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LE CANNABIS, UNE PASSION FRANÇAISE

Théophile Gautier, auteur du Club des Haschichins, un récit sur les amateurs de cannabis à Paris à la fin du XIXe siècle, parmi lesquels Baudelaire, Delacroix et lui-même.

NEWS NEWS NEWS D’après les études publiées en 2013 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), le cannabis est la première substance illicite consommée par les adolescents : 41,5 % des jeunes de 17 ans ont déclaré en avoir fumé au moins une fois ; 22,4 % d’entre eux l’ont fait dans le mois écoulé – le plus souvent le week-end, dans « un cadre festif » – et 5 % en font un usage régulier « problématique ». Ce sont les plus hauts chiffres d’Europe dans cette classe d’âge. Un inquiétant paradoxe car en France fumer un joint relève du pénal. Comment l'expliquer ? Enquête.

La France, qu’on dit morose, aime aussi planer. Tous âges confondus, selon l’OEDT (Observatoire européen des drogues et des toxicomanies), l’Hexagone vient aujourd'hui en deuxième place, juste après le Danemark, un peu avant les Tchèques, les Espagnols et les Anglais : 13,4 millions des Français qui ont entre 15 et 64 ans ont pris du cannabis au moins une fois, soit une personne de cette tranche d’âge sur trois.

Parmi eux, 3,8 millions l’ont fait dans l’année et 1,2 million se disent des consommateurs réguliers, fumant au moins dix fois dans le mois. Ce sont, en majorité, des jeunes de 17 à 25 ans qui préfèrent le haschisch aux autres produits illicites (cocaïne, héroïne, hallucinogènes), ces derniers tentant 2 % à 3 % d’entre eux. Après 26 ans, le nombre d’amateurs de cannabis chute de moitié (entre 2 % et 4 % après 44 ans).

 

4414590_5_92e2_infographie_43b534434e9160e0a165b44f679dcea5 Les chiffres de l'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies de 2012. Infographie Le Monde.

Un phénomène géographique, historique et culturel

Comment expliquer cet engouement pour un stupéfiant quasi inconnu en France jusqu’au milieu du XIXe siècle  ? Sa consommation sous forme de joints s’est popularisée dans les années 1970. Depuis, le cannabis s’est installé durablement, générant un important trafic. Le phénomène a des racines complexes, tant géographiques qu’historiques, culturelles, contre-culturelles et politiques.

Le responsable du centre d’addictologie de l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif (Val-de-Marne), Amine Benyamina, avance une explication « spatiale » à l’usage important du cannabis en France  : « Notre pays se trouve entre deux pôles fournisseurs. Au sud, le Maroc, avec les plantations du Rif, au nord, les Pays-Bas, avec les coffee shops où l’herbe est en vente libre. Ces sources d’approvisionnement font de la France un couloir de passage. » Selon le psychiatre, la disponibilité du produit en facilite donc l’usage.

A cette dimension géographique s’ajoute la proximité historique entre Français et Marocains, qui ont longtemps vécu ensemble du temps du protectorat (1912-1956), puis à travers les migrations. Or le Maroc n’est pas seulement l’un des plus importants producteurs de cannabis du monde selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) et un grand fournisseur des amateurs français : ses citoyens en cultivent et en consomment depuis longtemps.

moroccan-cannabis Le Maroc est le plus important producteur de cannabis au monde. Le débat sur la dépénalisation y est désormais ouvert. Pendant la colonisation, la France gérait la Régie marocaine du Kif.

Ces produits sont issus d’une tradition séculaire arabo-orientale, où les effets enivrants, assoupissants mais aussi langoureux et aphrodisiaques de la plante sont connus. Mohamed Mrabet, un écrivain de Tanger, a raconté avec humour dans ses nouvelles l’ivresse propre au cannabis, mais aussi l’entrain des jeunes Français à venir fumer au Maroc, où une forme de tourisme du haschisch s’est développée dès les années 1960. Qu’un pays si proche, largement francophone, en tolère l’usage a contribué à encourager et à dédramatiser son expérimentation en France.

