Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

philosophie - Page 4

  • LE "HOBBIT" VIEUX DE 90 000 ANS DECOUVERT DANS L'ÎLE DE FLORES, INDONESIE, EST-IL LE TROISIEME HOMME : HOMO FLORESIENSIS ?

    H.flores_reconstruction.jpg

    (Reconstitution faciale de l'homme de Flores, National Geographic)

    NEW NEWS NEWS Début février 2009, une nouvelle étude américaine en 3 D du crâne du petit hominidé d’un mètre de haut découvert en 2003 dans l'île de Flores, Indonésie, conforte la thèse  d’une espèce différente d’Homo sapiens : Homo floresiensis. Ce « hobbit », comme l'a surnommé l'équipe australienne de fouille, qui a vécu de 90 000 à 12 000 ans fut donc notre contemporain. Ce serait le troisième homme. Voici l’histoire de sa découverte – et des innombrables querelles qu’il a suscitées chez les préhistoriens.

    Avec ses éléphants nains et ses varans géants, l’île de Flores – « l’île aux fleurs » des navigateurs portugais – offrait déjà à rêver, avant que l’on parle du « hobbit », l’extraordinaire petit homme découvert dans ses grottes. Latitudes 8°4 et 8°58, Flores s’étire sur 360 kilomètres au nord-ouest de l’Australie, loin au sud oriental de l’Indonésie, à la lisière du grand écrasement géologique provoqué par la rencontre de la plaque continentale australienne et l’eurasienne. D’où ses 13 volcans fonctionnels, et ses tremblements de terre - dernier en date, 1997. Achevant le dispositif de la Sonde avec les îles de Sumatra, Java, Bali, Lombok et Sumbawa, Flores abrite une vaste réserve naturelle où les voyageurs tremblent devant les derniers « dragons de Komodo », le Varanus komodoensis, monstrueux lézard de 2 à 3 mètres de long, 70 kilos, présent sur plusieurs îles de l’archipel. Charognard, ce varan très rapide à la course chasse les oiseaux et les petits mammifères, et autrefois les petits enfants des villages - ces dragons cruels peuplent les légendes indonésiennes. Grand classique des cas de gigantisme insulaire, ce Varanidae carnivore a grandi tandis que les herbivores de l’île réduisaient. En effet, selon la règle de Bergmann, une taille plus grande offre bien des avantages à ces reptiles en l’absence d’autre grand prédateur. Aussi le varan, privé de toute contrainte locale, a pu s’épanouir au fil des millénaires, jusqu’à dominer son écosystème. Certains rats, comme le Papagomys, ont beaucoup grossi aussi, jusqu’à atteindre un bon demi mètre. Pendant ce temps, les herbivores et en particulier les Stegodon (un groupe frère des éléphants) rapetissaient, comme les éléphants l’ont fait en Sicile – où leur crâne a sans doute nourri les légendes sur les Cyclopes. Pas besoin d’être énorme quand les grands fauves font défaut : d’où le Stegodon nain de Flores, 1,65 mètre au garrot, dont on a retrouvé d’incroyables ossements.

    crane-et-reconstitution-faciale-d-h-floresiensis_1445_h140.jpg

    C’est dans cette île digne du film King Kong qu’en septembre 2003 une équipe internationale de préhistoriens trouve dans la grotte de Liang Bua plusieurs éléments de 7 squelettes incomplets d’homininés, dont un bizarre petit crâne de 380 cm3, tous semblant appartenir à des petits homininés de… un mètre de haut. Sept curieux nains plutôt Homo au vu de leurs petites canines et la forme du crâne, mais minuscules, et à petite tête. Le plus vieil ossement remonte à 90 000 ans, le plus grand nombre à 18 000. Ces nains, ou ces lilliputiens, auraient été anéantis pendant l’explosion volcanique de 12 000, qui a fait disparaître plusieurs espèces animales de l’île. Mais rien n’est avéré.

    Lire la suite

  • " NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES..." RENCONTRE AVEC PAUL WATZLAWICK, FIGURE DE "L'ECOLE DE PALO ALTO", FONDEE IL Y A 50 ANS AU "MENTAL RESEARCH INSTITUTE", CALIFORNIE

    medium_watz.jpg

    (Portrait psychédélique de Paul Watzlavick)

    NEWS NEWS NEWS Cet été, le "Mental Research Insitute" de Palo Alto fêtera ses 50 ans d'existence, et avec lui un des courants d'idées majeurs de la seconde moitié du XXe siècle, qui a renouvelé aussi bien la psychologie sociale, la psychotérapie (avec la thérapie familiale), la théorie générale des systèmes, la microsociologie et les théories de la communication : la célèbre "école de Palo Alto" - aussi appelée, dans sa conception élargie à toute la communication sociale : "le collège invisible" -  et sa constellation travaux originaux, études éclectiques, découvertes renversantes, chercheurs connus et moins connus tels Gregory Bateson, Jay Haley, Don Jackson, John Weakland,  Margaret Mead, Paul Watzlavick mais aussi Ervin Goffman, Edward T. Hall, Ray Birdwhistel (l'inventeur de la kinésique), Francisco Varela (un des fondateurs des approches cognitives) et d'autres.

    Pour mieux comprendre les apports décisifs de cette école, longtemps méconnue en France, qui a initié la thérapie familiale, réhabilité l'hypnose,  décrypté les communications pathologiques (la théorie de la "double contrainte" ou "double bind"), enrichi la sociologie culturelle, développé la systèmique et la philosophie dite "constructiviste", voici un portrait d'une des figures de "Palo Alto", PAUL WATZLAWICK, disparu en 2007, l'auteur du célébre "Comment faire son propre malheur" que j'avais rencontré au Mental Resarch Institute au printemps 1988 pour le magazine Actuel.

