mardi, 19 février 2013

UN PSYCHOLOGUE AU CHEVET DE L'ÉCONOMIE... ET DES FINANCIERS

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NEWS NEWS NEWS Alors que le ministre de l’économie, Pierre Moscovici, défend son projet pour réguler les activités bancaires, il faut lire le dernier essai de Paul Kahneman, le psychologue prix Nobel d’économie 2002 (de passage à Paris fin 2012), qui analyse sans concession dans son dernier essai les travers de comportements des financiers, des traders et des acteurs de l'économie - et accepté d'illustrer sa pensée avec des exemples d'actualité (article paru dans Le Monde Culture&idées du 15/01/13)

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Le 23 octobre 2008 est pour Daniel Kahneman « un des moments les plus émouvants de la crise économique » de 2007-2008. Ce jour-là, Alan Greenspan, l'ex-président de la Réserve fédérale américaine, surnommé le « maestro » de la finance, reconnaît devant le Congrès s'être trompé sur la capacité des marchés à s'autoréguler et sur celle des acteurs de l'économie à agir rationnellement - bref qu’il qu’il a été fourvoyé par deux des grands dogmes de l’orthodoxie économique néo-libérale.

Daniel Kahneman, né en Israël en 1934, obligé de porter l'étoile jaune à Paris durant l'Occupation, est professeur à l'université de Princeton. Il est le seul psychologue à avoir obtenu le prix Nobel d'économie (en 2002) pour sa « théorie des perspectives ». Pour lui, Alan Greenspan a gravement sous-estimé « les facteurs psychologiques » et « les erreurs cognitives » qui faussent les raisonnements des acteurs économiques et financiers, ce qui les pousse parfois à prendre des décisions déraisonnables, voire  catastrophiques, comme on a l'a vu pendant la crise des subprimes et comme on le constate encore.

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samedi, 15 décembre 2012

AU PLAISIR DES FEMMES

Photos : Sasha KURMAZ

« Mon coeur bat la chamade, et sous son regard scrutateur, j’ai viré au rouge pivoine. Non seulement, il est beau, mais il représente le summum de la beauté masculine. Et il est là, devant moi. ». « Cinquante nuances de Grey » de la britannique E.L James commence comme un roman à l’eau de rose. Il en a le style. L’histoire aussi. Anastasia Steelle, étudiante en littérature naïve et désargentée, toujours vierge à 22 ans, interviewe pour le journal de la fac Christian Grey, un chef d’entreprise milliardaire de 27 ans. Coup de foudre entre l’oie blanche et le jeune « dieu grec ». Il la raccompagne en hélicoptère, puis l’emmène dans son immense appartement. Là, « O mon Dieu », Anastasia découvre une grande croix de bois bardée de menottes de cuir, tandis que le golden boy lui propose de devenir sa « Soumise ». Anastasia rechigne un peu, puis accepte : « « Faire plaisir à Christian. Tout d’un coup, je me rends compte, que, oui, c’est exactement ce que je veux. C’est une révélation ». Plusieurs séances de fouettage plus tard, assortis d’innombrables clichés - «Cette douleur exquise me coupe le souffle. Je gémis et mes mains se crispent dans ses cheveux » - l’héroïne connaît les affres du doute amoureux : « M’a-t-il déjà fait l’amour ? Pour lui, ça n’a toujours été que de la baise. » Déçue, elle décide de le quitter. La suite au tome deux.

