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ENTRETIENS À VIF - Page 4

  • POST-HUMAIN. "VIELLE LUNE" OU QUESTION D'AVENIR ? AXEL KAHN LE BIOLOGISTE VERSUS JEAN-MICHEL BESNIER LE PHILOSOPHE

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    NEWS NEWS NEWS Le philosophe Jean-Michel Besnier, membre du comité d’éthique de l’INRA, vient de publier « Demain les post-humains » (Hachette-Littératures), où il prend acte de l’apparition chez les scientifiques, suite à la littérature et la science-fiction, très friandes du thèmes depuis toujours, d’un intérêt pour la post-humanité - une humanité qui échapperait aux lois de l'évolution. N'a-telle pas commencé en pratiquant la fécondation in vitro, la procréation assistée, la contraception ? Un corps nouveau protégé et assisté par les machines, un post humain transformé par les biotechnologies n'est-il pas en gestation. En attendant le cyborg, résistant demain à la dureté de la vie sur une Terre irrémédiablement polluée, - ou encore un "transhumain", une nouvelle créature qui ne serait presque plus humaine, dont seul l'esprit survivrait.

    Après avoir rencontré Jean-Michel Besnier, votre serviteur a été interviewer un des farouches opposants au clonage humain, longtemps membre du Comité Consultatif d'Ethique sur les questions des biotechnologies, le biologiste Axel Kahn. Voici les deux entretiens, publiés à la suite - comme ils le sont dans le supplément du Monde "L'évolution, quelle histoire !" (7,50 €, 100 pages, magnifique) sorti cette semaine en kiosque. Bonne polémique.

    I- ENTRETIEN avec AXEL KAHN

    "PRETENDRE CONTROLER LES PROCESSUS EVOLUTIFS, C'EST PRENDRE LE RISQUE D'IMPOSER DES PREJUDICES AUX GENERATIONS FUTURES"
    Généticien, longtemps spécialiste de thérapies géniques, aujourd’hui président de l’université Paris Descartes, Axel Kahn intervient régulièrement dans le débat public sur les questions touchant à la génétique. Il s’est par exemple opposé à l’amendement Mariani promulguant l’utilisation de tests génétiques dans le cadre du regroupement familial. C’est aussi un opposant déclaré au clonage reproductif humain.

    -Depuis la naissance « in vitro » d’Amandine le 29 février 1984, 3 millions de « bébés-éprouvettes » sont nés dans le monde. L’espèce humaine entre-elle dans une ère post-humaine, où elle échapperait à l’évolution ?

    Axel Kahn : La grande loterie de l’hérédité, le grand brassage des gènes continue chez un « bébé-éprouvette ». Ce serait une illusion de croire que l’humain, du fait de toutes les techniques qu’il maîtrise, en particulier les biotechnologies, soit sorti du processus évolutif. Il existe un phénomène bien visible de la continuité de l’évolution chez l’homme, c’est l’épidémie actuelle d’obésité. Pendant plusieurs siècles, jusqu’à la seconde moitié du XXème, les années de « vaches maigre » ont été beaucoup plus fréquentes que celles de « vache grasse », si bien que les gènes permettant à l’organisme de s’acclimater au déficit alimentaire ont été sélectionnés. Mais tous ces bons gènes qui permettaient d’emmagasiner des graisses pour pouvoir résister à la disette se sont révélés être des gènes de l’obésité du jour où l’on est passé, aux Etats Unis comme en Europe et, surtout et de façon brutale, chez les inuits, indiens et peuples du Pacifique, au régime d’abondance.

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  • CREATIONISME VERSUS DARWIN. "L'EVOLUTION N'EST PAS LE RECIT D'UNE GENESE PARMI D'AUTRES, MAIS UN SOCLE SCIENTIFIQUE". ENTRETIEN AVEC LE PHILODOPHE DES SCIENCES, DOMINIQUE LECOURT

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    NEWS NEWS NEWS Pour le 150e anniversaire de la publication de "L'origine des espèces", Charles Darwin, longtemps décrié, encore attaqué, considéré par certains comme le père de l'eugénisme ou d'une sociobiologie inquiétante justifiant la loi du plus fort, par d'autres comme le premier penseur du progrès et de l'athéisme, est revenu au coeur des grands débats philosophiques et scientifiques actuels. Difficile de faire la part des interprétations biaisées de l'oeuvre darwinienne de son véritable socle théorique, de recenser tous les domaines - de la paléontologie à la biologie en passant par l'éthologie ou la psychologie - où la théorie de l'évolution, combinant "la descendance avec modification" avec "la persistance des plus aptes", nourrit les travaux les plus en pointe. Pour démêler cette constellation d'idées et ces polémiques savantes ou religieuses, que votre serviter a rencontré l'épistémologue Dominique Lecourt, professeur de philosophie à l’Université Paris Diderot (Paris 7) où il dirige le Centre Georges Canguilhem. Epistémologue, auteur d’une trentaine d’ouvrages dont "L’Amérique entre la Bible et Darwin" (PUF, 3ème éd., 2007), il a dirigé l’édition française de "Charles Darwin. Origines. Lettres choisies 1822-1859 -Bayard, 2009", préfacée par Stephen Jay Gould. Cet entretien vient d'être publié dans le numéro spécial du Monde consacré à Darwin, magnifiquement illustré.


    ENTRETIEN AVEC DOMINIQUE LECOURT, PHILOSOPHE DES SCIENCES

    Cent cinquante ans après « L’origine des espèces » de Charles Darwin, le darwinisme est partout salué comme la théorie majeure de l’évolution, et son auteur partout consacré. Comment l’expliquer ?
    Dominique Lecourt : Le grand public a redécouvert Darwin suite aux débats américains autour du « créationnisme scientifique », présenté depuis plus d’un demi-siècle par certains courants fondamentalistes chrétiens comme théorie rivale de celle de l’évolution ; une alternative qu’il faudrait présenter dans les écoles en laissant aux élèves et à leurs parents la liberté de choix. En Europe et au Moyen-Orient, des mouvements musulmans proclament aujourd’hui que le darwinisme est incompatible avec le Coran. La diffusion massive du premier volume de l’imposant Atlas de la Création, en décembre 2006, de Harun Yahya richement imprimé en Turquie en témoigne. Cet auteur n’hésite pas à dénoncer dans le darwinisme la source du stalinisme autant que de l’hitlérisme. La théorie du « dessein intelligent » qui se manifesterait dans l’irréductible complexité des êtres vivants constitue la forme la plus actuelle et la plus sophistiquée de ce créationnisme, même si ses promoteurs se gardent de prononcer le nom de Dieu. On en entend des échos jusqu’au Vatican. En juillet 2005, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne et proche de Benoît XVI, a fait sensation en prenant position en faveur de l’« Intelligent design » dans le New-York Times, à contre-pied de la position de Jean-Paul II. Cette offensive suscite des réactions indignées chez les scientifiques et les professeurs de biologie, des polémiques dans les médias, d’où la popularité nouvelle de Charles Darwin.

