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ENTRETIENS À VIF - Page 2

  • "LE SOLAIRE FOURNIRA 100% DE NOS BESOINS D'ICI 2O ANS". ENTRETIEN AVEC L'EXPERT DES HAUTES TECHNOLOGIES, RAY KURZWEIL

    images.jpegNEWS NEWS NEWS. APRÈS LA TRAGÉDIE DE FUKUSHIMA, QUEL AVENIR POUR LE NUCLÉAIRE ? LE SOLAIRE...

    Ingénieur reconnu pour ses réalisations en intelligence artificielle et dans la conception de logiciels, Ray Kurzweil est un expert écouté du futur des technologies - meme si son optimisme déconcerte. Brillant étudiant du MIT de Boston, il a mis au point en 1974 un appareil pour les aveugles capable de lire un livre à haute voix. Il a inventé pour la star du soul Stevie Wonder un clavier capable de reproduire les instruments de tout un orchestre - dont le synthétiseur s’est inspiré. Il a beaucoup travaillé sur la reconnaissance vocale par ordinateur comme celle des lettres et du langage et conçu un traducteur simultané de l’anglais à l’allemand de haute qualité.

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  • "LE GRAND DÉSENCHANTEMENT". UN ENTRETIEN AVEC LE PHILOSOPHE BERNARD STIEGLER

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    NEWS NEWS NEWS Juste après l’échec des grandes manifestations d’octobre sur les retraites, avant la difficile conférence de Cancun sur le climat, que  beaucoup d'observateurs des désastres écologiques annoncent déjà, désespérés, vouée à l'échec comme le fut celle de Copenhague, alors que la crise économique n’en finit pas et les plans de rigueur se multiplient, voici un entretien à fois inquiet et tonique avec le philosophe Bernard Stiegler, fondateur du centre de réflexion Ars Industrialis, philosophe, auteur de l'essai « De la pharmacologie. Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue », (Flammarion,  octobre 2010).

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    Dans une cour des Halles, en face du centre Georges Pompidou, Bernard Stiegler reçoit dans une ruche de verre, toujours pleine d’étudiants, d’artistes numériques et de jeunes enseignants. C’est l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI), une association fondée à l’initiative du  philosophe par le Centre Pompidou, le Centre de Culture Contemporaine de Barcelone et Microsoft-France. L’enjeu est de croiser les recherches sur l’avenir des technologies de l’information et la communication - web 2.0, réseaux sociaux, etc – avec les problématiques des sciences humaines, l’éducation et l’apprentissage pour commencer. Bernard Stiegler a beaucoup étudié la dimension « cognitive » des nouveaux médias et d’Internet. Il a critiqué la télévision pour les enfants en bas âge, décrypté la manière dont la publicité joue sur l’affrontement entre les générations, ou encore le déficit d’attention des jeunes captés par les écrans. Parallèlement, Bernard Stiegler réfléchit encore aux questions d’économie politique et du « soin » dans nos sociétés. Dans son dernier essai, « De la pharmacologie » (Flammarion, oct 2010), il réfléchit à ce qui donne « le sentiment que la vie vaut d’être vécue », et constate qu’il se perd aujourd’hui, à un niveau massif. Face aux calamités qui frappent l’environnement, comme à la crise économique successive à l’effondrement financier de 2007, une sensation d’angoisse sur l’avenir se répand, doublé d’un sentiment d’impuissance. Ce sont les et les causes et les manifestations de cet état dépressif général que j'ai voulu discuter avec le philosophe... (entretien publié dans Le Monde Magazine)

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  • LA PEUR DE L'AUTRE. ENTRETIEN AVEC L'HISTORIEN PAP NDIAYE SUR LA MONTÉE DE LA DROITE POPULISTE ET LE MULTICULTURALISME

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    NEWS NEWS NEWS Les musulmans sans mosquée assimilés à une armée d’« occupants », une progression des idées du Front National chez les militants UMP, les « apéros saucissons pinard » pour défendre la culture française, la loi Loppsi 2 autorisant tout démantèlement de campements de Roms, une ambiance délétère de défiance envers les étrangers se développe en France tandis qu’une extrême-droite islamophobe progresse dans toute l’Europe.

