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ENQUÊTES - Page 2

  • INSUBMERSIBLE BRIGITTE FONTAINE

     underground 

    Brigitte Fontaine sur Off-TV lors de la présentation à Saint-Malo de son dernier disque "J'ai l'honneur d'être" 

    NEWS NEWS NEWS Aujourd’hui produite par Universal, éditée par les Belles Lettres, consacrée par un documentaire (Brigitte Fontaine. Reflets et Crudités, 2013), invitée aux Bouffes du Nord, après avoir été un des figures de la scène underground française, l'écrivaine et chanteuse Brigitte Fontaine a connu entre les années 1979 et 1993 un long silence discographique et médiatique. Retour sur cette époque difficile pendant laquelle, insubmersible, elle n'a jamais cessé d'écrire.

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    Elle s’avance dans une lumière basse, ombre frêle et noire, portant une longue jupe de gaze et des brodequins, accompagnée par une guitare électrique. A ses pieds, entre les enceintes, sous les percussions, des centaines de souris blanches en plâtre envahissent la scène du théâtre des Bouffes du Nord. Le ton est donné…

    Elle s’assoit à une table, éclairée d’un spot rouge, se saisit d’un feuillet pour lire un texte de sa voix grave, moqueuse et essoufflée. « C’est clair, tous les chemins mènent à ma nuit et je ne peux être sauvée que par moi, mais je ne m’appartiens pas car on m’a donnée. Je suis une flaque. » C’est un extrait de « Madelon », le monologue poignant d’une femme maltraitée, tyrannisée, qu’elle a écrit en 1978 (Seghers, 1979). Le public applaudit à tout rompre. Il s’est déplacé pour cela : retrouver la force des mots de Brigitte Fontaine, cette écriture à la fois cinglante et émouvante, jamais banale ni mièvre, toujours pleine de pépites, qu’elle distille depuis 50 ans au long de ses chansons et ses livres.

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  • LE CANNABIS, UNE PASSION FRANÇAISE

    Théophile Gautier, auteur du Club des Haschichins, un récit sur les amateurs de cannabis à Paris à la fin du XIXe siècle, parmi lesquels Baudelaire, Delacroix et lui-même.

    NEWS NEWS NEWS D’après les études publiées en 2013 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), le cannabis est la première substance illicite consommée par les adolescents : 41,5 % des jeunes de 17 ans ont déclaré en avoir fumé au moins une fois ; 22,4 % d’entre eux l’ont fait dans le mois écoulé – le plus souvent le week-end, dans « un cadre festif » – et 5 % en font un usage régulier « problématique ». Ce sont les plus hauts chiffres d’Europe dans cette classe d’âge. Un inquiétant paradoxe car en France fumer un joint relève du pénal. Comment l'expliquer ? Enquête.

    La France, qu’on dit morose, aime aussi planer. Tous âges confondus, selon l’OEDT (Observatoire européen des drogues et des toxicomanies), l’Hexagone vient aujourd'hui en deuxième place, juste après le Danemark, un peu avant les Tchèques, les Espagnols et les Anglais : 13,4 millions des Français qui ont entre 15 et 64 ans ont pris du cannabis au moins une fois, soit une personne de cette tranche d’âge sur trois.

    Parmi eux, 3,8 millions l’ont fait dans l’année et 1,2 million se disent des consommateurs réguliers, fumant au moins dix fois dans le mois. Ce sont, en majorité, des jeunes de 17 à 25 ans qui préfèrent le haschisch aux autres produits illicites (cocaïne, héroïne, hallucinogènes), ces derniers tentant 2 % à 3 % d’entre eux. Après 26 ans, le nombre d’amateurs de cannabis chute de moitié (entre 2 % et 4 % après 44 ans).