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  • LE BIOGEOGRAPHE AMERICAIN JARED DIAMOND ETUDIE LE COLLAPSUS DES GRANDES CIVILISATIONS - ET S'INTERROGE SUR L'AVENIR DE LA NOTRE

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    NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS NEWS. " Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie " (Gallimard), l'ouvrage du biogéographe américain Jared Diamond, historien de l'environnement, prix Pulitzer 1998, sort en collection de poche Nrf. Dans cette longue étude, Diamond étudie dans le détail le " collapsus " écologique des civilisations Mayas, Vikings, de l’Île de Pâques et des sociétés indiennes américaines  - après avoir rappelé les raisons évoquées dans l'effondrement des civilisations du "Croissant fertile", de Rome et de l'Union Soviétique. Il  rejette les analyses classiques attribuant l'écroulement rapide des quatre sociétés qu'il observe à des "catastrophes" naturelles ou militaires, des situation exceptionnelles, pour révèler un processus d'auto-destruction à la fois politique et  écologique - il parle parfois d'"écocide". Dégageant peu à peu une grille d'analyse serrée des "collapsus", il l'applique sur notre époque. Perturbant. J'ai rencontré le professeur Jared Diamond à Los Angeles en avril 2006 lors de la sortie de l'édition américaine de son ouvrage - "Collapse" (article publié en partie dans Le Monde 2 - mai 2006)
    BIBLIOGRAPHIE JARED DIAMOND


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    Stone Canyon Road s’enfonce entre les villas de luxe de Bel Air, la riche enclave protégée de West Los Angeles, où habitent producteurs de cinéma, industriels et stars d'Hollywood. Le professeur Jared Diamond habite là, dans une maison de bois pleine de gravures animalières, acquise trente ans plus tôt. Désignant l’épaisse végétation alentour, il vous confie en lissant son collier de barbe à la Amish : " Cela ressemble au maquis méditerranéen n’est-ce pas ? ". Puis il ajoute avec mélancolie : " Dans les années 1960, on pouvait boire l’eau des rivières dans les montagnes proches. Les décennies à venir, on peut s’attendre à une guerre de l’eau à Los Angeles " Avec Jared Diamond, professeur de géographie à la faculté de Los Angeles (UCLA), biogéographe, " historien de l’environnement " l’analyse de " l’impact humain sur le milieu " ne cesse jamais. " En ville, les embouteillages deviennent chaque année de plus en plus inextricables et l’été, le smog s’épaissit… poursuit-il, tandis qu’une horloge rompt le silence du cottage. Un habitant de L.A passe en moyenne 368 heures par an en voiture rien que pour venir à son travail. Ajoutez une heure de conduite pour le moindre déplacement, acheter du pain, chercher ses enfants... Bientôt nous allons devoir équiper nos voitures de toilettes chimiques, comme à Bangkok ! ".
    Le dernier essai de Jared Diamond ressemble à un mauvais présage : " Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie " ( " Collapse " en édition américaine, un essai best-seller). L’ouvrage traite de l’écroulement de plusieurs civilisations célèbres, petites et grandes, où le désastre écologique semble avoir joué un rôle majeur. Au début de l'ouvrage Jared Diamond aborde rapidement la chute de Carthage en 146 av JC et l'empire d'Ankor, ruiné par des attaques militaires. Puis il traite rapidement de l'écroulement de l'empire romain et de l’Union soviétique, où l’effondrement relève pour beaucoup de l’implosion politique et sociale, doublé par une crise économique sans précédent. Ensuite, il rappelle l’importance des crises environnementales dans l'effondrement des sociétés du Croissant Fertile ( l'ancienne Mésopotamie, l'actuel arc Syrie-Liban-Irak, déforesté jusqu'à changer de climat, se désertifiant rapidement). Ensuite, il se concentre sur quelques collapsus - de " lapsus ", la chute - exemplaires par leur rapidité : le désastre de l’Île de Pâques, l’anéantissement de la civilisation Maya, la ruine des Vikings du grand Nord, la disparition des sociétés indiennes Anasazi du sud-ouest des Etat Unis.
    Enfin, il s’intéresse à l’époque contemporaine. Cela secoue. Contredisant les analyses classiques, Jared Diamond s’attache à montrer que ces désastres célèbres ne furent jamais des " catastrophes ", c’est-à-dire des crises venues de l’extérieur : invasion armée, pestes, bouleversements écologiques exceptionnels, changement climatique. Il s’agit, affirme-t-il, de processus d’autodestruction, nés à l’intérieur même des civilisations, des suites d'une accumulation de facteurs intérieurs, où un désastre environnemental joue souvent. Il parle même d’ "écocide " : pour l’Ile de Pâques, les Indiens Anasazis du Sud -Ouest américain, et les Mayas.

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  • PEDRO ALMODOVAR : NOUVEAU FILM AVEC PENELOPE CRUZ, “LES ETREINTES BRISEES”. UNE HISTOIRE DE MULTIPERSONNALITE

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    Penelope Cruz dans "Etreinte brisées", une histoire d'amour fou et de multipersonnalité. DR

    NEWS NEWS NEWS “Les Etreintes brisées”, "Los abrazos rotos", le nouveau film de Pedro Almodovar, sortira le 18 mars prochain en Espagne. À proros de ces "Abrazos rotos",  Pedro Almodovar a déclaré la presse : "Ce film est né dans l’obscurité ". En effet, contraint de rester de longues heures dans le noir suite à des migraines  persistantes, le cinéaste  a encore expliqué : « Il fallait que mon esprit se concentre sur un autre lieu, loin de ma chambre. Comme je ne pouvais ni parler ni lire ni regarder la télévision, je serais celui qui converserait avec moi-même. Ce serait à moi de me raconter des histoires. J’ai découvert que c’était possible, que je pouvais enchaîner une action à l'autre. » C'est ainsi qu'il a imaginé le héros du film "Les étreintes brisées", un personnage a la personnalité double.

    Synopsis : Après un violent accident, le cinéaste Mateo Blanco perd la vue et sa femme adorée, Lena (Peneope Cruz). Cet homme possède un deuxième nom, Harry Caine, sous lequel il signe ses travaux littéraires et ses scénarios. Après l'accident, Mateo Blanco, désespéré, incapable de survivre à la disparition de Léna, disparait pour laisser sa place à Harry Caine. Il ne tournera donc plus de film… En regard de ce nouvel opus du grand cinéaste espagnol - avec Penelope Cruz et Lluis Homar - voici un récit souvenir sur les débuts de Pedro Almodvar pendant la “movida madrilène”, dans les années 1980, alors qu’il lançait son groupe de rock déjanté “Almodovar et Mc Namara”. Le cinéaste en plein décollage...

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    En cet automne 83, Madrid exultait, en pleine movida - le grand mouvement de liberté qui secouait l’Espagne ces années-là, après la disparition de Franco. Les cafés ne désemplissaient plus, les nuits s’offraient à tous les amoureux, longues et joyeuses, les fêtes se succédaient dans les bars, chez les particuliers, on fumait les joints de "chocolate" au nez des gardes civils, une flopée de groupes de rock, provocateurs, punk, hurons, tenait les clubs, une toute jeune presse se lançait, des peintres de vingt ans apparaissaient, des cinéastes bricolaient leurs premiers films. C’était la « movida », ou la « Nova Ola », la nouvelle vague artistique. Le magazine Actuel, que nous venions de lancer à Paris, se devait d'y dépêcher un reporter. Pedro Almodovar en était une des figures provocantes. Deux ans auparavant, il avait formé un groupe new wave délirant et perruqué, Almodovar et Mac Namara. Et puis il avait concentré toute son énergie sur le cinéma, et réalisé deux films assez déjantés, racontant avec drôlerie les milieux marginaux et homosexuels madrilènes: "Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier" (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montòn, 1980),  "Le Labyrinthe des passions" (Laberinto de pasiones, 1982)

    Je l’ai rencontré une première fois sur la terrasse d’un grand appartement madrilène désaffecté, envahi par une centaine de noctambules. L’appartement était voué à la destruction et l’ancien propriétaire avait demandé à tous ses amis peintres, graphistes, connus et inconnus, de barbouiller à la va-vite quelques décors de fête, pour une ultime et folle soirée. Des monstres verts chou grimaçaient au plafond, les couloirs bifurquaient en explosions de couleurs fauves, et Ceesepe, le timide dessinateur Ceesepe du journal de bédés érotiques El Vibora,  l'auteur des premières affiches kitch et colorées des films d'Almodovar, avait peint une de ses chicas nue, bariolée et graphique à l’entrée du salon.

