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Journalisme pensif - Page 4

  • ALAIN FINKIELKRAUT, UN ANTIMODERNE À L'ACADÉMIE

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    Alain Finkielkraut chez lui, en 2007. | AFP/LOÏC VENANCE

    NEWS NEWS NEWS Le philosophe Alain Finkielkraut a été élu jeudi 10 avril à l'Académie française, au premier tour, par 16 voix sur 28 – 3 voix sont allées à Gérard de Cortanze, une à Athanase Vantchev de Thracy. Huit bulletins ont été barrés d'une croix en signe de désaveu, après une polémique qui a échauffé les esprits.

    Avant l'élection d'Alain Finkielkraut à l'Académie française, il y a eu, a-t-on appris, quelques « éclats ». Plusieurs académiciens, dont une académicienne, ont fait savoir le 3 avril qu'ils désapprouvaient sa candidature, jugeant le philosophe trop « réactionnaire », parlant d'une personnalité « clivante » – un adjectif pourtant absent du dictionnaire de l'Académie. L'un d'entre eux est allé jusqu'à dire que c'était le lepénisme qui entrait sous la Coupole.

    Aussitôt, plusieurs des « Immortels » réagissaient avec force. L'écrivain Jean d'Ormesson, selon Le Figaro du 3 avril, faisait savoir son sentiment : « Si Finkielkraut n'est pas élu jeudi, je ne mettrai plus les pieds à l'Académie. » Une déclaration aussitôt démentie par l'intéressé.

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  • AU MAROC MULTILINGUE, LE TEMPS D'UN FESTIVAL LITTÉRAIRE...

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    Marocaine parlant le français, le dajira (l'arabe de la rue) et le berbère, la chanteuse soul OUM chante aujourd'hui en français, en arabe et en sarahoui

    Ils se pressent devant le cinéma Renaissance, sur l’avenue Mohamed-V, à Rabat. Que des garçons, de 15 à 25 ans, le survêt' de couleur, la brosse graphique ; ils attendent le rappeur Mobydick. Dans la cohue, nous discutons. Tous répondent en français. Tous parlent entre eux le « darija », l’arabe de la rue. Certains le berbère, que 40 % des Marocains pratiquent. Ils ont aussi appris l’arabe, enfants, dans les écoles coraniques. L’anglais ? Ils l’étudient bien sûr. « Sur Internet, sans l’anglais, tu ne comprends rien. » Il faut les entendre passer d’une langue à l’autre, facilement, sans cesse, les mélangeant parfois - combien de jeunes français seraient capables d'une telle vélocité ?

    LA LANGUE DU COLONISATEUR

    Le Maroc multilingue d’aujourd’hui est un cas intéressant. Surtout dans le contexte régional : dès le premier gouvernement Ben Bella, en 1962, l’Algérie a été arabisée au détriment du français, la langue du colonisateur. Cette question a été beaucoup débattue lors du festival Etonnants Voyageurs, installé à Rabat du 6 au 9 mars, avec une pléiade d’écrivains maghrébins et africains francophones.

    L’arabisation a-t-elle permis à l’Algérie de devenir plus égalitaire, de renouer avec son passé historique et sa propre culture, selon le souhait du grand écrivain Kateb Yacine - un agnostique qui a beaucoup écrit en français, mais aussi en arabe de la rue, et pensait que l'Algérie ne saurait être réduite à une religion, ni au peuple arabe, ni à l'arabe classique du Coran ? La langue est-elle, comme le pensait Heidegger, porteuse d’une philosophie et d’une vision du monde — en Algérie, celle des colons, dont il aurait fallu se prémunir ? Ou bien l’oubli du français et du bilinguisme a-t-il été une perte regrettable, alors que de nombreux écrivains maghrébins, comme beaucoup de Marocains et de Tunisiens, sont restés francophones ?