    Nous avons demandé à l’historien Pap Ndiaye, maître de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, auteur de « La condition noire » (Calmann-Levy) comment il analysait ces phénomènes de rejet de l'Autre et de l'étranger. Cet entretien a été réalisé quelques jours avant le démarrage des révolutions  tunisiennes et égyptiennes qui ont apporté un démenti cinglant à toute conception enfermant les habitants des pays du Moyen-Orient  - selon la théorie du "choc des civilisations" - dans une culture figée, qui serait à jamais anti-démocratique, intolérante et liberticide (publié dans Le Monde Magazine, janvier 2011).

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    ENTRETIEN

    Tous les jours le débat politique s’envenime sur la question de l’immigration. Cela ne va pas sans actes racistes …

    "En effet, le rapport 2009 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme se dit préoccupé par l’ « augmentation alarmante » des faits à caractère raciste, xénophobe et antisémite en France, un phénomène également observable à un titre ou un autre dans la plupart des autres pays européens depuis quelques années. En outre, bien que depuis un demi-siècle, les idées et comportements tolérants et accueillants à la diversité aient progressé dans notre société, on entend trop souvent des propos racistes décomplexés, assumés sans fard et présentés comme relevant du « bon sens » et du « réalisme ». Le gouvernement français est d’une discrétion rare sur le sujet du racisme. Il est vrai que le ministre de l’intérieur a été condamné en première instance pour injure raciale, ce qui le disqualifie sur la question.

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  • LA DISPARITION D'EDOUARD GLISSANT, L'ECRIVAIN ANTILLAIS, QUI ÉCRIVAIT : " LA CREOLISATION DU MONDE EST IRREVERSIBLE "

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    News. Edouard Glissant est décédé ce matin, lui qui semblait indestructible, si grand, si solide, toujours grand vivant. Je l'avais  rencontré en janvier 2005 pour le Monde Magazine alors qu'il venait d'achever son dernier ouvrage "La cohée du lamentin" pour les éditions Gallimard. À cette époque, la rumeur de sa nomination pour le prix Nobel enflait - ce qui l'inquiétait beaucoup  : " Les gens du Nobel détestent les rumeurs ", disait-il. 

    Je republie ici cet entretien. Le philosophe et écrivain martiniquais, qui se pense comme "Caraïbe" et citoyen du "chaos-monde" y explique pourquoi la "créolisation généralisée" des sociétés est irréversible, l'Europe devrait se penser comme un "archipel" et les écrivains français cesser de décrire leur nombril.

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    CHEZ EDOUARD GLISSANT, PARIS, SIXIEME ARRONDISSEMENT...
    ...C'est un colosse souriant. Large d'épaules, des mains de percussionniste, amical. Il vous reçoit dans un bel appartement du VIIe arrondissement de Paris la chemise mal fermée, sans cérémonie. À 73 ans, Edouard Glissant, écrivain français prolifique et nobélisable, Docteur Honoris Causa de l'Université de New York, ne montre aucune fatuité, ou pose, comme tous les grands. Content de discuter, détendu, tout de suite il s'emporte, il digresse, il rit. Edouard Glissant. Son nom annonce son œuvre. Il fut sans doute, selon lui, inventé après l'abolition de l'esclavage dans les Antilles, quand les Noirs s’attribuaient un nom d’homme libre : du nom du colon "Senglis", ils firent "Glissant", en l'inversant par jeu, comme aime à faire le créole. Car Edouard Glissant est à la fois le poète et le philosophe de la "créolisation irréversible du monde". Cette thématique traverse tous ses livres, ses romans, ses essais, ses poèmes. Elle vient de loin.

    Né en 1928 à Sainte-Marie, en Martinique, Edouard Glissant a fait ses études au lycée Schoelcher -l’homme qui a aboli l’esclavage dans les colonies- de Fort-de-France. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il commence d'écrire plusieurs recueils de poèmes -Un champ d'îles, 1953, La terre inquiète, 1954 - qui le font aussitôt connaître. Il participe de tous les mouvements d'idées qui agitent les écrivains et les intellectuels africains et antillais de l'époque, et s'illustre pendant le congrès des artistes noirs de Paris (1956). Il s'approche d'Aimé Césaire, chez qui il critiquera la revendication de la "négritude" - comme aujourd'hui il se méfie de l'"afrocentrisme" des Noirs américains, "ce retour à des racines irrémédiablement perdues"-, et devient l'ami de Franz Fanon, qui vient de décrire les ravages psychiques de l'assimilation forcée dans les Antilles. Il signe en 1960 le Manifeste des 121 emmené par Sartre, qui soutient le droit à l'insoumission en Algérie. En 1961, il fonde avec Paul Niger le Front Antillo-Guyanais pour l'Autonomie, aussitôt interdit. Edouard Glissant se voit alors expulsé de Guadeloupe et assigné à résidence en France.
    LA POÉTIQUE DE LA RELATION

