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sexe - Page 2

  • BONJOUR LES NIQABITCH, LES ALLUMEUSES EN NIQAB.

    Niqabitch secoue Paris

    NEWS NEWS NEWS Depuis début octobre la vidéo des Niquabitch - les allumeuses en niqab - circule sur le Net où elle a été visionnée des dizaines de milliers de fois. Explication.

    Elles s’appellent les Niqabitch (« les allumeuses en niqab »), leur vidéo fait le buzz sur You Tube. Ces deux jeunes musulmanes se sont promenés en niqab, mnishort noir et talons hauts dans le quartier des ministères à Paris. On le voit prendre la pose, cuisse nues et visage masqué, devant le ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale. Les policiers leur disent de déguerpir, elles expliquent « On veut dédramatiser la question du voile ». « C’est génial » dit une policière, qui les prend en photo. Les niqabitch ont publié un manifeste : « Autant le dire franchement, prendre l’apparence de Dark Vador au nom de l’islam et de ses préceptes, on ne comprend pas vraiment ! (Mais) nous avons ouï dire que la République était un espace de libre expression dans lequel chacun pouvait choisir de s’habiller et de pratiquer sa religion comme il l’entend. » En mêlant une tenue sexy au voile intégral les Niqabich font valser beaucoup d’idées reçues. Elles interrogent la liberté  d’aller dans les rues de France dans n’importe quelle tenue. Va-t-on leur interdire de sortir ainsi nippée à cause du niqab - et si elles se livraient à une fantaisie S.M ? N’a-t-on pas le droit de jouer avec les codes de genre, ou religieux, de se travestir ? Ensuite, elles montrent l’affreuse volonté du niqab d’emprisonner les charmes des femmes. Alors nous ne verrions plus ces jolies jambes, si bien mises en valeur sous ce haut noir ? Ce contraste rappelle tout l’érotisme du voile, dont Malek Chebel a montré les raffinements dans son épais "Kama Sutra arabe" (Pauvert 2006). Nous l’avions l’oublié, en nous polarisant sur le « voile islamique ». "Le Jardin Parfumé", un des chefs d’œuvre de la littérature sensuelle née en terre d’Islam, si riche jusqu’au XVe siècle, en loue les danses - même si aujourd’hui les théologiens du Caire en ont interdit la lecture comme des "Mille et Une Nuits". Le voile, nous disent joyeusement  les Niqabitch, n’est pas toujours associé à la pudeur. Même si dans le désir, comme l’analyse paradoxalement l’historien Jean-Claude Bologne dans "Pudeur féminine" (tout juste sorti au Seuil), « un voile naturel et invisible révèle la femme », fut-elle nue... (publié dans Le Monde Magazine)

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  • SCIENCES PO, UNIVERSITE MAUVAIS GENRE

     

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    NEWS NEWS NEWS En cette rentrée universitaire, l'université Sciences Po commence  à mettre en place son programme PRESAGE (Programme de REcherche et d'Enseignement des SAvoirs sur le GEnre). La prestigieuse université, après des années d'hésitation et de coups d'essai, lance enfin un solide programme d'étude - soutenu par des figures de l'histoire et l'économie comme Elizabeth Badinter, Nancy Fraser ou Amartya Sen - sur les questions de la discrimination et la fabrication du genre et des différences sexuelles. En Amérique et au Canada, ces "gender studies"  sont  à l'honneur depuis 30 ans, c'est dire le retard pris en France.

    Le programme PRESAGE a débuté ce 20 octobre par une conférence de la philosophe Geneviève Fraysse, quelques cours ont débuté, mais l'année prochaine toutes les disciplines vont être affectées par le questionnement sexuel : comment le fait d'être d'un genre ou d'un autre vous disqualifie ou vous requalifie dans votre travail ? vos retraites ? influence vos manières d'être traité à l'école ? à l'université ? comment le droit est-il travaillé par ces questions mais encore les manières d'habiter la ville, se promener les rues, jusque dans le détail des habillements ? etc, etc ?

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  • PROSTITUEES CONTRE MAISONS CLOSES

    NEWS NEWS NEWS Canal + sort cette semaine son feuilleton « Maison close » qui montre la vie quotidienne d’un bordel de luxe à la fin du XIXe siècle. Pendant ce temps, un groupe de travail du gouvernement réfléchit à la proposition de la député UMP Chantal Brunel de rouvrir « les maisons ». Mais qu’en pensent les associations de prostituées ?

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     « Le Chabanais », 12 rue Chabanais, Paris IIe. « Un ministre des Affaires Etrangères de la IIIe République fréquentait assidûment cette maison close. Il se mettait nu et se laissait passer un collier à pointes autour du cou. À quatre pattes, promené en laisse, il présentait son postérieur à une ronde de filles nues, qui lui assénaient chacune des coups de fouet." Aujourd’hui, on trouve ce collier et ces fiches - les « blancs » - de la Brigade des Mœurs exposés dans la salle des archives de l’actuelle brigade « de répression du proxénétisme » (BRP). Le Chabanais, ouvert en 1878, fut un des bordels les plus luxueux de la fin du XIXe et la Belle Époque, on y trouvait une chambre « persane », « égyptienne », « mauresque », « russe », « nippone », et le prince Edouard VII y prenait avec les dames des bains de champagne dans une grande baignoire en cuivre. Un blanc daté du 28 mars 1899 rapporte que 25 femmes travaillaient là et que le « cabinet médical » comportait 15 spéculum, des « pommades prophylactiques » et du permanganate. Il concluait : « Le Chabanais est un des établissements les plus réputés de Paris. Il est fréquenté par une clientèle de marque. La tenancière peut-être consultée utilement. » C’est cet établissement, ainsi que les quelques autres bordels parisiens haut de gamme des « années folles » Le Sphinx, Le One Two Two, le Colbert, le Cardinet, le Montyon, véritables palais de la débauche, qui ont servi de modèle au feuilleton qui débute sur Canal + ce mois-ci, « Maisons Closes », huit épisodes.

