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Journalisme pensif - Page 3

  • MASSACRER AU NOM DE LA FOI

    4511303_6_7e00_des-recrues-de-l-etat-islamique-image-extraite_d7ae90cb2646dadf6d2993d805c88091Des recrues de l'Etat islamique. Image extraite d'une vidéo postée sur YouTube, le 23 septembre. | HO / AFP

    NEWS NEWS NEWS Depuis juillet, la liste des massacres, des viols, des exécutions sommaires, des tortures, des brutalités associées à l’imposition de la charia (mains coupées, flagellations publiques) que commettent les combattants du groupe armé Etat islamique (EI), que ce soit à Tikrit, à Rakka, à Mossoul, ne cesse de s’allonger. Ses partisans tournent et diffusent eux-mêmes les vidéos de leurs exactions : égorgements, crucifixions, têtes plantées sur des grilles, balles dans la tête, charniers. A quoi pensent-ils quand ils commettent ces crimes, comment les justifient-ils ? Ils se réclament de Dieu, mais cela explique-t-il qu'ils violent, rackettent, exécutent des civils, enlèvent des femmes et des enfants ? Enquête.

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    Sur certains des films de l'E.I, on voit de jeunes hommes frapper, humilier et tuer des civils par dizaines, à l’arme blanche ou d’une rafale de mitraillette. Sans hésiter, avec détermination. Ces photos de meurtriers de masse en rappellent d’autres, de terrible mémoire et de tous les temps : celles de la Shoah, celles du génocide des Tutsi au Rwanda, et tant d’images de guerres civiles, de guerres de religion où des tueurs dressés devant des fosses achèvent en souriant une victime désarmée – non coupable, non combattante.

    Comment des hommes en arrivent-ils à tuer des vieillards, à enlever des enfants, à torturer des gens qui parfois sont d’anciens voisins ? A quoi pensent-ils à cet instant ? Où est passée leur humanité ? Qu’en disent les historiens, les psychosociologues, les théoriciens des idéologies, les philosophes et les anthropologues qui travaillent sur ces questions de la barbarie, du meurtre de masse et du passage à l’acte ?

    L’éclipse de la compassion serait la cause première. Le philosophe Marc Crépon, auteur d’un essai sur Le Consentement meurtrier (Cerf, 2012), avance qu’« il n’y a pas de guerre, pas de génocide, pas d’abandon de populations entières à leur errance entre des frontières meurtrières qui ne soit possible sans une “suspension” de la relation à la mort d’autrui, un déni des gestes de secours, des paroles de réconfort, du partage qu’elle appelle». Pour décapiter au couteau des hommes attachés, pour violer des femmes, il faut que soit étouffé le savoir que chaque humain possède sur la souffrance de l’autre, sur sa fragilité et sa mortalité. Et la première explication à cette « suspension » est autant psychologique qu’idéologique : seule une force supérieure, et donc un Dieu, pourrait l’autoriser.

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  • SADE NOUS CONCERNE TOUS. ENTRETIEN AVEC ANNIE LE BRUN

     Man Ray,  Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade 1938 Oil on canvas with painted wood panel 24 1/4 x 18 3/8 in. The Menil Collection, Houston, Texas Portrait imaginaire de Sade par Man Ray © 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris Man Ray, Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade (1938) The Menil Collection, Houston, Texas© 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris

    NEWS NEWS NEWS L’exposition « Sade. Attaquer le soleil », présentée au Musée d’Orsay de Paris - 500 pièces présentées, 14 films - ouvre ses portes. Elle sera visible jusque fin janvier. La commissaire générale de l'exposition est Annie Le Brun, auteur de "Sade, soudain un bloc d'abîme, Sade" (Folio, 2014, réédition).  Les relations de Sade (1740-1814) et d’Annie Le Brun forment une longue histoire passionnelle. En 1977, elle préfaçait déjà la première édition des œuvres complètes du « divin marquis » par Jean-Jacques Pauvert – en 1945, la publication d’Histoire de Juliette avait valu dix ans de poursuites judiciaires à l’éditeur.  Cet entretien a été réalisé pendant l'accrochage de l'exposition (publié dans Le Monde Culture&Idées).

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    On fête le marquis de Sade comme un classique, on l'expose, on le publie, on le commente, on l'analyse, lui qui a été si longtemps interdit, considéré comme un maudit. Cherche-t-on à le neutraliser?

