jeudi, 08 mai 2008

MINCE POUR TOUJOURS.

medium_D_SQUARED_Spring_2004-1.jpg

 NEWS NEWS NEWS L'Assemblée nationale a approuvé mardi 15 avril, en première lecture, une proposition de loi UMP réprimant l'incitation à l'anorexie, y compris sur internet, en fixant une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Le texte a été approuvé avec les seules voix UMP, auxquelles s'est jointe la députée PS de Gironde Michèle Delaunay. Les groupes PS et GDR (PCF-Verts) se sont abstenus sur ce texte qu'ils ont qualifié "d'affichage", dont la "seule approche est celle de la répression" - sans doute, mais ne fallait-il pas agir vite ?
Depuis la mort par anorexie de la top-modèle Ana Carolina Reston, en novembre 2006, à l'âge de 21 ans, suivie de plusieurs cas de malaises survenus pendant des défilés en Italie et aux Etats-Unis, suite à la décision du festival Moda Barcelona de refuser des mannequins trop maigres, le ministre de la santé Xavier Bertrand avait diligenté début 2007 un groupe de travail sur l'« image du corps » dans la mode et la publicité pour évaluer son impact - réel ou supposé - sur la population jeune. Celui-ci a tenu une première réunion en mars 2007 en présence de représentants d'agences de mannequins, des consommateurs, des professionnels de la mode, des associations de personnes obèses et anoréxiques, des médecins ainsi que des publicitaires, dont Hervé Brossard, président de l'Association des agences conseils en communication (AACC) et vice-président de DDB Worldwide. Présidé par le pédopsychiatre Marcel Rufo, le groupe d'étude devait proposer des propositions portant sur l'image du corps, jugée excessivement "mince" voire pathologiquement maigre. Suite aux travaux de cette commission, "une charte d'engagement volontaire sur l'image du corps et contre l'anorexie" a été signée, mercredi 9 avril 2008, par des professionnels de la mode, de la publicité et des médias, et la ministre de la santé, Roselyne Bachelot. Ainsi le Bureau de vérification de la publicité, la Fédération française de prêt-à-porter féminin ou encore le Syndicat des agences de mannequins s'engagent "à ne pas accepter la diffusion d'images de personnes, notamment si elles sont jeunes, pouvant contribuer à promouvoir un modèle d'extrême maigreur". Ils se proposent encore de "sensibiliser le public à l'acceptation de la diversité corporelle (...) en évitant toute forme de stéréotypie qui peut favoriser la constitution d'un archétype esthétique potentiellement dangereux pour les populations fragiles".

b02e8172d6d511693934c1c4860c0e12.jpg

(Campagne publicitaire d'Olivio Toscani contre l'anorexie)

En regard de ces tentatives pour réfléchir à la puissance des normes culturelles et alimentaire régentant l'actuelle "girl culture", comme à l'image univoque de la femme mis en avant par la vogue de l'extrême minceur, voici une enquête sur l'angoisse de grossir et la peur de manger véhiculées telles qu'elle sont véhiculées par les ouvrages consacrés aux régimes et la diététique, les campagnes de santé gouvernementales  - sans oublier certains journaux féminins. (enquête publiée dans le Monde 2 - 18 mars 2007)

===============================================
CETTE ENQUÊTE  DEBUTE PAR LA LECTURE DES FEMININS...

Attention, avant chaque repas « On repère les faux amis ! » prévient l’article diététique d’été d’un grand féminin. Méfiez-vous du champagne doux, évitez les bulots (plus caloriques que les huîtres), et gare aux gaufrettes ! Suivent 35 injonctions à toute malheureuse qui s’abandonnerait aux douceurs des vacances : « On zappe le riz et les pâtes », « On désamorce l’apéro », « On mange et on boit froid », « On se méfie du light », « On allège la fracture fromagère ».  « On » c’est qui ? C’est toutes les femmes. « On traque le sucre », « On croque des carottes crues », « On s’entraîne au forking » : on mange à la fourchette en écartant … le pain, les saucissons, les biscuits, les fruits (pris avec les doigts), les laitages, la soupe, la compote (pris à la cuiller), le beurre, le pâté, les pizzas et les fruits à écorcer (traités au couteau).
Et surtout : « On ne se prive de rien."

Lire la suite

vendredi, 02 mai 2008

LA TUNISIE DE CE BON GENERAL BEN ALI FELICITEE PAR NICOLAS SARKOZY

5e8348f258e6cc2e2d84498af53810c4.jpg

(Photo officielle des présidents Ben Ali et Sarkozy, aéroport de Tunis )

NEWS NEWS NEWS. Au cours de sa visite officielle en Tunisie Nicolas Sarkozy, quoique très critiqué par les organisations des droits de l'Homme pour avoir déclaré "Je ne vois pas au nom de quoi je vais m'ériger en donneur de leçons" - autrement dit émettre des critiques sur les usages démocratiques en vigueur au nom de ses valeurs politiques -, le chef de l'Etat a réitéré des propos de soutien au régime policier et despotique de Zine El-Abidine Ben Ali devant un parterre d'étudiants à l'université de Tunis : "Quel pays peut s'enorgueillir d'avoir autant avancé en un demi-siècle sur la voie du progrès, sur la voie de la tolérance et sur la voie de la raison ?" a ainsi déclamé notre président. Il a ajouté avec élan, oubliant que le président tunisien avait été élu avec un score faramineux, 95,49% des voix, aux élections de 2004 : "C'est le grand mérite du président Ben Ali d'avoir continué sur cette voie sans se laisser décourager par les obstacles de toute sorte (...), sans se laisser intimider par le fondamentalisme qui est notre ennemi commun, sans se laisser intimider par l'obscurantisme". Il a encore cité, comme pour dédouaner le président tunisien, l'histoire de ces fanatiques qui ont coupé la main d'une femme qui s'était mis du rouge à ongle. Or ce récit a déjà circulé en Afghanistan pendant les années Taliban. Il ressort régulièrement, comme une rumeur, alors qu'aucun journaliste ne l'a confirmée. Ce qui a été reconnu, c'est que des Talibans zélés ont sans doute coupé, à Kaboul, la phalange d'une femme aux ongles faits. Cet horrible détail est depuis devenue "l'histoire de la main coupée" que Nicolas Sarkozy a reprise sans sourciller, ni citer aucune source - juste pour justifier son soutien au régime de fer de ce bon général Ben Ali.
Faut-il le croire, quand on sait qu'un journaliste de Libération a reçu début 2007 un coup de couteau en pleine rue alors qu'il cherchait à rencontrer des opposants ? On lisait d'ailleurs dans Libération, qui avait dépéché un correspondant dans la délégation de presse accompagnant M. Nicolas Sarkozy lors de son précédent voyageen juillet dernier, ce témoignage : " Un peu plus tôt (avant la rencontre Ben Ali-Sarkozy), l’avocate Ra­dhia Nasraoui, présidente de l’association (non reconnue) de lutte contre la torture en Tunisie, confiait dans un hôtel de Carthage que «le régime policier en place avait profité de la lutte contre le terrorisme pour réprimer davantage encore toute forme d’opposition». Elle faisait état de cas «de tortures abominables pratiquées sur les parties génitales de prisonniers», dont elle avait recueilli les témoignages et pu constater les séquelles. Selon elle, la visite de Nicolas Sarkozy «passe inaperçue (en Tunisie), n’apportera rien à la société civile tunisienne et conforte les pratiques du pouvoir». Elle jugeait par ailleurs «très significatif» que Rama Yade (la secrétaire d’Etat française aux droits de l’homme) n’ait eu aucun contact avec les défenseurs des libertés en Tunisie.