    55761.jpegUne scène du feuilleton "Maison close" de Canal +

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  • PLAISIR FEMININ. TOUJOURS "LE CONTINENT NOIR"...

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                                                               play windows media play quicktime beautifulagony.com

    (Toutes les images de cet article viennent du site Beautiff agony montrant des femmes atteignant l'"orgasme)

    News News News. Les tests pharmacologiques sur le “Viagra féminin” sont entrés dans leur phase III, c’est-à-dire avant la mise sur marché. Mais la “flibansérine” n’a rien d’un Viagra, la molécule devra être prise pendant plusieurs semaines pour agir. Il s’agit à l’origine d’un anti-dépresseur ayant un effet apparemment stimulant pour la libido féminine - ce qui interroge.Un tel traitement ne présentera-t-il pas les effets secondaires propres aux anti-dépresseurs, notamment les périodes dépressives après usage  ? Ce produit, s’il est autorisé par les autorités de surveillance, devrait arriver sur le marché mondial pour 2011, soit plus de vingt après l'arrivée de la petite pilule bleue.

    Quant à la récente querelle sur l'existence ou l'inexistence du "Point G" , elle a révélé combien, quarante ans après la naissance du MLF, nous savons toujours peu de choses sur l'anatomie, le plaisir et la sexualité féminines. En ces domaines, les recherches scientifiques commencent à peine. Quant aux retombées du désir, il a fallu mettre au point le Viagra pour les hommes, pour que les chercheurs s'intéressent à celles des femmes. Enquête.

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    I –Où chercheurs et médecins s'interrogent : le point G n’existe pas ou les mauvais amants sont légions ?

    Odile Buisson est en colère. «-Vous vous rendez-compte, monsieur, qu'il n'existe aucune formation à la sexologie à l'université. Elle est juste une spécialisation en fin d'études, facultative, même en gynécologie. Quant aux recherches médicales sur l'anatomie du clitoris, ou le point G, elles sont toutes récentes, et ne trouvent pas de financement. » Belle femme, rousse, la quarantaine, passionnée, véhémente, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye, elle a réalisé en mai 2009 une première française : une sonographie complète en 3D d'un clitoris. Nous sommes au congrès annuel de gynécologie à l’espace Cardin, où elle présente ses extraordinaires images. Ce jour-là, tous, médecins, psychologues, journalistes des féminins, débattent passionnément. Car selon une étude du King’s College de Londres, publiée en début d'année le fameux «point G», un des hauts lieux de la jouissance des femmes d’après le docteur Ernest Gräfenberg qui l’a identifié en 1950, n’existerait pas. 900 paires de jumelles de 22 à 83 ans ont donné des réponses très différentes pour le localiser, et la moitié déclaré ne pas le connaître. Si celui-ci avait une réalité anatomique, elles auraient répondu avec netteté, en le situant au même endroit. Les chercheurs anglais ont conclu : le «point G» est une invention de la sexologie.

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  • IMPUISSANCE MASCULINE. C'EST FINI.

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    NEWS NEWS NEWS Un sujet d'été pour conserver la bonne humeur avant une rentrée difficile : cette enquête pour Le Monde où l'on apprend que la panne virile, passagère ou répétée, comme l'impuissance chronique, se voient désormais guéries. Entre médicaments érectiles, psychothérapie et prothèses, il est possible de rendre leur tonus aux homme les plus affaiblis. C'est une date historique. Enquête au tréfonds de la physiologie et de la psychologie masculines (parue partiellement dans Le Monde Magazine, 22 août 2009)

    1- Où nous apprenons combien l’homme craint de « manquer de voix » depuis toujours.

    La panne sexuelle et l’impuissance tourmentent l’homme depuis toujours. À Babylone déjà, en Mésopotamie, il y a 3700 ans, des plaquettes gravées trouvées dans le temple de la déesse Ishtar consistent en des incantations à la virilité : « Que le vent souffle, que frémisse la futaie ! Que ma puissance s’écoule comme l’eau de la rivière, que mon pénis soit bandé comme la corde d’une harpe ». Dans la mythologie égyptienne, le dieu destructeur Seth noie son frère Osiris, découpe son corps en quatorze morceaux et fait disparaître son sexe. Aidé par le dieu Anubis, sa femme Isis reconstitue le corps, lui façonne un pénis d’argile, et lui prodigue une fellation pour lui rendre vie. En souvenir, les femmes égyptiennes portaient chaque année un phallus géant dans les temples d’Isis afin qu’elle conserve la virilité de leur époux. Dans le « Satiricon », écrit sous Néron, le poète Pétrone décrit « la honte » d’Encolpe quand son désir « trahit » la jeune Circé. « Indignée », celle-ci revient avec une magicienne qui passe un fil coloré autour du défaillant, s’écriant « Ô Priape, aide nous de toute ta puissance ! ». Le dieu Priape affublé d’un phallus toujours en érection, nous le connaissons toujours : le terme médical « priapisme » vient de lui. Seulement, nous n’avons plus besoin de l’invoquer et porter des amulettes pour conjurer une panne sexuelle, ou l’impuissance. Aujourd’hui, à écouter les médecins spécialistes de la sexualité masculine, qu’ils soient psychiatres, urologues, andrologues ou sexologues, toutes les faiblesses viriles ou presque peuvent être soignées. L’antique malédiction des hommes est levée. Nous disposons désormais d’une palette de traitements permettant de soigner presque toutes les formes d’affection virile, de l’éjaculation rapide qui affectait Cesare Pavese à celle du paraplégique. Et les recherches continuent. Nous ne mourrons plus, comme dit l’argot, au cul de la princesse.

