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ENTRETIENS À VIF - Page 5

  • ELECTION AMERICAINES. AL GORE : " GEORGE W BUSH NOUS A APPORTE UNE CALAMITE APRES L'AUTRE "

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    NEWS NEWS NEWS À deux semaines des élections américaines tous les sondages donnent le démocrate Barack Obama gagnant, même si beaucoup d'analystes s'interrogent sur les non-dits d'un "vote raciste" qui pourrait ressurgir dans le secret de l'isoloir. Pendant cette campagne, si Barack Obama est resté prudent dans ces jugements publics sur le bilan du gouvernement Bush, ce n'est pas le cas de l'ancien candidat à la présidence, Al Gore, co-prix Nobel de la Paix 2007. Dans son essai "La raison assiégée" (Seuil), tout juste sorti en France, il soutient que le gouvernement Bush a développé aux Etats-Unis des pratiques politiques qui mettaient en danger la démocratie américaine, doublé d'une politique internationale catastrophique qui a ruiné l'image de l'Occident et des Etats-Unis autour du monde - notamment en perpétrant l'invasion de l'Irak (décidée sur un mensonge), en encourageant l'usage de la torture et des camps de détention illégaux comme celui de Guantanamo.

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    Nous sommes à la convention démocrate de Denver, le 29 août dernier. Al Gore a pris la parole devant des milliers de sympathisants. Il explique, lui l’icône verte de l’Amérique, comment John McCain, le candidat républicain, va continuer la politique de George W. Bush  - qui selon lui a apporté au monde « une calamité après l’autre ». Il s’écrie « Oui, je crois au recyclage. Mais là, c’est franchement ridicule !» La salle explose de rire. Ici beaucoup pense qu’Al Gore s’est fait voler sa victoire aux dernières élections suite à des manœuvres électorales douteuses du parti républicain.

    Depuis son prix Nobel de la Paix, Al Gore est devenu une grande figure morale aux Etats-Unis. Des militants du parti démocrate ont même milité pour que Barak Obama le prenne comme vice-président. Mais l’Amérique n’aime pas les perdants. Alors Al Gore continue sa croisade pour l’écologie. Le 23 septembre, il a rallié la « Clinton Global Initiative » à New York avec plusieurs autres célébrités engagées - la reine Rania de Jordanie, la présidente du Liberia, ou le chanteur Bono. Les fonds récoltés doivent servir à soutenir des « solutions innovantes » dans les domaines de l’écologie, l’éducation et l’éradication de la faim. Al Gore a solennellement déclaré : « Depuis notre rencontre l’an dernier, le monde a encore perdu du terrain face au changement climatique. » Puis il s’en est pris avec force au front des entreprises qui minimisent le réchauffement planétaire par seul intérêt. « Une compagnie qui dépense beaucoup d’argent pour convaincre le public que les risques pesant sur climat mondial sont négligeables développent une forme de fraude. J’espère que les procureurs généraux agiront pour l’éviter». Ensuite, il a appelé au développement des centrales électriques au charbon équipées d’un système de confinement du dioxyde de carbone, rappelant que ces centrales – 28 doivent être construites aux Etats Unis ces prochaines années, des centaines en Inde et en Chine - contribuent beaucoup au changement climatique. Pour Al Gore le juste, l’Amérique doit désormais montrer la voie.

    Al_Gore_rgb_Ausschnitt_-_image_net.jpgL’autre actualité d’Al Gore pendant cette campagne électorale américaine, c’est la sortie mondiale de son essai « The assault on reason » (« La raison assiégée », Seuil), et sa publication en édition brochée aux Etats-Unis (Bloomsbury). Il faut lire ce livre pour comprendre l’ampleur du malaise politique suscité par le gouvernement républicain de George Bush aux Etats-Unis. En huit chapitres présentés comme programmatiques - La politique de la peur. Aveugler les fidèles. La commodité du mensonge. L’atteinte à l’individu. Insécurité nationale. La crise du carbone. La démocratie en danger - Al Gore lui reproche d’avoir bafoué les principes mêmes des « pères fondateurs » de la démocratie américaine : citant abondamment Thomas Jefferson, Abraham, Abraham Lincoln, Thomas Paine. Pour Al Gore, les républicains ont abandonné le terrain rationnel et le débat d’idées pour promouvoir une politique de l’affect, du lyrisme nationaliste et de l’invocation religieuse. Il montre aussi le rôle décérébrant de la télévision dans ce processus – quitte à être parfois caricatural -, inquiet que les campagnes électorales se réduisent désormais à des spots de trente secondes dignes des televolas. Avec ce livre étayé et féroce, Al Gore le prix Nobel « vert » revient comme un homme politique national décidé à réformer la démocratie américaine. Ci dessous, des extraits du livre publiés dans Le Monde 2 le 18 octobre 2008.