___________________________________________________________

En regard de cette actualité, voici un reportage réalisé pour la magazine Actuel en septembre 1987, quelques mois avant que le général Ben Ali destitue Habib Bourguiba, le héros de l’indépendance tunisienne, et s’empare du pouvoir avec l'appui de l’armée. Cette enquête sur une fin de règne tragique, publiée par la rédaction-en-chef d'Actuel avec un titre regrettable (« La cour du roi gaga ») a circulé à l’époque sous le manteau en Tunisie, photocopié, comme un « samizdat ». Il a valu à votre serviteur d’être arrêté à l’aéroport de Tunis 12 ans plus tard, au printemps 1999, d'être interrogé par la sécurité, gardé une journée entière, menacé, puis expulsé du pays - une fiche conservée pendant ces 12 ans par la police politique l’accusait d’être « un ennemi de la Tunisie ».

Lire la suite

jeudi, 10 avril 2008

ECOLOGIE INDUSTRIELLE. LA NATURE COMME PATRON

5fdd05676553fffa366d4bb11a9668ac.jpg
(Projet de la ville éco-industrielle de Dongtan, Chine) 

NEWS NEWS NEWS Fin mars, tous les acteurs français de l'écologie industrielle se réunissaient pour faire des propositions concrètes à l'Agence Nationale pour la Recherche (ANR). L'écologie industrielle ? Une contradiction dans les termes ? Non, sans doute un des grands défis du XXIe siècle : reconcilier les activités industrielles, une croissance contrôlée, la vie de populations de plus en plus nombreuses et la biosphère. Enquête auprès des pionniers, théoriciens et hommes de terrain de cet apparent oxymore, l'E.I, l'écologie industrielle (article publié dans Le Monde 2/ mars 2008)
-------------------------------------------------------------------------------------
1 - Cessons de nous comporter et nous penser comme un parasite terrestre, une espèce maudite qui épuise irrémédiablement la planète.
La peur est mauvaise conseillère. Nos industries chimiques, automobiles, pétrolières, énergétiques, urbaines, agricoles, forestières, maritimes, touristiques ne pollueront pas toujours. Industries et environnement ne sont pas voués à s’autodétruire. Nous devons sortir de cette impasse intellectuelle. Ecologie et industrie, environnement et business vont et doivent s’associer - s’harmoniser. Le grand défi de ce siècle sera l’«écologie industrielle». D’accord, cela sonne comme une contradiction dans les termes « écologie industrielle ». Mais une nouvelle manière de pensée apparaît souvent impensable au début. L’écologie industrielle (E.I) est un « paradigme neuf » comme disent ses théoriciens - un mouvement international d’idées, d’entrepreneurs et d’acteurs de terrain. Ecoutons l’un d’entre eux, Suren Erkman. Nous sommes à Genève, dans les locaux de sa société d’étude de projets industriels et technologiques. Ce biologiste suisse de 50 ans, ancien journaliste scientifique, a formalisé plusieurs des concepts importants de l’écologie industrielle dès 1994, avant de donner des cours à l’Université de Technologie de Troyes, puis à Genève.
  « L’écologie industrielle repose sur trois idées force. La première, c’est d’imaginer le tissu industriel et urbain comme un cas particulier d’écosystème, qu’il faudrait faire fonctionner comme tel. De fait, tout ensemble d’industries fait circuler certaines quantités de matières, d’énergie, d’information, de déchets, de gaz, d’espèces vivantes, d’intelligence, comme tout système naturel. Nous pouvons en analyser le « métabolisme », c’est-à-dire les flux, les stocks, les dépenses, les pertes, les dégradations comme pour un ensemble vivant. Deuxième idée force, nous pourrions tendre à optimiser et « boucler » ce système pour qu’il récupère au mieux ses dépenses d’énergie, recycle ses déperditions, réutilise ses déchets et réduise son « empreinte écologique » à l’image d’un écosystème naturel ou d’« une chaîne alimentaire ». »
Des exemples frappants ? « Le traitement des déchets fournit des exemples classiques, mais limités, d’écologie industrielle. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises utilisent les détritus des décharges urbaines comme nouvelle matière première, ou comme combustible. Le cimentier français Lafarge les brûle dans ses fours, à 2000°, ce qui réduit son usage de produits fossiles, tout en détruisant tous les composés organiques polluants, même les pneus. Mais nous voyons bien qu’il faut aller plus loin, car l’incinération pose un problème de pollution d’air. »
La troisième idée force ? «  Mettre en place des technologies propres et des « symbioses » qui permettent la réintégration des produits et des matériaux à l’intérieur même des chaînes de recyclage la biosphère. Au final, l’E.I se propose de repenser toute notre activité de production sur le modèle des écosystèmes…»
   Suren Erkman n’est pas juste un des théoriciens importants de l’E.I. Il a mené des opérations de recyclage de déchets électroniques en Inde. Il a contribué à l’adoption par la ville de Genève d’une loi adoptant plusieurs principes de l’écologie industrielle. Il dit des choses dérangeantes.
  « Aujourd’hui, la politique écologique arrive à une impasse. En nous focalisant sur la pollution, les déchets, le traitement « en fin de processus » (end of the pipe), nous ne réglons rien. La « dépollution » ne fait souvent que déplacer la pollution. Le traitement des eaux usées produit de l’eau propre, mais aussi des boues d’épuration pleines de métaux lourds. Si vous les épandez sur les sols, vous contaminez. L’incinération des déchets urbains permet de réduire les stocks, mais pollue l’atmosphère. Il faut filtrer les fumées, mais il restera encore des cendres, des eaux de rinçage. Nous voyons bien qu’une action cloisonnée, que ce soit la « dépollution » ou « la réduction des émissions» ne propose que des solutions partielles. Elle procède par petites améliorations, avec des technologies adaptées mais limitées. À la longue, cette  méthode renforce le système industriel actuel. »

3cda9677f11eda0b39176136ec58444d.jpg

 (Dongtan, Chine)

Vous l’aurez compris. Les partisans de l’écologie industrielle affirment disposer du seul cadre conceptuel global permettant de mettre en oeuvre le « développement durable ».
  « Prenez le bâtiment, continue Suren Erkman, il faudrait imaginer des stratégies de dépollution et de recyclage tout au long de la chaîne de construction. Renaturalisation des carrières de pierre, matériaux isolants, valorisation des déchets, chauffage solaire, immeubles plantés de terrasses. Même stratégie pour l’industrie automobile. Nous aurions dû investir dans le remplacement du moteur à explosion depuis longtemps. Mais nous avons préféré dépenser des sommes colossales pour l’améliorer. Résultat, il devient très difficile de rénover l’infrastructure, tandis que des millions d’Indiens et de Chinois veulent acheter des voiture qui vont encore rouler au pétrole et au CO2

2- Instable, dévastateur, polluant, notre système industriel apparaît primitif comparé à un écosystème.