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  • JUDITH BUTLER. "LA CONFUSION DU GENRE"

     
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    NEWS NEWS NEWS La philosophe américaine Judith Butler, considérée comme une figure de la "Queer theory", auteur du livre fondateur des "gender studies" américaines (les études sur le genre sexuel) avec "Trouble dans le genre" (La découverte), était de passage à Paris ce 13 novembre, invitée par l'Université Paris VIII. Judith Butler, qui occupe la chaire Maxine Elliot de rhétorique et littérature comparée à Berkeley (University of California), a donné une conférence sur le thème « Genre, Psychanalyse, Politique », qui fut suivie d'un débat passionné et passionnant auxquels participaient de nombreux(ses) étudiant(es) et professeur(e)s - notamment Anne E. Berger, professeur de littérature, études féminines et genre ( Paris VIII), Elsa Dorlin, maître de conférences de philosophie ( Paris I), Françoise Duroux, professeur de philosophie et d'études féminines (Paris VIII), Michèle Riot-Sarcey, professeur d'Histoire et d'études de genre (Paris VIII), Nadia Setti, Directrice de Recherches, Littérature comparée et études féminines (Paris VIII).

    ESSAIS SUR LE FEMINISME

    BIBLIOGRAPHIE

    LE DERNIER ESSAI DE JUDITH BUTLER "DÉFAIRE LE GENRE" EST SORTI AUX EDITIONS AMSTERDAM EN JANVIER 2006. LA PHILOSOPHE AMÉRICAINE Y PARLE DU GENRE SEXUEL COMME UN "RITUEL QUOTIDIEN", S'INTERROGE SUR L'ÉTHIQUE DE CEUX QUI REJETTENT L'HOMOPARENTALITÉ, ET RÉFLÉCHIT À UNE SOCIÉTÉ PLUS "RESPIRABLE" POUR TOUS ET POUR TOUTES LES MINORITÉS. JE L'AI RENCONTRÉE À CETTE ÉPOQUE (article publié dans le monde magazine en mars 2006)

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    RENCONTRE AVEC JUDITH BUTLER AU CAFE ROSTAND...

    ... Peut-être ce perpétuel sourire contenu, ce regard scrutateur viennent-ils de là ? Judith Butler voit les promeneurs des jardins du Luxembourg, les clients du café Rostand – et vous-même –, leur manière d’être féminins, masculins, comme aucun philosophe avant elle. Elle les voit comme des acteurs malgré eux. Les comédiens d’une performance répétée chaque jour, presque à leur insu. Des interprètes plus ou moins conscients d’un rôle écrit d’avance, plein de citations obligatoires : incarner une femme, paraître un homme. " Chacun d’entre nous fait l’homme, mime la femme, à sa manière, explique-t-elle. Voyez ces hommes, ils déclinent le "dress code" des employés mâles, le costume, la cravate, les cheveux courts. Ce garçon, plus loin, porte des bijoux, les cheveux plus longs, mais il reste habillé en homme. Il ne porte pas des hauts talons ou une perruque, comme un homme de cour au XVIIIe siècle. Ils sont en représentation sans le savoir, ils jouent l’homme contemporain, cela se répercute jusque dans les détails, leur parfum pour homme, la montre d’homme. Devenir un homme est une performance quotidienne, répétitive. Et une femme aussi."...

    Judith Butler, 49 ans, spencer gris, pantalon noir, cheveux courts, un visage adolescent, ce sourire mystérieux, la philosophe américaine par qui le grand questionnement du genre sexuel est arrivé, tourne son regard vers la terrasse du café Rostand et reprend, souriante : " Nous perpétuons notre genre chaque jour, sans même y penser, presque malgré nous. Voyez ces jeunes filles, elles reprennent la "girl culture" à la mode, le ventre nu, les jeans serrés. Chacune apporte sa touche personnelle, travaille un style bien à elle. En même temps, devenir une jeune fille sexy est une entreprise qui les dépasse. Elles n’ont pas créé le rôle. Les codes de leur féminité, maquillage, chevelure, habillement, ont été fabriqués en dehors d’elles à l’intérieur d’une culture “fille”, avec des journaux “filles”, des “féminins”, toute une longue histoire."

    "Défaire le genre" est le titre du nouvel ouvrage de Judith Butler, professeure de rhétorique et de littérature comparée à l’université de Berkeley, déjà auteure en 1990 de "Trouble dans le genre", (La Découverte, 2005), grand œuvre philosophique des nouvelles études américaines sur la sexualité : les gender studies, les " études sur le genre ", une nouvelle discipline au carrefour de l’anthropologie, la sociologie et la philosophie qui, en quinze ans, a secoué toute notre conception du sexe, du genre, de notre identité – mais aussi le féminisme. L'ouvrage a été pubié en France après quinze ans d’attente - ce qui révèle la véritable omerta sur ces questions au sein de la philosophie française officielle : menée par la vague des "nouveaux philosophes" qui a désespérément tenter d'éradiquer la philosophie du désir, les apports de la "pensée 68" (en commençant par Deleuze-Guattari), les oeuvres de Foucault, Baudrillard, Virilio et tant d'autres, comme celles du fémininisme radical (de Monique Wittig à M.H Bourcier, etc), méprisant la richesse des "gender", "sexual" et "cultural studies" américaines.

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    "ON NE NAIT PAS FEMME..."

    Les gender studies poursuivent le travail sacrilège commencé par les féministes du xxe siècle, récuser l’idée commune que la hiérarchie entre les genres, la définition d'une "condition féminine" et l’existence même de la notion de " la femme ", et tout ce qui l'accompagne - depuis les tenues féminines jusqu'à la prétendue différence d'intelligence entre les hommes et les femmes, leur statut social secondaire, leurs salaires moins élevés, leur place dans la hiérarchie sociale et politique, etc - qui seraient naturelles, biologiques, normales. Evidentes. Pourtant, à y regarder dans le détail, toutes ces descriptions de cette fameuse "Femme", considérée comme la femelle de l'homme, racontent une veritable légende, toute fantaisiste, autour d'une créature toujours imaginée comme une sorte d'autre espèce humaine, un autre être plus ou moins inférieur, pensant différemment, et vouée à l'enfantement et la séduction des hommes. Une "FEMME". Une créature, pas un créateur.

