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  • "LE JEU DE LA MORT" SUR FRANCE 2 ADAPTE L'EXPERIENCE DE STANLEY MILGRAM A LA TELEVISION. POURQUOI OBEISSONS-NOUS A UN ORDRE ODIEUX ? ENQUETE.

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    À 460 volts, 80% des candidats administrent la décharge maximum.DR
     
    NEWS NEWS NEWS Imaginez un jeu télévisé où les candidats torturent d'autres joueurs. Est-ce que vous accepteriez d'y participer ? Ce jeu a été réalisé par France 2, avec soixante volontaires, devant un public, au cours d'un documentaire. Il s'appelle "Le jeu de la mort". Il sera diffusé le 17 mars à 20H30. En vérité, la chaîne publique transposait la fameuse expérience de Stanley Milgram sur la soumission à l'autorité sur un plateau de télévision
Résultat : 80% des joueurs ont poussé la manette 460 volts. Pourquoi ? Enquête. Et en bonus, en entretien avec Stanley Milgram réalisé pour Actuel en mars 1982, juste avant sa disparition brutale.

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    I – « Le jeu de la mort » en direct sur France 2.

    «Arrêtez ! Laissez moi partir. Laissez moi partir.» Le candidat hurle dans la boule métallisée, attaché sur son siège, les poignets menottés par des fils électriques. Il vient de recevoir une décharge de 240 volts. 200 volts, chacun connaît, c’est le choc des doigts dans une prise. Sur le plateau de télévision, le joueur qui vient de lui envoyer la secousse répond : « Désolé, la bonne réponse était  « voiture de sport». » Devant lui, trois manettes numérotées. 260 volts. 280 volts. 300 volts. On lit «CHOC INTENSE». Le participant lit une nouvelle liste de questions à l’homme enfermé, une série de mots couplés qu’il est censé avoir mémorisée au début de l’émission. Le candidat, invisible dans sa boule, répond en appuyant sur un bouton. Aussitôt, une lumière rouge s’allume. «Vous avez faux, la bonne réponse était « satellite »» s’exclame le joueur. Le public, encouragé par un chauffeur de salle, s’écrie «Châtiment ! Châtiment !». Le joueur enclenche la manette des 260 volts. Dans la boîte argentée, le candidat hurle. «Haaa. Laissez-moi partir ! Ça fait trop mal !». Inquiet, l’homme se tourne vers Tania Young, la présentatrice du « Jeu de la mort », débout à ses côtés. « Vous entendez, il veut arrêter… ». Elle répond, impassible : «Continuez, questionneur, c’est à vous ». Vaincu, le joueur prend une nouvelle fiche et lit les questions. La lumière rouge jaillit. Encore faux. Le joueur abaisse la manette des 280 volts. On entend le candidat hurler, se débattre comme s’il voulait s’arracher à ses sangles.

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  • LE SAVOIR PARADOXAL DE JEAN BAUDRILLARD. ENTRETIEN SUR LE RÊVE EUROPEEN

    (Guillem Cifré - in Fronteres)

    NEWS NEWS NEWS. La revue Lignes, dirigée par Michel Surya, consacre son dernier numéro au "gai savoir" de Jean Baudrillard. Dans sa présentation, la revue  rappelle que "les rapports de Jean Baudrillard avec la classe philosophante française n’ont pas toujours été cléments, non plus qu’avec la classe académique (universitaire) (même si) sa célébrité à l’étranger a pourtant été considérable (...) La vitesse et la désinvolture (apparente) de sa pensée ont souvent irrité. Sa radicalité (ses coups d’éclat) aussi  : ne se représentait-il pas ses interventions comme des délits  ?"

    En regard de cet hommage, voici réalisé avec Jean Baudrillard pour Le Monde Magazine en mai 2005, à la veille du réferendum sur la constitution européenne, quand la plupart des intellectuels français et des directeurs de médias appelaient à la victoire du OUI. On verra, qu'une fois encore, avec son humour si caustique, Jean Baudrillard entendait commettre un délit contre la classe philosophante : il prédisait, avec raison, la victoire du NON, qu'il analysait comme le retour du négatif face à une forme du dictature du bien. 

    BIBLIOGRAPHIE JEAN BAUDRILLARD

    LIGNES 31. Avec des contributions de Jean-Paul Curnier, Michel Surya, Olivier Penot-Lacassagne, Ludovic Leonelli, Véronique Bergen, Boyan Manchev, Frédéric Neyrat, Olivier Jacquemond, Gérard Briche, René Capovin, Marine Baudrillard. 192 P. 19 €. Editions Lignes.

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    ENTRETIEN AVEC JEAN BAUDRILLARD
    LE MONDE MAGAZINE (MAI 2005)
     
    -Nous sommes à la veille du référendum sur l’Europe, comment analysez-vous l’affrontement incertain du Non et du Oui ?

    -Les forces du Bien – du oui – n’ont pas tenu compte des effets pervers de cette évidence incontestable du oui. Elles ont voulu ignorer cette lucidité inconsciente qui nous dit qu’il ne faut jamais donner raison à ceux qui l’ont déjà. Bel exemple de réponse à l’hégémonie du Bien, des forces du Bien, de l’axe du Bien. Mais ce retour du non n’est pas l’effet d’une pensée critique (les raisons politiques du non ne sont pas des raisons politiques). Il s’agit d’une réponse en forme de défi pur et simple à la saturation d’un système, la mise en œuvre (automatique ?) d’un principe de réversion, de réversibilité, contre un principe hégémonique. D’ailleurs, le balancier peut fort bien revenir au oui pour les mêmes raisons, et nous ramener dans l’axe du Bien.
    Ce non nous donne le profil du nouveau type d’affrontement qui caractérise notre ère de l’hégémonie. Non plus celui d’une lutte de classes ou de libération au niveau mondial, mais celui d’une irréductibilité, d’un antagonisme irréductible au principe mondial de l’échange généralisé. C’est-à-dire un affrontement qui n’est même plus exactement politique, mais métaphysique et symbolique au sens fort, une fracture qui passe au cœur même de la puissance occidentale et de nos existences individuelles. Au cœur de cette hégémonie consensuelle, une dualité se réinstalle presque automatiquement. Elle peut prendre des formes terrifiantes, comme le 11 septembre 2001, ou des formes plus anodines, mais cependant significatives, comme le non au référendum. Sa montée soudaine est le plus bel exemple d’une réaction vitale ou viscérale de défense contre le chantage consensuel au oui – à cet ultimatum à peine déguisé qu’est devenu le référendum. Il n’y a même pas besoin de conscience politique pour avoir ce réflexe : c’est le retour de flamme automatique de la négativité à l’excès de positivité, à cette coalition de l’Europe " divine ", celle de la bonne conscience, celle qui est du bon côté de l’universel, les autres étant renvoyées dans les ténèbres de l’Histoire, sur lesquelles plane l’ombre de Le Pen

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