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  • QUAND UN PHILOSOPHE INDIEN CRITIQUE DESCARTES ET NOS DANGEREUX RÊVES DE LIBERTÉ ET D' INDÉPENDANCE

    (DR) Satish-Kumar-Jan-2008.jpg

    NEWS NEWS NEWS. Satish Kumar a été moine jaïn, il a marché avec les proches de Gandhi pour redistribuer les terres, traversé le monde pour dénoncer les armes nucléaires, rencontrer Martin Luther King. Il vient de publier « Tu es donc je suis. Une déclaration de dépendance » (Belfond), un livre où il critique les fondements de la « philosophie égotique » des Occidentaux qui, selon lui, mène le monde à sa perte. Rencontre (article publié en partie dans Le Monde Magazine,  janvier 2011)

    Il semblait ravi de vouloir en découdre. Philosophiquement, bien sûr. D’exposer ses critiques à un journaliste du pays de Descartes, d’une capitale où « Liberté, Égalité, Fraternité » est écrit au fronton des mairies. Il espérait la contradiction, entendait bien discuter pied à pied les fondements mêmes de la pensée française, occidentale, que ce soit le « cogito » cartésien comme les principes de notre République. La veille déjà, au Café de l’Amour, invité à expliquer le titre de son livre « Tu es donc je suis » (Belfond), ses yeux noirs étincelaient, son visage taillé à la serpe s’animait. Tout de suite, m’offrant un thé, il a attaqué fort. « Vous remarquerez que Descartes dit deux fois « Je » dans son « Je pense donc, je suis », il fonde tout seul sa vérité. Tout ce qui vit autour de lui n’existe plus D’ailleurs, il a eu cette révélation en méditant enfermé dans une petite chambre, s’il avait réfléchi dans la nature, entouré d’arbres, d’animaux, caressé par le vent comme Bouddha, il n’aurait pas conclu à une prise de conscience solitaire.»

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  • QUAND LA TUNISIE DE CE BON GENERAL BEN ALI SE VOYAIT FELICITEE PAR NICOLAS SARKOZY

    5e8348f258e6cc2e2d84498af53810c4.jpg Le président Ben Ali recevant le président Sarkozy en avril 2008 (DR)

    NEWS NEWS NEWS. Le général Zine El-Abidine Ben Ali a été obligé de démissionner et de s'enfuir en Arabie Saoudite sous la pression conjuguée des manifestations populaires, de l'armée dépassée par les événements et l'ampleur de la colère de la rue, devenue insurrectionnelle - que certains observateurs comparent à l'embrasement de la révolution française.En effet, tous les symboles et les hauts lieux comme les officines du régime détesté ont été brûlés, les villas et les propriétés appartenant à la famille du général et de sa femme, enrichie  à faire trembler les montagnes quand les émeutes du pain se succédaient - et lui honteusement réélu avec soit disant 92 % des voix - ont été prises d'assaut. Le grave problème d'aujourd'hui réside dans la faiblesse de l'opposition démocratique, décimée par le pouvoir dictatorial, ce qui risque de laisser toute latitude à la seule opposition islamique, organisée autour des réseaux des mosquées et des religieux, même si celle-ci n'est pour rien dans l'embrasement actuel. La présence massive et la détermination des femmes dans l'insurrection tunisienne, des femmes habituées depuis le règne d'Habib Bourguiba à ne plus se voiler, occuper des places importantes dans l'administration et les écoles, laisse aussi présager d'un rejet d'une future récupération islamiste - les partis religieux ont d'ailleurs brillé par leur absence pendant l'insurrection, dépassés par une jeunesse ouverte sur la monde grâce à Internet, montrant sa détermination à conquérir la liberté et la démocratie, au coeur de tous leurs slogans et revendications.

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    N'oublions pas, alors que la haine de la dictature se manifeste dans tout le pays, tandis que les révélations sur la corruption, l'enrichissement personnel et les horreurs du régime se multiplient, que le président de la République a cautionné et soutenu sans aucun état d'âme ni réserve ce pouvoir, tout comme madame le ministre de l'intérieur - qui a proposé de livrer des armes anti-émeutes à la police tunisienne.