Ajoutons que l’Etat français, aujourd’hui sévère en matière de prohibition, a financé jusqu’en 1932 la Régie marocaine des kifs et tabac. Celle-ci supervisait la production et la vente d’un mélange de marijuana et de tabac, portant timbre fiscal, à destination du marché intérieur marocain. Un fait historique souvent cité par les partisans d’une dépénalisation de l’usage.

Hédonisme français

Une forme d’hédonisme propre à la France joue aussi dans le succès du cannabis. « La France a une tradition festive ancienne, appuyée sur une histoire gourmande et vinicole, observe Christophe Palle, responsable scientifique de l’OFDT. Elle a longtemps été le premier pays consommateur d’alcool au monde du fait du vin. » Sur la question du « droit au plaisir », ajoute ce spécialiste, les enquêtes révèlent un « individualisme français » : « Il existe chez les jeunes adultes un certain rejet des messages de santé publique ou encore des interdits de la police. Pour eux, l’Etat n’a pas à s’immiscer dans ces domaines. »

Christophe Palle ajoute que le recul des préceptes religieux depuis un siècle et la dissolution des liens communautaires dans les villes et les zones péri-urbaines ont renforcé cet individualisme libertaire qui cherche des « satisfactions permanentes » et ne « tolère pas l’ennui  ».

La sociologue Anne Coppel, coauteure de Drogues, sortir de l’impasse. Expérimenter des alternatives à la prohibition (La Découverte, 2012), propose une analyse plus ancienne des causes culturelles. Elle évoque l’influence du « mouvement de contestation et de créativité souterrain » démarré dans les années 1960 aux Etats-Unis (groupe de marginaux californiens des Merry Pranksters, « Summer of Love » californien de 1967, etc.), relayé durant les années 1970 par les stars de la pop, du rock anglo-saxon (des Beatles à Hendrix), du reggae jamaïcain (comme Bob Marley), ou encore par le cinéma (de More, de Barbet Schroeder, en 1969, à Hair, de Milos Forman, en 1979).

4361801_5_1621_catch-a-fire-considere-comme-le-premier_586828ad5bed88c02688cce4622c189d Le chanteur jamaïcain Bob Marley a contribué à faire connaître l'usage récréatif de l'herbe - la ganja - au niveau international

Les membres de ce courant ont remis en cause l’image mortifère des drogues, les expérimentant à des fins ludiques et psychédéliques dans une quête d’états modifiés de la conscience. Ce mouvement a trouvé un écho en France, rappelle Anne Coppel, du fait qu’« un siècle auparavant, les écrivains ont beaucoup contribué à faire connaître l’imaginaire des drogues en Europe ». Il est vrai que, entre 1844 et 1849, à l’initiative du psychiatre Jacques-Joseph Moreau de Tours, un Club des hachichins se réunissait pour prendre du cannabis chaque mois à l’hôtel Pimodan, à Paris. On y croisait Honoré de Balzac (il dira en « avoir descendu pendant vingt ans l’escalier  »), Baudelaire, Alexandre Dumas, Flaubert, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, et plusieurs peintres, dont Daumier et Delacroix. Au cours de ces soirées, « les fantasias », les hachichins partageaient une confiture faite de résine de cannabis, de miel et de pistaches appelée « dawamesk ».

A la suite de ces expériences, Moreau de Tours publie en 1845 son étude Du haschisch et de l’aliénation mentale, qui a fait progresser la connaissance de la psychopharmacologie. En 1846, Théophile Gautier en tire Le Club des hachichins, récit où il décrit les effets féeriques et comiques de la drogue. Quant à Baudelaire, il publie en 1860 son célèbre essai Les Paradis artificiels, où il évoque « le goût de l’infini » et « la sensualité » apportée par le cannabis – tout en regrettant qu’il « annihile la volonté ».