« Cinquante nuances de Grey » est une romance façon Harlequin truffée de scènes érotiques. C’est un nouveau genre littéraire. Publié en juin 2011, le livre connaît en 2012 un extraordinaire succès. Vingt-cinq millions d’exemplaires sont vendus au Royaume-Unis. Cinquante millions autour du monde. En France, les éditions Jean-Claude Lattès en écoulent 175000 exemplaires la première semaine d’octobre. Comment expliquer cet engouement planétaire ? Les romans d’amour à la manière de Barbara Cartland ou Nora Roberts, les nombreuses collections « Passions » ou « Promesses » ont toujours attiré un nombre considérable de lectrices - Barbara Cartland a vendu un milliard d’ouvrages. Cette fois, avec « Cinquante nuances de Grey », on entre dans le lit princier avec Cendrillon. Nous changeons  d’époque. On constate que lectorat féminin sentimental ne craint plus d’entendre parler de sexualité. Au contraire. Sa mise en scène (« Et maintenant, je vais vous baiser, Melle Steele » dit Christian le premier soir), sa crudité (le mot « sexe » revient 44 fois, le plaisir « anal » est évoqué 10 fois, l’usage de « menottes » 12 fois), ses élans physiques (« mouillée » revient souvent,  « excitée » 21 fois, « O mon Dieu » 28 fois) plaisent.

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lundi, 12 novembre 2012

UNE FRANCE POUR MOITIE CATHOLIQUE, MAIS NE PRATIQUANT PLUS, 63% D'ATHÉES CHEZ LES 18-24 ANS, ET DE PLUS EN PLUS DE JEUNES MUSULMANS. UN PAYS MULTICULTUREL.

NEWS NEWS NEWS. Les années passent et les Français se montrent de plus en plus irréligieux. étaient 80% à se dire catholiques en 1966, ils ne sont plus que 51% en 2007, et à peine 5% vont régulièrement à la messe – surtout des gens âgés. Si le protestantisme reste stable, revendiqué par 2,1% des Français, comme la religion juive, 0,6%, l’athéisme progresse. En 2012, 35 % de la population et 63% des 18-24 ans se disent « sans religion ». Pendant ce temps, en quinze ans, seconde religion de France, l’islam a doublé ses fidèles en France avec 2,1 millions de musulmans « déclarés » (3,2% de la population) et 800000 pratiquants, soit un tiers des immigrés et leurs descendants venus de pays musulmans - ce qui, rappelle le sociologue des religions Claude Dargent, casse le poncif qu’ils sont tous pratiquants (16% se disent « sans religion »). Beaucoup de ces musulmans sont français. Et les plus pratiquants sont les plus jeunes. Pourquoi ? Enquête.

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Des études de Sciences Po (Cevipof) en 2005 et du Pew Center en 2006 l’annonçaient, on compte en France de plus en plus de jeunes musulmans. À l'inverse de la «population majoritaire», dont la jeunesse se sécularise, l'islam attire la nouvelle génération issue de l'immigration. Le rapport de 2011 « Les banlieues de la République » (Gallimard), publié par Gilles Kepel, une enquête sur la jeunesse de Clichy et Montfermeil, haut lieu les émeutes massives de l’automne 2005, le confirme. « Dans ces banlieues, nous dit Kepel, le grand récit fondateur de la France moderne, selon lequel la nation était toujours capable d’intégrer a été mis à mal. La colère et l’islam se sont développés partout où la République a échoué.» Bien sûr, le Clichy musulman décrit par Kepel n’est pas toute la banlieue, et des enquêtes nuancent le radicalisme de cette islamisation. La grande majorité de ces jeunes espèrent réussir en France, s’inscrivent sur les listes électorales, surfent sur Internet, baignent dans la culture mondialisée, développent des « sous-cultures » originales et des personnalités étoffées. À rebours de leurs parents marqués par la « double absence » de l’immigré (bien décrite par le sociologue algérien Abdelmalek Sayad), ils s’intègrent à notre société, mais sans se dissoudre. Beaucoup revendiquent leur religion. L’étude Pew Center de 2006 remarque cependant que 72 % des Français musulmans ne ressentent pas « un conflit naturel entre le fait de pratiquer l'islam et le fait de vivre dans une société moderne ». Cela a fait dire aux alarmistes que 28 % voient peut-être une contradiction entre leur religion et les lois de la République. Ils ajoutent que ce sondage a déjà six ans et date sans doute - selon Gilles Kepel en effet, l’islamisation des jeunes est récente et rapide.

