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ENQUÊTES - Page 4

  • ISLAMOPHOBIE. RÉALISME, IDÉOLOGIE OU PARANOÏA ?

    NEWS NEWS NEWS. Nous sommes sur le plateau de France 2, le 22 avril, au soir du premier tour de la présidentielle. Les résultats tombent. Les Français ont crédité Marine Le Pen de 17,9 %. Exalté, le porte-parole du Front national, Gilbert Collard, annonce la couleur : « On est la nouvelle droite ! C'est vrai que Nicolas Sarkozy, ça paraît bien fini. » Justifié dans ses prises de position par la surenchère du président sortant sur l'immigration et l'islam, réunissant 6,4 millions de voix, le FN se pose en parti d'alternance. Il se prépare à affronter l'UMP en multipliant les triangulaires aux législatives. Il en a les forces. Marine Le Pen est arrivée première ou deuxième dans 116 circonscriptions sur 577, dépassant les 25 % dans 59 d'entre elles.

    Ce succès de l'extrême droite, sa conversion en une « droite nationale » rejetant, au moins en paroles, « les formes de xénophobie, de racisme et d'antisémitisme », tout en faisant de la lutte contre l'immigration musulmane son cheval de bataille, fait écho à la percée dans toute l'Europe de formations politiques similaires. Citons le Parti du peuple danois, le Parti pour la liberté néerlandais, le FPÖ et le BZÖ autrichiens, les Vrais Finlandais, le Parti du progrès norvégien, le flamand Vlaams Belang, Droit et Justice en Pologne, Ataka en Bulgarie, la Ligue du Nord en Italie, les Démocrates en Suède, l'Union démocratique du centre (UDC) en Suisse. Tous ces partis dépassent aujourd'hui les 5 % des suffrages, quand ils n'atteignent pas 25 %.
    Selon le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, ces formations incarnent l'émergence d'une « nouvelle droite radicalisée ». Leurs programmes oscillent entre deux philosophies très différentes qui s'opposent sur l'économie et les moeurs. Certains, comme le FN, prônent un "nationalisme social" explique Dominique Reynié, de la Fondation pour l'innovation politique. Ils sont eurosceptiques, contre la monnaie unique, ils critiquent la mondialisation, s'en prennent au capital, disent défendre les sans-grade. D'autres, comme le Parti pour la liberté de Geert Wilders, aux Pays-Bas, défendent un « libéral populisme », constate Jean-Yves Camus. Ils défendent l'Europe, le libéralisme, la laïcité et la liberté des moeurs.

    Tous ces partis, cependant, comme le constate le politologue autrichien Anton Pelinka, se retrouvent sur un point : une critique virulente de la pratique de l'islam sur le continent et une dénonciation systématique de l'immigration venant des pays musulmans, associée à une "invasion" menaçant les modes de vie européen - et visant selon eux au remplacement de sa population, en vue d'établir la "charia" de la Méditerranée à la Norvège. Les partis républicains classiques parlent d'une dérive "islamophobe" pour signifier que ces courants politiques exagèrent le danger de l'islam en Europe, se polarisent sur les mouvements salafistes extrémistes, oublient les principes et la solidité de la laïcité républicaine, quand ne font pas preuve de démagogie électoraliste. Ils « jouent démagogiquement la carte qui consiste à dénoncer l'immigration musulmane pour rallier les perdants de la mondialisation » avance Anton Pelinka. Mais est-ce aussi simple ? N'y-a-t-il pas un réel danger a laisser toutes les composantes de l'islam prendre ses quartiers dans la communauté européenne ?

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  • "LACAN MILANAIS" OU "TRUFFATORE", GÉNIE OU ESCROC ? L’AFFAIRE VERDIGLIONE

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    Armando Verdiglione, le psychanalyste milanais contesté en 1988. DR

    NEWS NEWS NEWS. L’amendement Accoyer de 2004 visant à moraliser les pratique de la psychothérapie, rédigé par une figure conservatrice du gouvernement Chirac, a été finalement retoqué suite aux protestations répétées de nombreux intellectuels et même de psychologues cliniciens et de médecins psychiatres dont il était censé protéger la déontologie. Un nouveau décret relatif au titre de "psychothérapeute", désormais accordé aux psychologues et aux psychanalystes membre d'associations reconnues et justifiant d'une formation solide et d'une pratique durable, a été adopté le 7 mai 2012.