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    Sur la terrasse bondée, El Hortelano, auteur de vidéos très délirantes, me désignait les plantations de marijuana en pots et m’expliquait « la culture en terrasse », une tradition madrilène : « Nous faisons tout sur les terrasses ici ! Nous déjeunons, nous dînons, nous festoyons, nous cuvons, nous baisons, et nous plantons de l’herbe. » Cristina, une jeune journaliste blonde comme le sable d’une arène, m’avait montré un jeune type trapu, à la dégaine de petit rocker teigneux, aux yeux faits, au sourire irrésistible. Elle m’avait dit : « Regarde, le petit buffle là, c’est Pedro Almodovar, un cinéaste. Il faut que tu le rencontres. »

    J’avais accosté Pedro sur la terrasse, et pris rendez-vous avec lui pour le lendemain soir. Il m’avait juste fait jurer d’aller voir son film "Entre tinieblas", Entre les ténèbres, qui passait dans plusieurs salles madrilènes. Entre les ténèbres, son troisième long métrage, raconte l’histoire loufoque d’une chanteuse de variétés qui se réfugie dans un couvent pour décrocher de l’héroïne. Elle s’aperçoit peu à peu que la mère supérieure aime les femmes et se pique à l’héroïne. Qu’une des sœurs vit une grande histoire d’amour avec un tigre du Bengale. Qu’une autre écrit des romans de gare érotiques. Le couvent d’Almodovar abrite des joies secrètes, délirantes, présentées par petites touches à la manière du cinéma psychologique, mais tout à fait délirantes - quoique données comme naturelles, presque innocentes. Vous en arrivez à vous dire, c’est là tout le génie, la fraîcheur de Pedro Almodovar, que toute cette folie serait... presque... possible. Il décrit si bien ce couvent, espace confiné et mystérieux, si  secret, si déconnecté du monde, si kitsch, si spiritualisé qu’au fond, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que des femmes s’y livrent clandestinement à toutes les folies. Personne ne le saurait jamais. Et Almodovar nous en donne une peinture fantasmatique, imaginaire, perverse. Au fond, derrière l’ombre des hauts murs des maisons religieuses, que se passe-t-il vraiment ?

    Tout l’art d’Almodovar des premiers films d’Almodovar - qui gagna à dix ans, un prix religieux pour un essai sur l’Immaculée Conception ! - consiste à rendre crédibles, poétiques, tout à fait plausibles, les délires amoureux et artistiques des personnages les plus normaux. Si Buñuel - un de ses maîtres - fait naître le rêve, l’obsession, le surréel du monde le plus ordinaire, Almodovar s’attache à rendre le fantastique, la folie douce et la perversion érotique acceptables, omniprésents au cœur de la vie quotidienne. Il nous communique cette idée envoûtée : regardez bien, nous sommes tous des délirants et des rêveurs plongés dans un monde rude, plus ou moins drogués d’amour comme de stupéfiants pour échapper à l’ennui et au travail, tous jouisseurs et innocents. À la fin de « Entre les ténèbres », j’ai compris combien l’Espagne avait changé depuis la disparition du vieux caudillo. La salle applaudissait. Des jeunes, des lycéens, mais aussi des gens de quarante ans, des couples âgés, quelques familles. Ils avaient ri du début jusqu’au générique. Une mère supérieure qui se shoote devant un autel couvert d’images de Marilyn et de Greta Garbo, cela fait gentiment rire le public espagnol, quelques années après la mort de Franco.

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    Le soir, je faisais avec Pedro la tournée des bars du quartier Azca, les grouillants bars madrilènes, la foule débordait sur les trottoirs, tchatchant, fumant sans gène des porros – les pétards. Allez faire la même chose à Paris, vous serez aussitôt arrêté. Almodovar m’expliquait qu’à Madrid, au printemps, il y avait davantage de monde dehors la nuit que le jour. Pedro adore Madrid. Il jubilait, car il pensait qu’enfin l’Espagne allait jusqu’au bout de son énergie latine. -L’énergie latine Pedro ? -Ne jamais oublier le plaisir et l’amusement. Avoir le contact facile. Travailler le jour et renaître la nuit. Aimer la philosophie et l’art, mais ne pas se prendre au sérieux. Etre fier, ambitieux, mais ne pas perdre son âme et sa joie dans le busizness.

    En cet automne 1983, Almodovar était en pleine « alegria » - comme toute l’Espagne. L’alegria, la joie, le goût pour la fête, la convivialité, la vie nocturne, la feria, la création - l’alegria, cette part essentielle de l’âme espagnole chantée par Garcia Lorca le poète fusillé, étouffée sous le franquisme. Elle explosait dans les rues, les bars, les nuits, les arts. Partout. Pour la retrouver, les jeunes Espagnols cultivaient la provocation, l’insolence, l’érotisme tapageur, la destruction systématique des valeurs tragiques, morbides, de la vieille Espagne. Almo était au premier rang de cette vague impertinente et joyeuse.

    J’ai revu Almodovar trois ans plus tard, au printemps 1986. Encore à Madrid. Il avait réalisé trois nouveaux films formidables d’insolence et de talent. Un par un. Sans aucun moyen, avec la rage de créer. Dans « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? » Carmen Maura campe une formidable femme de ménage s’épuisant dans un HLM plein de personnages dingues, entourées par des gosses défoncés, un dentiste obsédé sexuel, une voisine prostituée. Dans « Matador », un torero défroqué assassine ses maîtresses, il ne peut renoncer au plaisir de tuer. Un jour, il rencontre une passionnée de corrida qui porte l’estocade à ses amants avec une longue aiguille d’acier. Une passion rouge naît entre eux. Ave « La loi du désir », on croit voir un roman de Jean Genet porté à l’écran. Un beau voyou s’éprend d’un cinéaste dragueur. Il va le poursuivre jour et nuit, tuer son rival et mourir d’amour.

    En 1986, pour Almodovar, l’époque de la movida, des nuits sans fin et des provocations rock s’achevait. « Almo » travaillait dur, sortait peu et ne grimaçait plus, emperruqué sur les scènes rock de Madrid. Cheveux ras, teints blond pâle, le rocker ironique avait fait place à un dandy pressé, bosseur, en pleine explosion créatrice. Il disait : « Je ne veux plus être à la mode, je veux devenir un classique».  Il conservait cependant un humour provoquant et radical. Il disait : « Aujourd’hui, la seule attitude courageuse est de résister à la vague conservatrice. Il faut bloquer les effets en retour désastreux du Sida sur la morale publique. Les réacs en profitent déjà de façon sordide. Il faut rester radical. Défendre à tout prix la liberté des mœurs que nous avons conquises de haute lutte. Il faut tenir. »

    Pedro, en vivant à Madrid, pensait que l’Espagne était devenue le pays le plus libre d’Europe. Les joints dépénalisés, l’absence totale de censure, la rue envahie par la foule chaque nuit de printemps, les flics discrets, les facilités accordées au bizness, la liberté sexuelle affichée. Quel autre pays d’Europe pouvait offrir une telle palette, une telle qualité de vie ? Almodovar réfléchissait beaucoup sur l’Espagne, son histoire prodigieuse, ses traditions enracinées, son art hier si florissant. Le rejet viscéral et jovial de l’époque franquiste faisait place à une redécouverte des valeurs profondes de l’Espagne, l’ancienne maîtresse du monde. La corrida et sa mythologie fascinaient à nouveau la jeunesse qui, trois ans plus tôt, la rejetait comme un des spectacles morbides des sinistres dimanches après-midi de l’époque franquiste. De nouveaux toreros, audacieux, artistes, étaient apparus, El Espartaco, Paco Ojeda (qui comparait l’art de toréer à l’écriture).

