Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

QUAND L'ART SE JOUE DES GENRES

4378926_5_e081_pilule-garantissant-l-heterosexualite-de_1cb9e46cde473161548e4c4c96e82f3f-1La Canadienne Dana Wyse, installée en France, propose une pharmacie imaginaire jouant sur nos clichés et nos souhaits standardisés (1998)

NEWS NEWS NEWS Depuis plusieurs mois, "les études sur le genre", des enquêtes pluridisciplinaires relevant des sciences humaines très développées dans les universités américaines, se voient vilipendées par la droite catholique et l'extrême droite françaises - focalisées dans leur opposition au mariage homosexuel. Elles formeraient, selon ces critiques, une "théorie" très discutable, qui remet dangereusement en cause le fondement même de la différence biologique entre les hommes et les femmes - et par là l'anthropologie et les bases mêmes de toute société.

Au-delà de l'incompréhension manifeste sur le contenu de ces études - aujourd'hui internationales - et sur le concept même de "genre" que montrent ces critiques, constatons que quelques un des plus grands artistes contemporains, surtout des femmes, ont interrogé, déconstruit ou subverti les normes et les comportements qui régissent nos vies selon notre sexe : ce qu'on appelle le genre. Enquête...

-------------------------------------

Il est en colère ce 14 février, l’illustrateur Marc Daniau, après que le nouveau patron - contesté - de l'UMP Jean-François Copé ait fustigé sur RTL son ouvrage «Tous à poil» (Le Rouergue, 2009), plusieurs fois primé, affirmant que ce livre selon lui dérangeant « fait partie des livres recommandés aux enseignants (par le gouvernement) pour faire la classe aux enfants du primaire». Ce n’est pas tant contre la fausse information avancée par Copé qu’il s’insurge (l’ouvrage figure en fait sur une "bibliographie indicative" pour la jeunesse, réalisée par des parents d’élèves ardéchois, reprise par le Centre régional de documentation pédagogique de Grenoble), mais parce que l'homme politique s’attaque au contenu d’un livre pour la jeunesse qui, selon lui, «défend des valeurs républicaines».

PHO6544b2b6-930b-11e3-9d11-442a32cc072f-805x453

Une planche du livre pour la jeunesse "Tous à poil" dénoncé comme scandaleux par Jean-François Copé en février

« En peignant des gens nus courant se baigner, des élèves et des professeurs, des gros et des maigres, des noirs et des blancs, des hommes et des femmes, explique-t-il, je montre que nous nous ressemblons tous, quelque soit notre situation, notre couleur de peau ou notre sexe. Quand nous sommes nus, c'est « Liberté, égalité, fraternité » ! » Pour l’illustrateur , Jean-François Copé « s’est fait de la publicité », et a joué « les père-la-morale» à ses dépends. En s’en prenant à lui, cible facile et anonyme, il a voulu raccrocher le mouvement lancé par la droite catholique contre la et la dégradation des moeurs et la « théorie du genre », qui serait insidieusement diffusée par les nouveaux « ABCD de l’égalité » promus par le ministère de l’éducation.

Si Marc Daniau trouve « très grave » qu’un homme politique appelle à censurer un livre, il dénonce qu'on «s’en prenne à un artiste, c’est-à-dire une personne qui cherche et invente.» « Je n’ai pas voulu faire un tract, proteste -t-il, mais donner à réfléchir aux jeunes sur ces questions de nudité et de genre, tout en défendant des valeurs humanistes.»

"Art, History, Gender" à Sciences Po

L’illustrateur n’est pas le seul artiste, loin de là, a avoir abordé ces thèmes sensibles. De fait, comme l’explique l’historienne de l’art Élizabeth Lebovici, qui donne le cours «Art, history, gender» à Sciences Po, «depuis les années 1980, la liste des artistes plasticiens qui se livrent à un questionnement critique, parfois subversif des normes sexuelles est longue, et compte plusieurs très grandes figures de l’art contemporain».