    Cet amendement avait été rédigé en s'inspirant en partie de la Loi Ossicini votée en 1989 en Italie pour clarifier les usages dans es milieux psychothérapeutiques, suite au retentissant procès pour escroquerie d'un psychanalyste lacanien, aussi célèbre que contesté, Armando Verdiglione - finalement condamné à Milan pour abus de faiblesse et détournement de fonds. Voici un reportage sur cette affaire, qui a fait beaucoup parler d'elle, réalisé en juin 1986 pour le magazine Actuel.

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  • LES ADOS, LE PORNO ET LA PANIQUE MORALE DES PARENTS

     

    NEW NEWS NEWS. Depuis qu’avec Internet le porno est entré dans la vie des mineurs, il ne se passe pas un jour sans qu’un colloque de psychologie, une convention scolaire, un service gouvernemental, des féministes ou des politiques en débattent. Inquiets. Parfois indignés. Souvent dépassés. En ce début d’année, deux grandes controverses impliquant la pornographie et les jeunes ont fait la Une. D’abord, le rapport de la sénatrice UMP Chantal Jouanno pour le Ministère des Solidarités a dénoncé « l’hypersexualisation » grandissante des filles de 8-12 ans, parlant de « pornification ». Ensuite, l’enquête sur la contraception des adolescentes du Dr. Israël Nisand pour le secrétaire d’Etat à la Jeunesse s’en prend violemment à l’impact de la pornographie sur les mineurs. Chantal Jouanno écrit : «Nous n’avions pas conscience que les codes de la pornographie ont envahi notre quotidien. (…) S’agissant des enfants, elle renvoie à l’hyperérotisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires». Exagère-t-elle ?
    Tapez « Femme » sur Google. Sur la colonne centrale, on lit : «Femme Wikipédia», «Femme Evène », «Femme Actuelle » À droite, colonne des annonces : «Femmes canon en cam», «Elles couchent», «Femmes célibataires» (Meetic). Clic sur «Elles couchent. Batifolage.com». Un couple à moitié nu apparaît . Dessous : «Fellation, sodomie, amateur, partouze, gros seins, éjac faciale. C’est un site porno. Avec «Galerie Vidéo». Clic. Des centaines de photos défilent. Beaucoup de hardcore. Triple pénétration, poing dans l’anus, bouteille dans le sexe. Souvent, on souffre pour les actrices qui encaissent (dans le karaté, c'est du cinéma, pas dans le X-trem).

    Tapez maintenant «Amour». On lit à droite. «Meilleurs films sensuels. La brocante». Clic. Nouveau site porno déguisé. Asiatiques. Beurettes. Blondes. Gang Bang. Sado Maso. Ma voisine de 11 ans qui surfait sur le Net pour sa rédaction sur la Saint Valentin a-t-elle regardé ? Possible. Les films X sont en accès libre sur Internet. Souvent gratuits. Les mineurs regardent massivement. Le "réservé aux adultes" est révolu. L' "Interdit au moins de 18 ans" une galéjade. En 2004, le CSA révélait que 80% des garçons, 45% des filles de 14-18 ans ont vu un X dans l’année. Un garçon sur quatre, une fille sur cinq en a visionné 10 (au moins). Selon l’enquête du Dr Rozier en Île-de-France (2004), 90% des jeunes apprennent l’existence du porno entre 8 et 13 ans. À 11 ans, un sur deux en a vu. En CM2 (9-10 ans), 50% des garçons, 25% des filles. Selon des études canadiennes, 25% des 10-17 ans l’ont découvert par hasard, 25% volontairement. Comment réagissent-ils au premier visionnage, à 10-11 ans, ou plus jeunes ? Une enquête américaine précise : ils «sont surpris et ont peur», ou « sont embarrassés», ou «coupables et confus». La moitié des filles se disent «dégoûtées», un quart «choquées», un quart «surprises». Mais dès 13 ans, leur attitude change. Le porno «distrait» 50% des garçons, «plait» à 30%, 20% le classe en «favoris», une fille sur quatre se dit « curieuse ».

    (Faute de place, une version courte de cet article a été publié dans Le Monde Culture&Idées. Un entretien avec le sociologue Michel Bozon sur "la panique morale des parents" vient à la fin. )

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  • WIKIPÉDIA EST-IL FIABLE ?