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  • PLAGIAIRES OU VISIONNAIRES ? DE L'USAGE LOYAL DE L'OEUVRE D'AUTRUI EN ART

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    Le 6 juin 2013 Richard Prince brûle sur une vidéo une de ses toiles, Graduation, où il s'est "réapproprié" le personnage central d'une photo de Patrick Cariou. Il entend par là dénoncer la plainte du photographe pour plagiat (extrait de la vidéo)

    News News News Une des affaires de droit d'auteur qui secoue le monde de l'art depuis cinq ans s'achève ce 16 mars un accord passé entre l'artiste Richard Prince, une des figures de "l'appropriation" et le photographe Patrick Cariou. Ce dernier avait accusé M. Prince de violer ses droits en utilisant dans ses toiles ses photos de rastas jamaïcains, sans les transformer de façon notable - selon les principes du "fair use" en usage dans le droit américain. Si Patrick Cariou avait finalement perdu en appel, 5 des toiles de Richard Prince reprenant les photos originales sans transformation notable avaient malgré tout été reconnues comme litigieuses par une cour fédérale de New York - alors qu'elles avaient été vendues plusieurs centaines de milliers d'euros. Les termes de l'accord n'ont pas été divulguées.

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    C'est une courte vidéo de Richard Prince, le riche et célèbre plasticien américain. Elle est passée le 6 juin sur le site Vimeo, annoncée par un tweet. L'acte est inouï : Richard Prince couvre d'essence puis brûle en direct un de ses tableaux, Graduation, un grand collage sur toile représentant un rasta au visage taché de bleu, portant une guitare électrique. Cette oeuvre avait déjà fait le tour d'Internet en mai, car elle appartenait à la série des cinq tableaux de l'artiste contestés en justice lors du retentissant procès intenté par le photographe français Patrick Cariou. Sur le vidéo, Richard Prince déclare : « J’ai brûlé une des peintures juste pour montrer au type (Patrick Cariou) ce que je suis prêt à faire s’il est vraiment sérieux à propos de ce procès, et, malheureusement, il l’est. »

    Le sujet du litige ? Trente grands collages photographiques sur toile posés sur des fonds de couleur ocre, rouge ou bleue. Graffités et repeints par Richard Prince, les collages montrent des rastafaris et de provocantes femmes nues. Certaines toiles rappellent, version trash, Les Demoiselles d'Avignon, de Picasso, d'autres se présentent comme de larges portraits photos noir et blanc mais traversés de coups de pinceau. La série, exposée en 2007 sur l'île de Saint-Barthélemy puis, en 2008, à la galerie Gagosian de New York, s'appelle « Canal Zone ». Son succès a été immédiat : l'une des toiles s'est vendue 2,43 millions de dollars (1,86 million d'euros).

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  • QUAND L'ART SE JOUE DES GENRES

    4378926_5_e081_pilule-garantissant-l-heterosexualite-de_1cb9e46cde473161548e4c4c96e82f3f-1La Canadienne Dana Wyse, installée en France, propose une pharmacie imaginaire jouant sur nos clichés et nos souhaits standardisés (1998)

    NEWS NEWS NEWS Depuis plusieurs mois, "les études sur le genre", des enquêtes pluridisciplinaires relevant des sciences humaines très développées dans les universités américaines, se voient vilipendées par la droite catholique et l'extrême droite françaises - focalisées dans leur opposition au mariage homosexuel. Elles formeraient, selon ces critiques, une "théorie" très discutable, qui remet dangereusement en cause le fondement même de la différence biologique entre les hommes et les femmes - et par là l'anthropologie et les bases mêmes de toute société.

    Au-delà de l'incompréhension manifeste sur le contenu de ces études - aujourd'hui internationales - et sur le concept même de "genre" que montrent ces critiques, constatons que quelques un des plus grands artistes contemporains, surtout des femmes, ont interrogé, déconstruit ou subverti les normes et les comportements qui régissent nos vies selon notre sexe : ce qu'on appelle le genre. Enquête...

