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LE REVENGE PORN, DÉFOULOIR DES HOMMES QUITTÉS... ET PAS SEULEMENT !

La page d'accueil du site endrevenge.porn, qui conseille comment faire supprimer les images compromettants. (DR)

                                            La page d'accueil du site endrevenge.porn, qui                          donne des conseils pour faire supprimer les images compromettantes

La « vengeance porno », le "revenge porn" comme on l’appelle aux Etats Unis, où des sites lui sont consacrés depuis plusieurs années, fait des émules en France. Le vengeur, presque toujours un homme quitté et jaloux - même si quelques femmes s'y adonnent depuis peu ... -  fait circuler sur Internet des films sexuels privés et des photos de nu de son ancienne compagne, assortis de commentaires odieux, insultants, cherchant à lui nuire et à ruiner sa réputation.

Aux Etat Unis, plusieurs sites de « revenge porn » les accueillent. C’est du méchant. Les hommes bafoués, mauvais perdants, racontent comment leur ex , Sandra, X ( son nom sa ville, son âge) « a baisé la moitié de la Floride », ou « a chopé un herpès en broutant des filles pas propres ». Un autre affabule, « je me suis fait passer pour un prod porno, voilà les films que cette pute m’a envoyée », un troisième appelle les éventuels suiveurs à la violence « Vous pouvez vous lâcher, c’est une dégueulasse. ». Cela tient du défouloir des cocus et des hommes blessés à coeur, du ''chat'' de harceleurs - mais aussi du réseau de film porno amateur : les vidéos sont hard, volées à l’intimité amoureuse. Parfois, elles sont pathétiques : des moments de passion tendre, émouvants à mourir de regret, sont ainsi donnés en pâture...

Les femmes, depuis peu, se mettent au « revenge porn », ce qui n'arrange rien . Sur le site My.ex.com, elles contre- attaquent. Deux grands thèmes de prédilection : le mec mauvais coup et le pédé refoulé - « Il est navrant au plumard. La seule chose qu’il faisait, c’est me sucer toute la nuit. », « C’est un drama queen , fuyez ! », « Je l’ai vu branler des vieux mecs dans le parc. » Et toujours bien sûr, des révélations sur les pires travers du bonhomme, des anecdotes féroces, des propos odieux rapportés.

Messages circulant contre le "revenge porn" (DR)

En cela, "Merci pour ce moment", le livre de confessions de Valérie Trierweler sur sa "vie avec François" ( le titre de la Une de Paris Match, à qui elle a confié ses bonnes feuilles) rappelle assez cet étalement des pratiques vengeresses. Si elle n'entre pas dans le descriptif de la crudité de ses relations, l'auteure discrédite page après page son ancien amant, cherche à rabaisser sa personne, à lui nuire politiquement, l'accuse d'être un menteur chronique, de se moquer des pauvres, d'être autoritaire et hypocrite, etc.

Les dénonciations personnalisées, les attaques physiques, la vengeance passionnelle publique, la délation cruelle contre l'ex sont d'époque. Elles participent au grand déballage de l'intimité qu'a ouvert Internet avec ses possibilités d'accusations anonymes, de captation d'images privées et d'intervention immédiate sans foi ni loi. Elles annoncent le règne d'une inquiétante transparence universelle, qui n'aboutit jamais faut-il le rappeler qu'avec la généralisation de la dénonciation, dont les médias se repaissent, mais aussi le public. Elles font craindre l'émergence d'un ordre moral placé sous la coupe de l'opinion et des rumeurs, où tous les comportements jugés non conformes, déviants, secrets, divergents des pratiques familiales (mises au pinacle comme aux Etats Unis) seront dénoncés, révélées par des images et par des témoignages accusateurs, presque toujours intéressés ou douteux - à la fois juge et partie. 

En ce qui concerne le personnel politique, affirmer que la publication dans la presse du récit de leurs revirements amoureux serait d'utilité publique quand ils sont en charge, parce que révélateurs de leur personnalité et leur morale, mérite plus ample discussion. Faut-il rappeler que jusqu'ici, et toute la classe politique et les grands médias s'en félicitaient, la presse française faisait exception culturelle, épargnait les responsables, refusant d'étaler au grand jour leur vie privée comme cela se fait en pays anglo-saxon, laissant ces scoops à la presse trash. 

Aurait-il fallu, à l'époque, faire les manchettes et les ouvertures de JT avec les amours cachés de Jacques Chirac et François Mitterrand, ou encore de De Gaulle (et hier de Gambetta) ? Faut-il aujourd'hui prendre pour argent comptant les attaques d'une femme jalouse et quittée, les diffuser et les populariser à longueur de colonne et d'émissions sans les questionner, et les traduire aussitôt en termes politiques : le président est un menteur, il n'est pas irréprochable, il n'a aucune éthique, etc ? Jusqu'où ira cette volonté de transparence : faudra-t-il mettre demain des caméras dans les couloirs de l'Elysée pour surveiller si le président ne flirte pas avec sa secrétaire tel un insupportable Bill Clinton - finalement réélu du fait de sa politique économique et sociale ? 

En France, aucun site de « vengeance porno », mais quelques procès déjà. Le jeudi 3 avril, au tribunal correctionnel de Metz, un homme de 35ans a pris 12 mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende pour avoir mis sur Facebook, Skyblog et des sites de rencontres des photos de son ancienne compagne nue. Dans le Doubs, pour une affaire similaire, l'homme a été relaxé. Dans la Manche, un gars de 20 ans a fait circuler des vidéos explicites prises avec sa copine de 17 ans. Elles ont été vues 3000 fois, et la jeune femme n’osait plus sortir de chez elle. Le tribunal de Courtances a condamné le vengeur à 6 mois de prison avec sursis et 2500 euros d’amende.

Ces différences dans les peines s’expliquent par la nouveauté de ces pratiques électroniques - elles se répandent, se géolocalisent, on change de dimension dans la calomnie et l’exhibition forcée. La loi française est encore hésitante sur la qualification du crime, mais « l’atteinte à l’intimité» et au « droit à l’image » relèvent du "consentement individuel" (article 226-1 du code Pénal), bien protégé. Les juges s'en réclament déjà, pour punir lourdement, avec sursis, pour rendre la récidive difficile.

Aux Etats-Unis, un site est consacré à lutter contre le « revenge porn », endrevenge.porn.org (ici ), qui recensent les témoignages sur les effets - parfois dévastateurs - des dénonciations vengeresses. Il présente aussi tous les éléments légaux permettant d’y mettre fin - tant que faire se peut.

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Affiche en ligne contre la revanche amoureuse en public

 

Le revenge porn est d’autant plus désagréable que ces pratiques risquent de gâcher nos vies amoureuses et les souvenirs visuels que nous voudrions en conserver, apportant au cœur de l’intimité le soupçon toujours possible d’une trahison et d’une exhibition future. Doit-on pour cela renoncer à toute mise en image de nos amours ? C’est en tout cas ce que suggère la blogueuse Maïa Mazurette (auteure du classique du XXIe siècle « La revanche du clitoris », La Musardine) , dans un post récent : « Aucun de mes ex n'est méchant. Ce sont des chatons. Mais je suis bien contente qu'aucun d'entre eux n'ait le moindre matériel me concernant (…) Quand les données n'existent pas, du tout, nulle part, on dort tranquille. Or bon sommeil = disponibilité mentale = sexe ». Personnellement, je n’irais pas aussi loin dans le renoncement. À Dieu va, ou au diable - il reconnaîtra les  chiens.

 

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