    En même temps, le jeune écrivain commence son œuvre romanesque. En 1958, "La Lézarde" obtient le prix Renaudot. Ce livre, à la fois roman d'amour, récit d'une lutte politique contre les colons, conte poétique et quête initiatique d'une identité caraïbe révèle d'emblée toutes les préoccupations d'Edouard Glissant. Il débute une longue saga martiniquaise en quatre volumes, continuée pendant vingt ans : Le quatrième siècle (1965, prix du meilleur roman de langue française), Malemort (1975), La case du commandeur (1981). De retour aux Antilles en 1965, l'écrivain, qui vient de publier Monsieur Toussaint, une pièce de théâtre consacrée à Toussaint-Louverture le mythique libérateur noir des esclaves de Haïti, fonde bientôt l'Institut Martiniquais d'Etudes et la revue de sciences humaines Acoma. Edouard Glissant reprend alors son œuvre poétique avec Boises (1979), et publie ses premiers essais consacrés à la créolisation du monde : L'intention poétique (1969), Le discours Antillais (1981). Sa renommée intellectuelle lui vaut d'être nommé directeur du Courrier de l'Unesco en 1982, puis vice-président du Parlement international des écrivains.
    Depuis, Edouard Glissant continue d'écrire romans, poèmes et essais à un rythme fourni.
    Dans ses essais Poétique de la relation (1990) et Le Traité du Tout Monde (1997), il développe ses idées sur la nécessité de quitter les "pensées ataviques et enracinées" pour se créer une nouvelle manière d’être, ouverte aux autres : "une identité-relation". Dans ses romans Sartorius (1999) et Ormerod (2003), il entreprend de raconter l'histoire extraordinaire des Batoutos, le peuple invisible symbolique de tous les peuples africains persécutés. Son écriture, un français poétique nourri de créole antillais et de mythes africains -"la langue créole m'est naturelle, dit-il, elle vient à tout moment irriguer ma pratique écrite du français, et mon langage provient de cette symbiose"- devient plus originale et baroque, sans jamais céder au pittoresque, et sans se perdre, même si elle reste parfois opaque. Elle rappelle les poèmes de Saint John Perse ou même d’André Breton, les monologues hantés des personnages de Toni Morrison, ou certains textes caraïbes d’Alejo Carpentier. La grande quête d’une écriture exploratrice, s’essayant à tous les genres, donnée par Italo Calvino dans "La machine littérature", semble faite pour lui : "(L'écriture) mue par un désir de connaissance qui est tantôt théologique, tantôt spéculatif, tantôt magique, tantôt encyclopédique, tantôt attaché à la philosophie naturelle, tantôt à une observation transfigurante de visionnaire." L’œuvre d’Edouard Glissant, un des rares auteurs francophones à espérer le prix Nobel, n’a pas fini de surprendre par ses explorations philosophiques, politiques et littéraires.

    Tous les livres d'Edouard Glissant ont été publiés ou republiés aux éditions Gallimard

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  • QUAND UN PHILOSOPHE INDIEN CRITIQUE DESCARTES ET NOS DANGEREUX RÊVES DE LIBERTÉ ET D' INDÉPENDANCE

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    NEWS NEWS NEWS. Satish Kumar a été moine jaïn, il a marché avec les proches de Gandhi pour redistribuer les terres, traversé le monde pour dénoncer les armes nucléaires, rencontrer Martin Luther King. Il vient de publier « Tu es donc je suis. Une déclaration de dépendance » (Belfond), un livre où il critique les fondements de la « philosophie égotique » des Occidentaux qui, selon lui, mène le monde à sa perte. Rencontre (article publié en partie dans Le Monde Magazine,  janvier 2011)

