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ENTRETIENS À VIF

  • SADE NOUS CONCERNE TOUS. ENTRETIEN AVEC ANNIE LE BRUN

     Man Ray,  Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade 1938 Oil on canvas with painted wood panel 24 1/4 x 18 3/8 in. The Menil Collection, Houston, Texas Portrait imaginaire de Sade par Man Ray © 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris Man Ray, Portrait imaginaire de D. A. F. de Sade (1938) The Menil Collection, Houston, Texas© 1999 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris

    NEWS NEWS NEWS L’exposition « Sade. Attaquer le soleil », présentée au Musée d’Orsay de Paris - 500 pièces présentées, 14 films - ouvre ses portes. Elle sera visible jusque fin janvier. La commissaire générale de l'exposition est Annie Le Brun, auteur de "Sade, soudain un bloc d'abîme, Sade" (Folio, 2014, réédition).  Les relations de Sade (1740-1814) et d’Annie Le Brun forment une longue histoire passionnelle. En 1977, elle préfaçait déjà la première édition des œuvres complètes du « divin marquis » par Jean-Jacques Pauvert – en 1945, la publication d’Histoire de Juliette avait valu dix ans de poursuites judiciaires à l’éditeur.  Cet entretien a été réalisé pendant l'accrochage de l'exposition (publié dans Le Monde Culture&Idées).

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    On fête le marquis de Sade comme un classique, on l'expose, on le publie, on le commente, on l'analyse, lui qui a été si longtemps interdit, considéré comme un maudit. Cherche-t-on à le neutraliser?

    Sade résistera à toute neutralisation, je crois qu’avec lui on peut être rassuré. On ne lit sans doute pas plus Sade aujourd’hui qu’hier, mais on l’enveloppe des plus diverses analyses historiques, psychologiques, médicales, linguistiques, comme pour nous protéger de l’abîme auquel il nous confronte. Une grande entreprise de normalisation a commencé. La forme moderne de la censure n’est plus d’interdire, mais de désamorcer, par excès de commentaires, d’interprétations, par une sorte de gavage qui finit par tout rendre équivalent. Mais l’œuvre demeure, irréductible.

    Qu’est-ce qui résiste chez Sade, qui nous concerne aujourd’hui ?

    L’extraordinaire chez Sade est qu’avant Nietzsche, avant la psychanalyse, il mette la pensée à l’épreuve du corps. Il met vraiment la philosophie dans le boudoir, à l’inverse de tous les autres qui, dans le meilleur des cas, font de l’érotique une dépendance de leur système. Lui, au contraire, nous révèle que l’exercice de la pensée n’est pas une activité abstraite, mais qu’elle est déterminée par les mouvements des désirs et que sa source est avant tout pulsionnelle. C’est la phrase fameuse dans Histoire de Juliette : «On déclame contre les passions sans songer que c’est à son flambeau que la philosophie allume le sien.»

    Tel est ce qui caractérise la pensée sadienne. Ses héros ne pensent jamais à froid, ils dialoguent, ils prennent du plaisir, il y a chez eux un perpétuel « échauffement » de l’esprit, une continuelle surenchère de l’imagination érotique sur le raisonnement, qui en est troublé. Et ce trouble se communique au lecteur, subjugué à son tour. D’ailleurs Juliette, l’héroïne favorite de Sade, le dit bien : « Ma pensée est prompte à s’échauffer », révélant comment la pensée se met en mouvement. Sade est le premier à nous dire cela, et, plus encore, à nous le faire ressentir…

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  • J-M G LE CLÉZIO : "JE N'AI PAS UNE IDENTITÉ MALHEUREUSE MAIS MULTIPLE, COMME ÉNORMÉMENT DE GENS"

    Jean-Marie Gustave Le Clézio, en 2013. | LEA CRESPI/PASCO

    NEWS NEWS NEWS. Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, né à Nice en 1940, est de nationalité française et mauricienne, de père anglais, et parfaitement bilingue. Il beaucoup voyagé, s’est intéressé aux cultures amérindiennes et a raconté à sa manière la colonisation du Sahara occidental dans Désert (Gallimard, 1980). Dans cet entretien, réalisé en juin au festival des Etonnants Voyageurs de Saint Malo,  il prend la défense du multiculturalisme, aujourd’hui tant décrié dans la classe politique, et très débattu au cours de ces rencontres littéraires .

