous changeons  d’époque. On constate que lectorat féminin sentimental ne craint plus d’entendre parler de sexualité. Au contraire. Sa mise en scène (« Et maintenant, je vais vous baiser, Melle Steele » dit Christian le premier soir), sa crudité (le mot « sexe » revient 44 fois, le plaisir « anal » est évoqué 10 fois, l’usage de « menottes » 12 fois), ses élans physiques (« mouillée » revient souvent,  « excitée » 21 fois, « O mon Dieu » 28 fois) plaisent.

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  • POURQUOI LE MARIAGE GAY MÈNE À LA ZOOPHILIE

    Philippe Barbarin, archevêque de Lyon : « Après, ça a des quantités de conséquences qui sont innombrables. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera » (DR)

    NEWS NEWS NEWS Les opposants au "mariage gay" manifestaient cet après-midi pour nous éviter la décadence morale. Merci à eux.

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    On ne dira jamais assez les dangers des pentes glissantes, leur engrenage fatal, leur logique létale. Ainsi, nous savons bien que manger des bananes en public sans surveillance policière est un acte irresponsable. En effet, leurs peaux sont si visqueuses que vous risquez de faire déraper un agent en poste devant une école, et par là provoquer un accident mortel mettant en péril la vie de nombreux enfants. De la même manière, vendre des bacs Riviera et des engrais vous transforme malgré vous en complice des caïds de banlieue qui font pousser du cannabis dans les cités sans droit. Voyez encore comment jouer loin des professeurs et des assistants d'éducation sous un préau sombre avec des jeunes garçons ou des jeunes filles, ou pire, fréquenter les mêmes douches et vestiaires, vous met en danger de croiser un pervers polymorphe qui dévoiera votre sexualité naturelle. Alors, vous commettrez l’odieux acte de sodomie, récusé par la Bible elle-même. Et bientôt, ce sera l’infâme mariage gay voulu par les socialistes athées, qui non seulement, comme nous allons voir, entraîne aux pires égarements, mais contribue à la dépopulation de la nation France, et par là à son invasion sournoise par des ethnies africaines sorties de l'Histoire universelle.

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  • UNE FRANCE POUR MOITIE CATHOLIQUE, MAIS NE PRATIQUANT PLUS, 63% D'ATHÉES CHEZ LES 18-24 ANS, ET DE PLUS EN PLUS DE JEUNES MUSULMANS. UN PAYS MULTICULTUREL.

    (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Les années passent et les Français se montrent de plus en plus irréligieux. Ils étaient 80% à se dire catholiques en 1966, ils ne sont plus que 51% en 2007, et à peine 5% vont régulièrement à la messe – surtout des gens âgés. Si le protestantisme reste stable, revendiqué par 2,1% des Français, comme la religion juive, 0,6%, l’athéisme progresse. En 2012, 35 % de la population et 63% des 18-24 ans se disent « sans religion ». Pendant ce temps, en quinze ans, seconde religion de France, l’islam a doublé ses fidèles en France avec 2,1 millions de musulmans « déclarés » (3,2% de la population) et 800000 pratiquants, soit un tiers des immigrés et leurs descendants venus de pays musulmans - ce qui, rappelle le sociologue des religions Claude Dargent, casse le poncif qu’ils sont tous pratiquants (16% se disent « sans religion »). Beaucoup de ces musulmans sont français. Et les plus pratiquants sont les plus jeunes. Pourquoi ? Enquête.

