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ENQUÊTES

  • MARINE LE PEN EST-ELLE PLUS RÉPUBLICAINE QUE SON PÈRE ? DÉCRYPTAGE A LA LETTRE

    (Marine le Pen le 1er mai 2013. AFP)

    NEWS NEWS NEWS « Liberté », « laïcité », « Etat protecteur », «parole au peuple », « argent roi », Marine Le Pen emploie souvent dans les médias des mots et des concepts qui semblent venir de l’extrême-gauche. Dans le même temps, elle tient des discours de  droite extrême : elle réclame un référendum sur la peine de mort, veut le retour de l’uniforme à l’école, associe en permanence immigration et terrorisme et veut sortir de la zone euro. Tout en se proclamant républicaine, décidée à rompre avec les provocations anti-républicaines de son père, elle demande la limitation du contrôle du Conseil Constitutionnel, la renégociation de la Convention Européenne des droits de l’homme, l’inscription du principe de la « préférence nationale » dans le préambule de la Constitution et la modification du scrutin électoral. Difficile de la suivre.

     Pour mieux la comprendre, Cécile Alduy, professeur de français à l’université de Stanford, et Stéphane Wahnich, professeur de communication politique à Paris-Est Créteil, se sont livrés à une analyse lexicale, littéraire et statistique de 500 de ses discours, textes et déclarations (Marine Le Pen prise aux mots. Seuil, 2015) Ce travail pionnier permet de décrypter comment la présidente du Front National réussit, par différents glissements sémantiques, à donner un sens biaisé ou détourné à des mots démocratiques et républicains. Nous avons demandé à Cécile Alduy de décrypter l’usage de 5 mots revenus de façon récurrente dans la dernière conférence de presse de Me Le Pen et ses récents débats télévisés.

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  • FAUT-IL INTERDIRE LES ROBOTS TUEURS (OU ARMES LETALES AUTONOMES) ?

    (Manifestation à Londres, en avril 2013, pour le lancement de la campagne « Stop Killer Robots ». COURT / AFP)

    NEWS NEWS NEWS Depuis 2012, les Armes Létales Autonomes (SALA en français), capables de faire feu et tuer d'elles-mêmes, sans intervention d'un commandement humain, sont régulièrement dénoncées par une coalition de 51 organisations non gouvernementales (ONG) coordonnée par Human Rights Watch, dans le ­cadre de la campagne internationale «  Stop Killer Robots  » («  Arrêtez les robots tueurs  »). 

    Le mouvement de protestation a été relancé à grand bruit cet été grâce à une lettre ouverte signée par près de 3  000 personnalités, dont des chercheurs en robotique et en intelligence artificielle, des scientifiques comme le physicien Stephen Hawking et des figures de l’industrie high-tech, tels Elon Musk, PDG de Tesla Motors, ou Steve Wozniak, cofondateur d’Apple. Si danger de voir des robots militarisés remplacer les hommes sur le champs de bataille inquiète les chercheurs et les roboticiens, les militaires y voient une opportunité pour éviter les pertes humaines. Enquête (publiée dans Le Monde Culture&Idées, sept 1015)

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    On l’appelle SGR-A1. De jour comme de nuit, sur un rayon de 4 kilomètres, ce robot militaire décèle, grâce à son logiciel de «  tracking  », les mouvements d’un intrus. Mis en marche à distance, cet automate pour poste-frontière tire de lui-même, de façon indépendante, sur toute personne ou véhicule qui s’approche. Conçu par Samsung, il est équipé d’une mitrailleuse, d’un lance-grenades, de capteurs de chaleur, de caméras de détection infrarouge et d’une intelligence électronique. En septembre 2014, la Corée du Sud a installé plusieurs de ces engins le long de la zone démilitarisée qui la sépare de la Corée du Nord, afin d’éviter d’envoyer des soldats dans des endroits isolés.