    Par votre histoire personnelle, vous vous dites multiculturel de naissance, pourriez-vous nous en parler ?

    Je suis né en France en 1940 dans une famille d’origine bretonne émigrée à l’île Maurice, en ce sens je suis français, mais sous influence. Mon père, lui, était mauricien, donc britannique à l’époque. Il faut comprendre que l’île Maurice connaissait un curieux état de schizophrénie, du fait qu’elle a été colonisée par la France de 1715 jusqu’en 1810, puis par les Anglais. Nombre de familles mauriciennes furent scindées entre ceux qui soutenaient l’Angleterre et ceux qui faisaient de la résistance, le plus souvent des femmes, qui ne suivaient pas toujours des études, et rechignaient à adopter la langue anglaise. Cela a produit des familles bizarres, avec des hommes plutôt anglophiles et des femmes francophiles. Ma famille n’a pas échappé à cette situation. Ni moi…

    Vous étiez donc britannique, mauricien, bilingue tout en vivant en France…

    En effet, j’avais la nationalité britannique, tandis que ma mère cultivait l’amour de la France et accusait l’Angleterre des pires méfaits : d’avoir brûlé Jeanne d’Arc, bombardé la flotte française à Mers El-Kébir en 1940, j’en passe. Quand j’ai fait la connaissance de mon père, à 10 ans, il a voulu qu’on lui parle en anglais. Il n’arrêtait pas de critiquer la France, il défendait le colonialisme anglais, qu’il disait plus respectueux des populations que les Français. Il exerçait une discipline de fer à la manière de l’armée britannique, nous dressant mon frère et moi avec sa canne en bois. En même temps, il avait une bonne bibliothèque anglaise où l’on trouvait Shakespeare, Conrad, Dickens. Ma mère, elle, avait hérité de la bibliothèque classique française de ses parents, qui allait de Chateaubriand à Alphonse Daudet. J’ai beaucoup lu dans les deux langues. Le résultat, c’est que j’étais très partagé, avec une identité composite, nourrie de plusieurs cultures…

    Cette identité était-elle « malheureuse », pour reprendre le titre d’un essai récent d’Alain Finkielkraut ?

    Il me semble que ce livre est l’un des plus inquiétants publiés ces dernières années. Il défend une pensée uniculturelle. A la différence de son auteur, je me suis posé la question d’écrire en français ou en anglais, alors que je vivais en France. Pour plaire à mon père, j’ai commencé par produire des textes en anglais mais, heureusement ou malheureusement, je ne sais pas, ils ont été refusés par les éditeurs anglais. Je suis passé au français, une très belle langue, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier l’anglais. Etudiant, j’ai même pensé à devenir un citoyen britannique à part entière, sans doute encore pour satisfaire mon père. C’était facile, j’avais un passeport britannique, même s’il portait la lettre infamante C, « Consular », qui signifiait que ma naissance avait été déclarée au consulat. Je me suis installé à Bristol, puis à Londres, où j’ai passé quelques années. Puis, j’ai eu envie de revenir en France. En fin de compte, mon identité n’est pas malheureuse mais multiple, comme celle d’énormément de gens…

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  • LE BOTANISTE FRANCIS HALLÉ NOUS RACONTE L'EXTRAORDINAIRE CRÉATURE QU'EST L'ARBRE

    Arbres-carquois menacés de disparition, Namibie, Afrique. Photo : Sara & Joachim flickr CC

    Arbres-carquois menacés de disparition, Namibie. Photo : Sara & Joachim / Flickr/DR

    News News News . Dans le film Il était une forêt de Luc Jacquet (le réalisateur de La Marche de l’empereur) sorti en alles le 13 novembre, le botaniste de renommée internationale Francis Hallé nous emmène dans un voyage beau à pleurer sur les cimes des forêts tropicales, l’extraordinaire royaume de la canopée – aujourd’hui menacée.

    Jeune naturaliste, a peine a-t-il levé la tête vers le feuillages, Francis Hallé a compris sa mission, explorer cet univers inconnu déployé sous le ciel, où la faune et la flore se déploient comme nulle part ailleurs, qui est aussi « le monde des chants et des bruits de toutes sortes ». En 1983, hanté par son projet, il gagne Annonay, où se déroule le bicentenaire de la création de la montgolfière. Il veut rencontrer des pilotes avisés. Comment, pour mieux l’étudier, survoler en ballon la forêt équatoriale, où le vent souffle parfois fort, tout en transportant plusieurs hommes ? C’est là qu’il rencontre Dany Cleyet-Marrel, un aéronaute qui a survolé le Sahara et le Mont blanc en ballon à air chaud. L’homme décide de tenter l’aventure. Les deux compagnons rencontrent bientôt l’architecte Gilles Ebersolt qui, à 16 ans, a inventé un " ballon à dévaler les collines et fabrique des cabanes suspendues en pleine forêt.