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  • LA CULTURE TOUCHE LE FRONT

    Jeanne d'Arc, une des nombreuses références historiques du FN, pour qui la "France éternelle" est entrée en décadence  (DR)Jeanne d'Arc, une des nombreuses références historiques du FN, pour qui la "France éternelle" est entrée en "décadence" (DR)

     NEWS NEWS NEWS. Partout où il présente de candidats aux élections municipales, le Front National tient un discours à lissé, à la fois social, anti-système et traditionaliste. Tous les propos inquiétants, anti-démocratiques ou racistes ont été bannis, et leurs auteurs rétrogradés ou exclus du parti - dont acte. Pourtant, dès qu'on regarde de près les programmes culturels des candidats frontistes, on peut s'interroger sur la réalité de cette mue républicaine. Le vieux discours d'extrême droite est toujours là, condamnant "la décadence" de tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Enquête.  

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    A part le mot « merde », qui est « peut-être un peu fort », Jean-Claude Philipot «assume totalement » le libelle contre les collections du fonds régional d’art contemporain de Champagne-Ardenne (FRAC) qu’il a publié le 29 novembre 2013 sur le site officiel du Front national. Intitulé « FRAC : un écrin pour de la merde », le texte de ce commissaire-colonel à la retraite, directeur de campagne de Roger Paris, candidat FN à la mairie de Reims, fustige « les pseudo œuvres qui pourraient parfois être réalisées par un enfant de 5 ans voire par un animal auquel on aurait mis de la peinture sur les pattes et la queue (…) et devant lesquelles les bobos de la gauche caviar ou plus simplement les snobs s’extasient pour faire “moderne” et se distinguer de ce peuple qu’ils méprisent et qui trouve affreux ces “machins” ».

     « Il fait peur », écrit le 2 décembre le quotidien régional L’Union-L’Ardennais, ajoutant : « Le vernis du nouveau style du FN ne tient pas longtemps. » De son côté, la directrice du FRAC, Florence Derieux, réagit : « Ces gens-là ne savent plus quoi faire, quoi dire, pour être médiatisés. Tout ce qui est écrit dans ce texte est une aberration. Quand on est tiré vers le bas par quelqu’un qui ne sait pas de quoi il parle, c’est dur. » Elle rappelle que pour ses 30 ans, le FRAC Champagne-Ardenne a organisé, entre 2012 et 2014, 30 expositions où il a montré plusieurs dizaines des 788 œuvres qu’il a acquises depuis 1984.

     Quelle politique culturelle le FN va-t-il défendre pour Reims ? Dans son bureau de campagne, M. Philipot, ancien délégué national du groupement catholique intégriste Civitas, appelle à la création d’un fonds rémois d’art figuratif (FReaF) pour rivaliser avec le FRAC. Il défend le lancement d’« ateliers itinérants d’artistes et d’artisans destinés à sensibiliser le public à l’amour d’un vrai métier et à la culture du beau ». Il milite pour des fêtes johanniques (festivités traditionnelles rémoises en souvenir du sacre de Charles VII par Jeanne d’Arc) « plus importantes que celles d’aujourd’hui et véritablement médiévales », avec « des groupes folkloriques ». Une proposition qui étonne les responsables de la mairie (PS) : les prochaines fêtes johanniques, le 31 mai, accueilleront quelque 200 artistes, un « spectacle de feu », 140 artisans et un grand cortège musical et théâtral médiéval comptant plus de 800 figurants. Ils n’ont pas attendu le FN pour en faire une fête populaire, fondée sur l’histoire.

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  • ALAIN FINKIELKRAUT, UN ANTIMODERNE À L'ACADÉMIE

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    Alain Finkielkraut chez lui, en 2007. | AFP/LOÏC VENANCE

    NEWS NEWS NEWS Le philosophe Alain Finkielkraut a été élu jeudi 10 avril à l'Académie française, au premier tour, par 16 voix sur 28 – 3 voix sont allées à Gérard de Cortanze, une à Athanase Vantchev de Thracy. Huit bulletins ont été barrés d'une croix en signe de désaveu, après une polémique qui a échauffé les esprits.