    Il semblait ravi de vouloir en découdre. Philosophiquement, bien sûr. D’exposer ses critiques à un journaliste du pays de Descartes, d’une capitale où « Liberté, Égalité, Fraternité » est écrit au fronton des mairies. Il espérait la contradiction, entendait bien discuter pied à pied les fondements mêmes de la pensée française, occidentale, que ce soit le « cogito » cartésien comme les principes de notre République. La veille déjà, au Café de l’Amour, invité à expliquer le titre de son livre « Tu es donc je suis » (Belfond), ses yeux noirs étincelaient, son visage taillé à la serpe s’animait. Tout de suite, m’offrant un thé, il a attaqué fort. « Vous remarquerez que Descartes dit deux fois « Je » dans son « Je pense donc, je suis », il fonde tout seul sa vérité. Tout ce qui vit autour de lui n’existe plus D’ailleurs, il a eu cette révélation en méditant enfermé dans une petite chambre, s’il avait réfléchi dans la nature, entouré d’arbres, d’animaux, caressé par le vent comme Bouddha, il n’aurait pas conclu à une prise de conscience solitaire.»

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  • ENTRETIEN AVEC JOSEPH STIGLITZ. SON ESSAI "LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITE" PUBLIÉ EN FRANCE EN POCHE.

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    ( Le dg de la banque Lehman, Dick Fuld à la sortie du tribunal de New York en octobre 2008. Il était alors poursuivi pour ses émoluments de 2007, juste avant la faillite de la banque, estimés à 100 millions de dollars. Ajoutez 460 millions pour les 3 années précédentes et sa prime de départ :  62 millions de dollars. Des manifestants l'attendaient à la sortie du Palais de Justice, on lit sur les panneaux "Escroc", "Capitaine Cupide")

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    NEWS NEWS NEWS. "Le triomphe de la cupidité" ("Freefall" en anglais, "Chute libre") de Joseph Stiglitz, est publié en poche (BABEL) début janvier chez Actes Sud. Prix Nobel d'économie 2001, ancien  conseiller économique de Bill Clinton (les années prospères de l'Amérique), ancien vice-président de la Banque Mondiale (dont il a démissionné, dénonçant déjà ceux qu'il appelait les "fondamentalistes du marché"), il s'est montré un des économistes les plus clairvoyants de la décennie en annonçant dès 2003 les dangers des crises chroniques du capitalisme financier - il publiait  alors "Quand le capitalisme perd la tête" (Fayard). Je l'avais rencontré  en février 2004 pour Le Monde Magazine, alors qu'il revenait du "Forum Social" de Bombay (altermondialiste) après avoir été invité par le "Forum Economique Mondial" de Davos - où se retrouvent les plus grands dirigeants d'entreprise et les leaders politiques. À l'époque déjà, il tenait des propos qui allaient s'avérer prophétiques au regard du tsunami qui a dévasté la planète financière et ébranlé gravement l'économie mondiale (voir ci-dessous l'entretien de 2004 pour Le Monde Magazine)

    Quatre ans plus tard, interrogé le 18 septembre 2008 par le site d'idées américain Big Think, le lendemain de la faillite de la banque d'investissements Lehman Brothers, considérée comme un des fleurons de Wall Street et des banques d'affaires, Joseph Stiglitz donnait son analyse de la crise des subprimes. Il ne cachait pas sa colère contre les dirigeants incompétents et cupides de la planète financière espérant avant sauver leurs parachutes dorées et leurs bonus après l'annonce du plan de sauvetage de l'Etat américain, financé par les particuliers, estimé à 1000 milliards de dollars - voir ci-dessous l'entretien donné à Big Think, publié dans la Revue RAVAGES en mai 2009.

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  • POLITIQUE DE LA PEUR EN EUROPE. UN FILM COMIQUE ANGLAIS LA DÉDRAMATISE. UN ESSAI DE LA ROMANCIÈRE ALLEMANDE JULI ZEH LA CRITIQUE

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    NEWS NEWS NEWS  Le cinéaste anglais Chris Morris a présenté au festival de Sundance 2010 un film comique se moquant des terroristes islamistes. Le héros s'appelle Omar, c'est un illuminé doublé d'un crétin gratiné qui veut devenir un grand moudjahidine, mériter les Cent Mille Vierges du paradis d'Allah et réussir un attentat  bien sanglant en Grande-Bretagne. Le problème, Omar et ses trois associés se révèlent particulièrement stupides et maladroits, croient tous les discours obtus des mollahs fondamentalistes et échouent dans toutes leurs entreprises - ils rappellent assez, en plus idéologisés, les casseurs amateurs du "Pigeon" de Mario Monicelli.