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    NEWS NEW NEWS. Début 2012, suite à sa campagne mondiale pour collecter des dons, "l'encyclopédie libre" Wikipédia a collecté 20 millions de dollars (15,3M€) en deux mois. Un million de personnes ont versé à travers le monde. Le pari libertaire de Wikipédia, encyclopédie universelle fabriquée par ses milliers de contributeurs était gagné. Elle continue aujourd'hui, en perpétuelle réactualisation, s'enrichissant chaque jour de nouveaux contenus, surveillée et améliorée par des équipes de bénévoles dans chaque pays. L'époque difficile des années 2007-2008, quand les "trolls" (les lutins vandales) du Net s'amusaient à l'induire en erreur, où les sectaires et les partisans imposaient leurs analyses, semble derrière elle. Nous en racontons ici l'histoire et les grands débats qui l'agitent encore.

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    Difficile de rater la bobine des contributeurs et dirigeants de Wikipédia les mois de décembre et janvier derniers. Vous faisiez une recherche en ligne, leurs portraits apparaissaient, vous invitant à faire un don. Des nerds de tous âges. Susan et ses longs cheveux blancs. Rémi Mathis, président du site français, avec son air potache. Jimmy Wales le pionnier américain. Ce dernier déclarait en ligne : «Lorsque j’ai fondé Wikipédia, j’aurais pu créer une entreprise commerciale et y placer des bandeaux de publicité. Mais j’ai décidé d’en faire quelque chose de différent. Nous avons travaillé durement au cours des années passées afin d’en faire une organisation simple et économe.» Aujourd’hui, Wikipédia est le cinquième site le plus visité au monde. 450 millions de personnes le consultent chaque mois (soit plusieurs milliards de pages vues), l’encyclopédie est traduite dans 280 langues (dont les 12 langues régionales hexagonales), 1,1 millions d’articles sont en français, consultés par 18,8 millions de lecteurs (Médiamétrie 2011). Pourtant, si les quatre premiers sites les plus populaires du Net, Google, Yahoo, You Tube, Facebook ont levé des investissements colossaux, se financent par la publicité (Google annonce en 2011 un milliard de dollars de chiffre d’affaires sur l’Internet mobile), emploient des milliers de salariés (13000 pour Yahoo), mènent de coûteuses campagnes de marketing, Wikipédia tournait en 2010 avec moins de 10 millions de dollars (7,6M€), 95 salariés et des dizaines de milliers de contributeurs bénévoles. Sans publicité. Décidée à renter indépendante, l’encyclopédie participative est financée à 85% par les dons, le reste par des fondations. En 2010, 240 000 donateurs ont apporté 15 millions de dollars. En ce début 2012, elle a collecté 20 millions de dollars (15,3M€) en deux mois. Un million de personnes ont versé à travers le monde. C’est dire l’énorme succès rencontré. Ces dons aideront à développer Wikipédia et ses « projets frères » : le dictionnaire universel Wikitionnaire, le centre d’actualités Wikinews, la banque de livres Wikibooks, le recueil de citations Wikiquotes, la bibliothèque universelle Wikisource, la communauté pédagogique Wikiversité, la base de données Wikimedia Commons, l’inventaire du vivant Wikispecies. Une gigantesque somme de connaissances gratuite, illustrée, en perpétuelle réactualisation, inconnue dans l’histoire. Un tour de Babel où tous les savoirs passés et futurs sont contenus, digne de celle imaginée par Jorge Luis Borges dans ses « Fictions ».

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  • LA PEUR NUCLÉAIRE POUR L'ÉTERNITÉ

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    NEWS NEWS NEWS. À Bure, dans la Meuse, la France pourrait construire un sanctuaire pour les déchets nucléaires qui, assurent les experts, doit durer 500 000 ans. Est-ce raisonnable ? Comment prévenir les générations futures de la boite de Pandore enterrée là ? Enquête (publiée en partie dans Le Monde Culture&Idées)

    Grinçant, le monte-charge commence sa descente. Casqués, bottés, nous portons une lourde ceinture où brinqueballent un masque à gaz et un talkie-walkie. «La chaleur devrait être de 25° au fond» prévient le jeune géologue qui nous accompagne. Nous traversons les sous-sols de la Meuse, trois cents mètres de calcaire, cent de marne argileuse, avant d’atteindre la couche d’argilite dure où a été établi le laboratoire souterrain - moins 490 mètres. Une large galerie bardée de soutènements s’étire devant nous. Lumière chiche, odeur âcre de terre, violents bruits de travaux. Noyés dans la poussière, une équipe d’ouvriers masqués, visage maculé, attaquent au marteau-piqueur un mur de roche grise. Le géologue doit presque crier : «Vous voyez, c’est une roche très sèche, compacte. Cette couche s’est déposée dans le Bassin parisien il y a 160 millions d’années. Depuis, elle est très stable. Elle fait 130 mètres d’épaisseur. » 

