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ENTRETIEN AVEC LE DIABLE. LA PHILOSOPHE JUDITH BUTLER CIBLE DES ATTAQUES DES DÉPUTÉS DE DROITE ET DES CATHOLIQUES CONSERVATEURS

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NEWS NEWS NEWS Le 1er septembre, 80 députés UMP ont demandé que plusieurs manuels scolaires soient retirés des librairies, estimant qu’ils faisaient la part trop belle à « la théorie du genre sexuel », décrite comme « non scientifique ». À regarder de près, les extraits incriminés des ouvrages reprenaient succintement la distinction classique, faite par Simone de Beauvoir dans le "Deuxième sexe", entre le genre comme biologie et le genre comme contruction sociale. Mais cela a suffi à soulever l'ire de la frange la plus réactionnaire de la "droite populaire" et de l'école catholique. Plusieurs fois, la philosophe de l'université de Berkeley, Judith Butler, auteur de "Trouble dans le genre" (La Découverte) y a été citée, et attaquée, comme étant une des figures majeure de "la théorie du genre". Elle répond ici à ces critiques (une version réduite de cet entretien a été publiée dans Le Monde Culure&Idées)

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« S’il fallait désigner un seul nom pour illustrer la doctrine du « gender », ce serait assurément celui de la philosophe américaine Judith Butler qui viendrait immédiatement à l’esprit. » lisait-on sur le site France-Catholique le 27 mai dernier, quand la présidente du parti chrétien-démocrate Christine Boutin a lancé sa grande offensive contre les nouveaux ouvrages scolaires inspirés selon elle par les « gender studies », les études sur le genre américaines. À sa suite, début septembre, 80 députés UMP ont demandé que les manuels incriminés soient retirés, estimant qu’ils faisaient la part trop belle à « la théorie du genre sexuel », décrite comme « non scientifique ». Le même jour, Radio Notre-Dame, créée à l’initiative du diocèse de Paris, expliquait que le «gender » « a échappé à Judith Butler et à son école » pour se répandre dans le monde entier « avec des conséquences absolument folles ». Lesquelles ? Au Canada par exemple, comme en Espagne, s’inquiétait la radio catholique, la loi parle désormais de « parents » au lieu de « père » et de « mère », ce qui autorise l’homoparentalité.

 Comment expliquer qu’un aussi large champ de recherches, « les études féministes » et les « études sur le genre », explorées depuis trente ans aux Etats-Unis mais encore dans nombre d’universités à travers le monde, en soit réduit à cette caricature, « le gender », présenté comme une « théorie américaine » - une « idéologie » ? Cela en France, où ces recherches, qui ont renouvelé les sciences humaines, furent initiées par Simone de Beauvoir et de nombreuses théoriciennes féministes françaises ? Qu’en pense Judith Butler elle-même, dont l’ouvrage « Trouble dans le genre » (La Découverte, 2005), étude pionnière des « gender studies » aux Etats-Unis, a été traduit en France 15 ans après sa publication, témoignant de notre retard en ce domaine ? Que répond-elle à ces penseurs catholiques et de la droite populaire, elle qui connaît bien la vie intellectuelle française pour avoir fait connaître la « french theory » aux Etats-Unis ?

ENTRETIEN AVEC JUDITH BUTLER 

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Quatre-vingts députés ont demandé que soient retirés les nouveaux manuels scolaires présentant la « théorie du gender », qu’ils jugent « une idéologie qui consiste à nier la réalité ». Comment réagissez-vous vous à cette polémique ?

Il faut choisir. Soit vous êtes en faveur d’un véritable enseignement sur toutes ces questions, soit non. Faut-il rappeler que les « études sur le genre » explorent depuis plusieurs décennies des nombreux domaines des sciences humaines, et plus largement, et qu’il est donc absurde de parler d’une polémique pour ou contre une « théorie du genre », ou d’une « idéologie ». C’est juste faire preuve d’ignorance. Ce vaste champ théorique et éducatif réunit depuis longtemps des biologistes, des généticiens, des épistémologues, des anthropologues, des historiens, des économistes, des juristes, des théoriciens politiques, des philosophes, des psychanalystes, des psychologues, des théoriciens littéraires, des artistes, des critiques d'art, des historiens de l’art, des poètes, des écrivains… Bien sûr, tous ne s'accordent pas sur un seul ensemble de propositions, mais ils se regroupent autour des « études sur le genre » parce qu’ils les croient cruciales pour mieux comprendre l’organisation sexuelle de nos sociétés, expliquer les écarts flagrants sur la base du genre et du statut sexuel au niveau du pouvoir politique, économique, juridique. Les historiens se demandent comment les caractéristiques sociales d’un genre apparaissent à telle époque, s’interrogent sur leur importance spécifique dans la vie publique. Les théoriciens sociaux se posent la question de savoir si les notions «homme » et « femme » décrivent bien la diversité de la morphologie humaine, les comportements des personnes désignées comme telles, si elle correspond toujours à l'identification à un sexe. Des anthropologues se penchent sur les relations de chevauchement entre la nature et la culture, et de nombreuses écoles discutent de cette seule relation. En d’autres termes, les « gender studies » forment un puissant domaine d’études développant des recherches persistantes et productives. Dans la vie universitaire, quand on critique un ensemble de positions théoriques, appuyés sur des paradigmes solides, enrichis sur plusieurs décennies par des enquêtes et des études approfondies, on procède à un travail d’argumentation, appuyé sur un corpus de citations et de raisonnements, on ne se contente pas d’une polémique politique et de les caricaturer en un mot valise comme « gender ». Voilà pourquoi ces attaques me semblent avant tout dirigées contre le fait d’étudier les questions sexuelles dans l’école laïque, les lycées et l’université