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    Il est en colère ce 14 février, l’illustrateur Marc Daniau, après que le nouveau patron - contesté - de l'UMP Jean-François Copé ait fustigé sur RTL son ouvrage «Tous à poil» (Le Rouergue, 2009), plusieurs fois primé, affirmant que ce livre selon lui dérangeant « fait partie des livres recommandés aux enseignants (par le gouvernement) pour faire la classe aux enfants du primaire». Ce n’est pas tant contre la fausse information avancée par Copé qu’il s’insurge (l’ouvrage figure en fait sur une "bibliographie indicative" pour la jeunesse, réalisée par des parents d’élèves ardéchois, reprise par le Centre régional de documentation pédagogique de Grenoble), mais parce que l'homme politique s’attaque au contenu d’un livre pour la jeunesse qui, selon lui, «défend des valeurs républicaines».

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  • UNE RÉFLEXION SUR LA THÉORIE DU REMPLACEMENT DÉMOGRAPHIQUE DU PEUPLE FRANÇAIS THÉORISÉ PAR L'EXTRÊME-DROITE

     (Peinture de Guillaume Bresson. Sans Titre (2008). Galerie Nathalie Obadia)

    NEWS NEWS NEWS « Le Grand Remplacement est le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre. » C’est en ces termes alarmistes que l’écrivain Renaud Camus, proche du Front National, a lancé en septembre 2013 un manifeste intitulé : « Non au changement de peuple et de civilisation ».

    Depuis deux ans, cette « théorie du remplacement » du peuple français « de souche» par d’autres peuples, principalement venus du Maghreb et d’Afrique, connaît une popularité grandissante dans les milieux d’extrême droite, voire de droite. Cet écho mérite qu’on s’y arrête car cette théorie cristallise des peurs profondes et des discours de plus en plus radicaux.

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    Dans son livre autoédité Le Changement de peuple, paru en 2013, l'écrivain Renaud Camus détaille cette « théorie du remplacement ». Attristé par la mondialisation, l’écrivain affiche une grande mélancolie pour le passé : il affirme que les « maîtres du commerce international » et les « chevaliers de l'industrie globalisée » ont transformé chaque Français en un « pion désoriginé échangeable à merci, sans aspérités d’appartenance, délocalisable ». Ce faisant, ajoute-t-il, ils ont façonné un« homme remplaçable, débarrassé de toute spécificité nationale, ethnique et culturelle ».

    Selon Renaud Camus, cet « économisme pur », relayé par le patronat français et par des hommes politiques inconscients, nous a fait perdre le sens de la patrie et de « l’épaisseur des siècles » : il a dissous la mémoire de notre histoire et de notre littérature, diluant les individus dans une « Grande Déculturation ». C’est cette « hébétude » généralisée qui a permis aux élites corrompues d’orchestrer sans résistance une véritable « colonisation de peuplement » du pays par l’immigration maghrébo-africaine. A la fin du texte, Renaud Camus affirme qu’en France « la proportion d’indigènes est encore assez haute parmi les personnes les plus âgées, mais elle va s’amenuisant spectaculairement à mesure qu’on descend dans l’échelle des âges. Tendantiellement (…), les nourrissons sont arabes ou noirs, et volontiers musulmans ».

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  • MES 100 AMIS SUR FACEBOOK SONT-ILS MES AMIS ?

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    NEWS NEWS NEWS. Le réseau social Facebook atteint désormais 1,15 milliards d’adhérents actifs en quête d’échanges avec leurs « amis ». Mais s’agit-il vraiment d’amitié, les philosophes s’interrogent… Enquête.

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     Quand on demande au philosophe André Comte-Sponville, qui a beaucoup écrit sur l’amitié, s’il possède un cercle d’amis en ligne, il répond vivement : « Mes enfants avaient créé, sans me consulter, une page Facebook à mon intention. Dans les heures qui ont suivi, j’ai reçu trois messages de gens que je ne connaissais pas me demandant si je voulais être leur ami. Cela m’a paru une invasion insupportable et un contresens sur l’amitié. J’ai supprimé ma page aussitôt ! » Selon lui, les relations qui se tissent sur le réseau social sont «superficielles ». « Elles n’ont guère à voir avec « la souveraine et parfaite amitié » dont parle Montaigne, celle qu’il a vécu avec La Boétie, et dont il disait : « Cette amitié de quoi je parle est indivisible, chacun se donne si entier à son ami qu’il ne reste rien à départir ailleurs ». »