    Sade résistera à toute neutralisation, je crois qu’avec lui on peut être rassuré. On ne lit sans doute pas plus Sade aujourd’hui qu’hier, mais on l’enveloppe des plus diverses analyses historiques, psychologiques, médicales, linguistiques, comme pour nous protéger de l’abîme auquel il nous confronte. Une grande entreprise de normalisation a commencé. La forme moderne de la censure n’est plus d’interdire, mais de désamorcer, par excès de commentaires, d’interprétations, par une sorte de gavage qui finit par tout rendre équivalent. Mais l’œuvre demeure, irréductible.

    Qu’est-ce qui résiste chez Sade, qui nous concerne aujourd’hui ?

    L’extraordinaire chez Sade est qu’avant Nietzsche, avant la psychanalyse, il mette la pensée à l’épreuve du corps. Il met vraiment la philosophie dans le boudoir, à l’inverse de tous les autres qui, dans le meilleur des cas, font de l’érotique une dépendance de leur système. Lui, au contraire, nous révèle que l’exercice de la pensée n’est pas une activité abstraite, mais qu’elle est déterminée par les mouvements des désirs et que sa source est avant tout pulsionnelle. C’est la phrase fameuse dans Histoire de Juliette : «On déclame contre les passions sans songer que c’est à son flambeau que la philosophie allume le sien.»

    Tel est ce qui caractérise la pensée sadienne. Ses héros ne pensent jamais à froid, ils dialoguent, ils prennent du plaisir, il y a chez eux un perpétuel « échauffement » de l’esprit, une continuelle surenchère de l’imagination érotique sur le raisonnement, qui en est troublé. Et ce trouble se communique au lecteur, subjugué à son tour. D’ailleurs Juliette, l’héroïne favorite de Sade, le dit bien : « Ma pensée est prompte à s’échauffer », révélant comment la pensée se met en mouvement. Sade est le premier à nous dire cela, et, plus encore, à nous le faire ressentir…

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  • J-M G LE CLÉZIO : "JE N'AI PAS UNE IDENTITÉ MALHEUREUSE MAIS MULTIPLE, COMME ÉNORMÉMENT DE GENS"

    Jean-Marie Gustave Le Clézio, en 2013. | LEA CRESPI/PASCO

    NEWS NEWS NEWS. Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, né à Nice en 1940, est de nationalité française et mauricienne, de père anglais, et parfaitement bilingue. Il beaucoup voyagé, s’est intéressé aux cultures amérindiennes et a raconté à sa manière la colonisation du Sahara occidental dans Désert (Gallimard, 1980). Dans cet entretien, réalisé en juin au festival des Etonnants Voyageurs de Saint Malo,  il prend la défense du multiculturalisme, aujourd’hui tant décrié dans la classe politique, et très débattu au cours de ces rencontres littéraires .

    Par votre histoire personnelle, vous vous dites multiculturel de naissance, pourriez-vous nous en parler ?

    Je suis né en France en 1940 dans une famille d’origine bretonne émigrée à l’île Maurice, en ce sens je suis français, mais sous influence. Mon père, lui, était mauricien, donc britannique à l’époque. Il faut comprendre que l’île Maurice connaissait un curieux état de schizophrénie, du fait qu’elle a été colonisée par la France de 1715 jusqu’en 1810, puis par les Anglais. Nombre de familles mauriciennes furent scindées entre ceux qui soutenaient l’Angleterre et ceux qui faisaient de la résistance, le plus souvent des femmes, qui ne suivaient pas toujours des études, et rechignaient à adopter la langue anglaise. Cela a produit des familles bizarres, avec des hommes plutôt anglophiles et des femmes francophiles. Ma famille n’a pas échappé à cette situation. Ni moi…