    Au cours de sa visite officielle en avril 2008 en Tunisie, Nicolas Sarkozy, très critiqué par les organisations des droits de l'Homme, a réitéré des propos de soutien au régime despotique de Ben Ali devant un parterre d'étudiants à l'université de Tunis (ceux-là mêmes qui donnent leur sang aujourd'hui dans les rues) : "Quel pays peut s'enorgueillir d'avoir autant avancé en un demi-siècle sur la voie du progrès, sur la voie de la tolérance et sur la voie de la raison ?". Il a ajouté, oubliant que le président tunisien avait été élu avec un score faramineux, digne d'une dictature soviétique, 95,49% des voix, aux élections de 2004 : "C'est le grand mérite du président Ben Ali d'avoir continué sur cette voie sans se laisser décourager par les obstacles de toute sorte (...), sans se laisser intimider par le fondamentalisme qui est notre ennemi commun, sans se laisser intimider par l'obscurantisme".

    M. Sarkozy a encore cité, comme pour dédouaner le président tunisien, l'histoire de ces fanatiques qui ont coupé la main d'une femme qui s'était mis du rouge à ongle. Or ce récit a déjà circulé en Afghanistan pendant les années Taliban. Il ressort régulièrement, comme une rumeur, alors qu'aucun journaliste ne l'a confirmée. Ce qui a été reconnu, c'est que des Talibans zélés ont sans doute coupé, à Kaboul, la phalange d'une femme aux ongles faits. Cet horrible détail est depuis devenue "l'histoire de la main coupée" que Nicolas Sarkozy a reprise sans sourciller, ni citer aucune source - juste pour justifier son soutien au régime de fer de ce bon général Ben Ali.

    Faut-il le croire, quand on sait qu'un journaliste de Libération a reçu début 2007 un coup de couteau en pleine rue alors qu'il cherchait à rencontrer des opposants ? On lisait d'ailleurs dans Libération, qui avait dépêché un correspondant dans la délégation de presse accompagnant M. Nicolas Sarkozy lors de son précédent voyage en juillet dernier, ce témoignage : " Un peu plus tôt (avant la rencontre Ben Ali-Sarkozy), l’avocate Ra­dhia Nasraoui, présidente de l’association (non reconnue) de lutte contre la torture en Tunisie, confiait dans un hôtel de Carthage que «le régime policier en place avait profité de la lutte contre le terrorisme pour réprimer davantage encore toute forme d’opposition». Elle faisait état de cas «de tortures abominables pratiquées sur les parties génitales de prisonniers», dont elle avait recueilli les témoignages et pu constater les séquelles.

    Selon elle, la visite de Nicolas Sarkozy «passe inaperçue (en Tunisie), n’apportera rien à la société civile tunisienne et conforte les pratiques du pouvoir». Elle jugeait par ailleurs «très significatif» que Rama Yade (la secrétaire d’Etat française aux droits de l’homme) n’ait eu aucun contact avec les défenseurs des libertés en Tunisie.

     

    En regard de cette actualité, voici un reportage réalisé pour la magazine Actuel en septembre 1987, quelques mois avant que le général Ben Ali destitue Habib Bourguiba, le héros de l’indépendance tunisienne, et s’empare du pouvoir avec l'appui de l’armée. Cette enquête sur une fin de règne tragique, publiée par la rédaction-en-chef d'Actuel avec un titre regrettable (« La cour du roi gaga »), a circulé à l’époque sous le manteau en Tunisie, photocopié, comme un «samizdat ». Il a valu à votre serviteur d’être arrêté à l’aéroport de Tunis 12 ans plus tard, au printemps 1999, d'être interrogé par la sécurité, gardé une journée entière, menacé, puis expulsé du pays - une fiche conservée pendant ces 12 ans par la police politique m’accusait d’être « un ennemi de la Tunisie ».

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  • PORNO POUR AVEUGLES

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    NEWS NEWS NEWS Un site à but non lucratif propose des audiodescrisptions de films pornographiques à destination des mal et non voyants. Chacun d'entre-nous peut participer à cette mission humaniste. Attention cependant à respecter l'oeuvre.