    Au regard de cette amitié rare et passionnée, les réseaux de cent « amis » et plus qu’affichent les utilisateurs de Facebook lui semblent pléthoriques et inabouties. « Une réelle amitié ne peut pas se répandre indéfiniment, poursuit-il. Aristote disait: «Ce n’est pas un ami celui qui est l’ami de tous», ni même, j’ajouterai, qui est l’ami d’une multitude. L’amitié suppose trop de confiance, de sincérité, d’intimité - et de temps ! - pour qu’elle soit partagée avec des dizaines de personnes. Un ami, ce n’est pas seulement quelqu’un avec qui je parle ou j’écris, mais une personne avec qui je pratique certaines activités communes, une promenade, un sport, un jeu, un repas. Comment imaginer qu’un écran puisse y suffire, ou en tenir lieu ? »

    André Comte-Sponville conclut par un questionnement inquiet : « Il vaut certes mieux avoir des amis virtuels que pas d’amis du tout, mais il serait dangereux et triste de s’en contenter. Mieux vaut avoir quelques amis réels que des centaines d’amis virtuels sur Facebook… » André Comte-Sponville résume bien la méfiance que suscite encore chez beaucoup de parents, de pédiatres et de philosophes le succès massif des réseaux sociaux comme Facebook, Google+, Tweeter, Tumblr, Instagram ou Linkedin – d’après le rapport Meeker 2013, Facebook réunit aujourd’hui plus d’1,15 milliard d’usagers actifs.

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  • PEUT-ON CONSENTIR À SE PROSTITUER?

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    Manifestation contre la pénalisation des clients de prostituées à Paris, le 17 septembre | Denis ALLARD/REA

     

    NEWS NEWS NEWS Alors que la loi sur la pénalisation des clients des prostituées fait toujours débat dans la classe politique, les philosophes s'emparent d'un sujet sensible...

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    Appelons-la Claudine. Elle a trente ans de rue, et la rage : « Je ne supporte plus d'entendre ces dames patronnesses socialistes m'expliquer que je n'ai pas choisi ma vie. » Gérard, 28 ans, devient « Maîtresse S » la nuit. Il proteste : « Ce qui se passe dans un lit entre deux personnes adultes et consentantes ne regarde personne. La rétribution est d'ordre privé. Nous surveiller et nous pénaliser est une atteinte aux libertés. » Michelle, 34 ans, deux enfants, a perdu son travail il y a quatre ans. Elle se prostitue – un client par soir. « J'ai commencé par hasard, je continue par choix, même si c'est rude parfois. »

    Ces personnes affirment avoir choisi de se prostituer et elles se déclarent libres et consentantes. Elles refusent d'être traitées en victimes, même si certaines admettent que la prostitution n'est pas un travail comme les autres. « Ce n'est pas un métier choisi, comme artiste ou ingénieur, reconnaît Claudine. C'est une activité qui survient sur les chemins de traverse d'une vie, fatigante souvent, physiquement, psychologiquement, mais comme beaucoup d'autres activités. »

    Gérard, lui, reconnaît qu'il rencontre parfois des clients « tordus » ou menaçants : dans ces moments-là, consentir est compliqué. Michelle explique qu'elle compte arrêter bientôt, de crainte, en vieillissant, d'en arriver à accepter des prestations sexuelles qu'elle a toujours refusées.

    Le consentement, qui implique l'autonomie de la volonté de chacun, est un principe éthique et juridique central dans nos démocraties. En droit civil français, tout contrat suppose le consentement des parties. Dans la common law anglo-saxonne, consentir signifie accepter sa responsabilité selon le principe du Volenti non fit injuria : « On ne fait pas tort à celui qui a consenti. » L'éthique moderne de la liberté rejette l'idée d'une morale extérieure, qu'elle soit religieuse ou étatique : on ne saurait imposer ses valeurs à autrui malgré lui, ni le priver de sa liberté d'action et de conscience, s'il n'y consent.