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  • 600 MILLIONS D'EUROS PERDUS EN "DERIVéS ACTIONS" PAR DES TRADERS DE "L'ECUREUIL". L'ECONOMISTE DANIEL COHEN EXPLIQUE LES DERIVES DU CAPITALISME FINANCIER DEPUIS LES ANNEES 1980

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    (publicité pour la Caisse d'Epargne, la banque "écureuil" qui protège les économies populaires)

    News News News. La découverte avant-hier d’une perte de… 600 millions d’euros à la Caisse d’Epargne sur le marché des « dérivés actions », suite aux opérations à haut risque faites la semaine dernière par trois traders, a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Donc, à la tête de la plus grande banque d’épargne populaire, le fameux Ecureuil qui fait fructifier les livrets A des Français - partout présentés comme le seul placement sûr aujourd’hui -, des traders, des contrôleurs de gestion et des dirigeants continuent de tenter des coups douteux avec l’argent des épargnants. Cela, alors que plusieurs grandes banques européennes ont frôlé la faillite ou ont du être nationalisées en urgence au début du mois, tandis qu’en France un plan de... 360 milliards d’euros pour sauver le secteur bancaire vient d’être annoncé par le gouvernement – lui qui nous disait que les caisses étaient vides suite au « paquet fiscal », que le smig ne devait pas être revalorisé, etc. Suite à cette  immature opération de la Caisse d’Epargne, Nicolas Sarkozy a déclaré : « Ce n’est pas acceptable » - il est vrai  qu’il assurait sollenellement en début de semaine que « les économies des Français » allaient être « protégées ». La ministre de l’économie, Christine Lagarde, s’est dite de son côté « frustrée et découragée » par la nouvelle, alors que des milliers de petits épargnants se rendaient chez l’Ecureuil pour savoir ce qu’il advenait de leurs noisettes. Cette affaire révèle jusqu’où l’idéologie affairiste d’un capitalisme financier dérégulé où des traders de génie créeraient de la valeur en jonglant avec des actions dérivées, tandis que le marché se corrigerait de lui-même, reste dominante dans les milieux bancaires. En pleine débâcle, à la première occasion, emportés par ce qu’on a appelé « la pensée unique » - au fond, la cupidité ? - les hommes en place reprennent leurs vieilles habitudes. Il faudra une véritable refonte des mentalités et de la philosophie économique - du fondamentalisme du marché et de l’idéologie néolibérale apparus pendant les années 1980 – pour que le cycle chronique de la spéculation ne recommence pas.

    Pour éclairer cette actualité inquiétante, voici un grand entretien sur l’histoire économique des 25 dernières années avec l’économiste Daniel Cohen, auteur de « Trois leçons sur la société post-industrielle » (La République des idées, Seuil, 2006), professeur d’économie à l’Ecole Normale supérieure – une figure de ce qu’on a appelé « l’école française » (paru dans Le Monde 2, 18 octobre)

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  • FRANCOISE BARRE-SINOUSSI DE L'INSTITUT PASTEUR REÇOIT LE PRIX NOBEL DE MEDECINE. "UN PAYS QUI PERD SA RECHERCHE EST UN PAYS EN VOIE DE SOUS-DEVELOPPEMENT."