    -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    NOS SOLUTIONS CREENT NOS PROBLEMES

    Vous connaissez les "allumeuses", ce genre de femme, ou d'adolescente, qui vous vampe, vous laisse entendre qu'elle résiste à grand peine à votre charme, suggère une complicité érotique à peine vous l'abordez ... et s’empresse d’appeler les pompiers dès que vous répondez à ses avances. L'allumeuse. À la fois créature affolante et vraie mijaurée. Ces paradoxes en minijupe ont un gros problème avec les hommes. Elles pensent qu'ils ne viendront vers elles que si elles font mine de s'offrir toute entière, tout de suite. Ou alors trop timides, ou trop creuses pour provoquer une discussion intéressante, une rencontre pétillante, elles se rabattent sur la provocation sexuelle. Elles s'empressent  donc d'émoustiller ces gros balourds pulsionnels que seraient les hommes pour les attirer, et, vite, cherchent à profiter de leur compagnie avant qu’ils ne leur sautent dessus. Evidemment, cette tragédie enflammée échoue toujours. Car les garçons aimantés par tant d'appels de phare se montrent fort pressés de conclure ce qui semble si precipitamment commencé. Alors la belle, affolée, refuse. Dépité, le mec s’énerve. S’agace. Ne comprend pas. S’écrie " Allumeuse ! " Quant à elle, elle désespère un peu plus des hommes.

    Voici un cas amusant où la recherche de la solution – vaincre sa timidité et sa peur des garçons par l’allumage outré - crée le problème : les garçons s’excitent puis s’en vont, et on retourne à la case départ. Le problème, de l'allumeuse, c’est sa solution. Si elle n’allumait pas, si elle se contentait, par exemple, de rougir, de bégayer, d'accepter sa timidité, ou d’attendre le moment propice, ou toute autre stratégie moins érotisée - je me souviens de cette timide qui faisait mine de se tordre la cheville, et qui s'étonnait toujours del'empressement des hommes à la sécourir - ses relations avec l'autre sexe en seraient sans doute facilitées. Les situations où nos mauvaises solutions créent nos problèmes, ou encore où les problèmes viennent de nos solutions, sont légion. Voilà le type de paradoxe de communication  ou de comportement que Paul Watzlawick se régale à décoder, et avec lui le courant théorique appellé “l’Ecole de Palo Alto” : les grands analystes des points aveugles, des paradoxes et des codes secrets de l’interaction amoureuse et sociale.

    Lire la suite

  • POST-HUMAIN. "VIELLE LUNE" OU QUESTION D'AVENIR ? AXEL KAHN LE BIOLOGISTE VERSUS JEAN-MICHEL BESNIER LE PHILOSOPHE

    19417.jpg

    NEWS NEWS NEWS Le philosophe Jean-Michel Besnier, membre du comité d’éthique de l’INRA, vient de publier « Demain les post-humains » (Hachette-Littératures), où il prend acte de l’apparition chez les scientifiques, suite à la littérature et la science-fiction, très friandes du thèmes depuis toujours, d’un intérêt pour la post-humanité - une humanité qui échapperait aux lois de l'évolution. N'a-telle pas commencé en pratiquant la fécondation in vitro, la procréation assistée, la contraception ? Un corps nouveau protégé et assisté par les machines, un post humain transformé par les biotechnologies n'est-il pas en gestation. En attendant le cyborg, résistant demain à la dureté de la vie sur une Terre irrémédiablement polluée, - ou encore un "transhumain", une nouvelle créature qui ne serait presque plus humaine, dont seul l'esprit survivrait.

    Après avoir rencontré Jean-Michel Besnier, votre serviteur a été interviewer un des farouches opposants au clonage humain, longtemps membre du Comité Consultatif d'Ethique sur les questions des biotechnologies, le biologiste Axel Kahn. Voici les deux entretiens, publiés à la suite - comme ils le sont dans le supplément du Monde "L'évolution, quelle histoire !" (7,50 €, 100 pages, magnifique) sorti cette semaine en kiosque. Bonne polémique.

    I- ENTRETIEN avec AXEL KAHN

    "PRETENDRE CONTROLER LES PROCESSUS EVOLUTIFS, C'EST PRENDRE LE RISQUE D'IMPOSER DES PREJUDICES AUX GENERATIONS FUTURES"
    Généticien, longtemps spécialiste de thérapies géniques, aujourd’hui président de l’université Paris Descartes, Axel Kahn intervient régulièrement dans le débat public sur les questions touchant à la génétique. Il s’est par exemple opposé à l’amendement Mariani promulguant l’utilisation de tests génétiques dans le cadre du regroupement familial. C’est aussi un opposant déclaré au clonage reproductif humain.

    -Depuis la naissance « in vitro » d’Amandine le 29 février 1984, 3 millions de « bébés-éprouvettes » sont nés dans le monde. L’espèce humaine entre-elle dans une ère post-humaine, où elle échapperait à l’évolution ?

    Axel Kahn : La grande loterie de l’hérédité, le grand brassage des gènes continue chez un « bébé-éprouvette ». Ce serait une illusion de croire que l’humain, du fait de toutes les techniques qu’il maîtrise, en particulier les biotechnologies, soit sorti du processus évolutif. Il existe un phénomène bien visible de la continuité de l’évolution chez l’homme, c’est l’épidémie actuelle d’obésité. Pendant plusieurs siècles, jusqu’à la seconde moitié du XXème, les années de « vaches maigre » ont été beaucoup plus fréquentes que celles de « vache grasse », si bien que les gènes permettant à l’organisme de s’acclimater au déficit alimentaire ont été sélectionnés. Mais tous ces bons gènes qui permettaient d’emmagasiner des graisses pour pouvoir résister à la disette se sont révélés être des gènes de l’obésité du jour où l’on est passé, aux Etats Unis comme en Europe et, surtout et de façon brutale, chez les inuits, indiens et peuples du Pacifique, au régime d’abondance.