Depuis des millions d’années, seuls les écosystèmes se renouvellent. Nous savons pourquoi. Ils utilisent une énergie solaire illimitée, les processus chimiques de décomposition des déchets les transforme en éléments nutritifs et énergétiques, le gaspillage reste très réduit et le recyclage la règle, les substances toxiques se voient générées et utilisées localement, l’interdépendance écologique des individus est permanente, l’autorégulation de mise. Ce sont des systèmes « bouclés », stables, autorégulés, résilients et résistants. Comparativement, le système industriel apparaît primitif. Au niveau des « entrées », il utilise des matières premières limitées qu’il épuise rapidement (eau, pétrole, sols, espèces péchées, écosystèmes, etc). Au niveau des « sorties », il produit quantités de déchets et rejets nocifs, sans compter l’effet de serre. Ses critères d’évaluation restent quantitatifs, court-termistes et financiers. Enfin, sans régulation, il se développe au détriment de la biosphère, dont sa survie dépend. Conclusion, le système économique et industriel doit devenir mature, compatible avec les écosystèmes terrestres. Comment ?
Suren Erkman : « Nous devons réformer l’ensemble des chaînes industrielles sur le modèle des chaînes alimentaires, prévoir les récupérations des déchets dès l’extraction des matières premières, repenser les technologies de production d’énergie et de motorisation, valoriser nos déchets comme des ressources, boucler les cycles de matières, minimiser les pollutions, repenser notre consommation des biens, allonger la valeur d’usage des produits, décarboniser l’énergie, dématérialiser et alléger tout ce qui peut l’être pour éviter la surcharge environnementale ». 
Avant Suren Erkman, deux économistes américains, Robert Forsh, ancien vice-président de la recherche chez General Motors (aujourd’hui à Harvard), et Nicholas Gallopulos, responsable « recherche-moteur », tiraient en septembre 1989 les mêmes leçons dans un article de référence du Scientific American  (« Des stratégies industrielles viables »). Depuis, le MIT, le renommé institut technologique de Boston a lancé le Journal of Industrial Ecology (1997). Un Journal of cleaner production circule chez les professionnels. En Chine, une ville entièrement intégrée à l’environnement, Dongtan, est en projet. En France même, une « chaire d’écologie industrielle » a été fondée à l’université de Troyes, et les intervenants du secteur se réunissaient en mars pour faire des propositions à l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR).

c73136a29351177da68379c327598e0f.jpg

(Dongtan, Chine) 

Suren Erkman : « Les slogans verts nous disent « zéro déchet », « zéro émission », ou même « décroissance ». Ils ont un aspect pédagogique, mais restent abstraits dès qu’on passe à la pratique. Les Verts français feraient bien de s’inspirer des Grünen allemands, qui agissent concrètement au niveau local. Une ville avec « zéro émission » n’existe pas. Il faut des émissions, des déchets, des zones industrielles, des transports, c’est la vie urbaine même. »
Nous disposons déjà de modèles éco-efficaces d’écologie industrielle pour les parcs industriels des grandes villes. À Kalundborg, au Danemark, huit entreprises, dont une raffinerie, un fabricant de placoplâtre, une centrale électrique se sont associés, au départ par souci de rentabilité. Aujourd’hui, les surplus de gaz de la première apporte un complément d’énergie à la seconde, tandis que la vapeur des chaudières de la centrale revient vers la raffinerie, et que les déchets de gypse du plâtrier sont réutilisés. Les économies d’énergie réalisées, les gains apportés par le recyclage sont très significatifs. Voici un exemple vertueux de « symbiose » industrielle. La croissance, l’urbanisation, l’industrialisation ne sont pas un mal en soi, comme l’affirment certains Verts. L’E.I propose rien moins qu’un renouvellement de la pensée économique néoclassique. Aujourd’hui, avec l’accélération du réchauffement climatique du fait des industries humaines, des dépenses colossales qu’il entraîne (voyez l’inquiétant chiffrage du « rapport Stern » sur les 30 ans à venir) nous redécouvrons les bases matérielles de l’économie, et l’obligation de penser ses finalités – tant écologiques qu’humaines. La biosphère et ses matières premières ne peuvent plus être considérées comme des « biens libres et disponibles », les ressources planétaires comme illimitées, la vie sur Terre comme une seule activité de profit à court terme, l’homme comme un homo economicus mais comme un destructeur.
Le temps est venu de relire les économistes hétérodoxes comme Brad Allemby et René Passet. Il nous faut compléter notre comptabilité économique, ne plus seulement penser en termes financiers mais en termes physiques, élargir notre conception de la valeur. Derrière chaque activité industrielle, chaque flux financier, interrogeons-nous sur leur dimension matérielle, énergétique et humaine –sur leur « empreinte écologique », leur impact environnemental, leur incidence sur les manières de vivre. Derrière chaque unité de valeur abstraite, demandons-nous combien de joules, de flux, d’émissions, de dégradations, de vies humaines gâchées sont en jeu. À partir de ce constat, réfléchissons aux cycles de vie des systèmes de production, aux symbioses possibles, aux technologies permettant la renaturalisation de l’ensemble – et aux situations faites aux hommes comme aux talents qu’ils pourraient déployer. En notre époque de désertification, de typhons et d’effet de serre, la boutade de Raymond Queneau redevient d’actualité : Nous affirmons que  2+2 = 4. Mais a-t-on tenu compte de la vitesse du vent ?

d47740c2d1822b1a0f8b88b1771b0b87.jpg
(Dongtan, Chine)

3 – Genève. Quand les eaux du Lac Léman réchauffent les immeubles, refroidissent les laboratoires et fournissent les fontaines.
Nous voilà à la porte Est de la ville de Genève, dans l’agréable quartier de Sécheron. Peu de gens savent qu’une station hydraulique installée souterrainement pompe l’eau du lac Léman afin de chauffer et refroidir plusieurs immeubles et bâtiments de la zone. Un projet éco-industriel d’ampleur. Le puisage et le refoulement se font sans agresser le biotope du prestigieux lac - et sans sédiments. Ensuite, avec un débit contrôlé de 4900m3/heure, les eaux permettent d’alimenter les locaux et laboratoires flambant neuf du géant pharmaceutique Merck (six bâtiments signés par les architectes Murphy et Jahn), comme le quartier d’habitation dit « Lac-Nations ». Ces eaux de montagne, ressource peu coûteuse et renouvelable, irriguent la climatisation du quartier. La distribution d’eaux à basse température, pompées par 40 mètres de profondeur, permet d’économiser la production du froid, ce qui compense l’électricité utilisée pour le chauffage. Un tel système réduit les émanations de CO2 de 4800 tonnes par an, économise 1500 tonnes de mazout, tandis que la surface des espaces climatisés a augmenté de 60% - soit 220.000 m2. Dans un tel dispositif, les gains annuels pour les laboratoires Merck s’élèvent à 1 million de francs suisses, et la facture énergie baisse pour les habitants. Enfin, le remplacement de l’eau potable de la ville par les eaux du lac pour l’arrosage des jardins et l’animation des fontaines de sauver 400.000 kWh/an d’énergie de déperdition.

f0bdc0705795d3dac321dc962b3f4938.jpg

(Les toits de l'usine Ford plantés de terrasses, projet Bill McDonnough) 