Ainsi la photographe américaine Cindy Sherman – qui a détenu un temps, en 2011, le record de la photo la plus chère du monde (3,89 millions de dollars) – se met en scène depuis trente ans dans des autoportraits qui jouent sur les clichés de genre. Dans sa série Untitled Film Stills (1977-1979), elle rejoue les stéréotypes féminins du cinéma : femme au foyer déprimée, adolescente rêveuse en jupe à carreaux, ménagère façon néoréalisme italien. En 1980, elle travaille sur des séries de mode qu'elle détourne, refusant le glamour, présentant un visage enlaidi, une posture triste ou perturbée. « Je veux me moquer de la mode, écrit-elle alors. Je suis dégoûtée par la manière dont les femmes s'arrangent pour être belles. Je suis beaucoup plus fascinée par la face cachée. »

genre,féminisme,queer

Cyndy Sherman. Untitled Film Stills # 10 (1978)

En réalisant ces mises en scène de clichés féminins de l'époque, en revisitant, dans les années 1990, les portraits de femmes de l'histoire de la peinture, en les corrompant et les caricaturant, Cindy Sherman nous montre, poursuit Elisabeth Lebovici, «combien les femmes construisent leur identité en incarnant et en citant des personnages fabriqués ailleurs – au cinéma, dans les médias, les publicités – et jouent un rôle dans un scénario écrit en dehors d'elles ».

Ce faisant, elles participent au « cinéma obligatoire » de leur genre. Elles en déclinent, comme sur les photos de Cindy Sherman, les manières acceptables, portent des jupes, des bas, des hauts talons, se maquillent avec ou sans excès, se féminisent jusque dans le choix du moindre accessoire : bijoux, lunettes, sacs à main, parfum.

« SEXE SOCIAL »

Cindy Sherman n'est pas la seule artiste, loin de là, à avoir abordé le thème sensible du genre, qui défraie la chronique depuis des mois en France. « Depuis les années 1970, la liste des artistes plasticiens qui se livrent à un questionnement critique, parfois subversif, des normes sexuelles est longue, reprend Elisabeth Lebovici en historienne. Elle compte de grandes figures de l'art contemporain. » Cette vague de création a accompagné l’essor des fameuse «gender studies», «les études sur le genre», dans les universités américaines et canadiennes

Ces recherches pluridisciplinaires, débutées en France après les travaux de Simone de Beauvoir et des féministes françaises des années 1950 et 1960, reprises par le travail « archéologique » de Michel Foucault sur les normes sexuelles, ont apporté un véritable renouveau aux sciences humaines, surtout dans les pays anglo-saxons : elles ont permis de mieux comprendre que la société nous assignait, en fonction de notre sexe, un rôle social fait d'un ensemble d’obligations, de règles de comportements, de tenues obligatoires, de normes, mais aussi de clichés et des poncifs, induisant souvent pour les femmes des situation inégalitaires - ce qu’on appelle le genre.

Lire notre décryptage : « Théorie du genre », dix liens pour comprendre

A leur manière ironique, en travaillant sur les clichés féminins d’une époque, les autoportraits de Cindy Sherman rejoignent les réflexions de la philosophe américaine Judith Butler. Cette figure des gender studies estime que le genre est une « performance quotidienne » : tous les matins, chaque homme, chaque femme, écrit-elle dans « Défaire le genre » (Editions Amsterdam, 2012), s'engage dans cette « activité incessante et répétitive » qui consiste à mettre en scène son « sexe social » . « C'est une pratique d'improvisation déployée à l'intérieur d'une scène de contraintes » – qui ne va pas, comme le montre certaines photos de Cindy Sherman, sans une certaine « mélancolie », liée à un sentiment de dépossession de soi-même.

tumblr_mohdokw8Tq1rpfswho4_1280

Barbara Kruger. Affiche inspirée d'une création de 1989

Une autre artiste américaine, Barbara Kruger, née en 1945 dans le New Jersey, travaille sur les mêmes idées en faisant des photomontages d'images médiatiques émaillées de slogans dérangeants. Dans « You Are Not Yourself » (« Vous n'êtes pas vous-même », 1984), un impact de balle fracture une publicité dans laquelle figure une femme. Dans « I Shop Therefore I Am » (« J'achète, donc je suis », 1987), elle détourne une réclame et critique la passion féminie du shopping. Dans « Your Body Is a Battleground » (« Ton corps est un champ de bataille », 1989), elle inscrit ce slogan sur le visage d'une femme maquillée.