    C’est au cœur de cet épais manteau d’argile jurassique, sous le village de Bure, que la France pourrait enfouir d’ici 15 ans les déchets les plus dangereux de son industrie nucléaire. Des résidus indestructibles, contenant des produits de fission mortels, césium 134 et 137, strontium 90 et des actinides radioactifs, curium 244, américium 241. Des produits dits à « haute activité » (HA) et « vie longue » (HAVL). Mortels, pour au moins 500 000 ans. Ces substances constituent 0,2% du volume des déchets nucléaires français - 2293 m3 en 2007 - mais émettent 94,98% de leur radioactivité totale. Si le programme nucléaire continue, ils représenteront 5060 m3 en 2030. Pour l’instant, ces poisons mortels sont entreposés, vitrifiés et refroidis, dans des caissons en inox, sur les sites de production de la Hague (Areva), Cadarache (CEA) et Marcoule (CEA, Areva). Mais, tous les experts le disent, ce stockage est à haut risque. Après quelques centaines d’années, peut-être moins, le verre se fendille, l’inox s’oxyde. Voilà pourquoi depuis 1991, l’Agence Nationale pour la gestion de Déchets Radiocatifs (Andra), un établissement public « à caractère industriel et commercial » - ce que certains écologistes lui reprochent - cherche un lieu imperméable au radiations, un sanctuaire sûr où déposer ce legs létal pour l’homme, les animaux et la biosphère.

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  • PARTOUT, LES SLUT WALKS OU "MARCHES DES SALOPES" CONTRE LE VIOL...

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     NEWS NEWS NEWS Ce premier octobre, après 70 villes autour du monde, un collectif de féministes de New York va organiser sa première Slutwalk, ou "marche des salopes". C'est-à-dire ?  Pourquoi toutes ces marches de femmes décolletées, en minijupe, partout, pour dénoncer le viol ? Enquête.

    Sonya Barnett ne s’attendait pas à ce que 3000 femmes rejoignent la « marche des salopes » - la « slutwalk » - dans les rues de Toronto, le 3 avril dernier. Puis que des milliers d’autres, tout l’été, défilent en minijupe, jeans déchiré, décolletées, à Londres, Melbourne, Denver, Sydney, Reykjavik mais aussi par centaines à Brasilia (« La Marcha das galderias »), New Delhi, Mexico, Séoul, Matagalpa (Guatemala, « La Marcha de las putas»), dans 70 villes autour du monde. Pourquoi toutes ces marches ? Sonya Barnett a été à l’origine de ce mouvement (que des manifestantes appelaient déjà, pendant la manifestation de Londres, 5000 personnes, « la quatrième vague féministe »). Directrice artistique à Toronto, elle se dit début février sur sa page Facebook, « dégoûtée » des propos d’un officier de police canadien, le constable Michel Sanguinetti. Au cours d’un atelier de réflexion sur la sécurité publique à l’université de Toronto, celui-ci a lancé aux responsables : « Une femme ne devrait pas s’habiller comme une salope si elle ne veut pas être victime d’abus sexuel ». Suite à son coup de colère, Sonya reçoit un post de son amie Heather Janis, très remontée elle aussi contre le policier. D’autres femmes s’en mêlent. Elles se disent qu’elles devraient réagir, mais comment ? Alors Sonya propose : « Nous pourrions faire… Quoi ?… une marche des salopes ou quelque chose comme ça. » (une version courte de cet article a été publiée dans Le Monde Culture&Idées du 24/09)

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  • CANNABIS STORY. DE L'APPEL DU 18 JOINT 1976 AUX AFFRONTEMENTS À L'ARME LOURDRE ENTRE DEALERS À SEVRAN (SEINE SAINT-DENIS) CET ÉTÉ 2011

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    NEWS NEWS NEWS Avant l’été, le maire de Sevran (Seine Saint-Denis) a demandé l’intervention de « casques bleus » dans les cités pour empêcher les dealers de haschich de s’entretuer. Pourtant, la prohibition du cannabis existe en France depuis 1970, au contraire de la plupart des pays européens. Faut-il parler de l’échec de la « guerre à la drogue » ? Quelles solutions préconiser ? Enquête.