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    ( Luc Montagnier, Jean Claude Chermann - oublié par l'académie Nobel - et Françoise Barré-Sinoussi en 1983, Institut Pasteur, Paris)
    NEWS NEWS NEWS. Le 20 mai 1983, paraissait dans l'hebdomadaire américain Science un article signé par plusieurs chercheurs français ( Barré-Sinoussi F, Chermann JC, Rey F, Nugeyre MT, Chamaret S, Gruest J, Dauguet C, Axler-Blin C, Vézinet-Brun F, Rouzioux C, Rozenbaum W, Montagnier L. : « Isolation of a T-lymphotropic retrovirus from a patient at risk for acquired immune deficiency syndrome (AIDS). », Science, no 220, 20 Mai 1983, 4599, p. 868-71) identifiant pour la première fois le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), responsable du sida. Vingt cinq ans après, le lundi 6 octobre 2008, le prix Nobel de médecine vient récompenser Françoise Barré-Sinoussi et le professeur Luc Montagnier, qui dirigeait l'équipe de l'Institut Pasteur - oubliant le troisième membre clef de l'équipe Jean-claude Chermann. Défiant les laboratoires américains et leurs budgets colossaux, Françoise Barré-Sinoussi et son équipe ont réussi cette prouesse en dehors de sentiers battus de la recherche, isolés, mal considérés par les politiques, avec les moyens du bord, attachés à suivre la démarche qui leur semblait la plus juste. Pour Le Monde 2, j'avais rencontré Me Françoise Barré-Sinoussi en mars 2004, à l'époque où le mouvement "Sauvons la Recherche" battait son plein, dénonçant la détérioration de la situation des chercheurs en France - ce même mouvement qui s'est opposé  au plan de restructuration de la ministre Valérie Pécresse en février 2008. A l'époque, Françoise Barré-Sinoussi déclarait : "Avec la politique actuelle, nos recherches n'auraient même pas été financées".
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    INSTITUT PASTEUR, METRO RAGE...
    ...A l'entrée de l'Institut Pasteur, en ce 1er mars 2004, trois jeunes chercheurs distribuent un tract encadré de noir, un faire-part. Ils appellent le personnel et les passants à se retrouver le surlendemain à la station de métro Pasteur, qu'ils entendent rebaptiser «Rage». Ils prévoient aussi, par une action symbolique, "d'enterrer la recherche" en grande cérémonie. Une chercheuse en biologie, parka vert, énervée, 35 ans, interpelle les passants: «N'apportez ni fleurs ni couronnes. Venez avec un brassard noir. Pasteur en personne sera présent.» Métro "Rage". Aujourd'hui le mot court parmi les chercheurs français. Ils l'ont, la rage.

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  • AMELIE NOTHOMB. L'ENFANCE À EN MOURIR

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    NEWS NEWS NEWS. Depuis 1992, Amélie Nothomb publie un livre à chaque rentrée littéraire. Une frénésie d'écrire qui à la fois interroge - pourquoi publier les médiocres, assez nombreux ? - et force le respect. Après "Ni d'Eve ni d'Adam" en 2007, un récit autobiographique férocement drôle sur un petit ami rencontré à Tokyo à 22 ans, la romancière belge revient au roman avec "Le Fait du prince" (Albin Michel), une comédie rapide et amusante sur l'usurpation d'identité. Un bon cru. Amélie Nothomb se dit incapable de s'arrêter d'écrire ne serait-ce qu'un jour, elle serait en somme boulimique d'écriture. L'ayant interviewé à l'époque de "Biographie de la faim" (août 2004), son treiziéme roman, où elle raconte sa décision irrévocable d'arrêter de manger à 13 ans pour rester en enfance - une anorexie qui durera deux ans et manquera la tuer - elle avait alors beaucoup parlé de la faim, la surfaim et la boulimie. Voici le portrait-entretien fait d'elle à l'époque, publié dans LE MONDE 2 en octobre 2004.
    BIBLIOGRAPHIE AMÉLIE NOTHOMB

