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philosophie - Page 2

  • ENTRETIEN AVEC JOSEPH STIGLITZ. SON ESSAI "LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITE" PUBLIÉ EN FRANCE EN POCHE.

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    ( Le dg de la banque Lehman, Dick Fuld à la sortie du tribunal de New York en octobre 2008. Il était alors poursuivi pour ses émoluments de 2007, juste avant la faillite de la banque, estimés à 100 millions de dollars. Ajoutez 460 millions pour les 3 années précédentes et sa prime de départ :  62 millions de dollars. Des manifestants l'attendaient à la sortie du Palais de Justice, on lit sur les panneaux "Escroc", "Capitaine Cupide")

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    NEWS NEWS NEWS. "Le triomphe de la cupidité" ("Freefall" en anglais, "Chute libre") de Joseph Stiglitz, est publié en poche (BABEL) début janvier chez Actes Sud. Prix Nobel d'économie 2001, ancien  conseiller économique de Bill Clinton (les années prospères de l'Amérique), ancien vice-président de la Banque Mondiale (dont il a démissionné, dénonçant déjà ceux qu'il appelait les "fondamentalistes du marché"), il s'est montré un des économistes les plus clairvoyants de la décennie en annonçant dès 2003 les dangers des crises chroniques du capitalisme financier - il publiait  alors "Quand le capitalisme perd la tête" (Fayard). Je l'avais rencontré  en février 2004 pour Le Monde Magazine, alors qu'il revenait du "Forum Social" de Bombay (altermondialiste) après avoir été invité par le "Forum Economique Mondial" de Davos - où se retrouvent les plus grands dirigeants d'entreprise et les leaders politiques. À l'époque déjà, il tenait des propos qui allaient s'avérer prophétiques au regard du tsunami qui a dévasté la planète financière et ébranlé gravement l'économie mondiale (voir ci-dessous l'entretien de 2004 pour Le Monde Magazine)

    Quatre ans plus tard, interrogé le 18 septembre 2008 par le site d'idées américain Big Think, le lendemain de la faillite de la banque d'investissements Lehman Brothers, considérée comme un des fleurons de Wall Street et des banques d'affaires, Joseph Stiglitz donnait son analyse de la crise des subprimes. Il ne cachait pas sa colère contre les dirigeants incompétents et cupides de la planète financière espérant avant sauver leurs parachutes dorées et leurs bonus après l'annonce du plan de sauvetage de l'Etat américain, financé par les particuliers, estimé à 1000 milliards de dollars - voir ci-dessous l'entretien donné à Big Think, publié dans la Revue RAVAGES en mai 2009.

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  • BILL ET MELINDA GATES SE DÉCLARENT DES "OPTIMISTES IMPATIENTS" ET DONNENT 90% DE LEUR FORTUNE À LEURS OEUVRES CARITATIVES

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    NEWS NEWS NEWS. Bill et Melinda Gates étaient de passage à Londres le 17 ocotbre pour lancer la nouvelle campagne de leur fondation caritative : "Living proof", "Preuve vivante". Ils entendaient montrer comment l'aide humanitaire et médicale arrive à destination, qu'elle sauve des vies par milliers, tous les jours, et qu'il faut en finir avec le cynisme et le scepticisme , aider les associations à continuer à agir. Des films présentant des témoignages d'actions réussies, des "preuves vivantes" ont été présentées à cette soirée, tandis que les Gates appelait l'Etat anglais à investir 0,5% de son budget dans l'entraide internationale. Reportage et entretien

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    « Quelle est pour moi la plus belle image du monde ? » demande Bill Gates au public, avec ses lunettes rondes, son gentil sourire et son allure, il faut le dire, très Grand Duduche. Le tableau de Van Gogh « Les tournesols » apparaît derrière lui. «Est-ce celle-là ?». L’Homme de Vitruve, le dessin de Léonard de Vinci, suit. «Ou celle-ci ?» Voici maintenant le logo de Microsoft « Ou bien celle-là ? » La salle rit, un cliché power point s’affiche aussitôt  : la courbe de la mortalité infantile depuis un siècle. Bill Gates s'exclame : « Voilà la plus belle des images ».La courbe passe de 20 millions en 1960 à 9 millions en 2010.