Chaque fois, elle interpelle l'imagerie féminine dominante et standard – et elle-même. Est-ce que je suis cette personne qui doit se plier aux règles de bienséance ? Mon corps n'est-il qu'un objet de désir et de représentation ? M'appartient-il encore ou à ceux qui me regardent, attendant de moi un mise en scène érotique ou à la mode ?

Est-ce que je suis ce nom : Femme ?

Ce travail de Barbara Kruger résonne aussi avec les réflexions de la féministe anglaise Denise Riley, auteure de l'essai « Am I That Name ? » (« Est-ce que je suis ce nom ? », Palgrave Macmillan, 1988), où elle se demande si être définie comme « une femme » du fait de son sexe a un sens, et si cette appellation suffit à fonder son identité : je suis d’abord une femme. Non, répond-elle, comme Barbara Kruger : je ne suis pas réductible à un mot ni à un organe génital. Mon intelligence, ma volonté, mon talent n'ont pas de sexe. En cela, elle remet en cause les préjugés sociaux qui attribuent souvent aux femmes des dispositions « naturelles », comme l'attention aux autres, l’intuition, le calme, l’instinct maternel ou l'empathie. Il n'existe pas, estime-t-elle, d'activités proprement « féminines », de métiers de femme ou d'« esprit » féminin : tout ce consensus est construit, entretenu, et demande à être interrogé et critiqué.

La plasticienne canadienne Dana Wyse décline, elle aussi, ce questionnement sur les clichés de genre. Installée à Paris, elle imagine, dès 1990, un monde utopique où nous pourrions réaliser instantanément tous les désirs véhiculés par les normes sexuelles et familiales. Elle fabrique ainsi quantité de faux médicaments à effet instantané qui sont censés changer notre apparence ou réaliser un voeu cher. L'une des pilules permet de « Devenir blonde immédiatement », une autre de « Trouver son point G », une autre « Garantit l'hétérosexualité de votre enfant ».

WyseDana-04P La pharmacie de Dana Wyse, suite (2002)

Si personne ne consomme les pilules miracles de Dana Wyse, la seule vue des sachets conditionnés qui les contiennent, illustrés par de fausses publicités ingénues, provoque un effet comique. L'artiste se moque de nos rêves naïfs, elle épingle nos peurs sociales, révèle nos stéréotypes. Elle a déjà réalisé 200 pilules, ainsi que des spray pour « avoir un gros pénis » ou des chewing-gums pour « comprendre le sens de la vie ». Toute une pharmocopée parallèle, qui rejoue la nôtre, parodiant nos clichés.

« Nous vivons dans un monde de clichés et d'archétypes sans même nous en rendre compte, explique Dana Wyse. Nous voudrions tous avoir des enfants hétéros, être riches, rester jeunes, minces et être blond platine, posséder une grosse voiture. Alors, nous nous gavons de cachets, de vitamines, de Viagra ou d'antidépresseurs pour y arriver. »

En vérité, nous avons tous pris les pilules de Dana Wyse. « Les hommes aussi obéissent à des poncifs de genre, sourit-elle. Angoisse de la performance, obligation de réussir, de s'imposer par son statut social, d'assumer la violence physique, de faire preuve de virilité, de ne jamais apparaître comme un homosexuel. »

GUERRILLA GIRLS

En plus de Cindy Sherman, de Barbara Kruger et de Dana Wyse, des dizaines d'artistes réputés interrogent, depuis les années 1970, la construction sociale des comportements féminins et masculins. Les autoportraits du plasticien Michel Journiac (1935-1995) décryptent ainsi les « rituels » vestimentaires de chaque genre; les affiches provocantes des Guerrilla Girls (années 1985-2005)) new-yorkaises proclament « Femelle par naissance, féministe par choix »; le portrait colossal d'un travesti par la peintre anglaise Jenny Saville, figure des Young British Artists, fait scandale ; les nus lyriques du photographe d'origine nigériane exilé à Londres Rotimi Fani-Kayode jouent avec les identités.