    Avant l'élection d'Alain Finkielkraut à l'Académie française, il y a eu, a-t-on appris, quelques « éclats ». Plusieurs académiciens, dont une académicienne, ont fait savoir le 3 avril qu'ils désapprouvaient sa candidature, jugeant le philosophe trop « réactionnaire », parlant d'une personnalité « clivante » – un adjectif pourtant absent du dictionnaire de l'Académie. L'un d'entre eux est allé jusqu'à dire que c'était le lepénisme qui entrait sous la Coupole.

    Aussitôt, plusieurs des « Immortels » réagissaient avec force. L'écrivain Jean d'Ormesson, selon Le Figaro du 3 avril, faisait savoir son sentiment : « Si Finkielkraut n'est pas élu jeudi, je ne mettrai plus les pieds à l'Académie. » Une déclaration aussitôt démentie par l'intéressé.

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  • AU MAROC MULTILINGUE, LE TEMPS D'UN FESTIVAL LITTÉRAIRE...

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    Marocaine parlant le français, le dajira (l'arabe de la rue) et le berbère, la chanteuse soul OUM chante aujourd'hui en français, en arabe et en sarahoui

    Ils se pressent devant le cinéma Renaissance, sur l’avenue Mohamed-V, à Rabat. Que des garçons, de 15 à 25 ans, le survêt' de couleur, la brosse graphique ; ils attendent le rappeur Mobydick. Dans la cohue, nous discutons. Tous répondent en français. Tous parlent entre eux le « darija », l’arabe de la rue. Certains le berbère, que 40 % des Marocains pratiquent. Ils ont aussi appris l’arabe, enfants, dans les écoles coraniques. L’anglais ? Ils l’étudient bien sûr. « Sur Internet, sans l’anglais, tu ne comprends rien. » Il faut les entendre passer d’une langue à l’autre, facilement, sans cesse, les mélangeant parfois - combien de jeunes français seraient capables d'une telle vélocité ?

    LA LANGUE DU COLONISATEUR

    Le Maroc multilingue d’aujourd’hui est un cas intéressant. Surtout dans le contexte régional : dès le premier gouvernement Ben Bella, en 1962, l’Algérie a été arabisée au détriment du français, la langue du colonisateur. Cette question a été beaucoup débattue lors du festival Etonnants Voyageurs, installé à Rabat du 6 au 9 mars, avec une pléiade d’écrivains maghrébins et africains francophones.

    L’arabisation a-t-elle permis à l’Algérie de devenir plus égalitaire, de renouer avec son passé historique et sa propre culture, selon le souhait du grand écrivain Kateb Yacine - un agnostique qui a beaucoup écrit en français, mais aussi en arabe de la rue, et pensait que l'Algérie ne saurait être réduite à une religion, ni au peuple arabe, ni à l'arabe classique du Coran ? La langue est-elle, comme le pensait Heidegger, porteuse d’une philosophie et d’une vision du monde — en Algérie, celle des colons, dont il aurait fallu se prémunir ? Ou bien l’oubli du français et du bilinguisme a-t-il été une perte regrettable, alors que de nombreux écrivains maghrébins, comme beaucoup de Marocains et de Tunisiens, sont restés francophones ?

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  • PLAGIAIRES OU VISIONNAIRES ? DE L'USAGE LOYAL DE L'OEUVRE D'AUTRUI EN ART

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    Le 6 juin 2013 Richard Prince brûle sur une vidéo une de ses toiles, Graduation, où il s'est "réapproprié" le personnage central d'une photo de Patrick Cariou. Il entend par là dénoncer la plainte du photographe pour plagiat (extrait de la vidéo)

    News News News Une des affaires de droit d'auteur qui secoue le monde de l'art depuis cinq ans s'achève ce 16 mars un accord passé entre l'artiste Richard Prince, une des figures de "l'appropriation" et le photographe Patrick Cariou. Ce dernier avait accusé M. Prince de violer ses droits en utilisant dans ses toiles ses photos de rastas jamaïcains, sans les transformer de façon notable - selon les principes du "fair use" en usage dans le droit américain. Si Patrick Cariou avait finalement perdu en appel, 5 des toiles de Richard Prince reprenant les photos originales sans transformation notable avaient malgré tout été reconnues comme litigieuses par une cour fédérale de New York - alors qu'elles avaient été vendues plusieurs centaines de milliers d'euros. Les termes de l'accord n'ont pas été divulguées.