Mais pourquoi les « gender studies » continuent-elles a été si décriées en France ?

Elles sont encore mal connues, l’université française les a découvertes tardivement, alors que ce sont les féministes françaises qui les ont initiées dans les années 1960-1970 avec Simone de Beauvoir, Hélène Cixous Monique Wittig, ou encore Michel Foucault... Or ces études ont remis en cause certaines des hypothèses et des évidences sur ce que beaucoup de gens appellent communément « une femme » et « un homme ». Il me semble que l'exigence d'une véritable vie intellectuelle exige que nous soumettions nos préjugés les plus tenaces à l'examen critique. Si ceux qui affirmaient hier que la terre était plate avaient refusé de modifier leurs points de vue, nous les trouverions aujourd’hui butés et incultes. Alors que penser de ceux qui se refusent d'étudier les différences de traitement social entre les genres, l’extrême diversité de la sexualité, l’impact des politiques sexuelles ?Il existe aujourd’hui des études sur le genre en Chine, au Japon, en Afrique du Sud, en République tchèque, dans toute l'Amérique latine, en particulier à Buenos-Aires, Santiago du Chili et Rio de Janeiro. Des formes spécifiques d'études féministes et de genre émergent de préoccupations régionales, notamment en Afrique du Nord et en Turquie, se référant occasionnellement aux études américaines. Certains des travaux les plus importants de ces dernières années viennent du Royaume-Uni. Donc, encore une fois, nous avons affaire à une accusation provenant de gens fondamentalement ignorants sur l’importance de ce champ d’études qu’ils veulent réduire à « une théorie » …

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Les députés se sont alarmés en ces termes : « Pour cette théorie, les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquant certaines formes de sexualité : homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels. » Qu’en pensez-vous ?

Cette affirmation n’a jamais été développée par aucune théorie du genre, aucun féminisme, ni par le mouvement queer. Je ne connais aucun universitaire de ce domaine qui a développé un tel argument, parlé de « genre sexuel », ou dont les formulations pourraient justifier un tel argument. Par contre, refusant de confondre le genre et le sexualité, nous nous posons des questions sur l’orientation sexuelle d’une personne de tel ou tel genre. Si un homme se présente en société comme un «homme», dans le sens normatif, cela signifie-t-il qu'il soit nécessairement hétérosexuel? Il est important de faire une distinction analytique entre l'identité sexuelle (ou la présentation sociale de cette identité) et l'orientation sexuelle. C’est une question importante. Certains hommes sont homosexuels, bisexuels, ou peu actifs sexuellement, tout en apparaissant clairement, sur un plan sociologique, comme des hommes. Certaines femmes se disent et se comprennent elles-mêmes comme des femmes, mais ne sont pas hétérosexuelles, elle peuvent être bisexuelles, ou lesbiennes, ou peu attirées par la sexualité. Elles aussi, en société, sont considérées comme des femmes, mais sont souvent ostracisées. Ces questions prêtent encore plus à controverse quand nous parlons par exemple de personnes intersexuées, qui présentent une anatomie ou une signalisation chromosomique mixte, ou indéterminée au regard des caractéristiques sexuelles classiques. Quand la société décide de leur assigner un genre, parfois en les opérant dès le plus jeune âge, nombre de questions surgissent. Qui a le pouvoir et le droit de procéder à cette assignation ? Ne doit-on pas demander aux intéressés eux-mêmes plutôt que d’exercer sur eux une « violence de genre » ? Psychologues, médecins, praticiens de santé, théoriciens du genre participent à ces débats, mais les personnes intersexuées devraient être concernées au premier chef. C’est la même problématique pour les personnes « transgenres », qui ne s’identifient pas au genre de leur naissance. Et que penser des « genderqueer », pour qui leur genre se transforme au gré de leurs rencontres et leurs pratiques amoureuses, et demandent à être appelées d’autre noms qu’homme ou femme, des noms qui correspondraient au libre exercice de leur liberté ?

