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  • "ADDICTION GÉNÉRALE". UN ESSAI DE LA ROMANCIÈRE ISABELLE SORENTE

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    (Photo Flora PRAXO)

    News News News La romancière Isabelle Sorente – « L », « Le cœur de l’ogre », « Transformations d’une femme » (Grasset) -  publie un essai important, « Addiction générale » (chez J.C Lattès).

    Elle y montre comment calculer tout ce que nous vivons, évaluer un profit immédiat, réduire le réel à des nombres rassurants, est devenu le sixième sens qui étouffe tous les autres -   notre empathie, notre compassion, notre colère,  nos désirs, nos amours tout ce que le philosophe et neurologue Antonio Damasio appelle "la raison des émotions". Calculer pour conjurer ce qui nous échappe, pour évaluer ce qui nous effraie, pour prétendre arrêter le désastre en cours est le rêve délirant d’Homo economicus. Notre pensée unique. La seule orthodoxie de "l'idiot rationnel" comme Amartya Sen appelle l'homme vu par l'économie classique. Une fausse rationalité, froide, qui se montre incapable de se projeter sur l'avenir  dans le qualitatif, mais surtout d'accepter l'incalculable, l’inestimable, autant dire la réalité elle-même, le vivant qui nous constitue, et pour commencer la biodiversité  - que notre calcul entend déjà chiffrer, estimer, titriser.

    Une pensée qui croit ligoter d'équations la destruction en cours,  elle-même déjà entropique, défiant notre arrogance, nos sciences, toutes nos prévisions par ses soubresauts et ses engrenages - mais dont elle fait des actions et des droits de polluer.  Plus effrayant encore, un système de pensée aveugle, abonnée au  court terme, une pensée totalitaire de "bolchevick du marché" comme dit Joseph Stiglitz, qui entend déjà, rapidement, faire des profits de la qualité de l’air, de l’eau potable, des forêts, autant dire des conditions mêmes de notre survie, nos biens communs. Un compte d'exploitation suicidaire oublieux de ce que l’homme a toujours conçu comme sacré - ce qui nous dépasse, nous transcende, comme cette Terre qui nous a été miraculeusement donnée, foisonnante et magnifique, comme les espèces vivantes, nos dieux d’hier, nos mythes, nos compagnons de toujours, exterminés industriellement - comme les humains enfin, qui doivent désormais justifier leur existence et leur rendement, réduits à une addition finale, en bas de la bottom line.

    Comment avons-nous pu nous mutiler l’esprit à ce point ? Céder à cette compulsion de répétition ? Cet aveuglement ? C’est tellement patent, nous dit, Isabelle Sorente : nous sommes accrochés au résultat. Drogués au calcul. Nous avons perdu la raison. 

    L’addition générale nous à mené à une addiction générale.

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    Isabelle Sorente est une amie, j’ai fondé avec elle la revue RAVAGES, aussi je n’insisterai pas. Je conseille aux lecteurs l'article et l'entretien que lui  a consacré le philosophe Pascal Coulon, auteur d’un livre remarqué sur l’addiction (Les groupes d’entraide. Une théorie contemporaine, L’Harmattan, 2010), par ailleurs enseignant dans les centres de formation médico-sociaux.

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  • "LE GRAND DÉSENCHANTEMENT". UN ENTRETIEN AVEC LE PHILOSOPHE BERNARD STIEGLER

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    NEWS NEWS NEWS Juste après l’échec des grandes manifestations d’octobre sur les retraites, avant la difficile conférence de Cancun sur le climat, que  beaucoup d'observateurs des désastres écologiques annoncent déjà, désespérés, vouée à l'échec comme le fut celle de Copenhague, alors que la crise économique n’en finit pas et les plans de rigueur se multiplient, voici un entretien à fois inquiet et tonique avec le philosophe Bernard Stiegler, fondateur du centre de réflexion Ars Industrialis, philosophe, auteur de l'essai « De la pharmacologie. Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue », (Flammarion,  octobre 2010).