    C’est peu dire qu’une telle arme, «  intelligente  » et autonome, inquiète. Depuis 2012, elle est ­régulièrement dénoncée par une coalition de 51 organisations non gouvernementales (ONG) coordonnée par Human Rights Watch, dans le ­cadre de la campagne internationale «  Stop Killer Robots  » («  Arrêtez les robots tueurs  »). Le mouvement de protestation a été relancé à grand bruit, le 28 juillet, grâce à une lettre ouverte signée par près de 3  000 personnalités, dont des chercheurs en robotique, des scientifiques comme le physicien Stephen Hawking et des figures de l’industrie high-tech, comme Elon Musk, PDG de Tesla Motors, ou Steve Wozniak, cofondateur d’Apple. Pour eux, un tel robot militaire, et tous ceux qui risquent de suivre du fait des avancées rapides de l’intelligence artificielle, soulève de graves questions éthiques et juridiques qui remettent en cause le droit de la guerre.

    Droit moral

    La nouveauté la plus radicale est de donner à une machine autonome la possibilité de tuer. C’est un droit moral qui a toujours été réservé aux humains sur le champ de bataille. Comme le rappelle un responsable d’Human Rights Watch, «  il faut un homme pour décider d’arrêter le tir et faire des prisonniers, pour reconnaître un soldat portant un drapeau blanc, pour évaluer si la riposte est équilibrée  ». Or, le robot sentinelle SGR-A1 est incapable de faire ces choix  : il tire automatiquement sur tout ce qui bouge. Ce faisant, il risque à tout ­moment de violer deux principes du droit international humanitaire (DIH) qui régit les conflits armés depuis les conventions de Genève de 1949 et leurs protocoles additionnels  : d’une part, la règle cardinale de la «  distinction  » entre les civils et les militaires ; ensuite, la nécessité d’éviter des violences «  disproportionnées  » par rapport aux menaces, et donc de procéder à une évaluation. 

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  • OLIVER SACKS EST DÉCÉDÉ, PIONNIER DE LA NEUROPSYCHOLOGIE ET ÉCRIVAIN ROMANTIQUE

    (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Le 19 février 2015, l’écrivain et neurologue Oliver Sacks, qui a fait connaître au monde entier les plus singulières affections du cerveau, avait prévenu le New York Times. Il était condamné. «Je vois la mort en face, écrivait-il. Le cancer occupe un tiers de mon foie, et bien que son avance puisse être ralentie, ce type de cancer ne peut-être arrêté.» La maladie a eu raison de lui dimanche. Il avait 82 ans.

    Depuis le début des années 1980, avec son témoignage Sur une jambe (Seuil, 1987), Sacks s’est attaché à décrire avec précision et empathie les troubles neuropsychologiques liés aux lésions et aux accidents cérébraux. Influencé par ce qu’il appelait «la psychiatrie littéraire» de la fin du XIXe – Jean-Martin Charcot, Jacques-Joseph Moreau de Tours, Gaëtan Gatian de Clérambault – comme par les récits de l’école russe de neurologie – notamment ceux d’Alexandre Romanovich Louria (1902-1977) - il a fait revivre dans ses ouvrages «l’expérience intérieure» des malades. Voilà pourquoi, plutôt que d’études de cas, il préférait parler de «contes cliniques». Certains d’entre eux, comme L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau (Seuil - 1985), ont été des best-sellers mondiaux.

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    Dans  l'article qui suit, publié en partie en janvier 2009 dans le Monde Magazine, j'ai tenté de dresser le portrait de l'aventure intellectuelle d'Oliver Sacks et de ce qu'il appelle "la neurologie existentielle". J'ai mené ce travail avec son aide directe, au cours d'"échanges de mails et suite à deux entretiens.