    Le flamenco et toute la riche tradition de la musique andalouse resurgissaient jusqu’au cœur de la scène rock, jusqu’ici radicalement punk, violente, ne supportant aucune concession à la moindre espagnolade. Pour la première fois, des milliers de jeunes Espagnols se déplaçaient pour écouter les nouveaux chanteurs de flamenco, Chocolate, et le prodigieux  El Camaron.pedro_almodovar.jpg (DR)

    Pedro, lui aussi, se replongeait dans la tradition espagnole, pour la renouveler, avec Matador, un de ses films les plus denses, les plus forts, longue variation sur ce thème de la mort et du plaisir – qui commence par une scène où un ancien matador se masturbe devant un film gore. L’amour, interroge le film, n’est-il pas une parodie du meurtre ? Tuer serait un art ? Jusqu’où notre soif de jouissance et de crime peut-elle s’épancher dans la sexualité ? Almodovar apporte une réponse très belle, fouriériste à ces interrogations : les gens fascinés par la mort doivent se trouver, jouer et jouir ensemble, comme des initiés, sans renoncer à leur folie, à leur passion, au contraire, en les exacerbant. Jusqu’à frôler le crime. Un film qu’aurait aimé George Bataille.

    Dans ces trois films réalisés au forcing , Almodovar interroge l’âme tragique espagnole, mais aussi l’Espagne moderne, la nouvelle comédie des moeurs confrontée à la liberté, la joie de vivre au cœur de la dureté pour la survie. Dans « Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », son héroïque femme de ménage est accablée de boulot, elle prostitue son fils, elle se bagarre contre son mari, un ancien fasciste obsédé par une chanteuse allemande  - qu’elle finit par assassiner à coups de gigot. Imaginez un film français mettant en scène une femme de ménage comme personnage principal, cela semble impensable – et en dit long sur notre snobisme artistique. La vie de cette « bonne espagnole » revue par Almodovar est hilarante et géniale : toute les folies urbaines y passent, le kitsch populaire des appartements, la drogue pour s’évader, les tics sexuels maladifs des médecins, la fatigue qui rend fou, tandis que Pedro peaufine ce qu’il appelle son « néoréalisme fantastique », sorte de synthèse joyeuse de Buñuel, Hitchcock et Billy Wilder.

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    À cette époque, le printemps 1986, j’étais allé trouver Almodovar pour la sortie parisienne - et confidentielle - de la « Loi du désir », son quatrième film. Il raconte l’histoire d’un romancier gay et chaud lapin, qui séduit des garçons à tour de bras jusqu’au jour où il tombe sur un jeune loubard passionné, digne de Jean Genet. Le voyou s’immisce dans sa vie privée, le sépare de sa femme, tue son favori, le harcèle, et vient exiger une dernière heure d’amour avant de se suicider passionnément en se jetant du balcon. L’intellectuel, libre et cool, habitué aux histoires passagères, découvre stupéfait la violence d’une passion exclusive : la loi du désir. « C’est quoi la loi du désir, Pedro ? - Elle te fait violence. Elle dicte ses conditions. Tu la subis ou tu la fais subir. Quand tu as satisfais à cette puissance, tu dois payer. Quelqu’un qui vient de se jeter par la fenêtre est confronté à la force implacable de la loi de la gravitation. De la même manière, tu ne peux pas échapper à la loi du désir. Tu lui obéis malgré toi ». Dans ce film encore, Almodovar explore nos passions sexuelles, et les pousse jusqu’à leurs extrêmes manifestations. S’il aime tant peindre nos folies amoureuses, c’est qu’elles nous arrachent à la banalité, nous rendent délirant, amoraux, plein d’invention, même au cœur des vies les plus tristes. Les passions, chez Almo, constituent l’art des gens ordinaires, elles leur apportent magie, tragédie et fantastique. Même ridicules ou hilarantes, elles restent essentielles. Et merveilleuses, car elles nous font faire n’importe quoi.

    Qu'est-ce que la passion, Pedro ?

    -Chacun rêve toujours un peu de mourir d’amour. La passion te met continuellement en danger. Elle te fait dire des phrases pleines d’esprit. Elle te rend capable d’affronter le danger. jusqu’à être torturé par des pirates comme Jean Harlow et Clark Gable dans Singapour ! »

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    En janvier 1989 « Femmes au bord de la crise de nerfs » sortait à Paris. Dans quelques grandes salles, pour la première fois. Almodovar continuait à mettre en scène ses comédies de mœurs vitriolées et excessives. L’histoire est désopilante. Une femme, abandonnée par son amant, se lance dans une poursuite échevelée à travers Madrid. Elle apprendra, en quarante-huit heures de cavale désespérée, que ce prétendu célibataire est marié à une femme démente, élève un fils d’une naïveté à pleurer et entretient une jeune maîtresse idiote. Almodovar m’a envoyé un courrier où il explique pourquoi il aime tant ce personnage de femme lancée derrière son amant.

    -Seules les femmes savent se comporter comme il faut, lorsque leurs compagnons les abandonnent. Elles ignorent la honte et l’amour-propre. Elles n’ont aucun sens du ridicule. Dans cette guerre éternelle, tous les coups sont permis. Si son amant lui préfère une rivale, elle le traquera et tuera sans merci. Le meilleur remède à une rupture consiste à comprendre qu’au fond, ce n’était qu’un pauvre type, parfaitement indigne que vous lui consacriez une minute de plus !

    J’ai revu Pedro Almodovar après qu’il venait de passer à l’émission de France 2 « Bain de minuit », où il avait réussi à choquer le présentateur Thierry Ardisson  - royaliste, sous ses dessous iconoclastes - en se moquant du roi d’Espagne Juan Carlos le traitant de séducteur rassis et autres drôleries. Ce soir-là, nous avons très peu parlé de cinéma, sinon de cette notion de « comédie sophistiquée » par laquelle Almodovar définit « Femmes au bord de la crise de nerfs ».

    -Qu’est-ce qu’une comédie sophistiquée,  Pedro ?

    -La comédie sophistiquée exclut toute espèce de naturalisme ou de réalisme décoratif. Les héros habitent toujours d’immenses et luxueuses demeures, même lorsqu’ils sont complètement fauchés. Ils se téléphonent et reçoivent leurs amis à longueur de journée, ils parlent à toute allure sans prendre le temps de réfléchir. »

    "Femmes au bord de la crise de nerfs" vient de recevoir un accueil magistral aux Etats Unis. Ce sont les jeunes femmes américaines et latinas – Almodovar circule dans le circuit latino-américain désormais - qui honorent le film. Pedro Almaodovar a cessé d’être un cinéaste confidentiel. Il est déjà devenu un des metteurs en scène européens les plus originaux. En sept films. À trente-huit ans. Demain, comme il l’a prédit, il sera un classique.

    (publié en partie dans Actuel, février 1989)

  • "IL FAUT REDOUTER QUE LA GUERRE FASSE LE JEU DU HAMAS". LE ROMANCIER ISRAELIEN AMOS OZ, DU MOUVEMENT "LA PAIX MAINTENANT", APPELLE A UN CESSER LE FEU A GAZA