Movida à la française

Anne Coppel avance que la redécouverte, dans les années 1970, de cet épisode sulfureux, associée à la culture libertaire de l’époque, a certainement joué dans la passion française pour le cannabis. « A l’école, on a longtemps étudié Baudelaire et Rimbaud sans que les stupéfiants soient jamais évoqués, jusqu’à ce que les jeunes générations découvrent, à travers la contre-culture, qu’ils en consommaient. Et pas seulement le Club des hachichins, mais des auteurs aussi fameux que Maupassant, de nombreux surréalistes, de Robert Desnos à ­Antonin Artaud, ou encore Roger Vailland. » Pour la sociologue, « la consommation de cannabis des jeunes Français a été une façon de surmonter les rigidités de notre société par une sorte de movida à la française. Ils ont comblé le fossé entre un vieux monde étouffant et les exigences d’un monde plus libre ».

images Numéro d'Actuel dans sa version underground, en mai 1972.

De fait, au début des années 1970, en France, plusieurs journaux underground ou naissants accompagnent ce mouvement. Pionnier en Europe, le mensuel Actuel consacre un numéro spécial à « L’Herbe », en ­février 1974, et le jeune Libération lance L’Appel du 18 joint, le 18 juin 1976, signé par des personnalités qui reconnaissent avoir déjà pris du cannabis. Premier du genre sur le continent, le manifeste va être partout repris, et ­signé par des noms fameux de l’époque : des acteurs (Jean-Pierre Kalfon, Isabelle Huppert…), des musiciens (Maxime Le Forestier, Jacques Higelin…), des dessinateurs (Gotlib, Gébé…) et des intellectuels (François Châtelet, Deleuze, André Glucksmann…).

Les témoignages de consommateurs (édition abonnés du monde.fr) : « Je vais chercher mon herbe comme j'irais acheter ma baguette de pain »

CONTRE-INFORMATION

Depuis, un important courant de contre-information, d’éditeurs et de militants n’a jamais cessé de mettre en avant la valeur récréative et médicale du cannabis, tout en effectuant un important travail de recherche sur ses effets nocifs. Ainsi le Collectif d’information et de recherche cannabinique (CIRC), cofondé en 1991 par Jean-Pierre Galland, l’auteur de l’encyclopédie best-seller Fumée clandestines (Ramsay, 1991), a mené des campagnes pour la dépénalisation et la libération des usagers emprisonnés. En décembre 1997, pour porter le débat à l’Assemblée nationale à la suite des déclarations du secrétaire d’Etat à la santé Bernard Kouchner demandant l’autorisation du cannabis thérapeutique, ses militants ont envoyé aux députés un joint et une « Lettre ouverte au législateur ». La contre-information et l'agitation culturelle sont aussi une passion française.

De leur côté, les éditions du Lézard ont publié une importante collection de livres sur le cannabis et les stupéfiants, publiant ou rééditant des auteurs comme Aldous Huxley (Moshka), Albert Hofmann (Les plantes des dieux), le militant américain Jack Erer (L’empereur est nu) et le psychiatre Thomas Szasz. Elles ont été pionnières dans la popularisation des effets thérapeutiques de l’herbe, publiant en 1994 Cannabis, la médecine interdite du docteur américain Lester Greenspon. Toutes ces années, elles ont fait entendre une autre version que les condamnations officielles, élargissant la réflexion politique et sociale sur les usages des psychotropes, mais aussi des médicaments et des anxiolytiques.

Ces mouvements et ces éditeurs ont contribué à ce que le cannabis conserve une aura « culturelle » et même thérapeutique favorable, comme en témoignent de nombreux films (des Frères Pétard, d’Hervé Palud, en 1986, à Intouchables, d’Eric Toledano et Olivier Nakache, en 2011), des succès de rap - « Pass, pass le oinj, y a du monde sur la corde à linge », chante NTM en 1997 – ou de reggae-rock avec OCB, de Billy Ze Kick, en 2001.