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    Un taureau en colère a changé la vie du docteur Oliver Sacks. C’était en Norvège, en montagne. Il se retrouve face à un énorme animal « aux yeux globuleux ». Pris de panique, il s’enfuit, tombe. Genou traumatisé, rupture du tendon du quadriceps, un muscle de la cuisse. Oliver Sacks le médecin se retrouve un patient hospitalisé. « C’était la première fois. Ce fut pour moi une révélation, écrit-il au Monde,  se prêtant au jeu de reconstituer l’itinéraire intellectuel de sa vie. Cet accident m’a fait violemment ressentir l’épreuve que traversent des patients impuissants et désespérés. »

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  • VINGT MILLE LIEUX SUR LES MERS

     Le projet Lilypad, de l’architecte belge Vincent Callebaut  : chacune de ces îles flottantes pourrait loger 30000 personnes. VINCENT CALLEBAUT ARCHITECTURES
    NEWS NEWS NEWS L'architecte sur l'eau permettra-t-elle de résoudre la crise écologique avancée des grandes villes du monde ou va-t-elle accélérer la pollution des mers et des océans. Enquête auprès des tenants de la "révolution bleue"

    Visuel Interactif : la Révolution Bleue

    Un vieux rêve de l’humanité est de se réfugier sur une île pour y refaire sa vie, voire le monde, ­inventer une société meilleure, expérimenter des voies nouvelles pour l’humanité. C’est sur une île que Thomas More situait Utopia (1516), sa société idéale ; au cœur d’une île encore que Tommaso Campanella imaginait la Cité du ­Soleil (1602) ou Sir Francis Bacon La Nouvelle ­Atlantide (1624).Aujourd’hui, ces utopies insulaires sont rattrapées par la réalité terrestre : un mouvement architectural cherche à édifier des cités écologiques sur des îles nouvelles. Né dans l’urgence de la menace environnementale, ce courant qui a gagné l’architecture et l’urbanisme interpelle, depuis dix ans, économistes, institutions internationales et gouvernements. Ce mouvement a un drapeau – bleu, couleur des océans – et un pays pionnier : les Pays-Bas. Elu en 2007 parmi les personnes les plus influentes de l’année par le magazine Time, l’architecte Koen Olthuis, cofondateur de l’agence Waterstudio, à Ryswick, est l’un de ses praticiens et théoriciens. Il signe ses mails Green is good, blue is better («  le vert [le souci écologique], c’est bien, le bleu, c’est mieux ») et avance plusieurs arguments pour expliquer pourquoi construire sur les mers est une idée d’avenir : «  D’ici à 2050, 70 % de la population mondiale ­vivra dans des zones urbanisées. Or, les trois quarts des plus grandes villes sont situées en bord de mer, alors que le niveau des océans s’élève. Cette situation nous oblige à repenser radicalement la façon dont nous vivons avec l’eau. »
    Lire aussi : « Il va falloir endiguer, mais aussi apprendre à flotter »
    Car, rappelle-t-il, les cités géantes du XXIsiècle sont mal en point : «  La préoccupation “verte” qui saisit aujourd’hui architectes et urbanistes ne suffira pas à résoudre les graves problèmes environnementaux des villes. Comment allons-nous affronter les problèmes de surpopulation ? De pollution ? Résister à la montée des eaux ? » Sa réponse : en bâtissant des quartiers flottants, de nouvelles îles, en aménageant des plans d’eau pour un urbanisme amphibie. « La mer est notre nouvelle frontière », affirme l’architecte, détournant la formule de John Fitzgerald Kennedy. Car si l’espace manque sur terre, la mer est immense – et inhabitée.

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  • LE DIABLE EST DANS LES DÉTAILS : PHOTOS SUR INTERNET ET THÉORIES DU COMPLOT

    Certains ont crû voir apparaître le Diable dans les fumées du World Trade Center, à New York, le 11 septembre 2001 (capture d’images de la télévision américaine CNN).

    NEWS NEWS NEWS L’interprétation biaisée, voire farfelue, des images et des photos est un des passe-temps favoris des esprits complotistes – ceux qui voient d’odieuses conspirations derrière chaque événement marquant, comme lors de l’attentat contre John Fitzgerald Kennedy, ou le 11 septembre 2001. On l’a encore vu pendant le drame de Charlie Hebdo.

