vendredi, 24 septembre 2010

DERRIERE LE FILM "INCEPTION", LES RÊVE LUCIDES. UNE TRADITION ANCIENNE EN ASIE OU CHEZ LES AMERINDIENS... OU COMMENT INTERVENIR DANS SES RÊVES...

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NEWS NEWS NEWS Dans le film fantastique "INCEPTION", réalisé" par Christopher Nolan, le héros Dom Cobb (Di caprio) est un « extracteur », un rêveur lucide qui , tout en dormant, pénètre dans les rêves d'industriels importants pour leur soutirer des informations secrètes. Eux subissent leur rêve, lui les pénêtre, se montrant capable d'agir à l'intérieur comme un personnage onirique. Mais ses employeurs le chargent de procéder cette fois à une "inception", c'est-à-dire d'implanter une idée négative dans le subconscient du fils d'un grand patron, afin de  couler l'entreprise familiale quand il en prendra les rènes. Une tâche qui va s'avérer diffficile, car l'inconscient du jeune héritier va se défendre en inventant d'innombrables protecteurs. Le film présente d'extraordinaires scènes où les intrus arrivent à infléchir l'univers du rêve, et ce faisant à réaliser d'extraordinaires prouesses pourtant vécues au premier degré, comme possibles, par le rêveur. En effet, tout est possible en songe, comme par exemple de tordre les rues d'une ville jusqu'à ce qu'elles s'élèvent devant vous comme une montagne : ce qu'une apprentie rêveuse lucide fait devant nous, les spectateurs ravis du film, à Paris, grâce à d'incroyables effets spéciaux.

Beaucoup de critiques se sont perdus dans l'interprétation du film, décrit comme un jeu sans fin avec la réalité, en se demandant si toutes les scènes extravagantes ne racontaient pas le rêve d'un mégalomane, ou encore un jeu de miroirs délirant entre les rêves et la réalité, enfermé dans un pardoxe à l'infini d'où le héros ne sortirait plus. Mais peu de gens ont vu que la pratique du rêve lucide et de la déformation comme de l'exploration de ses propres rêves existe depuis des millénaires, et que plusieurs traditions oniriques l'ont développé. - ce qui  interpella beaucoup Freud et la tradition analytique. Ainsi les bouddhistes thibétains pratiquent toujours un "yoga des rêves" très élaboré ou "svapna yoga", où le méditant s'entraîne à s'éveiller pendant ses rêves, à en prendre conscience, pour ensuite observer comment son esprit élabore ses illusions, les questionner, intervenir dans ses cauchemars, apprendre à les dérouter et en tirer un enseignement.  Les Senoï de Malaisie sont aussi connus par avoir développé un art d'intervenir à l'intérieur de leurs rêves, d'y mener des expériences érotiques, et de chercher à  entremêler les rêves et la réalité pour mener une existence plus intense, plus riche, plus heureuse. Les guerriers amérindiens comme les Cheyennes et les Iroquois pratiquaient eux des sortes de répétitions oniriques de leurs combats, et s'entraînaient à vaincre la peur en rêve.

J'ai mené pendant quelques mois plusieurs expériences de rêve lucide, et même des rêves érotique plus ou moins dirigés, avec l'aide d'un maître en onirisme. Je les raconte ci-dessous. C'était à l'époque du magazine Actuel. Rien d'aussi extraordinaire que dans le film INCEPTION, mais j'en garde le souvenir de quelques moments proprement fantastiques malgré tout...

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Premier rêve lucide. Je remonte d’un pas vif le quai du Talgo, le train-couchette pour Barcelone, dans le brouhaha des départs de la gare de Lyon. La foule dense se bouscule, les mamans braillent, les valises passent par les fenêtres, quand je L’aperçois. Elle ressemble beaucoup à L., cette avocate qui m’a ensorcelé quelques jours auparavant et qui ne daigne pas répondre à mes messages. Mais ce n’est pas vraiment elle. Ce serait plutôt une image sublimée, parachevée de LA femme pour moi ces temps-ci.
Je la veux.
Je monte dans le sleeping à sa suite. Mais je perds un temps fou. Les marches du wagon se déboîtent bizarrement sous mes pas. Je pose le pied, un déclic se produit et la marche cède. Je recommence cinq, dix fois. Je commence alors à comprendre que je rêve. Je viens de reconnaître ces répétitions insistantes et absurdes, les blocages imbéciles de l’action qui accompagnent souvent mes états d’excitation oniriques.
Me voici dans le couloir des wagons-lits. Je constate que je n’ai plus de valise. Je m’en moque. Ce qui me confirme que je rêve bien. Je me dis alors, comme souvent dans cette situation de chasse érotique en rêve : « Retrouve-la. Jette-toi à ses genoux. Prends la dans sa couchette ! »
Je remonte le couloir. A mon passage les portes des sleepings s’ouvrent comme par enchantement et je jette un œil rapide. Les gens s’installent. Troisième porte : c’est ELLE. Je rentre...

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23:52 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : rÊve, philosophie, ego | | |  Facebook

jeudi, 23 septembre 2010

UNE PLANÈTE EN PLASTIQUE

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(Oiseaux de mer décédes d'avoir ingurgité des débris de plastique. DR)

NEWS NEWS NEWS En cinquante ans, le plastique a envahi le monde depuis nos cuisines jusqu’au fond des océans. Un documentaire à sortir en salle en février prochain, un grand reportage publié ce mois-ci chez Actes Sud, nous racontent cette extraordinaire invasion : « Plastic Planet ». Tous deux signés par le journaliste Werner Boote, surnommé le « Michael Moore autrichien ». Après avoir fait analyser le taux de plastique contenu dans son sang, il nous raconte comment le plastique a fini par l’obséder et les effrayantes découvertes faites sur l’indestructible « man made material » (article paru dans Le Monde Magazine, septembre 2010)

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« -Je voudrais te dire juste un mot. Plastique !

