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PARTOUT, LES SLUT WALKS OU "MARCHES DES SALOPES" CONTRE LE VIOL...

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 NEWS NEWS NEWS Ce premier octobre, après 70 villes autour du monde, un collectif de féministes de New York va organiser sa première Slutwalk, ou "marche des salopes". C'est-à-dire ?  Pourquoi toutes ces marches de femmes décolletées, en minijupe, partout, pour dénoncer le viol ? Enquête.

Sonya Barnett ne s’attendait pas à ce que 3000 femmes rejoignent la « marche des salopes » - la « slutwalk » - dans les rues de Toronto, le 3 avril dernier. Puis que des milliers d’autres, tout l’été, défilent en minijupe, jeans déchiré, décolletées, à Londres, Melbourne, Denver, Sydney, Reykjavik mais aussi par centaines à Brasilia (« La Marcha das galderias »), New Delhi, Mexico, Séoul, Matagalpa (Guatemala, « La Marcha de las putas»), dans 70 villes autour du monde. Pourquoi toutes ces marches ? Sonya Barnett a été à l’origine de ce mouvement (que des manifestantes appelaient déjà, pendant la manifestation de Londres, 5000 personnes, « la quatrième vague féministe »). Directrice artistique à Toronto, elle se dit début février sur sa page Facebook, « dégoûtée » des propos d’un officier de police canadien, le constable Michel Sanguinetti. Au cours d’un atelier de réflexion sur la sécurité publique à l’université de Toronto, celui-ci a lancé aux responsables : « Une femme ne devrait pas s’habiller comme une salope si elle ne veut pas être victime d’abus sexuel ». Suite à son coup de colère, Sonya reçoit un post de son amie Heather Janis, très remontée elle aussi contre le policier. D’autres femmes s’en mêlent. Elles se disent qu’elles devraient réagir, mais comment ? Alors Sonya propose : « Nous pourrions faire… Quoi ?… une marche des salopes ou quelque chose comme ça. » (une version courte de cet article a été publiée dans Le Monde Culture&Idées du 24/09)

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Une salope n’est pas une victime

Le 3 avril suivant, mobilisées par les réseaux sociaux, 3000 canadiennes défilent en musique devant la préfecture de police à Toronto. Le mouvement international « Slut Walk » est né ce jour-là. Il continue aujourd’hui. Des sites se sont créés dans le monde entier, une marche est annoncée à New York en octobre. Que veulent les manifestantes ? On lisait sur les affiches brandies à Toronto, « Une salope n’est pas une victime », « Women power. Notre corps nous appartient », « Assez d’excuses pour les violeurs », « Arrêtez de nous rendre responsables », « Les vrais hommes ne violent pas ». Pourquoi ces femmes revendiquent-elles une expression qui est d’abord une insulte macho, imprégnée de désir frustré, « salope » ? Nous avons contacté Sonya Barnett , elle nous a renvoyé aux textes qu’elle a échangés avec « des centaines peut-être milliers de femmes ». Que dit-elle dans le premier d’entre eux ? « Avant la marche, je n’utilisais pas le mot « féministe » pour me décrire à cause de sa mauvaise réputation, genre « haïr les hommes » (…) Je me considérais moi-même plus comme une « salope » qu’une féministe. J’ai toujours aimé le sexe, le sexe chaud, les rapports sexuels consensuels. Dès l’école secondaire, j’ai trimballé cette réputation de « salope ». Mais en dépit de la honte associée à ce label, il ne m’a jamais empêché de jouir d’une bonne partie de jambes en l’air. J’envoyais au diable ceux qui pensaient que je n’étais pas digne de respect parce que j’aimais ça. Aussi, quand l’expression a été reprise par un homme en charge de l’autorité, exprimant le même blâme dégoulinant, j’ai ressenti une grande colère. Qui était-il pour insulter les gens ? Pourquoi n’utilisait-il pas l’expression « salope » dans un sens positif, comme beaucoup de gens le font aujourd’hui ? »