    Dans le "Deuxième Sexe" Simone de Beauvoir inaugurait ces recherches en écrivant sa célèbre phrase-manifeste "On ne nait pas femme, on le devient", qui séparait avec fracas le sexe biologique du sexe social et culturel : le genre. Elle démontre en 1000 pages combien la construction de " la femme ", plus bête mais plus " intuitive ", moins " spatiale " mais douée d’"instinct" , nulle en math mais douée pour les travaux manuels, facilement amoureuse et moins portée sur le sexe que l'homme, emportée par l'instinct maternel et par la même plus pacifique, etc, toutes ces fadaises partout présentées commes acquises, passe toujours par des apprentissages, des contraintes, des initiations, un dressage – dans ses rapports aux hommes, à la loi, au pouvoir, au travail, jusqu’à sa manière d’enfanter "dans la douleur". Toutes ces mises en scène, ces obligations, ces symboliques - sans oublier les violences conjugales et l'infériorité sociale - varient, évoluent selon l’histoire, les religions, les civilisations - et les luttes des femmes. Bref, la construction du "genre femme" ne saurait s'expliquer, ni se justifier, par la différence biologique des sexes. En effet, pourquoi avoir un vagin interdirait-il de voter ? – comme en France jusqu’en 1945. D'être payée comme un homme à travail égal ? comme aujourd’hui encore dans toute l’Europe. Ou vous obligerait à sortir voilée, ou déguisée en bimbo dans les rues ? Le sexe et le genre sont séparés, voilà ce que nous ont appris Simone de Beauvoir, puis les gender studies. Tout comme sont séparés la sexualité et le sexe biologique : d'avoir un pénis, par exemple, vous obligerait à ne pas être pénétré, à ne jamais être "passif", etc ? Tout comme le sont le genre et la sexualité : de vous habiller, vous présenter en femme ne vous interdit d'aimer des femmes, des hommes, ou de porter la nuit une ceinture-godemiché ? La sexualité nous disent les gender studies, tout comme Judith butler et Michel Foucault , est un art - tout comme le genre est une forme de théâtralisation.

    On ne naît pas femme, mais on naît la femme d'une certaine société, que chaque femme met en scène tous les jours, presque malgré elle... Car pour devenir et maintenir son genre, cet homme ou cette femme, il faut montre Judith Butler s'engager dans une sorte d’"activité incessante et répétitive ", devenir femme, la jouer, se rendre séduisante, s'habiller comme il se doit, se socialiser comme il se doit : en jupe, maquillée, chaussée haut, à la mode, parfumée, etc. Nous nous fabriquons masculin ou féminine chaque matin, " en partie sans en avoir conscience et sans le vouloir ", dit Butler, mais "sans que cela soit pour autant automatique et mécanique ". Nous perpétuons notre genre et tout l'apparât du genre, sans cesser, face aux autres, en entrant dans un système exigeant, obligatoire, plus ou moins souple ou coercitif, associé à des apparences attendues, des normes sévères, des codes de séduction. "C’est une pratique d’improvisation qui se déploie à l’intérieur d’une scène de contrainte ", écrit Judith Butler dans "Défaire le genre".

    COMEDIANTE !

    Le genre, n'est-ce pas flagrant, aveuglant, le diable présent dans les détails, est notre première cérémonie sociale, la grande parade quotidienne - toute une discipline, une esthétique du corps. Cette cérémonie, nous la jouons avec plus ou moins de passion, nous en sommes à la fois l’auteur et le second rôle - d'un premier rôle archétypal, social. Nous le composons et le recomposons avec zèle et insistance, chaque jour, nous l'habitons, nous l'interpétons, nous nous en amusons autant que nous le subissons. " On voit bien toute cette mise en scène, analyse Judith Butler, dans les efforts des travestis et des transsexuels pour ressembler à des femmes. Ils nous en révèlent à leur manière les artifices, les déguisements…" On le retrouve dans tout ce rituel exacerbé, cette parodie, ce théâtre pour paraître “féminine”, que déploie ceux qui veulent ressembler aux femmes - des travestis aux actrices -; un phénomène qu'elle a décrit avec soin dans son premier livre "Trouble dans le genre".

    A l’écouter, on se dit que le travesti n’est pas seul à nous révéler cet intense travail d’apparences. Nous observons chaque jour cette " performance " dans certaines outrances d’allure, un exacerbation de son genre, une féminisation outrée et parodique visible tant chez certaines femmes, qu'au cinéma. Prenez l’extravagante Jayne Mansfield dans "La Blonde et moi", quand elle exagère son personnage de bombe sexuelle et de "ravissonte idiote", se dandinant toute la journée et poussant des petits cris fous. En vérité – elle le dit tout au long du film –, elle rêve de vivre tranquillement à la campagne, sans toute cette séduction terroriste, avec un mari et quatre enfants. Mais elle sacrifie à son rôle de bimbo. Combien de femmes se sont demandé la même chose : que feraient-elles si elles n’étaient pas enfermées dans le rôle sexy, apprêté, décolleté, monté sur talons aiguilles qu’on attend d’elles - d'ailleurs, qui ne connait des femmes qui ne mettent leurs escarpins qu'en chambre, juste pour le trouble : c'est trop pénible pour se tordre les chevilles dans les rues.