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vendredi, 05 octobre 2012

L'HOMME, UN ANIMAL SUICIDAIRE ?

385a9a60.jpegNEWS NEWS NEWS. Depuis l’échec du sommet de Rio cet été, on invoque beaucoup l’analyse du géographe Jared Diamond sur le rôle majeur des dégâts environnementaux dans le déclin rapide des sociétés. Alors que du fait de la crise économique, les exigences écologiques passent au second plan et les « écosceptiques » semblent l’emporter, sur fond de conférence sur l’environnement en France, que nous dit l’auteur d’ « Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou leur survie » ? Rencontre (cet article a été publié dans Le Monde Culure&Idées du vendredi 29 septembre)

Il habite à Bel Air, quartier très chic aux jardins luxuriants de Los Angeles, dans une grande maison de bois pleine de gravures animalières. Avec son collier de barbe, ses 74 ans, il fait penser à un vieux prêcheur amish. Il en impose. Il faut dire que ce professeur de géographie de l’UCLA, la vénérable université de la Cité des Anges, biologiste évolutionniste réputé, fait à nouveau parler de lui après l’échec du sommet de la Terre, cet été, à Rio de Janeiro, où aucune mesure n’a été prise pour rendre notre planète plus durable. 

Depuis, beaucoup se demandent si Jared Diamond n’a pas raison. Si l’humanité ne court pas au désastre écologique, comme il nous en a mis en garde dans son essai « Effondrement » (2005). Dans ce best seller mondial, partout âprement discuté par l’élite scientifique, il montre comment, dans l’histoire, à plusieurs reprises, les destructions de notre environnement ont contribué à l’écroulement de sociétés humaines. L’auteur va même jusqu’à parler d’« écocide » : le génocide écologique. Si certains critiquent son « catastrophisme », le comparent à Malthus, Jared Diamond continue à donner des conférences dans le monde entier, explicitant ses thèses, appelant l’humanité à se ressaisir.

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samedi, 04 août 2012

HAPPY BIRTHDAY MARILYN MONROE

Quatre mois avant sa mort, le 19 mai 1962, Marilyn Monroe chante
au Madison Square Garden pour l'anniversaire de John F. Kennedy.

Voir le le film

NEWS NEWS NEWS. Marilyn Monroe, décédée dans la nuit du 4 août 1962, aurait eu 86 ans aujourd'hui. Voici l'histoire de son héritage, suite à son testament contesté de 1961 (une version plus courte de cette enquête a été publiée dans Le Monde du vendredi 3 août 2012)

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Marilyn Monroe écrit son testament le 14 janvier 1961, à 34 ans, à une période douloureuse de sa vie. Elle vient d’annoncer aux journaux son divorce avec l’écrivain Arthur Miller. Le tournage de son film « Les désaxés » (« The Misfits » de John Huston), a été une épreuve : elle se disputait sans cesse avec son mari, prenait des barbituriques à hautes doses. Sa comédie avec Yves Montand, « Le Milliardaire » (« Let’us make love » de George Cukor, 1960) a fait un flop. Certains journaux la disent finie. L’actrice s’est installée à New York pour suivre à nouveau les cours de l’Actors Studio. Une chance s’offre à elle. Le maître des lieux, le directeur d’acteur Lee Strasberg, qui a formé Marlon Brando, Montgomery Clift, James Dean, Dustin Hoffman, Al Pacino, dont la femme Paula est devenue le coach de Marilyn, lui propose de la diriger dans « Rain », un téléfilm pour la NBC tiré d’un roman de Somerset Maugham. Marilyn se prépare, écrit à Maughan pour approfondir son rôle. En attendant, désespérée par sa rupture avec Miller, elle consulte chaque jour sa psychanalyste, Marianne Kriss. C’est alors qu’elle rédige son testament. Voilà pourquoi, peut-être, elle lègue 50% de ses biens, revenus et droits - « immobiliers ou mobiliers, de quelque nature qu'ils soient et où qu'ils se trouvent, qu'ils soient saisis ou en ma possession à ma mort, ceux auxquels j'ai droit de quelque façon que ce soit » -  ainsi que ses effets personnels et vêtements (qu’elle demande «de distribuer parmi mes amis et collègues ») à Lee Strasberg son mentor. Les 5O% restants sont destinés pour 25% à Marianne Kris, « pour qu’elle puisse continuer son travail dans les Institutions psychiatriques de son choix». Les derniers 25% vont à sa secrétaire, Mme Reis, si ce reliquat n’excède pas 40000 dollars. Sinon, n’ayant pas d’enfant, son père l’ayant abandonnée, l’actrice laisse 5000 dollars par an à Gladis Baker, sa mère psychiatrisée, 10000 dollars à Berniece Miracle, sa demi-sœur, et des sommes équivalentes à quelques proches.