    C’est ce trio extraordinaire digne de Jules Verne qui va s’ingénier à mener l’exploration de cette l’île végétale qu’est la canopée. Gilles Ebersolt construit à la fin des années 1980 le "radeau des cimes ", une grande plate-forme faite de gros boudins gonflés, soutenant un filet d’aramide où marchent les hommes, équipée de matériel d’observation. L’aéronaute Dany Cleyet-Marrel utilise un dirigeable, pour le déposer aux meilleurs endroits. Françis Hallé y installe un laboratoire d’observation. Début 1990, la société japonaise de communication Dentsu leur finance un grand film documentaire sur les toits des forêts amazoniennes et guyanaises. Et puis les aventures se succèdent…

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  • ROMS ET BOHEMIENS, LA CHASSE CONTINUE

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    (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Le séjour des « minorités Roms ne saurait se traduire par la multiplication de campements insalubres et dangereux » déclarait déjà il  y a un an, le 14 août 2012, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, avant d’autoriser le démantèlement de plusieurs lieux de vie misérables - invariablement appelés des "campements" alors que les Roms ne sont pas nomades - poursuivant en cela la politique de refoulement inaugurée par le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Il continue aujourd'hui cette politique, la ponctuant de propos alarmistes, déclarant que "Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie " (France Inter le 24 septembre), ou encore que seule "une minorité"  veut s'intégrer, insistant sur le fait que "leurs modes de vie sont extrêmement différents des nôtres."

    Les associations qui soutiennent les Roms, et cherchent des solutions à leur hébergement et leur intégration dans la communauté européenne, ne comprennent pas cet acharnement contre des populations très défavorisées, déjà maltraitées en Hongrie et Roumanie - qui représentent, faut-il le rappeler, environ 20.000 personnes en France. La réponse à cette interrogation est à chercher, d'après Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne en charge de la justice et des droits fondamentaux, dans l'approche des élections municipales en France : "Si je ne me trompe, il y a de l'élection dans l'air en France, et à chaque fois qu'on ne veut pas parler de choses importantes, comme le budget ou les dettes, on trouve les Roms". Pour elle, une fois de plus, les Roms sont instrumentalisés à des fins électoralistes : très peu mais très visibles, misérables et sans droit, incapables de se défendre et s'organiser, ils sont le bouc émissaire idéal, le symbole de l'étranger haïssable.

    Mais qui sont les « Roms », d’où vient ce terme devenu infamant qui court les journaux ? Quelle réalité humaine recouvre-t-elle en Europe de l’Est ? Est-il vrai qu'ils ne vivent pas comme les autres Européens, restent rétifs à toute intégration, comme le prétend le ministre de l'Intérieur, tout en s'acharnant à rendre leur vie plus précaire, les poussant de plus en plus vers la mendicité - et donc une visibilité inquiétante - et pour certains, vers une délinquance de survie. D'après Marion Cadier d'Amnesty International, 11 000 personnes ont été évacuées de leurs lieux de vie en France pendant l'année 2012,10 000 personnes au cours du premier semestre 2013, 3 700 personnes l'été 2013. Cela sans rien régler quant à leur hébergement, tout en les précarisant plus encore.

    A-t-on oublié que les Roms furent mis en esclavage en Roumanie et en Hongrie du XIVe au XIXe siècle, puis déportés en camp de concentration et exterminés entre 1939 et 1945 ? Ethnologue parlant le romanès, la langue des Roms, docteur de l’université de Paris X, Martin Olivera, qui a dirigé le numéro d’« Etudes tsiganes » consacré à l’histoire des Roms de Roumanie, a répondu à nos questions sur la douloureuse destinée de ces populations.

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     Quand les Roms ou Tsiganes arrivent-ils en Europe de l’Est ?