Un programme aussi complexe, prix de l’aménagement national suisse (Aspan 2005), n’a pu être réalisé sans une concertation des acteurs publics, associatifs et privés - surtout, sans stratégie. En 2001 le canton de Genève a été la première collectivité publique européenne à introduire l’E.I dans le cadre de sa loi sur l’Agenda 21 (ndlr, consacré au développement durable). Ils ont lancé le projet Ecosite, dont le premier travail fut de dresser « la comptabilité physique » des flux de ressources de « l’écosystème industriel genevois ». Ecoutons Daniel Chambaz, un des responsables de l’environnement du canton.
« La comptabilité financière nous connaissons, à Genève ! Mais nous n’avions jamais réalisé la comptabilité exacte de nos ressources et dépenses énergétiques. Maintenant nous savons... Genève dépend majoritairement de l’extérieur pour son approvisionnement en énergie, c’est-à-dire les carburants, les combustibles, l’électricité. Cela pourrait être amélioré... Les gravières du canton, qui fournissent la construction, seront épuisées dans vingt ans. Que faire ?... Quant aux aliments, pour produire les 322.000 tonnes de nourriture consommées chaque année à Genève, nous devrions disposer d’une surface agricole de 2.500m2 par habitant. Elle est de 300 m2 !... Au final, quand nous dressons le bilan physique global, nous voyons que plusieurs problèmes de durabilité se posent à la ville. »
À la suite de cette étude de « métabolisme », le canton de Genève a confié à « Systèmes Durables », une agence-conseil en écologie industrielle fondée par Cyril Adoue (un ancien élève de Suren Erkman à l’UTT de Troyes), une recherche pour améliorer la situation. Après six mois d’enquête auprès de 19 entreprises privées et l’administration, l’agence préconisait plusieurs pistes.  Un, concasser le béton des vieux immeubles au moment de leur destruction, afin d’obtenir de nouveaux graviers de construction. Deux, régénérer les « solvants polluants » en profitant de la chaleur dégagée par l’incinérateur municipal. Trois, « la vente de services d’essuyage » avec des tissus réutilisés remplacerait l’usage polluant de chiffons et papiers. Quatre, la mise en pâte à papier de tout le carton collecté sur le canton allégerait la facture bois - tout comme la réfection des palettes industrielles par un service de réinsertion de personnes marginalisées. Plusieurs projets de synergie industrielle réduisant les coûts de matières et la pollution sont aussi envisagées. Un, l’échange des eaux usées entre industriels permettrait de réduire la consommation d’eau potable. Deux, la récupération des bois d’usage (copeaux, chutes, coffrages usagés, caisses) pourrait alimenter des chaudières à bois, ce qui ferait baisser la consommation de fioul. Trois, un producteur agro-alimentaire qui livre à travers toute la Suisse avec des camions à moitié pleins pourrait contribuer à distribuer d’autres commerçants - donc réduire les émissions carbone.

6edcfdf3db9235589dbba1f874be11f6.jpg

4 - L’essor du « nouvel urbanisme », des « éco-quartiers » et des  cités renaturalisées
Aujourd’hui la moitié de la population mondiale, trois milliards d’habitants, habitent des villes. Souvent surpeuplées, polluées, chaotiques. L’écologie industrielle aide à les repenser. Ainsi l’étude du métabolisme des villes actuelles révèle qu’elles fonctionnent comme des « réacteurs à flux continu ». Elles nécessitent d’être approvisionnés sans cesse en produits et en énergie, tout en en produisant quantités de déchets. Résultat, ces villes mobilisent de grands territoires pour en tirer des ressources et installer leurs décharges. Ce qui multiplie les transports et les pollutions. Dans certaines villes d’Europe du Nord, comme Stockholm ou Copenhague, ils veulent le au contraire revaloriser le centre ville, concentrer l’activité économique et agricole, réduire les distances. Aller vers des villes compactes, en synergie industrielle, les plus possible auto-suffisantes. L’idée serait de conserver la production de terroir, les AOC, pour valoriser la région, mais de réaliser le gros de la production agricole et la distribution au plus près des centres urbains. 
Les projets de revenir à des villes compactes, plus faciles à vivre, de créer des « éco-quartiers », des « villages urbains », d’en finir avec les banlieues anonymes, les villes-clapiers, se développent depuis les années 1990. C’est le « nouvel urbanisme » ou « new urbanism » (N.U) qui préconise l’abandon des villes étendues, faites pour les voitures, dépourvues de services, polluées et déshumanisées. Des réalisations modèles existent. Le bourg « Prospect New Town » au Colorado, la ville nouvelle de Jakriborg en Suède, le village expérimental de Poundbury en Angleterre.  À Sutton, au sud de Londres, on a construit l’éco-quartier de BedZED (Beddington zero energy). Fournisseurs éco-certifiés. Bâtiments « zéro émission ». Une « Analyse du cycle de vie » (ACV) impose panneaux solaires, transports collectifs, vélos, recyclage. Mixité sociale, qualité de vie (jardins, commerces), activités culturelles sont défendues. Aujourd’hui, avec 80 maisons habitées depuis mars 2002, BedZED fait le bilan. La consommation d’énergie pour le chauffage a été réduite de 88%. D’eau chaude de 57%. D’électricité de 25%. Gros problème, la chaudière à biomasse (du bois récupéré) faisait un potin terrible, elle s’est encrassée, jusqu’à polluer fort. L’usage d’eau de pluie pour l’arrosage et les toilettes (sans chasse d’eau) a tourné court. Son filtrage dépensait trop d’électricité. Malgré tout, BedZEB a diminué son « empreinte écologique » de 50%. Avec 80 logements, nous sommes loin des 5 « éco-villes » promises par le premier ministre Gordon Brown. Question : le nouvel urbanisme vert va-t-il juste revaloriser le résidentiel ?

d0f0926ecbb7b1c46906012380dc59ef.jpg

D’autres programmes plus radicaux ont vu le jour cette dernière décennie, appuyés sur les principes de l’écologie industrielle. Ainsi ceux de l’architecte Bill MacDonough. Né et au Japon, choqué par la pollution et les coupures d’eau régulières de Tokyo, il travaille aujourd’hui sur des édifices «éco-efficaces». Son principe : un immeuble peut ressembler à un arbre. Production d’oxygène, séquestration du carbone, distillation d’eau, chauffage à l’énergie solaire, aération naturelle, matériaux biodégradables, espaces verts, habitat pour les oiseaux et diverses espèces. Bill MacDonough a déjà conçu le collège solaire d’Oberlin dans l’Ohio, qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, et les locaux du géant automobile Ford avec leurs 10 hectares de toits plantés isolant l’usine, filtrant les émissions, redirigeant l’eau de pluie vers la rivière proche, attirant les oiseaux, économisant la climatisation. Bill MacDonough s’est associé avec le chimiste Michael Braungart, un ancien de Greenpeace, pour fonder une agence de design et matériaux durables. Ils ont commercialisé le premier textile compostable et des semelles de chaussures recyclables pour Nike. Il rêve à des cités renaturalisées, offrant des « jardins suspendus » et des « potagers urbains » - « les forêts urbaines du futur » dit-il. Un optimiste.
Dans la Chine polluée et polluante, première émettrice mondiale
de gaz à effet de serre, des projets éco-industriels à grande échelle voient le jour. La Chine devra construire 400 villes dans les 20 ans, pour accueillir 300 millions de ruraux. Seront-elles toutes noyées sous le fog, comme Pékin ? Ou ressembleront-elles à Dongtan, la future écoville de 500.000 habitants mise en chantier ? Construite sur l’île de Chongming, près de Shanghai, Dongtan devrait assurer son autonomie énergétique grâce aux éoliennes, la biomasse et le solaire. Les transports seront électriques, le recyclage intégral, 60% de l’espace planté. Une agriculture biologique développée. Construite dès l’origine pour durer et s’économiser, en prévoyant les matériaux, le recyclage et l’usure, Dongtan pourrait servir de modèle aux villes futures. Déjà, le projet est critiqué par des urbanistes de Shangaï. L’île est marécageuse, il faudra drainer, l’entretien sera coûteux. C’est une réserve d’oiseaux, pourquoi urbaniser là ? Dongtan ne va-t-elle pas devenir une grande marina pour les classes aisées ?