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    Dans une cour des Halles, en face du centre Georges Pompidou, Bernard Stiegler reçoit dans une ruche de verre, toujours pleine d’étudiants, d’artistes numériques et de jeunes enseignants. C’est l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI), une association fondée à l’initiative du  philosophe par le Centre Pompidou, le Centre de Culture Contemporaine de Barcelone et Microsoft-France. L’enjeu est de croiser les recherches sur l’avenir des technologies de l’information et la communication - web 2.0, réseaux sociaux, etc – avec les problématiques des sciences humaines, l’éducation et l’apprentissage pour commencer. Bernard Stiegler a beaucoup étudié la dimension « cognitive » des nouveaux médias et d’Internet. Il a critiqué la télévision pour les enfants en bas âge, décrypté la manière dont la publicité joue sur l’affrontement entre les générations, ou encore le déficit d’attention des jeunes captés par les écrans. Parallèlement, Bernard Stiegler réfléchit encore aux questions d’économie politique et du « soin » dans nos sociétés. Dans son dernier essai, « De la pharmacologie » (Flammarion, oct 2010), il réfléchit à ce qui donne « le sentiment que la vie vaut d’être vécue », et constate qu’il se perd aujourd’hui, à un niveau massif. Face aux calamités qui frappent l’environnement, comme à la crise économique successive à l’effondrement financier de 2007, une sensation d’angoisse sur l’avenir se répand, doublé d’un sentiment d’impuissance. Ce sont les et les causes et les manifestations de cet état dépressif général que j'ai voulu discuter avec le philosophe... (entretien publié dans Le Monde Magazine)

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  • QUE SAIS-JE DU SEXE ? AUX PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE.

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    (Le détournement (ou jamming) des couvertures d'ouvrages pour jeunes comme la série "Martine" est désormais couru sur Internet)

    News News News. Un nouveau "Que Sais-je ?" (PUF) consacré au "100 mots du sexe". Quatorze auteurs. Chez tous, une référence : l'apport de la psychanalyse à la réflexion sur la sexualité

    « Abstinence, chasteté, adultère, allumeuse, amant, backroom, bain de minuit, baiser (le), bander, bonobo… », les premiers des 100 mots de la sexualité du dernier des « Que sais-je ? » (puf) montre un réjouissant mélange de désuétude et de modernité. On pourrait s’étonner d’y trouver en janvier 2011 les entrées « Fleur bleue » et « Songes impurs », mais bon, elles font suite à« Fist fucking » (ce « yoga anal ») et « Sodomie » (« Nulle relation qui l’ignore, homosexualité féminine comprise »). On y rencontre encore les très contemporains « String » (« Sa pudeur est son scandale ») et « Backroom » (« C’est le fond du fond »). L’ouvrage repère aussi combien la « libération sexuelle » (« d’abord celle des femmes ») s’est accompagnée de l’apparition de nouvelles normes contraignantes : « « Tu dois jouir » est devenu aussi oppressant que « Tu n’y toucheras pas ». » Mais il semble ignorer ce que les réflexions sur le « genre » doivent à Simone de Beauvoir et Judith Butler : au féminisme. Et tente de sauver la vieille « libido », qui réduit la sexualité à une « énergie ». Il n’empêche, on apprend beaucoup au gré de la lecture. Que l’orgie, « orgia », et l’orgasme, « orgê », offrent la même étymologie. Qu’à l’amour « en levrette » du français, l’italien préfère « alla picorina » (« comme une brebis ») et le Kama Sûtra la « denhuka » (« à la vache »). Et qu’un « sling » est une chaise suspendue pour club gay. Ajoutez quelques définitions cinglantes :  « Avec le sida, l’Enfer a repris des couleurs… », « Lolita est  un diminutif du prénom espagnol Dolores, qui signifie douleurs. », « La sexualité infantile est chez l’enfant comme chez l’adulte ce qui reste inéducable ». On s’étonnera d’un tel assortiment, mais en lisant la préface, l’aveu est fait : « la psychanalyse est la référence partagée et privilégiée des auteurs ». On comprend alors mieux pourquoi ils mêlent audace et notions éculées. Ainsi, quoique parlant avec subtilité du « fiasco » au lit (« Le fiasco est l’honneur de l’homme »), le livre néglige les nouvelles molécules favorisant l’érection et leur importance dans la sexualité d’aujourd’hui. Il est vrai que Freud aussi les ignorait, lui qui a avoué ne plus honorer sa femme passé 40 ans... 