    Le film s'appelle "We Are Four Lions", et cela fait du bien de rire sur le terrorisme,  de présenter ses militants sous l'angle de la farce et du grotesque - n'est-ce pas beaucoup plus proche de la vérité ? Surtout, cela nous change de la surenchère permanente dans l'alarmisme et de la politique de la peur auxquelles nous assistons depuis des années, toutes deux menées tant par nos gouvernements que dans la plupart des médias, entretenant une ambiance permanente de "guerre au terrorisme" - quand nous y serons pour de bon, nous le saurons : la guerre, hélas, nous la connaissons en Europe...

    Un essai intéressant décryptant cette ambiance de peur, sciemment menée depuis dix ans en Europe comme aux Etats-Unis en vue de faire passer des lois anti-terroristes sévères, vient de sortir chez Actes Sud "Atteinte à la liberté", signé par deux écrivains de langue allemande, Juli Zeh et Ilija Trojanov. Entretien et décryptage ci-dessous (publié dans le Monde Magazine, novembre 2010).

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  • BILL ET MELINDA GATES SE DÉCLARENT DES "OPTIMISTES IMPATIENTS" ET DONNENT 90% DE LEUR FORTUNE À LEURS OEUVRES CARITATIVES

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    NEWS NEWS NEWS. Bill et Melinda Gates étaient de passage à Londres le 17 ocotbre pour lancer la nouvelle campagne de leur fondation caritative : "Living proof", "Preuve vivante". Ils entendaient montrer comment l'aide humanitaire et médicale arrive à destination, qu'elle sauve des vies par milliers, tous les jours, et qu'il faut en finir avec le cynisme et le scepticisme , aider les associations à continuer à agir. Des films présentant des témoignages d'actions réussies, des "preuves vivantes" ont été présentées à cette soirée, tandis que les Gates appelait l'Etat anglais à investir 0,5% de son budget dans l'entraide internationale. Reportage et entretien

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    « Quelle est pour moi la plus belle image du monde ? » demande Bill Gates au public, avec ses lunettes rondes, son gentil sourire et son allure, il faut le dire, très Grand Duduche. Le tableau de Van Gogh « Les tournesols » apparaît derrière lui. «Est-ce celle-là ?». L’Homme de Vitruve, le dessin de Léonard de Vinci, suit. «Ou celle-ci ?» Voici maintenant le logo de Microsoft « Ou bien celle-là ? » La salle rit, un cliché power point s’affiche aussitôt  : la courbe de la mortalité infantile depuis un siècle. Bill Gates s'exclame : « Voilà la plus belle des images ».La courbe passe de 20 millions en 1960 à 9 millions en 2010.

    Nous sommes à la soirée « Living Proof », « Preuve vivante » organisée par la fondation Bill et Melinda Gates au Musée des Sciences de Londres. Quatre cents personnes venues des ONG, la presse, la recherche et du monde artistique et politique anglais ont été conviées. Preuve vivante ? C’est une campagne mondiale lancée par la fondation Gates et l’association ONE - celle de Bono, récemment très critiquée pour ses dépenses somptuaires - destinée à montrer aux opinions des pays riches, à travers des histoires concrètes et des témoignages filmés, que l’aide aux pays pauvres arrive à destination, s’avère utile. Melinda Gates, chaussures, plates, tailleur marine, à peine maquillée, rejoint son mari sur la scène du petit cinéma du musée : « Vous connaissez les arguments… « Ça ne sert à rien ». « L’argent finance des régimes corrompus ». « C’est un emplâtre sur une jambe de bois »... Nous voulons les détromper. » Elle prendra son temps, didactique, enthousiaste, pour décrire les effets pratiques des grandes actions humanitaires en cours financées par les Etats et les fondations. À chaque exemple, un court film « Preuve vivante» vient illustrer ses propos. Une famille de paysans du Nicaragua raconte les effets bénéfiques de la vaccination contre le rotavirus. Une doctoresse d’Addis-Abeba défend l’ouverture de petites salles d’accouchement dans les villages. Une paysanne de Tanzanie décrit comment la plantation de graines de patate douce l’a sauvé de la faim.