     

    La manifestation annuelle des travailleuses du sexe a rassemblé dimanche 2 juin à Paris entre 150 et 200 personnes. © Max PPP

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  • LE BOTANISTE FRANCIS HALLÉ NOUS RACONTE L'EXTRAORDINAIRE CRÉATURE QU'EST L'ARBRE

    Arbres-carquois menacés de disparition, Namibie, Afrique. Photo : Sara & Joachim flickr CC

    Arbres-carquois menacés de disparition, Namibie. Photo : Sara & Joachim / Flickr/DR

    News News News . Dans le film Il était une forêt de Luc Jacquet (le réalisateur de La Marche de l’empereur) sorti en alles le 13 novembre, le botaniste de renommée internationale Francis Hallé nous emmène dans un voyage beau à pleurer sur les cimes des forêts tropicales, l’extraordinaire royaume de la canopée – aujourd’hui menacée.

    Jeune naturaliste, a peine a-t-il levé la tête vers le feuillages, Francis Hallé a compris sa mission, explorer cet univers inconnu déployé sous le ciel, où la faune et la flore se déploient comme nulle part ailleurs, qui est aussi « le monde des chants et des bruits de toutes sortes ». En 1983, hanté par son projet, il gagne Annonay, où se déroule le bicentenaire de la création de la montgolfière. Il veut rencontrer des pilotes avisés. Comment, pour mieux l’étudier, survoler en ballon la forêt équatoriale, où le vent souffle parfois fort, tout en transportant plusieurs hommes ? C’est là qu’il rencontre Dany Cleyet-Marrel, un aéronaute qui a survolé le Sahara et le Mont blanc en ballon à air chaud. L’homme décide de tenter l’aventure. Les deux compagnons rencontrent bientôt l’architecte Gilles Ebersolt qui, à 16 ans, a inventé un " ballon à dévaler les collines et fabrique des cabanes suspendues en pleine forêt.

    C’est ce trio extraordinaire digne de Jules Verne qui va s’ingénier à mener l’exploration de cette l’île végétale qu’est la canopée. Gilles Ebersolt construit à la fin des années 1980 le "radeau des cimes ", une grande plate-forme faite de gros boudins gonflés, soutenant un filet d’aramide où marchent les hommes, équipée de matériel d’observation. L’aéronaute Dany Cleyet-Marrel utilise un dirigeable, pour le déposer aux meilleurs endroits. Françis Hallé y installe un laboratoire d’observation. Début 1990, la société japonaise de communication Dentsu leur finance un grand film documentaire sur les toits des forêts amazoniennes et guyanaises. Et puis les aventures se succèdent…

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  • ROMS ET BOHEMIENS, LA CHASSE CONTINUE

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    (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Le séjour des « minorités Roms ne saurait se traduire par la multiplication de campements insalubres et dangereux » déclarait déjà il  y a un an, le 14 août 2012, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, avant d’autoriser le démantèlement de plusieurs lieux de vie misérables - invariablement appelés des "campements" alors que les Roms ne sont pas nomades - poursuivant en cela la politique de refoulement inaugurée par le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Il continue aujourd'hui cette politique, la ponctuant de propos alarmistes, déclarant que "Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie " (France Inter le 24 septembre), ou encore que seule "une minorité"  veut s'intégrer, insistant sur le fait que "leurs modes de vie sont extrêmement différents des nôtres."

    Les associations qui soutiennent les Roms, et cherchent des solutions à leur hébergement et leur intégration dans la communauté européenne, ne comprennent pas cet acharnement contre des populations très défavorisées, déjà maltraitées en Hongrie et Roumanie - qui représentent, faut-il le rappeler, environ 20.000 personnes en France. La réponse à cette interrogation est à chercher, d'après Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne en charge de la justice et des droits fondamentaux, dans l'approche des élections municipales en France : "Si je ne me trompe, il y a de l'élection dans l'air en France, et à chaque fois qu'on ne veut pas parler de choses importantes, comme le budget ou les dettes, on trouve les Roms". Pour elle, une fois de plus, les Roms sont instrumentalisés à des fins électoralistes : très peu mais très visibles, misérables et sans droit, incapables de se défendre et s'organiser, ils sont le bouc émissaire idéal, le symbole de l'étranger haïssable.