 Vous l’aurez compris, Sonyia Barnett et ses amies veulent retourner la notion de « salope ». Lui donner une valeur forte. La revendiquer avec fierté. Elles assument qu’une femme aime le sexe, s’habille de manière désirable. Elles n’entendent pas laisser flétrir leur joie de vivre par un terme insultant. En l’adoptant, elles le transforment, elles l’enrichissent, le dérobent aux hommes, elles écrivent leur propre histoire. Et elles le font explicitement, comme les féministes du « manifeste du 343 » avortées d’avril 1971, devenu, le « manifeste des 343 salopes ». Dans une société libre et civilisée, lit-on encore sur les sites des militantes des « Slut walk », une femme doit pouvoir « se montrer sexy » sans passer pour « un objet sexuel ». Qu’elle sorte décolletée ou le ventre nu ne signifie pas qu’elle soit disponible, et chacun doit respecter cette liberté. Elles posent aussi des questions politiques. Qui va décider du moment où une femme provoque à un viol, l’officier de police, un censeur moral ? Doit-elle se voiler de pied en cap, ou porter une burqa, pour ne pas « allumer » les désirs ? Autre interrogation : tous les hommes sont-ils, par nature, des brutes hormonales, sans libre-arbitre, incapables de se contenir (une affiche proclamait « Un homme de qualité respecte l’égalité ») ? Sur le site de la « Slut Walk » de Boston, Etats-Unis, Holly Black, un médecin urgentiste, écrit : « C’est une idée aussi répandue qu’erronée qu’un viol soit provoqué par une tenue. Il n’existe pas de lien de cause à effet entre eux. Le viol n’est pas la conséquence d’un désir sexuel mais un acte délibéré de violence et d’humiliation (…) La responsabilité doit revenir à l’agresseur. Le vrai problème vient que les femmes présentées comme « salopes » sont considérées comme fautives et sont moins protégées ou écoutées par la justice en cas d’agression. C’est ce préjudice que nos marches veulent changer. »

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La maman et la putain

Bien sûr, toutes les féministes ne partagent pas ces analyses. Ainsi deux féministes américaines, Gail Dines et Wendy Murphy, connues pour leur opposition à la pornographie, ont signé un texte qui a fait le tour du Net, repris dans le Guardian « Les Marches des Salopes ne sont pas la révolution sexuelle ». Elles expliquent que le terme « salope » est si saturé d’idéologie macho, si profondément enraciné dans la culture « patriarcale », si associé au duo conceptuel « la maman et la putain » qu’il est irrécupérable par les féministes. Selon elles, les activistes des Slut Walks « gaspillent leur précieuses ressources » à vouloir le récupérer, ou en changer la signification. D’autres féministes, comme la canadienne Melinda Tankar Reist, qui dénonce depuis des années l’hypersexualisation des jeunes filles par les grandes marques, la publicité et la « girl culture » médiatique, leur reproche de participer de la « pornification » de la société. Ces féministes refusent de confondre, disent-elles, l’émancipation féminine et la libération sexuelle. Pour elles, les relations sexuelles restent prises dans des rapports de pouvoir du sexisme ordinaire, l’égalité des femmes doit s’imposer jusque dans la sexualité, en rejetant l’imagerie et la culture pornographique, et se définir comme une « salope » perpétue le discours et la posture machiste, avec tout ce qu’ils comporte de violent.

À ces critiques, Sonya Barnett, qui montre sur son site Twitter son épaule nue tatouée de fleurs, répond qu’elle appartient au mouvement « sex positive », et qu’elle est habituée - « pissed off », excédée - d’« être traitée d’anti-féministe » par certaines féministes. Elle dit encore que son livre de chevet s’appelle « Ethical Slut », « Salope éthique », ce qui mérite plus ample explication.