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Une scène fameuse du film Les Frères Pétard d'Hervé Palud (1986)

122,349 interpellations pour usage en 2012

Cette vision souriante et hédoniste n’est pas partagée par tous. Une autre explication à l’importante consommation française, plus politique, a été avancée par l’UMP, le 7 juin 2012, dans « Dépénalisation : l’autre plan caché de la gauche ». Selon ce rapport, tout laxisme dans la prohibition du cannabis considéré comme une drogue nocive pour la santé publique encourage son succès  : « Il faut en finir avec cette idée folle qui consiste à croire qu’il faut supprimer les peines car la peine créerait le délit… comme si c’était le feu rouge qui entraînait l’accident, et la sanction, la faute. D’ailleurs, 40 % des jeunes de moins de 17 ans qui ne consomment pas de cannabis déclarent ne pas le faire en raison de l’interdit qui pèse sur ce produit. C’est la preuve que la pénalisation est efficace.

Les partisans d’une telle politique citent l’exemple suédois où la répression comme la surveillance de l’usage des drogues sont sévères – la consommation de stupéfiants représente en effet, d'après la police elle-même, la moitié des infractions pénales du pays. Avec des résultats : d’après une étude de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies de juin 2012, seulement 9 % des jeunes Suédois ont essayé le cannabis. Ce point de vue répressif est aujourd’hui partagé par la majorité du PS, même si une minorité, menée par le député de Paris Daniel Vaillant, soutenue par les Verts-E.E, voudrait rouvrir le débat sur la dépénalisation. Il est dominant dans les milieux politiques.

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Le sigle de l'association des fumeurs de cannabis créée en 2010, tolérée en Espagne, aux Pays Bas et en Allemagne, interdite en France

Cela explique qu'aujourd'hui la France demeure un pays strict pour les usagers, où fumer un joint est toujours une infraction pénale : 122,439 interpellations ont été effectuées en 2012 pour usage selon l’OFDT; 38 000 personnes, surtout des consommateurs de cannabis, ont été reçues en 2010 dans les centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie. La politique répressive menée l’année dernière contre les « cannabis social clubs » français en témoigne. En effet, début 2013, des groupes locaux de cultivateurs-consommateurs, fidèles en cela à l'esprit l’esprit transgressif des jeunes Français, se sont fédérés en association. Ils voulaient faire comme en Espagne, où 2000 « cannabis social clubs » se sont formés ces dernières années : les membres y comparent leurs variétés d’herbe, fument ensemble, et tentent de faire échec au marché clandestin organisé par les gangs, qui proposant souvent des produits frelatés (résine coupée avec de l’encens, herbe alourdie de verre pilée, etc).

Ces clubs sont aujourd'hui tolérés en Espagne. En France par contre, alors qu’environ 400 d’entre eux s’étaient créés, et qu’une vingtaine se sont déclarés en préfecture, la répression n’a pas tardé. Le 18 avril 2013, leur porte-parole, Dominique Broc, a été condamné à 8 mois de prison avec sursis et 2500 euros d’amende. Le 20 juin, l’association Cannabis social club était dissoute par le tribunal de grande instance de Tours pour « illégalité ».

Le rôle de l’interdit

Du côté des chercheurs et des spécialistes, en revanche, nombreux sont ceux qui relativisent l’analyse selon laquelle la répression découragerait l’usage. En effet, en dépit de celle-ci, la consommation n’a pas fléchi. Pour Jean-Pierre Couteron, le président de la Fédération addiction « de nombreuses études comme celle de l’OFDT montrent que l’interdit pénal a peu d’impact sur les usages. La loi est utile, bien sûr, mais plus pour limiter les dommages sociaux de la consommation [accidents de la route, échec scolaire, etc.] que pour l’arrêter ou la faire évoluer. Nous avons défendu l’interdiction avec autant de succès que nous avons défendu la ligne Maginot. » Il rappelle ainsi que le durcissement de ces dernières années n’a pas eu les effets escomptés : «  Les études montrent que la priorité donnée, entre 2007 et 2012, à l’application stricte de la loi, avec interpellation renforcée d’usagers et stages payants, a, au contraire, ralentila baisse d’usage du cannabis chez les adolescents amorcée en 2002 et en 2003. »

Comment expliquer cette constance des usages en dépit d’une répression accrue ? Rappelons qu’aux Etats-Unis la prohibition de l’alcool dans les années 1920-1930 fut désastreuse, qu’elle renforça la consommation d’alcool altéré tout en favorisant un essor sans précédent des gangs, des mafias et des violences urbaines. Plus récemment, en 2011, l’ONU publiait un rapport solennel, signé par les anciens présidents brésiliens, colombiens, mexicains et grecs : « La guerre à la drogue a échoué ». Quant au président Barak Obama, alors que la vente de cannabis thérapeutique est aujourd’hui autorisée dans 21 états américains, et légalisée dans deux, il a déclaré le 19 janvier dans un entretien au New Yorker : « Je ne pense pas que le cannabis soit plus dangereux que l’alcool ».