    1 - L’Appel du 18 joint 1976

    Ce fut une cérémonie à la fois politique et botanique. Dressé à l’entrée du Jardin des Plantes devant la statue de Lamarck, brandissant un joint grand comme le cor de Roland, cheveu au vent, le philosophe François Chatelet a lu l’appel. « Cigarettes, pastis, aspirine, café, gros rouge, calmants font partie de notre vie quotidienne. En revanche, un simple joint de cannabis (sous ses différentes formes : marijuana, haschich, kif, huile…) peut vous conduire en prison ou chez un psychiatre… »

    Applaudi, par une centaine de manifestants, il a entraîné la petite foule vers un terre-plein où un pied de cannabis fut planté avec solennité, malgré les protestations d’un jardinier qui assura que la serre en contenait déjà un. Puis, la police n’ayant rien repéré de ce manège, nous nous sommes attardés sous les frondaisons, fumant quelques cigarettes odorantes...

    (Cet article a été publé en partie sur Le Monde Magazine fin août)

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  • LA BIOMÉDECINE VA-T’ELLE NOUS RENDRE AMORTEL ? ALLONS-NOUS VIVRE DEMAIN 120 ANS OU PLUS ? DANS QUEL ÉTAT ? ENQUÊTE

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    NEWS NEWS NEWS Deux nouveaux essais nous parlent du vieillissement général de la population - elle a doublé en deux siècles - et des possibilités offertes par la médecine génomique d'intervenir sur les processus mêmes de la sénescence : «  Au-delà de nos limites biologiques » du généticien (fameux) Miroslav Radman et « La mort de la mort. Comment la biomédecine va bouleverser l’humanité » du fondateur de Doctissimo, le docteur Laurent Alexandre. Allons-nous vivre bientôt - demain - 120 ans comme Jeanne Calment comme l'annoncent ces auteurs ? Probablement : le nombre de centenaires s’accroît chaque année, la médecine de confort et prophylactique fait des progrès considérables. la lutte contre le cancer progresse, quant à la recherche sur le vieillissement, elle commence à identifier pourquoi nos cellules vieillissent ? Alors, allons-nous tous devenir des « amortels », des créatures qui refusent de vieillir, équipés de pacemakers et truffés de nanorobots ? Allons-nous sortir de la nature, défier tous les processus physiologiques ? Où sont les limites ? Et si nous allons vire très longtemps, dans quel état ?  Enquête

    1 – Où nous découvrons les Amortels, ceux qui veulent ignorer le vieillissement et la mort - nous tous ?

    Vous connaissez les mantras des Amortels. L’oxydation cellulaire tu combattras. Ton système cardio-vasculaire tu épargneras. Ton capital musculaire tu préserveras. Les faiblesses osseuses tu contiendras. Les Amortels ne veulent pas vieillir. Ils ont changé les aliments en alicaments, transformé la diététique en éthique et l’éthique en esthétique. Ils se font combler les rides à l’acide hyaluronique, enlever les taches brunes, dresser les seins, affiner la silhouette. Les Amortels connaissent la dernière médecine réparatrice, la cosmétique anti-âge, pratiquent musculation et exercice, prennent les toniques sexuels. Ils sont amortels comme on dit agnostiques : ils ignorent la mort et le déclin,défient les lois de la nature comme d’autres Dieu. Les Amortels... Le concept a été lancé au printemps par la journaliste Catherine Meyer à la Une de Time. « La première caractéristique des Amortels, écrit-elle, consiste à vivre selon le même scénario, en réalisant les mêmes activités et consommant les mêmes produits de la fin de l’adolescence jusqu’à la lisière de la mort.» Les Amortels veulent être jeunes à perpétuité. Ils détestent l’inactivité, se remarient sur le tard, s’entretiennent durement. À la retraite, ils continuent : bénévolats, associations, voyages.

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  • L'ECRIVAIN ARGENTIN ERNESTO SABATO DISPARAIT À 99 ANS. IL S'INTERROGEAIT : COMMENT EN FINIR AVEC UNE DICTATURE ?