    Vous étiez donc britannique, mauricien, bilingue tout en vivant en France…

    En effet, j’avais la nationalité britannique, tandis que ma mère cultivait l’amour de la France et accusait l’Angleterre des pires méfaits : d’avoir brûlé Jeanne d’Arc, bombardé la flotte française à Mers El-Kébir en 1940, j’en passe. Quand j’ai fait la connaissance de mon père, à 10 ans, il a voulu qu’on lui parle en anglais. Il n’arrêtait pas de critiquer la France, il défendait le colonialisme anglais, qu’il disait plus respectueux des populations que les Français. Il exerçait une discipline de fer à la manière de l’armée britannique, nous dressant mon frère et moi avec sa canne en bois. En même temps, il avait une bonne bibliothèque anglaise où l’on trouvait Shakespeare, Conrad, Dickens. Ma mère, elle, avait hérité de la bibliothèque classique française de ses parents, qui allait de Chateaubriand à Alphonse Daudet. J’ai beaucoup lu dans les deux langues. Le résultat, c’est que j’étais très partagé, avec une identité composite, nourrie de plusieurs cultures…

    Cette identité était-elle « malheureuse », pour reprendre le titre d’un essai récent d’Alain Finkielkraut ?

    Il me semble que ce livre est l’un des plus inquiétants publiés ces dernières années. Il défend une pensée uniculturelle. A la différence de son auteur, je me suis posé la question d’écrire en français ou en anglais, alors que je vivais en France. Pour plaire à mon père, j’ai commencé par produire des textes en anglais mais, heureusement ou malheureusement, je ne sais pas, ils ont été refusés par les éditeurs anglais. Je suis passé au français, une très belle langue, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier l’anglais. Etudiant, j’ai même pensé à devenir un citoyen britannique à part entière, sans doute encore pour satisfaire mon père. C’était facile, j’avais un passeport britannique, même s’il portait la lettre infamante C, « Consular », qui signifiait que ma naissance avait été déclarée au consulat. Je me suis installé à Bristol, puis à Londres, où j’ai passé quelques années. Puis, j’ai eu envie de revenir en France. En fin de compte, mon identité n’est pas malheureuse mais multiple, comme celle d’énormément de gens…

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  • LE RETOUR DE NICOLAS SARKOZY OU L'AUTO-ÉROTISME MÉDIATIQUE

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    M Nicolas Sarkozy avant son entrée sur le plateau de France 2, où il a expliqué pendant 45 minutes son retour en politique

    Le 19 septembre, sur Facebook, dans un texte court - à peine 3 feuillets, 677 mots, 4142 signes - Nicolas Sarkozy annonce son retour en politique. C'est un appel  entièrement à la première personne. Le "Je" y apparaît 17 fois, autant dire à chaque début de paragraphe. Il commence par un « J’ai remercié les Français de l'honneur qu'ils m'avaient accordé », aussitôt suivi d'un lourd regret : « Je leur ai dit ma volonté de me retirer ». Suit le récit des états d’âme de ce Je en retraite forcée : « J’ai pris le temps… J’ai pu prendre… J’ai pu échanger… J’ai vu monter… J’ai senti… Je me suis interrogé sans concession… que j’avais arrêtée sans amertume… ».

     Cette reconstruction narcissique en ligne, s’achève, comme chacun sait désormais, par un retour combatif In Real Life : « J’ai décidé de proposer aux Français un nouveau choix politique ». Lequel ? : « Je suis candidat à la présidence de ma famille politique ». Voilà donc le grand espoir que propose Nicolas Sarkozy sur Facebook : sur la foi de son Je enfin sorti du désarroi, il va prendre la tête de son parti et de toute la droite. Je, le fils prodigue, va redevenir Je le pater familias.

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  • LE REVENGE PORN, DÉFOULOIR DES HOMMES QUITTÉS... ET PAS SEULEMENT !

    La page d'accueil du site endrevenge.porn, qui conseille comment faire supprimer les images compromettants. (DR)

                                                La page d'accueil du site endrevenge.porn, qui                          donne des conseils pour faire supprimer les images compromettantes

    La « vengeance porno », le "revenge porn" comme on l’appelle aux Etats Unis, où des sites lui sont consacrés depuis plusieurs années, fait des émules en France. Le vengeur, presque toujours un homme quitté et jaloux - même si quelques femmes s'y adonnent depuis peu ... -  fait circuler sur Internet des films sexuels privés et des photos de nu de son ancienne compagne, assortis de commentaires odieux, insultants, cherchant à lui nuire et à ruiner sa réputation.