  • LA PEUR DE L'AUTRE. ENTRETIEN AVEC L'HISTORIEN PAP NDIAYE SUR LA MONTÉE DE LA DROITE POPULISTE ET LE MULTICULTURALISME

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    NEWS NEWS NEWS Les musulmans sans mosquée assimilés à une armée d’« occupants », une progression des idées du Front National chez les militants UMP, les « apéros saucissons pinard » pour défendre la culture française, la loi Loppsi 2 autorisant tout démantèlement de campements de Roms, une ambiance délétère de défiance envers les étrangers se développe en France tandis qu’une extrême-droite islamophobe progresse dans toute l’Europe.

    Nous avons demandé à l’historien Pap Ndiaye, maître de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, auteur de « La condition noire » (Calmann-Levy) comment il analysait ces phénomènes de rejet de l'Autre et de l'étranger. Cet entretien a été réalisé quelques jours avant le démarrage des révolutions  tunisiennes et égyptiennes qui ont apporté un démenti cinglant à toute conception enfermant les habitants des pays du Moyen-Orient  - selon la théorie du "choc des civilisations" - dans une culture figée, qui serait à jamais anti-démocratique, intolérante et liberticide (publié dans Le Monde Magazine, janvier 2011).

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    ENTRETIEN

    Tous les jours le débat politique s’envenime sur la question de l’immigration. Cela ne va pas sans actes racistes …

    "En effet, le rapport 2009 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme se dit préoccupé par l’ « augmentation alarmante » des faits à caractère raciste, xénophobe et antisémite en France, un phénomène également observable à un titre ou un autre dans la plupart des autres pays européens depuis quelques années. En outre, bien que depuis un demi-siècle, les idées et comportements tolérants et accueillants à la diversité aient progressé dans notre société, on entend trop souvent des propos racistes décomplexés, assumés sans fard et présentés comme relevant du « bon sens » et du « réalisme ». Le gouvernement français est d’une discrétion rare sur le sujet du racisme. Il est vrai que le ministre de l’intérieur a été condamné en première instance pour injure raciale, ce qui le disqualifie sur la question.

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  • SUR LA PLACE TAHRIR, LE CAIRE...

    NEWS NEWS NEWS MALGRÉ TOUTES LES MENACES, LES FAUSSES PROMESSES, LES FAUX DÉPARTS DU PRÉSIDENT HONNI, DES MILLIERS D'EGYPTIENS CONTINUENT D'OCCUPER LA PLACE TAHRIR ET APPELLENT À UNE NOUVELLE MANIFESTATION DE MASSE DEMAIN...

    APRÈS LA TUNISIENNE, LA REVOLUTION EGYPTIENNE CONTINUE...

  • RAVAGES, "LA REVUE MAUVAIS ESPRIT". LES QUATRE PREMIERS NUMÉROS RESSORTENT EN LIBRAIRIE

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    NEWS NEWS NEWS. La revue RAVAGES, fondée par Isabelle Sorente, Georges Marbeck et votre serviteur est de retour, consacrée cette fois à la "neuropolice" : la police scientifique, la police biométrique, la police génétique, la police des comportements, la police du cerveau, la police de la pensée. On y trouve encore des textes de Ruwen Ogien,  Harmut Rosa, Gérard Wajcman, des Big Brothers Awards... et un entretien outre-tombe avec Jean Genet.