Le dernier testament de Marilyn Monroe, très contesté

 À peine rédigé, ce testament est contesté. La conseillère financière de Marilyn Monroe, Ines Melson, qui ne reçoit rien, affirme en octobre 1962 que l’actrice était « sous l’influence invalidante » des Strasberg et de son analyste. Miller,  Elle est déboutée par le juge Samuel Di Falco. Aujourd’hui encore, sur le site marilynmonroe.family, ses cousins parlent d’une manipulation de ses dernières volontés par ses proches, alors qu’elle était au plus mal. Plusieurs de ses biographes soutiennent qu’elle allait les modifier, au vu des événements qui ont suivi…

En février 1961, le projet « Rain » avec Lee Strasberg s’écroule. Effondrée, Marilyn Monroe s’assomme aux barbituriques. Craignant qu’elle se suicide, Marianne Kris la fait admettre à la Payne Whitney Clinic à Manhattan, où elle est placée en cellule de sécurité. Quand elle constate qu’elle est enfermée avec les grands agités, comme l’a été sa mère Gladys, l’actrice fait une crise de désespoir, casse une fenêtre, demande à sortir. Les médecins la menacent de la camisole de force. Elle fait passer un message à Lee Strasberg par une infirmière : « Le Dr Kris m’a fait enfermer sous la surveillance de deux imbéciles (…) Je suis enfermée avec les cinglés. Je suis sûre de finir comme eux si ce cauchemar se poursuit. Je vous en supplie, aidez-moi ». Mais les Strasberg n’ont aucun pouvoir sur la situation. Quatre jours plus tard, Marilyn réussit à appeler Joe DiMaggio, son deuxième mari, qui la fait libérer. Il la place dans un centre ouvert, reste près d’elle. Selon Donald Spoto, son biographe le plus sérieux, ils échafaudent alors des plans de remariage.

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mercredi, 06 juin 2012

ISLAMOPHOBIE. UN RÉALISME, UNE NOUVELLE IDÉOLOGIE OU UNE PARANOÏA ?

NEWS NEWS NEWS. Les mouvements d'extrême droite européens, tous en hausse, de tendance nationaliste-sociale ou ultra-libérale, se retrouvent sur un point : la dénonciation de l'immigration musulmane, de l'islam présenté comme une idéologie menaçant nos libertés et voulant imposer la "charia", de l'« invasion » du continent européen par les Arabes, alliée au spectre du terrorisme salafiste. Qui sont les théoriciens de cette nouvelle droite virulente ? Quels sont leurs arguments ? Pourquoi jettent-ils de l'huile sur le feu et appellent à l'affrontement ? Quelle est la réalité de la menace salafiste en France après l'affaire Merah alors qu'un sondage montre que 40% des Français estiment que l'islam est une "menace" et 68% qu'ils ne sont "pas bien intégrés" à la société ? Enquête (publiée en partie dans Le Monde Culture&Idées en juin 2012) 