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Les députés catholiques citent les déclarations du pape Benoit XVI, qui a explicitement condamné la « théorie du genre », lui reprochant de défaire « la loi naturelle » entre les hommes et les femmes. Que leur répondez-vous ?

 Si la « loi naturelle » régit la sexualité, alors nous voudrions bien savoir en quoi elle consiste exactement au niveau des pratiques, qui a décrété cette loi, comment elle pourrait être connue par tous, et quelle autorité théorique la justifie ? Si on pense que le Pape exerce cette autorité de façon absolue, il s'ensuit que toutes les institutions éducatives devraient cesser d’étudier les changements historiques survenus dans les pratiques amoureuses et les genres. Quant à ceux qui ne croient pas qu’une seule norme organise les relations de genre, ou qu’un seul ensemble de règles guide les relations sexuelles, ils devraient donc être rejetés de l’Eglise ? Cette idée risque d’offenser des catholiques eux-mêmes. Selon moi, une éducation laïque signifie que nous avons tous l'occasion d'étudier la position de l'Église sur ces questions, sans être obligés de les accepter comme incontestables. D’autant qu’aujourd’hui le « gender », comme ils disent, se voit enseigné dans plusieurs écoles de théologie et de nombreux programmes d'études religieuses à travers le monde, et pas seulement aux États-Unis. Demander le retrait de livres de classe signifie-t-il qu’une seule version du catholicisme doit contrôler le programme d'études laïque français ?

Le manuel Bordas, très critiqué par les députés, présente l'hétérosexualité comme «la situation la plus fréquente» tout en montrant des photos des « Marches des fiertés », les Gay Prides. Qu’est-ce qui les dérange tant ?

De dire que l’homosexualité n’est pas une anomalie, et qu’un couple homosexuel peut se marier et élever des enfants.J’ajoute que si je suis d'accord avec la proposition de la grande fréquence de l'hétérosexualité, vous remarquerez qu’elle ne nous apprend rien sur la façon dont l'homosexualité apparaît,  ni pourquoi l'homosexualité doit être traitée avec la même dignité que toute autre sexualité. La sexualité humaine ne découle pas des classifications du sexe, ni du genre, elle se déploie sur un continuum. Par exemple, certaines femmes ont des relations avec d'autres femmes les premières années de leur vie, puis épousent des hommes, font des enfants, et leur sexualité connaît une transformation. Ou encore des hétérosexuels mariés font quelquefois l’amour avec des hommes ou des travestis, et leur « identité » n'est pas entièrement fixée dans la catégories « hétéro » ou « gay ». Il est toujours plus intéressant de donner une description nuancée de la vie sexuelle de quelqu’un plutôt que l’enfermer dans une catégorie prédéterminée. Nous devons décider si nous sommes plus attachés à notre classification normative qu’à comprendre la complexité de la sexualité humaine. Certaines personnes par exemple estiment qu’elles n’ont pas d’orientation sexuelle spécifique. Que faisons-nous d'une telle revendication? De tels gens ne ruinent-elles pas nos idées de classification? De plus, si une minorité de gens prétend être homosexuelle, cela ne signifie pas que leur statut soit aberrant ou contre-nature, et qu’ils doivent être interdits de mariage ou maltraités. Cela signifie seulement qu'ils constituent une minorité sexuelle, culturelle, qui illustre le continuum de la sexualité humaine. En ce sens, nous devrions plutôt accepter une bonne fois la diversité, et comprendre toutes ces catégories comme étant des efforts, parfois très défectueux et partiels, pour saisir l’éventail de l’amour humain.

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Les opposants à ces idées se réclament de la science et la biologie. Pourtant, l’argument selon lequel le sexe biologique détermine le comportement social et sexuel est aujourd’hui très discuté dans les milieux scientifiques…

Il me semble que des biologistes comme Anne-Fausto-Sterling ou Sarah Franklin, des épistémologues comme Isabelle Stengers, Bruno Latour et Donna Haraway tomberaient en désaccord avec ces idées. Le domaine de la biologie connaît depuis longtemps des avancées et des débats majeurs sur ces questions, de nombreux scientifiques ont remis en question l’effet purement causal de marqueurs génétiques, récusé qu’il existe par exemple un « gène de l’homosexualité », et montré l'importance des facteurs culturels et individuels dans la structuration de la formation des cellules. Ils défendent désormais l'utilité des modèles de l'interaction entre l’environnement, la psychologie, la culture et la sphère biologique (ndlr, ce qu’on appelle l’épigénétique). Autrement dit, les modèles causaux ont perdu leur valeur au profit d’approches complexes. De la même manière, la distinction rigide entre le sexe comme biologie et le sexe comme culture, le genre, n’a plus beaucoup d’intérêt à la lumière des études actuelles, et l'idée que le sexe biologique serait l’unique cause de la sexualité, du genre et de l’identité est désormais considérée comme terriblement réductrice. Ceux qui soutiennent le point de vue du catholicisme papal doivent décider de quel siècle provient la science dont ils s’inspirent.