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    Des études de Sciences Po (Cevipof) en 2005 et du Pew Center en 2006 l’annonçaient, on compte en France de plus en plus de jeunes musulmans. À l'inverse de la «population majoritaire», dont la jeunesse se sécularise, l'islam attire la nouvelle génération issue de l'immigration. Le rapport de 2011 « Les banlieues de la République » (Gallimard), publié par Gilles Kepel, une enquête sur la jeunesse de Clichy et Montfermeil, haut lieu les émeutes massives de l’automne 2005, le confirme. « Dans ces banlieues, nous dit Kepel, le grand récit fondateur de la France moderne, selon lequel la nation était toujours capable d’intégrer a été mis à mal. La colère et l’islam se sont développés partout où la République a échoué.» Bien sûr, le Clichy musulman décrit par Kepel n’est pas toute la banlieue, et des enquêtes nuancent le radicalisme de cette islamisation. La grande majorité de ces jeunes espèrent réussir en France, s’inscrivent sur les listes électorales, surfent sur Internet, baignent dans la culture mondialisée, développent des « sous-cultures » originales et des personnalités étoffées. À rebours de leurs parents marqués par la « double absence » de l’immigré (bien décrite par le sociologue algérien Abdelmalek Sayad), ils s’intègrent à notre société, mais sans se dissoudre. Beaucoup revendiquent leur religion. L’étude Pew Center de 2006 remarque cependant que 72 % des Français musulmans ne ressentent pas « un conflit naturel entre le fait de pratiquer l'islam et le fait de vivre dans une société moderne ». Cela a fait dire aux alarmistes que 28 % voient peut-être une contradiction entre leur religion et les lois de la République. Ils ajoutent que ce sondage a déjà six ans et date sans doute - selon Gilles Kepel en effet, l’islamisation des jeunes est récente et rapide.

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  • L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DU PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2012, L'ÉCRIVAIN CHINOIS MO YAN - CE QUI SIGNIFIE "NE PAS PARLER"

     mo yan.jpg(DR)
    NEWS NEWS NEWS. Alors qu'il vient de recevoir le prix Nobel de littérature, voici le récit de deux rencontres avec Mo Yan, un des écrivains les plus talentueux et les plus prolifiques de Chine, l'auteur du vertigineux "Beaux seins, belles fesses"- où défilent les 60 dernières années de l'histoire chinoise. Au cours de ces entretiens, Mo Yan nous livre sa vision à la fois très critique, et haute en colère et en couleurs, du communisme, presque toujours décrit à partir des campagnes. Déjà, dans  "La dure loi du karma" (Seuil, 2009),  il racontait dans le détail la vie d'un gros bourg de la région de Gaomi pendant les exactions et les délires collectivistes du "Grand Bond en Avant", puis de la "Grande Révolution Culturelle" - cela du point de vue d'un "paysan moyen" se réincarnant  en âne, en bœuf, en cochon, en chien ou en singe à chaque changement politique. Un roman animalier désopilant, doublé d'une satire politique féroce...

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    « Mo Yan » signifie « Ne pas parler ». Un paradoxe quand on connaît ses romans torrentiels. De son véritable nom, Moye Guan, l’écrivain a conservé les deux caractères chinois de son prénom, la négation « Mo ! » et « Yan », la parole. Pourquoi ce surnom ? Il s’en explique dans un petit hôtel du sixième arrondissement, impassible, un visage rond comme la lune. En Chine communiste, pendant toute la période maoïste, il fallait mieux ne pas s’exprimer en public. Ses parents lui répétaient : Moye, proteste à la maison, mais ment en public. En changeant de nom, le jeune écrivain s’adressait un avertissement : retiens ta langue. De dramatiques événements d’enfance ont beaucoup joué dans ce choix. À dix ans, né dans une famille de huit enfants, le petit Moye fut renvoyé de l’école comme « mauvais élément » au début de la « grande révolution culturelle prolétarienne » (1965-1976). Ses grands parents et un de ses oncles étaient considérés comme des « droitiers » et des « paysans aisés » - « mon grand père possédait quelques acres et quelques vaches, cela suffisait pour être dénoncé comme ennemi de classe à l’époque » - mais aussi, ajoute-t-il, imperturbable : « J’avais mon franc-parler. C’est ce qui m’a valu d’être chassé.» Difficile de douter du franc-parler de « Mo Yan - Ne parle pas ». Depuis, l’écrivain a libéré une langue sarcastique, iconoclaste, rabelaisienne, haute en verve, dans dix gros romans, vingt courts et plusieurs dizaines de nouvelles - si bien qu’aujourd’hui, après qu’il ait obtenu en 1997 le China's Annual Writer's Award, on vient de lui attribuer le prix Nobel de liitérature.

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  • L'HOMME, UN ANIMAL SUICIDAIRE ?