    Tout ce jeu du paraître pose une série de questions pièges : qu’exige mon genre ? Jusqu’où dois-je l’interpréter ? Femme, dois-je montrer mes jambes en ville ? Jusqu’au genou, à mi cuisse, plus haut ? Dois-je répondre aux hommes qui regardent mes jambes, puisque je les allume ? Homme, dois-je m’énerver et me battre à la première querelle grave pour montrer ma virilité ? Refuser certaines caresses non " masculines ", certains plaisirs... ? Jusqu’où vais-je assumer mon personnage de " macho " – de " vrai " homme ? S’apercevoir que tout cela ne va pas de soi engendre ce " trouble dans le genre " dont parle Judith Butler – et parfois cette " mélancolie " d’être constitué malgré soi, hors de soi, comme sujet achalandé de désirs, ou prisonnier d'eux, d’être fabriqué en dehors de soi, sur une autre scène. Autrement dit d'être enfermé chaque jour dans des normes viriles et féminines, parfois figées et drastiques, imposées, jusqu'à ressentir une forme d'aliénation. "Je suis persuadée qu’au café Rostand, sourit Judith Butler, promenant son regard acéré, chaque client a ressenti un jour ce type de malaise. "

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    LES CORPS PARLENT

    Bien sûr, Judith Butler ne pense pas qu'on change de genre en se travestissant - les sexes biologiques, les désirs demeurent. Elle sait combien les corps parlent, s'attirent, se troublent entre hommes et femmes - mais aussi femmes et femmes, hommes et hommes -, combien l'envie sexuelle joue, s'investit et se cherche à l'intérieur des rituels du genre, leur cinéma, leurs codes, leurs répétitions - elle est revenue sur tout cela dans son livre "Bodies that matter ("Les corps cela compte", toujours pas traduit). Le genre, y écrit-elle, est d'abord "performatif" - il induit une réalité individuelle pour les autres, il nous réalise comme homme ou femme dans une société bien catégorisée en hommes et femmes, socialement, mais aussi au niveau des attirances, sinon des pulsions sexuelles. Le genre n'est donc pas seulement une "performance", du théâtre, il exprime des désirs pour un autre corps, il se manifeste par des élans, des troubles. On ne change pas ses désirs, ni de genre sexuel, juste en changeant de tenue - seulement, comment ne pas voir aussi combien les répresentations classiques du genre, leur mise en scène, leurs rituels de différenciation dès l'enfance, toute la médiatisation et l'esthétique qui les accompagnent opérent en retour sur les désirs, les limitent, les réifient - telle est la question ." La logique hétérosexuelle, écrit Judith Butler, qui exige que l’identification et le désir soient mutuellement exclusifs est l’un des instruments psychologiques les plus réducteurs de l’hétéroxexisme : si l’on s’identifie à un genre donné, on doit désirer un genre différent. D’une part, il n’y a pas de féminité unique à laquelle on pourrait s’identifier, au sens où la féminité offre elle-même toute une série de sites d’identification, comme l’atteste la prolifération des possibilités occupées part les lesbiennes féminines. D’autre part, c’est mal décrire les échanges dynamiques complexes des relations gays et lesbiennes que de supposer que les identifications homosexuelles sont le reflet ou la copie les unes des autres.” VIOLENCE DE GENRE

    Quand elle était adolescente, les parents de Judith Butler l’ont envoyée chez un psychiatre pour la guérir de son attirance pour les femmes. Elle a raconté sa visite au journal Têtu en juillet 2005 : " Le médecin m’a demandé de parler de moi, il m’a posé des questions sur ma petite amie, sur mon père et ma mère, comment j’ai grandi (…). A la fin, il m’a dit : “Vous avez beaucoup de chance de pouvoir aimer qui vous voulez. Je ne crois pas que vous ayez le moindre problème. C’est plutôt votre mère qui devrait venir me voir…” "

    Depuis, Judith Butler a rejoint les associations qui militent contre l’homophobie et le conformisme - en effet, à la coupure radicale entre les genres, il faut ajouter celle, tout aussi forte, et normative, entre les hétérosexuels et les homosexuels. Dans "Défaire le genre", elle s’intéresse aux dossiers sensibles liés à l’évolution des mœurs contemporaines qui ont fait irruption dans le débat politique aux Etats-Unis comme en France : mariage homosexuel, homoparentalité, légalité et minorités, ostracisme. A la suite de Michel Foucault, elle réfléchit à ce que pourrait être un droit tolérant – une éthique non répressive. Pour se faire bien comprendre, elle prend pour exemple les enfants nés " intersexués ", c’est-à-dire les hermaphrodites vrais, les pseudo-hermaphrodites masculins et les pseudo-hermaphrodites féminins. Ces cas représentent au moins 1,7 % des nouveau-nés. Pourtant, ces êtres humains, souvent considérés comme des " monstres ", n’existent pas pour nos sociétés. Ils sont généralement opérés à la naissance, transformés en femme ou en homme sur décision des parents et des médecins. Judith Butler y décèle l’intolérance sociale sur la question du genre : " Ici, écrit-elle, un modèle de l'humain” requiert des morphologies idéales, impose des contraintes de normes corporelles (…). Elles font une différenciation entre ce qui est humain et ce qui ne l’est pas, entre les vies jugées vivables et celles qui ne le sont pas." Judith Butler demande pourquoi un hermaphrodite – cet idéal des Grecs anciens – ne pourrait-il connaître pas une existence " vivable ", sinon épanouie ? "

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    LES HERMAPHRODITES OUBLIES

    "Les intersexués remettent radicalement en question le principe qui règne dans nos sociétés, selon lequel la différence sexuelle entre les genres doit être établie ou maintenue à n’importe quel prix". Aux Etats-Unis, des mouvements d’opinion ont fait pression pour convaincre les médecins de cesser d’opérer systématiquement les nourrissons. : les transformer en homme ou en femme. Attendons, demandent les militants, que les enfants atteignent l’âge adulte pour choisir leur genre, ou, s’ils le souhaitent, demeurer hermaphrodites.