    Nous sommes à la soirée « Living Proof », « Preuve vivante » organisée par la fondation Bill et Melinda Gates au Musée des Sciences de Londres. Quatre cents personnes venues des ONG, la presse, la recherche et du monde artistique et politique anglais ont été conviées. Preuve vivante ? C’est une campagne mondiale lancée par la fondation Gates et l’association ONE - celle de Bono, récemment très critiquée pour ses dépenses somptuaires - destinée à montrer aux opinions des pays riches, à travers des histoires concrètes et des témoignages filmés, que l’aide aux pays pauvres arrive à destination, s’avère utile. Melinda Gates, chaussures, plates, tailleur marine, à peine maquillée, rejoint son mari sur la scène du petit cinéma du musée : « Vous connaissez les arguments… « Ça ne sert à rien ». « L’argent finance des régimes corrompus ». « C’est un emplâtre sur une jambe de bois »... Nous voulons les détromper. » Elle prendra son temps, didactique, enthousiaste, pour décrire les effets pratiques des grandes actions humanitaires en cours financées par les Etats et les fondations. À chaque exemple, un court film « Preuve vivante» vient illustrer ses propos. Une famille de paysans du Nicaragua raconte les effets bénéfiques de la vaccination contre le rotavirus. Une doctoresse d’Addis-Abeba défend l’ouverture de petites salles d’accouchement dans les villages. Une paysanne de Tanzanie décrit comment la plantation de graines de patate douce l’a sauvé de la faim.

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  • CONFERENCE DE NAGOYA. ENTRETIEN AVEC PAVAN SUDKHEV, ECONOMISTE INDIEN, RAPPORTEUR SUR LA VALEUR ECONOMIQUE DE LA NATURE.

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    NEWS NEWS NEWS L'accord adopté ce vendredi 29 octobre à Nagoya (Japon) a été qualifié d’«historique» par de nombreux acteurs politiques et écologiques.  Il  comporte 20 objectifs majeurs visant à stopper la perte de biodiversité d'ici à 2020. À cette date, au moins 17% des aires terrestres et des eaux intérieures, ainsi que 10% des aires marines et côtières devront être protégées - contre respectivement 12,5% de la surface terrestre et moins de 1% des océans aujourd’hui. Par ailleurs, au moins 15% des écosystèmes dégradés devront être restaurés. Un autre objectif prévoit « de supprimer, de réduire progressivement ou de réformer » les subventions néfastes à la biodiversité d’ici à 2020 au plus tard. Le taux de perte de tous les habitats naturels, dont la forêt, devra être réduit d’au moins 50% voire annulé, lorsque c’est possible. Toutes les espèces connues et menacées d'extinction devront également être sauvées d'ici à 2020. Un dernier objectif concerne la protection des récifs coralliens.

    On regrettera que ces choix stratégiques ne constituent qu’un engagement « moral » et ne soient pas contraignant juridiquement, mais c’est là un premier pas décisif dans la reconnaissance de l’urgence de protéger les écosystèmes – le fondement même de notre survie terrestre... Quelque jours avant l’ouverture de la conférence de Nagoya, j’ai interviewé l’économiste indien Pavan Sudkhev, qui a été le rapporteur attendu d’une enquête de trois années sur les valeurs économiques des écosystèmes – l’équivalent du "rapport Stern", mais pour la biodiversité. Selon Pavan Sudkhev, il nous faut d’urgence, partout, comme il l’a déjà fait en Inde, évaluer le « capital naturel » pour mieux en faire comprendre les enjeux au monde capitaliste ? Sans reconsidérer la "valeur ", jusqu'ici reniée et invisible, des services rendus par la  nature et les coûts colossaux de sa dégradation, comment la protéger et fonder une nouvelle économie - un developpement fondé sur le renforcement de la biodiversité et son obligatoire durabilité. Une question se pose aussitôt : n’y-a-t-il pas dans ces "éconoimcs of biodiversity" un risque d'une financiarisation de la nature, se faisant au détriment des pays pauvres, et plus généralement de l’humanité entière et la biodiversité elle-même. ? Le capital de la nature n’est-il pas inestimable, et toute évaluation dangereuse ? Entretien (publié dans le Monde Magazine, octobre 2010)