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    "-Grossier personnage ! Sortez immédiatement !
    -Mais… l'interview commence à peine.
    -Elle n'a que trop duré, malappris ! Disparaissez ! Et dites à vos confrères qu'on doit le respect à Pretextat Tach !
    "
    Quand on rencontre Amélie Nothomb, impossible de ne pas penser à cette scène de son premier roman "Hygiène de l'assassin". L'intrigue, cinq journalistes viennent interviewer Pretextat Tach, un écrivain célèbre sur le point de mourir. Les quatre premiers se font ridiculiser, puis congédier sans ménagement. L'un d'entre eux lui pose une question qu'on aimerait faire à Amélie Nothomb : "Comment expliquez-vous votre succès extraordinaire ? Y avez-vous réfléchi ?" - et l'écrivain le rembarre : "Je ne me l'explique pas (...) Les usines d'armement vendent chaque jour des milliers de missiles à travers le monde, et ça ne les fait pas réfléchir non plus."
    Une interview de Nothomb devient un terrain miné après "Hygiène de l'assassin".
    Irrévérencieux et enlevé, après avoir été refusé par Philippe Sollers chez Gallimard, ce court roman dialogué a connu un succès immédiat. 50.000 exemplaires vendus en France à la rentrée 1992. Prix René Fallet, prix Alain Fournier accordé à une écrivaine de 25 ans.

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  • FRANCOIS JULLIEN, SINOLOGUE. ENTRETIEN SUR LES FONDEMENTS PHILOSOPHIQUES DE L'EFFICACITE CHINOISE

    NEWS NEWS NEWS. L'étude fera date. Elle annonce un bouleversement géopolitique mondial que beaucoup pressentaient. Albert Keidel, ancien économiste de la Banque Mondiale et du Département américain au Trésor, aujourd'hui membre du fameux Carnegie Endowment for International Peace de Washington, prédit dans une étude détaillée que la Chine sera la première puissance mondiale en 2035.
    En effet, si la Chine conserve un taux de croissance économique à deux chiffres pendant les trois prochaines décennies, elle dépassera effectivement les Etats-Unis comme puissance économique d’ici moins de trente ans. Or, d'après Albert Keidel, un tel taux de croissance se maintiendra, s'appuyant essentiellement sur les exportations chinoises aujourd'hui en pleine expansion. L'économiste ne voit pas pourquoi elles s'arréteraient, vu le faible coût de la main d'oeuvre dans un pays encore largement paysan, et l'apparition de grandes marques chinoises - textile, technologies, jouets, mobilier, construction, etc - qui vont bientôt rivaliser avec les occidentales. (le rapport)

    En regard de cette étude, voici un entretien avec le philosophe et sinologue François Jullien. Son dernier ouvrage "Conférence sur l'efficacité", qui fait suite à un épais "Traité de l’efficacité", tente d’analyser dans le détail la pensée stratégique et économique chinoise, montrant que ses succès actuels et le développement exponentiel et international de sa puissance se comprennent mieux au regard de l'histoire de la civilisation chinoise et de ses traditions d'efficacité. De nombreux hommes d’affaires et entrepreneurs viennent aux conférences de François Jullien, très curieux de l’entendre.

     

    FRANCOIS JULLIEN. UNE PASSION CHINOISE

    " Après mes études de philosophie, je suis parti pour la Chine, passionné à l’idée de découvrir une autre pensée. J’ai appris le chinois et lu le célèbre Yi King, "le livre des changements", dans le texte". Quand on rencontre François Jullien, alors qu’un ouvrage collectif salue son travail consacré à la pensée chinoise (Chine, Europe. Percussions dans la pensée. Puf. Essais), on pense devant tant d’enthousiasme à une sorte d'Anquetil Dupperon d'aujourd'hui, ce jeune étudiant parti à 23 ans, en 1754, pour les Indes Orientales, décidé à trouver les livres sacrés de Zoroastre - il les ramena à Paris, les traduisit, et fonda l’école orientaliste française.

    Depuis dix ans, François Jullien nous initie à la philosophie chinoise, avec le savoir d’un sinologue féru de philosophie grecque. Convaincu que la pensée chinoise n’a rien d’exotique, qu’elle interpelle nos grandes conceptions de l’action, du temps, de la sagesse, du bonheur - nos grands " universaux " -, il revisite la pensée européenne à la lumière des grands penseurs chinois : depuis Laozi, le contemporain de Bouddha, jusqu’à Lu Xun, l’intellectuel révolutionnaire des années 1920. Cela donne une série d’essais à la fois savants et déroutants.