    Judith Butler affirme que la " violence de genre " qui s’exerce aux marges de la société sur les minorités sexuelles et les transgenres nous concerne tous. Pour des raisons d’éthique. Mais aussi parce qu’elle s’exerce en secret sur tous les êtres humains, confrontés d’une manière ou d’une autre à la tentation des glissements hors des normes, vers plus de singularité sexuelle, plus de bi-sexualité, plus de jeu, qu’ils se pensent " normaux " ou pas. Elle s'exerce aussi ouvertement dans d'innombrables situations dites de "violence conjugale", où les hommes se montrent toujours - aujourd'hui en Europe - agresseurs à 90%. Ces violences tournent parfois très mal, allant jusqu'à l'assassinat (100 femmes battues meurent chaque année en France, une tous les trois jours). Aujourd'hui encore, la législation française appelle souvent hypocritement ces violences des "crimes passionnels" (4700 en France l'année dernière, toujours le fait d'homme jaloux, quittés ou craignant d'être quittés), leur accordant parfois les "circonstances atténuantes" du crime d'amour. Ce qui devrait inquiéter le législateur : la notion de " crime passionnel" des hommes étant ici assimilé à la folie et à l'irresponsabilité de ses actes. Aujourd'hui en Espagne, suite aux études menées par les associations de femmes battues, le "crime passionnel" n'existe plus comme catégorie pénale : il a été remplacé par celui de "violence de genre".

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    UNE SOCIÉTÉ RESPIRABLE

    La résistance au mariage homosexuel et à l’adoption homoparentale, que ce soit en France ou aux Etats-Unis, révélerait, selon Judith Butler, une autre forme de la domination des normes hétérosexuelles et de genre. Sur ces questions, elle s’est d’ailleurs retrouvée mêlée à notre débat hexagonal sur le PACS, la parité et l’homoparentalité. En février 1999, la philosophe Sylviane Agacinski écrivait dans Le Monde un article (" Contre l’effacement des sexes ", 6 février 1999) où elle prenait ouvertement parti contre Judith Butler et la "gender theory" : elle défendait " la différence des sexes " et le couple hétérosexuel comme un des fondements de notre vie psychique - de notre humanité elle-même. Elle y rejetait avec force l’idée que des homosexuels puissent former des liens de parenté reconnus par l’Etat – une position reprise depuis par nombre de dirigeants socialistes français, notamment Ségolène Royal.

    Sur ces questions, Judith Butler répond sur le fond dans " La parenté est-elle toujours déjà hétérosexuelle ? " (Défaire le genre), mais aussi dans son essai "Antigone" (éd. Epel, 2003). S’appuyant sur les nouveaux travaux des anthropologues sur " les structures élémentaires de la parenté ", elle soutient que le rôle primordial de la parenté hétérosexuelle dans l’apparition de la culture n’a jamais été démontré - des études sur "la mascarade des sexes", les changement de rôle sexuel dans de nombreuses sociétés "premières" le révèlent assez. Tout comme d’ailleurs l’universalité du complexe d’Œdipe chère aux freudiens, et de l’" ordre symbolique " défendu par l’école lacanienne, pour qui le " phallus " reste le " symbole majeur de l’inconscient " - et comme tel fondateur de notre équilibre psychique. Sur ce dernier thème, Judith Butler ironise : " Ce fameux “ordre symbolique”, qui interdirait aux lesbiennes de devenir des parents et de former des couples, et structurerait toute notre vie psychique, me semble avoir une grande autorité en France. Mais nulle part ailleurs ! Aussi, on peut sérieusement se demander s’il ne s’agit pas d’une notion culturelle très contingente, et historiquement variable.

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    BLESSURE SOCIALE

    Interrogée sur les conséquences néfastes de la légalisation de l’homoparentalité telles qu’annoncées par la philosophe française Sylviane Agacinski (et le monde politique français en général, excepté une frange du parti socialiste), Judith Butler, qui élève un enfant avec sa compagne, s’énerve : " L’idée commune et conformiste qu’un enfant souffrira nécessairement sans père biologique, ou avec deux parents gays, circule parmi ceux qui vivent très éloignés des nouvelles structures sociales et familiales développées depuis des années. Aujourd’hui, riches de toute cette expérience, on peut affirmer sans risque que des enfants élevés dans des conditions non conventionnelles s’épanouissent exactement comme les autres, aussi bien et aussi mal, tout dépend de l’attention et de la protection que leur donnent leurs parents ! "

    Judith Butler voit dans le rejet du mariage homosexuel et de l’homoparentalité une dangereuse tentative de " déréaliser " toute forme d’amour non hétérosexuelle : " L’idée que seules les relations hétérosexuelles sanctionnées par l’Etat sont légitimes entraîne des conséquences qui vont bien au-delà de la blessure affective ou de l’offense. Elle signifie des choses très concrètes. Si votre amant ou amante est hospitalisé, vous ne pourrez peut-être pas lui rendre visite. S’il ou elle meurt, son corps ne vous sera peut-être pas confié. Cette absence de légitimation étatique peut susciter dans le psychisme l’émergence d’un doute de soi, envahissant, voire fatal. Si vous perdez réellement votre amant ou votre amante, alors qu’il n’a jamais été reconnu comme tel, est-il possible d’en faire le deuil public ? Ce problème est devenu très aigu dans les communautés homosexuelles en raison des morts du sida. "

    Mais Judith Butler pose aussitôt une autre question. La reconnaissance légale du mariage et de l’adoption homosexuels ne va-t-elle pas légitimer un nouvel ostracisme envers tous ceux qui refusent de se marier, développent des relations sexuelles hors mariage, refusent la monogamie entendue comme fidélité obligatoire et norme conjugale, et ne choisissent pas de s’assagir selon les nouvelles normes – ceux qui, selon Michel Foucault, séparent l’" alliance amoureuse " et la recherche du plaisir, pensées comme indépendante et non contradictoire ?

    "Comment se fait-il que nous abandonnions tout le pouvoir de reconnaissance à l’Etat, demande Judith Butler dans "Défaire le genre", au moment même où nous insistons pour dire que nous sommes irréels et sans reconnaissance du fait de l’Etat ? N’y a-t-il pas d’autres manières de nous mobiliser pour défier les régimes existants ? " L’enjeu politique, selon Judith Butler, est de rendre notre société " respirable " pour tous.