    Lire la suite

  • CREATIONISME VERSUS DARWIN. "L'EVOLUTION N'EST PAS LE RECIT D'UNE GENESE PARMI D'AUTRES, MAIS UN SOCLE SCIENTIFIQUE". ENTRETIEN AVEC LE PHILODOPHE DES SCIENCES, DOMINIQUE LECOURT

    darwin213.jpg

    NEWS NEWS NEWS Pour le 150e anniversaire de la publication de "L'origine des espèces", Charles Darwin, longtemps décrié, encore attaqué, considéré par certains comme le père de l'eugénisme ou d'une sociobiologie inquiétante justifiant la loi du plus fort, par d'autres comme le premier penseur du progrès et de l'athéisme, est revenu au coeur des grands débats philosophiques et scientifiques actuels. Difficile de faire la part des interprétations biaisées de l'oeuvre darwinienne de son véritable socle théorique, de recenser tous les domaines - de la paléontologie à la biologie en passant par l'éthologie ou la psychologie - où la théorie de l'évolution, combinant "la descendance avec modification" avec "la persistance des plus aptes", nourrit les travaux les plus en pointe. Pour démêler cette constellation d'idées et ces polémiques savantes ou religieuses, que votre serviter a rencontré l'épistémologue Dominique Lecourt, professeur de philosophie à l’Université Paris Diderot (Paris 7) où il dirige le Centre Georges Canguilhem. Epistémologue, auteur d’une trentaine d’ouvrages dont "L’Amérique entre la Bible et Darwin" (PUF, 3ème éd., 2007), il a dirigé l’édition française de "Charles Darwin. Origines. Lettres choisies 1822-1859 -Bayard, 2009", préfacée par Stephen Jay Gould. Cet entretien vient d'être publié dans le numéro spécial du Monde consacré à Darwin, magnifiquement illustré.


    ENTRETIEN AVEC DOMINIQUE LECOURT, PHILOSOPHE DES SCIENCES

    Cent cinquante ans après « L’origine des espèces » de Charles Darwin, le darwinisme est partout salué comme la théorie majeure de l’évolution, et son auteur partout consacré. Comment l’expliquer ?
    Dominique Lecourt : Le grand public a redécouvert Darwin suite aux débats américains autour du « créationnisme scientifique », présenté depuis plus d’un demi-siècle par certains courants fondamentalistes chrétiens comme théorie rivale de celle de l’évolution ; une alternative qu’il faudrait présenter dans les écoles en laissant aux élèves et à leurs parents la liberté de choix. En Europe et au Moyen-Orient, des mouvements musulmans proclament aujourd’hui que le darwinisme est incompatible avec le Coran. La diffusion massive du premier volume de l’imposant Atlas de la Création, en décembre 2006, de Harun Yahya richement imprimé en Turquie en témoigne. Cet auteur n’hésite pas à dénoncer dans le darwinisme la source du stalinisme autant que de l’hitlérisme. La théorie du « dessein intelligent » qui se manifesterait dans l’irréductible complexité des êtres vivants constitue la forme la plus actuelle et la plus sophistiquée de ce créationnisme, même si ses promoteurs se gardent de prononcer le nom de Dieu. On en entend des échos jusqu’au Vatican. En juillet 2005, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne et proche de Benoît XVI, a fait sensation en prenant position en faveur de l’« Intelligent design » dans le New-York Times, à contre-pied de la position de Jean-Paul II. Cette offensive suscite des réactions indignées chez les scientifiques et les professeurs de biologie, des polémiques dans les médias, d’où la popularité nouvelle de Charles Darwin.

    Lire la suite

  • ON NE PRETE PAS QU'AUX RICHES. ENQUÊTE SUR LE MICRO-CREDIT ET MOULTES HISTOIRES DE CREATION D'ENTREPRISES INDIVIDUELLES EN FRANCE PAR DES LICENCIES ET DES CHÔMEURS

    auer11.jpg

    NEWS NEWS NEWS Avant la récession, quand on parlait de micro-crédit, beaucoup pensaient aux associations du Bengladesh, d'Inde, ou encore au prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, la banque des pauvres. Que l'on se détrompe. L’Association pour le Droit à l’Initiative Economique (ADIE), propose des microcrédits en France depuis vingt ans, et a déjà sorti 60 000 personnes de la précarité. A l’heure de la débâcle des institutions financières, elle développe une stratégie permettant à des chômeurs, des rmistes, des gens en fin de droit, des jeunes sans travail, des qualifiés sans emploi à leur mesure, des licenciés, des femmes seules de créer leur propre actiivité, et leur "auto-entreprise". Enquête auprès de celles et ceux, précaires de tous âges et tous milieux, à qui l’ADIE a permis de rebondir dans toute la France (publié dans le Monde 2, 28/02)

    -----------------------------------------------------------------------------------

    Tant va la croyance à  la vie qu'à la fin elle se gagne. Lorsque Fatiha quitte l’Algérie pour Marseille, en 1998, avec sa famille, elle a 15 ans. Son père, naturalisé français, est coiffeur. Elle passe un BEP de comptabilité. A 18 ans, menue, jolie, des yeux noisette, elle multiplie les stages. Elle fait ensuite une formation de secrétaire médicale. Encore des stages. « Je faisais l’accueil, répondais au téléphone. » Fatiha commence alors à faire le tour des entreprises marseillaises. Petits boulots, stages à nouveau. Elle a 21 ans. Avec sa famille, quatre sœurs, deux frères, elle vit dans un petit appartement des quartiers Nord. Le père a longtemps exercé en Algérie mais, n’ayant pas le brevet professionnel français, il ne peut se mettre à son compte. Il fait des remplacements dans un salon. Fatiha décide d’apprendre à coiffer, espérant profiter des contacts de son père. Elle suit un apprentissage, 4 000 € pour l’année. Papa paye la moitié, le conseil général l’aide. La voilà avec un CAP. La course à l’emploi recommence. « Je faisais les shampoings, je balayais. » Fatiha a 23 ans...