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    (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Depuis l’échec du sommet de Rio cet été, on invoque beaucoup l’analyse du géographe Jared Diamond sur le rôle majeur des dégâts environnementaux dans le déclin rapide des sociétés. Alors que du fait de la crise économique, les exigences écologiques passent au second plan et les « écosceptiques » semblent l’emporter, sur fond de conférence sur l’environnement en France, que nous dit l’auteur d’ « Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou leur survie » ? Rencontre (cet article a été publié dans Le Monde Culure&Idées du vendredi 29 septembre)

    Il habite à Bel Air, quartier très chic aux jardins luxuriants de Los Angeles, dans une grande maison de bois pleine de gravures animalières. Avec son collier de barbe, ses 74 ans, il fait penser à un vieux prêcheur amish. Il en impose. Il faut dire que ce professeur de géographie de l’UCLA, la vénérable université de la Cité des Anges, biologiste évolutionniste réputé, fait à nouveau parler de lui après l’échec du sommet de la Terre, cet été, à Rio de Janeiro, où aucune mesure n’a été prise pour rendre notre planète plus durable. 

    Depuis, beaucoup se demandent si Jared Diamond n’a pas raison. Si l’humanité ne court pas au désastre écologique, comme il nous en a mis en garde dans son essai « Effondrement » (2005). Dans ce best seller mondial, partout âprement discuté par l’élite scientifique, il montre comment, dans l’histoire, à plusieurs reprises, les destructions de notre environnement ont contribué à l’écroulement de sociétés humaines. L’auteur va même jusqu’à parler d’« écocide » : le génocide écologique. Si certains critiquent son « catastrophisme », le comparent à Malthus, Jared Diamond continue à donner des conférences dans le monde entier, explicitant ses thèses, appelant l’humanité à se ressaisir.

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  • HAPPY BIRTHDAY MARILYN MONROE

    Quatre mois avant sa mort, le 19 mai 1962, Marilyn Monroe chante
    au Madison Square Garden pour l'anniversaire de John F. Kennedy (DR).

    Voir le le film

    NEWS NEWS NEWS. Marilyn Monroe, décédée dans la nuit du 4 août 1962, aurait eu 86 ans aujourd'hui. Voici l'histoire de son héritage, suite à son testament contesté de 1961 (une version plus courte de cette enquête a été publiée dans Le Monde du vendredi 3 août 2012)

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    Marilyn Monroe écrit son testament le 14 janvier 1961, à 34 ans, à une période douloureuse de sa vie. Elle vient d’annoncer aux journaux son divorce avec l’écrivain Arthur Miller. Le tournage de son film « Les désaxés » (« The Misfits » de John Huston), a été une épreuve : elle se disputait sans cesse avec son mari, prenait des barbituriques à hautes doses. Sa comédie avec Yves Montand, « Le Milliardaire » (« Let’us make love » de George Cukor, 1960) a fait un flop. Certains journaux la disent finie. L’actrice s’est installée à New York pour suivre à nouveau les cours de l’Actors Studio. Une chance s’offre à elle. Le maître des lieux, le directeur d’acteur Lee Strasberg, qui a formé Marlon Brando, Montgomery Clift, James Dean, Dustin Hoffman, Al Pacino, dont la femme Paula est devenue le coach de Marilyn, lui propose de la diriger dans « Rain », un téléfilm pour la NBC tiré d’un roman de Somerset Maugham. Marilyn se prépare, écrit à Maughan pour approfondir son rôle. En attendant, désespérée par sa rupture avec Miller, elle consulte chaque jour sa psychanalyste, Marianne Kriss. C’est alors qu’elle rédige son testament. Voilà pourquoi, peut-être, elle lègue 50% de ses biens, revenus et droits - « immobiliers ou mobiliers, de quelque nature qu'ils soient et où qu'ils se trouvent, qu'ils soient saisis ou en ma possession à ma mort, ceux auxquels j'ai droit de quelque façon que ce soit » -  ainsi que ses effets personnels et vêtements (qu’elle demande «de distribuer parmi mes amis et collègues ») à Lee Strasberg son mentor. Les 5O% restants sont destinés pour 25% à Marianne Kris, « pour qu’elle puisse continuer son travail dans les Institutions psychiatriques de son choix». Les derniers 25% vont à sa secrétaire, Mme Reis, si ce reliquat n’excède pas 40000 dollars. Sinon, n’ayant pas d’enfant, son père l’ayant abandonnée, l’actrice laisse 5000 dollars par an à Gladis Baker, sa mère psychiatrisée, 10000 dollars à Berniece Miracle, sa demi-sœur, et des sommes équivalentes à quelques proches.