    Dans " Eloge de la fadeur ", François Jullien montre comment le " fade ", dévalorisé en Europe, intéresse les Chinois. Une personne " fade " sera appréciée pour son détachement, sa réserve, et en même temps sa disponibilité. Dans " Nourrir sa vie ", il révèle comment en Europe on nourrit son corps, ou son esprit, mais pas " sa vie " - son corps et son esprit en même temps. C’est la tradition chinoise de nourrir en même temps "son souffle et son énergie ", le corps tout entier, qui a irrigué la pratique de la méditation et la pensée zen. Au cours de ces études - dont on peut regretter parfois l'absence de récit vécu d'expérience personnelle de détachement, de "non-pensée" -, François Jullien nous apprend à interroger, à "déconstruire " ou repenser des pans entiers de notre conception boulimique du bonheur, de l’apparence, ou même du plaisir et la beauté. Il s’interroge par exemple, dans le " Nu impossible ", sur l’absence radicale de nu dans l’art chinois.

    François Jullien nous apprend encore à repenser la retraite de Mao Zedong pendant la Longue Marche à la lumière de l’"Art de la guerre " du premier stratège chinois, Senzi - lui qui réfléchissait en termes de " stratagèmes", notamment à l'intelligence de la victoire obtenue en évitant le combat : par la diplomatie, l'esquive ou la ruse. Ou bien, il digresse sur le pragmatisme de Deng Xiaoping, le successeur de Mao le dictateur, qui a su transformer le parti communiste chinois en une nouvelle version de la vieille "bureaucratie céleste" - omniprésente et morale - de Confucius. Autant d'analyses que les critiques du régime chinois ne manquent de trouver complaisantes. Ce à quoi François Jullien répond qu'il fait avant tout le "travail de comprendre" les grands personnages de la Chine moderne à l'intérieur de la civilisation chinoise, pas de l'extérieur, avec des clefs occidentales.

    BIBLIOGRAPHIE FRANCOIS JULLIEN

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  • MICHEL LE BRIS. ETONNANT BAROUDEUR

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    News News News. Le vingtième festival des Etonnants Voyageurs s’achève à Saint Malo. Outre soixante mille visiteurs, cent cinquante écrivains s’y sont croisés ( parmi lesquels Alaa El Aswany, Alain Mabanckou, Fabrizio Gatti, Boualem Sansal, Colum Mc Cann, Sherman Alexie, Dany Laferrière, Xinran, Maryse Condé …), deux cents films et documentaires ont été projetés (surtout des documentaires), quatre-vingts débats sur les thèmes de la migration et des migrants ont drainé les foules, sans oublier les grandes rencontres sur les « saveurs de monde » et les longues soirées festives, passablement ivres, dans les bars de nuit.
    Un festival voulu et imaginé quelques vingt années plus tôt par Michel Le Bris. Dont voici un portrait réalisé pour le Monde 2 en mai 2006. Aujourd'hui Michel Le Bris préparé déjà le XXe festival des Etonnants voyageurs, et publie fin juin un énorme roman chez Grasset - sujet, le Harlem des années 1920 et le Kenya de la même époque...
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    Michel Le Bris ou le pionnier perpétuel.
    Peu de gens connaissent l'itinéraire intellectuel de ce barbu toujours pressé (sauf lorsqu'il se tape la cloche), passionné de littérature mondiale et spécialiste de l'histoire de la piraterie, féroce dans ses jugements sur «les pissous maigrelets des anorexiques claustrophobes de la littérature française», qui a réussi à monter et faire prospérer l'un des plus enrichissants festivals littéraires d'Europe, les Etonnants Voyageurs - et ses équivalent épisodiques à Sarajevo, Dublin, Missoula (Etats-Unis, pour deux printemps) et depuis peu, Bamako et Port-au-Prince (Haïti). Peu de gens savent par exemple que l'homme a fait huit mois de prison en 1971 parce qu'il avait pris la direction du journal d'extrême gauche interdit La Cause du peuple, juste avant Jean-Paul Sartre - qui, lui, ne fut jamais emprisonné bien qu’il ait vendu le journal sur un tonneau, devant les usines Renault de Billancourt.
    Ici, un rapide retour en arrière s'impose.