    La pornographie peut-elle être un art abstrait ? La question reste ouverte, mais que penser alors du porno pour aveugle ? « Un jeune couple est au lit, 20 ans à peine, tout laisse croire que ce sont des lycéens. Elle a la peau brune, les cheveux noirs, très attractive. Elle a l’air effrayée, elle ne veut pas que sa belle-mère découvre le garçon dans son lit. Elle se redresse, on découvre ses seins, très mignons, ni trop lourds, ni trop petits, vraiment un joli corps (…) Le garçon passe dans la cuisine, ouvre le frigo tout en regardant un magazine, quand il aperçoit la belle-mère en sous-vêtements, une grande femme brune, à forte poitrine, avec des nattes… » On trouve cette audiodescription d’une parodie X du « Pacahontas » de Walt Disney sur le site pornfortheblind.org, une association à but-non-lucratif qui propose du porno pour aveugles. Des dizaines d’écrivains bénévoles y ont déjà enregistré des récits illustrant des clips aussi torrides que « Porno caseiro », «Groovy bus » ou « Girls fucking Barbie». On retrouve dans ces enregistrements les mêmes problèmes d’adaptation posés par l’audiodescription pour mal et non-voyants des films classiques, inventée en 1988 par l’universitaire August Coppola, le frère du cinéaste, et depuis largement diffusée : TF1 et Arte la proposent, l’association Accès Culture l’a popularisé au théâtre. Comment en effet traduire l’ambiance d’un film, faire ressentir le style du cinéaste tout en étant tenu de raconter l’histoire qui défile et décrire le décor ? Il y a là tout un travail d’adaptation littéraire - en France la société Titra film a fait appel à l’écrivaine Hélène Bleskine - mais encore des règles à respecter pour ne pas trahir l’œuvre : aux Etats-Unis, il existe une charte, les « guidelines ». Pour le cinéma porno, nous en sommes encore aux balbutiements. Même si le X est un art qui supporte mal  l'allégorie, s'il n'est pas par principe faux-cul, on regrettera que beaucoup d’audiodescriptions se contentent de décrire trivialement l’acte et les organes, ou ressemblent à des récits d’adolescents excités ponctués de « Oulala ! » ou « My goodness ! ». En même temps, ces récits rencontrent une réelle difficulté : difficile de sublimer l’extrême pauvreté du cinéma de cul actuel, tout génital, très peu inventif, qui vit encore sous la loi absurde du Ixage, c’est-à-dire du ghetto obligatoire dès qu’un sexe apparaît à l’écran. Si la littérature est un art total, où sexualité et vie s’entremêlent,  le cinéma pas encore.

  • DU CONTRAT SEXUEL. L'OUVRAGE DE LA FÉMINISTE CAROLE PATEMAN ENFIN TRADUIT

    la-revolution-francaise.1234120192.jpgNEWS NEWS NEWS Après quinze ans d'attente, le livre de référence de la philosophe féministe Carole Pateman sur le "contrat sexuel" est enfin traduit (La Découverte). Elle y montre comment le contrat social passé en politique, afin de garantir la liberté de tous, s'accompagne aussitôt d'un "contrat sexuel" qui subordonne le droit des femmes aux hommes. Si la patriarcat est aboli dans la vie sociale, il ne l'est pas dans la sphère privée.

    « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » écrit magnifiquement Jean-Jacques Rousseau au chapitre 1 du « Contrat social. » (1762). À la suite de Thomas Hobbes, qui veut faire cesser « la guerre de tous contre tous », et de John Locke décidé à protéger les « droits naturels » des humains que sont la liberté individuelle et la propriété privée - notamment celle de son propre corps -, Jean Jacques Rousseau montre comment le peuple, en passant un contrat avec lui-même et élisant une démocratie, va défendre les libertés individuelles comme « l’intérêt général ». Chacun sait aujourd’hui l’importance des théories du contrat social dans la fondation des républiques américaines et françaises, quand il a fallu rompre avec la monarchie patriarcale et instituer les principes de liberté, égalité, fraternité. Pourtant, à l’exact même moment, un autre contrat est mis en place, le « contrat sexuel » qui subordonne la femme à l’homme, qui demeure un monarque familial. En effet, que ce soit dans la jeune Amérique ou la France républicaine, la femme n’acquière aucun des droits accordé aux mâles libres et égaux. Elle n’a pas le droit de vote - elle ne l’aura en France qu’en 1944 -, dépend économiquement de son mari, n’a aucun pouvoir sur ses enfants - qui dépendent du « droit paternel » - et l’homme, par le « contrat de mariage », a le droit de jouir d’un accès sexuel à son épouse. Si le patriarcat est aboli en politique, il demeure dans la sphère privée, où le « statut » de l’homme l’emporte - ce qui interroge sur les limites du contrat social. C’est à cette démonstration que se livre la philosophe politique américaine Carole Pateman, dans « Le contrat sexuel » (La Découverte) enfin traduit après douze ans d’attente. Cet essai montre comment aujourd’hui encore le « contrat sexuel » permettant aux hommes d’avoir un libre accès au corps des femmes perdure. Ainsi, il n’existe aucune reconnaissance légale du viol entre époux, la bienveillance devant le « crime passionnel » étonne, le choix de ne pas se marier génère toutes sortes de complications, la législation de plusieurs pays sur les « mères porteuses » génère des abus de faiblesse, les associations de prostituées indépendantes dérangent. La fraternité n’est pas encore pour les « sisters », les « sœurs », ce beau mot de 1968. (publié dans Le Monde Magazine)