    Mais qui sont les « Roms », d’où vient ce terme devenu infamant qui court les journaux ? Quelle réalité humaine recouvre-t-elle en Europe de l’Est ? Est-il vrai qu'ils ne vivent pas comme les autres Européens, restent rétifs à toute intégration, comme le prétend le ministre de l'Intérieur, tout en s'acharnant à rendre leur vie plus précaire, les poussant de plus en plus vers la mendicité - et donc une visibilité inquiétante - et pour certains, vers une délinquance de survie. D'après Marion Cadier d'Amnesty International, 11 000 personnes ont été évacuées de leurs lieux de vie en France pendant l'année 2012,10 000 personnes au cours du premier semestre 2013, 3 700 personnes l'été 2013. Cela sans rien régler quant à leur hébergement, tout en les précarisant plus encore.

    A-t-on oublié que les Roms furent mis en esclavage en Roumanie et en Hongrie du XIVe au XIXe siècle, puis déportés en camp de concentration et exterminés entre 1939 et 1945 ? Ethnologue parlant le romanès, la langue des Roms, docteur de l’université de Paris X, Martin Olivera, qui a dirigé le numéro d’« Etudes tsiganes » consacré à l’histoire des Roms de Roumanie, a répondu à nos questions sur la douloureuse destinée de ces populations.

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     Quand les Roms ou Tsiganes arrivent-ils en Europe de l’Est ?

    On trouve le terme « Tigan » pour la première fois dans les archives de Valachie en 1385. Le terme provient du turc « cingene », probablement dérivé en grec « Atisgani », qui donne « Cigàny » en Hongrois, « Zigeuner » en allemand et « tsigane » en Français. À l’époque (fin du Moyen-âge, début de l’époque moderne) on assiste à d’importantes migrations dans l’Europe balkanique et l’Anatolie, du fait de la désagrégation de l’empire byzantin et de l’expansion ottomane notamment. Ceux qu’on appellera Tigani arrivent alors dans ces territoires qui sont aujourd’hui la Roumanie et la Hongrie…

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  • POURQUOI LA BISEXUALITÉ DÉRANGE ?

    Dans "La vie d'Adèle", une adolescente habituée à flirter avec les
    garçons tombe follement amoureuse d'une fille aux cheveux bleus.
     

    NEWS NEWS NEWS. C'est le 23 septembre, c'est la jour de la visibilité bisexuelle - THE BI-VISIBILITY DAY.

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    Elle dérange, la personne bisexuelle, comme la métisse. Surtout les fanatiques de l’identitaire. Pour eux, elle n’est jamais du bon côté, toujours louche, dans l’entre-deux, mauvais genre ou mauvais sang. Batarde. Voilà pourquoi, le 23 septembre est depuis 1999 la journée de la visibilité des bisexuels – the Bi-visibility Day.

    Ce jour-là, les défenseurs de la cause « Bi » rappellent combien elle est toujours déconsidérée, tant par ceux qui rejettent les homosexuels que par certains mouvements gays. En France, l’association Bi’Cause - qui appelle à manifester le 23 - a été créée en 1997 par un groupe de femmes qui « ne se reconnaissaient pas sous les dénominations "hétérosexuel" ou "homosexuel" et se trouvaient exclues des groupes gays et lesbiens de l’époque. »

    Voilà pourquoi la bisexualité gène. Elle interpelle les classifications courantes de l’anthropologie, la psychologie, la philosophie, la sexologie, la morale. Elle redistribue les cartes du jeu amoureux, elle interpelle la rigueur des identités, elle entretient le flou, elle cultive la fantaisie. Elle nous révèle que l’homosexualité comme l’hétérosexualité ne sont pas nées, programmées, définitives - des « essences ».

    Allez voir sur le site du 23 septembre, tout de violet paré, si vous voulez vous manifester : http://september23.bi.org

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