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    LE MANIFESTE DE RAVAGES

    Nous avons reconnu l’omniprésence du ravage dans nos vies et nos pensées, comme des navigateurs reconnaîtraient soudain qu’ils sont entrés dans des rapides. Ni culpabilité, ni plainte ne nous seront d’aucun secours. Naviguer au milieu des tumultes exige de la précision. Observer le flux de matière ravageuse, ce qui nous ravage, par quoi nous ravageons.

    Ravagez la Terre, vous n’échapperez pas aux lois de la gravité.

    Ravagez la pensée, réduite à des récits infantiles, noyée sous les flux d’images, vous n’ôterez pas des esprits un seul rêve enragé.

    Une fausse logique voudrait nous faire croire que l’urgence économique ne rend plus rien possible, que la crainte du lendemain et l’immobilité. Mais il nous reste un droit, celui de choisir nos ravages, c’est-à-dire le courant qui nous emportera. Il y a dans le mouvement une joie ravageuse. Observer le vent, qu’il soit favorable ou contraire, naviguer entre les récifs et les abîmes ; et bien qu’il soit rude, apprécier le voyage.

    Isabelle Sorente

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  • LA DISPARITION D'EDOUARD GLISSANT, L'ECRIVAIN ANTILLAIS, QUI ÉCRIVAIT : " LA CREOLISATION DU MONDE EST IRREVERSIBLE "

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    News. Edouard Glissant est décédé ce matin, lui qui semblait indestructible, si grand, si solide, toujours grand vivant. Je l'avais  rencontré en janvier 2005 pour le Monde Magazine alors qu'il venait d'achever son dernier ouvrage "La cohée du lamentin" pour les éditions Gallimard. À cette époque, la rumeur de sa nomination pour le prix Nobel enflait - ce qui l'inquiétait beaucoup  : " Les gens du Nobel détestent les rumeurs ", disait-il. 

    Je republie ici cet entretien. Le philosophe et écrivain martiniquais, qui se pense comme "Caraïbe" et citoyen du "chaos-monde" y explique pourquoi la "créolisation généralisée" des sociétés est irréversible, l'Europe devrait se penser comme un "archipel" et les écrivains français cesser de décrire leur nombril.

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    CHEZ EDOUARD GLISSANT, PARIS, SIXIEME ARRONDISSEMENT...
    ...C'est un colosse souriant. Large d'épaules, des mains de percussionniste, amical. Il vous reçoit dans un bel appartement du VIIe arrondissement de Paris la chemise mal fermée, sans cérémonie. À 73 ans, Edouard Glissant, écrivain français prolifique et nobélisable, Docteur Honoris Causa de l'Université de New York, ne montre aucune fatuité, ou pose, comme tous les grands. Content de discuter, détendu, tout de suite il s'emporte, il digresse, il rit. Edouard Glissant. Son nom annonce son œuvre. Il fut sans doute, selon lui, inventé après l'abolition de l'esclavage dans les Antilles, quand les Noirs s’attribuaient un nom d’homme libre : du nom du colon "Senglis", ils firent "Glissant", en l'inversant par jeu, comme aime à faire le créole. Car Edouard Glissant est à la fois le poète et le philosophe de la "créolisation irréversible du monde". Cette thématique traverse tous ses livres, ses romans, ses essais, ses poèmes. Elle vient de loin.