d86919971f65bc71079edf32154620e7.jpg

5 - À Lille, madame la maire-adjointe veut développer l’écologie territoriale et mettre en œuvre une « ville durable »
Des fresques pop, pleines de personnages historiques et de héros de bédé racontent l’épopée industrielle du pays shti – du Nord. Nous sommes dans la salle Erro de la mairie de Lille pour assister au premier compte-rendu d’étude de « métabolisme »  du triangle Lille-Helleme-Lomme, 220.000 habitants, 35 km2. Danielle Poliautre, maire-adjoint tonique et décidée, (son équipe, celle de Martine Aubry, a été réélue avec 66% des voix aux dernières élections municipales), explique en aparté : « À Lille, nous avons signé la charte d’Aalborg sur les villes durables, nous avons ouvert un centre de tri des déchets sur le port fluvial, nous sommes le chef de file d’un projet européen pour la valorisation d’éco-quartiers (ndlr, projet INVOLVE), nous développons partout des économies d’énergie et d’eau, mais cela ne suffit pas. Il faut s’attaquer aux boucles énergétiques pour que le territoire équilibre ses entrées et ses sorties, valorise ses ressources, réduise encore les déperditions.»
Madame la maire-adjointe s’est associée avec Auxilia, une agence française spécialisée dans l’écologie industrielle, et la société Gaz de France. Pourquoi GDF? Sa direction de la recherche s’est spécialisée dans l’analyse du « Cycle de Vie » et de l’«Empreinte écologique» des activités économiques : elle a apporté son expertise. L’agence Auxilia a étudié avec eux les « flux matières-énergies » de la région lilloise et travaillé sur des solutions innovantes. Son représentant, Benoit Duret, la trentaine, ingénieur en génie mécanique, explique la démarche. Pas évidente à mettre en oeuvre.
«Pour commencer il nous fallait établir la comptabilité physique du territoire, comme à Genève. Nous avions besoin d’une solide méthode d’analyse des flux. Nous avons choisi EUROSTAT, l’organisme de statistiques européen spécialisé dans l’étude nationale. Ensuite, nous devions nous assurer de la coopération des acteurs locaux, entreprises, déchetteries, mairie, la région, pour rassembler des données fiables, et les intéresser demain aux solutions d’amélioration. Pas facile de les convaincre. Quand on parle d’écologie industrielle tout le monde se méfie, les industriels comme les écologistes. Je préfère le concept d’« écologie territoriale », plus fédérateur, mieux approprié à la réalité locale. À Lille, la mairie a joué un rôle moteur pour agréger les énergies, constituer des groupes de travail avec les patrons et les associations, lever les méfiances. Nous nous sommes retrouvés plusieurs fois quarante personnes autour d’une table. Beaucoup doutaient. On mesure ici l’importance du levier politique. »

34da5e7d91c074546650892c0d12684e.jpg

Ce jour-là, autour de la grande table de la mairie, on trouve  la maire-adjointe Danielle Poliautre, infatigable, entourée de deux jeunes responsables du développement durable, un barbu jovial responsable de l’Agence de l’eau Artois-Picardie, une équipe d’experts de Gaz de France (dont deux jeunes femmes très investies), un délégué de la Région Nord-Pas-de-Calais et les analystes de l’agence Auxilia. Toute l’après-midi, on entendra parler «flux de ressources» et «impact écologique». Le territoire lillois passé sous scanner. Quelques chiffres parlent. Combien de gaz à effet de serre rejetés ? 362.000 tonnes. Quelle quantité d’énergie annuelle consommée : 524.000 tonnes, soit 2,4t par habitant (2,7t en France). D’où vient l’énergie ? À 96,3 % de l’extérieur : électricité, gaz naturel, carburants. D’où vient l’énergie locale ? De la valorisation des déchets à 3,7%. Combien d’eaux usées traitées rejetées dans la nature ? 20 millions de m3. Combien de matériaux de construction importés : 388.000 tonnes (388 kt). Combien d’extractions locales inutilisées : 151 kt. Combien de déchets du bâtiment BTP ? 101 kt.
Une telle comptabilité aide à la décision. De comparer le tonnage des gaz à effet de serre avec celui de l’énergie consommée montre le rôle majeur de l’automobile et des transports dans la pollution atmosphérique. Ressort la nécessité d’une politique des transports publics réduisant la facture carbone. Plusieurs pistes seront examinées pendant l’après-midi. Agrandir les lignes de tramway, développer le « tram-train » capable d’utiliser les deux réseaux, renforcer la flotte des bus propres, installer des parkings de périphérie. La production locale de chaleur pourrait être renforcée en installant une chaudière fonctionnant à la biomasse (déchets, textiles usagés, cagettes usagées). D’autres « cercles vertueux » envisagés ? L’étude de la circulation des eaux fait apparaître la réutilisation possible du sable et des graviers issus des stations d’épuration. La récupération des eaux de ruissellement sur les toits serait un appoint intéressant. Quant aux matériaux de construction, béton, ciment, plâtre, briques, ils pourraient être en partie récupérés lors des opérations de rénovation et de déconstruction des quartiers anciens - un stock de 48.000 tonnes inutilisé.
Danielle Poliautre intervient : « Attention, il ne s’agit pas seulement de dégager de nouvelles ressources, mais aussi de se montrer moins « énergivore ». Nous devons réhabiliter les vieux logements avec des critères de basse consommation. Sensibiliser la population sur les comportements d’achat avec la campagne « Acheter malin, jeter moins » et « La voiture, ce n’est pas tout dans la vie ». Nous devons encore, en développant des nouvelles activités, penser aux emplois de réinsertion, travailler avec les associations d’entraide. »

707d0a12f12ed90958d1115bfee4fd89.jpg

La discussion rebondit. Le représentant du conseil général découvre visiblement l’intérêt de penser en termes de « boucles énergétiques ». Il faudrait, dit-il, développer l’étude au niveau de toute la région. Le barbu de l’Agence de l’Eau intervient sur les méthodes qui permettraient de valoriser l’eau fluviale. Le responsable du développement de Gaz de France explique qu’ils mènent une opération de récupération des vieux textiles avec l’association Emmaüs, en vue de produire de l’énergie. Ils étudient aussi comment les fibres biodégradables de certains textiles pourraient remplacer les plastiques dans la fabrication d’isolants. Là-dessus, Benoit Duret, qui travaille aussi avec la région « Caux-Vallée de Seine », cite le nom d’un industriel du lin, Dehondt, qui produit déjà des pièces de matériel électrique avec de la fibre textile.
Après cette importante réunion - si les études de faisabilité suivent, les projets aboutissent, la Marie agit, les industriels s’investissent, la méthode pourrait être généralisée par le parti socialiste à tous les conseils régionaux - les participants s’attardent. Intéressant de voir des gens de GDF débattre avec les jeunes écologistes locaux, une maire-adjoint pragmatique traiter avec les utopistes concrets de l’agence Auxilia. Laissons Benoit Duret de l’agence Auxilia conclure : «Une nouvelle culture politique apparaît à travers ces rencontres traitant de l’avenir d’un territoire. La sensibilisation aux problèmes écologiques, l’inquiétude suscitée par  le réchauffement font que chacun, citoyen, politique, industriel, se montre prêt à écouter l’autre, envisager toutes les solutions concrètes pour que les choses s’améliorent. Au moins chez soi, dans sa ville, sa région. Face au danger commun, nous sortons du cynisme et du chacun pour soi. La démocratie locale s’en trouve renforcée, des échanges transversaux et non hiérarchisés se développent, les bonnes volontés reviennent, chacun écoute sans a priori ni mépris les recherches de solution. »
De l’écologie industrielle à la démocratie revivifiée, la boucle est bouclée.