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  • BONJOUR LES NIQABITCH, LES ALLUMEUSES EN NIQAB.

    Niqabitch secoue Paris

    NEWS NEWS NEWS Depuis début octobre la vidéo des Niquabitch - les allumeuses en niqab - circule sur le Net où elle a été visionnée des dizaines de milliers de fois. Explication.

    Elles s’appellent les Niqabitch (« les allumeuses en niqab »), leur vidéo fait le buzz sur You Tube. Ces deux jeunes musulmanes se sont promenés en niqab, mnishort noir et talons hauts dans le quartier des ministères à Paris. On le voit prendre la pose, cuisse nues et visage masqué, devant le ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale. Les policiers leur disent de déguerpir, elles expliquent « On veut dédramatiser la question du voile ». « C’est génial » dit une policière, qui les prend en photo. Les niqabitch ont publié un manifeste : « Autant le dire franchement, prendre l’apparence de Dark Vador au nom de l’islam et de ses préceptes, on ne comprend pas vraiment ! (Mais) nous avons ouï dire que la République était un espace de libre expression dans lequel chacun pouvait choisir de s’habiller et de pratiquer sa religion comme il l’entend. » En mêlant une tenue sexy au voile intégral les Niqabich font valser beaucoup d’idées reçues. Elles interrogent la liberté  d’aller dans les rues de France dans n’importe quelle tenue. Va-t-on leur interdire de sortir ainsi nippée à cause du niqab - et si elles se livraient à une fantaisie S.M ? N’a-t-on pas le droit de jouer avec les codes de genre, ou religieux, de se travestir ? Ensuite, elles montrent l’affreuse volonté du niqab d’emprisonner les charmes des femmes. Alors nous ne verrions plus ces jolies jambes, si bien mises en valeur sous ce haut noir ? Ce contraste rappelle tout l’érotisme du voile, dont Malek Chebel a montré les raffinements dans son épais "Kama Sutra arabe" (Pauvert 2006). Nous l’avions l’oublié, en nous polarisant sur le « voile islamique ». "Le Jardin Parfumé", un des chefs d’œuvre de la littérature sensuelle née en terre d’Islam, si riche jusqu’au XVe siècle, en loue les danses - même si aujourd’hui les théologiens du Caire en ont interdit la lecture comme des "Mille et Une Nuits". Le voile, nous disent joyeusement  les Niqabitch, n’est pas toujours associé à la pudeur. Même si dans le désir, comme l’analyse paradoxalement l’historien Jean-Claude Bologne dans "Pudeur féminine" (tout juste sorti au Seuil), « un voile naturel et invisible révèle la femme », fut-elle nue... (publié dans Le Monde Magazine)

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  • SCIENCES PO, UNIVERSITE MAUVAIS GENRE

     

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    NEWS NEWS NEWS En cette rentrée universitaire, l'université Sciences Po commence  à mettre en place son programme PRESAGE (Programme de REcherche et d'Enseignement des SAvoirs sur le GEnre). La prestigieuse université, après des années d'hésitation et de coups d'essai, lance enfin un solide programme d'étude - soutenu par des figures de l'histoire et l'économie comme Elizabeth Badinter, Nancy Fraser ou Amartya Sen - sur les questions de la discrimination et la fabrication du genre et des différences sexuelles. En Amérique et au Canada, ces "gender studies"  sont  à l'honneur depuis 30 ans, c'est dire le retard pris en France.