     

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    CITOYENNE PARADOXALE

    En 1988, une autre figure des gender studies, l’Anglaise Denise Riley, réfléchissant sur les enjeux des luttes féministes, écrivait " Suis-je ce nom ? " (Am I that Name ?, éd. MacMillan). Elle s’interrogeait : dire " Je suis une femme " – ou " un homme " – suffit-il à fonder un sujet ? Non, répondait-elle, je ne suis pas mon genre, d’être une femme ne me définit pas entiérement, ou mal, ou s peu. Et s’interrogeait alors : le féminisme ne fait-il pas fausse route à vouloir défendre " la Femme ", la prendre comme sujet de son combat ? Quel féminisme promulguer dès lors qu’on pense " la Femme " comme une construction sociale à l’intérieur d’une histoire dominée par les hommes ? Quelle est cette " citoyenne paradoxale ", comme l’appelle la philosophe Joan W. Scott, qui revendique en tant que femme de ne plus être traitée comme une " femme " ? A cette question, Judith Butler répond qu’elle reste féministe. Pourquoi ?

    "Dans les années 1970, Monique Wittig, philosophe française, écrivait de façon provocante : “Une lesbienne n’est pas une femme.” Elle pensait qu’une lesbienne, en refusant tous les signes officiels de la féminité, crée sa propre identité. S’invente elle-même. Je crois que Wittig se trompe. Je ne crois pas que nous soyons capables de nous recréer librement à chaque instant. Il n’existe pas de sujet libre, ayant un désir pur, totalement dégagé des relations sociales. des conflits de pouvoir et des normes du genre. Aujourd’hui, les femmes sont toujours assujetties. Voilà pourquoi je ne me dis pas “post-féministe”. Je suis féministe. Il me paraît tout à fait possible de se dire féministe tout en affirmant qu’il n’existe pas une “nature” ou une “essence” de la femme. Selon moi, les termes de “femme” et d’“homme” restent des catégories politiques importantes. Nous les utilisons comme des expressions instables, toujours en cours d’élaboration, tout en continuant à les employer pour dénoncer les inégalités et se battre pour leur abolition. "

    Judith Butler citoyenne et féministe paradoxale

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    >BIBLIOGRAPHIE

    Défaire le genre. Ed Amsterdam. 220 pages. 20 €. Sur l’homoparentalité, les combats pour le droit.

    Trouble dans le genre. La découverte 2005. 280 pages. 23 €. Le grand oeuvre, un classique universitaire avec une préface éclairante du sociologue Eric Fassin.

    Humain, inhumain. Le travail critique des normes. Ed Amsterdam. Entretiens. 200 pages. 15 €. Un tour de piste des grands thèmes butleriens.

    Vie précaire. Le pouvoir du deuil et de la violence après le 11 septembre 2001. Amsterdam 2005. 150 p. 15 €. Un ouvrage de réflexion politique : comment préserver un esprit critique dans l’Amérique de Bush ?

    La vie psychique du pouvoir. Ed Léo Scheer 2002. 150 p. 15 €. Une réflexion sur comment le genre, les normes et le pouvoir nous constituent comme " sujet" - et comment nous conservons " une capacité d’agir "?

     
     
     
     

     

  • JOSEPH FRITZL: "UN HOMME ABOMINABLEMENT NORMAL"

    8bc710b76427687f429e4cfddfbc2d56.jpg Joseph Fritzl (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Deux mois après la découverte d’Elizabeth Fritzl, séquestrée et incestuée pendant 24 ans par son père à Amstetten (Autriche), avec qui elle a eu sept enfants – eux-mêmes incestués - le psychiatre expert judiciaire chargé d’enquêté sur la personnalité de Joseph Fritzl le décrit comme un « despote régnant par le terreur sur plusieurs générations de sa famille ». Il se refuse à parler d’un psychotique, comme plaide son avocat et lui-même, mais d'un homme très bien organisé, construisant des mensonges crédibles, menant une double vie discrète, ayant construit lui-même le studio où il enfermait ses victimes : « Il ne s’agit pas d’un malade, explique le psychiatre, car s’il l’était il n’aurait jamais pu imaginer et réaliser des plans aussi sophistiqués ». Il arrive assez souvent que les affaires d’inceste révèlent des personnalités masculines autoritaires et violentes, des pères puissants faisant ployer leur entourage, comme l'a montré "Festen" (1998), le cruel film du danois Thomas Vinterberg. Ces hommes se prennent pour des chefs de famille, ou de tribu, à qui tout est dû, l’obéissance des femmes, des enfants, et le droit de cuissage – en quelque sorte l’archétype de l’homme dominateur poussé à l’extrême, du "maître" forçant les autres à le servir, jusqu’à remettre en cause un tabou social primordial, l’inceste.

    Voici en éclairage, un reportage sur un fait divers incestueux survenu en France profonde, qui enrichira cette analyse sur la dimension « machiste » et « phallocratique » - pour parler comme les premières féministes – des personnalités masculines au coeur de ces affaires. À l’époque, au magazine Actuel, nous l’avions titré « Un monstre absolument normal ». Cette malheureuse histoire s’était déroulée dans un petit village de la Sarthe, au début de l’été 1986.