2-female-by-birth

Affiche des Guerrilla Girls (1990)

Ces oeuvres dérangent parce qu'en une seule image forte elles révèlent combien posséder un sexe – un organe dont on pourrait se passer pour vivre ou cesser de l'utiliser durant des années – nous condamne à un statut social figé et une hiérarchie inégalitaire : il suffit, pour s'en convaincre, de regarder l'ampleur des inégalités salariales hommes-femmes ou la répartition sexuée du travail domestique ou parental. Cette assignation sociale nous impose des obligations qui semblent « naturelles », alors qu'elles évoluent sans cesse au gré des changements de moeurs et des luttes d'émancipation.

Après la première vague critique des « gender studies » et des artistes féministes dans les années 1980 puis au début des années 1990, apparaît, à partir de 1995, avec la naissance du mouvement « queer », une nouvelle génération d'artistes. « Elle glisse de la dénonciation politique ou humoristique du genre à une volonté d'émancipation des normes », explique la sociologue Natacha Chetcuti, auteure de « Se dire lesbienne. Vie de couple, sexualité, représentation de soi » (Payot, 2013). Ces nouveaux venus décident de passer à l'acte, de se libérer des contraintes de genres et de se forger leur propre identité, au-delà du sexe social

MOUVEMENTS QUEER

Dans le monde anglo-saxon le terme « queer » est une injure - comme « pédale » ou « fiote » en français - lancée par les « straights » et les « squares » : les hétérosexuels « réacs » qui méprisent toute sexualité non hétérosexuelle. Mais voilà qu’en 1990, un groupe d’activistes féministes et gays new yorkais, le mouvement Queer Nation, détourne le mot pour en faire une revendication. Ils affirment : oui je suis queer - homosexuel(le), bisexuel ou transexuel (LGBT) - et j’en suis fier. Ils multiplient les actions directes pour se rendre visibles, animent les « gay prides » (les « marches pour la fierté » qu'ils transforment en carnaval), s’associent avec les groupes minoritaires noirs, chicanos, immigrés - chez qui l’homosexualité est plus ostracisée encore -, s’implantent aux Etats Unis, puis en Europe, jusqu’en Chine.

Une intense activité théorique et artistique les accompagne. Dans «Epistémologie du placard» (1990), étudiant la force des tabous sexuels dans la littérature occidentale des XIXe et XX siècle, l’universitaire Eve Kosofsky Sedgwick constate que nos sociétés « associent par principe un genre et une sexualité ». Toute dissociation est déconsidérée, ou jugée malsaine ou perverse : un homme, une femme ne saurait avoir d’expérience homosexuelle. C’est le pendant de l’opposition rigide masculin-féminin.

Dans «Penser le sexe» (1984), l’anthropologue américaine Gayle Rubin explique comment nous sommes de fait emprisonnés par les règles d’une « bonne sexualité » : elle doit être naturelle, hétérosexuelle, saine, conjugale, monogame, procréatrice, désintéressée, générationnelle, privée, sans accessoire, dépourvue de perversité. Tous ceux qui s’en écartent sont du côté du « maladif » .

Rhiannon Schneiderman Photography

                 Un portrait signé Catherine Opie (2008)

La vague des artistes « queer » accompagne ce mouvement théorique, s’ingéniant à déconstruire et subvertir, au gré de leurs images et leurs performances (inspirées des pratiques de rue), toutes ces catégories qu’ils jugent étouffantes et liberticides. Ainsi la photographe américaine Catherine Opie, célèbre depuis sa rétrospective au Guggenheim Museum en 2008, réalise des portraits lumineux, souvent comparés à la peinture flamande, de personnages de la communauté LGBT tatoués, musclés, moustachus, au sexe et à la sexualité difficile à définir. Ceux-ci, à la manière des dandies de la fin du XIX siècle, détournent les codes du genre, les rejouent, les entremêlent, pour affirmer une personnalité à part. Une identité singulière: la leur.