    Le dernier testament de Marilyn Monroe, très contesté (DR)

     À peine rédigé, ce testament est contesté. La conseillère financière de Marilyn Monroe, Ines Melson, qui ne reçoit rien, affirme en octobre 1962 que l’actrice était « sous l’influence invalidante » des Strasberg et de son analyste. Miller,  Elle est déboutée par le juge Samuel Di Falco. Aujourd’hui encore, sur le site marilynmonroe.family, ses cousins parlent d’une manipulation de ses dernières volontés par ses proches, alors qu’elle était au plus mal. Plusieurs de ses biographes soutiennent qu’elle allait les modifier, au vu des événements qui ont suivi…

    En février 1961, le projet « Rain » avec Lee Strasberg s’écroule. Effondrée, Marilyn Monroe s’assomme aux barbituriques. Craignant qu’elle se suicide, Marianne Kris la fait admettre à la Payne Whitney Clinic à Manhattan, où elle est placée en cellule de sécurité. Quand elle constate qu’elle est enfermée avec les grands agités, comme l’a été sa mère Gladys, l’actrice fait une crise de désespoir, casse une fenêtre, demande à sortir. Les médecins la menacent de la camisole de force. Elle fait passer un message à Lee Strasberg par une infirmière : « Le Dr Kris m’a fait enfermer sous la surveillance de deux imbéciles (…) Je suis enfermée avec les cinglés. Je suis sûre de finir comme eux si ce cauchemar se poursuit. Je vous en supplie, aidez-moi ». Mais les Strasberg n’ont aucun pouvoir sur la situation. Quatre jours plus tard, Marilyn réussit à appeler Joe DiMaggio, son deuxième mari, qui la fait libérer. Il la place dans un centre ouvert, reste près d’elle. Selon Donald Spoto, son biographe le plus sérieux, ils échafaudent alors des plans de remariage.

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  • PROSTITUÉE OU TRAVAILLEUSE DU SEXE ?

    (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Clients et prostituées, on en parle beaucoup depuis que Najat Vallaud-Belkacem, la ministre du droit des femmes, s’est prononcée en faveur de l’abolition de la prostitution et la pénalisation des clients. Ce faisant, elle a relancé un vieux débat clivant, où tous les arguments pour et contre ont été usé mille fois, trop souvent sans tenir compte des réalités du terrain :  de la vie même des prostituées et des clients. Il n'est pas inintéressant d'étudier comment ces polémiques se déploient dans les pays du Sud, où la prostitution est souvent plus brutale - et où, pourtant, les mêmes controverses éclatent entre partisans de l'abolition et les associations de "travailleurs du sexe".

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      Prenons les jeunes femmes qui travaillent à Paptpong, le quartier chaud de Bangkok avec ses salons de massages, ses shows sexuels, ses boîtes de nuit et ses milliers de touristes ? Sont-elles seulement des "prostituées", se pensent-elles ainsi ? Et les Occidentaux qui viennent là sont-ils juste leurs éphémères "clients" - ces beaufs pressés bien décrits par Michel Houellebecq dans "Plateforme" (qui prétendent les faire jouir).  Qu’en disent-elles, ces femmes ? Nous le savons un peu mieux grâce à la longue enquête menée par le sociologue Sébastien Roux  « No money, no honey. Économies intimes du tourisme sexuel en Thaïlande » (La Découverte 2011). Elles-mêmes - il parle ici des indépendantes, la majorité, non celles enrôlées de force dans les réseaux mafieux - ne se déclarent pas "prostituées", elles se disent plutôt « danseuses », « serveuses », « masseuses », ou se présentent encore comme des « étudiantes » venues s’amuser en discothèque. Elles emploient non plus jamais le terme « loukka », « client », qui les enfermerait dans le statut décrié de prostituée. Ce n’est pas seulement une question d’honneur et d’honorabilité - la société thaïlandaise reste très traditionnelle.

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  • ISLAMOPHOBIE. RÉALISME, IDÉOLOGIE OU PARANOÏA ?