    Le programme PRESAGE a débuté ce 20 octobre par une conférence de la philosophe Geneviève Fraysse, quelques cours ont débuté, mais l'année prochaine toutes les disciplines vont être affectées par le questionnement sexuel : comment le fait d'être d'un genre ou d'un autre vous disqualifie ou vous requalifie dans votre travail ? vos retraites ? influence vos manières d'être traité à l'école ? à l'université ? comment le droit est-il travaillé par ces questions mais encore les manières d'habiter la ville, se promener les rues, jusque dans le détail des habillements ? etc, etc ?

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  • MARIO VARGAS LLOSA, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2010. ENTRETIEN RÉALISÉ APRÈS LE "NON" À LA CONSTITUTION EUROPEENNE. "LA FRANCE, DISAIT-IL, CONNAÎT UN REPLI NATIONALISTE"

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    NEWS. NEWS NEWS Mario Vargas Llosa vient d'obtenir le prix Nobel de littérature. L'apprenant, il a déclaré, modestement qu'il s'agissait là d'un hommage à "la littérature latino-américaine".  Ses derniers écrits, "Le langage de la passion. Chronique de la fin du siècle" ont été publiés chez Gallimard en 2005. Il s'agit d'un recueil de textes politiques et polémiques, pour la plupart publiés dans le quotidien Espagnol  "El Pais ". Cet ancien engagé "sartrien", devenu un féroce critique des  thèse socialistes, et un défenseur du libéralisme et des libertés, nous parle du Non " conservateur " de la France à l’Europe, du blocage de la vie politique française, des maisons des jeunes et de la culture de Malraux, et du besoin de carnaval et d'extraordinaire qu’éprouve l’homme depuis toujours.

    Rencontre avec le grand écrivain péruvien de passage à Paris, où il a vécu 7 ans. (publié dans Le Monde 2, 08/2005)


    BIBLIOGRAPHIE VARGAS LLOSA

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    UN ECRIVAIN ENGAGÉ DEVENU UN HOMME POLITIQUE MALHEUREUX

    Mario Vargas Llosa, un des plus célèbres écrivains latino-américains, candidat malheureux du mouvement Libertad (centre droit) aux élections présidentielles du Pérou de 1990, tient depuis 15 ans une chronique polémique dans le grand quotidien espagnol El Pais (centre gauche). Les éditions Gallimard viennent de publier celles écrites entre 1992 et 2000 sous le titre " Piedra de toque ", " Pierre de touche ". On y retrouve la plume féroce et les prises de positions tranchées - libérales, humanistes - déjà montrées dans son recueil d’essais Les Enjeux de la liberté (Gallimard, 1997), où il pourfendait tour à tour l’islamisme pur, la corruption en Amérique Latine, les opposants à la mondialisation, et prenait la défense des libéraux anglais dans leur lutte contre le corporatisme syndical et la bureaucratisation des services publics - ce qui lui coûta l’amitié de son vieil ami, et rival en littérature, Gabriel Garcia Marquez, qui n'a jamais rompu avec Fidel Castro. Dans " Piedra de Toque ", Vargas Llosa continue de critiquer, au nom de sa philosophie libérale, mais faits à l’appui, quelques-uns des mythes de la gauche latino-américaine : la guerilla zapatiste du " sous-commandant " Marcos, dont il rappelle certaines exactions auprès des Indiens du Chiapas; ou Hugo Chavez, qu’il traite de caudillo incompétent, ruinant l’économie du pays le plus riche d’Amérique Latine, le Venezuela. Mais l’écrivain s’en prend aussi aux excès de notre société de médias et de " divertissement ", où la " banalisation ludique " devient " la culture dominante ", où les journaux tabloïds et people, traquant les faux-pas privés des politiciens et des personnalités, se comportent comme de " nouvelles inquisitions ".