Ce faisant, ils nous interpellent : ne sommes-nous pas tous, chacun à notre façon, un composite de masculin et de féminin, avec des allures changeantes, des gestes ambigus, des désirs troubles, développant une sexualité « excentrique » ou « originale » : l’autre sens du mot « queer » ?

Une autre photographe, française, Dorothée Smith, met en scène dans son livre « Lövly » de adolescents pâles et songeurs, androgynes, nimbés de couleurs diaphanes. Elle nous rappelle qu’à ces âges parfois, les teenagers ne sont pas encore ligotés par les normes de genre et de sexualité. Ils se cherchent, ils font des expériences, ils arborent des allures provocantes : « On n’est pas sérieux quand on a dix sept ans » écrivait Rimbaud dans « Roman » (1870). La critique d’art Dominique Baqué, auteure d’un livre d’histoire de l’art consacré au « Mauvais genre » croit que les photos de Dorothée Smith nous touchent parce qu’elles nous questionne sur ces moments d’hésitation, où l’identité sexuelle flotte dans un « entre-deux », « cet espace inimaginable et indéterminé qui ouvre à tous les possibles ».

4378928_5_a23f_ill-4378928-d3fc-dorotheesmith-catalogue-02_109872f128cb22d9203702798a02950a

«Sans titre», Dorothée Smith (2012)

Emilie Jouvet, une autre photographe française, cinéaste primée dans plusieurs festivals LGBT, réalise depuis 15 ans des portraits intimes de ses proches. Elle les a regroupés dans un livre, « The book », sorti le 13 février. Ce sont toutes des femmes, lesbiennes ou bisexuelles, qui construisent leur propre identité, au gré de leur subjectivité. Or celles-ci sont nombreuses : on voit des butchs (des garçons manqués), des fems (des lesbiennes ultra-féminines), des trans-sexuels, des drags kings (des femmes travestis en travestis ou en mâles), des lesbiennes enceintes, des personnes au sexe indéfini. Toutes se livrent, montrant leur désir, émues, fières, provocantes, drôles.

« Je les suis depuis des années, raconte Emilie Jouvet. Dés lors qu’elles ont ressenti les normes de genre comme factices, ou comme un carcan, elles ont retrouvé leur liberté, et ont voulu se réinventer. Les plus jeunes se promènent tout au long du spectre féminin-masculin, ultra-femme un jour, androgyne le lendemain, ou garçonne. Elles s’autorisent d’être multiples, de ne pas avoir une identité figée. ». A entendre Emilie Jouvet, qui dit savoir ce dont elle parle, et ce qu’elle subit, nos sociétés veulent encore préserver à tout prix une barrière rigide entre les sexes. En plus des codes stricts des tenues, des comportements et des allures imposés par la grammaire des genres, « les injonctions sont permanentes pour dénoncer toute manifestation d’amour homosexuel en public.». Cela, affirme-t-elle, ne s’est pas arrangé avec la mobilisation contre le mariage pour tous : les attitudes insultantes envers les homosexuel(le)s ont augmenté.

Voilà pourquoi la photographe veut continuer à faire les portraits de ses amies, à faire le récit, en images émues, de leur vie quotidienne. « C’est le rôle de l’art de montrer l’amour. C’est à lui de révéler la vie de ceux qui souffrent du mépris social, mais aussi de montrer comment ils résistent, inventent de nouvelles manières d’être, se construisent un monde à eux.»

Laissons-lui le mot de la fin : « Au-delà de notre genre, quel qu’il soit, nous voulons tous être uniques. »

(une version courte de cet article est parue dans Le Monde Culture&Idées en février 2014)

1426713_10151854535297659_463080436_n

La couverture du livre de portraits d'Emilie Jouvet ( Art Book 2014)

Les commentaires sont fermés.