    Aux Etat Unis, plusieurs sites de « revenge porn » les accueillent. C’est du méchant. Les hommes bafoués, mauvais perdants, racontent comment leur ex , Sandra, X ( son nom sa ville, son âge) « a baisé la moitié de la Floride », ou « a chopé un herpès en broutant des filles pas propres ». Un autre affabule, « je me suis fait passer pour un prod porno, voilà les films que cette pute m’a envoyée », un troisième appelle les éventuels suiveurs à la violence « Vous pouvez vous lâcher, c’est une dégueulasse. ». Cela tient du défouloir des cocus et des hommes blessés à coeur, du ''chat'' de harceleurs - mais aussi du réseau de film porno amateur : les vidéos sont hard, volées à l’intimité amoureuse. Parfois, elles sont pathétiques : des moments de passion tendre, émouvants à mourir de regret, sont ainsi donnés en pâture...

    Les femmes, depuis peu, se mettent au « revenge porn », ce qui n'arrange rien . Sur le site My.ex.com, elles contre- attaquent. Deux grands thèmes de prédilection : le mec mauvais coup et le pédé refoulé - « Il est navrant au plumard. La seule chose qu’il faisait, c’est me sucer toute la nuit. », « C’est un drama queen , fuyez ! », « Je l’ai vu branler des vieux mecs dans le parc. » Et toujours bien sûr, des révélations sur les pires travers du bonhomme, des anecdotes féroces, des propos odieux rapportés.

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  • YOURTES, TIPIS, CABANES, DÔMES SONT-ILS MENACÉS ?

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    Gérard et Solange Chabert, en juillet, dans leur maison de terre qu'ils ont bâtie en Périgord sur le modèle de la yourte. | Johann Rousselot pour "Le Monde"

    NEWS NEWS NEWS La loi ALUR de 2014, voulue par Cécile Duflot, dont on attend les décrets d’application, reconnaît le statut légal des habitats légers de campagne : yourtes, tipis, dômes, cabanes, etc. Si les collectifs d’éco-habitants sont satisfaits, ils craignent qu’un amendement déposé au Sénat les oblige à se raccorder au réseau collectif d’eau et d’électricité, ce qui limiterait leur liberté de s'installer dans des endroits choisis et magiques.

    A 70 ans, fort et sec, buriné, torse nu et pieds nus, la barbe fournie, de longues dreadlocks, Gérard Chabert fait penser à un sadhu. Ce soir de juin, près des Eyzies-de-Tayac-Sireuil, il nous fait découvrir le parcours forestier de son spectacle La Trace, joué tout l’été. C’est une longue promenade nocturne dans les bois, sur ses terres, où le visiteur croise des apparitions (une femme suspendue dans les branches tissant un cocon), assiste à de lentes chorégraphies (une femme nue danse sur un fil), découvre d’impressionnantes sculptures de corps vivants (un couple enlacé, immobile, d’un blanc intense, juché sur un socle, semble s’offrir au ciel).

    Gérard Chabert explique sa démarche, qui relève à la fois de la sculpture vivante, de la performance en extérieurs et de l’art plastique – en quoi il est un artiste unique : « J’essaie de faire éprouver au promeneur la puissance ancestrale, sauvage, des corps des humains, de la nudité, du désir, de l’enfantement, par des sortes de mystères en forêt. » Pour lui, qui va pieds nus partout, au village, sur les chemins, l’émotion que procure la force de la nature décorée et éclairée par ses soins, la nuit, importe beaucoup. D’ailleurs, il n’a pas choisi par hasard de s’installer ici, au cœur de la forêt près des Eyzies-de-Tayac-Sireuil, dans le Périgord noir, avec une partie de sa compagnie d’arts visuels, Le Diable par la Queue, dans des yourtes…

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  • INSUBMERSIBLE BRIGITTE FONTAINE

     underground 

    Brigitte Fontaine sur Off-TV lors de la présentation à Saint-Malo de son dernier disque "J'ai l'honneur d'être" 

    NEWS NEWS NEWS Aujourd’hui produite par Universal, éditée par les Belles Lettres, consacrée par un documentaire (Brigitte Fontaine. Reflets et Crudités, 2013), invitée aux Bouffes du Nord, après avoir été un des figures de la scène underground française, l'écrivaine et chanteuse Brigitte Fontaine a connu entre les années 1979 et 1993 un long silence discographique et médiatique. Retour sur cette époque difficile pendant laquelle, insubmersible, elle n'a jamais cessé d'écrire.