    LA FÊTE AU BOUC

    C’est dire que l’auteur de l’inquiétant et irrésistible roman "La fête au bouc" (Gallimard, 2002), qui raconte les derniers jours sanglants du dictateur de Saint Domingue, Trujillo -" J’ai voulu faire le portrait du satrape " dit-il- résiste aux classifications faciles. Quand il m'accueille chez lui, dans un vieil appartement du quartier Saint Germain, il défend avec enthousiasme la loi tout juste votée par les socialistes espagnols qui autorise le mariage homosexuel et l’adoption par des couples gays - mais n’a-t-il pas écrit " Les Cahiers de Don Rigoberto ", un roman défendant la liberté érotique ? L’homme n’a rien d’un conservateur. Au contraire, il se dit " moderne et internationaliste ", reprochant aux pays riches du Nord de fermer l’accès à leur territoire des produits du pays du Sud, et de paralyser ainsi la " véritable mondialisation " du marché. Quant au terme " libéralisme ", cette philosophie politique qu’il a adoptée après avoir été longtemps " marxiste " et " engagé ", il tient à le préciser : "Quand au Pérou on se disait libéral, pendant ma jeunesse, cela signifiait de gauche, contre l'Eglise. Ce courant de pensée a été dénaturé par la gauche totalitaire. Le libéralisme est devenu synonyme de capitalisme sauvage, exploitation, néocolonialisme. Alors qu’il rejette toute forme de monopole, défend la liberté de concurrence." Par contre, si vous lui parlez de l’extrême gauche, ou de Cuba, il rappelle qu’une guérilla sanglante, responsable de quelques 30.000 morts, Le Sentier Lumineux, sévit dans son pays depuis trente ans. Et qu’il a tenté d’analyser et de décrire les rouages de la folie meurtrière des utopies sociales dans son roman " L’histoire de Mayta "

    Mario Vargas Llosa, 71 ans, a longtemps vécu à Paris comme Pablo Neruda, Octavio Paz, Julio Cortazar ou Miguel Angel Asturias, il suit de près les rebondissements de la vie artistique et politique française. Nous l’avons rencontré peu de temps après le " Non " au referendum sur la constitution européenne.

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  • DERRIERE LE FILM "INCEPTION", LES RÊVE LUCIDES. UNE TRADITION ANCIENNE EN ASIE OU CHEZ LES AMERINDIENS... OU COMMENT INTERVENIR DANS SES RÊVES...

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    NEWS NEWS NEWS Dans le film fantastique "INCEPTION", réalisé" par Christopher Nolan, le héros Dom Cobb (Di caprio) est un « extracteur », un rêveur lucide qui , tout en dormant, pénètre dans les rêves d'industriels importants pour leur soutirer des informations secrètes. Eux subissent leur rêve, lui les pénêtre, se montrant capable d'agir à l'intérieur comme un personnage onirique. Mais ses employeurs le chargent de procéder cette fois à une "inception", c'est-à-dire d'implanter une idée négative dans le subconscient du fils d'un grand patron, afin de  couler l'entreprise familiale quand il en prendra les rènes. Une tâche qui va s'avérer diffficile, car l'inconscient du jeune héritier va se défendre en inventant d'innombrables protecteurs. Le film présente d'extraordinaires scènes où les intrus arrivent à infléchir l'univers du rêve, et ce faisant à réaliser d'extraordinaires prouesses pourtant vécues au premier degré, comme possibles, par le rêveur. En effet, tout est possible en songe, comme par exemple de tordre les rues d'une ville jusqu'à ce qu'elles s'élèvent devant vous comme une montagne : ce qu'une apprentie rêveuse lucide fait devant nous, les spectateurs ravis du film, à Paris, grâce à d'incroyables effets spéciaux.