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    C'est une courte vidéo de Richard Prince, le riche et célèbre plasticien américain. Elle est passée le 6 juin sur le site Vimeo, annoncée par un tweet. L'acte est inouï : Richard Prince couvre d'essence puis brûle en direct un de ses tableaux, Graduation, un grand collage sur toile représentant un rasta au visage taché de bleu, portant une guitare électrique. Cette oeuvre avait déjà fait le tour d'Internet en mai, car elle appartenait à la série des cinq tableaux de l'artiste contestés en justice lors du retentissant procès intenté par le photographe français Patrick Cariou. Sur le vidéo, Richard Prince déclare : « J’ai brûlé une des peintures juste pour montrer au type (Patrick Cariou) ce que je suis prêt à faire s’il est vraiment sérieux à propos de ce procès, et, malheureusement, il l’est. »

    Le sujet du litige ? Trente grands collages photographiques sur toile posés sur des fonds de couleur ocre, rouge ou bleue. Graffités et repeints par Richard Prince, les collages montrent des rastafaris et de provocantes femmes nues. Certaines toiles rappellent, version trash, Les Demoiselles d'Avignon, de Picasso, d'autres se présentent comme de larges portraits photos noir et blanc mais traversés de coups de pinceau. La série, exposée en 2007 sur l'île de Saint-Barthélemy puis, en 2008, à la galerie Gagosian de New York, s'appelle « Canal Zone ». Son succès a été immédiat : l'une des toiles s'est vendue 2,43 millions de dollars (1,86 million d'euros).

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  • QUAND L'ART SE JOUE DES GENRES

    4378926_5_e081_pilule-garantissant-l-heterosexualite-de_1cb9e46cde473161548e4c4c96e82f3f-1La Canadienne Dana Wyse, installée en France, propose une pharmacie imaginaire jouant sur nos clichés et nos souhaits standardisés (1998)

    NEWS NEWS NEWS Depuis plusieurs mois, "les études sur le genre", des enquêtes pluridisciplinaires relevant des sciences humaines très développées dans les universités américaines, se voient vilipendées par la droite catholique et l'extrême droite françaises - focalisées dans leur opposition au mariage homosexuel. Elles formeraient, selon ces critiques, une "théorie" très discutable, qui remet dangereusement en cause le fondement même de la différence biologique entre les hommes et les femmes - et par là l'anthropologie et les bases mêmes de toute société.

    Au-delà de l'incompréhension manifeste sur le contenu de ces études - aujourd'hui internationales - et sur le concept même de "genre" que montrent ces critiques, constatons que quelques un des plus grands artistes contemporains, surtout des femmes, ont interrogé, déconstruit ou subverti les normes et les comportements qui régissent nos vies selon notre sexe : ce qu'on appelle le genre. Enquête...

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    Il est en colère ce 14 février, l’illustrateur Marc Daniau, après que le nouveau patron - contesté - de l'UMP Jean-François Copé ait fustigé sur RTL son ouvrage «Tous à poil» (Le Rouergue, 2009), plusieurs fois primé, affirmant que ce livre selon lui dérangeant « fait partie des livres recommandés aux enseignants (par le gouvernement) pour faire la classe aux enfants du primaire». Ce n’est pas tant contre la fausse information avancée par Copé qu’il s’insurge (l’ouvrage figure en fait sur une "bibliographie indicative" pour la jeunesse, réalisée par des parents d’élèves ardéchois, reprise par le Centre régional de documentation pédagogique de Grenoble), mais parce que l'homme politique s’attaque au contenu d’un livre pour la jeunesse qui, selon lui, «défend des valeurs républicaines».

