mardi, 22 mars 2011

LE SIECLE DE GASTON GALLIMARD

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(Toutes les images viennent du beau livre des editions Gallimard)

NEWS NEWS NEWS Les éditions Gallimard fêtent le centenaire de la création des "éditions de la NRF" en 1911 par André Gide, quelques amis, et un jeune homme oisif et bibliophile, Gaston Gallimard... 

« Il fut certainement le seul, au soir de sa vie, à pouvoir se permettre de feuilleter l’épais catalogue de sa maison d’édition en se disant : la littérature française, c’est moi. » Ainsi s'ouvre la biographie consacrée par Pierre Assouline à Gaston Gallimard (Points Seuil 2001). Beaucoup crieront à l’hagiographie, rappelant que la NRF refusa Céline, publia des journaux crapoteux comme Détective et Voilà, ou obéit à Vichy pour survivre sous l’occupation, il reste qu’en un siècle une belle part de la vie littéraire et intellectuelle française s’est passé là. Tout commence en 1909, André Gide est l’auteur courtisé des « Nourritures terrestres », avec cinq amis, il fonde la Nouvelle Revue Française ou Nrf et décide de publier une « collection blanche » d’ouvrages. Gide s’associe alors avec un « rentier bohème », bibliophile, Gaston Gallimard. Le 31 mai 1911, mettant chacun 3000 francs, ils fondent avec l’écrivain Jean Schlumberger les « éditions de la Nrf ». Elles éditent les écrivains qui vont marquer l’avant-guerre, Valery Larbaud, Léon Paul Fargue, Saint-John Perse, Roger Martin du Gard - mais refusent Marcel Proust. « Je ne quitte plus votre livre. Hélas ! Pourquoi faut-il qu’il me soit si douloureux de l’aimer ? Le refus de ce livre restera (…) l’un des regrets, des remords, les plus cuisants de ma vie » écrira André Gide le 11 janvier 1914 à l’auteur du « Temps perdu », dont les sept cents premières pages viennent d’être publiées chez l’éditeur rival, Bernard Grasset.

Mais Marcel Proust reviendra… Il donnera à la Nrf « À l’ombre des jeunes filles en fleur », le prix Goncourt 1919.  

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ANNES 1930. LES SURREALISTES ET LE ROMAN ENGAGÉ

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(Gaston Gallimard en 1955. DR)

Après-guerre, qui voit l’écrivain collaborationniste Drieu La Rochelle  (un talent) imposé à la tête de la revue de la Nrf par Vichy, Gaston Gallimard prend les rênes, crée un comité éditorial, une équipe commerciale. Côté romans, c’est la floraison : Martin du Gard donne « Les Thibault » (1922), Paul Morand « Ouvert la nuit », (1922), Joseph Kessel « L’équipage » (1923). Mais la Nrf se veut d’avant-garde, attire les surréalistes chez elle. Aussitôt André Breton provoque en duel Jean Paulhan, le directeur littéraire, Aragon insulte un des fondateurs, Jacques Rivière. Il n’empêche… Gaston Gallimard publie Aragon « Le Paysan de Paris » (1926), Breton « Nadja » (1928), Paul Eluard « Capitale de la douleur » (1926).

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(André Breton à l'époque du Manifeste du Surréalisme. DR)

Pendant les années 1930, politiques, inquiètes, sur fond de totalitarisme, les romanciers engagés viennent… Paul Nizan avec « Aden Arabie » (1931), André Malraux « La condition humaine »  (1933), Sartre « La nausée » (1938). Plusieurs essais Nrf frappent alors les esprits : André Gide révèle l'enfer soviétique dans « Retour de l’Urss  » (1937), Gaston Bachelard explore « la psychanalyse du feu » (1938), l’ethnologue Michel Leiris lance la collection « L’espèce humaine » (1937). Mais Gaston Gallimard, soucieux d’ouverture, rachète en 1933 la très classique collection « La Pléiade » et publie les « inclassables » chers à Jean Paulhan : Antonin Artaud, René Daumal, Henri Michaux. Un raté historique : en avril 1932 Louis Destouches, alias Louis Ferdinand Céline envoie à Gaston Gallimard le manuscrit du "Voyage au bout de la nuit ». L’éditeur hésite… Louis Destouches signe chez Denoël. Il reviendra avec « Féerie pour une autre fois »… en 1952.