    NEWS NEWS NEWS. Nous sommes sur le plateau de France 2, le 22 avril, au soir du premier tour de la présidentielle. Les résultats tombent. Les Français ont crédité Marine Le Pen de 17,9 %. Exalté, le porte-parole du Front national, Gilbert Collard, annonce la couleur : « On est la nouvelle droite ! C'est vrai que Nicolas Sarkozy, ça paraît bien fini. » Justifié dans ses prises de position par la surenchère du président sortant sur l'immigration et l'islam, réunissant 6,4 millions de voix, le FN se pose en parti d'alternance. Il se prépare à affronter l'UMP en multipliant les triangulaires aux législatives. Il en a les forces. Marine Le Pen est arrivée première ou deuxième dans 116 circonscriptions sur 577, dépassant les 25 % dans 59 d'entre elles.

    Ce succès de l'extrême droite, sa conversion en une « droite nationale » rejetant, au moins en paroles, « les formes de xénophobie, de racisme et d'antisémitisme », tout en faisant de la lutte contre l'immigration musulmane son cheval de bataille, fait écho à la percée dans toute l'Europe de formations politiques similaires. Citons le Parti du peuple danois, le Parti pour la liberté néerlandais, le FPÖ et le BZÖ autrichiens, les Vrais Finlandais, le Parti du progrès norvégien, le flamand Vlaams Belang, Droit et Justice en Pologne, Ataka en Bulgarie, la Ligue du Nord en Italie, les Démocrates en Suède, l'Union démocratique du centre (UDC) en Suisse. Tous ces partis dépassent aujourd'hui les 5 % des suffrages, quand ils n'atteignent pas 25 %.
    Selon le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, ces formations incarnent l'émergence d'une « nouvelle droite radicalisée ». Leurs programmes oscillent entre deux philosophies très différentes qui s'opposent sur l'économie et les moeurs. Certains, comme le FN, prônent un "nationalisme social" explique Dominique Reynié, de la Fondation pour l'innovation politique. Ils sont eurosceptiques, contre la monnaie unique, ils critiquent la mondialisation, s'en prennent au capital, disent défendre les sans-grade. D'autres, comme le Parti pour la liberté de Geert Wilders, aux Pays-Bas, défendent un « libéral populisme », constate Jean-Yves Camus. Ils défendent l'Europe, le libéralisme, la laïcité et la liberté des moeurs.

    Tous ces partis, cependant, comme le constate le politologue autrichien Anton Pelinka, se retrouvent sur un point : une critique virulente de la pratique de l'islam sur le continent et une dénonciation systématique de l'immigration venant des pays musulmans, associée à une "invasion" menaçant les modes de vie européen - et visant selon eux au remplacement de sa population, en vue d'établir la "charia" de la Méditerranée à la Norvège. Les partis républicains classiques parlent d'une dérive "islamophobe" pour signifier que ces courants politiques exagèrent le danger de l'islam en Europe, se polarisent sur les mouvements salafistes extrémistes, oublient les principes et la solidité de la laïcité républicaine, quand ne font pas preuve de démagogie électoraliste. Ils « jouent démagogiquement la carte qui consiste à dénoncer l'immigration musulmane pour rallier les perdants de la mondialisation » avance Anton Pelinka. Mais est-ce aussi simple ? N'y-a-t-il pas un réel danger a laisser toutes les composantes de l'islam prendre ses quartiers dans la communauté européenne ?

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  • "LACAN MILANAIS" OU "TRUFFATORE", GÉNIE OU ESCROC ? L’AFFAIRE VERDIGLIONE

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    Armando Verdiglione, le psychanalyste milanais contesté en 1988. DR

    NEWS NEWS NEWS. L’amendement Accoyer de 2004 visant à moraliser les pratique de la psychothérapie, rédigé par une figure conservatrice du gouvernement Chirac, a été finalement retoqué suite aux protestations répétées de nombreux intellectuels et même de psychologues cliniciens et de médecins psychiatres dont il était censé protéger la déontologie. Un nouveau décret relatif au titre de "psychothérapeute", désormais accordé aux psychologues et aux psychanalystes membre d'associations reconnues et justifiant d'une formation solide et d'une pratique durable, a été adopté le 7 mai 2012.