    On trouve le terme « Tigan » pour la première fois dans les archives de Valachie en 1385. Le terme provient du turc « cingene », probablement dérivé en grec « Atisgani », qui donne « Cigàny » en Hongrois, « Zigeuner » en allemand et « tsigane » en Français. À l’époque (fin du Moyen-âge, début de l’époque moderne) on assiste à d’importantes migrations dans l’Europe balkanique et l’Anatolie, du fait de la désagrégation de l’empire byzantin et de l’expansion ottomane notamment. Ceux qu’on appellera Tigani arrivent alors dans ces territoires qui sont aujourd’hui la Roumanie et la Hongrie…

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  • L'EXTRAORDINAIRE HISTOIRE DU PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2012, L'ÉCRIVAIN CHINOIS MO YAN - CE QUI SIGNIFIE "NE PAS PARLER"

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    NEWS NEWS NEWS. Alors qu'il vient de recevoir le prix Nobel de littérature, voici le récit de deux rencontres avec Mo Yan, un des écrivains les plus talentueux et les plus prolifiques de Chine, l'auteur du vertigineux "Beaux seins, belles fesses"- où défilent les 60 dernières années de l'histoire chinoise. Au cours de ces entretiens, Mo Yan nous livre sa vision à la fois très critique, et haute en colère et en couleurs, du communisme, presque toujours décrit à partir des campagnes. Déjà, dans  "La dure loi du karma" (Seuil, 2009),  il racontait dans le détail la vie d'un gros bourg de la région de Gaomi pendant les exactions et les délires collectivistes du "Grand Bond en Avant", puis de la "Grande Révolution Culturelle" - cela du point de vue d'un "paysan moyen" se réincarnant  en âne, en bœuf, en cochon, en chien ou en singe à chaque changement politique. Un roman animalier désopilant, doublé d'une satire politique féroce...

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    « Mo Yan » signifie « Ne pas parler ». Un paradoxe quand on connaît ses romans torrentiels. De son véritable nom, Moye Guan, l’écrivain a conservé les deux caractères chinois de son prénom, la négation « Mo ! » et « Yan », la parole. Pourquoi ce surnom ? Il s’en explique dans un petit hôtel du sixième arrondissement, impassible, un visage rond comme la lune. En Chine communiste, pendant toute la période maoïste, il fallait mieux ne pas s’exprimer en public. Ses parents lui répétaient : Moye, proteste à la maison, mais ment en public. En changeant de nom, le jeune écrivain s’adressait un avertissement : retiens ta langue. De dramatiques événements d’enfance ont beaucoup joué dans ce choix. À dix ans, né dans une famille de huit enfants, le petit Moye fut renvoyé de l’école comme « mauvais élément » au début de la « grande révolution culturelle prolétarienne » (1965-1976). Ses grands parents et un de ses oncles étaient considérés comme des « droitiers » et des « paysans aisés » - « mon grand père possédait quelques acres et quelques vaches, cela suffisait pour être dénoncé comme ennemi de classe à l’époque » - mais aussi, ajoute-t-il, imperturbable : « J’avais mon franc-parler. C’est ce qui m’a valu d’être chassé.» Difficile de douter du franc-parler de « Mo Yan - Ne parle pas ». Depuis, l’écrivain a libéré une langue sarcastique, iconoclaste, rabelaisienne, haute en verve, dans dix gros romans, vingt courts et plusieurs dizaines de nouvelles - si bien qu’aujourd’hui, après qu’il ait obtenu en 1997 le China's Annual Writer's Award, on vient de lui attribuer le prix Nobel de liitérature.

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  • "IL Y A TROP D'ÉTRANGERS" DECLARE NICOLAS SARKOZY. UN DÉMOGRAPHE CHERCHE À COMPRENDRE. TROP, C'EST TOUJOURS TROP, SUR QUEL CRITÈRE L'ÉTABLIR ?

    Après les meurtres odieux perpétrés à Toulouse et Montauban par un homme isolé, se réclamant du salafisme, l’immigration et l’Islam sont redevenus des thèmes centraux de la campagne présidentielle. Si tous les partis tombent d’accord pour renforcer la lutte contre l’islam radical, les positions se durcissent sur la question des migrants. Le Front National veut réduire à 10.000 les entrées d’étrangers en France et la réouverture des frontières nationales, dénonçant les accords de Schengen et le pacte de libre circulation européenne. Après avoir déclaré sur France 2 qu’il y avait « trop d’étrangers en France », Nicolas Sarkozy entend lui aussi revenir sur Schengen et réduire l’immigration de moitié. Nous avons demandé à François Héran, démographe, spécialiste des questions de l’immigration à l’Ined – l’Institut National des Études Démographiques qu’il a dirigé de 1999 à 2009 – comment il analysait ces réactions au regard des études récentes sur l’Islam français et l’immigration.