-Comment dois-je comprendre ça ?

-Le plastique, c’est l’avenir. Penses-y !

-Je le ferai.

-Chut. Assez parlé. »

Cette brève scène comique se passe dans The Graduate, le film de 1967 avec Dustin Hoffman qui annonce la révolution des mœurs… et l’arrivée du plastique dans nos vies. Car en ces années 1960, le plastique est pop, à la mode, conquérant, il représente autant l’avenir que la modernité. Les bas nylon étincelants, les dentelles en perlon, les brillantes robes de polyester embellissent les femmes. Dans les cuisines, une vaisselle en plastique multicolore remplace la fragile et coûteuse porcelaine, le formica rivalise avec le bois et la pierre, dans les salons les réunions Tupperware font fureur et le téléphone en bakélite nous relie avec le monde entier. Avec la popularisation du plastique, événement tant industriel que métaphysique, l’homme transcende la matière connue, invente une substance chimique qui ne doit rien à la nature, un « man made material » plus résistant que le bois, léger que l’acier, résistant que le caoutchouc, et qu’il peut, tel un démiurge, modeler à sa guise. Dans ses Mythologies de 1957, Roland Barthes s’enthousiasme pour la nouvelle « substance alchimique » qui permet de créer mille objets, sans être coûteux. « Pour la première fois, écrit-il, l’artifice vise au commun, non au rare (…) Le monde entier peut-être plastifié ».

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19:04 Publié dans ENQUÊTES | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : écologie, plastique, planète | | |  Facebook

lundi, 13 septembre 2010

POURQUOI L'EUROPE VIRE À DROITE ? PARCE QUE LA GAUCHE S'EST PERDUE

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NEWS NEWS NEWS. L’ouvrage de Raffaele Simone « Le Monstre doux. L’Occident vire-t-il à droite ? » sort enfin en France (Gallimard, Le Débat). Il a fait couler beaucoup d’encre en Europe dans les milieux de gauche dès sa sortie en Italie, début 2009. En septembre dernier, la revue Le Débat lui consacrait cinq articles importants dans son dossier « Déclin de la gauche occidentale ?». En janvier 2010 Laurent Fabius et la fondation Jean Jaurès l’invitaient pour le colloque « La gauche à l’heure de la mondialisation. ». À l’époque, le monde entier subissait les graves contrecoups de la crise financière née des excès du libéralisme, et pourtant la gauche européenne s’était effondrée aux élections européennes. Comment l’expliquer ? L’essai de Raffaelle Simone, qui est linguiste et se présente comme un philosophe s’intéressant à notre modernité, aide à comprendre. Son constat est sévère. Selon lui, la gauche n’est plus porteuse d’espoir et d’un grand projet « à la hauteur de notre temps ». Face à elle, la droite nouvelle l’emporte parce qu’elle a compris notre époque consumériste, individualiste, pressée et médiatique, et sait se montrer pragmatique et sans idéologie. Cette droite conquérante s’est associée aux chefs d’entreprises comme aux hommes des médias pour promouvoir une société de distraction et de défense des intérêts immédiats, tout en promettant la sécurité et la résistance à l’immigration. Un projet que Raffelle Simone, s’appuyant sur Alexis de Tocqueville, appelle « Le Monstre doux ».

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(La vague bleue des partis de droite aux élections européennes de 2009,

juste après grave la crise financière de 2008)

On pourrait s’étonner d’une telle critique de la gauche quand un sondage Viavoice publié le 23 août dans Libération la donne victorieuse à 55% gauche aux élections présidentielles de 2012. Des chiffres jamais vus, qu’il faut cependant tempérer. Ces sondages arrivent en effet en pleine affaire « Woerth-Bettancourt » qui coûte cher à la crédibilité du gouvernement et son ministre de l’économie. Ensuite, le sondage de Libération révèle que 57% des sondés jugent que la gauche « ne ferait pas mieux que la droite ». Quant au programme de gouvernement du parti socialiste, il n’est pas bouclé après l’université d’été, tandis que le PS n’a toujours pas élaboré une position claire tant sur les retraites que sur les questions de sécurité et l’immigration. C’est pourtant là une problématique cruciale, où les Français l’attendent au tournant, et plus encore Nicolas Sarkozy, à qui la politique brutale de cet été envers les Roms n’a pas attiré que des inimitiés. Deux sondages ont montré que 65% des personnes interrogées étaient favorables à l’expulsion des Roms « sans papiers » (sondage Le Figaro) et 48% à leur reconduite en Roumanie avec ou sans papiers (Le Parisien). Il n’est pas exclus que la droite engrange ces réactions au moment d’un vote décisif, d’autant que la gauche est souvent apparue peu crédible, sinon laxiste, dans ces domaines. Enfin, n’oublions pas que Nicolas Sarkozy n’a jamais craint de s’opposer à Martine Aubry, face à laquelle, comme il l’a déclaré en mai 2010, il dit représenter « l’archaïsme » et lui « la modernité ».

C’est à ces questions sur l’archaïsme de la gauche et la modernité de la droite que Raffelle Simone a répondu à cet entretien réalisé pour le Monde Magazine (14 sept 2010)

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13:54 Publié dans ENTRETIENS À VIF | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, gauche, philosophie | | |  Facebook