L’intérêt et l’aspect dérangeant des études sur le genre viennent de ce qu’elles interrogent les normes…

Les normes de genre travaillent sur nous dès l’école, en famille, à travers l'éducation, au travail, sans oublier les normes religieuses, communautaires, nationales. Voyez encore l’importance du genre chez les personnalités politiques, les dirigeants d’entreprises, au niveau des hauts salaires comme de l’action publique, et la vie économique. Quand on nous refuse un emploi ou un haut salaire sur la base de notre sexe, que des femmes se voient harcelées dans la rue ou soumises à une violence conjugale, ou continuent à  assurer la majeure partie des taches domestiques, nous sommes renvoyés à ces normes. Être assigné à un genre n’arrive pas seulement à la naissance, mais se perpétue toute la vie. Nous sommes entraînés dans une activité incessante, répétitive, chaque matin nous devons nous transformer en femme, en homme, s’habiller comme il se doit, se maquiller ou non, porter des talons ou non, se socialiser, négocier certaines relations avec l’autre genre, chez soi comme au travail. D’un côté, notre capacité d’agir se trouve quotidiennement confrontée à la question de fabriquer et assumer notre genre. De l’autre, nous sommes ligotés par des normes et des obligations que nous n’avons pas choisies. Celles-ci nous produisent autant que nous les produisons, presque malgré nous, en partie sans en avoir conscience, mais sans que cela soit pour autant automatique. Nous naviguons sans cesse entre l'impératif et la souplesse. C’est le sens de ma formule de « Défaire le genre » : « C’est une pratique d’improvisation qui se déploie à l’intérieur d’une scène de contrainte ». Parfois, les normes suscitent en nous un sentiment de division, voire de mélancolie, la personne se retrouve partagée entre la façon d’être où elle est affectée, et celle qu’elle aimerait tenir. Cela arrive parfois à l’intérieur même d’un genre. On se dit  «Je n’aime pas ressembler à ce genre de femme, mais plutôt à celui-là. » Il arrive même que quelqu’un souhaite changer de genre.

Il ne s’agit donc pas d’une question morale ?

Je ne pense pas qu’appartenir à tel ou tel genre soit une position morale, comme l’affirment les catholiques et les conservateurs. Nous devrions plutôt affirmer l'égalité et la liberté de tous ceux qui souhaitent vivre leur genre et leur sexualité à une certaine distance de la norme. Lorsque ces différences ne nuisent à personne (ce que je distingue d’ « offenser » quelqu'un), elles expriment la liberté humaine, et devraient être reconnues dans leur dignité, sans pathologisation, jugement moral ou criminalisation. C’est ce que j’appelle une société respirable pour tous.

 

N’est-il pas cependant impossible d’échapper aux normes de genre, comme certains veulent vous le faire dire ?

Personne n’échappe aux normes. Mais nous ne sommes pas entièrement assujettis à elles, nous luttons avec elles autant qu’elles nous constituent. En même temps, les normes ont planté le décor pour tout le combat féministe et celui des minorités. Il existe toujours aujourd’hui une certaine tension entre les genres, comme des rapports de séduction. Je n’imagine pas un ailleurs utopique où nous pourrions fuir. Il n’empêche, le combat contre certaines normes étouffantes, comme pour des relations de séduction non-violentes et non-coercitives, appartient à l’histoire de l’humanité, il a été entrepris collectivement depuis longtemps.

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Vous vous dites encore féministe ?

Je suis toujours féministe. Je le serais tant qu'il restera des inégalités systématiques entre les femmes et les hommes, aussi longtemps qu’elles subiront des violences, représenteront la majorité de ceux qui souffrent de la pauvreté et l'analphabétisme. Cela reste vrai partout, personne ne saurait le nier. Cependant, je ne pense pas que nous pouvons limiter notre compréhension du pouvoir aux seuls rapports de hiérarchie et de domination entre les hommes et les femmes. Le pouvoir suppose aussi une capacité d’agir, qui nous motive quand nous cherchons à transformer le monde. Selon moi, le féminisme développe ce type de pouvoir...

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