    Beaucoup de critiques se sont perdus dans l'interprétation du film, décrit comme un jeu sans fin avec la réalité, en se demandant si toutes les scènes extravagantes ne racontaient pas le rêve d'un mégalomane, ou encore un jeu de miroirs délirant entre les rêves et la réalité, enfermé dans un pardoxe à l'infini d'où le héros ne sortirait plus. Mais peu de gens ont vu que la pratique du rêve lucide et de la déformation comme de l'exploration de ses propres rêves existe depuis des millénaires, et que plusieurs traditions oniriques l'ont développé. - ce qui  interpella beaucoup Freud et la tradition analytique. Ainsi les bouddhistes thibétains pratiquent toujours un "yoga des rêves" très élaboré ou "svapna yoga", où le méditant s'entraîne à s'éveiller pendant ses rêves, à en prendre conscience, pour ensuite observer comment son esprit élabore ses illusions, les questionner, intervenir dans ses cauchemars, apprendre à les dérouter et en tirer un enseignement.  Les Senoï de Malaisie sont aussi connus par avoir développé un art d'intervenir à l'intérieur de leurs rêves, d'y mener des expériences érotiques, et de chercher à  entremêler les rêves et la réalité pour mener une existence plus intense, plus riche, plus heureuse. Les guerriers amérindiens comme les Cheyennes et les Iroquois pratiquaient eux des sortes de répétitions oniriques de leurs combats, et s'entraînaient à vaincre la peur en rêve.

    J'ai mené pendant quelques mois plusieurs expériences de rêve lucide, et même des rêves érotique plus ou moins dirigés, avec l'aide d'un maître en onirisme. Je les raconte ci-dessous. C'était à l'époque du magazine Actuel. Rien d'aussi extraordinaire que dans le film INCEPTION, mais j'en garde le souvenir de quelques moments proprement fantastiques malgré tout...

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    Premier rêve lucide. Je remonte d’un pas vif le quai du Talgo, le train-couchette pour Barcelone, dans le brouhaha des départs de la gare de Lyon. La foule dense se bouscule, les mamans braillent, les valises passent par les fenêtres, quand je L’aperçois. Elle ressemble beaucoup à L., cette avocate qui m’a ensorcelé quelques jours auparavant et qui ne daigne pas répondre à mes messages. Mais ce n’est pas vraiment elle. Ce serait plutôt une image sublimée, parachevée de LA femme pour moi ces temps-ci.
    Je la veux.
    Je monte dans le sleeping à sa suite. Mais je perds un temps fou. Les marches du wagon se déboîtent bizarrement sous mes pas. Je pose le pied, un déclic se produit et la marche cède. Je recommence cinq, dix fois. Je commence alors à comprendre que je rêve. Je viens de reconnaître ces répétitions insistantes et absurdes, les blocages imbéciles de l’action qui accompagnent souvent mes états d’excitation oniriques.
    Me voici dans le couloir des wagons-lits. Je constate que je n’ai plus de valise. Je m’en moque. Ce qui me confirme que je rêve bien. Je me dis alors, comme souvent dans cette situation de chasse érotique en rêve : « Retrouve-la. Jette-toi à ses genoux. Prends la dans sa couchette ! »
    Je remonte le couloir. A mon passage les portes des sleepings s’ouvrent comme par enchantement et je jette un œil rapide. Les gens s’installent. Troisième porte : c’est ELLE. Je rentre...

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  • POURQUOI L'EUROPE VIRE À DROITE ? PARCE QUE LA GAUCHE S'EST PERDUE