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Nous sommes sur le plateau de France 2, le 22 avril, au soir du premier tour dela présidentielle. Les résultats tombent. Les Français ont crédité Marine Le Pen de 17,9 %. Exalté, le porte-parole du Front national, Gilbert Collard, annonce la couleur : « On est la nouvelle droite ! C'est vrai que Nicolas Sarkozy, ça paraît bien fini. » Justifié dans ses prises de position par la surenchère du président sortant sur l'immigration et l'islam, réunissant 6,4 millions de voix, le FN se pose en parti d'alternance. Il se prépare à affronter l'UMP en multipliant les triangulaires aux législatives. Il en a les forces. Marine Le Pen est arrivée première ou deuxième dans 116 circonscriptions sur 577, dépassant les 25 % dans 59 d'entre elles.

Ce succès de l'extrême droite, sa conversion en une « droite nationale » rejetant, au moins en paroles, « les formes de xénophobie, de racisme et d'antisémitisme », tout en faisant de la lutte contre l'immigration musulmane son cheval de bataille, fait écho à la percée dans toute l'Europe de formations politiques similaires. Citons le Parti du peuple danois, le Parti pour la liberté néerlandais, le FPÖ et le BZÖ autrichiens, les Vrais Finlandais, le Parti du progrès norvégien, le flamand Vlaams Belang, Droit et Justice en Pologne, Ataka en Bulgarie, la Ligue du Nord en Italie, les Démocrates en Suède, l'Union démocratique du centre (UDC) en Suisse. Tous ces partis dépassent aujourd'hui les 5 % des suffrages, quand ils n'atteignent pas 25 %.

Selon le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, ces formations incarnent l'émergence d'une « nouvelle droite radicalisée ». Leurs programmes oscillent entre deux philosophies très différentes qui s'opposent sur l'économie et les moeurs. Certains, comme le FN, prônent un « nationalisme social »explique Dominique Reynié, de la Fondation pour l'innovation politique. Ils sont eurosceptiques, contre la monnaie unique, ils critiquent la mondialisation, s'en prennent au capital, disent défendre les sans-grade. D'autres, comme le Parti pour la liberté de Geert Wilders, aux Pays-Bas, défendent un « libéral populisme », constate Jean-Yves Camus. Ils défendent l'Europe, le libéralisme, la laïcité et la liberté des moeurs.

Tous ces partis, cependant, comme le constate le politologue autrichien Anton Pelinka, se retrouvent sur un point : une critique virulente de l'islam et du multiculturalisme. Ils « jouent démagogiquement la carte qui consiste à dénoncer l'immigration musulmane pour rallier les perdants de la mondialisation ».

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mardi, 08 mai 2012

LES ADOS, LE PORNO ET LA PANIQUE MORALE DES PARENTS

 

NEW NEWS NEWS. Depuis qu’avec Internet le porno est entré dans la vie des mineurs, il ne se passe pas un jour sans qu’un colloque de psychologie, une convention scolaire, un service gouvernemental, des féministes ou des politiques en débattent. Inquiets. Parfois indignés. Souvent dépassés. En ce début d’année, deux grandes controverses impliquant la pornographie et les jeunes ont fait la Une. D’abord, le rapport de la sénatrice UMP Chantal Jouanno pour le Ministère des Solidarités a dénoncé « l’hypersexualisation » grandissante des filles de 8-12 ans, parlant de « pornification ». Ensuite, l’enquête sur la contraception des adolescentes du Dr. Israël Nisand pour le secrétaire d’Etat à la Jeunesse s’en prend violemment à l’impact de la pornographie sur les mineurs. Chantal Jouanno écrit : «Nous n’avions pas conscience que les codes de la pornographie ont envahi notre quotidien. (…) S’agissant des enfants, elle renvoie à l’hyperérotisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires». Exagère-t-elle ?
Tapez « Femme » sur Google. Sur la colonne centrale, on lit : «Femme Wikipédia», «Femme Evène », «Femme Actuelle » À droite, colonne des annonces : «Femmes canon en cam», «Elles couchent», «Femmes célibataires» (Meetic). Clic sur «Elles couchent. Batifolage.com». Un couple à moitié nu apparaît . Dessous : «Fellation, sodomie, amateur, partouze, gros seins, éjac faciale. C’est un site porno. Avec «Galerie Vidéo». Clic. Des centaines de photos défilent. Beaucoup de hardcore. Triple pénétration, poing dans l’anus, bouteille dans le sexe. Souvent, on souffre pour les actrices qui encaissent (dans le karaté, c'est du cinéma, pas dans le X-trem).