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Le sociologue Michel Kokoreff dresse le même constat d'échec des politiques prohibitives en France, après avoir enquêté entre 2010 et 2013 dans les cités de Marseille, Nancy, Toulouse et dans la région parisienne : « La pénalisation des fumeurs de joints a atteint des niveaux inégalés depuis trente ans. Pourtant, cette répression n’a ni dissuadé ni même contenu la consommation. » Selon lui, par un effet contraire, cette « logique de l’interdiction nourrit le goût de la transgression », conférant à l’usager un sentiment de liberté et de défi. Il ajoute que ce qui « donne sens » aux usages du cannabis en France, ce qu’oublient les autorités, reste avant tout « leur capacité à relâcher les contraintes sociales  », sans oublier leur rôle dans « les pratiques récréatives et les sociabilités ».

Tom Decorte, professeur de criminologie à l’université de Gand (Belgique), a codirigé une vaste enquête internationale, « World Wide Weed » (Hashgate ed, 2011), qui révèle qu’une nouvelle génération de cultivateurs d’herbe, équipés d’une technologie légère, produisant une herbe locale «bio», rivalisant avec les réseaux mafieux, opèrent désormais dans 172 pays dont la France. Certains, dans la lignée des coffee shops des Pays Bas, développent différentes variétés d’herbe, créent des appellations, font varier le taux de THC, organisent des dégustations – toute une culture se développe, avec ses techniques de culture, son langage, ses qualités, au même titre que l’alcool et le vin. Aux Etats-Unis, où le Colorado et l’Etat de Washington ont dépénalisé l’usage en début d’année, laissant s’ouvrir des « cannabis shops » et la vente de «vapoteurs» (moins nocifs que le joint), ces petits producteurs militent pour une réglementation officielle du marché.

L'enquête : L'émergence d'un cannabis made in France

Selon Tom Decorte, la prohibition a échoué en France parce qu’un gouvernement « ne peut protéger les citoyens contre eux-mêmes et contre leurs désirs, comme des enfants » : les Français réagissent alors en personnes libres de leur choix, préférant régler leurs usages récréatifs par eux mêmes, ce qui est conforme à leurs traditions de liberté. Pour le criminologue, dans les faits, « l’expérimentation majoritaire du cannabis est beaucoup plus occasionnelle, festive, et surtout contrôlée et adulte que ne le prétendent les prohibitionnistes ». La majorité des consommateurs, pense-t-il, savent ce qu’ils font avec le cannabis, comme avec l’alcool : ils évitent de conduire en état d’ivresse, ils savent ce que c’est une gueule de bois, une maladie de foie et n’entendent pas se ruiner la santé.

A ce jour, cependant, les enquêtes menées par l’institut CSA, fin novembre 2013, suite à une enquête de l’OFDT, montre que 55 % des Français se disent opposés à la dépénalisation : 73 % chez les plus de 65 ans, contre 44 % pour les 18-24 ans. Paradoxalement, en même temps, 44 % des sondés estiment que l’interdiction du cannabis constitue une atteinte à la liberté individuelle. Impossibles Français.

A LIRE

« Fumée clandestine. Le livre du cannabis » de Jean-Pierre Galland. (Editions du Lézard, 2012).

« Drogues : sortir de l’impasse. expérimenter des alternatives à la prohibition » d’Anne Coppel et Olivier Doubre (La Découverte, 2012).

« Drogues : faut-il interdire ? » de Jean-Pierre Couteron et Alain Morel (Dunod, 2011).

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