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    News News News. "Les bombardements systématiques subis par les citoyens des villes et villages d'Israël constituent un crime de guerre et un crime contre l'humanité. L'Etat d'Israël doit protéger ses citoyens. Nul n'ignore que le gouvernement israélien ne veut pas entrer dans la Bande de Gaza, et qu'il préférerait continuer cette trêve que le Hamas a violée avant de l'annuler. Mais la souffrance des civils israéliens dans la zone frontalière avec Gaza ne saurait perdurer." Voila ce qu'écrivait le 27 décembre, au début des frappes de Tsahal sur la bande de Gaza, l'écrivain israélien Amos Oz, une des figures historiques du mouvement "La paix maintenant", regroupant des Israéliens et des Palestiniens. Amos Oz ajoutait qu'aujourd'hui l'opinion internationale ne pouvait se désintéresser du sort des habitants du Sud d'Israël, à Sdérot, Nétivot et Askhelon, régulièrement bombardés par les missile du Hamas depuis la bande de Gaza, tout en appelant le gouvernement israélien "à la retenue" - il semble ne pas avoir été écouté au vu des massacres de civils dont l'armée israélienne s'est déjà rendue responsable. Amos Oz proposait alors cette analyse, qui conserve aujourd'hui, après une semaine de combats et l'intervention terreste de Tsahal, toute son actualité : "Le Hamas désire passionnément pousser Israël à une campagne militaire : si, au cours de cette opération israélienne, des dizaines ou des centaines de civils palestiniens – y compris des femmes et des enfants - sont tués, la radicalisation s'en trouvera renforcée à Gaza, ébranlant peut-être même, en Cisjordanie, le gouvernement d'Abou Mazen, qui laisserait alors la place aux extrémistes du Hamas (...) Pour Israël, la meilleure solution serait d'arriver à un cessez-le-feu total, en contrepartie d'un allégement du blocus imposé à la Bande de Gaza. Si le Hamas persiste dans son refus de cessez le feu et poursuit ses bombardements contre les civils israéliens, il faut redouter qu'une opération militaire ne joue le jeu du Hamas. Le calcul du Hamas est simple, cynique et scélérat : si d'innocents civils israéliens sont tués - parfait. Si de nombreux Palestiniens innocents sont tués - mieux encore. Face à cette position, Israël doit agir intelligemment, et non pas dans une explosion de fureur."

    À ce jour, l'explosion de fureur l'a emporté - mais encore, selon les observateurs de "Human Rights Watch" dans la bande Gaza, de bombes au phosphore condamnées par les conventions internationales.

    Le 4 janvier, après 10 jours d'intervention israélienne, Amos Oz et deux autres écrivains israéliens de premier plan se sont prononcés en faveur d’un arrêt des combats pour tenter de trouver un compromis, éviter que les pertes civiles  grandissent - et laisser entrer l'aide humanitaire dans une ville dévastée. « Le temps est venu d’un cessez-le-feu complet, prévoyant qu’ils (les Palestiniens) ne tirent plus sur nous, et qu’en échange nous devrons lever le blocus imposé à la bande de Gaza », a déclaré Amos Oz au quotidien italien le Corriere della Sera. « Afin de ne pas ajouter de nouveaux morts et de nouvelles destructions, nous devons stopper unilatéralement et complètement le feu pendant 48 heures, et même si vous (les Palestiniens) tirez sur Israël, nous ne riposterons pas et serrerons les dents comme nous l’avons fait jusque récemment», a écrit David Grossman dans le journal Haaretz. A.B. Yehoshua, quant à lui, déclarait à la Stampa : « L’opération israélienne était nécessaire, mais il faut à présent y mettre rapidement un terme. Moins il y aura de sang versé, mieux ce sera pour l’avenir. »

    Selon Amos Oz, la grande question de l'actuelle opération "Plomb durci", n'est pas son illégétimité - le gouvernement d'Israël se doit de protéger ses citoyens-, mais sa courte vue : le risque qu'elle prend d'héroïser plus encore le Hamas contre le Fatah, et par là  de renforter toute solution violente - sans compter le grand nombre de victimes civiles qu'elle fait au milieu d'une population qui n'a même pas la possibilité de fuir, aggravant encore les haines, et le discrédit international d'Israël.

    Face à l'engrenage tragique de la violence, l'impasse des négociations entre les différentes forces en présence, Amos Oz et "La paix maintenant" ne cessent de défendre la stratégie du « douloureux compromis » entre Israël et les Palestiniens. L'écrivain l’a vigoureusement défendu dans un court texte pragmatique paru début 2OO4  «Aidez-nous à divorcer ! Israël-Palestine, deux Etats maintenant  » (Gallimard). En éclairage des affrontements actuels, et pour mieux comprendre les positions d'Amos Oz, David Grossman et du mouvement "La Paix maintenant", voici un entretien réalisé à Barcelone en octobre 2004 pour le journal Le Monde 2.

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    FACE A AMOS OZ...
    ...Ses yeux bleus ne vous lâchent pas. Amos Oz est un homme pressé de convaincre. Un pacifiste batailleur. Invité d'honneur de la grande manifestation culturelle que la ville de Barcelone organise chaque automne, Kosmopolis, consacrée cette année à la guerre, il multiplie les entretiens et les interventions enflammés. Il ne vient pas en «people», il vient expliquer, militer, abrupt et ironique. Il veut faire entendre aux Européens le message politique du mouvement La Paix maintenant, qu'il a concentré dans un court appel publié au début de l'année. Le titre annonce la couleur: « Aidez-nous à divorcer ! Israël-Palestine, deux Etats maintenant » (Gallimard).
    Amos Oz - Oz signifie «force», «courage», en hébreu - n'est pas un pacifiste idéaliste, un signataire d'une énième pétition, un opposant abstrait à Sharon. C'est un homme pragmatique, un activiste têtu et patient. Lui, l'écrivain israélien sans doute le plus célèbre au monde, l'une des  figures et la voix politique du mouvement La Paix maintenant, a participé âprement auxpourparlers qui ont mené à l'accord de Genève, en décembre 2003. Il a discuté des journées  entières avec les Palestiniens de tous les sujets qui font couler le sang: retour des réfugiés, territoires occupés, mur-frontière séparant les deux pays -et, peu à peu, dans la colère et la  douleur, ils ont paraphé chaque point d'accord du compromis. Cet arrangement à l'arraché, tous les signataires de l'accord de Genève en conviennent, permettrait aux deux Etats de vivre au moins en voisinage, dans deux pays séparés et souverains, Israël et la Palestine, séparés par une frontière hermétique. «Nous abandonnons  notre rêve de grand Israël, ils abandonnent celui d'une grande Palestine, écrit Amos Oz. Si cet accord est mis en application, il ne restera pas au Moyen-Orient un seul camp de réfugiés palestiniens ployant sous le désespoir, la négligence, la haine et le fanatisme» (Aidez-nous à divorcer, p.38).
    Selon le mouvement "La Paix maintenant", 70% de la population israélienne sait qu'il faudra arriver  à ce divorce. Il ne tient aujourd'hui qu'aux dirigeants israéliens et palestiniens de le réaliser. «Le refus du compromis s'appelant le fanatisme, cette guerre durera moins de cent ans», affirme l'écrivain. Il ironise: l'Europe n'a jamais fait la paix beaucoup plus rapidement pendant toute son histoire.

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  • STANLEY MILGRAM. DE LA SOUMISSION À L'AUTORITE

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    NEWS. NEWS NEWS. Dégringolade historique, l'action de la banque Citigroup, le premier groupe banquaire américain, est tombé sous la barre de 4 dollars le 21 novembre - elle était à 52 $ en 2000. L'Etat fédéral a du annoncer un plan de sauvetage d'urgence, à hauteur de 25 milliards de dollars - il n'a pas été aussi généreux avec les milliers de familles délogées par la crise des suprimes. Au même moment, le nouveau pdg, Vikram Pandit, annonçait un plan social sévère : la suppression de plus de 50.000 emplois, s'ajoutant aux 23.000 suppressions décidées fin 2007 - n'oublions jamais, ce sont toujours les petits qui trinquent. Rappelons que les dirigeants renfloués de Citigroup se sont trouvés associés à la plupart des scandales financiers de ces 15 dernières années - notamment  aux faillites du courtier en énergie Enron (2001) et de l'opérateur de télécoms WorldCom, suite  à des malversations comptables colossales - cautionnées par l'agence Arthur Andersen, contre des émoluments de 25 millions de dollars. À l'époque, une dizaine de courtiers de Citigroup, dont la "star" de Wall Street Jack Grubman, furent sanctionnés pour avoir volontairement passé sous silence les déficits de ces groupes. En 2005, les équipes financières de Citigroup et le pdg d'alors, Charles Prince, se faisaient à nouveau prendre en flagrant délit de transactions douteuses à Londres sur les marchés obligataires européens, puis au Japon - où la banque fut bannie de toute activité de gestion de patrimoine, ce qui obligea Charles Prince à présenter des excuses publiques. Sa prime de fin d'année ne fut pas réduite pour autant.