mardi, 25 mars 2008

ARGENTINE. COMMENT EN FINIR AVEC UNE DICTATURE ?

medium_fr-militaires-equateur-150.jpg
(L'armée défile dans Buenos Aires après le putch militaire de 1976)
NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS. María Eugenia Sampallo Barragán, 30 ans, fait partie de ces centaines d’enfants argentins enlevés à leurs parents assassinés pendant la dictature militaire (1976-1982), et offerts à des familles proches des putchistes. À ce jour, aucun de ces enfants n’avait osé porter plainte contre ses "parents", devenu adulte, comme elle l'a fait le 19 février dernier devant le Tribunal fédéral de Buenos Aires. C'est dire combien la peur règne encore longtemps, après une dictature, combien il demeure difficile, douloureux, de se retourner sur un passé sanglant - que beaucoup veulent oublier, cacher. Maria Barragan a montré beaucoup de courage au tribulal. Elle a aussi porté plainté contre Enrique Berthier, le tortionnaire qui l'a enlevée à l’âge de 3 mois, après avoir tué sa famille.
L’Argentine semble aujourd'hui sortir lentement de la crise économique et sociale sans précédent qui la secoue depuis six ans - une chute libre commencée à la fin de la dictature militaire, affaiblie par sa défaite face à l'Angleterre dans les îles Malouines toutes proches, défaite en 1982 par d’immenses manifestations à travers le pays. Depuis deux ans, le processus de la convertion de la dette argentine - estimée à plus de 150 milliards de dollars - a commencé. Le FMI et les créanciers ont accepté de voir leurs créances abaissées de 50% à 75%. Cette ré-oxygénation d’un pays moribond, survivant de troc, où 14 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, qui a vu en 2001 trois gouvernements abandonner leur fonction après 10 jours, accompagne une timide reprise.
Pour éclairer d’où vient cet effondrement économique et moral, et mieux comprendre le procès intenté par María Eugenia Sampallo Barragán contre ses parents d'adoption, voici un reportage réalisé à Buenos Aires en janvier 1985 pour le magazine Actuel.
Nous sommes trois ans après la chute de la dictature, sous le régime du président Raul Ricardo Alfonsin, largement élu. Après deux années d’état de grâce, parfois de liesse, lié à la liberté retrouvée, le pays déchante. L’inflation galope dans un pays trop longtemps pillé et étouffé par la junte, les groupes d’extrême-droite complotent, et le président Alfonsin vient de faire passer la loi dite du “Punto final” qui met un coup d’arrêt au procés des militaires impliqué dans les assassinats d’opposants et des anciens tortionnaires. Ce qui indigne la gauche, et toutes les familles des 30.000 victimes de la dictatures.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------
AVANT DE LIRE CET ARTICLE, il faut savoir que la loi d'amnistie des militaires, dite du “Punto final” fut abrogée quinze ans après cette enquête - voir ci-joint le texte de l’écrivain Luis Sepulveda sur cette abolition tant attendue: Pleure_Argentine_par_Luis.url. Il faut savoir auss que le président Ricardo Alfonsin, qui succéda à ola junte militaire, dut abandonner le pouvoir en 1989, cinq mois avant la fin de son mandat : l’inflation atteignait 343% en 1988, 3000% en 1989.
---------------------------------------------------------------------------------------------------------
À BUENOS AIRES,  LA NUIT EST JEUNE... Charlie Garcia, trente ans, le rocker le plus populaire d'Argentine, fait sa virée du soir. Nous tournons en taxi dans la ville.  Le chauffeur n'arrive pas à y croire : c'est bien Charlie Garcia qui fume des joints à l'arrière. S'il lui donne un autographe, la course sera gratis.
Hilare, enveloppé de grands gestes fous et théâtraux, Charlie, le tellement sympa Charlie Garcia montre la longue enfilade glauque de l'Avenida Santa Fe.
"- Regarde, Buenos Aires ressemble à New York ! Les rues à angles droits, des escadrons de taxis, les petits magasins ouverts toute la nuit, des mecs qui rôdent à tous les carrefours, assis sur des marches à discuter, à trafiquer je ne sais quoi ! Enfin, plutôt je sais, Ah Ah Ah !
"Buenos " défile à la fenêtre. Charlie le rocker, 35 ans, écume les avenidas depuis quinze ans. L'herbe fraîche nous met en phase avec les ondes surgies des blocs, la ville nous encercle et nous enlace. Envapé, je me récite la " Ferveur de Buenos Aires ", le premier grand poème de Borges, qui commence ainsi... "Les rues de Buenos Aires sont devenues mes entrailles."

Lire la suite

vendredi, 01 février 2008

JE TE SALUE, VIEIL OCEAN

medium_medium_12369.jpg

NEWS NEWS NEWS  Les thons, le magnifiques thons d'argent, fuselés comme le Nautilus, disparaissent des mers et des océans pour être découpés en sushis et steaks. Leur extinction est annoncée depuis plusieurs années déjà. Cette fois, nous y sommes. Nous les avons tous mangés. Tous, quasi. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) exhorte les distributeurs à cesser de vendre du thon rouge méditerranéen, comme l’ont déjà fait plusieurs groupes européens de distribution - à l’image d’Auchan en France, de Coop et Carrefour en Italie - afin que les stocks puissent se reconstituer. "La gestion des pêcheries est devenue complétement hors de contrôle, la pêche au thon rouge de Méditerranée est maintenant devenue un jeu dangereux, il n’y aura que des perdants", a déclaré Sergi Tudela, directeur du programme Pêche au WWF-méditerranée.
N'oublions pas qu'en novembre 2006, quatorze chercheurs internationaux, des biologistes marins, des océanographes, des économistes, onr publié dans la revue "Science" les résultats de quatre ans d’enquête sur la situation de la biodiversité marine autour du monde. C'està ce jour le plus grand bulletin de santé des mers et des océans jamais entrepris. Ses résultats sonnent l'alarme, et le tocsin : zones côtières de plus en plus polluées, écosystèmes en danger partout, destruction importante des récifs et des mangroves (les nurseries marines), menaces sur de nombreuses espèces de poissons comestibles n'est prise pour réduire la capture massive des espèces menacées. Telle le thon rouge, le thon d'argent.
Un jour, nous léverons-nous pour écrire : "Ce matin, ma mer est morte" ? Voici un entretien alarmant avec Boris Worm, biologiste marin, un des initiateurs de l'enquête publiée dans Science (publié dans le Monde 2, 10/02/07)

medium_medium_DSC_0160.JPG
 Boris Worm à Halifax (Canada)

Lire la suite

lundi, 21 janvier 2008

PRISON D'ABU GHRAIB. L'EX GENERALE AMERICAINE JANIS KARPINSKI PORTE PLAINTE CONTRE DONALD RUMSFELD POUR AVOIR PROMULGUE LA TORTURE