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    NEWS NEWS NEWS. L’ouvrage de Raffaele Simone « Le Monstre doux. L’Occident vire-t-il à droite ? » sort enfin en France (Gallimard, Le Débat). Il a fait couler beaucoup d’encre en Europe dans les milieux de gauche dès sa sortie en Italie, début 2009. En septembre dernier, la revue Le Débat lui consacrait cinq articles importants dans son dossier « Déclin de la gauche occidentale ?». En janvier 2010 Laurent Fabius et la fondation Jean Jaurès l’invitaient pour le colloque « La gauche à l’heure de la mondialisation. ». À l’époque, le monde entier subissait les graves contrecoups de la crise financière née des excès du libéralisme, et pourtant la gauche européenne s’était effondrée aux élections européennes. Comment l’expliquer ? L’essai de Raffaelle Simone, qui est linguiste et se présente comme un philosophe s’intéressant à notre modernité, aide à comprendre. Son constat est sévère. Selon lui, la gauche n’est plus porteuse d’espoir et d’un grand projet « à la hauteur de notre temps ». Face à elle, la droite nouvelle l’emporte parce qu’elle a compris notre époque consumériste, individualiste, pressée et médiatique, et sait se montrer pragmatique et sans idéologie. Cette droite conquérante s’est associée aux chefs d’entreprises comme aux hommes des médias pour promouvoir une société de distraction et de défense des intérêts immédiats, tout en promettant la sécurité et la résistance à l’immigration. Un projet que Raffelle Simone, s’appuyant sur Alexis de Tocqueville, appelle « Le Monstre doux ».

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    (La vague bleue des partis de droite aux élections européennes de 2009,

    juste après grave la crise financière de 2008)

    On pourrait s’étonner d’une telle critique de la gauche quand un sondage Viavoice publié le 23 août dans Libération la donne victorieuse à 55% gauche aux élections présidentielles de 2012. Des chiffres jamais vus, qu’il faut cependant tempérer. Ces sondages arrivent en effet en pleine affaire « Woerth-Bettancourt » qui coûte cher à la crédibilité du gouvernement et son ministre de l’économie. Ensuite, le sondage de Libération révèle que 57% des sondés jugent que la gauche « ne ferait pas mieux que la droite ». Quant au programme de gouvernement du parti socialiste, il n’est pas bouclé après l’université d’été, tandis que le PS n’a toujours pas élaboré une position claire tant sur les retraites que sur les questions de sécurité et l’immigration. C’est pourtant là une problématique cruciale, où les Français l’attendent au tournant, et plus encore Nicolas Sarkozy, à qui la politique brutale de cet été envers les Roms n’a pas attiré que des inimitiés. Deux sondages ont montré que 65% des personnes interrogées étaient favorables à l’expulsion des Roms « sans papiers » (sondage Le Figaro) et 48% à leur reconduite en Roumanie avec ou sans papiers (Le Parisien). Il n’est pas exclus que la droite engrange ces réactions au moment d’un vote décisif, d’autant que la gauche est souvent apparue peu crédible, sinon laxiste, dans ces domaines. Enfin, n’oublions pas que Nicolas Sarkozy n’a jamais craint de s’opposer à Martine Aubry, face à laquelle, comme il l’a déclaré en mai 2010, il dit représenter « l’archaïsme » et lui « la modernité ».

    C’est à ces questions sur l’archaïsme de la gauche et la modernité de la droite que Raffelle Simone a répondu à cet entretien réalisé pour le Monde Magazine (14 sept 2010)

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  • VITE, C'EST LA RENTREE, IL FAUT ACCELERER.

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    GRAND ENTRETIEN AVEC HARTMUT ROSA, AUTEUR DE l'ESSAI

    "ACCELERATION. UNE CRITIQUE SOCIALE DU TEMPS" (LA DECOUVERTE)