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  • L'HOMOPHOBIE CONDAMNEE PAR RAMA YADE, SECRETAIRE D'ETAT. LES AMBIGUITéS DE NICOLAS SARKOZY SUR CES QUESTIONS

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    NEWS NEWS NEWS. Ce samedi 17 mai, la secrétaire d'État aux droits de l'homme, Rama Yade, recevait plusieurs associations gays. Elle s'est engagée au nom de la France et du gouvernement à reconnaître la Journée internationale contre l'homophobie (Idaho) à laquelle appellent depuis des années la plupart des associations homosexuelles mondiales. Autre grande avancée de cette réunion avec les groupes LGBT (Lesbiennes-gays-bisexuelles-trans), la France luttera contre l'homophobie - toujours très répandue, (voir la carte ci-dessous) - sur la scène internationale. Autre promesse allant dans le même sens de tolérance : une déclaration pour la dépénalisation universelle de l'homosexualité devrait être rédigée rédigée par le gouvernement avec les associations.
    Rappelons qu'aujourd'hui encore, en France, l'homophobie n'est pas un mythe ou un fantasme victimaire d'associations gays. Souvenons-nous qu'en janvier 2007, la ville de Béziers a été pendant plusieurs mois le théâtre d'agressions homophobes très violentes. Dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 janvier, un homme de 45 ans fréquentant le lieu de drague du parking de la Poste a été attaqué dans son véhicule par un partenaire qu'il venait de rencontrer, un jeune homme de 21 ans. La victime souffre de traumatisme du genou droit, d blessures faciales d'une fracture du nez et de la main gauche - 21 jours d'incapacité temporaire de travail (ITT). L'agresseur a été formellement identifié par un homme de 41 ans chez qui il s'était rendu en automne, après l'avoir croisé sur le même lieu de rencontre. Bilan: sept points de suture et des brûlures sur le corps. Un complice l'a aidé.

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  • CATHERINE MILLET NOUS PARLE DU VOILE

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    NEWS NEWS NEWS. 100 000 personnes ont manifesté samedi dernier à Ankara contre le projet de loi du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan qui vise à réautoriser le voile islamique dans les universités. Le port du foulard est aujourd'hui interdit dans les administrations et les écoles turques. Scandant « La Turquie est laïque, elle le restera », « Nous sommes tous des soldats d'Atatürk », les manifestants se sont rassemblés au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, le père fondateur de la Turquie moderne et laïque, qui interdît le port de symboles religieux dans la vie quotidienne... en 1923. Des dâtes qui rappellent combien les batailles d'idées sur le voile et la liberté des femmes ne sont pas l'apanage des odieux athées et républicains occidentaux - comme disent les fondamentalistes - mais qu'il secoue le monde musulman depuis le début du siècle. En Tunisie dans les années 1960, Habib Bourguiba dévoila lui-même des centaines de femmes au cours de grandes cérémonies, les encourageant à travailler et prendre des responsabilités publiques. En Algérie, le FLN a ouvert les universités et l'administration aux femmes.
    En France, la loi promulguée par le gouvernement Chirac interdisant le port de signes religieux ostensibles dans les écoles a confirmé l'engagement républicain et laïc du pays - hélas remis en cause par les récents et  multiples signes de soutien au confessionalisme du président Sarkozy.
    En regard de tous ces événements, que nous dit Catherine Millet, critique d'art et directrice de la revue Art Press, auteur d'un livre best-seller témoignant d'une liberté amoureuse et sexuelle revendiquée et gourmande ? Une rencontre faite à l'époque où les polémiques sur le voile faisaient rage en France.
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  • MARIE-FRANCE HIRIGOYEN. "LA SOLITUDE N'EST PLUS CE QU'ELLE ETAIT"

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    (Toutes les photos : Gaelic photographe / gaelic@rugama.co)

    News News News. L'essayiste et psychanalyste Marie-france Hirigoyen, qui s'est faite connaître en analysant les effets dévastateurs du "harcélement moral" dans les couples et en entreprise (Ed Syros), publie une intéressante enquête consacrée aux "nouvelles solitudes" (Ed La Découverte). L'ouvrage révèle comment la solitude est devenue beaucoup plus commune et mieux acceptée qu'au siècle dernier (même si elle reste douloureuse et parfois décriée ou moquée), comment la figure de la "vieille fille" et du "vieux garçon" disparait au profit d'une solitude vécue comme une étape, un passage obligé, parfois un choix, sinon un moment de retrouvailles avec soi et d'initiation, dans nos vies amoureuses beaucoup plus longues et agitées qu'au cours du XIXe sicèle, ou de la première moitié du XXe siècle.

    Enquête auprès de ces "nouveaux solitaires" et entretien avec Marie-france Hirigoyen

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    Grande, rousse, teint de porcelaine, appelons la Cécile.  Elle défend sa solitude becs et ongles.
    A-t-elle vingt-cinq ans - chez elle, démaquillée ? Trente-cinq - au retour d’une réunion de direction ? Difficile aujourd’hui d’évaluer l’âge des personnes tant les corps et les visages rajeunissent, la vie s’allonge – cela a un rapport à notre sujet. En fait, Cécile vient d’avoir 30 ans. Elle est ingénieur financier, spécialisée dans la communication d’une banque européenne. Elle vit seule, et sait pourquoi. Cécile : « Pendant mes études à Toulouse, déjà j’adorais être seule. J’avais une « turne » d’étudiant. Je travaillais la nuit, vivais dans un capharnaüm, sortais beaucoup, concerts, expos. Les mecs ne restaient pas plus d’une nuit. J’en garde un très bon souvenir.» À 25 ans, employée par une grande banque française, Cécile tombe amoureuse d’un collègue de 30 ans. Ils s’installent à Levallois, aux portes de Paris.
    Deux ans plus tard, ils rompent d’« un commun accord » - enfin, c’est ce qu’elle dit. Pourquoi ? Cécile : « J’ai vite compris que la vie en couple n’était pas faite pour moi. Il travaillait énormément, rentrait tard. Normal que je m’occupe des repas, des courses, je ne lui reproche rien. Mais je ne pouvais jamais m’isoler, souffler. » Elle a besoin de s’isoler, d’avoir du temps à elle, hors tout horaire. Louer une chambre en plus coûte trop cher.  Cécile : « Que m’apportait la vie à deux ? Je ne voyais plus mes amies, je ne profitais même pas de Paris, des musées, des spectacles. Le soir, j’étais enfermée chez moi à l’attendre, ou à regarder la télé avec lui, fatigué. Moi qui déteste la télévision ! » Elle avoue encore : « J’étais beaucoup plus heureuse quand nous étions amants."

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