909a9e420d313ac17c592eccde53e5cd.jpg

NEWS NEWS NEWS Le film "Detention secrète" de Gavin Hood sur les manoeuvres obscures de la CIA au Moyen Orient sort sur nos écrans. Il raconte comment un professeur égyptien vivant aux Etats-Unis, soupçonné de collusion avec un groupe terroriste islamiste, est enlevé en plein aéroport de New York, emporté dans un pays arabe "allié" et torturé avec la complicité de la CIA. Le film, un thriller efficace, montre des scènes de "waterboarding" - noyade -, où l'inculpé tordu de douleur finit par donner des noms de gens qui n'existent pas. Il arrive à point nommé pendant la campagne électorale américaine, au cours de laquelle l'administration Bush continue de prétendre publiquement que le "waterboarding" n'est pas de la torture - ce qui a offusqué la candidate démocrate Hilary Clinton.
En regard de ces débats - faut-il, dans une démocratie, torturer les "terroristes" ? -, cette enquête sur l'ancienne générale de l'armée américaine Janis Karpinski, dégradée au rang de colonelle pour n'avoir pas su que des soldats torturaient dans cellules 1A et 1B de la prison d'Abu Ghraib - dont elle avait la responsabilité administrative.
Aujourd'hui, Janis Karpinski porte plainte contre l'ancien Secrétaire d'Etat à la Défense américain, Donald Rumsfeld pour avoir promulgué en Irak des méthodes d'interrogatoires contraires aux règles de l'Armée américaine et à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre. Elle l'accuse d'avoir généralisé au Moyen-Orient, en dépéchant le général Miller à Bagdad puis à Bagram en Afghanistan, des techniques de renseignement s'apparentant à la torture mises au point au camp de détention de Guantanamo - consignées dans des "mémorandums" aujourd'hui connus. Elle refuse la thèse officielle des quelques soldats irresponsables s'adonnant à des actes sadiques dans la prison d'Abu Ghraib. La torture, affirme-t-elle, a été méthodiquement employée contre les "terroristes" par les officiers du renseignement américain.

------------------------------------------------------------------------------------------

ae3f905109307976ae74e959ba095186.jpg

(Janis Karpinski avec Donald Rumsfeld en tournée d'inspection en Irak, hiver 2003)
REPORTAGE...

... Cette enquête a commençé comme ça. Le 25 octobre 2007 Donald Rumsfeld arrive à Paris sans se douter de rien. L’ancien Secrétaire américain à la Défense doit prendre la parole à une conférence du Club Interallié. À peine sa présence sur le territoire français est-elle confirmée, quatre associations humanitaires réclament l’ouverture d’une information judiciaire contre lui auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris - la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), la Ligue française des Droits de l’Homme (LDH), le Center for Constitutional Rights (CCR, New York), le European Center For Constitutional and Human Rights (ECCHR, Berlin).
À quel titre ?
De l’article 6 de la Convention internationale contre « la torture, et autres traitements cruels, inhumains et dégradants ». Ses dispositions, intégrées au droit interne français, autorisent de prendre « toutes mesures conservatoires au fin d’assurer la détention » de toute personne responsable de tels traitements présente sur le territoire Français.
Vous les voyez venir... S’appuyant sur la « compétence universelle » d’un tribunal français, les associations de Droits de l’homme veulent réitérer contre Donald Rumsfeld une action juridique semblable à celle lancée par le juge espagnol Garzòn, qui avait fait assigner à résidence en Angleterre le dictateur chilien Augusto Pinochet – pour torture encore. Pourquoi les associations des Droits de l’Homme lancent-elle cette procédure depuis la France, non des Etats-Unis ? Ce n’est pas faute d’avoir essayer. Human Rights First, l’American Civil Liberties Union (ACLU) le CCR ont attaqué Donald Rumsfeld au civil. Pour « abus de détenus ». Pour avoir bafoué la Convention de Genève sur les droits des prisonniers. A chaque fois, l’affaire a été rejeté pour « immunité » du Secrétaire à la Défense.
Au pénal, même échec. Pourquoi ? Aux Etats-Unis les procureurs seuls décident d’ouvrir une procédure, et les dossiers sensibles dépendent de la volonté du Procureur Général, l’équivalent du Garde des Sceaux, nommé par le président Georges Bush.Voilà pourquoi les associations humanitaires tentent début octobre de faire ouvrir une information judiciaire depuis la France. La même démarche avait permis de faire arrêter en juillet 1999, à Montpellier, l’officier mauritanien Ely Ould Dah suspecté d’avoir été un des tortionnaires du « camp de la mort » de Jreïda.
Sur quels griefs repose la plainte pour torture contre Donald Rumsfeld ?

Lire la suite

lundi, 17 décembre 2007

EDGAR MORIN. UNE UNIVERSITÉ INSPIRÉE PAR LE PHILOSOPHE EN PROJET AU NORD DU MEXIQUE

1ee56ff3c8bc3927c25d6c36db42ef7f.jpg

(Edgar Morin accueilli à l'aéroport d'Hermosillo. On lui offre une statue d'un sorcier Yaqui)

NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. NEWS. "La méthode", le grand oeuvre éclectique et foisonnant du philosophe et sociologue Edgar Morin, consacré à dresser des passerelles entres les disciplines scientifiques et philosophiques, vient d'être réédité en coffret de deux volumes (au Seuil). En regard de cette publication, un reportage réalisé pour le Monde 2 aux côtés d'Edgar Morin en novembre 2005, dans la ville d'Hermosillo au Mexique. Soutenue par la mairie et par des capitaux privés, une université inspirée par les travaux d'Edgar Morin sur "l'éducation du futur" a été mise en chantier dans la capitale de l'état du Sonora. Elle l'est toujours à ce jour. Pendant ce voyage, la statue en pied du philosophe a été dévoilée...

 BIBLIOGRAPHIE EDGAR MORIN

Lire la suite

lundi, 10 décembre 2007

MOZART, SADE, BAUDELAIRE, GOETHE A LA FONDATION BODMER, LE MUSEE DES MANUSCRITS EXTRAORDINAIRES

83fb794f7f80b902d12852ce9a076cb5.jpg

(Le manuscrit des "120 journées de Sodome" perdu à la prison de la Bastille par le "Marquis" de Sade)

NEWS NEWS NEWS. À Coligny, en Suisse, à 5 minutes de Genève, une des plus belles collections au monde de manuscrits, d’incunables et de livres anciens vous attend. Elle est conservée dans le Musée de la fondation Bodmer, qui a eu la bonne idée de s’associer avec les Presses Universitaires de France (PUF) pour lancer avant Noël une collection de beaux livres en fac similé. Visite guidée (faite pour Le Monde 2, novembre 07).

-----------------------------------------------------

« Surtout ne le touchez pas ! Ne l’effleurez pas ! » La responsable des vitrines me surveille comme je me tords vers le précieux bandeau de papier. J’essaye désespérément de décrypter quelques mots, tracés d’une écriture torturée, à l’encre noire. Il faudrait une loupe, tant Donatien Alphonse François de Sade s’est appliqué à écrire en lettres minuscules son chef d’œuvre, « Les cent vingt journées de Sodome ». L’histoire de ces pages vaudrait un roman...

Lire la suite

POURQUOI L’HOMME EN A UN ? (OU UNE ? OU PLUSIEURS ?)

ab7132073e50cb469665cb64e3ac2735.jpg

NEWS NEWS NEWS La science de l’appareil génital masculin a connu des avancées considérables ces deux dernières décennies - jusqu'à guérir l'impuissance, cette antique fatalité. Fin novembre  l’Association française d’Urologie, rejointe par de nombreux andrologues  - “ de “andros”, l’homme mâle  – tenait congrès à Paris, pour discuter des dernières découvertes. Beaucoup à apprendre…

Je suis sûr que vous avez déjà ressenti cette impression absurde étrangeté, vous, homme ou femme, devant un pénis en berne. Regardons le pendre. Immobile. Noueux. Quelle inertie. Vous en tirez à peine une secousse, en agissant sur des muscles périphériques. Il ressemble si peu aux autres membres, les doigts, les bras, les agiles, les compacts, les musculeux. Ceux que l’ego commande, ceux qui obéissent. Lui, on dirait une glande rapportée d'un autre animal. Une sorte de pieuvre accrochée là. Comment dire ? N'est-il pas bizarre ce sac ? À la fois animal et pétrifié. Une espèce de poulpe, légumineux. Une bestiole assez grotesque, une sorte de doigt rigide, mais caoutchouteux. Grotesque, insolite aussi, comme certaine bête manifestement équipée pour survivre en des milieux très différents du nôtre, comme la pieuvre et ses tentacules, ou l’éléphant et sa trompe.  Insolite, presque inquiétante. Etrangère.