    La première rumeur alarmiste qui a circulé le 7 janvier, après l'attentat contre Charlie, est partie d'une différence, sur deux clichés parus dans la presse, de la couleur des rétroviseurs de la Citroën C3 utilisée par les frères Kouachi. L'un, gris clair, pris avant l'attaque. L'autre, plus sombre, après. Ces écarts chromatiques prouveraient qu’il ne s’agit pas de la même voiture. Alors que le métal chromé produit, selon l’angle de prise de vue, des reflets plus ou moins sombres – ce qui explique la dissemblance des photos –, certains y ont vu la preuve d’une terrible manipulation politique  : les Kouachi n’auraient pas attaqué le journal, mais servi de gibier à la police dans « la seconde C3 », celle aux rétroviseurs sombres. Pendant ce temps, de mystérieux occupants de « la première C3 » décimaient l’équipe du journal. Pour certains complotistes, jeunes tweetos énervés ou émules de Dieudonné, c’était des hommes des services secrets israéliens décidés à discréditer les musulmans. Pour d’autres, des agents français voulant créer une situation de guerre civile en France.

     

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  • L'AUBE DES "VILLES INTELLIGENTES"

    ville,utopie

    Night Stroll. Gif by Nao Tajima

    NEWS NEWS NEWS A Paris, début décembre, la maire Anne Hidalgo a présidé en novembre le forum "Smart City du Grand Paris", rassemblant des responsables de grandes villes ainsi que de nombreux industriels (Bolloré, Bouygues, Decaux, ERDF, IBM, Orange, Microsoft, Veolia). Puces, antennes Wi-Fi, caméras, logiciels, progressivement, des cités hyperconnectées font leur apparition. Utopie urbaine ou cauchemar ? (article publié dans Le Monde Culture&Idées du 20/12)

    A Nice, les trottoirs sont intelligents. Depuis mars 2013, la ville y a installé 1 000 capteurs qui repèrent les voitures stationnées et avertissent les nouveaux horodateurs à antenne Wi-Fi, eux-mêmes reliés à l'ordinateur central Nice City. Celui-ci prévient les habitants sur leurs portables des places disponibles en ville, de l'état du trafic et des spectacles du jour. Grâce à ce système, la mairie espère éviter les embouteillages causés par les perpétuelles recherches de stationnement, réduire les émissions de C02 et rendre la ville plus attractive.

     Cette expérimentation, qui a suivi l'installation de 915 caméras VSI (la vidéosurveillance intelligente, capable de repérer une personneagitée ou trop immobile dans une foule, de déceler un cri, un bris de vitre, et de lire sur les lèvres à 200 mètres), a précédé le premier " boulevard connecté " d'Europe, inauguré en mai 2013. Deux cents capteurs ont été intégrés aux lampadaires, aux conteneurs d'ordures et à la chaussée du boulevard Victor-Hugo afin d'analyser la qualité de l'air, la température, le bruit, le trafic et le taux d'occupation des déchets. Toutes ces données sont regroupées sur une plate-forme logicielle qui les mutualise et les redistribue aux habitants, par Internet. Résultat : les poubelles alertent les services de propreté quand elles sont pleines, un pic de pollution est aussitôt annoncé, les lampadaires règlent leur luminosité en fonction des piétons. Selon le maire, Christian Estrosi, le but est d'informer " en temps réel " sur ce qui se passe en ville, afin d'" économiser de l'énergie ", de " faire participer les habitants " et de " mettre en place des nouveaux services ".

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  • CINÉMA D'ANIMATION (1) : LA TOUCHE FRANÇAISE

    « Astérix. Le Domaine des dieux »,  film d’animation de Louis Clichy  et Alexandre Astier

    NEWS NEWS NEWS Dans sa campagne de novembre « Fiers de la France », où le gouvernement applaudit les réussites françaises, le ­ciné­ma d’animation a été oublié. Cette industrie est pourtant la troisième productrice de films au monde, derrière le Japon et les Etats-Unis, et la première d’Europe – elle assure 40 % de la production du continent, a réalisé entre cinq et dix films par an depuis dix ans et produit 355 heures annuelles de programmes de télévision en 2011 et 2012.