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  • CONFERENCE DE NAGOYA. ENTRETIEN AVEC PAVAN SUDKHEV, ECONOMISTE INDIEN, RAPPORTEUR SUR LA VALEUR ECONOMIQUE DE LA NATURE.

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    NEWS NEWS NEWS L'accord adopté ce vendredi 29 octobre à Nagoya (Japon) a été qualifié d’«historique» par de nombreux acteurs politiques et écologiques.  Il  comporte 20 objectifs majeurs visant à stopper la perte de biodiversité d'ici à 2020. À cette date, au moins 17% des aires terrestres et des eaux intérieures, ainsi que 10% des aires marines et côtières devront être protégées - contre respectivement 12,5% de la surface terrestre et moins de 1% des océans aujourd’hui. Par ailleurs, au moins 15% des écosystèmes dégradés devront être restaurés. Un autre objectif prévoit « de supprimer, de réduire progressivement ou de réformer » les subventions néfastes à la biodiversité d’ici à 2020 au plus tard. Le taux de perte de tous les habitats naturels, dont la forêt, devra être réduit d’au moins 50% voire annulé, lorsque c’est possible. Toutes les espèces connues et menacées d'extinction devront également être sauvées d'ici à 2020. Un dernier objectif concerne la protection des récifs coralliens.

    On regrettera que ces choix stratégiques ne constituent qu’un engagement « moral » et ne soient pas contraignant juridiquement, mais c’est là un premier pas décisif dans la reconnaissance de l’urgence de protéger les écosystèmes – le fondement même de notre survie terrestre... Quelque jours avant l’ouverture de la conférence de Nagoya, j’ai interviewé l’économiste indien Pavan Sudkhev, qui a été le rapporteur attendu d’une enquête de trois années sur les valeurs économiques des écosystèmes – l’équivalent du "rapport Stern", mais pour la biodiversité. Selon Pavan Sudkhev, il nous faut d’urgence, partout, comme il l’a déjà fait en Inde, évaluer le « capital naturel » pour mieux en faire comprendre les enjeux au monde capitaliste ? Sans reconsidérer la "valeur ", jusqu'ici reniée et invisible, des services rendus par la  nature et les coûts colossaux de sa dégradation, comment la protéger et fonder une nouvelle économie - un developpement fondé sur le renforcement de la biodiversité et son obligatoire durabilité. Une question se pose aussitôt : n’y-a-t-il pas dans ces "éconoimcs of biodiversity" un risque d'une financiarisation de la nature, se faisant au détriment des pays pauvres, et plus généralement de l’humanité entière et la biodiversité elle-même. ? Le capital de la nature n’est-il pas inestimable, et toute évaluation dangereuse ? Entretien (publié dans le Monde Magazine, octobre 2010)

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  • MARIO VARGAS LLOSA, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 2010. ENTRETIEN RÉALISÉ APRÈS LE "NON" À LA CONSTITUTION EUROPEENNE. "LA FRANCE, DISAIT-IL, CONNAÎT UN REPLI NATIONALISTE"

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    NEWS. NEWS NEWS Mario Vargas Llosa vient d'obtenir le prix Nobel de littérature. L'apprenant, il a déclaré, modestement qu'il s'agissait là d'un hommage à "la littérature latino-américaine".  Ses derniers écrits, "Le langage de la passion. Chronique de la fin du siècle" ont été publiés chez Gallimard en 2005. Il s'agit d'un recueil de textes politiques et polémiques, pour la plupart publiés dans le quotidien Espagnol  "El Pais ". Cet ancien engagé "sartrien", devenu un féroce critique des  thèse socialistes, et un défenseur du libéralisme et des libertés, nous parle du Non " conservateur " de la France à l’Europe, du blocage de la vie politique française, des maisons des jeunes et de la culture de Malraux, et du besoin de carnaval et d'extraordinaire qu’éprouve l’homme depuis toujours.