     

     

     NEWS NEWS NEWS. Il  devait avoir 100 ans le 24 juin prochain, Ernesto Sabato, s’il n’avait attrapé un sale rhume. En annonçant sa mort à la presse, sa femme a dit :  «Il a eu une bronchite il y a quinze jours, et à son âge, c’est terrible.» Ernesto Sabato était le dernier grand écrivain vivant de l’époque sombre de l’Argentine, au côté de Julio Cortazar, Adolfo Bioy Casares et Jorges Luis Borges. Physicien de formation, politiquement engagé dans sa jeunesse, il rompt dès les années 1930 avec les staliniens, alors qu'il vit à Paris. Il travaillait ces années-là avec Irène Joliot Curie au centre Marie Curie, tout en fréquentant les cercles surréalistes, et devenu l'ami de Tristan Tzara.

    (DR) terreur,audace

    Il est l'auteur de l’extraordinaire roman « Sobre heroes y tumbas » (Héros et tombes, Seuil, 1962), livre puissant et lyrique qui met en scène Buenos Aires comme aucun autre écrivain argentin. Après la dictature militaire de1976-1983, Ernesto Sabato a présidé la Commission nationale qui a mené l'enquête sur les crimes commis par la junte. Dans lapréface du rapport « Nunca Mas » (Jamais plus), il a tenu, par souci de justice, a rappelé les attentats et les meurtres commis par les guérillas d'extrême gauche comme par les milices d'extrême droite des gouvernements de Juan Peron et d'Isabel Peron (1973-1976). 

    Je l'avais rencontré au terme d'un reportage réalisé à Buenos Aires en janvier 1985 pour le magazine Actuel.Nous étions trois ans après la chute de la dictature, sous le régime du président Raul Ricardo Alfonsin, largement élu. Après deux années d’état de grâce, parfois de liesse, lié à la liberté retrouvée, l'Argentine déchantait. L’inflation galopait dans un pays trop longtemps pillé et étouffé par la junte, les groupes d’extrême-droite complotent, et le président Alfonsin venait de faire passer la loi dite du “Punto final” qui devait mettre un coup d’arrêt au procès des militaires impliqué dans les assassinats d’opposants et des anciens tortionnaires. Cette décision indignait la gauche, comme les familles des 30.000 victimes de la dictatures - Ernesto Sabato, lui, pensait que les militaires étaient déconsidérés, et qu'après avoir goûté à la démocratie les Argentins n'accepteraient plus jamais de vivre sous la botte de l'armée. À ce jour, l'histoire lui adonné raison.

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  • C'EST UNE FILLE OU UN GARÇON ?

     
    L' "Hermaphrodite endormi" du Musée du Louvres(DR)

    NEWS NEWS NEWS Alors que les "marches de la fierté" de juin se préparent dans dix -sept villes de France à l'appel de l'Interassociative LGBT (Lesbienne, Gaie, Bi, Trans), n'oublions pas que les "intersexués" ou hermaphrodites manifestent aussi. Ils veulent que cessent les pratiques médicales d'assignation sexuelle en fille ou en garçon, souvent pratiquées sur des enfants de 3 mois à 2 ans. Ils demandent qu'on arrête une "politique du bistouri" encore trop fréquente, afin de pouvoir attendre un âge plus avancé pour décider de leur sexe et leur genre en connaissance de cause. Derrière leur histoire, on découvre comment la violence des normes sexuelles s'exerce encore aujourd'hui. Enquête (parue dans Le Monde Magazine, mars)

    1 – Où on découvre la triste histoire de l’hermaphrodite Herculine Barbin.

    « Le lendemain de cette nuit trouva Sara anéantie ! Ses yeux, rougis par les larmes, portaient l’empreinte d’une insomnie cruellement tourmentée (…) Je n’avais pas la force de lever les yeux sur Madame P, pauvre femme qui ne voyait en moi que l’amie de sa fille, tandis que j’étais son amant. » Nous sommes l’été 1858, Axelina Barbin, vingt ans, institutrice, a passé la nuit avec sa jeune collègue Sara dans un pensionnat de La Rochelle. Elle raconte sa passion dans son journal intime, en proie au plus grand déchirement. Car Axelina, née Adélaïde Herculine le 8 novembre 1838 à Saint Jean d’Angély, déclarée comme fille par ses parents, présente une morphologie rare. Née avec un vagin, elle présente un court pénis, pas de sein, et doit se raser pour vivre au milieu des femmes. Elle est hermaphrodite...

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