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    Elle s’avance dans une lumière basse, ombre frêle et noire, portant une longue jupe de gaze et des brodequins, accompagnée par une guitare électrique. A ses pieds, entre les enceintes, sous les percussions, des centaines de souris blanches en plâtre envahissent la scène du théâtre des Bouffes du Nord. Le ton est donné…

    Elle s’assoit à une table, éclairée d’un spot rouge, se saisit d’un feuillet pour lire un texte de sa voix grave, moqueuse et essoufflée. « C’est clair, tous les chemins mènent à ma nuit et je ne peux être sauvée que par moi, mais je ne m’appartiens pas car on m’a donnée. Je suis une flaque. » C’est un extrait de « Madelon », le monologue poignant d’une femme maltraitée, tyrannisée, qu’elle a écrit en 1978 (Seghers, 1979). Le public applaudit à tout rompre. Il s’est déplacé pour cela : retrouver la force des mots de Brigitte Fontaine, cette écriture à la fois cinglante et émouvante, jamais banale ni mièvre, toujours pleine de pépites, qu’elle distille depuis 50 ans au long de ses chansons et ses livres.

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  • PÉNALISER LES CLIENTS DES PROTITUÉES : LA LOI RETOQUÉE PAR LE SÉNAT

    Le samedi 26 octobre, quelque 300 personnes se prostituant ont manifesté à Paris contre la pénalisation des clients. DR

    News News News. Alors qu'en décembre dernier l'Assemblée nationale, par 268 voix contre 138, a voté la pénalisation des clients des prostituées, le Sénat a retoqué mardi 8 juillet cette mesure contestée. Par 16 voix pour, 14 voix contre et 2 abstentions, les 36 sénateurs de la commission se sont prononcés pour la suppression de l'article 16 de la loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, qui prévoyait 1500 euros d'amende (3750 en cas de récidive, en remplacement d'une peine de prison). L'article 17, qui associait à l'amende un stage de sensibilisation, a également été supprimé. Par ailleurs, l'ensemble du nouveau texte, comprenant la suppression du délit de racolage institué par Nicolas Sarkozy, a été adopté.

    «Après de longs débats, et ce dans tous les groupes politiques, nous avons considéré que la pénalisation pouvait dégrader la situation de nombreuses prostituées», a déclaré la sénatrice de la Loire-Atlantique, Michelle Meunier. Elle a précisé : «Au fil de nos entretiens nous avons rencontré beaucoup de personnes sur le terrain qui s'alarmaient d'un possible danger.» Le nouveau texte de loi sera présenté en séance au Sénat d'ici quelques mois, puis à l'Assemblée nationale : son parcours parlementaire est loin d'être terminé. Ce blog analyse ici pourquoi les amendements du Sénat semblent salutaires tant pour les clients, que pour les prostituées.

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    Six mois de prison, 7 500 euros d’amende, c’est la sanction que réclamaient encore fin septembre les députés socialistes Maud Olivier (Essonne) et Catherine Coutelle (Vienne) pour tout client « récidiviste » d’une prostituée adulte et consentante. Une activité, rappelons-le, légale en France, qui n’est pas prohibitionniste.

    Ces dispositions faisaient partie de l’arsenal punitif de leur projet de loi qui entend « sanctionner le fait de solliciter, d'accepter ou d'obtenir des relations de nature sexuelle d'une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d'une rémunération ou d'une promesse de rémunération ».

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  • LE CANNABIS, UNE PASSION FRANÇAISE

    Théophile Gautier, auteur du Club des Haschichins, un récit sur les amateurs de cannabis à Paris à la fin du XIXe siècle, parmi lesquels Baudelaire, Delacroix et lui-même.

    NEWS NEWS NEWS D’après les études publiées en 2013 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), le cannabis est la première substance illicite consommée par les adolescents : 41,5 % des jeunes de 17 ans ont déclaré en avoir fumé au moins une fois ; 22,4 % d’entre eux l’ont fait dans le mois écoulé – le plus souvent le week-end, dans « un cadre festif » – et 5 % en font un usage régulier « problématique ». Ce sont les plus hauts chiffres d’Europe dans cette classe d’âge. Un inquiétant paradoxe car en France fumer un joint relève du pénal. Comment l'expliquer ? Enquête.