    Rencontre avec le grand écrivain péruvien de passage à Paris, où il a vécu 7 ans. (publié dans Le Monde 2, 08/2005)


    BIBLIOGRAPHIE VARGAS LLOSA

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    UN ECRIVAIN ENGAGÉ DEVENU UN HOMME POLITIQUE MALHEUREUX

    Mario Vargas Llosa, un des plus célèbres écrivains latino-américains, candidat malheureux du mouvement Libertad (centre droit) aux élections présidentielles du Pérou de 1990, tient depuis 15 ans une chronique polémique dans le grand quotidien espagnol El Pais (centre gauche). Les éditions Gallimard viennent de publier celles écrites entre 1992 et 2000 sous le titre " Piedra de toque ", " Pierre de touche ". On y retrouve la plume féroce et les prises de positions tranchées - libérales, humanistes - déjà montrées dans son recueil d’essais Les Enjeux de la liberté (Gallimard, 1997), où il pourfendait tour à tour l’islamisme pur, la corruption en Amérique Latine, les opposants à la mondialisation, et prenait la défense des libéraux anglais dans leur lutte contre le corporatisme syndical et la bureaucratisation des services publics - ce qui lui coûta l’amitié de son vieil ami, et rival en littérature, Gabriel Garcia Marquez, qui n'a jamais rompu avec Fidel Castro. Dans " Piedra de Toque ", Vargas Llosa continue de critiquer, au nom de sa philosophie libérale, mais faits à l’appui, quelques-uns des mythes de la gauche latino-américaine : la guerilla zapatiste du " sous-commandant " Marcos, dont il rappelle certaines exactions auprès des Indiens du Chiapas; ou Hugo Chavez, qu’il traite de caudillo incompétent, ruinant l’économie du pays le plus riche d’Amérique Latine, le Venezuela. Mais l’écrivain s’en prend aussi aux excès de notre société de médias et de " divertissement ", où la " banalisation ludique " devient " la culture dominante ", où les journaux tabloïds et people, traquant les faux-pas privés des politiciens et des personnalités, se comportent comme de " nouvelles inquisitions ".

    LA FÊTE AU BOUC

    C’est dire que l’auteur de l’inquiétant et irrésistible roman "La fête au bouc" (Gallimard, 2002), qui raconte les derniers jours sanglants du dictateur de Saint Domingue, Trujillo -" J’ai voulu faire le portrait du satrape " dit-il- résiste aux classifications faciles. Quand il m'accueille chez lui, dans un vieil appartement du quartier Saint Germain, il défend avec enthousiasme la loi tout juste votée par les socialistes espagnols qui autorise le mariage homosexuel et l’adoption par des couples gays - mais n’a-t-il pas écrit " Les Cahiers de Don Rigoberto ", un roman défendant la liberté érotique ? L’homme n’a rien d’un conservateur. Au contraire, il se dit " moderne et internationaliste ", reprochant aux pays riches du Nord de fermer l’accès à leur territoire des produits du pays du Sud, et de paralyser ainsi la " véritable mondialisation " du marché. Quant au terme " libéralisme ", cette philosophie politique qu’il a adoptée après avoir été longtemps " marxiste " et " engagé ", il tient à le préciser : "Quand au Pérou on se disait libéral, pendant ma jeunesse, cela signifiait de gauche, contre l'Eglise. Ce courant de pensée a été dénaturé par la gauche totalitaire. Le libéralisme est devenu synonyme de capitalisme sauvage, exploitation, néocolonialisme. Alors qu’il rejette toute forme de monopole, défend la liberté de concurrence." Par contre, si vous lui parlez de l’extrême gauche, ou de Cuba, il rappelle qu’une guérilla sanglante, responsable de quelques 30.000 morts, Le Sentier Lumineux, sévit dans son pays depuis trente ans. Et qu’il a tenté d’analyser et de décrire les rouages de la folie meurtrière des utopies sociales dans son roman " L’histoire de Mayta "

    Mario Vargas Llosa, 71 ans, a longtemps vécu à Paris comme Pablo Neruda, Octavio Paz, Julio Cortazar ou Miguel Angel Asturias, il suit de près les rebondissements de la vie artistique et politique française. Nous l’avons rencontré peu de temps après le " Non " au referendum sur la constitution européenne.

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