    COMMENT UNE TELLE PERSEVERANCE DANS LA MALVERSATION, L'ABSENCE DE TOUT RESPECT DES REGLES ECONOMIQUES ET LE MEPRIS DE LA CHOSE PUBLIQUE A-T-ELLE ETE POSSIBLE ? LE "GREED", L'AVIDITE DES DIRIGEANTS DES  ENTREPRISES ET DES ORGANISMES DE CONTRôLE - LA FAMEUSE "MAIN INVISIBLE" SI VISIBLE  - N'EXPLIQUE  CERTAINEMENT PAS TOUT. COMMENT DES EQUIPES ENTIERES, DES MILLIERS DE CADRES ONT-ILS PU PARTICIPER, LAISSER FAIRE ? COMMENT DES EQUIPES ENTIERES, DES MILLIERS DE CADRES ONT-ILS PU PARTICIPER, LAISSER FAIRE ? UN DOCUMENTAIRE D'ALEX GIBNAY SUR LA FAILLITE D' ENRON, "THE SMARTEST GUYS IN THE ROOM" (METROPOLITAN) PROPOSE DES REPONSES. LE FILM MONTRE COMMENT LES DIRIGEANTS ET LES CADRES DE L'ENTREPRISE, PRÉSENTÉS À L'ÉPOQUE COMME DES GÉNIES FINANCIERS PAR TOUTE LA PRESSE ECONOMIQUE, ÉTAIENT EN RÉALITE DES CALCULATEURS FROIDS, CYNIQUES, DÉPOUVUS DE TOUTE ÉTHIQUE ET PREOCCUPATION SOCIALE, ET QUI PLUS EST SANS TALENT. ILS ONT RANCONNÉ L'ÉTAT DE CALIFORNIE EN LUI VENDANT DE L'ÉLECTRICITÉ HORS DE PRIX, MULTIPLIANT LES COUPURES POUR LE FAIRE CEDER, CERTES MOTIVéS PAR UN INTÉRESSEMENT AUX BÉNÉFICES, MAIS AUSSI ENRÔLES PAR UNE CULTURE D'ENTREPRISE D'Où TOUTE MORALE PUBLIQUE ÉTAIT ABSENTE, Où LE PROFIT IMMEDIAT ETAIT VALORISE COMME LA SEULE VALEUR POSITIVE. PLUS GRAVEMENT ENCORE, LE DOCUMENTAIRE MONTRE COMMENT CES MILLIERS DE CADRES ONT OBEI À LEUR CHEFFERIE, SE SONT SOUMIS A ELLE SANS REFLECHIR, SANS POSER DE QUESTIONS, SANS REFLECHIR A LEURS ACTIONS ET LEURS MALVERSATIONS. ILS  SE SONT COMPORTES EN PERSONNES SERVILES, EN EMPLOYES DOCILES ET DEFERENTS, CONFIRMANT L'ÉTUDE FAMEUSE DU SOCIOLOGUE AMÉRICAIN STANLEY MILGRAM SUR LA "SOUMISSION À L'AUTORITÉ".
    EN SOUVENIR DES TRAVAUX DE STANLEY MILGRAM, VOICI LE RÉCIT D'UNE VISITE À SON LABORATOIRE DE NEW YORK, DEUX ANS AVANT SA DISPARITION, ALORS QU'IL MENAIT PLUSIEURS EXPÉRIENCES DE PSYCHOLOGIE SOCIALE SUR "LE POIDS DES APPARENCES" (publié dans Actuel en avril 1982, réactualisé en 1998) BIBLIOGRAPHIE STANLEY MILGRAM

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    " AAAAAAAAH ! ARRÊTEZ ! JE VOUS EN SUPPLIE ! JE VEUX PARTIR !"
    Le jeune homme est attaché sur une chaise face à un micro. Des électrodes sont fixées à ses poignets. II hurle et tente en vain de se libérer.
    Dans la pièce attenante, un type d'une quarantaine d'années l'interroge d'une voix solennelle en présence d'un personnage silencieux en blouse blanche :

    " Voici la liste des mots : lent, pas, camion, esprit, débit. Lequel choisissez-vous ? Répon-dez s'il vous plaît. "
    L'homme attaché répond : " Camion ".
    - Faux! déclare l'interrogateur. Le mot juste était esprit. La punition sera de 195 volts.
    II abaisse une manette électrique. Aussitôt, le jeune homme hurle à nouveau.
    " Arrêtez ! Mon cœur va lâcher ! Laissez--moi partir, laissez-moi partir ! " L'interrogateur retient à peine un éclat de rire nerveux et se cache le visage entre les mains. Puis il se reprend et dit d'un ton grave :
    " Je vous lis la nouvelle liste : profond, puits, décolleté, mystère, sommeil. Répondez s'il vous plaît. "
    Aucune réponse. L'homme insiste sur un ton sentencieux:
    " Répondez s'il vous plaît. Je vous préviens, Monsieur Wallace. Je dois interpréter votre silence comme une erreur. "
    Aucune réponse. L'interrogateur se tourne vers son complice en blouse blanche.
    " Dois-je suivre vos instructions à la lettre ?
    - Bien sûr, M. Braverman. "
    Aussitôt, l'air ravi, Braverman abaisse la manette électrique. Tarif : 315 volts. Les cris reprennent.
    " Arrêtez, je n'en peux plus, je vais claquer ! Je vous en supplie. "
    M. Braverman rit pour de bon cette fois, une espèce de hennissement.
    Cette scène odieuse s'est déroulée en jan-vier 1980 au département de psychologie de l'Université de Yale à New Heaven dans le Connecticut. M. Braverman n'avait pourtant rien d'un officier SS. C'était un tranquille assistant social marié père de famille, à qui le jeune psycho-sociologue Stanley Milgram avait demandé de participer à une étude sur la mémoire et l'apprentissage.
    Il s'agissait de punir à chaque fois qu'il se trompait un certain Monsieur Wallace supposé avoir appris par cœur des listes de mots couplés. Le tarif : des décharges électriques croissantes, jusqu'à des chocs presque mortels de 500 watts. Rassurez-vous, le Monsieur Wallace en question n'était pas du tout électrocuté : excellent acteur, il mimait à chaque décharge une douleur insoutenable. L'expérience de Stanley Milgram transformait les honorables Monsieur Braverman en purs et simples bourreaux.

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  • DANS SON NOUVEAU ROMAN, UNE TÊTE COUPEE PARLE. ENTRETIEN AVEC CARLOS FUENTES : "LE MEXIQUE, DEMOCRATIE FRAGILE"

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    NEWS NEWS NEWS.  La tête coupée de Josué refuse de se mordre la langue, elle veut encore parler, parler, pour nous raconter l'histoire tragique du Mexique moderne. Josué est l’un des deux héros de "La Voluntad y la Fortuna", le nouveau roman du mexicain Carlos Fuentes, qui décrit comment son pays a sombré dans la corruption, l'assassinat politique, les affrontements de gangs, sur fond de guerre des narcotrafiquants. Un roman politique où s'affrontent Josué et Jericó, deux amis d’enfance devenus des ennemis implacables.  « Trahisons, morts, décapitations, crimes et vengeances tissent la trame d’un discours qui se veut la voix de la conscience nationale. La Voluntad y la Fortuna est une œuvre réflexive et critique sur la terreur criminelle qui va de pair avec le narcotrafic » lit-on dans quotidien mexicain Excelsior. « C’est le roman d’un pays dont le corps n’a plus de tête, plus de cerveau qui contrôle ses mouvements.».