    Lire la suite

  • INSOMNIE, MAL DORMIR, OUBLIER SES RÊVES. NOS SOCIETES MEPRISENT LE SOMMEIL, LE REPOS ET LES MONDES INTERIEURS.

    femme-reve-bronze_1352.jpg

    NEWS NEWS NEWS. Dormez mieux, vous vivrez vieux. Ce sont les conclusions d'une enquête publiée la veille de Noël, le mardi 23 décembre, dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), qui conclut que dormir une heure de plus réduit  notablement le risque de maladies cardiovasculaires. Les auteurs insistent sur les bienfaits du sommeil et soulignent que des études récentes montrent que le manque de repos nocturne apporte d’autres risques comme la prise de poids, le diabète ou l’hypertension.

    Pendant ce temps, l'insomnie gagne. En effet, la Société Française de Recherche et de Médecine du Sommeil, associé à la faculté de médecine de Lyon, réunie en congrès à Albi fin novembre 2006, avançait des chiffres saisissants - qui défraient toujours les chroniques médicales. 6 millions de personnes souffrent d’insomnie en France. Or le mauvais sommeil continue à être considéré comme un désagrément plus qu'une maladie par le grand public - voire une partie du corps médical. Beaucoup le voient comme la rançon de notre époque pressée, l'embêtement de gens stressés, travaillant trop, qui plus est fascinés par la télévision, ou alors tombés en apnée dans les écrans d'Internet. Or le mauvais sommeil EST une maladie. Parfois grave. Aux effets secondaires dangereux. Il nous faut réapprendre à dormir... et plus encore, à rêver. Enquête et grand entretien.

     

    ----------------------------------------------------------------------

    158286~Le-sommeil-de-la-raison-produit-des-monstres-tire-des-Caprices-Affiches.jpg

    ... Nous, les humains, ne sommes pas seulement des activistes lucides et rationnels.

    ... Nous passons un tiers de notre vie à dormir, entre 25 et 30 années en moyenne, dont 5 à 6 ans à rêver, c’est dire l’importance physiologique du sommeil, la place qu’il occupe dans notre existence...

    ... Pourtant, notre société dort mal, trop peu, et surtout, ne s’en préoccupe pas. Selon les enquêtes de santé, les troubles du sommeil et ses effets adjacents ne sont pas considérés par les Français comme des maladies sérieuses, tant et si bien que le gouvernement prépare un « plan sommeil ». Des études montrent que 30% des personnes atteintes d’affections du sommeil ne donnent pas suite à l’avis médical. La plupart d’entre elles attendent 50 jours avant de consulter. Les phénomènes de somnolence et de baisse de vigilance touche, selon les enquêtes, de plus en plus d’adolescents et de scolaires. La Société Française de Recherche et de Médecine du Sommeil, associé à la faculté de médecine de Lyon, réunie en congrès à Albi fin novembre, avance des chiffres saisissants. 6 millions de personnes souffrent d’insomnies en France. Cela va de l’endormissement difficile à la nuit blanche, avec une forme sévère – 3 insomnies par semaines – chez 10% d’entre elles. Les conséquences sont nombreuses, souvent inattendues. Il y a la somnolence diurne, forme de « rattrapage » du sommeil. Elle affecte la vigilance au travail, la réussite scolaire, les accidents de la route. Dans les secteurs à responsabilité – le contrôle aérien, les vols longs courriers, la surveillance des travaux, etc. -, dans les transports routiers, ou encore aux commandes de machines dangereuses, elle peut mener à des fautes d’attention mortelles. La somnolence multiplie par 8 le risque de catastrophe : 30% des accidents sur autoroute, 20% sur route ont été attribués à des assoupissements. Une revue (Sommeil Vigilance), un institut, de nombreux sites médicaux se consacrent aujourd’hui à la chute de la vigilance, maladie moderne.

    IMPACT DU MAUVAIS SOMMEIL

    L’impact négatif de l’insomnie retentit dans beaucoup d’autres pathologies. Elle agit comme facteur aggravant dans l’hypertension artérielle. Dans l’accroissement des processus inflammatoires, et donc l’athérosclérose. Dans le diabète, en favorisant l’intolérance au glucose. Dans l’obésité, le manque de sommeil s’accompagnant souvent d’une majoration de l’appétit pour les sucres. Dans la dépression, dont « elle fait le lit » (Docteur Joëlle Adrien, La Pitié). L’insomnie est au cœur de nos maladies d’époque. Pourtant, l’insomnie se voit généralement traitée par la prise d’un somnifère, parfois sans même une consultation médicale.  
    L’insomnie n’est pas la seule maladie du sommeil. Certaines sont très connues, comme le ronflement, qui touche 10 millions de personnes en France. C’est bénin, mais cela empêche l’autre de dormir. L’« apnée du sommeil », un trouble moins connu, touche officiellement 4% de la population (mais sans doute 10%, tous ronfleurs). Elle se traduit par des séries de courts arrêts respiratoires durant le sommeil. Certaines personnes en font des centaines par nuit, accompagnées d’un éveil très court. La journée, fatiguées, elles connaissent des somnolences. Ce sont des affections sérieuses. Non traitées, les apnées du sommeil mènent à des problèmes cardiorespiratoires.
    Autre trouble méconnu du sommeil, le « syndrome des jambes sans repos » ou « impatience ». Il se manifeste à l’état chronique et intense chez 1 personne sur 10, de façon irrégulière, mais s’aggravant avec l’âge chez 3 personnes sur 10. « L’impatience » se traduit par des fourmillements, des tressaillements, des pincements, des envies d’extension irrépressibles dans les jambes, ce qui entraîne des insomnies pénibles. Il faut se lever, marcher, s’étirer pour combattre ces sensations, qui reprennent aussitôt vous êtes couché.  Ces pathologies sont sous-estimées, les patients ne donnant souvent pas suite aux consultations. Il y a encore la narcolepsie, qui affecte 1 personne sur 2000, soit autant que la sclérose en plaque. La personne est saisie dans la journée par d’irrépressibles envies de dormir, surtout après le repas, comme dans le film « Drugstore cowboy » de Gus Van Sant. Des crises de cataplexie – relâchement musculaire complet – l’accompagnent. La narcolepsie est sous-diagnostiquée.