    « Assez de French bashing, s’émeut Yves Portelli, le directeur de l’école des Gobelins. La France dispose d’un tissu serré de formations de haut niveau en animation, réputées dans le monde entier. » On compte en effet, d’après un rapport du magazine L’Etudiant daté de mai, 67 écoles de cinéma d’animation dans le pays, dont 24 se sont regroupées dans un ­réseau d’excellence soutenu par le Centre national du cinéma (CNC). Elles ont formé une vague de réalisateurs qui ont donné ces quinze dernières années de grands succès hexagonaux, parfois même internationaux.

    On se souvient de Kirikou et la sorcière, de Michel Ocelot, produit en 1998 par Les Armateurs : le film fait 1 million d’entrées à sa sortie en France, puis séduit un public étranger. C’est le déclic. Cette réussite décide de nombreux producteurs ­nationaux à investir dans l’animation, et contribue à la création de nombreux studios et start-up. Les Armateurs produisent ensuite Les Triplettes de Belleville, de Sylvain Chomet (prix Lumières 2004, 900 000 entrées), Ernest et Célestine, de Benjamin Renner (César en 2013, vendu dans 25 pays), et les deux suites de Kirikou, en 2005 et 2012.

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  • SQUAWS, FIGURES OUBLIEES

    Jeune mariée wishram de l’Oregon. Photographie de Edward S. Curtis, 1910. | Library of Congress En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2014/11/13/figures-de-squaws_4523275_3476.html#kBKktkXTrKcH8yX8.99
    Jeune mariée wishram de l’Oregon. Photographie de Edward S. Curtis, 1910. | Library of Congress

    NEWS NEWS NEWS  Une ouvrage de l'ethnocinéaste Patrick Deval sorti début novembre, Squaws. La mémoire oubliée (Hoëbeke) tente de mieux comprendre la place des femmes dans les sociétés amérindiennes, mais aussi de décrypter comment les colons venus d'Europe ont utilisé et interprété l'image de la "squaw", à Hollywood pour commencer. Un travail salutaire, pionnier en France - un des beaux livres de cette fin d'année.

    Les squaws sont les grandes oubliées de l’histoire américaine. Si nous connaissons les destins tragiques des chefs apaches Cochise et Geronimo, si les sombres épopées des peuples sioux ou iroquois ont frappé notre imagination, si les grands romanciers et les westerns d’Hollywood se sont passionnés pour les guerriers, nous savons peu de chose des Indiennes. Les études historiques et ethnologiques les concernant sont récentes. Et les images que nous restituent le cinéma et la peinture se cantonnent souvent à des clichés.

    Au cinéma, les véritables Indiennes sont longtemps demeurées invisibles. « Dans les westerns, les squaws étaient jouées par des Américaines grimées », explique l’ethnocinéaste Patrick Deval, auteur du livre très documenté Squaws. La mémoire oubliée. En 1944, l’Américaine Linda Darnell interprète ainsi une Cheyenne rusée dans le Buffalo Bill de William A. Wellman. En 1960, Audrey Hepburn est une Kiowa adoptée par des colons dans Le Vent de la plaine, de John Huston. Des stars comme Debra Paget, Cyd Charisse et Elsa Martinelli seront, elles aussi, des squaws de cinéma, bronzées pour l’occasion.

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  • MASSACRER AU NOM DE LA FOI

    4511303_6_7e00_des-recrues-de-l-etat-islamique-image-extraite_d7ae90cb2646dadf6d2993d805c88091Des recrues de l'Etat islamique. Image extraite d'une vidéo postée sur YouTube, le 23 septembre. | HO / AFP

    NEWS NEWS NEWS Depuis juillet, la liste des massacres, des viols, des exécutions sommaires, des tortures, des brutalités associées à l’imposition de la charia (mains coupées, flagellations publiques) que commettent les combattants du groupe armé Etat islamique (EI), que ce soit à Tikrit, à Rakka, à Mossoul, ne cesse de s’allonger. Ses partisans tournent et diffusent eux-mêmes les vidéos de leurs exactions : égorgements, crucifixions, têtes plantées sur des grilles, balles dans la tête, charniers. A quoi pensent-ils quand ils commettent ces crimes, comment les justifient-ils ? Ils se réclament de Dieu, mais cela explique-t-il qu'ils violent, rackettent, exécutent des civils, enlèvent des femmes et des enfants ? Enquête.