    La France, qu’on dit morose, aime aussi planer. Tous âges confondus, selon l’OEDT (Observatoire européen des drogues et des toxicomanies), l’Hexagone vient aujourd'hui en deuxième place, juste après le Danemark, un peu avant les Tchèques, les Espagnols et les Anglais : 13,4 millions des Français qui ont entre 15 et 64 ans ont pris du cannabis au moins une fois, soit une personne de cette tranche d’âge sur trois.

    Parmi eux, 3,8 millions l’ont fait dans l’année et 1,2 million se disent des consommateurs réguliers, fumant au moins dix fois dans le mois. Ce sont, en majorité, des jeunes de 17 à 25 ans qui préfèrent le haschisch aux autres produits illicites (cocaïne, héroïne, hallucinogènes), ces derniers tentant 2 % à 3 % d’entre eux. Après 26 ans, le nombre d’amateurs de cannabis chute de moitié (entre 2 % et 4 % après 44 ans).

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  • LA CULTURE TOUCHE LE FRONT

    Jeanne d'Arc, une des nombreuses références historiques du FN, pour qui la "France éternelle" est entrée en décadence  (DR)Jeanne d'Arc, une des nombreuses références historiques du FN, pour qui la "France éternelle" est entrée en "décadence" (DR)

     NEWS NEWS NEWS. Partout où il présente de candidats aux élections municipales, le Front National tient un discours à lissé, à la fois social, anti-système et traditionaliste. Tous les propos inquiétants, anti-démocratiques ou racistes ont été bannis, et leurs auteurs rétrogradés ou exclus du parti - dont acte. Pourtant, dès qu'on regarde de près les programmes culturels des candidats frontistes, on peut s'interroger sur la réalité de cette mue républicaine. Le vieux discours d'extrême droite est toujours là, condamnant "la décadence" de tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Enquête.  

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    A part le mot « merde », qui est « peut-être un peu fort », Jean-Claude Philipot «assume totalement » le libelle contre les collections du fonds régional d’art contemporain de Champagne-Ardenne (FRAC) qu’il a publié le 29 novembre 2013 sur le site officiel du Front national. Intitulé « FRAC : un écrin pour de la merde », le texte de ce commissaire-colonel à la retraite, directeur de campagne de Roger Paris, candidat FN à la mairie de Reims, fustige « les pseudo œuvres qui pourraient parfois être réalisées par un enfant de 5 ans voire par un animal auquel on aurait mis de la peinture sur les pattes et la queue (…) et devant lesquelles les bobos de la gauche caviar ou plus simplement les snobs s’extasient pour faire “moderne” et se distinguer de ce peuple qu’ils méprisent et qui trouve affreux ces “machins” ».

     « Il fait peur », écrit le 2 décembre le quotidien régional L’Union-L’Ardennais, ajoutant : « Le vernis du nouveau style du FN ne tient pas longtemps. » De son côté, la directrice du FRAC, Florence Derieux, réagit : « Ces gens-là ne savent plus quoi faire, quoi dire, pour être médiatisés. Tout ce qui est écrit dans ce texte est une aberration. Quand on est tiré vers le bas par quelqu’un qui ne sait pas de quoi il parle, c’est dur. » Elle rappelle que pour ses 30 ans, le FRAC Champagne-Ardenne a organisé, entre 2012 et 2014, 30 expositions où il a montré plusieurs dizaines des 788 œuvres qu’il a acquises depuis 1984.

     Quelle politique culturelle le FN va-t-il défendre pour Reims ? Dans son bureau de campagne, M. Philipot, ancien délégué national du groupement catholique intégriste Civitas, appelle à la création d’un fonds rémois d’art figuratif (FReaF) pour rivaliser avec le FRAC. Il défend le lancement d’« ateliers itinérants d’artistes et d’artisans destinés à sensibiliser le public à l’amour d’un vrai métier et à la culture du beau ». Il milite pour des fêtes johanniques (festivités traditionnelles rémoises en souvenir du sacre de Charles VII par Jeanne d’Arc) « plus importantes que celles d’aujourd’hui et véritablement médiévales », avec « des groupes folkloriques ». Une proposition qui étonne les responsables de la mairie (PS) : les prochaines fêtes johanniques, le 31 mai, accueilleront quelque 200 artistes, un « spectacle de feu », 140 artisans et un grand cortège musical et théâtral médiéval comptant plus de 800 figurants. Ils n’ont pas attendu le FN pour en faire une fête populaire, fondée sur l’histoire.

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