    SACRIFIER SES NUITS A UNE VIE DE STRESS

    Nous les modernes considérons les troubles du sommeil comme une conséquence inévitable de la vie moderne. Nous sacrifions le sommeil au travail, nous sommes convaincus que travailler doit fatiguer, qu’il est normal de dormir peu. Le travail «  à feu continu », les services « 24H sur 24 H », la réduction des effectifs, la continuation des taches à domicile, le stress comme mode de gestion nous amènent à considérer le sommeil comme une sorte d’obligation improductive, un temps compressible. Nous ne savons plus nous reposer, nous trouvons le sommeil secondaire, presque du « temps perdu » (docteur Alain Muzet, CNRS Strasbourg). Ajoutez la télévision et les DVD, les jeux vidéos, le surf internet, le téléphone portable, autant d’activités ludiques qui achèvent de  mordre sur le sommeil.
    A la faculté Laennec de Lyon, le laboratoire du CNRS consacré à « la physiopathologie du cycle éveil-sommeil », dirigé par le neurobiologiste Pierre-Hervé Luppi, poursuit des travaux de pointe sur l’apprentissage du cerveau pendant le sommeil et la mise au point de somnifères s’approchant au plus près du sommeil naturel. Créateur d’un des plus importants sites web mondiaux consacrés au rêve, les chercheurs poursuivent les travaux de Michel Jouvet, grand précurseur de la science du sommeil, découvreur du « sommeil paradoxal ». Que pense Pierre Hervé Luppi du mépris avec lequel on traite le sommeil dans nos sociétés ? Que nous apprend aujourd’hui la recherche sur l’importance du sommeil et des rêves pour l’homme ? Grand entretien.

    Lire la suite

  • STANLEY MILGRAM. DE LA SOUMISSION À L'AUTORITE

    medium_04jan-milgram-160.2.jpg

    NEWS. NEWS NEWS. Dégringolade historique, l'action de la banque Citigroup, le premier groupe banquaire américain, est tombé sous la barre de 4 dollars le 21 novembre - elle était à 52 $ en 2000. L'Etat fédéral a du annoncer un plan de sauvetage d'urgence, à hauteur de 25 milliards de dollars - il n'a pas été aussi généreux avec les milliers de familles délogées par la crise des suprimes. Au même moment, le nouveau pdg, Vikram Pandit, annonçait un plan social sévère : la suppression de plus de 50.000 emplois, s'ajoutant aux 23.000 suppressions décidées fin 2007 - n'oublions jamais, ce sont toujours les petits qui trinquent. Rappelons que les dirigeants renfloués de Citigroup se sont trouvés associés à la plupart des scandales financiers de ces 15 dernières années - notamment  aux faillites du courtier en énergie Enron (2001) et de l'opérateur de télécoms WorldCom, suite  à des malversations comptables colossales - cautionnées par l'agence Arthur Andersen, contre des émoluments de 25 millions de dollars. À l'époque, une dizaine de courtiers de Citigroup, dont la "star" de Wall Street Jack Grubman, furent sanctionnés pour avoir volontairement passé sous silence les déficits de ces groupes. En 2005, les équipes financières de Citigroup et le pdg d'alors, Charles Prince, se faisaient à nouveau prendre en flagrant délit de transactions douteuses à Londres sur les marchés obligataires européens, puis au Japon - où la banque fut bannie de toute activité de gestion de patrimoine, ce qui obligea Charles Prince à présenter des excuses publiques. Sa prime de fin d'année ne fut pas réduite pour autant.