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  • UNE RÉFLEXION SUR LA THÉORIE DU REMPLACEMENT DÉMOGRAPHIQUE DU PEUPLE FRANÇAIS THÉORISÉ PAR L'EXTRÊME-DROITE

     (Peinture de Guillaume Bresson. Sans Titre (2008). Galerie Nathalie Obadia)

    NEWS NEWS NEWS « Le Grand Remplacement est le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre. » C’est en ces termes alarmistes que l’écrivain Renaud Camus, proche du Front National, a lancé en septembre 2013 un manifeste intitulé : « Non au changement de peuple et de civilisation ».

    Depuis deux ans, cette « théorie du remplacement » du peuple français « de souche» par d’autres peuples, principalement venus du Maghreb et d’Afrique, connaît une popularité grandissante dans les milieux d’extrême droite, voire de droite. Cet écho mérite qu’on s’y arrête car cette théorie cristallise des peurs profondes et des discours de plus en plus radicaux.

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    Dans son livre autoédité Le Changement de peuple, paru en 2013, l'écrivain Renaud Camus détaille cette « théorie du remplacement ». Attristé par la mondialisation, l’écrivain affiche une grande mélancolie pour le passé : il affirme que les « maîtres du commerce international » et les « chevaliers de l'industrie globalisée » ont transformé chaque Français en un « pion désoriginé échangeable à merci, sans aspérités d’appartenance, délocalisable ». Ce faisant, ajoute-t-il, ils ont façonné un« homme remplaçable, débarrassé de toute spécificité nationale, ethnique et culturelle ».

    Selon Renaud Camus, cet « économisme pur », relayé par le patronat français et par des hommes politiques inconscients, nous a fait perdre le sens de la patrie et de « l’épaisseur des siècles » : il a dissous la mémoire de notre histoire et de notre littérature, diluant les individus dans une « Grande Déculturation ». C’est cette « hébétude » généralisée qui a permis aux élites corrompues d’orchestrer sans résistance une véritable « colonisation de peuplement » du pays par l’immigration maghrébo-africaine. A la fin du texte, Renaud Camus affirme qu’en France « la proportion d’indigènes est encore assez haute parmi les personnes les plus âgées, mais elle va s’amenuisant spectaculairement à mesure qu’on descend dans l’échelle des âges. Tendantiellement (…), les nourrissons sont arabes ou noirs, et volontiers musulmans ».

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  • MES 100 AMIS SUR FACEBOOK SONT-ILS MES AMIS ?

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    NEWS NEWS NEWS. Le réseau social Facebook atteint désormais 1,15 milliards d’adhérents actifs en quête d’échanges avec leurs « amis ». Mais s’agit-il vraiment d’amitié, les philosophes s’interrogent… Enquête.

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     Quand on demande au philosophe André Comte-Sponville, qui a beaucoup écrit sur l’amitié, s’il possède un cercle d’amis en ligne, il répond vivement : « Mes enfants avaient créé, sans me consulter, une page Facebook à mon intention. Dans les heures qui ont suivi, j’ai reçu trois messages de gens que je ne connaissais pas me demandant si je voulais être leur ami. Cela m’a paru une invasion insupportable et un contresens sur l’amitié. J’ai supprimé ma page aussitôt ! » Selon lui, les relations qui se tissent sur le réseau social sont «superficielles ». « Elles n’ont guère à voir avec « la souveraine et parfaite amitié » dont parle Montaigne, celle qu’il a vécu avec La Boétie, et dont il disait : « Cette amitié de quoi je parle est indivisible, chacun se donne si entier à son ami qu’il ne reste rien à départir ailleurs ». »