    Que se passe-t-il au Mexique, où pendant plusieurs mois Lopez Obrador, le leader de la gauche, a contesté les résultats des élections présidentielles, mobilisant d’immenses manifestations, au risque de rendre le pays ingouvernable ? Où les gangs montés d'Amérique Latine sèment la terreur dans les banlieues de Mexico, jusque dans le Chiapas ? Où les leaders politiques se voient décribilisés par la corruption, les coups de main de leurs milices, les tripotages des urnes ? Profitant du passage à Paris en novembre 2006 du grand écrivain mexicain Carlos Fuentes, ancien ambassadeur du Mexique en France, prix Cervantès, auteur du pamphlet récent "Contre Georges W Bush", je me suis entretenu avec lui sur la situation de la grave crise politique et sociale que traverse son pays,  de la victoire des partis de gauche dans toute l'Amérique Latine - mais aussi du prodigieux métissage à l'oeuvre dans l'art mexicain, qui a tant fasciné les surréalistes ou Antonin Artaud. À l'époque de l'entretien, Carlos Fuentes travaillait déjà au roman qu'il vient de publier au Mexique.

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    RENCONTRE AVEC CARLOS FUENTES À PARIS
    Costume sombre, élégant, toujours bel homme à 78 ans, l’esprit rapide, une courte moustache taillée de près, Carlos Fuentes vous accueille avec amabilité, pressé de parler, de donner quelques éclaircissements sur la chaotique situation mexicaine dont il voit bien que nous ne comprenons pas grand chose, d’ici, à Paris. Rappelons que l’homme fut ambassadeur du Mexique de 1974 à 1977 à Paris, et qu’il connaît les « fausses idées » lyriques ou misérabilistes, ou encore « les utopies » que les intellectuels français se sont faites sur l’Amérique Latine. Nous étions convenus de parler politique, quoique avec Carlos Fuentes, à la fois romancier, essayiste, tête politique, ancien diplomate, le choix d’un sujet d’entretien s’avère toujours difficile. Nous aurions aussi bien parlé de la politique internationale américaine : Fuentes a rencontré Théodore Roosevelt, Bill Clinton, et a écrit en 2004 un récit intitulé « Contre Georges W. Bush » (Gallimard), où il critiquait l’invasion de l’Irak et réfutait avec force les thèses conservatrices sur le « péril métis » et les affrontements entre civilisations du professeur de Harvard, Samuel P. Huttington. Deux ans plus tard, les analyses de ce court texte frappent par leur pertinence. « Bush et Cie, par leurs actions atrabilaires et destructrices de l'ordre international, déclarait-il alors, vont transformer le monde en une pépinière de terroristes.»

    Nous aurions pu aussi discuter littérature, du « réalisme magique » des grands romans latino-américains, de ses rencontres avec les plus fameux écrivains du continent, Gabriel Garcia Marquez, Octavio Paz, Alejo Carpentier, Julio Cortazar ou Pablo Neruda. Ou encore de ses propres livres, romans, essais, nouvelles, recueils d’articles, scénarios, pièces, cette œuvre riche et puissante qui lui a valu en 1987 l’attribution de la plus haute récompense des lettres hispaniques, le prix Cervantès. Carlos Fuentes semble ne pas vieillir, ne s’arrête jamais d’écrire, de voyager, de polémiquer. Il vit aujourd’hui entre Mexico (« J’y rencontre tous mes amis, sort au restaurant, discute politique ») et Londres (« Là-bas, au calme, j’écris »). Un Cahier de l’Herne lui a été consacré fin 2006,, mis en scène par son traducteur Claude Fell. Des écrivains comme Milan Kundera, Gabriel Garcia Marquez, Nadine Gordimer ou Jorge Volpi vous présentent le personnage, ses passions et ses combats. Lui-même a fait cadeau de quelques-unes de ses correspondances avec Luis Buñuel, William Styron, Günter Grass, Norman Mailer ou Henri Miller. Un énorme cahier à lire comme un jeu de pistes, où l’histoire tourmentée du Mexique et de l’Amérique Latine font la musique de fond.

    Cahier de l’Herne Carlos Fuentes (2006). 330 p. 36€.Des textes de Garcia Marquez, Nadine Gordimer, Milan Kundera et beaucoup  d’autres réunis par le traducteur de Fuentes, Claude Fell, et l’écrivain mexicain Jorge Volpi. Les éditions de L’Herne republient « Cervantès ou la critique de la lecture » (Carlos Fuentes, coll Glose, 190p, 18€) et l’extraordinaire roman d’Elena Garro, femme d’Octavio Paz, « La maitresse d’Ixtepec » (350p, 19€), le livre pionnier du « réalisme magique ».

    BIBLIOGRAPHIE CARLOS FUENTES

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  • TONI MORRISON, UN NOUVEAU ROMAN. LA REVOLTE DES NOIRS ET DES PAUVRES BLANCS CONTRE L'ESCLAVAGE ET LE TRAVAIL FORCE A MENé AU RACISME AMERICAIN

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    News News News. Toni Morrison, prix Nobel de littérature, publie un nouveau roman aux Etats-Unis, "A mercy", à paraître en avril 2009 aux éditions Christian Bourgois. Le livre raconte comment l'esclavage a mené au racisme - et comment il s'en différencie. Elle y rappelle l'événement historique qui sert detoile de fond au livre, appelé "la révolte de Bacon" - 1676, Virginie - quand un groupe de cinq cents, serviteurs blancs, esclaves noirs, Noirs affranchis, renversèrent le gouvernement de la cette colonie.  Ils furent bientôt chassés, puis capturés. Toni Morrison a raconté la suite dans un entretien publié sur le site du Nouvel Observateur. "Les propriétaires, se jurant de ne jamais laisser une chose pareille se reproduire, établirent des lois, parmi lesquelles celle-ci : tout homme blanc pouvait mutiler ou tuer n'importe quelle personne noire, pour quelque raison que ce soit, à quelque moment que ce soit. ? (...) Voilà de quoi nous avons hérité : on a transformé les pauvres en antagonistes. Cela donne un sens à la couleur de peau; cela permet à des Blancs pauvres comme Job d'éprouver un petit sentiment de supériorité tout simplement parce qu'ils sont blancs et pas noirs."
    Toni Morrison a apporté son soutien au sénateur de l'Illinois Barack Obama, qund il était encore un outsider. Dans une lettre ouverte datée du 29 janvier dernier, elle faisait un portrait enthousiaste du jeune candidat : "En plus d'une intelligence aiguë,de l'intégrité et d'une authenticité rare, vous faites preuve de quelque chose qui n'a rien à voir avec l'âge, l'expérience, la race ou le sexe, et quelque chose que je ne vois pas chez les autres candidats. Ce quelque chose est une imagination créatrice associée à la sagesse". Nous allons bientôt savoir si l'écrivain se trompait, ou faisait preuve de prescience.
    En sept romans magnifiques, Toni Morrison a obtenu le prix Nobel de littérature. Son huitième, "Love" (Christian Bourgois), a séduit le public, tant en Amérique qu'en France. Pendant l'entretien qui suit, fait chez elle à New York l'hiver 2005, elle parle des magiciens qui s'envolaient des champs de coton pour échapper à l'esclavage, de Fats Waller et la naissance du jazz, "la musique du diable", et du "lamentable régime de Georges W Bush" (publié dans Le Monde 2)
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    A NEW YORK, QUARTIER DE SOHO...