Tapez maintenant «Amour». On lit à droite. «Meilleurs films sensuels. La brocante». Clic. Nouveau site porno déguisé. Asiatiques. Beurettes. Blondes. Gang Bang. Sado Maso. Ma voisine de 11 ans qui surfait sur le Net pour sa rédaction sur la Saint Valentin a-t-elle regardé ? Possible. Les films X sont en accès libre sur Internet. Souvent gratuits. Les mineurs regardent massivement. Le "réservé aux adultes" est révolu. L' "Interdit au moins de 18 ans" une galéjade. En 2004, le CSA révélait que 80% des garçons, 45% des filles de 14-18 ans ont vu un X dans l’année. Un garçon sur quatre, une fille sur cinq en a visionné 10 (au moins). Selon l’enquête du Dr Rozier en Île-de-France (2004), 90% des jeunes apprennent l’existence du porno entre 8 et 13 ans. À 11 ans, un sur deux en a vu. En CM2 (9-10 ans), 50% des garçons, 25% des filles. Selon des études canadiennes, 25% des 10-17 ans l’ont découvert par hasard, 25% volontairement. Comment réagissent-ils au premier visionnage, à 10-11 ans, ou plus jeunes ? Une enquête américaine précise : ils «sont surpris et ont peur», ou « sont embarrassés», ou «coupables et confus». La moitié des filles se disent «dégoûtées», un quart «choquées», un quart «surprises». Mais dès 13 ans, leur attitude change. Le porno «distrait» 50% des garçons, «plait» à 30%, 20% le classe en «favoris», une fille sur quatre se dit « curieuse ».

(Faute de place, une version courte de cet article a été publié dans Le Monde Culture&Idées. Un entretien avec le sociologue Michel Bozon sur "la panique morale des parents" vient à la fin. )

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mercredi, 25 avril 2012

WIKIPÉDIA EST-IL FIABLE ?

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NEWS NEW NEWS. Début 2012, suite à sa campagne mondiale pour collecter des dons, "l'encyclopédie libre" Wikipédia a collecté 20 millions de dollars (15,3M€) en deux mois. Un million de personnes ont versé à travers le monde. Le pari libertaire de Wikipédia, encyclopédie universelle fabriquée par ses milliers de contributeurs était gagné. Elle continue aujourd'hui, en perpétuelle réactualisation, s'enrichissant chaque jour de nouveaux contenus, surveillée et améliorée par des équipes de bénévoles dans chaque pays. L'époque difficile des années 2007-2008, quand les "trolls" (les lutins vandales) du Net s'amusaient à l'induire en erreur, où les sectaires et les partisans imposaient leurs analyses, semble derrière elle. Nous en racontons ici l'histoire et les grands débats qui l'agitent encore.