    NEWS NEWS NEWS. L’homme contemporain court désespérément sur une pente qui s’éboule. Nous fonçons pour rester à la même place, dans un présent qui fuit sans cesse. Car si nous arrêtons une seconde de courir – après le travail, nos courriels, nos rendez-vous, nos obligations, notre argent, après le temps qui file – nous tombons. Dans le chômage, la pauvreté, l’oubli, la désocialisation. Voilà le portrait du moderne, selon le sociologue allemand Hartmut Rosa. Le temps désormais s’accélère et nous dévore, comme hier Cronos ses enfants. L’accélération technique, au travail, sur les écrans, dans les transports, la consommation, a mené à l’accélération effrénée de notre rythme de vie. Puis à précipité le changement social. Rien n’y résiste. Les métiers changent en quelques années, les machines en quelques mois, aucun emploi n’est assuré, les derniers logiciels sont déjà dépassés, les traditions et les savoir-faire disparaissent, les couples ne durent pas, les familles se recomposent, l’ascenseur social descend, le court-terme règne, les événements glissent, les informations défilent en bas des écrans. L’impression de ne plus avoir de temps, que tout va trop vite, que notre vie file, d’être impuissant à ralentir nous angoisse et nous stresse. Ainsi Harmut Rosa, 45 ans, professeur à l’université Friedrich Shiller de Iéna, développe sa « critique sociale du temps » de « la modernité tardive » dans sa magistrale étude, « Accélération » (La Découverte, mai 2010). Après les études inquiètes de Paul Virilio sur la vitesse, il nous interroge sur la dissolution de la démocratie, des valeurs, de la réflexion, de notre identité, emportés par la vague de l’accélération.

    Entretien de rentrée, alors que déjà, tous, congés derrière nous, on blinde, on cavale, on se magne... (publié dans Le Monde Magazine, 28 août)

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  • PLAISIR FEMININ. TOUJOURS "LE CONTINENT NOIR"...

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                                                               play windows media play quicktime beautifulagony.com

    (Toutes les images de cet article viennent du site Beautiff agony montrant des femmes atteignant l'"orgasme)

    News News News. Les tests pharmacologiques sur le “Viagra féminin” sont entrés dans leur phase III, c’est-à-dire avant la mise sur marché. Mais la “flibansérine” n’a rien d’un Viagra, la molécule devra être prise pendant plusieurs semaines pour agir. Il s’agit à l’origine d’un anti-dépresseur ayant un effet apparemment stimulant pour la libido féminine - ce qui interroge.Un tel traitement ne présentera-t-il pas les effets secondaires propres aux anti-dépresseurs, notamment les périodes dépressives après usage  ? Ce produit, s’il est autorisé par les autorités de surveillance, devrait arriver sur le marché mondial pour 2011, soit plus de vingt après l'arrivée de la petite pilule bleue.

    Quant à la récente querelle sur l'existence ou l'inexistence du "Point G" , elle a révélé combien, quarante ans après la naissance du MLF, nous savons toujours peu de choses sur l'anatomie, le plaisir et la sexualité féminines. En ces domaines, les recherches scientifiques commencent à peine. Quant aux retombées du désir, il a fallu mettre au point le Viagra pour les hommes, pour que les chercheurs s'intéressent à celles des femmes. Enquête.

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    I –Où chercheurs et médecins s'interrogent : le point G n’existe pas ou les mauvais amants sont légions ?

    Odile Buisson est en colère. «-Vous vous rendez-compte, monsieur, qu'il n'existe aucune formation à la sexologie à l'université. Elle est juste une spécialisation en fin d'études, facultative, même en gynécologie. Quant aux recherches médicales sur l'anatomie du clitoris, ou le point G, elles sont toutes récentes, et ne trouvent pas de financement. » Belle femme, rousse, la quarantaine, passionnée, véhémente, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye, elle a réalisé en mai 2009 une première française : une sonographie complète en 3D d'un clitoris. Nous sommes au congrès annuel de gynécologie à l’espace Cardin, où elle présente ses extraordinaires images. Ce jour-là, tous, médecins, psychologues, journalistes des féminins, débattent passionnément. Car selon une étude du King’s College de Londres, publiée en début d'année le fameux «point G», un des hauts lieux de la jouissance des femmes d’après le docteur Ernest Gräfenberg qui l’a identifié en 1950, n’existerait pas. 900 paires de jumelles de 22 à 83 ans ont donné des réponses très différentes pour le localiser, et la moitié déclaré ne pas le connaître. Si celui-ci avait une réalité anatomique, elles auraient répondu avec netteté, en le situant au même endroit. Les chercheurs anglais ont conclu : le «point G» est une invention de la sexologie.

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