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  • MUHAMMAD YUNUS, PRIX NOBEL DE LA PAIX 2006 : "POURQUOI LA CRISE DES SUBPRIMES ? LES BANQUES ONT TROMPE LES GENS..."

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    NEWS NEWS NEWS. Muhammad YUNUS, le fondateur de la Grameen Bank, la banque internationale consacrée au micro-crédit - qui a sorti de la pauvreté chronique plusieurs dizaines de millions de gens - était de passage à Paris pour présenter son essai consacré au "capitalisme social" (Vers un nouveau capitalisme. Lattès, 2008). Une occasion de s'entretenir avec cet économiste et banquier atypique, alors que le système mondial du crédit connaît une faillite historique, que plusieurs grandes banques américaines et anglaises se sont effondrées, la peur de la récession gagne l’Amérique, et des dizaines de milliers d’Américains se retrouvent poussés à la rue par les organismes prêteurs.
    Que pense Muhammad Yunus de cette crise financière qui affecte durablement l'économie mondiale, et risque d'agraver encore l'appauvrissement général - les "émeutes de la faim" ont touché trente pays pauvres ces trois dernières semaines ? Comment analyse-t-il cet effondrement du système bancaire depuis la Grameen Bank, la banque des pauvres à laquelle aucun financier, aucune banque ne voulait croire - ni aider -, la Grameen Bank où les taux de remboursement dépassent les 95% depuis plus de 15 ans ?
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    Elle s’appelait Sufiya Begum. Elle vivait dans une maison de terre, à la campagne, au Bangladesh. Elle fabriquait de jolis tabourets de bambou. Son mari, journalier, gagnait l’équivalent de quelques centimes d’euros par jour. N’ayant pas d’argent, Sufiya Begum vendait tous ses tabourets à un commerçant, qui lui échangeait contre un peu de bambou - c’était son prix. Un jour Muhammad Yunus vient la trouver, étonné qu’elle gagne si peu...
    À cette époque, début 1980, après des études économiques aux Etats-Unis, le professeur Yunus doute. En 1974 et 1975, le Bangladesh a été ravagé par une terrible famine, et, raconte-t-il, il trouve alors «de plus en plus difficile d’enseigner d’élégantes théories économiques sur le fonctionnement supposé parfait des marchés libres, tandis que la mort ravageait mon pays ». Il passe à l’action, décidé endiguer la pauvreté dans la région de Jobra. Il ne comprend pas pourquoi elle est endémique. En discutant avec Sufiya Begum, il a une révélation. « Cette femme était étranglée par son prêteur. Il la condamnait à une sorte d’esclavage. Elle lui donnait toute sa collection de tabourets pour 25 cents, juste parce qu’elle ne pouvait acheter le bambou. Il lui manquait un crédit. J’ai mené une enquête. Quarante-deux villageois dépendaient des prêteurs. Tous auraient pu vivre de leur activité, avec un petit investissement. Il leur fallait, en tout, 27 dollars. Je les avais en poche… » L’idée de la Grameen Bank et du micro-crédit est née de ces rencontres.
    Aujourd’hui, après 25 ans d’existence, la Grameen Bank et les organismes de micro-crédit ony aidé à sortir de la pauvreté 150 millions de personnes à travers le monde. Le professeur Yunus a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2006. Depuis plusieurs années, il développe une nouvelle initiative à destination des exclus du monde économique : « l’entreprise sociale ». Il s’agit de lancer des business qui s’équilibrent, font vivre leurs employés, mais dont l’objectif est d’apporter un « bénéfice social ». Ainsi, il a créé au Bangladesh avec Franck Riboud, le p.d.g de Danone, la société Grameen Danone Foods. Elle vend aux habitants de Bogra des yaourts frais à bas prix, présentés dans des coques comestibles - et vitaminées. Elle permet de lutter contre la malnutrition et les carences alimentaires, et d’offrir des emplois locaux. Si l’initiative fonctionne, elle sera développée dans tout le pays. « Ce genre de petite entreprise sociale pourrait se généraliser, explique le professeur Yunus. Elle ouvre un nouveau type de marché, attentif à la pauvreté et aux besoins réels, qui va peut-être changer nos fondamentaux économiques."