    COMMENT UNE TELLE PERSEVERANCE DANS LA MALVERSATION, L'ABSENCE DE TOUT RESPECT DES REGLES ECONOMIQUES ET LE MEPRIS DE LA CHOSE PUBLIQUE A-T-ELLE ETE POSSIBLE ? LE "GREED", L'AVIDITE DES DIRIGEANTS DES  ENTREPRISES ET DES ORGANISMES DE CONTRôLE - LA FAMEUSE "MAIN INVISIBLE" SI VISIBLE  - N'EXPLIQUE  CERTAINEMENT PAS TOUT. COMMENT DES EQUIPES ENTIERES, DES MILLIERS DE CADRES ONT-ILS PU PARTICIPER, LAISSER FAIRE ? COMMENT DES EQUIPES ENTIERES, DES MILLIERS DE CADRES ONT-ILS PU PARTICIPER, LAISSER FAIRE ? UN DOCUMENTAIRE D'ALEX GIBNAY SUR LA FAILLITE D' ENRON, "THE SMARTEST GUYS IN THE ROOM" (METROPOLITAN) PROPOSE DES REPONSES. LE FILM MONTRE COMMENT LES DIRIGEANTS ET LES CADRES DE L'ENTREPRISE, PRÉSENTÉS À L'ÉPOQUE COMME DES GÉNIES FINANCIERS PAR TOUTE LA PRESSE ECONOMIQUE, ÉTAIENT EN RÉALITE DES CALCULATEURS FROIDS, CYNIQUES, DÉPOUVUS DE TOUTE ÉTHIQUE ET PREOCCUPATION SOCIALE, ET QUI PLUS EST SANS TALENT. ILS ONT RANCONNÉ L'ÉTAT DE CALIFORNIE EN LUI VENDANT DE L'ÉLECTRICITÉ HORS DE PRIX, MULTIPLIANT LES COUPURES POUR LE FAIRE CEDER, CERTES MOTIVéS PAR UN INTÉRESSEMENT AUX BÉNÉFICES, MAIS AUSSI ENRÔLES PAR UNE CULTURE D'ENTREPRISE D'Où TOUTE MORALE PUBLIQUE ÉTAIT ABSENTE, Où LE PROFIT IMMEDIAT ETAIT VALORISE COMME LA SEULE VALEUR POSITIVE. PLUS GRAVEMENT ENCORE, LE DOCUMENTAIRE MONTRE COMMENT CES MILLIERS DE CADRES ONT OBEI À LEUR CHEFFERIE, SE SONT SOUMIS A ELLE SANS REFLECHIR, SANS POSER DE QUESTIONS, SANS REFLECHIR A LEURS ACTIONS ET LEURS MALVERSATIONS. ILS  SE SONT COMPORTES EN PERSONNES SERVILES, EN EMPLOYES DOCILES ET DEFERENTS, CONFIRMANT L'ÉTUDE FAMEUSE DU SOCIOLOGUE AMÉRICAIN STANLEY MILGRAM SUR LA "SOUMISSION À L'AUTORITÉ".
    EN SOUVENIR DES TRAVAUX DE STANLEY MILGRAM, VOICI LE RÉCIT D'UNE VISITE À SON LABORATOIRE DE NEW YORK, DEUX ANS AVANT SA DISPARITION, ALORS QU'IL MENAIT PLUSIEURS EXPÉRIENCES DE PSYCHOLOGIE SOCIALE SUR "LE POIDS DES APPARENCES" (publié dans Actuel en avril 1982, réactualisé en 1998) BIBLIOGRAPHIE STANLEY MILGRAM

    ------------------------------------------------------------------------------------------------------
    " AAAAAAAAH ! ARRÊTEZ ! JE VOUS EN SUPPLIE ! JE VEUX PARTIR !"
    Le jeune homme est attaché sur une chaise face à un micro. Des électrodes sont fixées à ses poignets. II hurle et tente en vain de se libérer.
    Dans la pièce attenante, un type d'une quarantaine d'années l'interroge d'une voix solennelle en présence d'un personnage silencieux en blouse blanche :

    " Voici la liste des mots : lent, pas, camion, esprit, débit. Lequel choisissez-vous ? Répon-dez s'il vous plaît. "
    L'homme attaché répond : " Camion ".
    - Faux! déclare l'interrogateur. Le mot juste était esprit. La punition sera de 195 volts.
    II abaisse une manette électrique. Aussitôt, le jeune homme hurle à nouveau.
    " Arrêtez ! Mon cœur va lâcher ! Laissez--moi partir, laissez-moi partir ! " L'interrogateur retient à peine un éclat de rire nerveux et se cache le visage entre les mains. Puis il se reprend et dit d'un ton grave :
    " Je vous lis la nouvelle liste : profond, puits, décolleté, mystère, sommeil. Répondez s'il vous plaît. "
    Aucune réponse. L'homme insiste sur un ton sentencieux:
    " Répondez s'il vous plaît. Je vous préviens, Monsieur Wallace. Je dois interpréter votre silence comme une erreur. "
    Aucune réponse. L'interrogateur se tourne vers son complice en blouse blanche.
    " Dois-je suivre vos instructions à la lettre ?
    - Bien sûr, M. Braverman. "
    Aussitôt, l'air ravi, Braverman abaisse la manette électrique. Tarif : 315 volts. Les cris reprennent.
    " Arrêtez, je n'en peux plus, je vais claquer ! Je vous en supplie. "
    M. Braverman rit pour de bon cette fois, une espèce de hennissement.
    Cette scène odieuse s'est déroulée en jan-vier 1980 au département de psychologie de l'Université de Yale à New Heaven dans le Connecticut. M. Braverman n'avait pourtant rien d'un officier SS. C'était un tranquille assistant social marié père de famille, à qui le jeune psycho-sociologue Stanley Milgram avait demandé de participer à une étude sur la mémoire et l'apprentissage.
    Il s'agissait de punir à chaque fois qu'il se trompait un certain Monsieur Wallace supposé avoir appris par cœur des listes de mots couplés. Le tarif : des décharges électriques croissantes, jusqu'à des chocs presque mortels de 500 watts. Rassurez-vous, le Monsieur Wallace en question n'était pas du tout électrocuté : excellent acteur, il mimait à chaque décharge une douleur insoutenable. L'expérience de Stanley Milgram transformait les honorables Monsieur Braverman en purs et simples bourreaux.

    Lire la suite

  • PAUL VIRILIO, PHILOSOPHE, VEUT OUVRIR UNE UNIVERSITE DES DESASTRES

    traderreua.jpg

    (Un trader de Wall Street apprenant la chute de la banque Lehman Brothers en septembre)

    NEWS NEWS NEWS À la dernière exposition de la Fondation Cartier pour l'art contemporain, impressionnante, l’un montre l’enracinement, l’autre le déracinement. L’un expose ses images et ses films de gens attachés à leur terroir, des paysans et des villageois effrayés de perdre  leurs origines, les paysages qui les entourent, leurs terres. L’autre dresse des cartes des migrations contemporaines, émigrés de la pauvreté, refugiés climatiques, exode rural, ouvriers cherchant du travail. Le premier est photographe et cinéaste, il s’appelle Raymond Depardon. Le second est urbaniste et essayiste - son nom, Paul Virilio. Son dernier ouvrage s'intitule « L’université du désastre » (Galilée, 2008). Rencontre avec un philosophe original, un des rares à réfléchir sur le crucial et l'époque, qui étudie depuis trente ans un phénomène excessivement moderne, qui a bouleverse à jamais notre monde : la vitesse.