    ENTRETIEN AVEC FRANÇOIS HÉRAN, DÉMOGRAPHE À L'INED

    Depuis que l’on sait que l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban se disait salafiste, on entend dire que cette mouvance radicale a été sous-estimée en France ? Les enquêtes confirment-elles ces analyses ?

    Selon une enquête du Pew Center menée au printemps 2006 dans les principaux pays européens, les deux tiers des musulmans de France se disaient préoccupés par l’extrémisme islamique. Ainsi 93 % des musulmans de France ne faisaient pas confiance à Ben Laden, 71 % étaient opposés à l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran. Toutefois 16%, approuvaient les attentats-suicides pour riposter aux atteintes à l’islam. Quand 50% des musulmans britanniques ressentent « un conflit naturel entre le fait de pratiquer l'islam et le fait de vivre dans une société moderne », 72 % des Français musulmans perçoivent le contraire.

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  • "LE SARKOZY SANS PEINE", PAR PATRICK RAMBAUD, PRIX GONCOURT

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    NEWS NEWS NEWS. Prix Goncourt 1997 pour "La bataille" (Grasset), roman historique consacré à Napoléon, Patrick Rambaud écrit depuis 2007 les moqueuses « Chroniques du règne de Nicolas 1er » (Grasset), énorme succès de librairie. Après cinq années à décortiquer chaque jour les faits et gestes de notre "Prince Survolté", il dit, alors que sort sa cinquième chronique, rire jaune. Rencontre.

    « Je l’ai trouvé pâlot et mal à l’aise. Petite mine. On a l’impression qu’il n’y croit plus. Nous sommes loin du conquérant de 2007 ! ». Le 15 février Patrick Rambaud a regardé la déclaration d’investiture de Nicolas Sarkozy sur TF1. Cela fait cinq ans qu’il raconte à la manière du duc de Saint Simon la geste de notre « Gigotant Monarque » dans ses « Chroniques du règne de Nicolas 1er », un succès considérable en librairie (100,000 exemplaires chaque opus). « Son histoire d’«appel au peuple» m’a semblé assez cocasse. C’est extraordinaire que le Faramineux Leader du Fouquet’s, du bouclier fiscal et la loi TEPA tonne « Je ne serai pas le candidat d’une petite élite » et se réclame du peuple souverain ! Enfin je dis cocasse, mais il ne me fait plus rire...»

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  • "LES MARCHÉS FINANCIERS GOUVERNENT". ENTRETIEN AVEC ANDRÉ ORLÉAN, ÉCONOMISTE "ATTERRÉ"

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    NEWS NEWS NEWS L'agence de notation  Standard & Poor's a dégradé la note de la France, lui reprochant de perdre en solvabilité du fait d'une politique publique jugée laxiste par les financiers. Depuis, le gouvernement a perdu sa crédibilité économique - il faut dire que le président Sarkozy avait hasardeusement associé le succès de sa politique à la note "triple A" -, tandis que la gauche s'inquiète pour l'avenir du pays et les économistes craignent une spirale défaitiste. Faut-il rappeler que « la politique ne se fait pas à la corbeille », comme disait le général de Gaulle le 28 octobre 1966, quand la bourse plongeait, après avoir exagérément monté en 1962 ? L’ « économiste atterré » André Orléan, directeur de recherche au CNRS, cite cette formule gaullienne dans l'entretien qui suit. Il y critique les politiques français et européens, qu'il trouve par trop assujettis aux décisions des marchés financiers. Il appelle au retour du volontarisme en politique, à l'unité européenne pour soutenir les pays endettés, aux solutions keynésiennes pour réguler les dérives financières.

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  • SYRIE. VOYAGE AU BOUT DE LA PEUR. RENCONTRE AVEC LA ROMANCIÈRE SAMAR YAZBEK, REFUGIÉE À PARIS

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    NEWS NEWW NEWS En dépit des observateurs envoyés par les pays arabes fin décembre, la répression sanglante continue en Syrie. Les manifestations aussi. La peur n'a pas brisé les opposants. Réfugiée à Paris, l’écrivaine Samar Yazbek nous parle de la peur et du courage.