    Au regard de cette amitié rare et passionnée, les réseaux de cent « amis » et plus qu’affichent les utilisateurs de Facebook lui semblent pléthoriques et inabouties. « Une réelle amitié ne peut pas se répandre indéfiniment, poursuit-il. Aristote disait: «Ce n’est pas un ami celui qui est l’ami de tous», ni même, j’ajouterai, qui est l’ami d’une multitude. L’amitié suppose trop de confiance, de sincérité, d’intimité - et de temps ! - pour qu’elle soit partagée avec des dizaines de personnes. Un ami, ce n’est pas seulement quelqu’un avec qui je parle ou j’écris, mais une personne avec qui je pratique certaines activités communes, une promenade, un sport, un jeu, un repas. Comment imaginer qu’un écran puisse y suffire, ou en tenir lieu ? »

    André Comte-Sponville conclut par un questionnement inquiet : « Il vaut certes mieux avoir des amis virtuels que pas d’amis du tout, mais il serait dangereux et triste de s’en contenter. Mieux vaut avoir quelques amis réels que des centaines d’amis virtuels sur Facebook… » André Comte-Sponville résume bien la méfiance que suscite encore chez beaucoup de parents, de pédiatres et de philosophes le succès massif des réseaux sociaux comme Facebook, Google+, Tweeter, Tumblr, Instagram ou Linkedin – d’après le rapport Meeker 2013, Facebook réunit aujourd’hui plus d’1,15 milliard d’usagers actifs.

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  • PEUT-ON CONSENTIR À SE PROSTITUER?

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    Manifestation contre la pénalisation des clients de prostituées à Paris, le 17 septembre | Denis ALLARD/REA

     

    NEWS NEWS NEWS Alors que la loi sur la pénalisation des clients des prostituées fait toujours débat dans la classe politique, les philosophes s'emparent d'un sujet sensible...

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    Appelons-la Claudine. Elle a trente ans de rue, et la rage : « Je ne supporte plus d'entendre ces dames patronnesses socialistes m'expliquer que je n'ai pas choisi ma vie. » Gérard, 28 ans, devient « Maîtresse S » la nuit. Il proteste : « Ce qui se passe dans un lit entre deux personnes adultes et consentantes ne regarde personne. La rétribution est d'ordre privé. Nous surveiller et nous pénaliser est une atteinte aux libertés. » Michelle, 34 ans, deux enfants, a perdu son travail il y a quatre ans. Elle se prostitue – un client par soir. « J'ai commencé par hasard, je continue par choix, même si c'est rude parfois. »

    Ces personnes affirment avoir choisi de se prostituer et elles se déclarent libres et consentantes. Elles refusent d'être traitées en victimes, même si certaines admettent que la prostitution n'est pas un travail comme les autres. « Ce n'est pas un métier choisi, comme artiste ou ingénieur, reconnaît Claudine. C'est une activité qui survient sur les chemins de traverse d'une vie, fatigante souvent, physiquement, psychologiquement, mais comme beaucoup d'autres activités. »

    Gérard, lui, reconnaît qu'il rencontre parfois des clients « tordus » ou menaçants : dans ces moments-là, consentir est compliqué. Michelle explique qu'elle compte arrêter bientôt, de crainte, en vieillissant, d'en arriver à accepter des prestations sexuelles qu'elle a toujours refusées.

    Le consentement, qui implique l'autonomie de la volonté de chacun, est un principe éthique et juridique central dans nos démocraties. En droit civil français, tout contrat suppose le consentement des parties. Dans la common law anglo-saxonne, consentir signifie accepter sa responsabilité selon le principe du Volenti non fit injuria : « On ne fait pas tort à celui qui a consenti. » L'éthique moderne de la liberté rejette l'idée d'une morale extérieure, qu'elle soit religieuse ou étatique : on ne saurait imposer ses valeurs à autrui malgré lui, ni le priver de sa liberté d'action et de conscience, s'il n'y consent.

     

    La manifestation annuelle des travailleuses du sexe a rassemblé dimanche 2 juin à Paris entre 150 et 200 personnes. © Max PPP

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