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LE RETOUR DE NICOLAS SARKOZY OU L'AUTO-ÉROTISME MÉDIATIQUE

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M Nicolas Sarkozy avant son entrée sur le plateau de France 2, où il a expliqué pendant 45 minutes son retour en politique

Le 19 septembre, sur Facebook, dans un texte court - à peine 3 feuillets, 677 mots, 4142 signes - Nicolas Sarkozy annonce son retour en politique. C'est un appel  entièrement à la première personne. Le "Je" y apparaît 17 fois, autant dire à chaque début de paragraphe. Il commence par un « J’ai remercié les Français de l'honneur qu'ils m'avaient accordé », aussitôt suivi d'un lourd regret : « Je leur ai dit ma volonté de me retirer ». Suit le récit des états d’âme de ce Je en retraite forcée : « J’ai pris le temps… J’ai pu prendre… J’ai pu échanger… J’ai vu monter… J’ai senti… Je me suis interrogé sans concession… que j’avais arrêtée sans amertume… ».

 Cette reconstruction narcissique en ligne, s’achève, comme chacun sait désormais, par un retour combatif In Real Life : « J’ai décidé de proposer aux Français un nouveau choix politique ». Lequel ? : « Je suis candidat à la présidence de ma famille politique ». Voilà donc le grand espoir que propose Nicolas Sarkozy sur Facebook : sur la foi de son Je enfin sorti du désarroi, il va prendre la tête de son parti et de toute la droite. Je, le fils prodigue, va redevenir Je le pater familias.

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Sur France 2

A l'entendre, c’est joué d’avance, les autres grandes figures de sa famille ne sauront résister à son retour. C’est que ce qu’indique le Je futuriste utilisé : « Je proposerai de la transformer de fond en comble ». Que fera-t-il de cette famille recomposée ? Une projet assez vague est annoncé : créer « la formation politique du XXI siècle ». Que les Français se rassurent : « Je le ferai » affirme Je à la fin de l'appel, et qu’on ne s’inquiète pas : « Je connais les difficultés qui nous attendent ». C'est  une des rares fois où Nicolas Sarkozy utilise le « nous ». Car enfin, tout ego, fut-il démesuré, doit faire quelque concessions : il n’arrivera pas à tout accomplir seul, même le Roi dit « Nous voulons ».

Ce Je sarkozien qui veut, qui promet, qui s'étale, qui jouit de son seul énoncé - le Je est un "sujet d'énonciation" disent les grammairiens - nous le connaissons bien. Dès sa première allocution aux parlementaires de la majorité, en juin 2007, déjà, juste après son élection, « Je » y apparaissait 126 fois dans son discours. Déjà, il était redondant : « Tout ce que je ferai, je le ferai… ». Déjà, il était volontariste : « Je ferme la porte au reniement...». Déjà, il le confondait avec le « nous » : « Quand je dis « nous réussirons », je ne veux pas dire que mon but… ».

On retrouvait cette même première personne omniprésente dans le discours au Medef d'août 2007. Je apparaissait 134 fois, près de 5 fois par page. Que disait ce « Je » déferlant ? Comme aujourd'hui. Il veut. On comptait 55 « je veux » : « Je veux mettre un terme », « Je veux la rupture » (6 fois) « je veux parler le langage de la vérité », « je veux la croissance », « Moi je veux... ».  

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Au cours de son entretien du dimanche 25 septembre sur France 2, 45 minutes durant, dans le bocal de l'écran, M. Sarkozy a continué à nous conter les agitations de son Je. D’entrée, Je justifie son retour en politique, autant par désir, « J’ai envie », que par devoir : « Je n’ai pas le choix ». Puis, dans un nouveau grand élan narcissique, Je assure qu'il est seul à pouvoir sauver la France : « Si Moi, je ne fais pas ce travail, qui le fera ? » Il reprend plusieurs fois cette idée très égotique du Je omnipotent : « Si j’ai perdu (en 2012) c’était ma responsabilité ». Ce n’était donc pas celle d’une majorité de Français  ? Nous nous trompions : Je avait fauté. 

 Tout au long de l’entretien sur France 2, c’est ce Je vibrionnant qui a apporté toutes les réponses, sans jamais avancer un contenu concret ou des perspectives, excepté un césarien : « Je suis venu pour créer les conditions d'une alternative crédible qui rassemble les Français… ». Pour le reste, concernant les différents politiques avec François Hollande, ils ont été réduits à une bataille d’ego - « Monsieur Hollande pense le plus grand mal de Moi, je ne pense rien de lui » - conclu par un dramatique « Moi, je n’ai pas menti ». Ne nous y trompons pas, ce Je omniprésent, dont la seule évocation aplanit toute difficulté passée et future, est aussi un Moi intime : la personne Nicolas Sarkozy, qui dévoile le fond de son âme pour dire la vérité.

Quant aux nombreuses affaires de justice qui attendent l’ancien président, elles sont ramenées à une problématique personnelle : si elles défient le Je historique, elles n'atteignent pas le Moi profond, qui parle la main sur le coeur et s'écrie « Qui me rendra mon honneur ? », puis en appelle à sa vérité intime : « Si j’avais quelque chose à me reprocher, au fond de Moi, vous croyez que je… ». Ainsi va l'amour de Nicolas Sarkozy pour lui-même : son Je ne craint pas les juges et les procès, car son Moi, mis à nu devant les téléspectateurs, est exempt de tout péché : lui le sait.

On se souvient qu’en mars 2007, Nicolas Sarkozy confiait au philosophe Michel Onfray qu’il trouvait «absurde» le principe de Socrate « Connais-toi toi-même », et qu’il jugeait cette démarche « impossible ». En effet, il semble bien que M. Sarkozy méconnaisse toujours, les années passant, l’extraordinaire inflation discursive de son Je narcissique, en perpétuelle reconstruction, confinant à une forme inédite d'auto-érotisme médiatique.

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