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  • JANE GOODALL. "CHACUNE DE NOS BOUCHéES CHANGE LA FACE DU MONDE"

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    NEWS NEW NEWS JANE GOODALL publie chez Actes Sud un nouvel ouvrage "Nous sommes ce que nous mangeons". Née à Londres, en 1934, JANE GOODALL a bouleversé l'étude du comportement animal, en commençant par les chimpanzés dont elle a montré leur capacité à fabriquer et utiliser des outils. Son dernier livre est un cri d'effroi face à notre comportement alimentaire. Elle y révèle, suite à une enquête de plusieurs années, les grandes menaces qui pèsent sur les ressources naturelles à la base de l'alimentation de l'homme et des animaux : déforestation, surexploitation des sols, élevage intensif, pollution des océans tandis que la disparition des espèces s'accélère. Si le constat s'avère, hélas, connu, le mérite du livre du Dr Jane Goodall est de proposer des réponses immédiates. Une nouvelle politique agricole, une meilleure éducation alimentaire des enfants, un approvisionnement de proximité, la préservation des ressources en eau et en énergie, jusqu'au végétarisme
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    « WOU ! HOU ! HOU ! HOU ! WOU WOU ! ». Jane Goodall crie à la tribune. Frêle silhouette, cheveux blancs, visage illuminé.
    Les trois cents lycéens croulent de rire. «Elle vous a adressé un bonjour en chimpanzé» leur explique le traducteur. Les gamins, des tous jeunes, du CM2 à la troisième, repartent à pouffer. Ils viennent d’écouter sagement le discours de Monsieur le Ministre de l’éducation, Xavier Darcos, qui s’est excusé d’être si long. La tension se relâche. Bien vite un collégien demande la parole, Jane Goodall connaît-elle d’autres expressions en langage singe ? Elle se lève aussitôt, et lance. « Je vais vous raconter comment j’ai accueilli votre président au Gabon cet été. » Elle demande au traducteur de jouer le rôle de Nicolas Sarkozy. « Vous savez, explique-t-elle, marchant vers lui en se déhanchant, chez les chimpanzés, hélas, les femelles, hélas, doivent d’abord faire des signes de soumission pour aborder un mâle dominant… ». Elle avance baissant la tête, criaillant « HEU ! HEU ! HEU ! ». Puis elle se jette au cou du traducteur en poussant de joyeux gémissements.
    « Cela veut dire « Bonjour Monsieur Sarkozy » ! »
    Rigolade générale.

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  • ISABELLE YASMINE ADJANI. RENCONTRE

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    NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS Après un retour remarqué sur les planches en 2007 dans "Marie Stuart" au Théâtre Marigny de Paris, Isabelle Adjani renoue avec le cinéma en cette année 2008. Elle doit jouer dans un film de Yamina Benquiqui, Le "Paradis C’est Complet", où elle incarnera une ministre issue de l’immigration souffrant à s’imposer du fait de ses origines maghrébines. Elle doit ensuite rejoindre la réalisatrice Isabelle Mergault, auteur du succès inattendu de 2006 "Je vous trouve très beau". Enfin, Isabelle Adjani devrait tourner avec le cinéaste Abdellatif Kechicke, l'auteur du remarqué et remarquable "La graine et le mulet"
    En regard de ce retour en force d'Isabelle Adjani, cet entretien sur la part méconnue, méditerranéenne, algérienne de sa personnalité - qui ne serait pas absente de son talent tourmenté - réalisé en novembre 1988 pour le magazine Actuel, au moment de la sortie de "Camille Claudel" de Bruno Nuytten, son dernier grand rôle au cinéma.