    Le 26 décembre, la Syrie a connu une de ses journées les plus meurtrières. Soixante à soixante-dix soldats de l'armée ont été abattus alors qu'ils tentaient de s’enfuir des garnisons de Kansafra et Kafr Awid, au nord-ouest du pays. Treize personnes ont péri dans la province de Homs, onze a Deraa, neuf dans l'Idleb, trois autour de Deir Ezzor, un prisonnier est mort sous la torture à Hama. À Damas, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants dans le quartier de Midane. Le jeudi 29 décembre, alors qu’une mission de la Ligue arabe se rendait dans les régions soulevées, elles ont encore tué vingt-cinq personnes. À Douma, au nord de Damas, elles ont tiré sur l’immense foule qui manifestait place de la Grande Mosquée, au moment même où un groupe d'observateurs arabes arrivait à la mairie. Ce massacre fait douter ceux qui espéraient un cesser le feu avec l’arrivée d’intercesseurs internationaux. À ce jour, selon une estimation de l'ONU, renseignée par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), la répression en Syrie a fait au moins 5000 morts. Il faut ajouter des milliers de disparus, plus de 10.000 arrestations arbitraires, 15.000 à 20.000 réfugiés, des assassinats ciblés d’opposants, la torture en masse, des viols, des mutilations pour l'exemple.

    Ce 30 décembre, des dizaines de milliers de manifestants ont encore défié la police dans la province d’Idleb. Tous savent ce qu’ils risquent. Pourtant, ils continuent...  Il faut voir les manifestants crier et bondir tous ensemble face aux soldats armés sur les films amateurs d’Internet. Il faut lire les témoignages de leur bravoure sur les blogs, alors que leur sang coule. À quel moment le courage l’emporte-t-il sur la peur ? Quand décide-t-on d’affronter la mort ? De se sacrifier pour une révolution qui avance les mains nues ?

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  • L'ARBRE, NOTRE TRÈS PRÉCIEUX ALLIÉ

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    NEWS NEWS NEWS L’année internationale de la forêt s’achève, le mois de l’arbre urbain -  octobre 2011 -  est passé, la France vient de signer le protocole international de Nagoya sur la biodiversité, le botaniste Francis Hallé appellé les élus à respecter les arbres citadins, tous ces événements nous le confirment : nous ne saurions vivre sans nos vieux compagnons et citoyens tranquilles, les arbres.

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    Donnez-moi un arbre et je sauverai le monde, nous dit le botaniste Francis Hallé, qui vient de publier "Du bon usage des arbres. Pladoyer à l'attention des élus et des narques" (Actes Sud). Par lequel commencer ? Le platane que planta Buffon en 1785 à l’entrée du Jardin du Plantes. D’abord, les visiteurs peuvent constater sa grande forme 226 années après, "alors qu’il n’a jamais été taillé  ".Car le platane vit très longtemps, comme de nombreux arbres. Ils sont même « potentiellement immortels » précise Hallé : « Si un homme est sénescent, c’est-à-dire programmé à mourir, pas un platane.». Après la chute des feuilles, la vie repart au printemps, et l’arbre retrouve son génome juvénile. Il est régénéré. S’il n’était pas agressé par les éléments, les accidents, les maladies, ou les humains, le platane, comme beaucoup arbres, vivrait des siècles. « Quand on dit un platane ou olivier centenaire, on parle d’un gamin en culotte courte » s’amuse Hallé, qui connaît un olivier de 2000 ans à Roquebrune-Cap-Martin - dans ce midi, où les platanes apportent ombrages et fraîcheur. Ajoutons que l’olivier comme le platane, et la plupart des arbres, créent des colonies. Il distribue des graines alentour, car l’arbre est sexué, mais étend aussi des racines à partir desquelles, par réitération ou clonage, des descendants poussent. « En cela, explique le botaniste, l’arbre ressemble  à un récif de corail. ». Voilà pourquoi on trouve des platanes centenaires entourés de vieux frères, mais encore des peupliers se réitérant depuis 10 000 ans dans l’Utah, des larrea de 13000 ans dans le désert de Mojave, et un houx royal vieux de 43000 ans, s’étalant sur un kilomètre, en Tasmanie. « Toute l’histoire de notre espèce zoologique tient dans la vie d’un arbre. Cela devrait nous ramener à une certaine humilité » philosophie Francis Hallé. C’est sans doute là le premier service que nous rend l’arbre…

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