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Difficile de rater la bobine des contributeurs et dirigeants de Wikipédia les mois de décembre et janvier derniers. Vous faisiez une recherche en ligne, leurs portraits apparaissaient, vous invitant à faire un don. Des nerds de tous âges. Susan et ses longs cheveux blancs. Rémi Mathis, président du site français, avec son air potache. Jimmy Wales le pionnier américain. Ce dernier déclarait en ligne : «Lorsque j’ai fondé Wikipédia, j’aurais pu créer une entreprise commerciale et y placer des bandeaux de publicité. Mais j’ai décidé d’en faire quelque chose de différent. Nous avons travaillé durement au cours des années passées afin d’en faire une organisation simple et économe.» Aujourd’hui, Wikipédia est le cinquième site le plus visité au monde. 450 millions de personnes le consultent chaque mois (soit plusieurs milliards de pages vues), l’encyclopédie est traduite dans 280 langues (dont les 12 langues régionales hexagonales), 1,1 millions d’articles sont en français, consultés par 18,8 millions de lecteurs (Médiamétrie 2011). Pourtant, si les quatre premiers sites les plus populaires du Net, Google, Yahoo, You Tube, Facebook ont levé des investissements colossaux, se financent par la publicité (Google annonce en 2011 un milliard de dollars de chiffre d’affaires sur l’Internet mobile), emploient des milliers de salariés (13000 pour Yahoo), mènent de coûteuses campagnes de marketing, Wikipédia tournait en 2010 avec moins de 10 millions de dollars (7,6M€), 95 salariés et des dizaines de milliers de contributeurs bénévoles. Sans publicité. Décidée à renter indépendante, l’encyclopédie participative est financée à 85% par les dons, le reste par des fondations. En 2010, 240 000 donateurs ont apporté 15 millions de dollars. En ce début 2012, elle a collecté 20 millions de dollars (15,3M€) en deux mois. Un million de personnes ont versé à travers le monde. C’est dire l’énorme succès rencontré. Ces dons aideront à développer Wikipédia et ses « projets frères » : le dictionnaire universel Wikitionnaire, le centre d’actualités Wikinews, la banque de livres Wikibooks, le recueil de citations Wikiquotes, la bibliothèque universelle Wikisource, la communauté pédagogique Wikiversité, la base de données Wikimedia Commons, l’inventaire du vivant Wikispecies. Une gigantesque somme de connaissances gratuite, illustrée, en perpétuelle réactualisation, inconnue dans l’histoire. Un tour de Babel où tous les savoirs passés et futurs sont contenus, digne de celle imaginée par Jorge Luis Borges dans ses « Fictions ».

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jeudi, 22 mars 2012

OLIVER SACKS RACONTE LA NEUROPSYCHOLOGIE QU'IL APPELLE LA "NEUROLOGIE EXISTENTIELLE"

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NEWS NEWS NEWS. Le docteur Oliver Sacks, neuropsychologue, l’auteur de « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », « Un anthropologue sur Mars » et de « Musicophilia » (Seuil 2009), publie un nouveau livre de "contes cliniques" consacré aux pathologies de la vision : "L'oeil de l'esprit" (Seuil 2012). 

Dans  l'article qui suit, publié en partie en janvier 2009 dans le Monde Magazine, j'ai tenté de dresser le portrait de l'aventure intellectuelle d'Oliver Sacks et de ce qu'il appelle "la neurologie existentielle". J'ai mené ce travail avec son aide directe, au cours d'"échanges de mails et suite à deux entretiens.

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Un taureau en colère a changé la vie du docteur Oliver Sacks. C’était en Norvège, en montagne. Il se retrouve face à un énorme animal « aux yeux globuleux ». Pris de panique, il s’enfuit, tombe. Genou traumatisé, rupture du tendon du quadriceps, un muscle de la cuisse. Oliver Sacks le médecin se retrouve un patient hospitalisé. « C’était la première fois. Ce fut pour moi une révélation, écrit-il au Monde,  se prêtant au jeu de reconstituer l’itinéraire intellectuel de sa vie. Cet accident m’a fait violemment ressentir l’épreuve que traversent des patients impuissants et désespérés. »

 

