mercredi, 06 juin 2012

ISLAMOPHOBIE. UN RÉALISME, UNE NOUVELLE IDÉOLOGIE OU UNE PARANOÏA ?

NEWS NEWS NEWS. Les mouvements d'extrême droite européens, tous en hausse, de tendance nationaliste-sociale ou ultra-libérale, se retrouvent sur un point : la dénonciation de l'immigration musulmane, de l'islam présenté comme une idéologie menaçant nos libertés et voulant imposer la "charia", de l'« invasion » du continent européen par les Arabes, alliée au spectre du terrorisme salafiste. Qui sont les théoriciens de cette nouvelle droite virulente ? Quels sont leurs arguments ? Pourquoi jettent-ils de l'huile sur le feu et appellent à l'affrontement ? Quelle est la réalité de la menace salafiste en France après l'affaire Merah alors qu'un sondage montre que 40% des Français estiment que l'islam est une "menace" et 68% qu'ils ne sont "pas bien intégrés" à la société ? Enquête (publiée en partie dans Le Monde Culture&Idées en juin 2012) 

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Nous sommes sur le plateau de France 2, le 22 avril, au soir du premier tour dela présidentielle. Les résultats tombent. Les Français ont crédité Marine Le Pen de 17,9 %. Exalté, le porte-parole du Front national, Gilbert Collard, annonce la couleur : « On est la nouvelle droite ! C'est vrai que Nicolas Sarkozy, ça paraît bien fini. » Justifié dans ses prises de position par la surenchère du président sortant sur l'immigration et l'islam, réunissant 6,4 millions de voix, le FN se pose en parti d'alternance. Il se prépare à affronter l'UMP en multipliant les triangulaires aux législatives. Il en a les forces. Marine Le Pen est arrivée première ou deuxième dans 116 circonscriptions sur 577, dépassant les 25 % dans 59 d'entre elles.

Ce succès de l'extrême droite, sa conversion en une « droite nationale » rejetant, au moins en paroles, « les formes de xénophobie, de racisme et d'antisémitisme », tout en faisant de la lutte contre l'immigration musulmane son cheval de bataille, fait écho à la percée dans toute l'Europe de formations politiques similaires. Citons le Parti du peuple danois, le Parti pour la liberté néerlandais, le FPÖ et le BZÖ autrichiens, les Vrais Finlandais, le Parti du progrès norvégien, le flamand Vlaams Belang, Droit et Justice en Pologne, Ataka en Bulgarie, la Ligue du Nord en Italie, les Démocrates en Suède, l'Union démocratique du centre (UDC) en Suisse. Tous ces partis dépassent aujourd'hui les 5 % des suffrages, quand ils n'atteignent pas 25 %.

Selon le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, ces formations incarnent l'émergence d'une « nouvelle droite radicalisée ». Leurs programmes oscillent entre deux philosophies très différentes qui s'opposent sur l'économie et les moeurs. Certains, comme le FN, prônent un « nationalisme social »explique Dominique Reynié, de la Fondation pour l'innovation politique. Ils sont eurosceptiques, contre la monnaie unique, ils critiquent la mondialisation, s'en prennent au capital, disent défendre les sans-grade. D'autres, comme le Parti pour la liberté de Geert Wilders, aux Pays-Bas, défendent un « libéral populisme », constate Jean-Yves Camus. Ils défendent l'Europe, le libéralisme, la laïcité et la liberté des moeurs.

Tous ces partis, cependant, comme le constate le politologue autrichien Anton Pelinka, se retrouvent sur un point : une critique virulente de l'islam et du multiculturalisme. Ils « jouent démagogiquement la carte qui consiste à dénoncer l'immigration musulmane pour rallier les perdants de la mondialisation ».

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