    Né en 1928 à Sainte-Marie, en Martinique, Edouard Glissant a fait ses études au lycée Schoelcher -l’homme qui a aboli l’esclavage dans les colonies- de Fort-de-France. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il commence d'écrire plusieurs recueils de poèmes -Un champ d'îles, 1953, La terre inquiète, 1954 - qui le font aussitôt connaître. Il participe de tous les mouvements d'idées qui agitent les écrivains et les intellectuels africains et antillais de l'époque, et s'illustre pendant le congrès des artistes noirs de Paris (1956). Il s'approche d'Aimé Césaire, chez qui il critiquera la revendication de la "négritude" - comme aujourd'hui il se méfie de l'"afrocentrisme" des Noirs américains, "ce retour à des racines irrémédiablement perdues"-, et devient l'ami de Franz Fanon, qui vient de décrire les ravages psychiques de l'assimilation forcée dans les Antilles. Il signe en 1960 le Manifeste des 121 emmené par Sartre, qui soutient le droit à l'insoumission en Algérie. En 1961, il fonde avec Paul Niger le Front Antillo-Guyanais pour l'Autonomie, aussitôt interdit. Edouard Glissant se voit alors expulsé de Guadeloupe et assigné à résidence en France.
    LA POÉTIQUE DE LA RELATION

    En même temps, le jeune écrivain commence son œuvre romanesque. En 1958, "La Lézarde" obtient le prix Renaudot. Ce livre, à la fois roman d'amour, récit d'une lutte politique contre les colons, conte poétique et quête initiatique d'une identité caraïbe révèle d'emblée toutes les préoccupations d'Edouard Glissant. Il débute une longue saga martiniquaise en quatre volumes, continuée pendant vingt ans : Le quatrième siècle (1965, prix du meilleur roman de langue française), Malemort (1975), La case du commandeur (1981). De retour aux Antilles en 1965, l'écrivain, qui vient de publier Monsieur Toussaint, une pièce de théâtre consacrée à Toussaint-Louverture le mythique libérateur noir des esclaves de Haïti, fonde bientôt l'Institut Martiniquais d'Etudes et la revue de sciences humaines Acoma. Edouard Glissant reprend alors son œuvre poétique avec Boises (1979), et publie ses premiers essais consacrés à la créolisation du monde : L'intention poétique (1969), Le discours Antillais (1981). Sa renommée intellectuelle lui vaut d'être nommé directeur du Courrier de l'Unesco en 1982, puis vice-président du Parlement international des écrivains.
    Depuis, Edouard Glissant continue d'écrire romans, poèmes et essais à un rythme fourni.
    Dans ses essais Poétique de la relation (1990) et Le Traité du Tout Monde (1997), il développe ses idées sur la nécessité de quitter les "pensées ataviques et enracinées" pour se créer une nouvelle manière d’être, ouverte aux autres : "une identité-relation". Dans ses romans Sartorius (1999) et Ormerod (2003), il entreprend de raconter l'histoire extraordinaire des Batoutos, le peuple invisible symbolique de tous les peuples africains persécutés. Son écriture, un français poétique nourri de créole antillais et de mythes africains -"la langue créole m'est naturelle, dit-il, elle vient à tout moment irriguer ma pratique écrite du français, et mon langage provient de cette symbiose"- devient plus originale et baroque, sans jamais céder au pittoresque, et sans se perdre, même si elle reste parfois opaque. Elle rappelle les poèmes de Saint John Perse ou même d’André Breton, les monologues hantés des personnages de Toni Morrison, ou certains textes caraïbes d’Alejo Carpentier. La grande quête d’une écriture exploratrice, s’essayant à tous les genres, donnée par Italo Calvino dans "La machine littérature", semble faite pour lui : "(L'écriture) mue par un désir de connaissance qui est tantôt théologique, tantôt spéculatif, tantôt magique, tantôt encyclopédique, tantôt attaché à la philosophie naturelle, tantôt à une observation transfigurante de visionnaire." L’œuvre d’Edouard Glissant, un des rares auteurs francophones à espérer le prix Nobel, n’a pas fini de surprendre par ses explorations philosophiques, politiques et littéraires.

    Tous les livres d'Edouard Glissant ont été publiés ou republiés aux éditions Gallimard

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