Recousu par un excellent chirurgien, Oliver Sacks devrait guérir vite. Il connaît une descente aux enfers. Il ne ressent plus sa cuisse. Elle est devenue un « poids mort », flasque, inerte - il en a fait le récit dans « Sur une jambe » (Seuil, 1986). Deux kinés font sa rééducation. Sacks n’arrive plus à marcher. Chaque pas lui procure vertiges et hallucinations. Il en parle, fou d’angoisse, à son médecin traitant. Qui répond : « Votre jambe est guérie. Vous n’avez rien ». Rien ? Il n’arrive plus à marcher. Chaque mouvement lui procure vertiges et hallucinations. Il fait des cauchemars, rêve qu’une « bombe à déréaliser » a explosé, fait des crevasses dans le réel, troue son corps, sa pensée. Les gens de l’hôpital pensent qu’il fait des crises d’hystérie. «C’est alors que j’ai compris l’extrême difficulté que les patients rencontrent à faire comprendre l’expérience intérieure, psychologique, nerveuse de la maladie » nous écrit-il.

 

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vendredi, 14 octobre 2011

LA PEUR NUCLÉAIRE POUR L'ÉTERNITÉ

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NEWS NEWS NEWS. À Bure, dans la Meuse, la France pourrait construire un sanctuaire pour les déchets nucléaires qui, assurent les experts, doit durer 500 000 ans. Est-ce raisonnable ? Comment prévenir les générations futures de la boite de Pandore enterrée là ? Enquête (publiée en partie dans Le Monde Culture&Idées)

Grinçant, le monte-charge commence sa descente. Casqués, bottés, nous portons une lourde ceinture où brinqueballent un masque à gaz et un talkie-walkie. «La chaleur devrait être de 25° au fond» prévient le jeune géologue qui nous accompagne. Nous traversons les sous-sols de la Meuse, trois cents mètres de calcaire, cent de marne argileuse, avant d’atteindre la couche d’argilite dure où a été établi le laboratoire souterrain - moins 490 mètres. Une large galerie bardée de soutènements s’étire devant nous. Lumière chiche, odeur âcre de terre, violents bruits de travaux. Noyés dans la poussière, une équipe d’ouvriers masqués, visage maculé, attaquent au marteau-piqueur un mur de roche grise. Le géologue doit presque crier : «Vous voyez, c’est une roche très sèche, compacte. Cette couche s’est déposée dans le Bassin parisien il y a 160 millions d’années. Depuis, elle est très stable. Elle fait 130 mètres d’épaisseur. » 

C’est au cœur de cet épais manteau d’argile jurassique, sous le village de Bure, que la France pourrait enfouir d’ici 15 ans les déchets les plus dangereux de son industrie nucléaire. Des résidus indestructibles, contenant des produits de fission mortels, césium 134 et 137, strontium 90 et des actinides radioactifs, curium 244, américium 241. Des produits dits à « haute activité » (HA) et « vie longue » (HAVL). Mortels, pour au moins 500 000 ans. Ces substances constituent 0,2% du volume des déchets nucléaires français - 2293 m3 en 2007 - mais émettent 94,98% de leur radioactivité totale. Si le programme nucléaire continue, ils représenteront 5060 m3 en 2030. Pour l’instant, ces poisons mortels sont entreposés, vitrifiés et refroidis, dans des caissons en inox, sur les sites de production de la Hague (Areva), Cadarache (CEA) et Marcoule (CEA, Areva). Mais, tous les experts le disent, ce stockage est à haut risque. Après quelques centaines d’années, peut-être moins, le verre se fendille, l’inox s’oxyde. Voilà pourquoi depuis 1991, l’Agence Nationale pour la gestion de Déchets Radiocatifs (Andra), un établissement public « à caractère industriel et commercial » - ce que certains écologistes lui reprochent - cherche un lieu imperméable au radiations, un sanctuaire sûr où déposer ce legs létal pour l’homme, les animaux et la biosphère.

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