    Fondation Cartier pour l'art contemporain. 261 Boulevard Raspail, Paris 75014. Jusqu'au 15 mars 2009.

    _______________________________________________________________
    À LA ROCHELLE, AVEC PAUL VIRILIO

    Casquette sur l’œil, Paul Virilio vous reçoit devant les grandes baies de la médiathèque de La Rochelle, où il vit. Cela fait trente ans que l’homme réfléchit à un phénomène excessivement industriel, aujourd’hui électronique, médiatique, boursier - universel : la vitesse, qui a bouleversé notre époque. « Entendez l’extraordinaire accélération que connaissent les transports terrestres, aériens, spatiaux, qui rapetissent notre Terre, mais aussi les communications et les télécommunications à travers les ondes électromagnétiques, qui abolissent le temps et les distances pour nous faire vivre dans l’instantané. » Réfléchir à la vitesse emballée du monde a mené Paul Virilio à s’interroger à la possibilité de « la perte de contrôle » - de l’accident à grande vitesse aux conséquences incontrôlables, qu’il soit « informatique, ferroviaire, ou nucléaire ». Etudier les rythmes précipités des médias, des écrans omniprésents, de l’information « en temps réel », des cotations financières immédiates lui a révélé « la dictature du présent » - au profit de l’analyse critique, de la mémoire, du recul. Mais aussi ses effets dévastateurs directs : virus informatiques, panique boursière, rumeurs faisant le tour du monde … à toute vitesse. « Nous vivons tous en ubiquité, continue Paul Virilio, réagissant à coups d’affects collectifs, selon des rythmes inconnus qui n’ont plus rien à voir avec les rythmes terrestres, diurnes ou saisonniers ».

    Lire la suite

  • ELECTION AMERICAINES. AL GORE : " GEORGE W BUSH NOUS A APPORTE UNE CALAMITE APRES L'AUTRE "

    v_7_ill_966734_07101420_algorh+x1p1_ori.jpg

    NEWS NEWS NEWS À deux semaines des élections américaines tous les sondages donnent le démocrate Barack Obama gagnant, même si beaucoup d'analystes s'interrogent sur les non-dits d'un "vote raciste" qui pourrait ressurgir dans le secret de l'isoloir. Pendant cette campagne, si Barack Obama est resté prudent dans ces jugements publics sur le bilan du gouvernement Bush, ce n'est pas le cas de l'ancien candidat à la présidence, Al Gore, co-prix Nobel de la Paix 2007. Dans son essai "La raison assiégée" (Seuil), tout juste sorti en France, il soutient que le gouvernement Bush a développé aux Etats-Unis des pratiques politiques qui mettaient en danger la démocratie américaine, doublé d'une politique internationale catastrophique qui a ruiné l'image de l'Occident et des Etats-Unis autour du monde - notamment en perpétrant l'invasion de l'Irak (décidée sur un mensonge), en encourageant l'usage de la torture et des camps de détention illégaux comme celui de Guantanamo.

    _______________________________________________________________________

    Nous sommes à la convention démocrate de Denver, le 29 août dernier. Al Gore a pris la parole devant des milliers de sympathisants. Il explique, lui l’icône verte de l’Amérique, comment John McCain, le candidat républicain, va continuer la politique de George W. Bush  - qui selon lui a apporté au monde « une calamité après l’autre ». Il s’écrie « Oui, je crois au recyclage. Mais là, c’est franchement ridicule !» La salle explose de rire. Ici beaucoup pense qu’Al Gore s’est fait voler sa victoire aux dernières élections suite à des manœuvres électorales douteuses du parti républicain.

    Depuis son prix Nobel de la Paix, Al Gore est devenu une grande figure morale aux Etats-Unis. Des militants du parti démocrate ont même milité pour que Barak Obama le prenne comme vice-président. Mais l’Amérique n’aime pas les perdants. Alors Al Gore continue sa croisade pour l’écologie. Le 23 septembre, il a rallié la « Clinton Global Initiative » à New York avec plusieurs autres célébrités engagées - la reine Rania de Jordanie, la présidente du Liberia, ou le chanteur Bono. Les fonds récoltés doivent servir à soutenir des « solutions innovantes » dans les domaines de l’écologie, l’éducation et l’éradication de la faim. Al Gore a solennellement déclaré : « Depuis notre rencontre l’an dernier, le monde a encore perdu du terrain face au changement climatique. » Puis il s’en est pris avec force au front des entreprises qui minimisent le réchauffement planétaire par seul intérêt. « Une compagnie qui dépense beaucoup d’argent pour convaincre le public que les risques pesant sur climat mondial sont négligeables développent une forme de fraude. J’espère que les procureurs généraux agiront pour l’éviter». Ensuite, il a appelé au développement des centrales électriques au charbon équipées d’un système de confinement du dioxyde de carbone, rappelant que ces centrales – 28 doivent être construites aux Etats Unis ces prochaines années, des centaines en Inde et en Chine - contribuent beaucoup au changement climatique. Pour Al Gore le juste, l’Amérique doit désormais montrer la voie.

    Al_Gore_rgb_Ausschnitt_-_image_net.jpgL’autre actualité d’Al Gore pendant cette campagne électorale américaine, c’est la sortie mondiale de son essai « The assault on reason » (« La raison assiégée », Seuil), et sa publication en édition brochée aux Etats-Unis (Bloomsbury). Il faut lire ce livre pour comprendre l’ampleur du malaise politique suscité par le gouvernement républicain de George Bush aux Etats-Unis. En huit chapitres présentés comme programmatiques - La politique de la peur. Aveugler les fidèles. La commodité du mensonge. L’atteinte à l’individu. Insécurité nationale. La crise du carbone. La démocratie en danger - Al Gore lui reproche d’avoir bafoué les principes mêmes des « pères fondateurs » de la démocratie américaine : citant abondamment Thomas Jefferson, Abraham, Abraham Lincoln, Thomas Paine. Pour Al Gore, les républicains ont abandonné le terrain rationnel et le débat d’idées pour promouvoir une politique de l’affect, du lyrisme nationaliste et de l’invocation religieuse. Il montre aussi le rôle décérébrant de la télévision dans ce processus – quitte à être parfois caricatural -, inquiet que les campagnes électorales se réduisent désormais à des spots de trente secondes dignes des televolas. Avec ce livre étayé et féroce, Al Gore le prix Nobel « vert » revient comme un homme politique national décidé à réformer la démocratie américaine. Ci dessous, des extraits du livre publiés dans Le Monde 2 le 18 octobre 2008.