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Éthique amorale

 San Francisco, été 2007, Valencia Street s’étire avec ses maisons basses et ses cafés bios sous un ciel bleu dur. Poussons la porte de l’espace Good Vibrations, fondé par un collectif de féministes « sex positive». Nous pénétrons un vaste salon de thé associé à une libraire théorique et sexuelle achalandée, un vidéoclub porno où trouver productions standards et films X d’avant-garde et «queer», une boutique  équipée en « love toys » de qualité, un espace où rencontrer des conseillers pour une sexualité épanouie, enfin un local d’associations minoritaires. Ajoutez qu’on y fume des pétards. Bref, un lieu impensable en France. Il a été l’épicentre des mouvements lesbiens radicaux et queer au début des années 2000. Quand j’entre ce jour là, deux énormes jeunes femmes apportent une pile de « Fat Girl », la revue des filles obèses décomplexées. Ensuite, main dans la main, elles s’en vont visiter le sex shop pour trouver un godemiché. Je cherche « Ethical slut » (Dossie Easton et Janet Hardy), l’ouvrage qui a changé la vie de Sonya Burnett. Publié sous le manteau en 1997, l’ouvrage s’est vendu à 70000 exemplaires, puis est devenu en quelques années le manifeste des partisans d’une sexualité libre, déculpabilisée et morale. Rédigé par deux écrivains fidèles en amour mais infidèles en plaisir, riches de trente ans d’expérience, l’ouvrage définit le ou la « slut » comme une personne hédoniste, mariée ou non, pour qui des relations multiples et librement consenties - le polyamour, à ne pas confondre disent-ils avec la baise pour la baise, pulsionnelle, indiscriminée - constituent une plaisante façon de vivre et se réaliser. Bien sûr, un tel choix complique considérablement la vie amoureuse et conjugale, s’accompagne de chocs émotionnels, souffrances, doutes, jalousies, rapports de tension et de pouvoir. Il lui faut donc une éthique associée, assortie d’une déontologie. Celle-ci demande de la prudence (gare à la transparence, mais gare au silence), des attitudes de réconfort quand on craque, une culture de la complicité, des solutions pragmatiques (par exemple le L.A.T, « Living Apart together », Vivre à part ensemble) -, bref toute une stratégie de mise en confiance et de pacification des rapports amoureux.

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Le viol domestique

Entre 1997 et 2007, « Ethical slut », mix très californien de radicalisme émancipateur et de pragmatisme, fut un des livres représentatifs du courant « sex positive » - « prosexe » - américain. Mais ce mouvement d’ampleur, qui a profondément déchiré le mouvement féministe, et continue de le faire comme en témoignent les âpres débats autour des « Sluts Walks » comme de l’affaire DSK cet été, a commencé bien plus tôt. Dès les années 1980. « Aux Etats-Unis, nous explique Eric Fassin de l’ENS, le sociologue qui a présenté le premier ouvrage de Judith Butler en France, la rupture entre les « prosexe », qui comptent plusieurs théoriciennes importantes, et les féministes classiques a été consommée autour de plusieurs grands thèmes, qui ont mobilisé les campus puis les législateurs. Les rapports de séduction, le harcèlement sexuel, la pornographie, le statut des travailleurs du sexe ». Une des grandes notions qui a achoppé a été celle de « rape date », « le viol pendant un rendez-vous amoureux ». En 1985, une psychologue féministe de l’Ohio, Mary Koss, s’appuyant sur des enquêtes statistiques, affirme qu’une jeune femme sur quatre a été victime d’une tentative de viol. Très souvent pendant un rendez-vous. Elle en déduit que « le viol représente un comportement extrême, sans doute, mais qui s’inscrit dans la continuité des comportements masculins normaux ». L’homme séducteur est ainsi prédéfini comme un agresseur potentiel, participant malgré lui d’« une culture du viol » inhérente à son sexe. Les relations de séduction seraient ainsi toutes prises dans le rapport de force homme-femme. Il faut donc s’interroger : toute proposition de rapport sexuel peut-elle être interprétée comme une « contrainte verbale » ? Si l’intimité se voit ainsi, à juste titre, politisée, la séduction, l’amour et les rapports de force du plaisir se retrouvent escamotés.

Mais voilà qu’en 1990, un professeur de sciences sociales de Berkeley, Neil Gilbert, remet en cause la définition du viol faite par Mary Koss, montre que ses chiffres sont gonflés, et parle d’une « épidémie fantôme » de « rape date ». Puis l’écrivaine Camille Paglia, proclamée « post-féministe », contre-attaque : « Abandonner le sexe aux féministes, écrit-elle dans New York Newday en janvier 1991, c’est confier son chien à l’empailleur ». Elle expliquera en 1994 dans « Vamps et Tramps » (1994, Denoël 2009) que les femmes ne sauraient échapper aux rapports de pouvoir et de domination dans la sexualité, et qu’au contraire leur plaisir naît de ces tensions et leur résolution. L’égalité est chamboulée dans un lit.