ANNEES 1950. SARTRE, CAMUS, MALRAUX, BEAUVOIR, GENET, LA SERIE NOIRE, LA PLEIADE

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Après guerre, Camus et Sartre s’affrontent, et tous les intellectuels français avec eux: faut-il s’engager ou révéler l’absurdité du monde ? La Nrf publient les deux rivaux : Le Mythe de Sisyphe » en 1944, « L’être et le néant » (1945). Vivant en « union libre », de tous les combats politiques d’après guerre,  Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre inventent « l’union libre », l’amour moderne, et font la gloire de Gallimard. Ils lancent ensemble Les Temps Modernes en 1945, leurs œuvres connaissent un succès considérable. Sartre s’impose par une œuvre protéiforme (théâtre, roman, essais, scénarios), Beauvoir obtient le prix Goncourt 1954 pour « Les Mandarins » et le « Deuxième sexe » se voit vendu à 275000 exemplaires en collection « Gallimard Idées ». En 1947, encouragé par Jean-Paul Sartre, Gaston Gallimard publie clandestinement « Pompes funèbres » de Jean Genet, qui évoque le charme trouble d’un milicien. En 1949, le « Journal du voleur » fait scandale et François Mauriac le qualifie d’écrivain « excrémentiel ». Mais ses poèmes et ses pièces de théâtre l’imposent bientôt comme un des grands virtuoses de la langue française. Dans « Saint Genet, comédien et martyr », Jean-Paul Sartre salue en lui un moraliste décidé à sublimer le mal.

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Ces années-là, l’auteur de « Zazie dans le métro » Raymond Queneau et Albert Camus se retrouvent à la fois auteurs et éditeurs Gallimard. Queneau, appelé « Pic de la Mirandole » par Gaston tant il montre une connaissance encyclopédique de la littérature (il fondera avec Georges Perec  l’Oulipo, l’Ouvroir de littérature potentielle), dirigera la prestigieuse collection La Pléiade. Quant à Camus, admiré dans le monde entier pour « L’étranger » et « La peste », il publie René Char, Romain Gary, et Gérard Philippe immortalise son « Caligula » au théâtre. De son côté, André Malraux, passionné d’art universel mène deux collections prestigieuses de beaux livres, la « Galerie de la Pléiade » (1950) et « L’univers des formes » (1960). Au même moment, soutenu par Queneau, Marcel Duhamel, grand connaisseur de l’argot et traducteur émérite, fonde la « Série Noire ». Il fait découvrir aux lecteurs français le roman noir et policier américain, cru, efficace, anticonformiste: J.H Chase, Dashiel Hammet, Raymond Chandler, Jim Thompson, Horace Mc Coy. Les auteurs français Jean Amila (« Noces de soufre »), Albert Simonin (« Touche pas au grisbi »), Auguste Le Breton (« Du rififi à Paname »), seront révélés par « la noire ».

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ANNEES 1970. UN ÉDITEUR INDÉPENDANT

Si à la fin des années 1950, Gallimard voit sa domination littéraire décliner - le « nouveau roman », Michel Butor, Robbe-Grillet, mais encore Samuel Beckett et Marguerite Duras (sauf pour son théâtre) passent aux Éditions de Minuit -, Gaston et son fils Claude Gallimard emportent malgré tout 13 prix Goncourt entre 1949 et 1969. En 1971, jaloux de son indépendance, le groupe - qui a racheté Denoël, La Table Ronde et Le Mercure de France - crée son propre réseau de diffusion : la Sodis.

En 1975, Gaston Gallimard s’éteint, laissant derrière lui une dynastie d'éditeurs en la personne de Claude et Antoine Gallimard. Tous deux vont fonder la collection de poche Folio - 250 millions de livres vendus -  etcontinuer à publier essais importants et grands romans. En 1966, Claude Gallimard fait appel au philosophe Pierre Nora, qui lancer la collection « Bibliothèque des sciences humaines ». Le premier titre sera « Les mots et les choses » de Michel Foucault, l’auteur de « L’histoire de la folie à l’âge classique » (1961). L’ouvrage est aussitôt considéré comme un apport majeur au structuralisme initié par Claude Lévi-Strauss. Les années suivantes, Michel Foucault publie chez Pierre Nora ses textes les plus importants : « L’archéologie du savoir » (1969), « Surveiller et punir. Naissance de la prison » (1975), « Histoire de la sexualité. » (1976-1984).  Côté roman, la vieille maison de la rue Sébastien Bottin, dans le sixième arrondissement,  emporte deux prix Goncourt avec deux livres remarquables : "Les bienveillantes" (2006) de Jonathan Little et "Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye (2009).

À suivre...

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(Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009. DR)

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Commentaires

gendre de JGT, j'ai pu mettre en ligne 350 lettres que mon beau-père , administrateur commercial de la jeune NRF, a reçues d'écrivains et collaborateurs de la maison d'éditions. Entre autres, une correspondance avec Gaston Gallimard qui éclaire la personnalité du "grand-homme".
www.jeangustavetronche.fr

Écrit par : gérard Durand-Gasselin | jeudi, 24 mars 2011

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Hes a hero for me!

Écrit par : Schullandheim | samedi, 16 juillet 2011

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Des ouvrages très intéressants !

Écrit par : Fred | lundi, 03 octobre 2011

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