    Lire la suite

  • FRANCOIS JULLIEN, SINOLOGUE. ENTRETIEN SUR LES FONDEMENTS PHILOSOPHIQUES DE L'EFFICACITE CHINOISE

    NEWS NEWS NEWS. L'étude fera date. Elle annonce un bouleversement géopolitique mondial que beaucoup pressentaient. Albert Keidel, ancien économiste de la Banque Mondiale et du Département américain au Trésor, aujourd'hui membre du fameux Carnegie Endowment for International Peace de Washington, prédit dans une étude détaillée que la Chine sera la première puissance mondiale en 2035.
    En effet, si la Chine conserve un taux de croissance économique à deux chiffres pendant les trois prochaines décennies, elle dépassera effectivement les Etats-Unis comme puissance économique d’ici moins de trente ans. Or, d'après Albert Keidel, un tel taux de croissance se maintiendra, s'appuyant essentiellement sur les exportations chinoises aujourd'hui en pleine expansion. L'économiste ne voit pas pourquoi elles s'arréteraient, vu le faible coût de la main d'oeuvre dans un pays encore largement paysan, et l'apparition de grandes marques chinoises - textile, technologies, jouets, mobilier, construction, etc - qui vont bientôt rivaliser avec les occidentales. (le rapport)

    En regard de cette étude, voici un entretien avec le philosophe et sinologue François Jullien. Son dernier ouvrage "Conférence sur l'efficacité", qui fait suite à un épais "Traité de l’efficacité", tente d’analyser dans le détail la pensée stratégique et économique chinoise, montrant que ses succès actuels et le développement exponentiel et international de sa puissance se comprennent mieux au regard de l'histoire de la civilisation chinoise et de ses traditions d'efficacité. De nombreux hommes d’affaires et entrepreneurs viennent aux conférences de François Jullien, très curieux de l’entendre.

     

    FRANCOIS JULLIEN. UNE PASSION CHINOISE

    " Après mes études de philosophie, je suis parti pour la Chine, passionné à l’idée de découvrir une autre pensée. J’ai appris le chinois et lu le célèbre Yi King, "le livre des changements", dans le texte". Quand on rencontre François Jullien, alors qu’un ouvrage collectif salue son travail consacré à la pensée chinoise (Chine, Europe. Percussions dans la pensée. Puf. Essais), on pense devant tant d’enthousiasme à une sorte d'Anquetil Dupperon d'aujourd'hui, ce jeune étudiant parti à 23 ans, en 1754, pour les Indes Orientales, décidé à trouver les livres sacrés de Zoroastre - il les ramena à Paris, les traduisit, et fonda l’école orientaliste française.

    Depuis dix ans, François Jullien nous initie à la philosophie chinoise, avec le savoir d’un sinologue féru de philosophie grecque. Convaincu que la pensée chinoise n’a rien d’exotique, qu’elle interpelle nos grandes conceptions de l’action, du temps, de la sagesse, du bonheur - nos grands " universaux " -, il revisite la pensée européenne à la lumière des grands penseurs chinois : depuis Laozi, le contemporain de Bouddha, jusqu’à Lu Xun, l’intellectuel révolutionnaire des années 1920. Cela donne une série d’essais à la fois savants et déroutants.

    Dans " Eloge de la fadeur ", François Jullien montre comment le " fade ", dévalorisé en Europe, intéresse les Chinois. Une personne " fade " sera appréciée pour son détachement, sa réserve, et en même temps sa disponibilité. Dans " Nourrir sa vie ", il révèle comment en Europe on nourrit son corps, ou son esprit, mais pas " sa vie " - son corps et son esprit en même temps. C’est la tradition chinoise de nourrir en même temps "son souffle et son énergie ", le corps tout entier, qui a irrigué la pratique de la méditation et la pensée zen. Au cours de ces études - dont on peut regretter parfois l'absence de récit vécu d'expérience personnelle de détachement, de "non-pensée" -, François Jullien nous apprend à interroger, à "déconstruire " ou repenser des pans entiers de notre conception boulimique du bonheur, de l’apparence, ou même du plaisir et la beauté. Il s’interroge par exemple, dans le " Nu impossible ", sur l’absence radicale de nu dans l’art chinois.

    François Jullien nous apprend encore à repenser la retraite de Mao Zedong pendant la Longue Marche à la lumière de l’"Art de la guerre " du premier stratège chinois, Senzi - lui qui réfléchissait en termes de " stratagèmes", notamment à l'intelligence de la victoire obtenue en évitant le combat : par la diplomatie, l'esquive ou la ruse. Ou bien, il digresse sur le pragmatisme de Deng Xiaoping, le successeur de Mao le dictateur, qui a su transformer le parti communiste chinois en une nouvelle version de la vieille "bureaucratie céleste" - omniprésente et morale - de Confucius. Autant d'analyses que les critiques du régime chinois ne manquent de trouver complaisantes. Ce à quoi François Jullien répond qu'il fait avant tout le "travail de comprendre" les grands personnages de la Chine moderne à l'intérieur de la civilisation chinoise, pas de l'extérieur, avec des clefs occidentales.

    BIBLIOGRAPHIE FRANCOIS JULLIEN

    Lire la suite