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    ...Ce vingt novembre 1988, Isabelle Adjani était très énervée. Elle venait de voir à la télévision un grand acteur, connu et de gauche. Il laissait entendre que l’intérêt subit qu'elle manifestait pour les Droits de l'Homme et l'Algérie coïncidait trop bien avec la sortie de son film, Camille Claudel. Cet homme, dont nous tairons le nom, parlait certainement par ignorance.On la voyait blessée, vraiment blessée, Adjani. " Qu’est-ce que j’y peux ? Je n’allais pas repousser les émeutes d’Algérie pour qu’elles tombent à un meilleur moment ! " C’est vrai, Isabelle Yasmine, mais les langues sont souvent perfides quand elles se mettent à vibrer pour une star.

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  • TASLIMA NASREEN. NI DIEU, NI MAÎTRE

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    NEWS NEWS NEWS. Taslima Nasreen, écrivaine bengladeshi, a reçu le 9 janvier le premier prix Simone-de-Beauvoir pour la liberté des femmes. À cette occasion, elle a présenté un texte où elle décrit la situation d'isolement et de mépris où elle est maintenue aujourd'hui en Inde, où elle s'est refugiée (Le Monde du 11 janvier). À la fin novembre 2005, déjà en exil, condamnée à mort dans son pays par une fatwa, Taslima Nasreen recevait à Paris le Prix Madenjeet Sing consacré à une personnalité luttant pour la tolérance (attribué aussi à l'opposante birmane Aung San Suu Kyi).
    Voici un entretien avec Taslima Nasreen, médecin et écrivaine se revendiquant "athée", matérialiste, refusant tout compromis avec ceux qui l'ont attaquée, défendant envers et contre tous les plaisirs et la liberté des femmes, comme la liberté de critiquer toute religion et tout prophète (publié dans Le Monde 2, mars 2005)

    BIBLIOGRAPHIE TASLIMA NASREEN
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    "ATHÉE, ATHÉE, ATHÉE !"

    -Le dernier volet de votre biographie, "Dwikhandita", "Coupée en deux", a été interdit en Inde, après le Bangladesh. Quelles sont les raisons invoquées par le gouvernement indien ?

    -Ils disent que les pages 39 et 40 heurteraient la sensibilité religieuse des minorités musulmanes. Qu'il y aurait des émeutes chez les musulmans indiens, et que cela dérangerait l'ordre public. Je ne peux pas croire que les Musulmans se sentent assez faibles, ou alors ne soient pas assez puissants, cultivés et civilisés pour que deux pages d'un livre écrit par une femme les menacent !

    -Qu'écrivez-vous dans ces deux pages ?

    -Je reprends quelques idées que j'avais déjà avancées lorsque le gouvernement bengladeshi a fait de l’islam la religion d’Etat. J'affirme qu'il n'a aucun besoin d’une religion d’Etat dans notre pays, et nulle part, car la religion est une affaire personnelle. Ensuite, je rappelais quelques histoires assez drôles, et très connues, concernant le prophète Muhammed. Cet homme était viril, il a épousé de nombreuses vierges, et il avait l’habitude d'avoir une femme différente chaque nuit. Or un jour que sa cinquième épouse, Hassa, était chez ses parents, Muhammed entraîna une servante dans sa chambre. Mais Hassa rentra chez elle, et constata l'inconduite de Muhammed. Elle rameuta alors les autres femmes pour leur dire que Muhammed avait mal agi. Mécontent, le prophète lui dit que si elle continuait à se comporter ainsi, il allait la répudier et prendre une épouse plus dévouée. Puis il ajouta qu’il n'allait pas voir la servante pour lui-même, mais parce que Allah lui demandait d’agir ainsi. Autrement dit, à chaque fois que Muhammed a des problèmes, Allah le commande. Voilà comment se comporte le messager de dieu ! J’ai juste rappelé cette histoire, je ne l’ai pas inventée, vous pouvez la retrouver dans tout livre sur le prophète. C'est trop facile d'agir mal en se réclamant de dieu ! Le gouvernement indien a interdit le livre à cause de cette histoire, craignant que les fondamentalistes musulmans attaquent les librairies, comme ils l'ont déjà fait quand j'ai publié "La Honte".

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