Dès 1982, l’anthropologue Gayle Rubin, fondatrice des premières « Women’s studies » à l’université du Michigan, s’est déjà opposée frontalement à ce qu’elle appelle « le féminisme conservateur ». Elle entend penser la sexualité comme un domaine à part, séparer le genre - la réflexion sur la situation sociale des femmes - et le sexuel, affirme que l’émancipation des femmes passe aussi par leur épanouissement érotique. Il n’y a pas, explique-t-elle dans « Surveiller et jouir » (Epel, 2010) de « bonne sexualité », celle-ci peut-être masochiste, S.M, bizarre, bisexuelle, il est donc absurde d’opposer la libération sexuelle et l’égalité entre les sexes, il faut au contraire penser ensemble la jouissance et le danger, cesser de considérer les femmes en victimes et de renier leur capacité d’initiative dans un lit, le plaisir qu’elles prennent.

De son côté, Judith Butler, figure des « gender studies » (tant décriées ces jours-ci en France), s’est attaquée à la grande figure du féminisme radical Catherine McKinnon. En 2002, après avoir combattu l’interdiction de la pornographie, avoir défendu les syndicats de prostituées, elle critique la manière dont Catharine McKinnon confond séduction et harcèlement sexuel, protection des femmes et répression sexuelle : « Je ne voudrais certainement pas vivre dans un monde sans séduction. La séduction suppose des stratégies, des manoeuvres pour déstabiliser la personne désirée, la conquérir; et c’est très bien ainsi. Qu’un professeur ait une liaison avec une étudiante sur laquelle il n’exerce aucun contrôle professionnel ne pose aucun problème. Pour ma part, j’irais même jusqu’à dire, avec Michel Foucault, que le pouvoir et la sexualité sont co-extensifs, qu’on ne trouvera pas de sexualité sans pouvoir ; que le pouvoir est une dimension très excitante de la sexualité. » (Vacarmes, 2002). 

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Pornographie féministe

Sadie Lune : « Le mouvement "sexe positif" signifie que nous partons du principe que la sexualité n'est ni sale, ni honteuse, ou quelque chose dont on doit se sentir coupable, où certaines pratiques sont normales et d'autres pas. Tous ces jugements de valeur que nous inculquent  la religion, le gouvernement, les parents, ou toutes ces institutions. Nous prenons comme point de départ que le sexe, la sexualité est une bonne chose, qui devrait être appréciée. Accordez moi la sérénité d'accepter la sexualité que je ne peux pas avoir, le courage d'avoir la sexualité qui me fait peur, et la sagesse de savoir la différence. Merci »

Madison Young : « Pour moi, le féminisme c'est être puissante. C'est l'égalité des femmes au-delà des genres. Devenir sexuellement puissante, et puissante avec mon corps, et sentir que je le contrôle (…) Décider quels éléments de ma sexualité je rends public, et quels éléments de ma sexualité je partage avec les autres, est très féministe. »

Kate Mad : «  Je suis de manière générale très viscérale, dans mon travail, dans mon art, et dans mon expérience avec les gens. Mais je pense que toutes ces choses m'effraient aussi. Toutes les choses que j'aime le plus me font probablement peur. L'idée de faire du sexe devant des gens m'excite vraiment, et a un côté effrayant en même temps. »

