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  • ALAIN MABANKOU : « Pour moi qui suis binational, l’époque est très douloureuse… »

    Philippe Matsas. Opale. Leemage

     NEWS NEWS NEWS Il est le premier écrivain titulaire de la chaire « création artistique » au Collège de France. Alain Mabanckou doit donner, jeudi 17 mars, la leçon inaugurale de ses cours, consacrés à la littérature africaine francophone. Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic (Seuil), auteur de onze romans, poète, Alain Mabanckou est traduit dans quinze langues et enseigne la littérature française à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). Inventeur d’une écriture romanesque originale qui a séduit le public, il est aussi l’auteur de cinq essais, dont Le Sanglot de l’homme noir(Fayard, 2012), où il critique les replis identitaires.

    Dans votre leçon inaugurale, vous vous apprêtez à expliquer que vous n’auriez pas répondu à l’invitation du Collège de France si elle avait été fondée sur vos origines africaines. Que voulez-vous dire  ?

    J’ai accepté d’occuper la chaire de création artistique du Collège de France en tant qu’écrivain. J’en ai un peu soupé d’entendre  : « C’est le premier Noir qui fait ceci ou cela, ou qui entre dans telle institution prestigieuse. » Du fait du passé colonial, de l’esclavage, des chaînes que l’Occident a fait porter aux Noirs, il est toujours sous-entendu que l’écrivain noir africain a une mission. On ne cesse par conséquent de lui demander de témoigner de son histoire douloureuse ou de faire acte de militance. On n’exige jamais cela des écrivains blancs…

    Votre cours a pour titre « Lettres noires  : des ténèbres à la lumière  ». Selon vous, quand la France a-t-elle commencé à s’intéresser à la culture des Noirs  ?

    Un grand intérêt pour les cultures noires ap­paraît en France, dans les milieux artistiques, au cours des années 1920-1930. Pensons par exemple aux peintres comme Picasso ou ­Braque, qui découvrent l’« art nègre » grâce à l’ethnographie. Ils possèdent dans leurs ateliers des statues, des masques africains, et s’en inspirent. Pensons aussi à ces musiciens noirs américains qui viennent à Paris, apportant le jazz. Ils font les succès de La Revue nègre, le spectacle créé en 1925 au Théâtre des Champs-Elysées, dans lequel se produisait Joséphine ­Baker. Les écrivains et les peintres surréalistes fréquentent le Bal nègre, près de Montparnasse, où ils écoutent Sydney Bechet et dansent le charleston avec les Africains et les Antillais. Blaise Cendrars publie, en 1921, uneAnthologie nègre, où il recueille des contes africains de tradition orale… Ajoutons la popularité de la « Force noire  », la troupe des combattants africains venus des colonies, qui s’est illustrée pendant la guerre de 14-18…

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