    Cet amendement avait été rédigé en s'inspirant en partie de la Loi Ossicini votée en 1989 en Italie pour clarifier les usages dans es milieux psychothérapeutiques, suite au retentissant procès pour escroquerie d'un psychanalyste lacanien, aussi célèbre que contesté, Armando Verdiglione - finalement condamné à Milan pour abus de faiblesse et détournement de fonds. Voici un reportage sur cette affaire, qui a fait beaucoup parler d'elle, réalisé en juin 1986 pour le magazine Actuel.

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    Lien permanent Catégories : ENQUÊTES
  • LES ADOS, LE PORNO ET LA PANIQUE MORALE DES PARENTS

     

    NEW NEWS NEWS. Depuis qu’avec Internet le porno est entré dans la vie des mineurs, il ne se passe pas un jour sans qu’un colloque de psychologie, une convention scolaire, un service gouvernemental, des féministes ou des politiques en débattent. Inquiets. Parfois indignés. Souvent dépassés. En ce début d’année, deux grandes controverses impliquant la pornographie et les jeunes ont fait la Une. D’abord, le rapport de la sénatrice UMP Chantal Jouanno pour le Ministère des Solidarités a dénoncé « l’hypersexualisation » grandissante des filles de 8-12 ans, parlant de « pornification ». Ensuite, l’enquête sur la contraception des adolescentes du Dr. Israël Nisand pour le secrétaire d’Etat à la Jeunesse s’en prend violemment à l’impact de la pornographie sur les mineurs. Chantal Jouanno écrit : «Nous n’avions pas conscience que les codes de la pornographie ont envahi notre quotidien. (…) S’agissant des enfants, elle renvoie à l’hyperérotisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires». Exagère-t-elle ?
    Tapez « Femme » sur Google. Sur la colonne centrale, on lit : «Femme Wikipédia», «Femme Evène », «Femme Actuelle » À droite, colonne des annonces : «Femmes canon en cam», «Elles couchent», «Femmes célibataires» (Meetic). Clic sur «Elles couchent. Batifolage.com». Un couple à moitié nu apparaît . Dessous : «Fellation, sodomie, amateur, partouze, gros seins, éjac faciale. C’est un site porno. Avec «Galerie Vidéo». Clic. Des centaines de photos défilent. Beaucoup de hardcore. Triple pénétration, poing dans l’anus, bouteille dans le sexe. Souvent, on souffre pour les actrices qui encaissent (dans le karaté, c'est du cinéma, pas dans le X-trem).

    Tapez maintenant «Amour». On lit à droite. «Meilleurs films sensuels. La brocante». Clic. Nouveau site porno déguisé. Asiatiques. Beurettes. Blondes. Gang Bang. Sado Maso. Ma voisine de 11 ans qui surfait sur le Net pour sa rédaction sur la Saint Valentin a-t-elle regardé ? Possible. Les films X sont en accès libre sur Internet. Souvent gratuits. Les mineurs regardent massivement. Le "réservé aux adultes" est révolu. L' "Interdit au moins de 18 ans" une galéjade. En 2004, le CSA révélait que 80% des garçons, 45% des filles de 14-18 ans ont vu un X dans l’année. Un garçon sur quatre, une fille sur cinq en a visionné 10 (au moins). Selon l’enquête du Dr Rozier en Île-de-France (2004), 90% des jeunes apprennent l’existence du porno entre 8 et 13 ans. À 11 ans, un sur deux en a vu. En CM2 (9-10 ans), 50% des garçons, 25% des filles. Selon des études canadiennes, 25% des 10-17 ans l’ont découvert par hasard, 25% volontairement. Comment réagissent-ils au premier visionnage, à 10-11 ans, ou plus jeunes ? Une enquête américaine précise : ils «sont surpris et ont peur», ou « sont embarrassés», ou «coupables et confus». La moitié des filles se disent «dégoûtées», un quart «choquées», un quart «surprises». Mais dès 13 ans, leur attitude change. Le porno «distrait» 50% des garçons, «plait» à 30%, 20% le classe en «favoris», une fille sur quatre se dit « curieuse ».

    (Faute de place, une version courte de cet article a été publié dans Le Monde Culture&Idées. Un entretien avec le sociologue Michel Bozon sur "la panique morale des parents" vient à la fin. )

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