Ces confessions de trois artistes perfomeuses proviennent du film de la réalisatrice française Emilie Jouvet, « Too much pussy » (2011), un road-movie documentaire sur les pérégrinations européennes d’une troupe décidée à promouvoir le féminisme prosexe par des shows à la fois burlesques et pornographiques. L’écrivaine Wendy Delorme, ancienne militante des Panthères roses, auteure d’« Insurrections ! En territoire sexuel » (Diable Vauvert) faisait partie de l’équipée. Que nous dit-elle des « Marche des Salopes » de cet été ? « Le fait de brandir comme bannière un terme ou un symbole servant à insulter une minorité sociale ou un comportement sexuel est une stratégie militante ancienne. Le mouvement « queer » a fait la même chose. Face à l'opprobre, se la réapproprier, reste un levier puissant pour mobiliser et se rendre visible. » N’y a t’il pas un paradoxe, pour une féministe, à faire de la pornographie ? « Quand Catharine Mc Kinnon écrit que ‘‘l’expérience sensorielle du spectacle pornographique participe activement à la reproduction quotidienne des positions sociales hégémoniques’’, c’est-à-dire que la pornographie rendrait les hommes plus machos et les femmes plus soumises, elle sous-entend que les hommes ne changeront jamais et les femmes ne s’excitent jamais avec le porno. C’est un postulat essentialiste. Le porno féministe plonge les mains dans le cambouis et opère une prise de pouvoir par les femmes sur un domaine où on les estime habituellement dégradées. La pionnière de ce mouvement, Annie Sprinkle, disait déjà dans les années 1970  ‘‘la réponse au mauvais porno, ce n’est pas d’interdire le porno, mais de faire plus de porno’’ ».

Dans ses films, Annie Sprinkle détourne le X standard, tout génital, robotique, tout en mettant en scène le plaisir des femmes. Ses films sont à la fois drôles et sexy, comme « Medabation », où elle mêle masturbation et méditation, ou encore son éloge du pénis mou (« Soft cok manifesto »), où elle dédramatise le sexe-performance. Depuis, comme l’a montré l’écrivaine Virginie Despentes dans son documentaire « Mutantes » (DVD Pink TV 2010), des dizaines de réalisatrices féministes « prosexe » et « post porno » se sont révélées : Maria Beatty, Lynn Breedlove, Candida Royalle, Carol Queen, Pat Califa, Petra Joly, beaucoup d’autres. Que dit Virginie Despentes du féminisme « sex positive » ? : « Quand on parle de féminisme, on pense souvent au féminisme abolitionniste. Il assimile toute image pornographique à une atteinte à la dignité de la femme et réclame la censure. Il perçoit toute prostitution comme une marchandisation du corps humain que la loi doit venir sanctionner. Le féminisme prosexe élabore une stratégie opposée. La représentation pornographique et le travail sexuel deviennent des outils de résistance à la norme, des zones de silence dans lesquelles il y a beaucoup à dire. »

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Queer

Marie-Hélène Bourcier, pionnière du mouvement queer en France, sociologue, qui a dirigé à Lille III un programme multidisciplinaire où se croisent les études féministes, la « critical race theory » mais aussi les performances, vient de publier « Sexopolitiques. Queer Zones III » (Amsterdam). La dernière fois que je l’ai rencontrée, casquette militaire, passionnante, « butch genderqueer » revendiquée, elle dirigeait au cinéma Le Brady du Boulevard de Strasbourg le « Paris Porn Film Fest », un festival de porno alternatif. Elle disait : « Pour être changée, la pornographie doit sortir de la soi-disant sphère privée et faire l’objet de débats publics, d’enseignement et de manifestations culturelles  ». Comment analyse-t-elle les « Sluts Walks » ? « Les médias adorent l’événement, mais il est curieux qu’ils se désintéressent des marches des prostituées, dont les françaises, qui militent contre la stigmatisation des travailleuses du sexe. Il est vrai qu’elles sont plus politiques et qu’elles posent aussi les problèmes de racisme et d’immigration. Ceci étant dit, oser être salope, c’est mieux que la base line du féminisme insipide d’OLF (Osez le féminisme, socialiste), non ? » Comment le mouvement « sex positive » né aux Etats-Unis et le mouvement « queer » européen se sont-ils rencontrés ? Marie- Hélène Bourcier : « C’est une particularité du mouvement queer français que d’avoir eu une ligne « prosexe » dès le début. Le mouvement queer européen a suivi en Espagne, en Allemagne, avec des films, des festivals de films alternatifs à Berlin, Paris et Athènes. Le féminisme « sex positive », les mouvements de prostituées, des femmes immigrées et le féminisme queer ont en commun de venir des marges, des exclus du féminisme. Et de remettre le sexe sur le tapis dans ses dimensions positives, défendant une vision à la fois « safe » et exploratoire des sexualités et des identités de genres. »

Le porno féministe et queer, pour en finir avec la pornification ?

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