Attachée à nous pourtant. Partie intégrante. Nous constituant. Pourtant, vous aurez beau imaginer le cœur pompant le sang et l’envoyant dedans, vous ne saurez soulever cette besace comme un bras, ou en faire jaillir la liqueur, ou quelque autre prouesse de fakir. Voilà qui est singulier dans ce membre. Ce mal nommé "onzième doigt". Il fait partie du « moi », l'entité corporelle, mais il ne dépend pas de moi, le moi volontaire. Il échappe à votre décision. A l’intentionnalité. Il défie la philosophie de la conscience. La psychologie du « Je » psychomoteur et rationnel. Pourquoi ?

L'OS PERDU DE LA VERGE

Autre désavantage. Cet accessoire majeur de la sexualité, à la fois baguette de la magie amoureuse et outil de l'enfantement ont été intriqués dans l'appareillage de l’élimination et la vidange. Au final, le ou les créateurs, ou la Nature, ou l'évolution comme vous voulez, a installé les vécés dans la chambre des plaisirs, le bidet dans le lit nuptial. Est-ce un hasard, une nécessité - un fatum ?
D'autres espèces échappent-t-elles à ce désagréables destin anatomique ? Oui. Le poulpe par exemple dispose d’un tentacule sensible nommé hectocotyle, un pseudo-pénis dévolu au seul coït. Il n’urine pas par là, le poulpe. La longue histoire des mollusques l’a usiné sans mélanger les rôles, avec un pénis rien que pour le coït.
Une expérience de pensée fictive intéressante.
De comparer le pénis homo avec les arrangements sexuels des autres animaux ajoute à cette impression d'outil rafistolé avec un autre -d'ouvrage bricolé, voire bâclé. La vipère cornue tenez, ou la couleuvre d’Esculape, la majorité des serpents et ophidiens par exemple arborent deux pénis.
Deux phallus. Dont ils se servent à tour de rôle.
Une autre troublante expérience de pensée fictive.
Quant au grizzli, au morse, feu le tigre du Bengale, tous les singes, ils sont dotés d'un os pénien ou baculum.
Un os fiché dans la verge...

Parfois de belle taille et robuste, comme celui de l’ours brun, long de 12, 14 bons centimètres. Ou alors, c'est l'espèce d'allumette osseuse fichée dans le gland des grand primates.  Même le chien, ce vieux compère, dispose d’un os dedans. Le petit chihuaha, le corniaud, l’énorme mastiff, tous ont un os. Presque tous les mammifères, les carnassiers surtout. La leste martre et le raton laveur aussi, équipé lui d'une armature osseuse de 8 bons centimètres, sculptée en “S”.
Pourquoi pas nous, les fils des dieux ? Pourquoi n'avons-nous pas conservé cet avantage, fort utile en cas de défaillance ?
D'innombrables mammifères présentent encore des pénis intéressants. La pique des félidés repose bien au chaud, protégée d’une sacoche de peau, dont elle sort les nerfs à vif et huilée. Celle du cheval, comme de l’âne, enveloppée d’un manchon élastique, se rétracte et se range. L’éléphant, pour trouver son chemin, déplace de droite à gauche un long manche dressé, comme un outil télescopique -il faut avoir vu ça.
Autre regrettable différence, la femelle homme a été équipée d’une enclume - forte expression de la Renaissance - capable d’embraser plusieurs orgasmes à la suite. Une sorte de feu d'artifice d'extases. Tandis que nous les mâles, avec cet engin explosif, sommes des mystiques à crises espacées. Entre chaque spasme, il nous faut patienter.
Revenir au curieux état languide. Mais pourquoi ? 

Lire la suite

vendredi, 23 novembre 2007

MARIE-FRANCE HIRIGOYEN. "LA SOLITUDE N'EST PLUS CE QU'ELLE ETAIT"

e33f7656daba11bd5a9fd37c34ddc86e.jpg
(Toutes les photos : Gaelic photographe / gaelic@rugama.co)

News News News. L'essayiste et psychanalyste Marie-france Hirigoyen, qui s'est faite connaître en analysant les effets dévastateurs du "harcélement moral" dans les couples et en entreprise (Ed Syros), publie une intéressante enquête consacrée aux "nouvelles solitudes" (Ed La Découverte). L'ouvrage révèle comment la solitude est devenue beaucoup plus commune et mieux acceptée qu'au siècle dernier (même si elle reste douloureuse et parfois décriée ou moquée), comment la figure de la "vieille fille" et du "vieux garçon" disparait au profit d'une solitude vécue comme une étape, un passage obligé, parfois un choix, sinon un moment de retrouvailles avec soi et d'initiation, dans nos vies amoureuses beaucoup plus longues et agitées qu'au cours du XIXe sicèle, ou de la première moitié du XXe siècle.

Enquête auprès de ces "nouveaux solitaires" et entretien avec Marie-france Hirigoyen

 -------------------------------------------------------------------

Grande, rousse, teint de porcelaine, appelons la Cécile.  Elle défend sa solitude becs et ongles.
A-t-elle vingt-cinq ans - chez elle, démaquillée ? Trente-cinq - au retour d’une réunion de direction ? Difficile aujourd’hui d’évaluer l’âge des personnes tant les corps et les visages rajeunissent, la vie s’allonge – cela a un rapport à notre sujet. En fait, Cécile vient d’avoir 30 ans. Elle est ingénieur financier, spécialisée dans la communication d’une banque européenne. Elle vit seule, et sait pourquoi. Cécile : « Pendant mes études à Toulouse, déjà j’adorais être seule. J’avais une « turne » d’étudiant. Je travaillais la nuit, vivais dans un capharnaüm, sortais beaucoup, concerts, expos. Les mecs ne restaient pas plus d’une nuit. J’en garde un très bon souvenir.» À 25 ans, employée par une grande banque française, Cécile tombe amoureuse d’un collègue de 30 ans. Ils s’installent à Levallois, aux portes de Paris.
   Deux ans plus tard, ils rompent d’« un commun accord » - enfin, c’est ce qu’elle dit. Pourquoi ? Cécile : « J’ai vite compris que la vie en couple n’était pas faite pour moi. Il travaillait énormément, rentrait tard. Normal que je m’occupe des repas, des courses, je ne lui reproche rien. Mais je ne pouvais jamais m’isoler, souffler. » Elle a besoin de s’isoler, d’avoir du temps à elle, hors tout horaire. Louer une chambre en plus coûte trop cher.  Cécile : « Que m’apportait la vie à deux ? Je ne voyais plus mes amies, je ne profitais même pas de Paris, des musées, des spectacles. Le soir, j’étais enfermée chez moi à l’attendre, ou à regarder la télé avec lui, fatigué. Moi qui déteste la télévision ! » Elle avoue encore : « J’étais beaucoup plus heureuse quand nous étions amants."

Lire la suite

Toutes les notes