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    Sur certains des films de l'E.I, on voit de jeunes hommes frapper, humilier et tuer des civils par dizaines, à l’arme blanche ou d’une rafale de mitraillette. Sans hésiter, avec détermination. Ces photos de meurtriers de masse en rappellent d’autres, de terrible mémoire et de tous les temps : celles de la Shoah, celles du génocide des Tutsi au Rwanda, et tant d’images de guerres civiles, de guerres de religion où des tueurs dressés devant des fosses achèvent en souriant une victime désarmée – non coupable, non combattante.

    Comment des hommes en arrivent-ils à tuer des vieillards, à enlever des enfants, à torturer des gens qui parfois sont d’anciens voisins ? A quoi pensent-ils à cet instant ? Où est passée leur humanité ? Qu’en disent les historiens, les psychosociologues, les théoriciens des idéologies, les philosophes et les anthropologues qui travaillent sur ces questions de la barbarie, du meurtre de masse et du passage à l’acte ?

    L’éclipse de la compassion serait la cause première. Le philosophe Marc Crépon, auteur d’un essai sur Le Consentement meurtrier (Cerf, 2012), avance qu’« il n’y a pas de guerre, pas de génocide, pas d’abandon de populations entières à leur errance entre des frontières meurtrières qui ne soit possible sans une “suspension” de la relation à la mort d’autrui, un déni des gestes de secours, des paroles de réconfort, du partage qu’elle appelle». Pour décapiter au couteau des hommes attachés, pour violer des femmes, il faut que soit étouffé le savoir que chaque humain possède sur la souffrance de l’autre, sur sa fragilité et sa mortalité. Et la première explication à cette « suspension » est autant psychologique qu’idéologique : seule une force supérieure, et donc un Dieu, pourrait l’autoriser.

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  • YOURTES, TIPIS, CABANES, DÔMES SONT-ILS MENACÉS ?

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    Gérard et Solange Chabert, en juillet, dans leur maison de terre qu'ils ont bâtie en Périgord sur le modèle de la yourte. | Johann Rousselot pour "Le Monde"

    NEWS NEWS NEWS La loi ALUR de 2014, voulue par Cécile Duflot, dont on attend les décrets d’application, reconnaît le statut légal des habitats légers de campagne : yourtes, tipis, dômes, cabanes, etc. Si les collectifs d’éco-habitants sont satisfaits, ils craignent qu’un amendement déposé au Sénat les oblige à se raccorder au réseau collectif d’eau et d’électricité, ce qui limiterait leur liberté de s'installer dans des endroits choisis et magiques.

    A 70 ans, fort et sec, buriné, torse nu et pieds nus, la barbe fournie, de longues dreadlocks, Gérard Chabert fait penser à un sadhu. Ce soir de juin, près des Eyzies-de-Tayac-Sireuil, il nous fait découvrir le parcours forestier de son spectacle La Trace, joué tout l’été. C’est une longue promenade nocturne dans les bois, sur ses terres, où le visiteur croise des apparitions (une femme suspendue dans les branches tissant un cocon), assiste à de lentes chorégraphies (une femme nue danse sur un fil), découvre d’impressionnantes sculptures de corps vivants (un couple enlacé, immobile, d’un blanc intense, juché sur un socle, semble s’offrir au ciel).

    Gérard Chabert explique sa démarche, qui relève à la fois de la sculpture vivante, de la performance en extérieurs et de l’art plastique – en quoi il est un artiste unique : « J’essaie de faire éprouver au promeneur la puissance ancestrale, sauvage, des corps des humains, de la nudité, du désir, de l’enfantement, par des sortes de mystères en forêt. » Pour lui, qui va pieds nus partout, au village, sur les chemins, l’émotion que procure la force de la nature décorée et éclairée par ses soins, la nuit, importe beaucoup. D’ailleurs, il n’a pas choisi par hasard de s’installer ici, au cœur de la forêt près des Eyzies-de-Tayac-Sireuil, dans le Périgord noir, avec une partie de sa compagnie d’arts visuels, Le Diable par la Queue, dans des yourtes…

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