    "Ma grand-mère jouait au loto avec mes rêves. Elle me demandait de les raconter, puis elle les traduisait en chiffres qu'elle allait jouer dans les loteries clandestines. Je lui racontais un rêve de mariage, elle consultait un livre d'interprétation, et elle composait des numéros du loto. Un mariage, c'était deux plus un, trois. La mort de quelqu'un c'était zéro. Des fois, j'inventais des rêves extraordinaires, pour lui plaire. Elle adorait que nous brodions des histoires, ma sœur et moi, toute la famille. Le soir, nous improvisions, des aventures de dragons, des blagues, des intrigues amoureuses, nous rivalisions. Grand-mère nous mettait des notes. Parfois, à une bonne histoire, tout le monde applaudissait..."
    Elle ressemble à une chanteuse de gospel. Coffre, charisme, puissance. La voix impressionne. Profonde, basse. Elle fait sonner chaque phrase, elle la détache, comme si elle lisait un texte. Non qu'elle s'écoute, elle aime les mots. Elle aime le langage. Elle vous envoûte. "Mes rêves pour le loto de grand mère… Ce furent peut-être mes premiers récits d'imagination. Je les fabriquais de toutes pièces, des histoires magiques, des personnages fantastiques, l'enfance baigne dans la magie... Mes premiers, tout premiers écrits ? C'était à la craie, dans la rue, j'avais quatre, cinq ans, avec ma sœur, nous recopions sur le trottoir les phrases obscènes écrites sur les murs, dans les toilettes, nous les réécrivions par terre, ça nous faisait rire ! "

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  • SALMAN RUSHDIE SANS GARDE DU CORPS

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    NEWS NEWS NEWS. De passage à Paris fin octobre à l'occasion de la parution de son nouveau roman, "L'Enchanteresse de Florence" (Plon), Salman Rushdie se déplace désormais sans garde du corps. Invité par France-info, il a dénoncé les menaces qui pèsent sur l'écrivain italien Roberto Saviano, l'auteur de "Gomorra" (Gallimard), une longue enquête sur les méfaits de la mafia napolitaine. Selon Salman Rushdie, « Saviano court un danger terrible et devra choisir très prudemment son lieu de destination » s'il quitte l'Italie. « J'ai rencontré Roberto Saviano à New York au mois d'avril, a-t-il ajouté. C'est un homme extrêmement agréable, très intelligent, mais il court un danger terrible. En avril à New York, le FBI estimait qu'il était déjà en danger... La mafia pose un problème bien plus grave que celui que j'ai rencontré moi-même...". Salman Rushdie lui-même n'est plus inquiété aux Etats-Unis depuis plusieurs années, aux dires même du FBI - même si, en février 2005,  Jomhouri Eslami, le quotidien des ultra-conservateurs iraniens a réaffirmé "l'ordre divin" de mort contre lui.

     

    BIBLIOGRAPHIE SALMAN RUSHDIE
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    PORTRAIT-ENTRETIEN, SALMAN RUSHDIE

    "Qui est blonde, a des gros seins, et vit en Tasmanie ?

    -Salman Rushdie.

    Cette blague, inventée par Rushdie lui-même, n'est jamais devenue réelle. Depuis 1989, l'année de la fatwa lancée contre lui, l'écrivain a toujours refusé de recourir à la chirurgie esthétique. Il ne s'est jamais exilé au bout du monde. Il n'a pas changé de nom. En février 1993, en dépit des menaces, il écrivait depuis une de ses caches en Angleterre : "C'est la seule solution que je n'ai jamais envisagée. Ce serait pire que la mort. Je ne veux pas la vie d'un autre. Je veux la mienne." Quand je le rencontre pour Le Monde le 20 avril 2004, Salman Rushdie vit librement à New York, presque. Il ne change plus d'appartement tous les mois. Il se promène sans garde du corps. Il va aux vernissages et aux premières. Il rentre d'Inde, où il a circulé sans être inquiété. Il va épouser le mois prochain Padma Lakshmi, une actrice de Bollywood. Au cours de notre entretien, en dépit des attentats d'Al Qaida autour du monde, il affirmera que le fondamentalisme islamiste connaît désormais sa dernière "poussée de fièvre". Selon lui, dans 20 ans il sera défait, et le "grand corps de l'humanité" s'en remettra.

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  • CRISE ECONOMIQUE. HERNANDO DE SOTO, ECONOMISTE PERUVIEN, AUTEUR DU CLASSIQUE "LE MYSTERE DU CAPITAL" (2000) : "LES PAUVRES NE SONT PAS LE PROBLEME, ILS SONT LA SOLUTION"

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    NEWS NEWS NEWS "Les conséquences économiques de la crise financière seront beaucoup plus graves pour les pays en développement que pour les pays riches", déclarait au Monde fin octobre Kemal Dervis, le dirigeant du Programme des Nations unis pour le développement (PNUD). Ancien ministre des finances du gouvernement turc, defenseur du multilatéralisme, il plaidait jusqu'à ce jour - "dans le désert" selon Le Monde - pour que les pays du G7 tiennent enfin leur promesse d'augmenter leurs aides.  Ce qui semblerait juste, la récession en cours de l'économie mondiale provenant de la vie à crédit des Etats-Unis et des égarements financiers des pays riches. Quelques jours plus tard, j'interrogeais l'économiste péruvien Hernando de Soto, spécialiste de la question de la pauvreté et des droits économiques des pauvres, en vue  d'un "grand entretien" sur la crise actuelle. Il s'étonnait à son tour de la "coupure d'avec la réalité" de l'Occcident et plaidait pour la reconnaisance juridique des biens des pauvres - un combat qu'il mène à l'ONU avec l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright (paru dans Le Monde 2, le 8 nov 2008)

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    « Les pauvres ne sont pas le problème, ils sont la solution » écrit l’économiste péruvien Hernando de Soto dans son ouvrage devenu un classique « Le mystère du capital » (Champs, Flammarion, 2005). « Pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs ? » interroge-t-il en ouverture de l’ouvrage. Les habitants des pays du Sud sont donc arriérés et stupides, comme le proclament les racistes ? Ils n’ont pas développé une culture appropriée, comme le prétend le conservateur Samuel Huntington, professeur en sciences politiques à Harvard ? La pauvreté les étouffe et les handicape ? Alors, demande l’économiste, pourquoi les pays du Sud regorgent-ils de commerçants, de vendeurs, d’entrepreneurs ? Qu’est-ce qui les empêche de se développer, faire fructifier leur capital, leurs talents ? Après des années d’études de terrain dans les pays pauvres, Hernando de Soto croit connaître une partie de la réponse. Dans les pays pauvres, les trois quarts des habitants n’existent pas légalement. Ils ne possèdent pas d’extraits de naissance, leurs maisons et leurs bidonvilles n’ont aucun titre de propriété, leurs entreprises, leurs commerces tournent sans responsabilité juridique, sans vraie comptabilité, les contrats se font à l’amiable. Les pauvres sont illégaux dans notre monde, voilà le problème. Plus exactement « extralégaux ». Ils ne peuvent passer contrat avec le centre ville, encore moins entrer dans l’économie mondialisée. Toutes leurs richesses constituent un immense « capital mort » : par exemple le capital immobilier extralégal des pays émergents et l’ancien bloc communiste représenterait deux fois la masse monétaire en circulation Etats-Unis, soit 9300 milliards de dollars.
    « Les pauvres sont plus riches qu’on ne le pense » affirme Hernando de Soto. Voilà pourquoi il se démène depuis des années pour lancer la « révolution juridique » qui donne droits et titres de propriétés aux extralégaux des villes, aux paysans pauvres - ce qui lui a voulu d’être condamné à mort par les guérilleros du Sentier Lumineux au Pérou. Il commence d’être entendu. L’ONU soutient désormais la « commission de démarginalisation des pauvres par le droit » qu’il a fondé avec l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright. Entretien sur la crise actuelle avec un économiste du Sud, étonné que l’Occident ait pu à ce point oublier la réalité, et renier les fondements juridiques et réalistes du capitalisme.

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